Merci à Lyly et Nawel H pour leurs reviews !
Bonne lecture.
Avoir Fred comme ami, c'était étrangement apaisant, notamment parce que je pouvais être moi-même sans qu'il ne s'en offusque. J'avais toujours été moi-même avec lui, bien sûr, mais désormais, je ne forçais plus le trait pour tenter de le faire fuir. J'étais juste désagréable, mon moi normal en somme.
Je faisais pourtant des efforts. Je continuais à décider du chemin que nous prenions, mais je demandais aussi son avis à Fred. La plupart du temps, Fred se fichait d'ailleurs d'où nous nous rendions, l'essentiel étant que nous restions en mouvement. Lui comme moi n'aimions pas l'immobilité. Nous n'étions pas des vagabonds pour rien.
— Le fait de voyager ensemble, cela fait-il de nous un clan aux yeux des vampires ? s'enquit Fred une après-midi où nous sautions d'arbres en arbres en faisant s'envoler des myriades d'oiseaux.
— De la façon dont je vois les choses, nous sommes deux nomades qui courrons dans la même direction, répliquai-je sans m'arrêter.
Fred parut considérer ma réponse, puis je le vis hocher la tête en signe d'approbation.
— J'aime cette idée, répondit-il. Nous voyageons ensemble mais nous conservons notre propre indépendance.
— Très importante à mes yeux, cette indépendance.
Mon compagnon de route sourit. Il ne fit aucune remarque mais je lui avais suffisamment rabâché mon désir de ne dépendre de personne pour qu'il sache déjà à quoi s'en tenir. Il ne remettait plus mon obsession en question : j'avais beau ne pas lui en avoir expliqué l'origine, il acceptait et respectait cette condition importante à sa présence à mes côtés.
Fred ne me posait plus de questions sur mon passé. Je faisais l'hypothèse qu'il attendait que l'initiative vienne de moi, ou bien qu'une opportunité adéquate se présentât. Dans tous les cas, j'en étais grandement soulagée. S'il avait persisté dans ses questionnements incessants, j'aurais peut-être mis fin à notre amitié précipitamment, quand bien même j'appréciais sincèrement Fred. Néanmoins, il avait bien pris la mesure de l'importance que j'accordais à mes secrets et c'était bien comme ça.
Fred, lui, me parlait de temps en temps de son passé. Peut-être espérait-il que ses confidences répétées m'amèneraient moi-même à me confier ? Je l'ignorais. Dans tous les cas, si c'était là ses espérances, je lui souhaitais d'être particulièrement patient !
Mon compagnon de route m'avait effectivement relaté la façon dont sa vie avait commencé – sa vie humaine. Il était né à Vancouver et avait grandi avec son père après le divorce de ses parents. Ses rapports avec son père avaient été particuliers et avaient participés à construire l'adolescent solitaire qu'il était devenu par la suite. Effectivement, il n'y avait guère de place pour l'émotion dans la relation père-fils qu'ils entretenaient. Après avoir été harcelé à l'école, à cause de son physique d'intello gringalet, il avait beaucoup grandi mais avait conservé son goût pour la solitude. Fred n'était pas un adolescent qui cherchait l'attention des autres, bien au contraire.
C'est à l'issue de sa deuxième année d'université qu'avait eu lieu la rencontre avec Riley, celle qui a changé sa vie. Il participait alors à un projet de recherche qui lui avait été proposé par son professeur favori de biologie marine. Fred avait passé son été à arpenter les plages des côtes de l'Oregon et de Washington, y campant la plupart du temps. C'était un été très solitaire au cours duquel il lui arrivait de ne voir personne pendant plusieurs jours, mais Fred aimait ça.
Du fait de cette solitude, Riley avait du estimer qu'il était une cible parfaite, que sa disparition ne surprendrait vraiment personne. Riley lui avait ainsi demandé si un peu d'excitation dans sa vie l'intéresserait, proposition que Fred avait déclinée. Néanmoins, il était vite apparu que c'était plus une question rhétorique qu'autre chose, et que Fred n'avait pas véritablement le choix. Comment aurait-il pu tenir tête à un vampire de toute façon ?
C'était donc là que la vie humaine de Fred s'était interrompue et que sa vie d'immortel avait débuté. C'était là qu'il avait du apprendre à gérer ses nouveaux instincts de nouveau né vampire, les mêmes que j'avais moi-même connus. Lui les avait découvert entouré de tout un tas d'autres vampires nouveaux nés, ce qui avait du être d'autant plus déstabilisant. Dès le départ, Fred avait du s'évertuer à survivre face à des comparses hostiles et guidés par des instincts primaires violents. Heureusement pour lui, son don avait été d'un grand secours. Il lui avait également permis de devenir le protecteur de Bree, puis son ami.
Plus je pensais à son histoire, plus je me disais que c'est ce qu'avait voulu devenir Fred pour moi : un protecteur. Il avait du estimer qu'après son échec avec Bree, il avait une chance de se rattraper avec moi qui lui ressemblait tant. Je parvenais à comprendre ce qu'il avait pu ressentir après m'avoir découverte, après tout ce temps à se sentir coupable de la fin prématurée qu'avait connue son amie.
Pourtant, comme il l'avait compris, je n'étais pas Bree. Je n'avais pas besoin d'un protecteur, ou plutôt, je n'en désirais pas un. Les situations étaient par ailleurs différentes. Je n'avais pas connu Bree, mais j'imaginais nos caractères dissemblables. Pour commencer, Fred m'avait admis qu'elle était bien moins désagréable que moi, ce que je ne prenais pas forcément mal. J'assumais celle que j'étais.
Néanmoins, je trouvais ironique que nos situations à moi et à Fred soient à ce point opposées l'une à l'autre. Du peu dont je me souvenais de ma vie humaine, je savais que j'avais été une enfant sociable, puis une adolescente populaire. J'avais sûrement du manquer à tout un tas de gens, appréciée comme je l'avais été. Moi, pourtant, je les avais oubliés sans problème aucun.
Là où Fred avait semblé s'ouvrir à l'issue de son existence de nouveau né, je m'étais refermée pour ne plus aspirer qu'à la plus parfaite solitude. Je ne considérais pas cela comme une rétrogradation, simplement une évolution de mes souhaits et de mes désirs.
Et aujourd'hui, Fred le sociable, ancien solitaire, était venu rompre la solitude d'Eleanor, ancienne jeune femme sociable désormais seule et libre comme l'air. C'était légèrement cocasse, mais ça faisait sens à la fois. En tant qu'ancien grand solitaire, Fred était en capacité de comprendre ce sentiment mieux que quiconque. D'ailleurs, Fred n'avait pas vraiment cessé d'être un solitaire. Depuis sa fuite, il n'avait jamais voyagé avec quelqu'un d'autre que moi. C'était néanmoins lui qui avait fait le premier pas, ce qui démontrait du changement qui avait opéré en lui.
— Est-ce que tu as parfois envie de rencontrer d'autres vampires ? lui demandai-je pendant un moment de silence, après que nous ayons été chasser. D'autres vampires que moi, j'entends.
— Je suis curieux des autres vampires, admit-il. Mais je sais que toi tu n'y tiens pas.
Je secouais la tête à l'entente de cette réponse.
— Tu sais très bien ce que je vais te dire, pas vrai ?
— Que tu ne me retiens pas, oui.
Il s'esclaffa en glissant un coup d'œil vers moi.
— Mais je suis bien avec toi et ta compagnie me suffit. De toute façon, j'ai juste dit que j'étais curieux. Je suis comme toi, sinon, je fais difficilement confiance aux autres vampires. Mais ces yeux jaunes… Ils m'intriguent souvent.
— Les vampires qu'on vous envoyait combattre, ton clan et toi ? Si on a fait de vous un genre d'armée, j'ose imaginer que ces vampires aux yeux jaunes étaient dangereux.
— Sûrement qu'ils sont forts et expérimentés, d'autant plus s'ils sont vraiment dotés de pouvoirs. Mais j'ai toujours pensé que c'était nous qui étions les méchants dans cette histoire, et ça me semble même évident.
— Sais-tu seulement où les trouver, ces vampires ?
— Mon clan et moi étions basés à Seattle, à l'époque. Les vampires aux yeux jaunes étaient eux plus à l'ouest, au delà de la péninsule olympique.
— Pourquoi n'irais-tu pas y jeter un œil alors ? Avec ton pouvoir, ils ne pourraient même pas te repérer ou t'approcher.
— Quand tu me conseilles d'aller y jeter un œil, tu ne t'imagines pas venir avec moi, donc ?
Je restai silencieuse. Ces vampires inconnus me terrifiaient et je ne m'imaginais pas un seul instant m'en approcher, non.
— De toute façon, ce n'est pas prévu que je le fasse, reprit Fred. Et je t'ai parlé des ragots que Riley a évoqués, comme quoi l'un de ces vampires lit dans les pensées à distance. Si c'est vrai, alors ce vampire devrait être en mesure de me repérer. Je pense que c'est trop dangereux.
— Et d'abord, pourquoi des yeux jaunes ? demandai-je. Est-ce habituel ? J'ai rencontré trop peu de vampires pour le savoir.
— Aucune idée, répondit Fred. Je n'ai jamais croisé la route de vampires avec de tels yeux non plus.
Après ça, nous n'avons plus évoqué le sujet à nouveau. Néanmoins, malgré moi, je me surprenais de plus en plus souvent à réfléchir au sujet de ces étranges vampires. Que ce soit de la curiosité mal placée ou juste une soif de connaissance sortie de nulle part, j'avais vraiment le souhait d'en savoir plus. Ce n'était pourtant pas moi qui partirais de mon plein gré à la recherche d'autres vampires. Ma rationalité finit néanmoins par prendre le dessus et je reléguai ce sujet aux oubliettes tandis que Fred ne l'aborda plus non plus.
C'était donc sûrement par accident que, quelques temps plus tard – des mois ou des semaines, je l'ignorais – nous nous retrouvâmes aux bords de la forêt nationale de Wenatchee, à l'est de Seattle.
— Voilà bien longtemps que je n'étais plus revenu dans le coin, remarqua Fred tandis que, trempés après avoir nagés dans l'immense lac, nous avions grimpés un haut promontoire rocheux à main nue jusqu'à nous hisser à son sommet. Tu sais que je suis passé par là quand je me suis enfui à l'époque ?
Je ne répondis rien. Je réalisais tout juste la proximité de Seattle et donc de la péninsule olympique. Je me refis donc mentalement la route que Fred et moi avions parcourue tout en me demandant si c'était lui ou moi qui nous avait guidés jusqu'ici. La majorité du temps, c'était moi qui prenais les décisions, mais Fred donnait quelquefois son avis et il arrivait qu'on dérive de l'axe que j'avais prévu. Se pouvait-il que Fred m'ait manipulé pour m'entrainer jusqu'ici ?
Aussitôt, je lui adressais un regard suspicieux et méfiant. Il me rendit un regard étonné.
— Qu'y-a-t-il ? s'enquit-il alors.
— C'est toi qui nous as guidés jusqu'ici ?
— Quoi ? Mais non, c'est toi qui prend toutes les décisions je te le rappelle.
— Pas toujours, lui rappelai-je. Parfois je t'écoute et nous modifions sensiblement ma trajectoire.
Il haussa les épaules comme si ça avait peu d'importance.
— C'est un bel endroit ici, quel est le problème ?
— Le problème ? m'exclamai-je. Le problème, c'est que je n'aime vraiment pas que tu me manipules ainsi !
— Te manipuler ? Mais quelle mouche te pique ?
Fred avait l'air vraiment blessé que je puisse croire une telle sottise. Pour moi, ce n'était néanmoins pas une sottise. Je ne voulais pas croire au hasard de notre présence ici au regard de la discussion que nous avions eu quelques mois auparavant au sujet des yeux jaunes. Soudain, je me fis la réflexion que je m'étais bien faite avoir, que j'aurais mieux fait de rester seule et que j'allais aller droit au casse pipe à cause de Fred. Voulait-il retrouver ces yeux jaunes et m'entrainer avec lui, au risque de provoquer notre destruction commune.
Fred comprit rapidement mon changement d'humeur et je le vis se mettre sur la défensive. Il m'adressa à son tour un regard méfiant.
— Je ne sais pas ce que tu t'imagines, mais je t'assure que je n'y suis pour rien dans notre présence ici. Je ne comprends même pas en quoi ça pose problème. Explique-moi, Eleanor.
— Nous sommes près de Seattle, près du repère hypothétique des yeux jaunes. Ça y est, tu piges ?
La lumière parut se faire dans l'esprit de Fred .
— Oh, c'est donc ça le problème. Faisons demi-tour si ça te fait peur.
— Ce n'est pas le problème ! m'emportai-je à nouveau. Le problème, c'est que je pensais pouvoir te faire confiance. J'aurais mieux fait de rester seule.
— Puisque je te dis que ce n'est qu'un hasard si on se trouve ici !
— Comme c'est pratique de dire ça. Tu as bien de la chance que je n'aie pas le pouvoir de lire les pensées, moi.
— Tu te montes la tête, Eleanor.
Je me renfrognais, à deux doigts de montrer les dents à Fred, ce qu'il dut sentir. Au moindre mouvement de ma part, je savais qu'il m'enverrait un avant-goût de son pouvoir répulsif.
— Alors prouve-moi que j'ai tort ! répliquai-je.
— Comment veux-tu que je fasse ça ? Cela ne tient qu'à toi, Eleanor. Je t'assure que je n'ai pas influencé notre trajectoire. Ou bien si ça a été le cas, alors c'était inconscient et je m'en excuse. Ecoute, faisons demi tour si être ici te met aussi mal à l'aise.
Obstinément, je contemplais le paysage au lieu de croiser son regard. Peu à peu, je commençais à admettre que mon coup de nerf était peut-être injustifié. Néanmoins, je ne parvenais pas à faire taire complètement mes suspicions. Je me mis à réfléchir à la possibilité de faire demi-tour, mais je me rendis compte que je n'en avais pas envie. Pas du tout envie. De nouveau, ma curiosité à l'égard des yeux jaunes se manifestait.
— Maintenant qu'on est là, je me demande si nous ne devrions pas aller jeter un coup d'œil du côté de la péninsule olympique…
Fred me contempla avec surprise après que j'ai admis cela à voix haute. C'était effectivement un sacré revirement de ma part.
— Est-ce que tu viens vraiment de dire ce que j'ai entendu ou est-ce que je commence à avoir des hallucinations auditives ? s'enquit Fred.
— Ecoute, c'est soit tu dis oui, soit tu dis non. Je risque de vite changer d'avis alors décide toi.
— Je ne comprends simplement pas. La dernière fois qu'on a évoqué le sujet, tu ne semblais pas particulièrement enthousiaste à l'idée de rencontrer ces vampires potentiellement dangereux.
— Entre temps, j'ai réfléchis. Je suis curieuse.
— Si tu viens avec moi, alors d'accord. Mais Eleanor, la possibilité qu'on n'en revienne pas existe, tu le sais ? Nous ne savons pas si mon don va fonctionner sur ces vampires plus vieux que nous. Ils ne sont peut-être vraiment pas comme les autres.
— Nous ne les trouverons sûrement même pas, dis-je pour tempérer. Ecoute, on y va ou on n'y va pas ?
Fred me dévisagea à nouveau, manifestement perdu. Il finit par hocher la tête mais je le sentis presque plus réticent que moi à l'idée de cette aventure dangereuse, bien que ce soit lui qui ait le plus de raisons de vouloir l'effectuer. En ce qui me concernait, je devais néanmoins bien admettre que c'était devenu une obsession que de découvrir ces vampires, bien que je ne comprenne pas d'où cette obsession me venait exactement.
— J'ai une condition, me prévint-il alors que je me levais déjà.
Je lui jetai un coup d'œil menaçant, déjà méfiante de savoir ce qu'il avait en tête. Il leva les yeux au ciel face à ma réaction.
— Détends-toi, Eleanor, soupira-t-il. Je veux juste que ce soit moi qui gère notre trajectoire à partir de maintenant et jusqu'à ce qu'on soit repartis d'ici.
— Tu fais comme si cet endroit était le seul coin dangereux au monde, répliquai-je. Nous voyageons à côté de pleins d'autres endroits dangereux, je l'ai fait quand j'étais seule aussi, et j'ai toujours fait attention. Il n'y a qu'une unique fois où j'ai vraiment couru un risque, celle où tu m'as sauvé. Ce que je veux dire, c'est que je suis aussi bien capable que toi de suivre une piste et d'y avancer avec prudence.
— Je ne remets pas en cause tes compétences, se défendit aussitôt Fred. C'est simplement que, objectivement, je suis notre meilleure arme pour nous défendre des yeux jaunes en cas de danger.
— Très bien, alors passe devant, concédai-je. Ça ne change de toute façon rien.
Fred hocha la tête et, sans m'attendre, commença à dévaler le promontoire. Je m'élançais à sa suite et, pendant un long moment, aucun de nous ne prononça un mot. En passant à côté de Seattle, nous profitâmes de rencontrer quelques individus isolés pour nous sustenter – des individus au goût affreux qui n'en avaient manifestement plus pour longtemps même sans notre intervention, peut-être leur avions nous même fait un cadeau en leur ôtant la vie. Après avoir fait le ménage derrière nous, nous nous éloignâmes ensuite de la ville et prîmes la direction de la péninsule olympique.
Au fond de moi, je sentais comme un frétillement étrange, une excitation insensée. Après une réflexion un peu plus poussée sur moi-même, je réalisais alors que ce n'était pas tant les yeux jaunes qui m'intéressaient en soi, mais davantage l'excitation du danger et la perspective d'une aventure après de longues années de calme plat – si j'exceptais l'arrivée de Fred dans ma vie. Je n'avais pourtant jamais recherché la moindre excitation dans ma vie de vampire auparavant, me contentant d'exister dans une monotonie inégalée. Je savais d'ores et déjà qui je pouvais blâmer pour ce sursaut dans mon existence : Fred. Lui en voulais-je pour autant ? Pas le moins du monde. Ma vie semblait avoir retrouvé un sens et, même si c'était éphémère, alors je comptais bien en profiter à fond.
Le jour se levait lorsque nous arrivâmes à la forêt nationale olympique. Désormais sur nos gardes, nous décidâmes d'un commun accord de ralentir l'allure. Jusqu'ici, nous n'avions pas décelé la moindre trace de vampire mais nous avions déjà une idée du talent des vampires que nous cherchions et devions nous attendre à tout. Ces vampires pouvaient être bien plus rusés que les autres vampires dont Fred ou moi avions croisé la route.
Comme le coin que nous explorions était exempt de toute odeur suspecte, Fred me proposa que l'on fasse une pause. Même avec le ciel nuageux, il faisait jour et l'endroit restait fréquenté par des humains. Il convenait mieux que nous soyons discrets. Rien ne pressait de toute façon et, même si interrompre l'espace de plusieurs heures notre quête m'embêtait, excitée comme je l'étais à l'idée de la mener à son terme, je devais bien convenir que c'était plus raisonnable.
Tandis que Fred allait se percher au sommet d'un arbre pour observer les alentours, je plongeais dans un grand lac entouré par les montagnes. J'y observai les fonds marins et y dérangeai les créatures marines qui l'arpentaient. Quand je me fus lassée, j'allais rejoindre Fred qui était toujours au sommet de son arbre.
— L'eau était bonne ? me demanda Fred pour plaisanter.
— Glaciale, ironisai-je.
A la tombée du soir, lorsque nous reprîmes notre exploration, nous enfonçant de plus en plus profondément dans la péninsule olympique, avançant vers le nord, nous reprîmes notre concentration initiale. Ce ne fut qu'après avoir bien avancé au Nord, après avoir passé le mont Olympe, que nous commençames à repérer des traces de nos semblables. Elles n'étaient pas particulièrement fraiches, mais des vampires étaient passés par là, c'était une certitude. Les choses devenaient donc sérieuses, bien que nous ne sachions toujours pas s'il s'agissait des fameux vampires aux yeux jaunes.
Malheureusement, nous perdîmes très vite la piste tant elle était faible. Je proposais à Fred que nous poussions encore plus à l'ouest. C'était certainement une mauvaise idée de notre part car nous sentîmes vite que la direction que nous prenions menait tout droit vers la côté pacifique. Partis comme nous l'étions, nous décidâmes néanmoins de poursuivre l'exploration jusqu'au bout. Quelle ne fut pas notre erreur…
Nous étions au beau milieu d'une zone forestière quand nous constatâmes l'odeur étrange qui imprégnait l'endroit. Une odeur exécrable qui réveillait de vieux souvenirs enfouis de ma vie humaine : comme l'odeur d'un chien mouillé qui rentre à la maison après sa promenade. Fred et moi nous regardâmes, tous les deux étonnés par cette odeur inconnue et nauséabonde. Sans le dire, nous devînmes tous les deux plus méfiants.
Alors que j'hésitais à proposer à mon compagnon vagabond de faire demi-tour, l'affreuse odeur se fit plus forte, comme surgissant de nulle part. Puis il y eut les bruits étouffés, comme d'énormes pattes qui s'appuyaient sur le lit des feuilles humides. Sans nous consulter, nous convînmes qu'il était temps de faire demi-tour, que le danger était imminent. C'est à ce moment que l'immense forme est apparue dans notre champ de vision. Un immense loup, même si je ne parvenais pas à croire qu'il s'agissait bien d'un loup. J'avais déjà croisé des loups, mais jamais d'aussi gros, et je ne m'étais jamais non plus sentie en danger face à l'un de ces animaux.
Cette fois, c'était pourtant différent et j'étais terrifiée. Vraiment terrifiée.
