Disclaimer : MFB ne m'appartient pas.

En ce moment, je réécris et termine d'anciennes idées de fanfictions. C'est notamment le cas de celle-ci (qui se termine en trois chapitres), de Où que tu ailles et de Réécrire l'Ultime Bataille.


Chapitre 1 : Des ailes et des crocs


Ginga s'agita dans son lit, entre sommeil et réveil, sans parvenir à trouver une position confortable. Il serra les paupières et bougea une énième fois, incapable de se réveiller. Les draps serraient son corps et quelque chose dans son dos l'empêchait de replonger dans le monde des rêves. Il se sentait bizarre... Il lutta pour entrouvrir les yeux. Un monde flou lui apparut. Ses paupières retombèrent malgré lui. Il espérait qu'il n'était pas malade. Il détestait être malade. Il n'aurait rien le droit de faire et de manger – adieu Beyblade et hamburgers. Pire encore, il serait forcé de rencontrer des médecins et de prendre des médicaments.

Cette horrible perspective lui donna suffisamment de force pour qu'il essaie de se lever. Il se redressa péniblement et trébucha. Il tomba et rencontra le sol avec un bruit sourd... et un étrange claquement.

Il se força à ouvrir les yeux. Ce bruit n'était pas normal.

Ginga baissa la tête et vit, repliée contre lui, une patte blanche assez frêle. Il la dévisagea avec des yeux ronds. Son cerveau refusa tout d'abord d'assimiler l'information. Il avait... une... patte.

Il la déplia précautionneusement et l'étendit devant lui. Elle se terminait par un sabot. C'était une patte équine.

Ginga voulut se mettre debout mais il retomba. Il tourna la tête, agacé, et se retrouva face à une multitude de plumes blanches. Une aile...

Une part de lui commençait à comprendre ce qui se passait. Le reste refusait l'évidence et s'accrochait à l'idée qu'il faisait un rêve bizarre ou qu'il subissait des hallucinations.

Il jeta un regard par-dessus l'aile et aperçut un flanc à la robe blanche. L'incrédulité vola en éclats. Il devait se rendre à l'évidence.

Il s'était transformé en pégase.

Une vague d'euphorie le balaya. Il se mit debout, fermement campé sur ses quatre pattes, et observa son nouveau corps sous tous les angles possibles. Un long museau blanc s'étirait entre ses yeux. Chacune de ses longues pattes se terminait par un sabot. Une crinière ondulée retombait contre son cou. Et il avait des ailes ! Ça voulait dire qu'il pouvait voler. Il trépignait d'impatience à la perspective de s'élancer dans les airs, se laisser porter par les courants et s'élever au-delà des nuages.

Au bout de plusieurs tentatives, il parvint à faire fonctionner les muscles de ses ailes et à les déployer. Enfin, autant que l'exiguïté de la pièce le permettait. Bien qu'elles soient à demi-repliées, ses ailes effleuraient les deux murs. Ce qui posait un problème.

Ginga tourna la tête vers la porte. Est-ce qu'il pourrait sortir ? Cette question ne se posait pas avant mais, maintenant, la porte lui semblait bien étroite...

Des coups contre le battant le firent sursauter. Ses ailes renversèrent un cadre photo et des objets alignés sur une étagère. Bon. On ne pouvait pas lui en vouloir de ma contrôler des muscles qu'il ne possédait pas la veille, si ?

Les coups se répétèrent. Ginga s'immobilisa. Il n'avait pas, mais alors pas du tout, pensé à la suite.

- Gingy ? Madoka te demande.

Ginga hésita. Est-ce qu'il pouvait aller la voir ainsi ?

- Gingy ? répéta Yuu avec une pointe d'impatience. T'es réveillé ? J'en ai assez d'attendre...

La porte s'ouvrit. Ginga se crispa. Il n'avait aucune autre option que rester debout au milieu de la chambre, sous sa forme de pégase.

- Madoka a dit que j'ai le droit de...

L'enfant se tut. Ses yeux émeraude s'arrondirent. Les deux mains appuyées sur la porte, il le dévisageait. Les plumes de Ginga se hérissèrent. Que devait-il faire ?

Yuu fit un pas vers lui. Ses lèvres s'étirèrent en un immense sourire. Ses yeux étincelèrent. Avec un cri de joie, il se précipita vers lui. Il passa sa main sur son cou puis son épaule. Il mesurait à peine la taille de ses pattes.

- Tu es un pégase ? C'est trop cool ! Gingy t'a trouvé où ?

"C'est moi," voulut répondre Ginga.

Au lieu de quoi, un hennissement sortit de sa gorge. Oh. Voilà qui compliquait les choses.

Yuu ne s'en préoccupa pas. Il s'approcha de son aile et effleura les plumes avec fascination. Il recula pour le dévisager, brillant d'enthousiasme. Il le pointa du doigt.

- Tu dois être Pegasus. C'est tout simplement génial ! Tu crois que Libra pourra venir aussi ?

Yuu sortit sa toupie et la lui montra. Ginga secoua la tête. L'expression de Yuu s'attrista.

- Libra ne pourra pas venir ?

Ginga secoua de nouveau la tête. L'expression de Yuu s'empreignit de confusion. Son front se plissa.

- Libra pourra venir ou pas ?

- Qu'est-ce que vous... Ah !

Ginga leva la tête. Madoka se tenait dans l'encadrement de la porte, bouche bée, les yeux tellement écarquillés qu'ils semblaient sur le point de sortir de leurs orbites. Yuu se tourna vers elle, tout sourire.

- T'as vu ça, chef ? Gingy a trouvé un pégase.

Ginga secoua la tête avec ferveur. Yuu le regarda avec étonnement.

- Gingy ne t'as pas trouvé ? T'es venu tout seul ?

Ginga secoua de nouveau la tête. Cette histoire commençait à lui faire mal au cou...

- Je comprends pas. Qu'est-ce que tu essaies de dire ?

Ginga frappa le sol du sabot. Comment pouvait-il lui faire comprendre qu'il était lui ? Son cerveau tournait à vive allure. Il passait en revue différentes solutions, sans en trouver une seule réalisable. Il ne pouvait pas parler. Il était presque certain que les pégases ne pouvaient pas mimer. Peut-être qu'il devrait faire un essai...

Alors qu'il allait se lancer, il vit Madoka glisser jusqu'au sol, une main appuyée sur la porte.

- C'est un pégase...

- Bah oui.

Pour la défense de Madoka, Yuu devait être l'une des seules personnes dans l'univers à accueillir aussi bien ce genre de nouvelle.

D'ailleurs, l'enfant pencha la tête sur le côté, sans cesser de dévisager Ginga, les sourcils froncés.

- Nous devons trouver comment ce pégase est arrivé ici...

- C'est un pégase ! Il n'est pas censé exister !

Ginga frappa le sol et hennit d'indignation. Évidemment que les pégases existaient. Et il en apportait la preuve.

- Il a pas l'air d'accord avec toi, commenta Yuu avec un grand sourire.

Ginga trépignait. Il devait trouver un moyen de communiquer avec eux – ou, au moins, de leur faire comprendre sa situation.

- Il a l'air en colère. Tu l'as peut-être vexé...

- Moi ?! s'étrangla Madoka.

- Oui, toi. T'arrêtes pas de dire qu'il n'existe pas. C'est vexant !

Yuu s'approcha de lui en sautillant et le serra dans ses bras. Enfin, essaya. Bien qu'il se tenait sur la pointe des pieds, ses mains ne se rejoignaient pas.

- T'en fais pas. Moi, je suis content de te voir.

Les ailes de Ginga s'affaissèrent. Comment pouvait-il réagir à ça ?

Yuu s'écarta avec un grand sourire.

- Je suis sûr que Gingy aussi sera super content de te rencontrer.

- D'ailleurs, il est où Ginga ?

- Je sais pas. Il était pas là quand je suis venu le réveiller.

C'était l'occasion qu'il attendait. Ginga hocha énergiquement la tête et agita les ailes. Après quelques manœuvres compliquées, il parvint à les utiliser pour indiquer son museau. C'était sûrement assez clair, non ?

Devant leurs expressions confuses, il replia une patte avant et tenta de se montrer avec. Sans succès. Elle était bien moins flexible que ses bras humains. Tout ce qu'il parvenait à faire, c'était la replier sous lui et se donner de légers coups de sabot contre le ventre.

- Oh... le pauvre... commença Yuu, attristé.

Une flamme d'espoir s'alluma en Ginga...

- Il a mal à la patte.

...et s'étouffa immédiatement. Ginga baissa la tête et les ailes, découragé. Il soupira intérieurement. Il ne savait pas à quoi il s'attendait au juste. Yuu était sans aucun doute un génie, mais il ne parlait pas le pégase.

Il reposa sa patte sur le parquet. Il devait bien exister un moyen de leur faire comprendre...

Il eut une soudaine illumination. Il se tourna vers le lit, à la recherche de Pegasus. Son flanc percuta un meuble. Cette pièce était décidément petite... Sans se préoccuper des cris de surprise, il approcha son museau des draps, regardant le lit de tout près. Il ne devait pas être loin... Là. Enfin. Pegasus. Ginga se sentit apaisé en voyant sa toupie.

Très délicatement, il appuya son museau contre la toupie et la repoussa jusqu'au bord du lit. Il se redressa en prenant garde à ne pas la faire tomber. Il reporta son attention sur ses amis qui l'avaient dévisagé tout du long, plein d'espoir. Qu'est-ce qui pouvait mieux le représenter que sa toupie ?

- C'est Pegasus, murmura Yuu.

- Comment c'est possible ? s'inquiéta Madoka. Ginga ne partirait jamais sans lui.

Les yeux de Yuu s'illuminèrent.

- Tu as raison ! Et ça veut dire... !

L'enfant se tourna vers le pégase et le pointa du doigt.

-...que tu es Gingy !

Enfin ! Ginga opina de toutes ses forces, craignant qu'ils trouvent une nouvelle théorie.

- Voyons, Yuu, ce n'est pas possible.

- Mais si ! Et tu vois : il dit que j'ai raison.

Ginga continua de hocher la tête, ignorant les douleurs qui se faisaient sentir dans son cou. Il ne laisserait pas passer cette chance de leur faire comprendre qui il était.

- Il doit y avoir une autre explication.

Madoka se mit debout. Elle épousseta sa jupe et marcha d'un pas décidé vers le lit. Elle tendit le bras. Ginga la regarda faire jusqu'à comprendre ce qu'elle comptait faire. Il se jeta sur sa trajectoire pour l'empêcher d'atteindre Pegasus.

Madoka s'immobilisa et le dévisagea.

- Tu as peut-être raison. Je ne connais personne d'autre qui réagirait comme ça.

Les plumes de Ginga se hérissèrent. Il frappa le sol de son sabot. N'importe quoi ! Aucun blader digne de ce nom ne se séparait de sa toupie de gaieté de cœur.

- Comment c'est arrivé ? Est-ce que je pourrais me transformer aussi ? En chauve-souris géante !

- Pourquoi en chauve-souris ? grimaça Madoka.

- Comme le boulon de Libra ! Gingy s'est bien transformé en pégase, lui.

Ginga regarda Pegasus. Il n'avait pas pensé que sa transformation pourrait avoir un lien avec l'esprit de sa toupie.

- Pourquoi on se retrouve toujours entraînés dans des histoires comme ça ?

- C'est la première fois que l'un de nous se transforme, fit remarquer Yuu.

- Je me comprends, soupira Madoka. Bon, allons chercher des réponses.

Elle leur tourna le dos et passa par la porte. Yuu lui emboîta le pas en sautillant.

Ginga reporta son attention sur sa toupie. Comment pouvait-il la transporter ? Il était hors de question qu'il l'abandonne là.

- Ginga, tu viens ?

L'interpellé releva la tête. Revenus sur leurs pas, Madoka et Yuu se tenaient dans l'encadrement de la porte. Il leur indiqua Pegasus du museau.

- Il veut emmener Pegasus.

- J'avais compris...

Madoka s'avança dans la pièce. Elle se posta à côté de Ginga.

- Tu te rends compte que je vais devoir le porter ?

Ginga baissa la tête, penaud. Madoka attrapa sa toupie et repartit. Ginga la suivit en traînant des sabots. Il s'arrêta devant la porte. Il replia tant bien que mal ses ailes contre ses flancs. Le résultat n'était pas fameux mais ce serait suffisant.

Il suivit ses amis hors de la chambre. Ses ailes frôlaient les murs. Il descendit précautionneusement les escaliers. Étonnamment, cette manœuvre s'avérait plus difficile à réaliser avec quatre pattes. Ils avancèrent jusque dans la partie boutique. Ginga s'arrêta dans l'encadrement de la porte, hésitant à s'avancer davantage. Il se sentait particulièrement maladroit dans son nouveau corps et il se voyait mal se faufiler entre les meubles sans rien renverser. Il ne tenait pas à énerver Madoka davantage.

Il regarda Madoka et Yuu descendre dans le sous-sol du B-Pit, où ils avaient l'habitude de se réunir. Ses ailes s'affaissèrent légèrement. Il ne pouvait plus les suivre. Le pégase qu'il était ne parviendrait jamais à se faufiler dans ces escaliers en colimaçon. Il s'était senti à l'étroit dans la chambre et avait à peine réussi à traverser le couloir. Tenter cette traversée serait le meilleur moyen de se retrouver coincé.

Ginga replia ses ailes contre ses flancs et se décida à patienter. Une seconde passa. Deux. Cinq.

Il en avait déjà marre.

Rester planté au beau milieu d'un couloir, sans rien faire, ce n'était pas son truc. Il n'avait rien contre l'inactivité, surtout lorsque ça impliquait du repos sous les étoiles, mais là c'était trop. Il n'avait rien pour apaiser ou stimuler son esprit. C'était un calme de mort.

Comment s'occuper en étant un pégase ?

La première réponse qui lui venait était voler, évidemment. Il sentit ses ailes frémir. C'était tentant. Les cieux libres et infinis l'avaient toujours attiré. Il les avait aperçus en esprit aux côtés de Pegasus, mais ce n'était pas pareil que de voler avec ses ailes.

Sauf que c'était une mauvaise idée. Il ne pouvait pas sortir dans Bey-City sous forme de pégase et s'envoler. C'était le meilleur moyen d'attirer les problèmes... enfin, d'empirer ceux qu'ils avaient déjà.

Mais voler...

Ginga soupira pour exprimer sa résignation – ce qui résulta en un hennissement bas, particulièrement morose. Peu importait à quel point ses ailes le démangeaient, ou la puissance de son désir de voler, ça ne valait pas tous les ennuis qu'il s'attirerait – et ceux qu'il causerait à ses amis.

Des pas légers et enthousiastes provinrent des escaliers. Les oreilles de Ginga pivotèrent – il pouvait faire ça ? – tandis que les cheveux de Yuu apparaissaient dans les escaliers. L'enfant continuer de monter et finit par apparaître en entier. Il vint se poster en face de Ginga, sa bouille toute intriguée.

- Pourquoi t'es pas venu avec nous Gingy ?

L'interpellé commença à déployer ses ailes. Elles n'étaient pas dépliées au quart que le mur les empêcha de s'étendre davantage.

- Oh... Il n'y a pas assez de place, c'est ça ?

Ginga opina tristement. Pour l'instant, il n'expérimentait que les désavantages de la vie de pégase : incapacité à parler avec ses amis, à se mouvoir librement, à transporter Pegasus...

À jouer au Beyblade ! se rendit-il compte avec horreur.

Ça, c'était pire que tout. Le reste, il serait capable de le supporter, même à long terme, mais ne pas jouer au Beyblade ? C'était trop. Il ne pourrait pas le supporter.

- Ça va Gingy ? T'as l'air d'avoir peur.

Ginga s'efforça de se concentrer sur le présent et d'étouffer son affolement. Il ne pouvait rien y faire. S'affoler ne risquait pas d'améliorer la situation. Au contraire. Il devait garder son calme et trouver le moyen de se retransformer.

Peut-être qu'il devrait commencer par trouver comment il s'était retrouvé dans cette situation.

- Qu'est-ce que vous faites les garçons ? s'agaça Madoka en les rejoignant.

Yuu se retourna.

- Gingy peut pas venir.

- Comment ça ?

Madoka le regarda et son visage se décomposa.

- Oh, fut tout ce qu'elle trouva à dire.

Elle laissa le silence planer tandis qu'elle observait le nouveau Ginga, les sourcils froncés, se demandant quoi faire de lui. Si Ginga en avait une petite idée !

- Ça complique tout.

Non, sans blague.

Les clochettes de l'entrée sonnèrent avec fracas. La même inquiétude passa dans les yeux de Ginga et Madoka.

Ils tournèrent la tête vers l'entrée. Benkei courait vers eux, l'air complètement affolé. Il s'arrêta auprès de Yuu et de Madoka, à bout de souffle. Il était dans une telle agitation qu'il ne remarqua pas Ginga. Le pégase resta immobile et silencieux, tout en se demandant si c'était utile. Benkei était son ami. Il serait mis au courant tôt ou tard. En plus, il ne passait pas inaperçu : il occupait presque toute la largeur du couloir et sa robe, d'un blanc éclatant, ressortait avec vivacité dans la semi-pénombre.

- Un-un-un-un... bégaya Benkei.

Yuu croisa les bras derrière la tête, perplexe.

- Qu'est-ce qui t'arrive Benben ?

- Un lion !

- Un lion ?

- Il me poursuit ! Vite ! Cachez-moi !

- Tu es poursuivi par un lion ? récapitula Madoka, incrédule.

Des étincelles se mirent à danser autour de Yuu. Il afficha un immense sourire.

- Tu as vu un lion en vrai ? La chance ! Ce sont des animaux trop cool ! C'est Yoyo qui va être jaloux. Il adore les lions.

- Y'a pas de quoi ! Il va sûrement me dévorer !

Une idée avait flirté avec les pensées de Ginga mais elle fut balayée par la dernière phrase de Benkei.

Dévorer... ?

Il se tendit. Ça lui rappelait un peu trop vivement un certain cauchemar... Il pouvait presque entendre les pas claquant de son rival, ressentir l'espoir timide à la perspective de pouvoir le convaincre de revenir sur sa décision et de faire équipe avec lui... explosé par sa terreur quand il avait vu un lion immense, griffes et crocs dehors, se jeter sur lui, prêt à le dévorer.

Ginga fit un pas en arrière. Son sabot percuta le sol. Benkei se tourna vers lui. Ses yeux faillirent sortir de leurs orbites. Il eut un mouvement de recul et pointa Ginga de son doigt tremblant.

- C'est quoi ça ?!

- Gingy. On l'a trouvé comme ça ce matin.

Benkei tourna brusquement la tête vers Yuu.

- Tu veux me faire croire que c'est Ginga ce truc ?

Ginga protesta en frappant violemment le sol de son sabot avant. Il n'était pas un truc. Il était un pégase majestueux, capable de traverser librement l'espace.

Enfin... il le serait quand il apprendrait à voler.

Un mouvement attira son attention. Il releva la tête. Le lion dont Benkei avait parlé longeait la vitrine du B-Pit. Il était immense. Rien d'étonnant à ce que Benkei ait pris peur et se soit enfui. Pourtant, Ginga ne ressentit pas d'inquiétude. Il lui semblait familier... Il avait une attitude qui incitait à la confiance, même.

Aussi, il ne s'affola pas quand il vit le lion faire face à la porte. Il se sentait tout au plus intrigué. Le lion avait un pelage propre et lisse qui semblait capturer la lumière. Sa crinière, quelques teintes plus sombres que son pelage, rebondissait à chacun de ses mouvements. Il portait un morceau de tissu entre les crocs.

Madoka, Kenta et Benkei suivirent son regard. Les deux adolescents s'étranglèrent tandis que Yuu poussait une exclamation admirative.

Le lion souleva sa patte avant et l'utilisa pour actionner la poignée. La gardant appuyée contre la porte, dévoilant un immense coussinet, il poussa le battant et ne le lâcha qu'une fois qu'il fut à moitié à l'intérieur. La porte se referma, effleurant son flanc, tandis qu'il la contournait pour entrer dans le magasin. Il avança entre les étals. Benkei et Madoka se rapprochèrent l'un de l'autre, les traits décomposés.

N'y tenant plus, Yuu se précipita vers le lion, les bras levés, en poussant une exclamation joyeuse.

- Yuu ! crièrent Madoka et Benkei.

Le lion s'arrêta, l'œil méfiant. Il toisa l'enfant qui se tenait à quelques pas de lui, vibrant d'enthousiasme. Il l'observait plus à la manière d'un insecte enquiquinant que d'un en-cas potentiel.

Il ne lui fera pas de mal.

Cette pensée était si pleine de certitude que Ginga ne la remit pas en question.

- Tu es trop cool !

Yuu tendit les bras devant lui, comme pour le caresser ou le prendre dans ses bras. Le lion s'esquiva en faisant un pas en arrière. Il émit un grognement bref et sa queue s'agita une fois. Yuu laissa ses bras retomber contre lui, déçu.

- Tu veux pas que je te touche ?

Cette interaction, si familière, permit à Ginga de comprendre pourquoi il avait l'impression de connaître le lion. Il le connaissait et, effectivement, jamais il ne ferait de mal à Yuu.

Ginga sortit du passage. Il contourna le comptoir – avec beaucoup de difficultés – et rejoignit le duo dans l'espace boutique. Il regarda le lion.

Kyouya ?

Le lion le regarda en retour et Ginga n'eut plus le moindre doute : il s'agissait bel et bien de son rival. Il était le seul à posséder un regard si vif et si intense.

Kyouya s'assit et l'observa avec surprise. Ginga put alors détailler ce qu'il tenait dans la gueule : ses ceintures, auxquelles étaient accrochés ses rangements pour lanceur et toupie. Ginga tendit le cou et l'effleura du bout du museau. Il se redressa et posa un regard insistant sur Yuu.

- Quoi ? Je dois regarder ces trucs ?

Ginga opina. L'enfant se pencha et observa les ceintures. Ses yeux s'arrondirent. Il se redressa avec choc.

- Yoyo ?!

Une étincelle de colère s'alluma dans les yeux du lion. Il posa sa ceinture sur le sol et se redressa pour pousser un rugissement. Yuu ne cilla même pas.

- Bah oui. Tu es bien Yoyo. Il n'y a que lui pour être aussi ronchon.

Yuu se tourna vers Madoka et Benkei en souriant, tandis que Kyouya grondait, le fusillant du regard.

- Ça risque rien. C'est juste Yoyo. Il va pas nous manger.

Comme pour lui donner tort, le lion fit claquer ses mâchoires à une dizaine de centimètres de son épaule. Yuu n'eut pas la plus petite réaction.

- Kyouya-san ? s'étonna Benkei.

- Pitié, dites-moi que c'est une blague, geignit Madoka.

Kyouya, malgré son apparence féline, parvint à lui adresser un regard hautain, digne de ceux qu'il lançait habituellement. Il ferma les yeux et tourna la tête, levant légèrement le museau, leur montrant qu'ils ne méritaient pas son attention.

Est-ce que je suis aussi expressif, moi aussi ?

Difficile de savoir. En tout cas, malgré sa forme de lion, Kyouya adoptait des attitudes typiques de lui.

Benkei se précipita vers eux. Ginga tenta de bondir hors du passage et se cogna contre un étal. Il le renversa et tomba dessus. Le fracas recouvrit à peine les cris outragés de Madoka.

Désolé.

Benkei se jeta au sol aux pieds – aux pattes – de Kyouya. Il joignit les mains.

- Je suis tellement désolé de ne pas t'avoir reconnu Kyouya-san ! Je ne mérite plus de te suivre dans tes aventures ni d'assister à tes exploits !

Le blader de Bull se mit à pleurer. Kyouya le dévisagea, clairement perplexe, les pattes sagement repliées contre lui.

Yuu croisa les bras derrière la tête.

- Relax Benben. C'est pas si grave. Même si Yoyo arrête pas de dire qu'il est un lion solitaire, tu pouvais pas t'attendre à ce qu'il soit un vrai lion un jour.

Kyouya tourna vivement la tête vers Yuu, ses babines dévoilant des crocs aiguisés. Sa queue fouetta l'air. Il semblait dire : "Comment ça un vrai lion ?"

Le connaissant, il se considérait sans doute comme un vrai lion le reste du temps.

Ginga se redressa tant bien que mal. Ses sabots écrasèrent des morceaux de verre. Il jeta un coup d'œil à son flanc. Impeccable. Il ne portait même pas la plus petite égratignure.

Est-ce que ça voulait dire qu'il était un pégase indestructible ?

Du calme. Je te signale que tu ne peux pas jouer au Beyblade dans ton état.

Ces pensées eurent l'effet escompté : elles douchèrent net son enthousiasme.

Alors qu'il se retournait, il vit que Madoka le fixait avec colère. Il replia ses ailes contre ses flancs. Elle ne pouvait quand même pas lui reprocher ça. Ce n'était pas de sa faute si le B-Pit était aussi exigu.

- Vous allez arrêter ça TOUT DE SUITE et vous retransformer, C'EST COMPRIS ?!

Les oreilles de Ginga, et celles de Kyouya, se plaquèrent en arrière. Comme si c'était de leur faute. Madoka ne voyait-elle donc pas qu'ils étaient aussi perdus qu'elle ? Ginga s'était réveillé ainsi, et il était prêt à parier que la même chose était arrivée à Kyouya. Ils n'avaient aucun contrôle sur la situation.

- S'ils pouvaient, Gingy l'aurait fait pour nous dire qu'il était lui, pas vrai ?

Ginga hocha la tête.

- Et il aurait porté Pegasus lui-même !

- Hm... Tu n'as pas tort. Je n'y avais pas pensé.

Ginga se détourna fièrement, faisant mine de ne pas comprendre ce que son amie sous-entendait, même si c'était vexant. Il remarqua que Benkei s'était redressé et qu'il se tenait agenouillé maintenant. L'adolescent se grattait la joue, confus.

- On fait quoi du coup ?

- J'allais faire des recherches mais ce n'est pas comme si je pouvais trouver une solution, même sur Internet, soupira Madoka.

- Peut-être que ça va nous arriver aussi ! s'exclama Yuu en levant les bras avec entrain. Je vais devenir une chauve-souris géante, et Benben un taureau, et...

- Ah non. Je vous l'interdis.

Yuu laissa ses bras retomber contre lui.

- Quoi ? Mais c'est trop injuste.

- Tu ne trouves pas que c'est assez compliqué comme ça ?

Yuu réussit à tous leur tourner le dos et croisa les bras.

- Ce sont toujours les mêmes qui s'amusent. C'est trop nul.

- Bon, les garçons, vous n'avez vraiment aucune idée pour redevenir comme avant ?

Ginga secoua la tête avant de regarder son rival. Ce dernier avait les oreilles plaquées en arrière et la queue enroulée contre son flanc, dans une attitude de parfait agacement, comme si la réponse était évidente.

Elle l'est.

Après tout, est-ce que son rival serait là, avec eux, s'il avait sa propre solution ?

Madoka sa massa les tempes.

- Pourquoi il faut toujours qu'il nous arrive ce genre de trucs ?

Ginga frappa le sol de son sabot. Il ne lui était rien arrivé à elle. De quoi elle se plaignait ?

À part quelques dégâts dans le B-Pit... qui ne sont pas ma faute !

La boutique n'était pas faite pour accueillir un pégase. Encore moins un pégase, un lion et trois humains.

Il faudrait qu'on puisse aller ailleurs, en attendant de trouver une solution.

Kyouya et lui ne pouvaient pas errer dans les rues de Bey-City, bien sûr, mais il devait y avoir un endroit qui serait plus adapté...

Et je vais devoir leur en "parler".

Déjà que ça avait été galère de leur faire comprendre qui il était, il n'osait même pas imaginer à quel point ce serait compliqué de leur expliquer qu'il valait mieux réfléchir à leur problème ailleurs.

Ginga en était presque découragé d'avance.

Allez ! tenta-t-il de s'encourager. C'est comme au Beyblade : on n'abandonne pas !

Sauf que c'était plus facile au Beyblade : plus un combat était difficile, plus il était excité. Ça le motivait à fond pour gagner – surtout qu'il détestait perdre.

Ginga franchit d'un pas la distance qui le séparait de Yuu. Il lui donna un léger coup de museau.

- Un problème Gingy ?

Il lui indiqua la porte du museau, avant de le pousser – très délicatement : il s'agissait de Yuu, après tout – vers elle. L'enfant se laissa faire sur quelques pas avant de marcher de lui-même vers la porte. Il posa sa main sur la poignée et se tourna vers lui.

- Tu veux sortir ?

- Alors ça, c'est NON ! cria Madoka. On ne peut pas se permettre de laisser un pégase errer dans les rues ! Déjà que Kyouya a sûrement causé un mouvement de panique générale.

Le lion grogna. Il détestait les reproches.

Ginga se retourna, prenant garde à ne bousculer ni Kyouya ni Benkei. Il étendit ses ailes autant que possible. Ses plumes se recourbèrent contre les vitrines. Il se mit à charger. Les trois amis crièrent. Ginga s'arrêta juste devant le comptoir. Il replia ses ailes, se retourna et partit à un trot rapide. Il se retourna avant de percuter Benkei, qui tomba assis, et lui adressa des excuses mentales. Ginga atteignit le comptoir, se retourna...

- Arrête ! lui ordonna Madoka. Tu ne vois pas qu'il n'y a pas assez de place ?

Ginga s'immobilisa. Il hocha la tête. Les yeux de Madoka s'écarquillèrent.

- Hein ?

- On dirait qu'il est d'accord avec toi, commenta Yuu.

- J'espère bien !

Ginga frappa violemment le carrelage, les faisant sursauter. Il étendit les ailes et fit mine de les battre.

- Ginga !

- Tu veux voler ? tenta de deviner Yuu.

Kyouya se redressa. Il ramassa sa ceinture et rejoignit Ginga. Il la posa près de ses sabots et s'assit en face de lui. Ginga replia ses ailes contre ses flancs. Il sentait que son rival avait compris. Ça ne l'avançait pas beaucoup, vu que son rival ne pouvait pas plus parler que lui, mais c'était encourageant.

Kyouya ramassa ses ceintures, lui tourna le dos et traversa le B-Pit d'un pas léger. Il s'arrêta devant la vitrine, le regard tourné vers l'extérieur.

- Kyouya, on va te voir !

Parce qu'il était plus discret au milieu de la pièce ?

Ginga était certain qu'il était visible depuis l'extérieur, où qu'il se tienne.

Il rejoignit son rival.

- Qu'est-ce que vous faites ?

- On dirait qu'ils veulent partir du B-Pit, fit remarquer Yuu.

- Ce n'est pas possible !

Les yeux verts s'illuminèrent. Yuu se tourna vers Madoka, un immense sourire sur le visage.

- J'ai compris ! Gingy et Yoyo veulent sortir parce qu'il n'y a pas assez de place ici.

- Oui, c'est vrai. Mais pour aller où ? On ne peut pas vraiment prendre le risque de les emmener au parc, ni où que ce soit.

Kyouya se retourna et Ginga se retrouva face à un lion immense. Il ne ressentait aucune appréhension – c'était Kyouya, son rival – mais il se demanda si un lion était censé faire la même taille qu'un cheval. Ses yeux arrivaient à un niveau plus bas que les siens, mais uniquement parce que son cou était plus court que le sien. Leurs épaules atteignaient la même hauteur.

Kyouya leva sa patte avant et l'indiqua.

Moi ?

Il tourna la tête vers l'extérieur puis vers lui.

Koma !

Quelle excellente idée ! Ginga fit un bond sur place, peinant à contenir son enthousiasme. Il se tourna vers ses amis, réfléchissant à la manière de leur faire deviner son village natal.

Yuu se faufila entre Kyouya et Ginga pour se poster en face d'eux. Le blader de Pegasus replia sa patte contre lui et s'indiqua. Il avait une impression de déjà-vu...

- Toi ? Gingy ? Ginga Hagane ?

Kyouya grogna, sans doute parce que Yuu avait utilisé son nom complet. Ginga étendit les ailes.

- Voler ? Pégase ?

Il opina et replia ses ailes autant que possible.

- Un pégase sans ailes ? Un cheval ?

Ginga opina encore. Il replia sa patte et suspendit son sabot à une cinquantaine de centimètres du sol.

- J'adore ce jeu. Petit ? Un petit cheval ? Un poney ? Un poulain... Oh, tu veux aller à Koma. (1) Quelle bonne idée Gingy.

Ginga déplia son aile pour indiquer Kyouya.

- C'est l'idée de Yoyo ? Bravo ! Tu vois quand tu veux.

Le lion grogna.

- C'est bien beau tout ça mais vous voulez qu'on fasse comment ? soupira Madoka.

La clochette du B-Pit teinta. Ils s'immobilisèrent et leurs yeux s'arrondirent. Oh-oh...

- Les amis ! J'ai besoin d'aide !

Reconnaissant la voix amie de Kenta, Ginga tourna la tête. Quelle ne fut pas sa surprise quand il s'aperçut que ses jambes avaient été remplacées par un corps équin doré.

Les yeux de Kenta s'arrondirent et sa mâchoire se décrocha tandis qu'il regardait alternativement Ginga et Kyouya.

Madoka poussa un profond soupir.

- Bon, j'imagine que nous allons à Koma.


Fin du chapitre 1


1. Koma peut signifier poulain en japonais.