Merci Lyly pour ton commentaire, en espérant que la suite te plaira !
L'intrus était grand, au moins trente bon centimètres de plus que moi. Une masse désorganisée de cheveux blonds surplombait un visage séduisant. Et ses yeux… Eh bien, ses yeux étaient certainement à l'image des miens : cramoisis. Dans son regard, je lisais de l'amusement. C'est ça qui me fit réaliser l'évidence : la sensation qui venait de me traverser, c'était lui qui en était le responsable. C'était également cette même sensation qui avait traversé les deux vampires quand j'avais eu l'opportunité de fuir. Mais que me voulait-il, cet inconnu aux étranges pouvoirs ?
Mon regard se fit suspicieux tandis que mes sourcils se fronçaient. J'adoptai une posture défensive, me préparant à une potentielle attaque, mais ce fut une nouvelle déferlante de dégout qui me traversa et me plia en deux. De surprise autant que de frustration, je poussais un grognement. Seulement, plus je luttais contre la sensation, et plus je mettais de la fureur dans ces efforts, plus le phénomène était fort et me terrassait. Finalement, je compris que j'étais impuissante à combattre et, pleine de rancœur, je consentis à abandonner les armes.
Quand il comprit que j'avais renoncé à passer à l'attaquer, le grand blond cessa ses attaques psychiques. Je me redressai alors, particulièrement méfiante, mais je ne fis plus mine de vouloir attaquer. J'avais compris ma leçon.
En constatant mon adoucissement, il sourit. Il n'y avait aucune condescendance dans son regard. Il semblait toujours un peu amusé par mon air hagard, mais il ne me dévisageait pas avec supériorité, en dépit de sa démonstration de force.
Je voulais parler, mais je ne savais pas bien quoi dire et je supposais que lui le ferait. Pourtant, il continuait à se taire, alors je me lançai.
— Qui es-tu ? demandai-je simplement.
— Fred, me répondit-il sans s'étendre, comme si nous faisions connaissance autour d'un verre.
— Comment as-tu fait ce que tu viens de faire, Fred ?
— Aucune idée. Je peux le faire, c'est tout.
Agacée par la brièveté de ses réponses, je tentais de garder mon calme. Je me savais à sa merci.
— Et toi, qui es-tu ? enchaîna-t-il.
Je lui jetais un autre regard méfiant avant de réaliser que lui donner mon prénom n'avait pas énormément d'importance. Je n'avais rien à perdre en le faisant.
— Eleanor, répondis-je avant de réattaquer avec de nouvelles questions. Pourquoi m'as-tu suivie ?
— Suivie quand ?
— Comment suis-je censée savoir depuis quand tu me suis ? rétorquai-je. Depuis la fois où tu as fais subir ton truc à ces deux vampires, je suppose ?
— Oh mais je te suivais depuis déjà plus longtemps que ça, tu n'en as juste rien vu.
— Qu'est-ce que tu me veux ? demandais-je à nouveau avec agressivité.
— Rien en particulier, admit-il. Tu me fais penser à une ancienne amie et je suppose que j'étais intrigué. Maintenant que je te parle, je me rends compte qu'à part le physique, vous n'avez strictement rien à voir. Elle était bien moins désagréable.
— Moi, désagréable ? m'enflammai-je. C'est toi qui me traque depuis sûrement des semaines, toi aussi qui m'as attaquée avec ce truc bizarre dont tu es capable. Comment veux-tu que je t'accueille autrement qu'avec agressivité ?
— Un merci pour l'autre jour aurait été appréciable. Je t'ai sauvé la mise, il me semble.
— Je ne t'avais rien demandé, il me semble. Je ne savais même pas que tu étais là. Comment as-tu seulement fait pour que nous ne te repérions pas, ni moi ni les deux autres ?
— C'est une autre partie de mon pouvoir, se contenta-t-il de répondre d'un air évasif.
— Je ne sais rien de toi, alors ne t'étonne pas si je suis méfiante.
— Je ne sais rien de toi non plus et je t'ai sauvée quand même.
— Et je ne t'ai toujours pas demandé de le faire, alors ne t'attend pas à un merci de ma part !
Il éclata de rire.
— Eh bien, ce n'est définitivement pas la réaction à laquelle je m'attendais.
— Tu t'attendais à ce que je tombe à tes pieds pour m'avoir sauvée ? Tu risques d'être déçu.
Il eut un nouveau sourire amusé.
— Tomber à mes pieds, sûrement pas. Je pensais simplement que tu serais un peu plus reconnaissante, c'est tout.
— Je ne le suis pas parce que je ne t'ai rien demandé, répétai-je avec obstination. Je n'ai besoin de personne pour me sauver la mise.
Si ce Fred souhaitait m'asservir en me rendant reconnaissante, il allait effectivement être déçu. J'avais suffisamment donné avec mon créateur. Plus jamais je ne serais dépendante de quelqu'un d'autre, je me l'étais promis. Et être reconnaissante, c'était déjà bien plus que je n'étais prête à m'autoriser. Je ne comptais pas flatter son égo pour lui faire plaisir, c'était mal me connaître.
— Bon, d'accord, finit par concéder Fred. Tu as raison, tu ne m'avais rien demandé mais je t'ai quand même sauvée. Je ne peux pourtant pas t'obliger à m'être reconnaissante, il est vrai.
J'étais satisfaite qu'il admette cette logique implacable. Etrangement, je commençais à me relaxer. Depuis combien de temps n'avais-je pas eu une conversation à peu près civilisée avec quelqu'un ? Je ne savais pas encore si cela me plaisait. Une partie de moi brûlait d'envie de s'enfuir à toutes jambes pour retrouver sa précieuse solitude. Pourtant, il y avait quelque chose d'agréable dans cette interaction. Il me fallait pourtant me souvenir d'une chose : Fred était un vampire, et je ne connaissais pas suffisamment les autres membres de mon espèce pour relâcher complètement ma garde. Si Fred ne semblait pas nourrir la moindre mauvaise intention à mon égard, je ne pouvais pas me fier à cette unique impression.
— Donc tu me suivais uniquement parce que je te rappelais une ancienne amie ? tentai-je. Tu devais drôlement l'aimer cette amie, ou alors, tu t'ennuies vraiment, ce dont je ne te blâmerais sûrement pas.
Il haussa les épaules, l'air de ne pas vouloir en parler.
— Et qu'attends-tu de moi exactement ? insistai-je. Non pas que tu l'obtiendras, quoi que ce soit, mais je suis curieuse de connaître tes réelles intentions.
Ses yeux vinrent à nouveau croiser les miens. Je décelais le reflet de mes propres yeux cramoisis dans les siens. Le contact dura plusieurs secondes avant qu'il se décidât à parler.
— Eh bien, finit-il par dire, je suppose que ta ressemblance avec elle m'a donné envie de retrouver ce que j'aurais pu avoir si tout s'était passé différemment. Une compagnie.
— Je ne désire aucune autre compagnie que la mienne, lâchai-je assez brusquement.
S'il restât impassible, je devinai qu'il était quand même déçu. Tant pis. Après mon créateur, je m'étais promis que je ne dépendrais plus jamais de personne. Que Fred semblât bienveillant n'y changeait rien. Je n'autoriserais aucune exception à la règle, c'était ma résolution et elle était bien ancrée en moi.
— Comme tu veux, déclara-t-il simplement après un moment. Je suppose que je ferais mieux de rester seul moi aussi. C'est une idée stupide que j'ai eu.
Je ne commentais pas. Désormais, je ne songeais qu'à une chose : m'éloigner d'ici.
— Si j'essaie de m'en aller, vas-tu à nouveau m'attaquer ? lui demandais-je.
— Je ne te veux aucun mal, répliqua doucement Fred.
— C'est tout ce dont je voulais m'assurer. Ecoute, c'était agréable de discuter avec toi. Mais je ne veux aucun compagnon de voyage, alors au revoir, Fred.
J'avais essayé d'insuffler un peu de gentillesse dans mes paroles, mais ça me paraissait sonner faux entre mes lèvres. Autrefois, j'étais véritablement gentille. Avec mon créateur, j'étais la plus douce des créatures. Il fallait dire que j'étais en adoration devant cet être qui m'avait offert l'immortalité et me désirait à ses côtés, moi et personne d'autre. Une partie de moi trouvait romantique l'idée de parcourir le monde à deux. Tout ça, c'était bien sûr avant que je réalise que j'étais exactement telle que mon créateur m'avait façonnée, et il en était parfaitement satisfait. Sauf que je valais mieux que ça. Au fond de moi, je l'ai réalisé, et c'est pour ça que je me suis enfuie. Et depuis, j'ai décidé de ne plus faire confiance à quiconque. Il n'était plus question d'être un jour aussi naïve.
L'ancienne moi trouvait bien évidemment l'idée de Fred très séduisante. Mais qui me disait que ce Fred n'était pas exactement comme mon créateur, vil et malintentionné ? Personne. Et comme je n'étais pas capable de lire les pensées, je préférais encore rester seule que de devoir sans arrêt douter des autres. C'était bien plus simple comme cela. D'ailleurs, être un vampire continuait à me débecter, alors fréquenter des monstres comme moi n'était toujours pas quelque chose qui me semblait appréciable.
Fred ne répondit rien à mes paroles, se contentant de me dévisager avec une apparente indifférence, alors je filais sans demander mon reste avant qu'il décidât de m'infliger à nouveau le même sort qu'auparavant. Je ne savais d'ailleurs toujours pas ce qu'il était advenue des deux vampires après mon départ. Fred les avait-il liquidées ? Comptait-il faire de même avec moi, en me traquant puis en me tuant, parce que j'avais refusé sa proposition ? Peut-être était-il un dangereux psychopathe ?
Je ne perçus pas de bruits m'indiquant une traque, mais Fred m'avait déjà montré qu'il savait être discret et se rendre invisible. Si j'ignorais comment il s'y prenait, cela le rendait plus dangereux encore. Même en étant sur mes gardes, parviendrais-je seulement à l'empêcher de me surprendre s'il s'y essayait ? Je ne l'avais après tout pas vu venir, aujourd'hui.
Il me faudrait pourtant prendre mon mal en patience. Je devrais vivre les prochains jours dans l'attente. Peut-être Fred se manifesterait-il à nouveau, peut-être ne se manifesterait-il pas. Je ne pouvais pas savoir ce qu'étaient ses intentions. J'avais beau lui avoir manifesté les miennes avec fermeté, j'avais déjà maintes fois appris que certaines personnes étaient obstinées à imposer les leurs. C'était bien pourquoi j'appréciais ma propre compagnie. Elle était la seule qui soit de tout repos. Ma solitude me rendait plus vulnérable, mais je ne pouvais pas gagner sur tous les plans.
En dépit de ma méfiance désormais constante, rien d'anormal ne se passa. Je m'essayais à flairer la trace de Fred de temps en temps, mais je ne la sentais nulle part, ce qui n'achevait pourtant pas de me rassurer.
Ce fut encore plusieurs jours plus tard que je sentis sa trace pour la première fois. Une vague de colère m'envahit quand je compris ce que cela impliquait : Fred n'avait manifestement pas lâché l'affaire. Et moi, je savais bien que je n'étais pas de taille à affronter cet étrange vampire. En cas de conflit entre nous deux, je n'avais aucune chance.
Au lieu de fuir, je décidais pourtant de moi-même le traquer. Adviendra que pourra, mais je ne voulais plus fuir. Je ne parvins pourtant jamais à retrouver la trace du vampire. Mes sens ne me trompaient pourtant pas, mais je n'étais simplement pas capable de mettre la main sur lui. C'était à s'en tirer les cheveux. Je ne comprenais pas ce qui clochait. Fred m'avait pourtant prévenue qu'il avait certains pouvoirs, je comprenais mieux pourquoi il n'avait pas souhaité s'étendre sur le sujet. Les secrets étaient après tout le pouvoir. C'était malin de sa part, je le reconnaissais volontiers, bien que cela n'arrangeât pas mes affaires.
Mes efforts étant manifestement vains, donc je cessais de chercher Fred. C'était certainement lui qui me trouverait quand il le souhaiterait, et ça me rendait folle d'en prendre conscience. Il menait le jeu et je détestais cette atroce perte de contrôle. Je me sentais comme un chaton pris au piège, sauf que je n'étais pas censée être un chaton, j'étais plutôt habituée au rôle de la prédatrice du fait de ma condition. Je me sentais presque comme une humaine vulnérable dans la situation actuelle, et Fred avait plutôt intérêt à faire attention à lui, parce qu'à la moindre erreur de sa part, je comptais bien frapper durement.
Il avait pourtant été vain de ma part d'envisager être en mesure de frapper la première quand ma prochaine rencontre avec Fred aurait lieu. Je n'eus effectivement pas le temps de le détecter, ou en tout cas pas avant que l'affreuse sensation de dégout me frappe et m'immobilise. Aussitôt que je pus à nouveau parler, je grognai :
— Je vais te…
Mais la sensation me frappa à nouveau, avec plus d'intensité encore, tandis que le rire de Fred retentissait.
— Tu disais ? s'enquit-il pendant que je me remettais de la seconde vague de son attaque.
— Pourquoi fais-tu ça ? demandai-je en le fusillant du regard dès que je le pus.
— Oh, parce que je ne te fais pas confiance, admit-il.
— Et pourtant, tu es celui qui persiste à rechercher ma compagnie, lui fis-je remarquer.
— Tes réactions m'amusent beaucoup.
— Tu joues avec le feu, le prévins-je.
— Que peux-tu contre moi ? rétorqua-t-il.
Et le pire, c'était que je savais qu'il avait raison. Son pouvoir me clouait au sol et rien de ce que je pouvais tenter de faire pour y parer n'y changeait quoi que ce soit. Fred me tenait à sa merci. Il ne pouvait toujours pas m'obliger à désirer sa compagnie, mais il avait le pouvoir de se manifester quand bon lui semblait, et de me réduire au silence dès qu'il en avait envie. C'était terriblement malsain à mon goût.
— Puis-je me permettre de te rappeler que je n'ai aucune mauvaise intention à ton égard ? ajouta-t-il, comme en écho à mes pensées.
— Quand tu agis de la sorte, ce n'est pas l'impression que ça me donne.
— Si je te laissais faire, tu m'attaquerais, pas vrai ?
— Bien sûr que je t'attaquerais, répondis-je du tac au tac. Tu n'as pas semblé comprendre la dernière fois, quand je t'ai dis « non ». Je suppose que seule la manière forte te permettrait d'enregistrer l'information ?
— Me hais-tu donc à ce point ?
— Ne te donne pas plus d'importance que tu n'en as : je ne te hais pas plus que quiconque autre. Je hais tout le monde.
— Y-a-t-il une raison particulière à toute cette haine ? s'enquit-il sans se formaliser.
— La vie en communauté n'est pas faite pour moi.
— Elle n'est pas faite pour moi non plus, si tu veux tout savoir. J'ai commencé ma vie de vampire dans un groupe plus large que tu ne peux l'imaginer. Je n'ai vraiment commencé à vivre que quand je me suis retrouvé seul. J'aime la solitude. J'ai toujours été solitaire. Je n'ai jamais vraiment aimé les gens moi non plus. Mais plus le temps passe, moins cette solitude me convient.
— Ce n'est pas mon cas. Ma solitude me convient toujours autant. Si tu désires tant te trouver un compagnon de route, tu n'as qu'à chercher ailleurs. Ou mieux, transforme un humain !
— Transformer un humain ? releva-t-il d'un air outré.
— Certains le font, pour ne plus être seuls, lui fis-je remarquer sans préciser à qui je pensais précisément.
— Je n'imposerais jamais ça à quiconque, fit-il remarquer. Je ne pense même pas que je serais capable de transformer quiconque sans le tuer, et tu imagines l'égoïsme dont il faut faire preuve ? Je le sais très bien, parce qu'au tout départ, on m'a créé pour faire de moi un soldat.
— Un soldat ? ne pus-je m'empêcher de m'étonner.
S'il avait été un soldat, alors je n'avais définitivement aucune chance de le battre au combat. Je pouvais néanmoins toujours essayer…
— Une longue histoire que je t'aurais racontée, si nous étions amis, commenta-t-il avec ironie.
— Heureusement que je m'en fiche pas mal, alors ! rétorquai-je.
— Et si tu cessais un instant de t'obstiner à repousser ma compagnie ? Tu m'as dis que discuter avec moi était agréable, la dernière fois. Alors pourquoi t'y refuses-tu ?
— C'était donc ça mon erreur ? relevai-je. Je n'ai dis ça que pour être gentille. Ou en tout cas, j'essayais de l'être. Je n'ai pas pensé être crédible un seul instant.
— Essaies-tu de te convaincre toi-même que tu es sans cœur ?
— Techniquement, je le suis. Toi aussi. Nos corps sont figés dans le temps, tu te rappelles ?
— Et pourtant, nous continuons à ressentir. Avec plus d'intensité encore que nous avons pu le faire de notre temps humain. Ne viens pas me dire que tu ne ressens jamais rien ?
— Emotionnellement, je ne ressens plus rien, niai-je. Plus maintenant. Ma dernière relation sociale a suffi à me vacciner pour toutes les suivantes.
— Alors il y a une déception derrière cet écran d'indifférence ? nota Fred.
Je lâchai un rire sec.
— Une déception ? Tu es bien loin de la réalité. J'ai juste compris que je ne pouvais compter sur personne, que j'étais mieux seule. Ne cherche pas à donner à mon indifférence une apparente complexité sentimentale. Je suis juste indifférente et il est inutile de chercher à l'expliquer.
— Bon, soit, soupira Fred avec agacement.
Je me moquai à nouveau.
— Tu vois, je t'énerve. Pourquoi ne peux-tu pas juste t'en aller ?
— Parce que maintenant, je suis intrigué. Et contre toute attente, je crois que je t'aime bien. Tu es parfaitement désagréable, mais ça ne me dérange pas.
— Eh bien moi, ta bienveillance de façade me gêne beaucoup ! répliquai-je.
— De façade ?
— Prouve-moi que j'ai tort, le défiais-je.
— Et comment veux-tu que je fasse ça ?
— C'est ton problème.
— Si tu veux que je te prouve que je suis sincère, alors tu devras cesser de me fuir et de tenter de me réduire en miettes à la moindre opportunité.
— Oublie ce que j'ai dis, m'agaçai-je. Contentons-nous de nous quitter et de ne plus jamais nous revoir.
— Non, non. Je veux te prouver ma bonne volonté.
— Mais je m'en fiche ! éclatai-je.
Mon brusque sursaut d'humeur me fit me jeter sur Fred et, au lieu d'être envahie par l'affreuse sensation de dégoût comme je m'y attendais, c'est le bras du vampire qui vint violemment me frapper sur le côté et m'envoyer valser contre un rocher. En sortant les dents, je renouvelais mon attaque. Fred persista à se battre à l'amiable sans utiliser son pouvoir, ce que je devais admettre être louable. Néanmoins, chaque coup que je tentais de lui porter, il le parait sans difficulté. J'étais définitivement sous-entraînée et, dès lors, faible. Je détestais ça.
Une fois que j'eus compris ce fait, j'arrêtai de chercher le combat et me renfrognai. Fred ne fit aucun commentaire et ne parut même pas fier de lui. Il reprit la conversation comme si cet interlude n'avait jamais eu lieu.
— Laisse-moi une chance de te prouver que je ne serais pas un si mauvais compagnon de route, me pria-t-il à nouveau, calmement.
J'allais à nouveau lui dire non, lui rappeler que je souhaitais être seule, que j'en avais assez qu'il tentât de me forcer la main ainsi alors que je lui avais expliqué maintes fois que je ne voulais pas de sa compagnie. Pourtant, au lieu de me précipiter ainsi dans mes obstinations habituelles, je consentis à réfléchir un instant.
Je le dévisageais tandis qu'il attendait patiemment que je lui réponde. Il était vrai qu'il n'avait pas l'air si mauvais, bien loin de mon créateur. Mais ne faisais-je pas preuve de naïveté comme cela avait été le cas par le passé ? Etais-je en train de me laisser duper par le démon en personne ?
J'avais envie de dire oui. En tout cas, une partie de moi le voulait. C'était vrai que Fred était de compagnie agréable. Je ne faisais que le rembarrer depuis le départ, et il persistait tout de même à souhaiter ma compagnie. C'était peut-être même un peu louche, d'un côté, mais j'avais quand même envie de me laisser tenter par sa proposition. Finalement, qu'avais-je vraiment à perdre ? J'étais un vampire, je ne voyais pas bien ce qu'il pouvait m'infliger de plus terrible que cela. Et s'il me réduisait en cendres, peut-être ne serait-ce finalement pas plus mal ? L'immortalité, ça n'avait jamais vraiment été mon rêve.
Rien à perdre, donc.
— Va pour une chance, concédai-je finalement. Une seule chance. Utilise-la à bon escient.
Un mince sourire étira les lèvres de Fred, mais en dépit de la neutralité qu'il s'efforçait d'adopter, je pouvais presque deviner la satisfaction qu'il masquait en réalité.
