Merci à Lyly et Nawel H pour leurs reviews !

Bonne lecture.


Les Cullen, tel était le nom de leur clan, qu'ils préféraient cependant nommer famille. Leur vie était… différente de tout ce à quoi je m'étais attendue. Si on exceptait leur condition de vampire, on pouvait aisément les qualifier de personnes parfaitement normales. Ils avaient une maison à eux, avec tout un tas de meubles et d'objets qui leur appartenaient. Ils étaient tous en couple avec un autre vampire, mariés même. Ils se mêlaient même aux humains, ceux ayant les apparences physiques les plus jeunes allant parfois jusqu'à s'inscrire au lycée dans les villes où ils allaient habiter.

J'avais de la peine à croire à tout ça tant ça me paraissait profondément bizarre. Et puis, il y avait tout le reste. Ils nous avaient parlé de ce qu'étaient les dons chez les vampires, que c'était ce que Fred avait. Ils nous avaient expliqué pourquoi leurs yeux étaient jaunes alors que les nôtres étaient cramoisis : parce que nous nous nourrissions de sang humain alors qu'eux se nourrissaient exclusivement de sang animal.

— Du sang animal ? avais-je relevé avec dégoût.

— En as-tu déjà goûté ? s'était enquit celui qui se présentait comme le patriarche du clan, Carlisle.

— Cela a du m'arriver une fois ou deux, avais-je admis. J'étais curieuse. Mais j'ai trouvé ça si répugnant que j'ai cru que ça m'était nocif.

— Le goût est certes moins agréable, mais nous avons fait le choix de ce régime par conviction et c'est parfaitement viable.

J'entendais bien ses arguments. Peut-être les comprenais-je en partie. Je ne prenais après tout aucun plaisir réel à vider des humains de leur sang. Je prenais plaisir au sang, oui, mais pas à achever des vies humaines. C'est pourquoi j'essayais de me nourrir exclusivement des pires représentants de l'humanité que je pouvais trouver, ou bien des gens qui me semblaient avoir besoin qu'on mette un terme à leur existence pitoyable. Mais l'idée de totalement arrêter de boire du sang humain… Cela me paraissait trop d'efforts pour pas grand-chose.

Les Cullen nous avaient ensuite parlé des Volturi. Ils nous avaient expliqué le danger qu'ils pouvaient représenter. Ils avaient également expliqué plus en détail à Fred comment ces Volturi avaient mis un terme à la vie de Bree, alors que les Cullen étaient prêts à la prendre sous leur aile. Ils avaient enfin expliqué à Fred la raison pour laquelle la dénommée Victoria avait créé une armée de nouveaux nés, condamnant la vie humaine de tant de personnes, y compris celle de Fred.

Apprendre toutes ces choses avait, je crois, bouleversé Fred. Il avait beau rien n'en montrer, connaître la vérité sur le sort de son amie après tout ce temps représentait beaucoup à ses yeux. Cela n'en changeait pas l'issue, certes, mais il savait désormais avec certitude que Bree n'était plus de ce monde.

Quant à moi, je me faisais plutôt petite dans toute cette étrange scène. Je ne me faisais pas à me trouver dans une si belle demeure où vivaient une famille de vampires. Je peinais à croire qu'ils soient si bien fondus parmi les humains alors que je vivais dans l'ombre depuis tout ce temps. C'était tout simplement irréel à mes yeux.

Je n'avais jamais pensé qu'une existence différente était possible pour des créatures comme nous. Ma vie de vagabonde me paraissait la seule souhaitable et envisageable. Je ne disais pas que ce qu'ils avaient me faisait envie, mais ça réveillait des souvenirs très lointains qui dataient de ma vie d'humaine. Pas tant des souvenirs que des impressions d'ailleurs.

Pour autant, malgré ma curiosité, je ne posais pas de questions. Je laissais cela à Fred qui semblait bien plus à sa place que moi. Je me contentais d'observer tout avec curiosité. Mes yeux s'attardèrent longtemps sur la vampirette blonde prénommée Rosalie. Elle était si merveilleusement belle et je me faisais à côté d'elle l'effet d'une souillon, avec mes cheveux sales et mes vêtements qui n'étaient pas de première fraicheur.

Je n'avais pas prêté d'attention à mon apparence depuis longtemps mais, soudain, je me demandais si je ne devais pas ma vie de sauvageonne qu'à moi-même. J'étais soudain perdue, me laissant envahir par des doutes qui ne m'avaient jamais traversé auparavant.

Comme à mon habitude, j'éprouvais rapidement le besoin d'être seule. Tout ça, c'était trop : tous ces vampires qui se comportaient comme des humains, qui vivaient dans un environnement si propre, si civilisé. Cela me dépassait tout simplement. Sans un bruit, je m'éclipsais donc de la demeure des vampires et m'aventurais dans la forêt. Personne ne chercha à me retenir ni ne s'enquit de savoir où j'allais. Le vampire qui lisait les pensées, Edward, le savait lui, et je supposais que son absence de réaction suffisait à rassurer les autres.

Me rappelant les avertissements de ce dernier, je fis attention à ne pas trop m'éloigner pour ne pas pénétrer le territoire des loups immenses. Je me perchais au sommet du plus haut arbre que je pus trouver, et je fis le point sur mon existence.

La vérité dans tout ça, c'était que la vie monotone que je menais jusqu'ici m'avait toujours suffi, mais l'arrivée de Fred dans ma vie, puis celle de ces vampires aux yeux jaunes aujourd'hui, cela avait tout bouleversé.

De nouvelles pensées naissaient dans mon esprit, de nouveaux désirs me traversaient. Je me refusais à l'accepter, mais je devais être honnête avec moi-même : j'enviais ce que les Cullen avaient. Et j'étais en colère contre moi pour cela. Je n'avais jamais voulu plus que ma propre compagnie, mon indépendance, et cela me répugnait d'être si envieuse de leur vie de famille, de leurs liens étroits, de l'amour qui transparaissait dans leurs échanges et leurs gestes.

Une part de moi se révolta soudain. Tout allait si bien avant que ces vampires débarquent dans ma vie. Je me satisfaisais de mon existence monotone et c'était très bien comme ça. Au fond, tout était la faute de Fred et c'était contre lui que j'éprouvais le plus de rancœur.

Prise d'une résolution soudaine, je décidais que c'en était fini pour moi. Il était temps pour moi de mettre fin à cette parenthèse enchantée qui s'était révélée plus toxique qu'autre chose. J'allais retrouver ma vie à moi, celle d'avant tout ça, la seule que j'étais supposée mener.

Je ne dirais pas qu'il m'était facile de partir, sans un regard en arrière. Je m'étais attachée à Fred et, si j'avais eu un cœur humain, il se serait serré à l'idée de le quitter aussi brusquement, sans une explication. Mais c'était mieux ainsi, pour lui comme pour moi, alors je commençai à courir et je bloquai mes derniers remords.

J'ignorais si Fred allait partir à ma recherche. Une part de moi, un peu égoïstement, aurait voulu que oui. L'idée de compter pour quelqu'un me semblait si appréciable. Cependant, la part de moi la plus réaliste savait pertinemment qu'il valait mieux pour moi être seule comme je l'étais depuis plusieurs années. C'était plus facile ainsi. Je ne faisais pas dans le compliqué et il fallait que je cesse de me leurrer. Peu importait la monotonie : c'était ma vie et c'était bien tout ce qui comptait.

Pour l'essentiel, j'errai au hasard, sans réfléchir à là où mes pas me menaient. Pourtant, Fred ne voulait pas quitter mes pensées. Des remords voulaient m'inciter à faire demi-tour mais je les fis tous taire. Pourquoi donc ne pouvais-je pas juste passer à autre chose ? Que m'avait fait Fred pour s'insinuer ainsi dans mon esprit ? Je n'avais jamais voulu que mon indépendance, ne dépendre de personne, c'était pourquoi j'étais bien mieux loin de lui. Pourtant, une part de moi ne parvenait pas à s'y faire. Définitivement pas.

J'avais pris goût à sa présence à mes côtés, c'était vrai. Il avait beau m'agacer, il était de bonne compagnie. Mais je ne voulais pas de compagnie, je ne voulais personne. En tout cas, c'était le cas avant qu'il débarque sans prévenir dans ma vie. Maintenant, j'étais en colère pour de bon.

De rage, je cognai un arbre avec toute la force dont j'étais capable et le déracinai au passage. J'utilisais rarement cette force qui m'effrayait par sa puissance si surnaturelle, mais à cet instant, j'aurais pu me défouler sur la forêt tout entière. Au lieu de ça, je partis en quête des vagues que j'entendais au loin, pensant que nager dans les profondeurs marines me ferait du bien.

Je débarquais au sommet d'une falaise escarpée. Je ne réfléchis même pas avant de me jeter dans la mer agitée tout en bas. Pourquoi réfléchir alors que je ne risquais absolument rien ?

Je demeurais longtemps sous l'eau, les yeux fermés, la respiration interrompue. C'était peu agréable mais je savais que ça ne pouvait pas me tuer – si peu de choses le pouvaient.

Néanmoins, encore une fois, mes pensées me ramenaient toujours vers le même endroit, la même personne. De frustration, je frappais l'eau autour de moi. Je tournais en rond, mes pensées coincées dans un atroce cercle vicieux. J'aurais voulu arrêter de penser, mais ce n'était pas une option quand on était un vampire et qu'on ne pouvait pas dormir, ni s'assommer, ni s'engourdir l'esprit à coup de drogue ou d'alcool. Il n'y avait rien que je puisse faire pour faire s'arrêter le flot de pensées, rien.

Lasse de ne plus respirer sous l'eau, je remontais à la surface. J'observais l'horizon, sa beauté, et j'aurais voulu m'en contenter. Mais sans Fred à mes côtés, ce n'était plus tout à fait suffisant. J'avais la sensation qu'il me manquait quelque chose. J'aurais tant voulu qu'il ne rentre jamais dans ma vie, je voudrais tant pouvoir tout oublier de lui !

Fred était néanmoins partout, et il n'était pas décidé à se faire oublier.

— C'était terriblement impoli de t'enfuir ainsi, me lança une voix bien connue au-dessus de moi, tout en haut sur la falaise.

Je levais les yeux, découvrant la silhouette de Fred penchée au-dessus du vide. Une part de moi, celle que je maudissais du plus profond de mon âme, ressentit un vif élan de joie à sa vue. L'autre part se renfrogna.

— Je me suis dis que tu ne verrais aucun mal à ce que je te suive, poursuivit Fred. Tu n'as pas cherché à cacher tes traces, j'ai supposé que ça voulait dire que j'étais le bienvenu…

— Tu as mal supposé, rétorquai-je amèrement.

— Aller Eleanor, pas de ça avec moi. Tu m'as toi-même avoué que tu m'aimais bien. Nous sommes amis.

— Que je t'aime bien ou pas, ça ne veut pas dire que je souhaite ta présence en ce moment.

En soupirant, Fred décida de s'assoir au bord de la falaise, les jambes pendues dans le vide. Il se fit pensif.

— Je ne te suis pas bien, admit-il. D'abord, pourquoi es-tu partie tout à l'heure ?

— Je n'étais pas à ma place là-bas.

— Les Cullen avaient tant de choses à nous apprendre. Cela ne t'intéressait pas ?

— Ils sont différents de nous. De moi, en tout cas.

— Et n'es-tu pas curieuse de leur mode de vie ? s'étonna-t-il. Moi, je trouve que ça ouvre beaucoup de perspectives nouvelles, perspectives que je ne pensais pas avoir.

— Tant mieux pour toi.

— Cesse donc d'être ainsi, Eleanor. Vraiment, je ne te comprends pas. Chaque fois que je pense t'avoir cernée, tu me prouves que j'ai tort. C'est déstabilisant.

— Je ne te demande pas de me comprendre. Ne peux-tu donc pas me laisser en paix, Fred ?

Même à mes oreilles, cette demande sonnait faux. Je me doutais bien que Fred ne manquerait pas de me le faire remarquer. A mon plus grand étonnement, il n'en fit pourtant rien. Il semblait simplement pensif.

Finalement, il décida de sauter et de me rejoindre dans l'eau. Sa proximité me mettait mal à l'aise, parce que j'avais envie de le fuir et tout l'inverse à la fois. J'étais si divisée, et c'était parfaitement incompréhensible.

Il se rapprocha de moi et je ne pus faire autrement que croiser son regard. Sa main toucha alors ma joue. Le geste était si inattendu que je me figeai et cessai de respirer. Les yeux de Fred scrutaient les miens, et alors que je devinais ses intentions, je décampai. Je plongeais dans les profondeurs, sachant pertinemment que je ne pouvais fuir nulle part où Fred ne pourrait pas me suivre.

Je demeurais plusieurs minutes dans mes abysses et Fred ne vint pas m'y chercher. Quand je fus prête, je décidais de remonter à la surface. Je me présentais alors, penaude, devant Fred qui n'avait pas bougé. Celui-ci ne fit pas la moindre remarque, s'efforçant de rester silencieux et de me laisser parler la première. Mais je ne savais pas quoi lui dire, alors le silence s'éternisa.

— Je suis désolée, finis-je par déclarer au bout d'un moment. Je ne suis pas celle que tu voudrais que je sois. Nos chemins feraient mieux de se séparer.

— Pourquoi donc ? Je ne te demande pas d'être quiconque, si ce n'est toi.

— Mais tu as des attentes que je ne peux pas combler.

— Je n'ai pas la moindre attente, Eleanor.

— Mais si, tu en as, m'obstinai-je.

— Je veux juste continuer à être avec toi. C'est tout.

— C'est tout ?

— C'est tout.

Je ne savais pas si je le croyais vraiment ou pas, s'il disait ça uniquement pour me faire plaisir ou me rassurer, mais je voulais y croire.

— Mais toi, Eleanor, que veux-tu de moi exactement ? insista Fred. Tu es… désarmante. Je ne sais pas quoi faire. A chaque instant, j'ai l'impression que tu peux t'enfuir. Que dois-je faire pour que tu ne me fuies pas à nouveau ?

— Il n'y a rien que tu puisses faire, admis-je. Je suis imprévisible et tu devras t'y faire. Mais tu n'y es pas obligé, tu peux aussi t'en aller.

— Tu sais très bien que je n'ai pas envie de m'aller. Dans ce cas, je ne t'aurais pas suivie jusqu'ici.

— Ne veux-tu pas retourner chez les Cullen ? Parce que moi, je n'y retourne pas.

— Je n'y tiens pas particulièrement. Ils m'ont apporté les réponses dont j'avais besoin, au sujet de Bree. Maintenant, je peux passer à autre chose. Je te suivrais où que tu veuilles aller !

Je soupirais. La part de moi que j'exécrais était aux anges, tandis que l'autre voulait se débattre et repousser Fred à l'autre bout du continent.

— Je ne comprends pas pourquoi tu t'obstines à rechercher ma compagnie.

— C'est que tu ne m'écoutes pas bien quand je parle. Je te l'ai déjà expliqué de nombreuses fois, non ?

— Ce que tu dis n'a pas le moindre sens pour moi. Je ne suis pas agréable. Je te repousse sans arrêt, et toi tu t'accroches encore plus. Est-ce une sorte de défi pour toi ?

Cela le fit rire. Le rire de Fred sonnait comme une jolie musique, le genre de musique qui vous donnait envie de sourire.

— Ce n'est pas un défi, non. Moi, ce que je ne comprends pas, c'est que ça te semble si improbable qu'on puisse vouloir ta compagnie.

— Mais ça l'est, improbable.

— Pas à mes yeux.

Après avoir levé les yeux au ciel, j'entrepris d'escalader la falaise pour retrouver la terre ferme. Sans mot dire, Fred entreprit de m'imiter et, plus agile que moi, il arriva en haut avant moi.

— Dis-moi juste une chose, Eleanor. Vas-tu me fuir à nouveau ? Si oui, pourrais-tu me prévenir la prochaine fois ? C'était assez blessant, en réalité, que tu le fasses ainsi alors que j'avais le dos tourné.

— Sauf que tu me poursuis à chaque fois. Si je te dis que je m'en vais, et que je veux que nos routes se séparent, alors qui me dit que tu m'écouteras ?

— Je te fais la promesse solennelle que, si tu me le demandes, et si je sens que tu ne souhaites sincèrement plus ma présence à tes côtés, alors je te laisserais t'en aller sans faire d'histoires.

— Cette promesse me parait très subjective. Si je comprends bien, tout dépendra de ta perception de la situation, et tu me sembles bien décidé à me coller aux basques quoi que j'en dise.

— C'est que je n'ai vraiment pas envie de te laisser t'évanouir dans la nature…

Je soupirais à nouveau. Alors que j'allais poursuivre, Fred m'en empêcha et reprit la parole.

— Ecoute, tu as raison, je ne suis pas vraiment honnête. Je devrais respecter ton souhait. C'est juste que je n'ai pas l'impression que tu veuilles vraiment me voir disparaître, en tout cas pas complètement. Ou peut-être que je vois uniquement ce que je veux voir. Alors, une bonne fois pour toutes, je te le demande. Eleanor, veux-tu que je m'en aille ?

La question de Fred sonnait comme un ultimatum. Mon envie de décamper se fit à nouveau pressante. J'avais envie de sauter rejoindre l'océan, de me cacher dans ses profondeurs, et de n'en ressortir que lorsque Fred s'en serait allé. Mais Fred ne s'en irait pas de sitôt, pas sans une réponse, alors il allait falloir que je la lui donne.

Sauf que je ne savais pas. J'étais si divisée à l'intérieur de moi-même, comme si deux versions de moi-même se combattaient actuellement, ce qui était finalement le cas depuis qu'il était entré dans ma vie.

— Je n'en sais rien, Fred.

— Tu ne peux pas toujours fuir, Eleanor, rétorqua Fred. Sois sincère avec toi-même, c'est tout. Ne réfléchis pas, ce n'est pas nécessaire.

— Alors non. Je ne veux pas que tu t'en ailles.

Ça y est, la réponse était sortie. Je ne voulais pas que Fred disparaisse de ma vie. C'était ce qui m'apparaissait le plus évident au milieu de la confusion de mon esprit. En vérité, cette éventualité me paraissait effrayante. Mais l'inverse m'effrayait tout autant. Tout m'effrayait.

Fred parut satisfait.

— Eh bien voilà, ce n'était pas si difficile ! On repart à l'aventure ?

Incapable de mieux, je me contentais de hocher la tête. Fred me tendit une main que j'observais pendant un instant avec hésitation. Et puis, de la même façon que Fred m'avait conseillé de ne pas trop réfléchir ma réponse, j'acceptais de prendre sa main et il m'entraîna à sa suite à travers la forêt. Pour une fois, je me laissais faire sans rechigner.