Résumé
La bataille finale contre Hadès et les machines des temps anciens se profile. Aloy rencontre des personnes auxquelles elle ne s'attendait pas forcément et découvre que parfois, certaines coutumes valent la peine...
Notes
Cette scène bonus prend donc place pendant le chapitre 20 de ma fanfic. Je tenais absolument à faire cette scène, ahah.
Ce sera également la dernière scène bonus. J'ai quelques idées pour d'autres histoires, mais avec d'autres personnages. Mais ce ne sera pas pour tout de suite. Ici, je ronge mon frein jusqu'à demain soir pour pouvoir enfin jouer à Horizon : Forbidden West... Je suis tellement impatiente ! xD
Bref, bonne lecture aux personnes qui passeraient par ici, bon jeu à ceux qui vont jouer et on se revoit bientôt o/
Side Story III
Coutume carja
La bataille de Méridian approchait et Aloy sentait la nervosité monter en elle. Quand elle était revenue à Méridian pour les prévenir de l'imminence de l'attaque, c'était avec le cœur gros et la peur au ventre. Mais Érend, Marad et Avad l'avaient rassurée comme ils le pouvaient. Méridian se préparait depuis un moment. Car Aloy les avait certes prévenus, mais les rapports des espions de Marad confirmaient tous que les Carjas de l'Ombre marcheraient bientôt vers Méridian, pour reprendre la cité. Et ils s'étaient donc préparés au pire.
Érend, à qui Aloy avait raconté beaucoup de choses, s'attendaient lui à croiser les machines de l'ancien monde dont elle lui avait parlé. Donc il avait fait le nécessaire pour que les stocks de munitions soient remplis en vue de combattre lesdites machines. Cela avait rassuré un peu Aloy. Elle l'avait été encore plus quand elle avait appris que les Noras arrivaient. Les Noras, quoi qu'en disent ou en pensent les autres tribus, étaient de fiers combattants et leur aide ne serait certainement pas de trop !
Aloy passait le temps qu'elle pouvait à pirater des machines en vue de la prochaine bataille. Les amener vers Méridian n'était pas le plus facile, mais elle y parvenait et c'était tout ce qui comptait.
Pour la bataille à venir, elle avait d'abord pensé à porter un blason carja, que lui avait remis Marad, avant qu'Érend ne la fasse changer d'avis. Certes, c'était une armure, mais le fait que son ventre soit aussi à découvert ne plaisait pas à Érend. En tout cas, pas pour combattre. Il lui avait alors tendu une armure oseram qu'il avait confectionnée spécialement pour elle. Ce qui avait eu le don de la surprendre agréablement.
« Voilà, » avait-il dit en lui remettant les vêtements. « C'est assez léger, mais au moins, ça protège toutes les parties de ton corps. Bon, c'est certainement moins joli que le blason carja, mais… »
« Tu trouves donc ça joli », l'avait-elle taquiné avec un sourire narquois. « Tu veux dire que ça me va bien ? »
« Bien sûr que ça te va bien ! » s'était-il presque écrié. « Et très franchement, s'il n'y avait pas une guerre imminente, ce serait vraiment un plaisir de te voir dedans tous les jours. Cela pourrait même devenir ma tenue préférée. Mais pour le moment, je préfère ta sécurité, si tu n'es pas contre. »
Ce souvenir la faisait encore sourire alors qu'elle se dirigeait vers la Crête. Elle eut la surprise de tomber sur Teb dès son arrivée. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il vienne jusque Méridian vu qu'il était tout sauf un combattant. Mais il semblerait qu'il soit plutôt là en tant qu'intendant et cela rassura la chasseuse. Teb était la première personne avec qui elle avait parlé lorsqu'elle était encore une paria. La première personne à lui avoir manifesté de la sympathie. Elle ne voulait pas qu'il soit encore blessé. Il lui indiqua qu'il s'occupait du ravitaillement des armes et des médicaments. Puis, en parfait Nora, il lui demanda si la Toute-Mère avait prédit la victoire.
« Elle… n'a pas eu à le faire, » dit Aloy. « Je sais qu'on peut gagner, Teb. »
Cela sembla rassurer le jeune homme qui hocha la tête, un peu plus détendu.
« Alors d'accord, » dit-il.
« Sois prudent, surtout, » ajouta-t-elle.
« C'est plutôt à moi de te dire ça, » contra-t-il. « Ce n'est pas moi qui vais affronter des machines démoniaques. En tout cas, pas directement. »
Elle haussa les épaules. C'était presque normal pour elle, maintenant. Et cette fois-ci, surtout, elle ne serait pas seule pour affronter ces 'machines démoniaques'.
« J'aime ta lance. »
Aloy tourna la tête vers la voix qui lui parvint aux oreilles. Elle fut agréablement surprise de voir Vanasha et Uthid, non loin d'elle. C'était Vanasha qui venait de s'adresser au soldat.
« Euh. Merci, » répondit le soldat, comme un peu perplexe.
« J'aime la façon dont tu l'agrippes. »
« Assez, femme. »
Aloy secoua la tête. Elle trouvait parfois Érend pas très subtile dans sa façon de flirter avec elle. Mais Vanasha le battait à plates coutures. Elle en vint presque à plaindre Uthid. Amusée, elle s'approcha d'eux. Ils se tournèrent vers elle avant même qu'elle n'ait pu ouvrir la bouche.
« Petite chasseuse, » dit Vanasha. « Tu as appelé… et me voilà. »
« Aloy ! » dit Uthid en même temps tout en faisant un salut militaire.
« Euh… Repos, Uthid, » dit Aloy, encore peu habituée à ce genre salut. Voir les Noras s'incliner devant elle et l'appeler 'l'Élue' la mettait déjà bien assez mal à l'aise, elle n'avait pas besoin, en plus, d'être saluée comme un général de guerre.
« Prêts à combattre ? » demanda-t-elle ensuite aux deux Carjas.
« Combattre ? » dit Vanasha avant qu'Uthid n'ait pu ouvrir la bouche. « Je pensais que voulais discuter et boire le thé ! Il y aurait une bataille qui s'annonce, et je ne suis pas au courant ? »
Uthid secoua discrètement la tête et leva les yeux au ciel.
« Je ne te crois pas, rien ne t'échappe, » dit Aloy, amusée également.
« Ah. C'est bien vrai. On se connaît à peine, et pourtant tu sais déjà tout de moi, » commenta Vanasha.
« Je ne te connais presque pas, » corrigea Aloy, se disant qu'Uthid devait certainement la connaître mieux qu'elle depuis le temps. « Mais j'aimerais bien, » ajouta-t-elle, plus par politesse que réel intérêt.
« Hmm. Les gens qui me disent ça ont souvent quelque chose en tête. »
Elle dit cela d'un ton entendu et de nouveau, Uthid leva les yeux au ciel. Vanasha devait lui en faire voir de toutes les couleurs, mais comme il n'avait pas pris la fuite, c'est que cela ne le dérangeait pas tant que ça, au final.
« Et toi, Uthid, prêt ? Sache que Méridian est heureuse de t'avoir dans ses rangs. Et moi aussi. »
Elle était sincère. Revoir Uthid après ce qui s'était passé avec le Haut-Prêtre Bahavas lui faisait plaisir. Et voir Vanasha le taquiner était assez amusant, il fallait bien l'avouer.
« L'honneur est mien. » répondit Uthid. « Grâce à toi, je ne suis pas mort en passant pour le premier des imbéciles. »
« Et… j'espère que tu ne mourras pas aujourd'hui non plus. »
Elle espérait vraiment qu'il avait cessé d'avoir envie de mourir, comme lors de leur première rencontre.
« Au Soleil de voir, » dit-il en haussant une épaule. « Quand tu m'as trouvé, j'essayais de m'assurer une mort glorieuse. Mais là… Une vie glorieuse me semblerait préférable. »
Il avait dit la dernière phrase en jetant un coup d'œil en direction de Vanasha. Celle-ci le vit et eut un petit sourire.
Uthid ajouta que cela lui faisait plaisir de voir Itamen jouer dans les jardins inférieurs. Et il remercia une nouvelle fois Aloy. Puis, il ajouta, sur un ton bien trop léger par rapport au contenu de ses paroles : « Seulement… cette horrible femme, Vanasha. Ça l'amuse de me provoquer. Comme d'agiter un chiffon rouge devant un Mastodonte. »
« Tu veux que je lui dise d'arrêter ? » proposa Aloy, bien qu'elle sache qu'au fond de lui, il n'avait pas réellement envie qu'elle arrête. Et sa réponse lui donna d'ailleurs raison :
« Non. Je m'habitue, » dit-il d'un ton adouci. « Eh bien… Méridian vaincra et l'ombre disparaîtra. Je le jure. »
Il fit de nouveau son salut militaire auquel Aloy répondit, certainement très mal.
« Ce combat contre l'ombre, » dit Vanasha d'une voix basse et grave, soudainement sérieuse, « je l'ai attendu… pendant toute ma vie. L'ennemi que nous allons affronter est celui qui a fait de Méridian un marché aux esclaves, et de Brunante un véritable bain de sang. Des fanatiques… qui torturent et assassinent mères, pères, familles, enfants, tout ça au nom du Soleil ! Je les déteste, Aloy ! »
Jamais encore Vanasha n'avait parlé avec autant de dureté et de détermination. Cela troubla légèrement Aloy, mais également Uthid qui lui lança un regard de biais. Un regard incertain. Vanasha continua alors : « J'ai les marques de leurs coups de fouet que le dos pour le prouver ! »
Cette fois-ci, l'expression d'Uthid devint carrément sombre, comme si entendre Vanasha parler des coups qu'elle avait reçu lui donnait des envies de meurtre. Si Aloy vit cela, ce ne fut pas le cas de la jeune femme qui continua de regarder Aloy dans les yeux.
« Aujourd'hui, nous pouvons les tuer une bonne fois pour toutes ! J'ai dit que j'étais venue pour toi… mais ce n'est pas tout à fait vrai. Je suis là… pour eux. Cette fois, ils ne m'échapperont pas. Je ne l'oublierai pas, chasseuse. »
Aloy ne pouvait que comprendre. Elle-même, en plus de sa quête en vue de sauver le monde, avait une histoire à régler avec Hélis. Une vengeance à prendre. Une dette de sang. Elle hocha alors la tête vers Vanasha. Au final, elles se ressemblaient plus qu'elle ne le pensait.
D'un ton plus léger, Vanasha conclut : « Demain, le Soleil se lèvera sur un monde meilleur. »
« Je l'espère, » dit Aloy. « En tout cas, nous allons tout faire pour. »
« Méridian semble bien préparé, » commenta Uthid. « Toutes les chances sont de notre côté. »
« En parlant de chance, » intervint Vanasha d'un ton charmeur en lançant au soldat un regard entre ses longs cils. « Il y a cette coutume Carja… »
« Une coutume ? » répétèrent Uthid et Aloy d'une même voix.
Qu'Aloy ne connaisse pas la coutume Carja n'étonnait pas la rouquine. Mais qu'Uthid ne semble pas au courant l'intrigua un peu plus. Vanasha se fendit d'un grand sourire devant leur réaction.
« Oui, cette coutume qui porte chance avant les grands événements importants. »
Uthid lança un regard surpris vers Aloy qui haussa les épaules en signe d'ignorance. C'était lui le Carja dans l'histoire, pas elle…
« Et… quelle est cette coutume ? » demanda-t-il d'un ton soudainement méfiant.
« Comment ? Tu ne connais pas la coutume ? » s'exclama Vanasha d'un ton théâtral.
« Non… » dit-il encore plus méfiant, presque sur la défensive.
« Il va donc falloir que je rectifie cela, » dit Vanasha en haussant les épaules.
Uthid semblait vouloir l'interroger à ce sujet mais n'en eut pas le temps, car Vanasha l'attrapa par les épaules comme pour couper toute fuite possible, se hissa sur la pointe des pieds et posa ses lèvres contre les siennes. Uthid ouvrit de grands yeux. Aloy aussi. Celle-ci sentit même son visage s'embraser.
Le baiser ne dura pas très longtemps, mais Uthid resta comme pétrifié tout le temps qu'il dura. Vanasha se sépara de lui avec un sourire et lui fit un clin d'œil.
« Voilà la coutume, » dit-elle. « Embrasser quelqu'un de qui on se soucie avant un événement important porte chance. »
« Cette coutume n'existe pas, » dit Uthid d'un ton ferme.
Aloy crut cependant voir ses joues prendre une teinte légèrement rosée.
« Vraiment ? Pourtant, je viens bien de t'embrasser pour te porter chance, » dit Vanasha en lui dédiant un regard entre ses longs cils.
« Je… Ce n'est pas une coutume carja ! » dit-il.
« Pourtant nous sommes Carjas, et je viens de… »
« Assez, femme, » dit-il, clairement embarrassé. « Cette femme va me rendre fou, » dit-il en direction d'Aloy, comme pour la prendre à témoin.
Vanasha sourit encore plus de la gêne qu'elle avait créée chez le soldat qui 'n'était jamais anxieux', comme il s'en était jadis vanté. La jeune femme se tourna vers Aloy avec un sourire radieux, sourire qui s'évanouit quand Uthid la prit par la taille pour lui plaquer un baiser sur ses lèvres. C'était certainement la première fois qu'Aloy vit de la surprise sur le visage de Vanasha. Elle avait les yeux grand ouverts et avant qu'elle ait pu adapter son comportement, le soldat l'avait relâchée et détourné la tête.
« Pour te porter chance, » dit-il d'un ton bourru avant de s'éloigner d'un bon pas, marmonnant quelque chose à propos de vérifier des armes.
Vanasha et Aloy le regardèrent partir. Aloy était toujours embarrassée d'avoir assisté à cela tandis que la Carja réfléchissait certainement à ce qui venait de se passer. Elle pencha la tête sur le côté en regardant dans la direction que venait de prendre Uthid.
« Intéressant, » commenta-t-elle d'une voix pensive.
« In… intéressant ? » répéta Aloy qui n'aurait pas utilisé ce qualificatif concernant ce qui venait de se passer.
« Disons que les choses prennent un tournant auquel je ne m'attendais pas, » dit Vanasha en haussant les épaules. « Mais je ne vais pas prétendre que cela me dérange. »
Elle adressa un grand sourire à Aloy.
« Et toi, petite chasseuse, n'as-tu pas quelqu'un à qui tu souhaites porter chance ? »
Aloy se sentit rougir jusqu'à la pointe des cheveux car la première image qui s'imposa dans son esprit fut celle d'Érend.
« Euh… Je… Peut-être… » bafoua-t-elle.
Vanasha rit de la voir ainsi et Aloy détourna la tête.
« Dans ce cas, vas-y, » encouragea Vanasha. « Le temps est précieux, il ne faut pas le perdre. Quant à moi, je pense que je vais aussi aller vérifier les armes. »
Elle fit un clin d'œil entendu à Aloy et s'éloigna posément, empruntant la même direction qu'Uthid. La rouquine la regarda s'éloigner et quand elle disparut de son champ de vision, leva les yeux vers la Flèche. Les Noras et l'Avant-garde étaient là-bas, lui avait appris Marad. Elle s'y dirigea donc et fut surprise de croiser, en chemin, des visages improbables. C'est ainsi qu'elle partagea quelques mots avec Aratak, Inatut, deux Banuks qu'elle avait croisés lors de son séjour dans la Plaie. Ils étaient accompagnés d'une autre Banuk, qui indiqua être originaire du campement des machines dociles, et d'une chasseuse Nora exilée qui, contrairement à Nakoa, ne semblait pas être présente pour gagner le droit de retourner dans les Terres Sacrées. Un groupe assez hétéroclite et cela l'amusa un peu de voir qu'Inatut portait toujours des vêtements carjas.
Aloy croisa également Talanah et quelques Faucons avant d'arriver au sommet de la mesa où se dressait la flèche. Après avoir échangé quelques mots avec Sona, c'est avec Varl qu'elle discuta un peu. Elle prit sur elle quand il l'appela 'l'Élue' mais le remercia quand il empêcha ses camarades Noras de s'incliner devant elle.
« Ha, ha… Ne sois pas trop dure. Ils ne viennent combattre que parce que l'Élue l'a demandé. »
« Et toi, c'est pareil ? » demanda-t-elle, sincèrement curieuse.
« Non. Je serais venu rien que pour te revoir. »
La surprise se peignit sur le visage d'Aloy. Il avait parlé d'un ton doux et cela la surprenait. Comme s'il se rendit compte de ce qu'il avait dit et de ce que cela avait déclenché chez la rouquine, il ajouta : « Et… parce qu'il faut affronter un Démon de métal, la Déesse l'a dit… ou… toi, tu l'as dit… »
« Je crois que la Déesse et moi sommes d'accord. Et nous te remercions, » dit Aloy, trouvant cela assez bizarre de parler au nom d'une machine que les Noras prenaient pour une divinité.
« C'est normal, » dit-il en hochant la tête.
Il jeta un coup d'œil par-dessus l'épaule d'Aloy et se racla la gorge.
« Ça va ? » demanda-t-elle.
« Oui. Juste que… ton… ami… de l'Avant-garde nous fixe bizarrement, » dit-il en se penchant vers elle.
Aloy se retourna alors et vit Érend et d'autres gardes de l'Avant-garde. Elle lui fit un petit signe de tête avec un sourire. Elle se tourna alors vers les Noras pour les remercier de leur présence. Varl affirma une fois encore que c'était normal tandis qu'un autre s'inclina une nouvelle fois. Elle prit alors congé et se dirigea vers l'Avant-garde. Quand elle arriva, l'un d'eux était en train de ricaner.
« Te voilà Aloy, » dit Érend en ignorant son homme en train de ricaner. « Comme tu peux le voir, nous sommes prêts à défendre la Flèche coûte que coûte. »
« Merci, Érend. Il faut vraiment éviter qu'HADÈS n'atteigne cette tour. Sans quoi, ce ne sera pas seulement Méridian qui tombera, mais tout le reste du monde… »
« Ça à l'air… énorme, » commenta le soldat qui ricanait encore quelques secondes plus tôt, tout à coup sérieux.
Aloy se demanda alors si elle avait bien fait d'être aussi directe. Elle ne voulait pas les effrayer ou leur mettre un poids insurmontable sur les épaules.
« Mais nous n'allons pas nous défiler, » dit Érend. « Où est l'Avant-garde, les gars ? »
« En première ligne ! » répondirent les hommes d'une même voix, avec la même détermination qu'elle avait toujours connue chez Érend.
« Et pourquoi ? » demanda celui-ci.
« L'acier avant le fer ! »
« Et qu'allons-nous faire ? »
« Les frapper avec un marteau jusqu'à ce qu'ils ne se relèvent pas ! »
Ah ! C'était tellement oseram comme propos, pensa-t-elle avec un léger sourire. Au moins, elle comprit qu'elle pourrait compter sur eux, que même si c'était une bataille dont le sort du monde dépendait, ils répondraient présents.
« Tu entends ça ? » dit Érend avec une certaine fierté. « Personne ne passera l'Avant-garde. Nous sommes ici pour Méridian. »
Elle hocha la tête. Puis Érend ajouta, d'un ton plus doux : « Et pour toi. »
Le cœur d'Aloy battit plus fort et elle sourit au Capitaine. « Merci Érend. Ersa serait fière. »
Elle en était convaincue.
« Ah ! Seulement en cas de victoire ! » commenta-t-il en riant légèrement.
Aloy hocha à nouveau la tête.
« Par contre, j'ai cru comprendre qu'ils avaient des machines, » dit l'un des gardes. « Mais ils ont quoi comme machines ? »
Aloy décida d'être honnête avec eux : mieux ils connaîtraient leurs ennemis, mieux cela vaudrait. Elle ouvrit la bouche pour répondre à l'Oseram mais un autre pris la parole : « Des grosses qui font peut. Des temps anciens. »
Aloy referma la bouche se disant que l'homme avait parfaitement résumé la situation. Des grosses machines qui font peur. Oui, c'était même tout à fait ça.
« Des grosses qui font peur, comme ta mère, tu veux dire ? » dit un autre, à la surprise d'Aloy.
« Pire, » répliqua l'autre. « Comme ta femme. »
Aloy eut un petit rire tandis qu'Érend s'exclamait : « Ça suffit ! Qu'est-ce qu'il ne faut pas supporter… »
En effet, si c'était toujours comme ça, ça devait être quelque chose de devoir les supporter tous les jours. Mais Aloy trouvait cela amusant. Jamais elle n'aurait imaginé rire alors qu'une bataille d'une telle ampleur était sur le point de débuter.
« Bon, ça commence bientôt ? » demanda celui qui avait comparé les machines à la mère de de son camarade. « J'ai la dalle. »
« T'as toujours la dalle, » soupira l'un de ses camarades.
« C'est moi qui régale, » assura Érend. « Après la victoire. »
« Même la bière ? » demanda l'un des gardes, plein d'espoir.
« Même la bière ! » confirma Érend.
« N'oublie pas que tu m'as fait une promesse similaire, » intervint Aloy en souriant.
« Ah, t'inquiète, je risque pas de l'oublier ! » dit Érend avec un grand sourire. « Mais on dirait que tu ne sais plus te passer de moi, hein ? » ajouta-t-il avec son ton un peu charmeur dont il usait d'habitude.
Aloy haussa un sourcil, amusée, quand l'un des gardes dit : « Là, je crois qu'elle vous aime bien. »
La jeune femme se sentit rougir et s'interrogea in petto. Certes, elle appréciait Érend, mais…
« Vous allez l'embrasser, Capitaine ? » demanda un autre, la coupant dans ses pensées.
Aloy fronça les sourcils. Ils avaient déjà échangé des baisers. Mais elle-même ne devait le souvenir de ceux-ci qu'à son focus, étant donné qu'Érend n'avait jamais voulu en parler.
« La ferme ! Maintenant, » dit Érend.
Aloy le regarda et eut l'impression qu'il était gêné… Non, non ce n'était pas qu'une simple impression. Il était gêné et c'était la première fois qu'elle le voyait rougir. Cela l'amusa et surtout, elle se souvint des mots de Vanasha.
« Euh… Y a qu'à dire que c'est jamais arrivé, » dit Érend, clairement embarrassé.
Non, pas cette fois, pensa-t-elle en faisant une moue.
« Il paraît, selon certaines coutumes carjas, qu'embrasser avant un événement important porte chance, » dit-elle en le regardant du coin de l'œil.
Érend rougit encore plus. Il semblait également à court de mots. Les autres gardes ne dirent rien, se contentant d'observer attentivement la scène. « Euh… » souffla Érend. « Qu… qui t'a dit ça ? »
« Vanasha, » répondit Aloy, assez satisfaite de l'effet que cela avait sur Érend. « En tout cas, c'est ce qu'elle a dit quand elle a embrassé Uthid, » ajouta-t-elle avec honnêteté.
Aloy se doutait un peu – même plus qu'un peu, à vrai dire – que c'était une coutume totalement inventée par Vanasha. Son unique but avait été d'embrasser Uthid et elle avait besoin d'une excuse pour cela. Et ça avait bien fonctionné, vu que le soldat l'avait embrassée en retour. En voyant la réaction d'Érend qui, même s'il n'était pas Carja, connaissait assez bien leurs coutumes, elle eut alors la confirmation que Vanasha était vraiment sournoise quand elle le voulait.
« Et toi, petite chasseuse, n'as-tu pas quelqu'un à qui tu souhaites porter chance ? » lui avait demandé Vanasha.
Et c'était le visage d'Érend qui s'était imposé dans son esprit. Alors, sans laisser au Capitaine le temps de lui expliquer que cette coutume n'existait pas, elle l'attira à elle en l'attrapant par les épaules et se mit sur la pointe des pieds afin de pouvoir poser ses lèvres sur les siennes, se fichant complètement de ce et de qui l'entourait. Elle comprenait un peu mieux Vanasha. Quelle importance que d'autres voient ce qu'elle faisait alors que le monde était probablement sur le point de tomber ? Quelle importance que d'autres la voient embrasser Érend alors qu'au fond, c'était ce dont elle avait envie ?
Elle ne fit que poser ses lèvres sur les siennes, comme elle avait tenté de le faire la première fois, sous l'influence de l'alcool. Cela diffusa de la chaleur en elle, dans son ventre et remonta pour irradier dans tout son corps. Avait-elle ressenti cela aussi la première fois ?
C'était un baiser très chaste, pas comme celui que lui avait donné Érend, d'après ce que son focus lui avait montré. Mais il faudra qu'ils s'en contentent tous les deux.
Au bout d'un moment, Aloy sépara sa bouche de celle de l'Oseram dont la surprise était peinte sur son visage. Elle lui sourit et haussa une épaule.
« Même si cette coutume est fausse, autant mettre toutes les chances de notre côté, non ? »
« Euh… » fut tout ce que le capitaine parvint à dire.
Il était toujours aussi rouge et Aloy en fut quelque peu attendrie. Elle ne s'imaginait pas qu'elle trouverait cela aussi… adorable.
« Et t'as vu, » ajouta-t-elle, décidant d'aller jusqu'au bout, « c'était agréable cette fois, non ? »
Elle n'attendit pas de réponse et partit d'un pas léger. Elle devina plus qu'elle ne vit les expressions surprises sur le visage des Noras mais ne s'y arrêta pas. Elle décida de rejoindre la Crête. Si Vanasha était là, elle lui ferait savoir qu'elle avait suivi son conseil : elle avait embrassé quelqu'un dont elle se souciait pour lui porter chance. Et au fond d'elle, elle espérait que cela marcherait réellement. Elle voulait – exigeait même – qu'Érend sorte entier et sans casse de cette bataille. Elle ne voulait pas le perdre et ferait tout ce qui était en son pouvoir pour que cela n'arrive pas.
