Résumé

Alors qu'Aloy et Érend se rendent dans le nord afin d'enquêter sur un campement banuk qui vivrait en harmonie avec les machines, nos deux amis se retrouvent coincés par une tempête de neige...

Notes

Il s'agit clairement et simplement de mon chapitre 15 revu du point de vue d'Aloy. Rien de nouveau pour l'histoire, si ce n'est les pensées profondes de notre rouquine préférée ^-^


Side Story II

Pendant une tempête

Aloy avait toujours eu l'habitude de ne compter que sur elle-même. Elle combattait seule. Elle voyageait seule. Elle chassait seule.

Pourtant, elle avait demandé à Érend de l'accompagner pour aller vérifier les dires d'un certain Vilgund concernant un campement banuk et des machines dociles. Cela avait de quoi l'intriguer car, à sa connaissance, seuls Sylens et elle étaient capables de rendre des machines dociles. Et ce n'était certainement pas du genre de Sylens de passer du temps à pirater des machines. Certes, il en avait piraté quelques-unes pour venir la sauver quand elle était dans la Fosse du soleil de Brunante, mais ce n'était pas par souci de sa vie en tant que telle, mais uniquement parce qu'elle lui serait utile dans l'avenir. Elle était la seule à pouvoir lui ouvrir les portes qui lui restaient hermétiquement fermées. Donc, il n'aurait aucun intérêt à pirater des machines aux alentours d'un campement banuk…

Aloy avait voyagé avec Érend dans le but de sauver Ersa, ensuite elle avait un peu voyagé avec Talanah, pour chasser Rougemors, puis avait entrepris un long voyage… seule. Encore aujourd'hui, alors qu'elle est coincée dans une cabane en bois avec une tempête de neige à l'extérieur, elle se demandait pourquoi elle avait demandé à Érend de l'accompagner. Et surtout, elle comprenait que cela ne la dérangeait pas de ne plus être seule. La présence de l'Oseram était agréable, réconfortante.

La jeune femme fronça les sourcils à cette pensée. La paria qu'elle était s'était-elle déjà habituée au contact avec autrui ? Arriverait-elle à voyager à nouveau seule quand le moment sera venu ? Quand il lui faudrait aller chercher ce système de sécurité capable de vaincre HADÈS ? Car ce voyage serait certainement dangereux et l'idée de mettre Érend en danger lui était tout simplement insupportable…

Aloy soupira et continua d'observer la carte que lui montrait son focus. Elle savait que le campement n'était pas loin de la Nécropole, d'après les informations que lui avait données Vilgund. Elle était étonnée de ne pas avoir remarqué ce campement quand elle s'était rendue dans cette région.

De plus, elle devait l'admettre, Aloy traînait volontairement plus longtemps que nécessaire sur son focus. C'était le deuxième jour qu'Érend et elle étaient coincés. Cela aurait été le moment idéal pour parler de cette soirée à Méridian, qui planait entre eux. Cette soirée où, ivre, elle avait embrassé Érend et où il l'avait embrassée en retour. Cette soirée qui avait malheureusement disparu de la mémoire d'Aloy qui n'en avait pris connaissance que parce que son focus avait enregistré la scène.

La rouquine avait essayé de faire cracher le morceau au Capitaine de l'Avant-garde, mais il n'avait rien voulu dire. Elle s'était alors dit qu'elle pourrait en parler avec lui, lui avouer qu'elle savait et qu'elle était désolée si elle l'avait mis mal à l'aise ou quoi que ce soit. Mais la veille au soir, au moment de dormir, Érend avait hésité à partager le lit avec elle. Alors elle avait décidé de ne pas parler de cette soirée…

Décidant qu'il était quand même temps d'arrêter de faire semble d'être occupée par son focus, Aloy l'éteignit. Érend prit alors la parole.

« Aloy ? »

Il semblait hésitant. Elle se demanda s'il allait lui parler de la soirée à Méridian…

« Oui ? »

« Euh… comment dire… Tu te rappelles quand tu es arrivée à Méridian pour la première fois… ? »

Donc non, il n'allait pas parler de la soirée.

Elle se tourna vers lui et hocha la tête. Bien sûr qu'elle se souvenait de son arrivée à Méridian. Elle était certainement arrivée au pire moment, vu qu'il venait d'apprendre la « mort » d'Ersa. Elle le vit déglutir péniblement et se demanda ce qui pouvait le mettre dans cet état.

« Euh… quand tu m'as parlé de la mort de Rost… J'ai eu… une réaction… pas très sympa… »

Il grimaça et Aloy fronça les sourcils. Elle tenta de se rappeler la scène. Elle venait d'apprendre par un garde qu'Ersa était morte et qu'Érend était devenu le nouveau Capitaine de l'Avant-garde. Alors qu'elle avait demandé à lui parler, le garde à la porte de la ville était en train de la rembarrer. Mais l'Oseram était arrivé. Elle avait commencé par lui dire être désolée pour Ersa.

Elle se souvint qu'Érend était ivre. Elle avait tenté de faire preuve de sympathie envers lui. Lui disant qu'elle avait elle aussi perdu quelqu'un, pour lui faire comprendre qu'elle savait ce qu'il ressentait, qu'il n'était pas le seul à souffrir. C'était aussi un moyen détourné pour lui dire qu'il ne fallait pas se laisser aller.

« C'est horrible. Je me demande pourquoi à chaque fois qu'il arrive une tragédie… les autres se sentent obligés de raconter leurs propres drames. Comme si ça aidait… » Ça avait été les mots d'Érend.

« Et je tenais à m'en excuser, » dit Érend en se passant une main sur la nuque.

Aloy ne dit rien. C'était donc ça qui le tracassait. Rien à voir avec des baisers volés donc… Elle se tourna vers lui pour l'observer. Il gardait les yeux obstinément fixés sur la cheminée dans laquelle une bûche craquait allégrement. Il n'y avait rien à dire. Il lui avait fallu du temps pour comprendre que tout le monde ne réagissait pas de la même façon face aux drames qui parsemaient le chemin de chacun. Elle avait décidé de ne pas trop s'appesantir sur son chagrin, d'avancer pour ne pas penser trop souvent à Rost et au vide qu'il avait laissé dans son cœur. C'était le seul moyen qu'elle avait trouvé pour se préserver : se tenir occupée, essayer de comprendre pourquoi on lui en voulait. C'était également un moyen de se venger de ceux qui lui avaient tout pris. Elle allait lui dire qu'elle ne lui en tenait pas rigueur, mais il reprit la parole.

« J'étais tellement obnubilé par mon propre chagrin… et écrasé par le poids de ce grade de Capitaine que je n'ai jamais voulu porter… que je me suis montré égoïste et bêtement blessant… »

Elle eut un petit sourire rassurant, mais il ne le vit pas, les yeux toujours posés sur les flammes de la cheminée.

« Tu étais triste, » dit-elle d'une voix douce. « Quand Teersa m'a dit être désolée de la mort de Rost, je n'ai rien dit… mais j'avais juste envie de la gifler. »

Elle haussa les épaules, ramenant ses genoux devant elle et les entourant de ses bras. En réalité, les premiers mots réellement réconfortants qui lui avaient fait du bien étaient ceux de Teb. Car les mots du tailleur étaient criants de vérité : « Si sa mort t'a sauvé la vie, Aloy, je suis sûr qu'il en est heureux ». Oui, c'était certainement le cas. Rost lui avait ordonné de survivre alors qu'il la poussait vers le bas de la montagne…

Elle chassa ses souvenirs et reprit : « Pourtant, elle est celle qui a fait le plus preuve de gentillesse à mon égard. Mais voilà… Alors ne t'en fais pas, je comprends. »

« Même si c'est le cas, sache que je suis vraiment désolé… Et bon… Je me doute que tu n'en as peut-être pas envie, mais si tu veux me parler un jour de ce Rost, je serai tout ouïe… »

Rost… Elle n'avait jamais vraiment parlé de lui à quiconque.

« Je suis désolée, » dit-elle au bout d'un moment. Car si lui s'excusait, elle avait aussi une raison de demander pardon. « Pendant les funérailles d'Ersa… je… »

Je pleurais la mort d'un autre, voulut-elle dire. Mais les mots se coincèrent dans sa gorge et Érend l'interrompit doucement :

« Je sais, » dit-il. Sa voix était douce et son ton affectueux. « J'ai l'impression que tu n'as pas en l'occasion de pleurer sa disparition, encore… »

C'était le cas. Mais c'était volontaire. Aloy se maintenait continuellement occupée pour ne pas se laisser aller. Elle ne savait pas comment cela se passerait quand le chagrin prendrait possession d'elle. Elle craignait un peu d'être terrassée. Et elle ne pouvait se le permettre.

« Il a une tombe, apparemment… » dit-elle. « Mais… je ne suis pas encore allée… Je n'ai pas encore… »

Elle avait volontairement évité de se rendre sur sa tombe. Elle avait… peur. Elle se passa alors une main rageuse dans ses cheveux et grogna, incapable de mettre des mots sur ce qu'elle ressentait. En tant que paria, elle n'avait pas l'habitude de devoir exprimer ses sentiments. Car personne ne lui demandait jamais comment elle allait. A part Rost. Mais il n'insistait jamais vraiment quand elle disait ne pas vouloir en parler.

Aloy regarda le feu en soupirant et se détendit légèrement.

« Aloy ? » demanda Érend au bout d'un moment. « Comment est-il mort ? »

Elle sentit sa gorge se serrer. Elle se tourna vers lui, les sourcils froncés. C'était la première fois qu'on lui posait la question. Elle ne s'y attendait pas. Car elle comprenait qu'il lui demandait comment les choses étaient arrivées, mais aussi ce qu'elle avait vu, ressenti. Elle ouvrit plusieurs fois la bouche sans parler.

« Tu… tu veux vraiment… savoir… ? » s'étonna-t-elle.

« Je veux essayer de comprendre ce par quoi tu es passée. Je veux que tu partages ta peine avec moi, comme j'ai un peu partagé la mienne avec toi. »

Alors elle lui montra. Elle lui tendit son focus après avoir sélectionné le sinistre enregistrement. Il eut l'air étonné qu'elle ait un tel enregistrement, d'ailleurs.

« Ce n'était pas volontaire, » avoua-t-elle, sombre. « Quand je me suis réveillée, après ma chute, j'ai vu que mon focus avait enregistré… Je ne l'ai regardé qu'une fois… Mais je n'ai pas eu le cœur de le supprimer. » Elle déglutit péniblement. « C'est mon dernier souvenir de Rost… La dernière image que j'ai de lui… »

Il acquiesça avant de placer le focus sur son oreille. Il leva la main et Aloy devina qu'il appuyait sur le bouton pour mettre l'enregistrement en marche. Elle put voir ses réactions pendant qu'il regardait. Il sursauta, se tourna aussi vers elle, comme pour s'assurer qu'elle était là. Si elle ne savait pas ce qu'il était en train de regarder, ses réactions auraient pu être amusantes…

Au bout d'un moment, il leva à nouveau la main et Aloy comprit qu'il était arrivé à la fin de l'enregistrement. Qu'il avait vu la dernière image de Rost, telle qu'elle-même l'avait vue. Il éteignit le focus et le lui rendit. Elle le prit en main mais ne chercha pas à le remettre près de son oreille. Il y avait après tout cette possibilité que Sylens écoute et voie tout ce qui se passait actuellement.

« Aloy… Je… je suis désolé… » dit Érend.

Il semblait perturbé, touché par ce qu'il venait de voir et cela la toucha elle aussi.

« Merci, Érend, » dit-elle. « Tu sais… après être sortie de la Montagne de la Toute-Mère, j'ai interrogé Teersa… Je lui ai demandé pourquoi il avait été banni de la tribu… »

C'était une question qu'Aloy ne lui avait posée que trois fois. Il n'avait jamais répondu et le regard qu'il lui avait lancé la troisième fois l'avait incitée à ne pas reposer la question une quatrième fois.

« Et… t'a-t-elle répondu ? » s'enquit Érend.

« Oui… Oui, elle l'a fait… Et elle m'a tout dit… »

Et une fois encore, elle se confia à Érend. Elle lui raconta tout ce qu'elle avait appris, tout ce par quoi Rost était passé. La perte de sa femme, le meurtre injuste et cruel de sa fille, sa chasse à l'homme, son retour. L'Oseram écouta tout dans le silence, si ce n'est une expression ou deux pendant son histoire.

Elle lui confia aussi l'amertume qu'elle avait ressentie quand elle avait appris avoir été confiée à un homme qui venait de perdre sa fille. Elle trouvait cela cruel… mais surtout, elle se demanda… n'avait-elle été qu'une remplaçante ? Était-elle vouée à n'être qu'une remplaçante pour tout ?

Elle avait été créée pour être une espèce de remplaçante d'Elisabet Sobeck… Avait-elle également été considérée comme une remplaçante d'Alana ?

« Elles ont confié un nourrisson à un homme qui venait de perdre sa fille… » conclut-elle amèrement. « N'est-ce pas un peu cruel de leur part ? »

Ce n'était pas vraiment une question à laquelle elle attendait une réponse. Elle se leva rapidement et étira ses bras au-dessus de sa tête tandis qu'Érend se levait également. Elle tendit l'oreille et écouta ce qui se passait au-dehors.

« Le vent s'est calmé, » remarqua-t-elle. « On devrait aller dormir, ainsi on reprend la route demain. »

Plus vite ils sortiraient, mieux elle se sentirait. Elle se sentait étrange de s'être confiée autant à Érend. Elle n'avait jamais vraiment eu l'occasion de se confier à personne. C'était nouveau et elle ne savait pas si la sensation qu'elle ressentait au fond de ses tripes était agréable ou dérangeante.

Elle allait se diriger vers le lit mais elle fut surprise quand Érend la retint doucement par la main. Elle leva les yeux vers lui et tenta de cacher au mieux les sentiments qu'elle avait au fond d'elle : la peur, l'incertitude, le chagrin. La peur qu'il la juge sur ce qu'elle venait de dire. L'incertitude de la façon dont il allait se comporter envers elle. Le chagrin qu'elle tentait de refouler depuis si longtemps.

Tout en lui tenant toujours la main, il lui souleva doucement le menton et Aloy se demanda s'il allait l'embrasser. Mais non, il leva un peu trop son menton pour cela et elle comprit alors qu'il regardait son cou. Là où la lame d'Hélis avait entamé sa peau. Avec une pointe au cœur, cela lui ramena à l'esprit l'image de Rost accourant pour la sauver alors qu'elle était sur le point d'être égorgée. Elle revit la flèche travers l'épaule du Carja de l'Ombre. Elle revit, comme au travers d'un brouillard, la lutte de Rost contre Hélis, la lance contre le poignard. Elle se revit hurler quand Rost tomba, poignardé dans l'estomac. Elle ferma les yeux pour éviter de pleurer.

« Il ne t'a pas ratée, » dit-il. « Et je ne pense pas que c'était de la cruauté de la part des Matriarches de te confier à Rost. »

Aloy fronça les sourcils. Elle avait tenté de s'en convaincre également. Elle avait tenté de se dire que cette décision avait été prise pour le mieux de tous.

« Cela lui a peut-être tout simplement donné une nouvelle raison de vivre. »

Il lâcha son menton et Aloy essaya de ne pas regretter la chaleur de sa main sur sa peau. Il ajouta alors : « Et tu sais, dans le souvenir que tu m'as montré, le regard inquiet qu'il t'a lancé, ce n'était pas celui qu'un mentor lancerait à son protégé, mais bien celui qu'un père lancerait à sa fille. C'est ainsi que je le vois, en tout cas. »

Une foule de sentiments la submergea et elle se mordit la lèvre. Quand Sylens l'avait sauvée de Brunante, elle avait mentionné Rost et avait failli l'appeler 'mon père'. Elle s'était retenue car elle savait que Sylens s'empresserait de lui rappeler qu'elle n'était pas née comme les autres, qu'elle avait simplement été créée par une machine. Mais pourtant, le vide que Rost avait laissé dans son cœur, c'était celui qu'aurait laissé un père en disparaissant de la vie de sa fille.

« Et je ne pense pas qu'il ait un jour regretté de t'avoir eu dans sa vie. »

Une larme coula sur sa joue sans qu'elle puisse la retenir. Puis une autre. Elle les essuya avec brusquerie. Non, elle ne devait pas pleurer. Elle ne devait pas regretter de ne pas avoir remercié Rost comme elle aurait dû. Elle ne devait pas regretter de ne pas lui avoir dit qu'elle l'aimait. Elle ne devait pas regretter de ne pas avoir pu lui confier tout ce qu'il représentait pour elle. Les regrets ne servaient à rien.

Elle détourna le visage pour qu'Érend ne la voie pas pleurer. Personne ne l'avait jamais vue pleurer, si ce n'est Rost quand elle était toute petite - et cela n'avait pas duré longtemps. Pleurer, c'était montrer ses faiblesses. Pleurer, c'était…

Érend l'attira doucement à lui et la surprit en la prenant dans ses bras. Il guida son visage pour qu'il soit contre son torse, caché… Et là, c'était comme si une porte cédait en elle. Une porte qui retenait tout. Une porte qui laissa tout passer.

« J'aurais dû me douter qu'il ne me laisserait pas tomber, » dit-elle alors qu'un torrent de larmes coula sur ses joues pour la première fois de sa vie. « Qu'il me suivrait et m'observerait de loin. Malgré tout ce qu'il disait, je suis sûre qu'il a toujours fait pareil, même quand il m'a envoyée contre ce Dent de scie… Je suis sûre qu'il serait intervenu si… et c'est à cause de moi… Il est… »

Ses propos n'avaient certainement pas beaucoup de sens. Mais ce qui lui important actuellement, c'était surtout de tout lâcher. Elle n'était pas prête à refermer la porte maintenant. Il fallait que ça sorte. Une fois que ce serait fait, alors elle pourrait la refermer.

Érend se mit à lui caresser les cheveux d'une main douce. « Ce n'est pas de ta faute. Ce sont les membres de l'Éclipse, les responsables… et surtout ce type aux yeux pâles… »

« Hélis… » souffla-t-elle.

Hélis, le monstre qui hantait ses cauchemars. L'homme haut comme une montagne, pâle comme la mort. Une marionnette entre les mains d'une entité dont le but était de détruire toute vie sur Terre. L'homme qui avait tué Rost. Qui l'avait presque tuée…

« Je suis désolée… » dit-elle entre deux sanglots, tout en reniflant. « Je suis en train de mouiller ta tunique… »

C'était la seule manière qu'elle avait trouvée pour lui dire qu'il pouvait la lâcher s'il le voulait. Mais elle eut au contraire l'impression qu'il resserra son étreinte autour d'elle. Et elle n'avait clairement pas envie de s'en plaindre. Sa chaleur était réconfortante.

« Bah, elle séchera, » dit-il d'un ton léger. « Pleure, » ajouta-t-il d'un tout plus sérieux, « il faut que cela sorte, sinon tu vas devenir folle. »

Alors elle l'écouta. Et elle pleura comme jamais auparavant. Elle pleura comme elle aurait voulu le faire en se réveillant dans la Montagne de la Toute-Mère, quand elle avait compris que Rost était parti. Parti pour de bon. Elle pleura comme elle avait eu envie de pleurer quand Teersa avait dit qu'ils avaient érigé une tombe pour lui… avec le peu de restes qu'ils avaient trouvé. Elle pleura car quand elle avait compris qu'il ne serait plus là, elle s'était rendu compte de ce qu'était la vraie solitude. Jusqu'à présent, il avait toujours fait partie de sa vie. Elle n'avait jamais vraiment été seule. Il avait toujours été là pour assurer ses arrières. Et depuis son départ, elle était seule. Vraiment seule.

Elle pleura encore et encore. Elle ne se calma que quand elle comprit son erreur. Non, elle n'était pas seule. Elle n'était plus seule. L'homme qui la tenait présentement dans ses bras en était la preuve. Cela la calma.

Elle se sépara donc doucement d'Érend et constata que sa tunique était vraiment bien mouillée.

« Désolée pour ta tunique, » dit-elle d'une voix piteuse tout en acceptant le mouchoir qu'il lui tendit pour son nez.

« T'en fais pas pour ça. J'en ai d'autres, » assura-t-il.

Il se détourna, lui tournant le dos et Aloy se sentit alors rougir quand elle le vit faire passer sa tunique mouillée de larmes par-dessus sa tête. Elle avait une vue imprenable sur son dos tout en muscles. Quand il se pencha vers son sac pour fouiller dedans à la recherche d'une tunique sèche, les muscles roulèrent sous sa peau d'une façon captivante.

Mais ce qui attira surtout les yeux d'Aloy, c'était les dessins sur ses épaules. Des dessins noirs qui couvraient sa peau. Elle avait certes déjà vu ce genre de choses, notamment chez Olin. Mais elle ne savait pas du tout qu'Érend avait aussi ces dessins imprimés sur sa peau.

Elle se rendit alors compte que malgré le fait qu'ils aient passé du temps à voyager ensemble, jamais il ne s'était changé ou quoi que ce soit devant elle. Et vice-versa, quand elle y pensait. Mais cela la surprit quand elle comprit qu'il y avait encore des choses qu'elle ignorait sur Érend.

Elle n'était pas une grande parleuse, il fallait bien l'avouer. Et elle n'avait pas pour habitude de se confier comme elle l'avait fait. Et elle n'avait jamais posé de question à Érend sur son passé. Elle savait bien sûr certaines choses, mais c'était surtout lié à la Libération de Méridian. Ce qu'il était, ce qu'il faisait avant cela, quelle était sa famille en dehors d'Ersa… Tout cela, elle ne le savait pas.

Et tout en regardant les cercles et les lignes qui décoraient ses épaules et une partie de ces biceps, elle se prit à se demander quelle avait été la vie d'Érend avant qu'elle ne le rencontre, avant qu'il ne devienne un corsaire Oseram, avant que la guerre n'éclate avec les Carjas. Comment avait-il passé son enfance ? Quelle était cette histoire d'épée qui avait laissé une cicatrice à Ersa ?

Puis, une envie étrange prit possession d'elle : celle de tendre la main et de redessiner avec ses doigts les lignes noires sur la peau d'Érend.

Elle était presque hypnotisée et le charme fut rompu quand Érend enfila une nouvelle tunique. Elle se sentit rougir et se détourna rapidement, de peur d'être surprise par l'Oseram en train de le regarder de manière insistante. Pour se donner une contenance, elle se glissa dans le lit.

Cette fois-ci, Érend n'hésita pas comme la veille et la rejoignit dans le lit. Un peu hésitante, Aloy se rapprocha de lui. Étonnamment, elle avait encore besoin de réconfort. Il lui ouvrit les bras et elle s'y blottit confortablement.