Je ne comprenais pas comment les choses avaient pu si vite mal tourner.

D'abord, je n'avais pas voulu de Fred dans ma vie. Ensuite, par je-ne-sais quel tour de force, il m'avait convaincue de lui donner une chance. J'avais commencé à l'apprécier, jusqu'à ce que c'en soit trop et que je fuis. Sauf que Fred ne m'avait pas laissé fuir – et je ne l'avais pas laissé perdre ma trace non plus. Nous avions donc recommencé à passer notre temps ensemble, deux vagabonds qui voyageaient dans la même direction. Et puis, comme sorti de nulle part, il y avait eu cet embrasement soudain…

Sauf que je n'avais jamais voulu ça. Je mentirais en prétendant que ce n'était pas une perspective séduisante que partager une telle relation avec Fred, lui auquel je m'étais tant attachée malgré moi. Mais c'était tout le problème : je n'avais jamais voulu m'attacher, je n'avais jamais voulu de ces contraintes.

La raison de tout ça était assez pitoyable, j'en avais conscience. J'avais tout simplement peur. J'étais lâche. C'était pourquoi ma vie de solitude m'avait toujours bien mieux convenu. C'était pourquoi j'avais tant envie de fuir Fred, tout en en étant incapable. Il était sûrement trop tard pour fuir, ce qui ne voulait pas dire que je n'étais pas tentée d'essayer…

Fred, cependant, paraissait bien déterminé à m'en empêcher. Je le suspectais de deviner les pensées qui me traversaient depuis ce fameux baiser. Il respectait mon besoin de m'isoler, comme il l'avait toujours fait, mais je savais qu'il tendait l'oreille, juste au cas où.

— Tu vas m'éviter encore longtemps comme ça ? s'enquit-il un matin. Tu as conscience qu'il va falloir qu'on en parle ?

— Il n'y a rien à dire, rétorquai-je.

— Cesses de fuir, Eleanor.

Il semblait las.

— Je ne fuis pas. Je suis là.

— Courir n'est pas la seule façon de fuir, remarqua-t-il.

Je soupirai avec un agacement que je ne pouvais guère masquer.

— Je ne sais pas quoi te dire, Fred. Ce qui est arrivé était une erreur. Je veux juste que tout redevienne comme avant.

— Tu penses que c'est possible ? De mon côté, je n'en suis pas persuadé.

— Alors quittons-nous, reprenons notre chemin chacun de notre côté, proposai-je.

Une nouvelle fois, je n'en avais pas envie ni ne m'en sentais vraiment capable. Le prétendre aurait été me mentir à moi-même. Pourtant, c'était la seule solution que j'estimais envisageable. Je me trouvais donc dans une terrible impasse.

— Tu en as aussi peu envie que moi, répliqua Fred, voyant clair en moi.

— Peu importe ce dont j'ai envie. Il doit en être ainsi, c'est tout. Je ne veux pas que l'histoire se répète.

Cet aveu fit réfléchir Fred un instant.

— Tu penses sincèrement que la situation est comparable ? Ou qu'elle pourrait le devenir ? Je ne suis pas lui. Je ne le serais jamais.

— Et comment je suis supposée en être certaine ?

— Tu ne peux pas, rétorqua Fred en écartant les bras. Tu ne peux pas, c'est vrai. Tout ce que tu peux faire, c'est choisir d'avoir confiance en moi. Tu penses que c'est dans tes cordes ?

Je soupirais bruyamment avant de me détourner, signe que je voulais mettre fin à la conversation. Je crus un instant que Fred allait m'accorder ce moment, mais il n'y était apparemment pas décidé. Il en avait, je pense, assez de devoir m'attendre sans arrêt. Je devais d'ailleurs bien lui reconnaître sa patience infinie avec moi, ce depuis le départ.

— J'ai besoin d'une réponse maintenant, insista Fred. Arrête de fuir. Arrête de repousser l'instant. Il est temps de prendre une décision. Il est temps que tu saches ce que tu veux vraiment, Eleanor. Moi, je sais ce que je veux. Tout ne tient qu'à toi…

Quelque chose se brisa en moi, sans que je puisse me l'expliquer. Fred avait raison, même si ça me coûtait de l'admettre. J'avais trop fuis, pendant tout ce temps. J'avais trop mentis, avant tout à moi-même. A ce stade, j'ignorais presque pourquoi j'en étais là. Je suivais mes vieux principes aveuglément, sans même les remettre en question. Plus j'y pensais, plus ça me paraissait ridicule. Et stupide, si stupide.

La vérité, c'était que quelque chose en moi voulait Fred. A défaut d'un cœur à proprement dit, je sentais mon corps le réclamer, se languir d'une proximité, d'un contact, de n'importe quoi à vrai dire. J'étais véritablement tentée d'y céder à cet instant, mais il demeurait un blocage. J'aurais aimé l'écarter d'une pichenette, je ne savais simplement pas comment. Le blocage était plus fort que moi.

— Je sais ce que je veux, finis-je par dire en me retournant vers Fred et en vrillant mes yeux dans les siens. Je sais ce que je veux mais je ne sais pas comment faire. Je ne sais pas si c'est juste non plus, si c'est la bonne décision ou la pire possible.

— Personne ne peut le savoir, relativisa Fred. Ni toi, ni moi. Il n'empêche que tu dois prendre une décision et que je ne peux pas t'aider. J'aimerais, mais ça doit venir de toi.

Fred ne pouvait pas m'aider mais j'avais pourtant besoin d'aide. J'avais besoin qu'on me dise comment faire. Seule, je n'avais pas l'impression que j'y parviendrais. J'étais cependant incapable de demander la moindre aide, je m'y refusais purement et simplement. Le silence s'éternisa donc, jusqu'à ce que Fred semble en avoir assez.

— Ton silence est une réponse en soi, Eleanor. J'ai compris le message. Tu sais quoi, je vais te faciliter la tâche et m'en aller de moi-même. Tu as raison, il vaut mieux que nous nous quittions et que nous reprenions notre chemin, chacun de notre côté.

Il patienta, jetant un œil vers moi dans l'attente de protestations qui ne vinrent pas. Il s'estima donc vaincu.

— Je n'ai jamais su te cerner, Eleanor, et ce n'est manifestement pas aujourd'hui que ça changera. J'aimerais dire que j'ai été content de te connaître, mais t'ai-je vraiment connue ?

Il s'interrompit, comme dans l'attente d'une réponse, mais je demeurais toujours aussi silencieuse. J'étais totalement figée, comme le vampire que j'étais et encore au-delà.

— Bon vent, Eleanor.

Le regard de Fred vint un instant croiser le mien, portant de derniers espoirs. Je ne vins néanmoins pas y répondre et la silhouette de mon ami fila, loin de moi, tandis que je ne bougeais toujours pas.

En un instant, je me retrouvais complètement seule. Je ne saurais dire combien de temps je demeurais ainsi, incapable de penser ou de bouger. J'étais littéralement bloquée, incapable de démêler le nœud de mes pensées.

Ce fut bien plus tard que, sans prévenir, quelque chose acheva de se briser en moi. Le regret me frappa avec la violence d'un éclair et je me mis à courir sans même réfléchir, cherchant à repérer l'odeur de Fred dans le maelstrom de senteurs qui constituaient la forêt. Je les isolais une à une, fiévreusement.

Avec désespoir, je réalisais que je ne trouvais rien. Tout était comme si Fred s'était volatilisé et, en un sens, c'était le cas. Même si je le voulais, je savais que je ne parviendrais pas à retrouver sa trace parce qu'il en avait décidé ainsi. Son don m'empêcherait d'y voir clair parce qu'il avait cessé de m'inclure dans son cercle de protection. Plus je m'essayais à penser à lui, à le traquer, plus la sensation de répulsion cherchait à m'atteindre. Je la sentais, encore lointaine, mais bien présente. Après avoir passé tant de temps à le rejeter, il me rendait la monnaie de ma pièce.

J'aurais du être en partie heureuse d'être débarrassée de la présence de Fred. J'obtenais en effet ce que j'avais longtemps voulu, à savoir retrouver ma solitude. Pourtant, je ne parvenais pas un instant à m'en satisfaire, parce que je me sentais si désespérément seule tout à coup.

Je ne voulais pas croire que Fred s'en soit vraiment allé, me quittant sans plus de sentiments. J'avais la sensation que ça ne lui ressemblait pas, lui qui avait fait preuve de tant de persévérance jusqu'ici. Néanmoins, sa persévérance n'avait jamais été vouée à l'éternité, j'aurais du m'y attendre. Il était compréhensible qu'il ait finit par perdre patience, et tout était ma faute. Pourquoi fallait-il que je le réalise seulement maintenant ? Quand il était trop tard ?

J'aurais pu être en colère, déraciner tous les arbres qui me tombaient sous la main. J'aurais pu garder espoir et continuer à chercher Fred, en quête d'une piste un peu plus distante. J'aurais même pu pleurer de désespoir – si seulement j'étais capable de produire des larmes. Au lieu de tout ça, je m'allongeai au sol et demeurai immobile, tout simplement écrasée par le dépit.

J'étais revenue à mon point de départ, celui là même que je n'avais eu de cesser de chercher à regagner. En étais-je heureuse ? Définitivement pas. Pouvais-je y faire quelque chose ? Pas vraiment.

Néanmoins, je pensais très sincèrement que cette profonde déception ne serait qu'éphémère, que je parviendrais très vite à passer outre. Les émotions étaient toujours plus vives juste après un événement déplaisant. Dans le fond, j'allais juste retrouver mon mode de vie initial, celui d'avant Fred, ce qui n'était pas si terrible. Je finirais par oublier mon ami, ou à défaut de l'oublier, je relativiserais son départ. Ce n'était pas vraiment mon genre, d'épiloguer sur une déception amoureuse.

Pourtant, les regrets étaient si vifs en cet instant. Ils me semblaient avoir laissé une marque indélébile en moi, comme si cet événement allait me ronger pour toujours. Peut-être avais-je vraiment fais une grosse erreur cette fois, une erreur sur laquelle j'aurais tout le temps de m'appesantir, tout le temps de me maudire…

Lorsque je me relevais, j'étais cependant décidée à tout autre chose. Je ne voulais pas me laisser abattre par le départ de Fred. Je ne voulais pas laisser ce vide qu'il avait laissé m'ensevelir toute entière. Je devais me reprendre en main suffisamment vite pour ne pas avoir le temps de faire face au silence qui m'entourait désormais.

Je repris donc mes vagabondages sans plus tarder, courant au hasard comme je l'avais toujours fait. Volontairement, je choisis une direction différente de celle que j'avais vu Fred prendre. De toute façon, s'il avait voulu que je le retrouve, il m'aurait laissé une trace. Je devais partir du principe que ce n'était pas le cas et l'accepter. Je devais repartir de zéro et accepter la conséquence de mes actions – ou de mon inaction, en l'occurrence.

Je repris donc le cours de ma vie, laissant lentement les jours défiler. Comme avant. Comme lorsque Fred n'était pas encore venu bouleverser toutes mes certitudes. La vie me semblait à nouveau monotone, mais ne l'avait-elle pas toujours été ? En tout cas, sans Fred, elle l'était tout particulièrement. Mais Fred n'était plus là, et il ne servait à rien de m'appesantir sur ce détail. J'étais seule et c'était bien comme ça. Il fallait que je m'en persuade.

Je continuais à garder un régime à base de sang animal, sans vraiment savoir pourquoi je m'obstinais. Je m'aventurais parfois dans le monde humain, quand le temps nuageux et pluvieux me l'autorisait. Je testais mes limites, me découvrant une force de résistance que je ne soupçonnais pas et qui ne faisait que s'améliorer. J'étais parfois proche de perdre le contrôle et je savais qu'il ne faudrait pas beaucoup pour que ce soit le cas, mais je demeurais fière de mes efforts. J'essayais d'être la meilleure version de moi-même, quand bien même je n'avais plus personne à qui la montrer.

Il y avait ce vêtement que je conservais dans mon sac, sans parvenir à m'en séparer. Ce pantalon marron à carreaux qui avait été à Fred. Sa vision me remplissait toujours de tout un tas d'émotions contradictoires. Néanmoins, j'essayais toujours d'en ressortir quelque chose de positif, comme de la détermination pour poursuivre mes efforts, comme en réparation de mes erreurs passées.

Je pensais beaucoup à Fred. Beaucoup. Beaucoup trop. Plus que je ne l'aurais voulu.

Il occupait mon esprit en quasi permanence. J'avais trop de temps libre pour ne pas le faire. J'espérais qu'il allait bien. J'espérais – sans trop l'espérer, égoïstement – qu'il avait trouvé quelqu'un d'autre pour rompre avec cette solitude qu'il ne désirait plus. Je me disais qu'il était peut-être retourné auprès des Cullen. Malgré ça, je n'envisageais à aucun instant de m'y rendre pour vérifier. C'était parfois tentant, mais je ne désirais pas forcer le destin. Je respectais la décision de Fred et je n'y dérogerais pas.

Désormais, cela faisait plusieurs mois depuis que Fred m'avait quittée. Combien exactement, je n'en étais pas certaine. Je ne comptais pas les jours, ceux-ci se ressemblant trop pour cela. Pour une énième fois, je sortis le pantalon marron à carreaux de mon sac. A ce stade, il ne portait plus du tout l'odeur de Fred. Sa vision était néanmoins suffisante à elle seule pour me remémorer son souvenir.

Il m'arrivait toujours d'espérer qu'il surgisse sans prévenir dans ma vie, comme il l'avait déjà fait. De moins en moins, cela dit. L'espoir s'amenuisait au fil du temps.

Une chose était cependant claire pour moi : j'aimais Fred. Je m'étais refusé à l'accepter du temps où il était encore là, avec moi, mais c'était la vérité. En dépit de ce que j'avais espéré, cet amour ne se dissipait pas avec les jours, ni avec les mois qui passaient. Sûrement qu'il ne disparaîtrait pas non plus avec les années ou les décennies, même si cette perspective n'était pas pour me ravir.

Les regrets étaient chaque jour plus vif, alors que j'avais espéré qu'ils finissent par se tarir. De désespoir, je décidais un jour qu'il était temps de revenir sur mes pas, de retourner sur les lieux où j'avais vu Fred pour la dernière fois. Je savais au fond de moi que cela ne m'apporterait rien, que je ne l'y trouverais pas, mais je ne savais pas quoi faire d'autre. Pour la première fois, j'envisageais également de remettre les pieds sur le territoire des Cullen et de me renseigner auprès d'eux. Peut-être même l'y trouverai-je en personne ? Tout cela serait cependant la seconde étape. Avant, je retournerais sur le lieu où nous nous étions embrassés, où nos peaux s'étaient embrasés l'une contre l'autre, un souvenir qui était si vivant dans mon esprit.

Je mis quelques jours à y arriver. Je traînais d'ailleurs un peu, appréhendant presque le moment sans raison valable. Je ne trouvais pourtant rien de différent en ces lieux. Tout était pile comme quand j'avais quitté l'endroit la dernière fois. Fred brillait par son absence et je ne sentais son odeur nulle part. Non pas que j'avais vraiment espéré l'y trouver, m'attendant tranquillement au bord du lac, mais cette perspective aurait néanmoins eu du bon.

Je décidais de rester ici plusieurs jours, cela me laissant le temps de réfléchir pour de bon à ce que je désirais pour la suite des choses. Il fallait que je considère toutes les options, y compris l'abandon total des recherches, car c'était de ça qu'il s'agissait. Je voulais retrouver Fred et essayer de réparer mes erreurs. Je voulais égoïstement le retrouver, quand bien même il était parfaitement heureux sans ma présence désagréable à ses côtés.

Comme j'avais pour habitude de le faire pour m'éclaircir les pensées, j'ôtai mes vêtements et plongeai au fond du lac. Je me laissai tomber jusqu'au fond, m'y allongeai les bras en croix et cessai de respirer. Une par une, j'envisageai mes options, pesant le pour et le contre de chacune d'entres elles. Je ne tardais d'ailleurs pas à éliminer celle qui consistait à laisser Fred derrière moi et à ne pas le chercher. Il était clair que c'était inenvisageable, car je n'aurais de cesse de le retrouver afin de m'expliquer auprès de lui, de m'excuser pour mon comportement, de lui avouer enfin ce que je ressentais pour lui et qu'il avait deviné bien avant que je le fasse moi-même.

Je devais donc faire tout ce qui était en mon pouvoir pour le retrouver. Mais comment trouver quelqu'un qui ne voulait pas être trouvé, et qui était en plus doté d'un don vampirique qui lui permettait si facilement de se fondre dans le décor et de repousser l'attention des autres ? La mission semblait impossible, et c'était bien ce qui me frustrait tant.

Au bout d'un moment indéterminable, mais au bout duquel ne plus respirer me devint particulièrement désagréable, je me décidai à sortir de l'eau. Toutes les réflexions du monde ne suffiraient manifestement pas à résoudre ce problème particulièrement épineux.

Alors que je remontai à la surface et avalai une première goulée d'air, j'étais donc très contrariée. Contrariée par cette insoutenable impuissance qui était la mienne.

Aveuglée par ces émotions négatives qui m'envahissaient encore, je mis un temps anormal (dangereux pour un vampire) à réaliser que quelque chose clochait.

Une odeur flottait dans l'air. Une odeur que je n'avais pas pensé sentir avant encore très longtemps.

Une vague d'émotion me traversa. De l'espoir, tant d'espoir. Aussi invraisemblable cela paraissait-il, Fred était passé par là pendant que j'étais sous l'eau !

Néanmoins, il n'était plus visible nulle part désormais. Je ne pouvais pourtant pas croire qu'il s'était enfui bien loin. Je ne voulais pas y croire car cela détruirait alors tous ces nouveaux espoirs qui venaient de naître en moi.

Toujours nue sous l'eau, j'y demeurai et me contentai de guetter l'horizon depuis mon point d'observation. Je cherchais à détecter le moindre signe d'une présence, le moindre signe de Fred. N'en trouvant pas, je supposais que la seule façon de le faire sortir de sa cachette était encore de lui donner une raison de le faire.

— Tu avais raison, dis-je en m'adressant au vide. Je n'ai cessé de te fuir. J'ai refusé de prendre une décision alors que celle-ci aurait du m'apparaître d'une évidence limpide. J'avais peur, Fred. J'ai toujours peur mais aujourd'hui je suis prête à cesser de fuir. A la fois le monde et moi-même. Je suis prête à te faire confiance, comme tu m'as fais confiance quand je ne le méritais pas. Tu sais, quand nous nous sommes quittés, tu te demandais si tu m'avais vraiment connue. Sache que oui, tu es certainement celui qui me connaît le mieux, quand bien même j'ai mes zones d'ombres. Mais je suis prête à les partager avec toi si tu le veux toujours. Pas dans l'immédiat, pas trop rapidement, mais je suis prête à faire des efforts. Je veux juste te retrouver, Fred. Je regrette tellement de ne pas avoir su exprimer ce que je ressentais quand j'aurais du le faire, quand tu attendais que je le fasse. J'ai été lâche, comme je l'ai toujours été. Es-tu prêt à me donner une chance de prouver ma bonne foi, comme je t'en ai donné une lorsque nous nous sommes rencontrés ?

Pendant longtemps, trop longtemps à mon goût, le silence continua de peser. Comme si j'étais seule et que Fred n'avait jamais été là. Mais son odeur était toujours là, trop réelle pour que je l'ai inventée, alors je continuais à patienter. Le désespoir me guettait face au silence radio qui perdurait encore et toujours, mais je continuais à attendre parce que je ne savais guère quoi faire de plus.

— Je t'aime, Fred, finis-je par souffler. C'est peut-être trop tard pour le dire, mais c'est la vérité…

— Je commençais à penser que tu ne le dirais jamais.

La voix avait retenti de façon imprévue, comme si Fred s'était toujours tenu derrière moi, au bord de l'eau. Les yeux écarquillés, je pivotai sur moi-même et mes yeux se posèrent sur le visage de Fred, sur ce sourire qui m'avait tant manqué.

— Fred… ne pus-je que souffler tandis que, par réflexe, je cachais d'un bras ma poitrine à peine visible sous l'eau.

— Puis-je te poser une dernière question, Eleanor ? s'enquit Fred sans se formaliser de ma nudité. Une dernière question avant que je décide ou pas de te donner cette chance de prouver ta bonne foi.

L'idée même que Fred puisse à nouveau s'en aller me remplissait de terreur. Après l'avoir tout juste retrouvé, je ne pouvais pas imaginer qu'il veuille me quitter à nouveau. J'avais tant pris sur moi pour lui exprimer à voix haute ce que je ressentais. J'attendis donc avec inquiétude cette question qu'il souhaitait me poser et qui déterminerait la suite des événements.

— Ce n'est d'ailleurs pas tant une question qu'une promesse, dont j'ai besoin, se corrigea-t-il. La promesse que jamais plus tu ne me fuiras. Et quand je parle de fuir, tu comprendras bien que je ne parle pas uniquement de t'enfuir en courant. Me promets-tu donc, Eleanor, de ne plus me fuir ? Me promets-tu, si besoin en était, de toujours m'affronter de face, sans te cacher, avec courage ?

— Jamais plus je ne te fuirais de la sorte, et jamais plus je ne fuirais mes propres sentiments, je te le promets, répondis-je sans hésiter.

C'était une évidence : je n'avais plus envie de fuir, pas avec Fred.

— Alors je t'offre cette chance de me prouver que tu peux être d'une bonne compagnie, Eleanor. Et sache qu'il te faudra te montrer particulièrement convaincante pour que je rompe à nouveau ma solitude pour toi…

Le sourire de Fred démontrait qu'il était plus que ravie de dire au revoir à cette solitude. Néanmoins, je devais mettre certaines choses au clair.

— Je ne peux pas changer complètement, Fred. Je ne peux pas cesser d'être complètement moi. Je ne peux que t'assurer que je ferais des efforts, guère plus.

C'était la vérité et je préférais être claire dès maintenant avec lui, au risque d'à nouveau tout gâcher.

— Parfait, répliqua Fred en plongeant dans l'eau tout habillé et en nageant jusqu'à moi. Parce que je ne veux pas que tu changes qui tu es, Eleanor. Je t'aime parfaitement comme tu es aujourd'hui.

Et je savais que c'était la vérité. Fred ne me demanderait jamais de changer pour lui, pas comme ce que j'avais connu par le passé. Fred était différent et j'avais eu tort de le fuir comme je l'avais fait. Mais aujourd'hui, je n'avais plus peur.

Alors que le visage de Fred se trouvait à quelques centimètres du mien, ses prunelles d'or liquide sondant les miennes, je n'avais pas envie de fuir. En tout cas, presque pas…


C'est la fin de cette courte fanfiction, merci d'avoir lu l'histoire d'Eleanor et Fred !