Cette fanfic a été écrite au cours de la 146ème nuit du FoF
Thème : Duel
L'épreuve du Maître d'Armes
Le Ravin de Taelpar.
Une légende racontait que les ruines de ce profond ravin était gardé par le Maître d'Armes, Gilgamesh, le bouclier du premier Roi du Lucis, Somnus Lucis Caelum. L'on disait que sa puissance n'avait d'égal que sa remarquable technique de combat au sabre. De sa lame effilée, il avait impitoyablement tranché tous ceux qui avaient osé se dresser sur le chemin de son Roi. Depuis de longues années, nombre de combattants, certains parfois aguerris avaient tenté de le défier. D'aucun n'en était revenu vivant. Tous avait péri.
Cor le savait, et pourtant, il se tenait là, sous un soleil de plomb, devant l'entrée sombre au fond du ravin. Clarus avait bien tenté de le dissuader. Il l'avait mis en garde, lui avait maintes fois répété que ce lieu était dangereux, qu'affronter le Maître d'Armes revenait à mettre sa vie en danger inutilement, qu'il n'avait rien à prouver, mais il n'avait pu le faire flancher. Il était déterminé à croiser le fer. A prouver sa valeur en tant que Lame Royale, la garde rapprochée du Roi Régis. Alors, tête baissée, en prenant une grande inspiration, il était entré dans la grotte qui lui faisait face.
Malgré l'appréhension, malgré l'inconnu, sans trop savoir ce qui l'attendait au bout du chemin, il avançait dans ce dédale froid, tortueux et sombre qui s'étendait devant lui, son sabre bien en main. Plongé dans la pénombre des torches allumées sur toute la longueur des murs en pierre, l'air y était froid. Cor frissonnait malgré lui. Il ne craignait pas l'obscurité ni les éléments, ce froid était même insignifiant s'il prêtait attention à l'oppressante et pesante atmosphère qui y régnait, comme si chacun des squelettes qui jonchaient le sol qu'il arpentait d'un pas prudent allaient se relever. Comme si les âmes des défunts tombés sous les coups de Gilgamesh l'observaient.
-Des anciens soldats du Lucis, résonnait une voix éthérée. Malgré la mort, leurs âmes sont restées accrochées aux armures qu'ils portaient autrefois. Ils sont les gardiens de ces ruines.
Cor détaillait les cadavres recouverts de vêtements en lambeaux autour de lui dans un regard circulaire. Où qu'il regarde, leur dépouille arboraient toutes le blason royal du Lucis, une gravure dorée du profil d'un crâne. Se pourrait-il qu'il s'agisse de ces guerriers ayant perdu la vie face à Gilgamesh ? Qu'il ait fait d'eux les gardiens de ce ravin ? Il n'eut pas le temps de s'attarder davantage. Devant lui, ceux qu'il pensait morts se relevaient, dans des râles rauques et sinistres.
-Ils sont restés fidèles au Maître d'Armes... avait compris Cor.
L'arme au poing, ils se ruaient sur lui, mus par le seul désir de protéger ce ravin de cet intrus. Cor se dressait face à eux, une lueur de défi dans ses yeux clairs aux iris acérés. En une fraction de seconde, les squelettes l'encerclait, leurs lames prêtes à s'abattre sur lui. Parer. Riposter. Le combat faisait rage en une danse endiablée où le moindre faux pas ne lui était permis. Les lames s'entrechoquaient, les os craquaient. Dans l'espace restreint que lui offrait le passage rocailleux qu'il traversait non sans mal, Cor, confiant, mettait ses ennemis à mal. Il esquivait, contre-attaquait, ses coups toujours plus implacables, toujours plus mortels les uns que les autres. Il n'avait laissé aucune chance à ses adversaires. Ainsi, il sentit une certaine satisfaction quand, à ses pieds, les cadavres s'amoncelaient, abandonnés sur le sol froid. Bientôt, il ne restait plus que des squelettes démembrés.
-Pourquoi est-il venu ? questionnait alors cette même voix éthérée.
-Est-il venu passer l'épreuve ? demandait une autre.
-En a-t-il la force ? rétorquait une troisième.
-Je suis sa lame... Si je ne réussis pas cette épreuve, je ne suis pas digne de l'être. Je vais affronter Gilgamesh. Et j'en sortirais vainqueur...
Très tôt, Cor avait été dur avec lui-même, repoussant sans cesse ses limites, s'imposant toujours plus de rigueur sans se laisser de place à l'échec. Il croyait en ses capacités, ne doutait pas de lui. Fort de cette conviction, il s'enfonçait plus profondément dans la grotte. A mesure qu'il avançait, et alors que les lueurs des torches se faisaient moins lumineuses, emportant avec elles le peu de chaleur qu'elles dégageaient, il pouvait entendre le doux clapotis de l'eau. Celui-ci rendait le froid plus mordant, porté par une brise qui semblait remonter du contrebas de ces rochers escarpés qu'il gravissait avec l'espoir que la voie continuerait au-delà. Au sommet, il ne découvrit qu'un courant d'eau claire. Aucune autre voie ne semblait s'ouvrir à lui, pourtant Cor avait l'intime conviction que ce n'était pas la fin de son périple. Même si ce n'était que des légendes, il était certain que Gilgamesh se terrait, là, quelque part, dans cette grotte et il avait bien l'intention de le débusquer et de croiser le fer avec lui.
-Je n'ai pas tellement le choix... finit-il par se dire, fataliste.
Sans la moindre hésitation, Cor avait glissé dans un courant d'eau froide. Emporté par le flux de l'eau contre lequel il ne put lutter, qui le fit frissonner et tousser, qui l'envoyait s'écraser plusieurs mètres plus loin dans ce qui semblait être un lac, il fut accueillit par une nouvelle horde de squelettes qui se dressaient aussitôt contre lui, comme s'ils l'avaient attendu. Comme la fois précédente, ils l'avaient rapidement encerclés, lui coupant toute possibilité de fuite. Trempé jusqu'aux os, forcé au combat et sans prendre le temps de reprendre son souffle, il affrontait ces autres âmes guerrières avec hargne et un trop plein d'assurance. Malgré les obstacles qui cherchaient continuellement à lui barrer la route, il les surmontait tous sans jamais fléchir avec la seule idée d'être à la hauteur de son rôle auprès de son Roi.
-Orgueilleux et arrogant...
-Bien trop sûr de lui... Il périra de ses blessures...
-Le Maître le chassera...
Cor serrait les dents face à ces remarques. Il n'échouerait pas, il s'en était fait la promesse. En témoignait ces nouveaux cadavres flottant dans l'eau qu'il venait de terrasser. Rien ne semblait l'arrêter, que ce soient les gardiens qui tentaient vainement de le ralentir, succombant de ces combats où Cor n'en sortait qu'avec d'insignifiantes égratignures, certain que leurs morsures n'auraient pas raison de lui, ou ces murs qui se dressaient, hauts devant lui. Au contraire, sa détermination n'en était que plus grande quand il arrivait enfin au fond du ravin de Taelpar.
Là, un peu plus loin, au centre d'une arène composée de bois et cerclée d'innombrables lames, Gilgamesh l'attendait. Calmement, silencieusement, il l'observait, dressé de toute sa hauteur. Même si Cor n'était encore qu'à quelques mètres de lui, il pouvait ressentir toute l'incroyable puissance qui émanait de lui.
-Tu es venu en ne recourant qu'à la force... Pourtant, tu as une technique remarquable... Quel dommage de la gâcher...
-Je vais te montrer de quoi je suis capable... Je ne fléchirais pas... rétorquait Cor.
Il fit fi du froid qui s'insinuait en lui en resserrant ses mains sur la garde de son sabre. Déterminé, il scrutait son adversaire sans quitter des yeux le regard perçant qu'il sentait peser sur lui, le corps tendu, prêt à bondir au moindre mouvement. Sûr de lui, de ses capacités, il ne craignait pas l'affrontement. Il ferait ce qu'il savait faire de mieux, combattre avec toute l'énergie qu'il possédait encore.
Ouvrant les hostilités, Cor s'élançait, abattant sur son adversaire un puissant coup vertical. Gilgamesh l'esquivait avec une étonnante facilité qui le laissait stupéfait pendant un court instant. Celui-ci ne le fit pas attendre. Le Maître d'Armes ripostait. En une fraction de seconde, il était déjà sur lui, à asséner coups sur coups dans un parfait jeu de jambes. Cor n'eut le temps que de parer un premier coup, puis un deuxième. Et encore un autre. Les assauts l'assaillaient, sans lui laisser de répit, sans le laisser reprendre le dessus. Très vite, la lame effilée de Gilgamesh entaillait sa chair à chaque fois qu'elle le touchait. Sur sa joue, Cor sentait un sillon de sang chaud glisser sur sa peau. Déconcerté, il mit un certain temps à le réaliser. Rageusement, il l'essuyait du plat de la main, prêt à répliquer. Ce fut sans compter sur la rapidité du Maître d'Armes qui paraît aisément l'assaut irréfléchi qu'il lançait. Une erreur fatale. Cor avait baissé sa garde et amorçait déjà une nouvelle attaque. Une tentative qui lui coûtait. D'un pas de côté, Gilgamesh esquivait. Dissimulé dans son angle mort, la riposte fut violente. Un fulgurant coup s'abattit sur sa tête. Les effets s'en sentirent. Sa vue se troublait, un vertige l'assaillit. Déstabilisé, Cor ne put contrer le suivant qui s'écrasait sur sa poitrine. Soulevé de terre par le brusque impact du choc, son souffle en fut coupé. Sans ménagement, il était retombé sur le sol dur en toussant, ses bras enroulés autour de son torse. La douleur diffuse était si intense qu'il en restait là pendant un long moment, hagard, à réaliser combien il avait mal. Lorsque le coup s'était abattu, il avait senti un craquement sec qui lui avait endolori toute la poitrine, l'empêchant presque de respirer. A chaque inspiration qu'il prenait, il avait l'impression qu'un poids lourd l'écrasait. Peut-être s'était-il sur-estimé... Il avait été trop présomptueux, avait présumé de ses forces. Il s'était cru à la hauteur... Clarus l'avait pourtant prévenu...
-Ce ravin comptera bientôt un cadavre de plus...
-Pas question... d'abandonner...
Ses doigts se refermaient sur la garde de son sabre qu'il n'avait pas lâché. N'écoutant que son cœur fier qui l'enjoignait à ne pas abandonner, luttant contre sa raison qui lui hurlait de rendre les armes, Cor roulait sur le côté en grimaçant sous la douleur qui enserrait soudainement son flanc quand il se relevait péniblement, le souffle difficile, saccadé.
-Tu tiens donc vraiment à mourir ici ?
Dans un élan de désespoir, Cor ne répondait que par un assaut aussi inutile que vain. Encore une fois, Gilgamesh esquivait en un habile pas de côté qui valu à Cor un nouveau coup. L'air sifflait quand la lame du Maître d'Armes entaillait profondément sa cuisse, presque aussitôt suivie de son omoplate. La douleur des blessures lui arrachaient un cri quand il mit un genou à terre, affaibli et épuisé. Le corps meurtri, son sang coulait. Il le sentait glisser sur sa peau, le voyait goutter sur le sol. Alors, il allait vraiment mourir ici ? Seul ? Non, il ne le pouvait pas, il avait encore tant à faire, quelqu'un à protéger, il en avait fait le serment... Ce fut ses dernières pensées avant que tout ne s'assombrisse, que les sensations disparaissent progressivement pour ne laisser place qu'à un néant salvateur.
-Tu n'es pas de taille, assénait sèchement Gilgamesh. Pars avant d'y laisser inutilement ta vie...
Sur ces mots, il lui tournait le dos et l'abandonnait là, blessé, seul.
Vaincu...
