Merci à Lyly pour son commentaire ! J'espère que ce chapitre correspondra à tes attentes :)
Bonne lecture à tous !
Face à la vision insensée de l'énorme loup, Fred et moi fîmes volte face. Néanmoins, à peine le faisions-nous qu'une autre de ces créatures surgissait de l'autre côté. Constatant l'abasourdissement de mon ami et son absence de réaction, je le rappelais à l'ordre.
— Fred ! le pressai-je.
Mon appel parut réveiller Fred de sa transe et il envoya une vague de répulsion aux loups qui freinèrent soudain leur course en couinant. Fred et moi ne demandâmes pas notre reste. Nous ne nous attardâmes pas pour nous intéresser aux monstrueux loups, nous nous empressâmes au contraire de nous enfuir en rebroussant chemin. En un rien de temps, nous regagnâmes la péninsule olympique et poussâmes encore davantage vers l'est pour mettre le plus de distance possible entre ces créatures de cauchemar et nous.
Pendant tout ce temps, nous n'avions pas échangé un mot. C'est moi qui décidai à rompre le silence quand nous interrompîmes notre course aux abords d'une grotte creusée dans la roche, au milieu de la forêt.
— Qu'est-ce que c'était que ces loups ? m'exclamai-je avec sidération.
— Je n'en ai aucune idée…
— Nous avons eu de la chance que ton don fonctionne sur eux, sinon, j'ai comme la sensation que nous aurions eu du souci à nous faire.
— Tu penses vraiment que ces animaux auraient pu nous vaincre, nous, des vampires ? s'étonna Fred.
— Tu n'as pas senti le danger qui émanait d'eux ? Ce n'était pas de simples animaux, j'en suis persuadée.
Fred parut réfléchir. J'en fis autant de mon côté. Le pire dans tout ça, c'était que la rencontre avec ces loups n'était même pas parvenue à me dégriser de ma volonté d'aventure. Au contraire, je ne l'aurais sûrement pas admis dans l'immédiat à Fred, mais j'avais adoré cette rencontre avec le danger. J'en venais presque à regretter que nous ayons fui sans chercher à comprendre à quoi nous avions à faire. Soudain, je pensais à quelque chose.
— Fred ? interpellai-je mon ami.
— Quoi ?
— Et si c'était eux, les yeux jaunes que vous deviez affronter ? Je ne peux pas croire que la présence de ces monstrueux loups ici soit un hasard.
— Tu sembles louper quelque chose de très important, me fit remarquer Fred avec ironie. Ces loups n'avaient pas les yeux jaunes.
Je grimaçais face à ma bêtise.
— Tu as raison, fus-je bien obligée d'admettre. N'empêche, je ne peux pas croire que leur présence ici soit un hasard. Mais pourquoi des vampires s'installeraient dans le coin avec la présence de ces créatures ? A supposer que nous ayons vraiment à craindre d'elles.
— Pour ce qu'on en sait, les yeux jaunes peuvent très bien avoir été détruits par ces loups, répondit Fred. Et pour ce qu'on en sait, on aurait très bien pu y passer aussi.
— Il faut qu'on y retourne ! dis-je.
Fred me lança un regard effaré.
— Tu es devenue folle ?
— Il faut qu'on en sache plus, m'expliquai-je.
— Pourquoi donc ? Personnellement, je vivrais sereinement en me sachant loin de ces monstres. Je n'ai guère besoin d'en apprendre plus sur eux. Dis-moi, qu'est-ce qu'il t'arrive Eleanor ? Qu'est-il arrivé à la fille que je connaissais et qui se tenait loin de tous ennuis ?
— Tu l'as réveillée de son indifférence, lui fis-je remarquer. Tu as attisé ma curiosité avec toutes ces histoires de yeux jaunes. Il se passe quelque chose là-bas et je veux savoir quoi !
— Alors tu iras seule.
Interdite, je haussais un sourcil.
— Tu me laisserais y aller seule, sans ton don pour me protéger ? m'étonnai-je.
— Parfaitement, prétendit Fred. C'est ton problème si tu décides de t'y rendre.
— Je ne te crois pas.
— A ta guise.
Nous nous jaugeâmes du regard. Je savais avoir raison : Fred me suivrait si je décidais d'aller là-bas. Néanmoins, sa réticence à y retourner m'incita à réfléchir un peu plus à la question. Je savais que Fred avait raison, que retourner là-bas était stupide et absolument pas nécessaire. Néanmoins, cette flamme qui brûlait en moi, elle était aux abois et elle voulait vivre, vivre plus encore. Je me contraignis à l'étouffer un peu pour penser clairement.
— Tu sûrement raison, finis-je par admettre.
— A propos de quoi ? s'enquit Fred.
— Du danger que ça représente de retourner là-bas. De l'inutilité d'une telle entreprise.
— Alors on est d'accord, on s'en va ?
— Quoi ? m'étonnai-je. Non !
— Je ne te suis pas. Peux-tu m'expliquer pourquoi, après avoir passé autant de temps avec toi, je ne te comprends toujours pas ? Tu es aussi imprévisible que l'océan.
J'ignorais sa question, préférant argumenter mon propos.
— Que proposes-tu que nous fassions ? Que nous retournions à nos vagabondages déprimants ? Je crois que j'en ai marre, Fred. Marre de ce quotidien insipide.
— Quitte à en mourir ? Es-tu devenue suicidaire ?
— Je ne me suis jamais vraiment préoccupée de vivre ou mourir, répliquai-je. Il ne s'agit cependant pas de ça. Je veux juste comprendre quel mystère habite les lieux qu'on a quittés.
— Quitte à en oublier tout instinct de survie.
— Nous sommes des vampires, Fred. Nous sommes solides.
— Je te rappelle que Bree est morte ici, rétorqua mon ami avec rancœur.
La culpabilité me frappa. J'avais oublié ce détail. Désireuse de vivre une aventure, j'avais oublié le drame qui était arrivé en ces lieux, bien qu'on ne sache pas exactement où cela était.
— Je suis désolée, Fred.
En prononçant ces mots, je réalisais que c'était la première fois que je m'excusais auprès de Fred. Plus encore, c'était la première fois que je me sentais véritablement désolée pour quelque chose. Fred parut se rendre compte lui aussi que c'était une nouveauté qu'une telle attitude de ma part. Je voulus presque m'en défendre, comme s'il s'agissait d'une honte que d'éprouver un tel sentiment. Fred reprit la parole avant que j'ai eu l'occasion de le faire.
— Ce n'est pas grave, Eleanor. Ce que j'essaie de te faire comprendre, c'est simplement que tu ne sembles pas toi-même ces derniers temps et que tu prends des décisions inconsidérées.
Je me sentis outrée plus que de raisons par ses paroles. Je me sentais paternée, comme c'était le cas jadis avec mon créateur, et ça ne me plaisait pas du tout de la part de Fred. J'adressais un regard noir à Fred, y insufflant autant de colère que je le pouvais.
— Ne nous étions nous pas mis d'accord ? crachai-je en tentant de garder mon sang froid. Nous voyageons ensemble mais nous gardons notre propre indépendance. Et si je veux retourner là-bas, j'y retournerais. Que tu m'accompagnes ou pas. Tu n'as pas voie au chapitre dans mes décisions, que je sache !
— Je ne prends pas tes décisions pour toi, Eleanor, se défendit Fred. Je te parle simplement en ma qualité d'ami. Parce que je tiens à toi et que je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit. S'il te plait, ne te fâche pas.
Versatile comme je l'étais, je consentis à me calmer et à repousser la vague de colère qui m'avait envahie. Fred avait d'ailleurs raison, j'étais insensée depuis que nous avions entrepris cette quête des yeux jaunes. Je me laissais emportée par un engouement digne d'un vampire nouveau né, me précipitant sans réfléchir vers l'objet de mon attention et m'y élançant sans prendre le temps de réfléchir.
— Je suis désolée, dis-je à nouveau, ce qui faisait beaucoup d'excuses de ma part en si peu de temps.
Je crus presque à une attaque lorsque Fred s'approcha de moi et m'enferma dans ses bras. Par réflexe, je tentais de repousser son étreinte de pierre mais il était plus fort que moi. De vagues souvenirs de mon créateur me revinrent en mémoire, faisant poindre un mélange de panique et d'agacement.
— Qu'est-ce que tu fais, Fred ? demandai-je d'un ton désagréable.
Fred se recula en s'esclaffant.
— As-tu donc à ce point oublié ce que c'était qu'être humain ? s'étonna-t-il.
Face à mon absence de réaction, il soupira et poursuivit.
— Tu avais l'air penaude alors je t'ai pris dans mes bras, c'est tout. Pour t'excuser deux fois en si peu de temps, c'est que tu es vraiment bouleversée je crois.
— Tu n'avais jamais fait ça avant, remarquai-je.
— C'est vrai, mais m'a semblé une réaction adéquat à ce moment là.
— C'était juste très bizarre, répliquai-je.
Nous nous esclaffâmes tous les deux.
— Tu ne trouves pas que le contact physique entre vampires est étrange ? demanda alors Fred. Cela me semble moins naturel que pour deux humains. C'était la première fois que je m'y essayais.
— C'est différent, admis-je.
Cette discussion faisait à nouveau remonter des souvenirs de mon créateur et cela m'était particulièrement désagréable. Avec lui, j'avais effectivement expérimenté de nombreux contacts physiques et, avec le recul qui est le mien aujourd'hui, ces instants ne m'inspiraient plus que dégoût. Fred me dévisagea et sembla comprendre à mon silence que quelque chose me dérangeait.
— Qu'est-ce qui se passe ? me demanda-t-il.
— Rien, répliquai-je.
— Aller, crache le morceau, tu as l'air d'en avoir besoin !
— Pas le moins du monde, niai-je.
— C'est à propos de cette histoire de contact physique ? insista-t-il.
Je soupirai face l'insistance de mon ami.
— Oui. Ça me rappelle des mauvais souvenirs, voilà tout.
Fred ne réagit pas, ayant senti ma réticence, mais je changeai finalement d'avis et décidai d'enfin lui toucher un mot de mon créateur. J'avais évité ce sujet pendant si longtemps mais peut-être que Fred méritait que je m'ouvre un peu plus à lui, lui qui l'avait fait sans se restreindre.
— C'est au sujet de mon créateur, dis-je.
L'attention de Fred sembla se faire croissante. Il avait conscience que je faisais un effort important en abordant ce sujet duquel j'avais si souvent refusé de parler.
— Vois-tu, si toi tu as été créé pour devenir un soldat, j'ai moi été créé pour être la compagne d'un vampire solitaire. Et comme j'avais l'impression de tout lui devoir, j'ai cru que je l'aimais, et que lui aussi m'aimait. Une histoire d'amour draculesque, en somme. Ce n'était cependant pas de l'amour mais de l'asservissement. Tu sais de plus comme les émotions sont exacerbées lorsqu'on est un jeune vampire, et toutes les sensations sont effectivement complètement différentes en comparaison avec notre vie humaine. J'étais émerveillée par tout ce que je découvrais. Quand tu m'as… serrée dans tes bras, j'ai eu vaguement la sensation d'être retournée sous son emprise à lui.
— J'en suis désolé, s'empressa de s'excuser Fred.
— Ce n'est rien, le rassurai-je. Je n'aime juste pas quand ces souvenirs remontent.
Pour échapper à d'autres excuses de Fred ou à des questions complémentaires, je grimpais au sommet d'un arbre dans le but de m'y installer le temps de réfléchir. J'entendis Fred grimper à un autre arbre à proximité mais je ne le cherchais pas du regard. Nous restâmes chacun de notre côté, avec nos pensées.
A nouveau, je pensais aux étranges loups. Je réfléchis également au sujet des yeux jaunes, me demandait où ils se trouvaient et ce qu'il était advenu d'eux, depuis leur confrontation avec l'armée du dénommé Riley. La volonté de me rendre à nouveau dans la direction de la forêt aux loups me reprit, bien que consciente qu'il s'agissait là d'un désir insensé.
Pendant toute la fin de la nuit, je restais là, perchée sur mon arbre. J'en fis autant après que le soleil se soit levé et jusqu'au milieu d'après-midi. Fred vaqua lui à ses occupations. De loin, je l'entendis plonger dans un lac à un moment. C'est précisément alors qu'il se trouvait encore sous l'eau que j'entendis les premiers bruits de course.
Ce son acheva de me sortir de la transe dans laquelle je m'étais plongée. Quelque chose se passait. Fred et moi n'avions pas pris la décision de retourner vers le danger, mais le danger était manifestement venu à nous. Ce n'était pourtant pas ces gigantesques loups que j'entendais et c'était là une évidence. Non, ces sons là étaient ceux de vampires. Je pensais immédiatement aux yeux jaunes, bien que rien ne pouvait réellement me faire penser qu'il s'agissait d'eux.
Je ne tardais pas à réagir. Il fallait absolument que je retrouve Fred. Même si je n'aimais pas l'admettre, j'étais particulièrement en danger sans lui et son don pour me protéger. Je me sentais à découvert. Fred était cependant sous l'eau et ne devait pas se douter un seul instant du danger qui nous guettait. Tout du moins, du danger qui me guettait. Alors que les bruits de pas persistaient derrière moi – j'identifiais très certainement au moins deux paires de jambes –, je trouvais le lac au fond duquel Fred devait se trouver. Je n'hésitais pas un instant avant de plonger. Immédiatement, Fred me repéra et nagea jusqu'à moi. Il dut lire dans mes yeux que quelque chose clochait et nous remontâmes à la surface.
Je n'eus pas à lui expliquer ce qu'il se passait car, à peine remontés, les bruits de pas nous parvinrent à tous les deux. D'un coup d'œil, j'indiquais à Fred de nous installer sur le minuscule ilot rocheux qui se trouvait au centre du lac. Nous nageâmes jusque là puis attendîmes l'arrivée des inconnus. Je savais que Fred n'avait volontairement pas étendu son bouclier répulsif. Lui comme moi étions curieux de découvrir nos poursuivants. Il serait toujours temps de les surprendre ensuite et de nous enfuir. Fred masquerait notre trace, empêchant les poursuivants de nous traquer.
Nos poursuivants ne tardèrent pas à apparaître de l'autre côté de la rive. Ils étaient deux, ce que je jugeais étrange. J'aurais pourtant juré qu'ils étaient plus nombreux. Je me promis de rester attentive, persuadée que d'autres étaient peut-être restés en retrait pour conserver l'effet de surprise de leur supériorité.
Les deux qui s'étaient montrés étaient singuliers. Il n'y avait plus de doute possible : il s'agissait bien de vampires aux yeux jaunes, probablement ceux que l'armée dont Fred avait fait partie devait combattre. Le premier, celui qui était le plus avancé, avait les cheveux auburn. Le second avait un physique plus impressionnant : son corps musclé semblait couvert de cicatrices de guerre, indiquant par là un guerrier qui n'aurait certainement pas de mal à nous liquider, Fred et moi, à lui tout seul. Enfin, ça, c'était sans compter sur le talent secret de Fred que les deux inconnus ne pouvaient pas soupçonner.
Le duo nous observait avec méfiance, moi et Fred. Nous en faisions autant de notre côté. Je sentais comme Fred était tendu, prêt à tout instant à étendre son bouclier. Je me fis la réflexion que nous avions peut être face à nous les assassins de Bree. Même s'il s'était agi de légitime défense, étant donné que c'était l'armée de Riley qui avait du lancer l'attaque, cela devait rester quelque chose que Fred ne pouvait pas oublier.
— Vous vous êtes introduits sur notre territoire, cette nuit, finit par dire le vampire aux cheveux auburn.
Comme Fred ne parlait pas, je décidais de répondre.
— Nous ne savions pas qu'il s'agissait du territoire de quiconque, dis-je.
— Vous le soupçonniez néanmoins, ce qui revient au même, remarqua-t-il.
Je ne compris pas ce qu'il voulait dire par là.
— Vous nous cherchiez, précisa-t-il.
La main de Fred frôla la mienne. Je jugeais qu'il s'agissait là d'un geste intentionnel mais je ne comprenais pas quel message mon ami voulait me faire passer. Je supposais qu'il sentait le danger et me prévenait que la fuite serait imminente. Je me tenais donc prête.
Les prunelles topaze du vampire se rivèrent dans celles de Fred.
— Je suis bien celui dont Riley a parlé, celui qui lit les pensées, lui dit-il.
Le choc me frappa lorsque je compris que le vampire pouvait lire dans nos pensées. Ainsi donc, le vampire dont Riley avait parlé à ses troupes était réel. Tout comme Fred et moi, le compagnon aux cicatrices du rouquin parut étonné, simplement pas pour les mêmes raisons. Son ami éclaira sa lanterne :
— Fred faisait partie de l'armée de Victoria. C'est elle qui l'a transformé mais il s'est enfui avant le combat.
— Bree ? Qu'est-il arrivé à Bree ? demanda soudain Fred.
Cette fois, Fred avait complètement saisi ma main. J'en fus étonnée mais ne perdis pas du regard les deux vampires qui nous faisaient face. J'étais méfiante. Allaient-ils vouloir finir le travail auparavant inachevé et détruire Fred ? Puis, pour boucler la boucle et ne laisser aucun témoin, m'éliminer moi aussi ?
— Bree a été la victime des Volturi, répondit simplement le vampire. Nous voulions l'épargner. Elle s'était rendue. Les Volturi n'ont pas vu les choses du même œil. Nous n'avons jamais souhaité cette guerre. Victoria est celle qui a engendré toute cette catastrophe.
Je devinais également que, sans elle, Fred ne serait pas un vampire aujourd'hui. Cette Victoria avait détruit sa vie.
— Et qu'est-elle devenue, cette Victoria ? demanda justement Fred.
— Je l'ai détruite moi-même, lui apprit le rouquin.
Fred hocha la tête. Je supposais que savoir que la vampirette avait eu ce qu'elle méritait le satisfaisait un peu. Pour lui, mais aussi et surtout pour Bree.
— Elle m'a adressée un message avant, poursuivit le vampire aux cheveux auburn. Bree. En pensée. Elle a déclaré regretter de ne pas pouvoir t'en apprendre plus sur le monde des vampires, ses dangers et ses vérités. Elle m'a aussi demandé que nous soyons sympas avec toi, si nous te croisions un jour.
Je tournai la tête vers Fred, tentant de déceler sa réaction face à ces paroles. De mon côté, je me demandais si un seul mot de tout ça était vrai ou si ce n'était qu'une tentative de manipulation de la part du vampire qui lisait les pensées. Cependant, je crus deviner que Fred le croyait. Je décidais donc de rester méfiante pour nous deux. J'avais conscience que le vampire était au fait de ma méfiance, étant donné qu'il devait être dans ma tête, mais peu importait.
— Tu as un don sacrément puissant, à ce que j'ai compris des pensées de Bree, ajouta-t-il. Je suis même étonné que nous soyons arrivés jusqu'à toi. Selon elle, tu savais te rendre parfaitement invisible.
D'instinct, je sus qu'il allait regretter d'avoir évoqué le don de Fred. Et effectivement, les deux vampires se détournèrent soudain violemment de nous en grognant, comme s'ils venaient de subir une attaque. J'étais soulagée que Fred m'ait tenu à l'écart de cette attaque psychique, car elle m'avait tout l'air d'être plus puissante que les doses auxquelles il m'avait habituée.
Quand Fred dissipa son bouclier répulsif, les deux vampires le dévisagèrent, l'air impressionné. Et il y avait de quoi être impressionné, j'étais d'accord avec eux !
— Epoustouflant… constata le vampire aux cicatrices.
— Voilà un don qu'Aro tuerait pour avoir parmi ses troupes.
— Aro ? répéta Fred.
— La tête pensante des Volturi. Arrange-toi pour ne jamais le rencontrer.
Ainsi donc, les Volturi étaient réels. Mon créateur n'avait semble-t-il pas menti sur tout. J'avais la sensation que nous avions beaucoup à apprendre de ces vampires aux yeux jaunes. Pourtant, s'ils n'avaient pas semblé vouloir nous attaquer jusqu'ici, je ne parvenais pas à leur faire confiance.
— Nous ne vous ferons aucun mal si vous ne nous attaquez pas, intervint le vampire aux cheveux auburn en fixant son regard étrange dans le mien. Si vous vous abstenez de chasser dans la région également.
— Pouvez-vous nous en apprendre plus sur ces Volturi ? s'enquit Fred. Tout ce que Bree avait découvert et qu'elle voulait m'apprendre ?
— Nous pouvons, acquiesça le vampire. Je pourrais également vous amener jusqu'à ma famille, si vous le souhaitez et si vous promettez de bien vous tenir.
A ces derniers mots, le vampire se focalisa à nouveau sur moi. Manifestement, c'était en moi qu'il n'avait pas confiance et c'était réciproque. Je ne comprenais pas que Fred acceptât de leur faire confiance aussi facilement. Comment pouvait-il seulement être sûr que tout ce que le vampire avait dit sur Bree était vrai ?
— Eleanor, m'apostropha Fred tandis que, sans m'en rendre compte, je commençais à montrer les dents aux deux autres vampires. Calmes-toi.
Je lui adressais un regard assassin. Soudain, je regrettais de nous avoir entraînés jusqu'ici. Et pourtant, pourquoi étions-nous venus ici à la base ? Pour en apprendre plus, et c'était une opportunité rêvée. Mais je n'aimais pas l'idée de pénétrer dans le repère de ces Yeux Jaunes.
La main de Fred serra à nouveau la mienne, comme un avertissement. Etrangement, je me détendis.
— D'accord, je me tiendrais bien, finis-je par dire au vampire roux. Mais avant, je veux savoir quelque chose. Qu'est-ce que c'était que ces loups monstrueux sur votre territoire ?
Le vampire eut un sourire.
— Ce n'était pas notre territoire sur lequel vous étiez, c'était le leur. Si vous vous tenez bien et que vous ne vous aventurez plus là-bas, tout ira bien.
Je n'étais pas rassurée mais j'acceptais néanmoins de lui faire confiance. Avais-je seulement le choix, à ce stade ? Fred paraissait de toute façon décidé à les suivre. Ainsi, si Fred y allait, j'irais aussi.
— Suivez-nous, proposa le rouquin.
Sa main toujours dans la mienne, Fred m'entraîna avec lui dans l'eau et nous nageâmes jusqu'à l'autre rive pour rejoindre les vampires. Ceux-ci ne nous avaient pas attendus et courraient déjà devant. Nous emboitâmes leur pas, sans vraiment savoir ce qui nous attendait. Une part de moi avait peur, mais l'autre était très excitée par cette nouvelle partie de l'aventure.
Etrangement, j'avais le sentiment que tant que Fred serait à mes côtés, tout irait bien.
