Disclaimer : MFB ne m'appartient pas.


Chapitre 2 : Passe-temps de blader


Ils allaient à Koma, finalement.

Le voyage ne s'était pas fait sans mal. Dès qu'ils avaient accepté l'idée de Kyouya – il n'en avait pas d'autres, de toute façon – Madoka avait couru hors du B-Pit avant de revenir sur ses pas pour leur faire promettre de se tenir sagement. Ils ne pouvaient rien dire – à part Kenta qui, sous forme de centaure, avait toujours la capacité de parler – mais Madoka les avait toisés jusqu'à ce que Ginga hoche la tête et que Kyouya ne bâille longuement, dévoilant des crocs aiguisés – ce que Ginga interprétait pas un "je fais ce que je veux, personne n'a à me donner d'ordre à moi, le roi des animaux" mais Madoka avait semblé satisfaite. Elle était repartie pour informer le père de Ginga de ce qu'il se passait et lui demander son aide pour les emmener à Koma. Ryuusei ne l'avait sans doute pas crue, parce qu'il était venu au B-Pit en compagnie de Hikaru. Les deux avaient affiché une même expression catastrophée et avaient eu besoin de longues minutes pour se remettre du choc et se rendre compte qu'ils ne rêvaient ni n'hallucinaient. S'en étaient suivi des discussions infertiles sur la manière de les exfiltrer du B-Pit sans qu'ils ne soient aperçus. Ils avaient finalement fait venir un camion de livraison et avaient ouvert son coffre juste devant la porte. Kenta s'y était installé sans se faire prier. Ginga l'avait suivi avec moins d'enthousiasme. Quant à Kyouya, il était resté assis au milieu du B-Pit, ses griffes sorties appuyées contre le sol, sa queue s'agitant lentement. Il avait fallu déployer de grands efforts d'excuses et d'explications pour le convaincre de les rejoindre dans le camion. Ça avait pris près d'une heure. Si Ginga avait pu parler, il aurait convaincu son rival bien plus vite. Il aurait trouvé les mots justes en moins de cinq minutes. Mais, dans son état actuel, il n'avait eu d'autre choix que d'assister, impuissant, à leurs efforts infructueux de cajoler et supplier Kyouya pour le convaincre de monter dans le camion. Et, pour tout dire, Ginga avait l'impression que son rival avait uniquement accepté par pitié.

Bref. Un pégase, un lion et un centaure s'étaient retrouvés enfermés dans la remorque d'un camion, qui n'était absolument pas fait pour ça. Ils avaient été ballottés pendant des heures et des heures, jusqu'à la route la plus proche de Koma. Seulement là, ils avaient été autorisés à quitter leur prison roulante.

Ginga déploya ses ailes et les étira jusqu'à sentir ses muscles se détendre. Il passa ensuite à ses pattes. Il plia et déplia chacune de ses articulations. Patte avant droite, gauche, patte arrière gauche puis droite. Ça lui faisait du bien. Il avait à peine appris à maîtriser son nouveau corps qu'il avait eu l'interdiction de le faire fonctionner. Il devait chasser les nœuds causés par l'immobilité avant de pouvoir faire quoi que ce soit.

Il ramena ses ailes contre ses flancs et profita du soleil qui réchauffait son pelage et du vent frais qui lui permettait de respirer agréablement. Il n'y avait rien de tel qu'être libre de ses mouvements.

Ginga jeta un coup d'œil par-dessus son épaule et vit que son rival savourait la brise, les yeux fermés, le museau légèrement relevé. Ginga ne savait pas qu'un lion pouvait avoir l'air aussi paisible.

De l'autre côté, Madoka parlait avec Ryuusei et Hikaru. Benkei, Kenta et Yuu se tenaient près d'eux. Les deux premiers écoutaient attentivement la conversation. Le blader de Libra semblait s'ennuyer. Les bras croisés derrière la tête, il sifflotait doucement. Son regard se posa sur Ginga et s'illumina. Il déplia les bras et lui adressa un petit salut de la main. Ginga hennit doucement pour lui répondre. Il se voyait mal faire de même.

Madoka soupira.

- Il ne nous reste plus qu'à aller à Koma.

Elle ne montrait pas la plus petite étincelle d'enthousiasme. En même temps, les trois fois où elle s'y était rendu, elle avait failli mourir d'épuisement – sa condition physique n'était pas très bonne. (1)

Ginga hennit pour attirer l'attention et secoua la tête. Ils eurent tous un air perplexe. Il soupira intérieurement. Être un pégase ne facilitait vraiment pas la communication.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? s'agaça Madoka, comme s'il faisait exprès de ne pas parler.

- Il n'a plus l'air de vouloir aller à Koma, traduisit Yuu – béni soit-il.

- Et il le dit maintenant ? Après qu'on a traversé tout ça ?

Les oreilles de Ginga se rabattirent sur son crâne. Ce n'était pas Madoka qui avait voyagé inconfortablement, parquée comme une bête, pendant des heures. Elle, elle avait été tranquillement installée sur un siège, à l'avant, avec la lumière à travers le pare-brise et la possibilité d'ouvrir la vitre pour avoir le visage fouetté par le vent. Ce n'était pas elle, non plus, qui s'était réveillée métamorphosée sans en connaître la raison.

- En même temps, je peux comprendre, murmura Kenta. Le voyage n'a pas été des plus agréables. J'aimerais bien pouvoir me reposer.

Les ailes de Ginga s'affaissèrent. Il n'avait pas besoin de se reposer. Il pourrait galoper jusqu'à Koma sans problème.

Son regard fut attiré par la masse plumeuse de ses ailes.

...ou voler !

Mais en était-il seulement capable ?

Son cœur accéléra. Voler, c'était ce que les pégases faisaient de mieux. Pourquoi en serait-il incapable ?

Il avait hâte de s'élancer dans le ciel, de se laisser porter au milieu des étoiles. Ce serait un excellent passe-temps jusqu'à ce qu'ils trouvent une solution aux métamorphoses et qu'ils puissent de nouveau jouer au Beyblade.

- Et on est déjà assez loin de tout pour que Gingy, Kéké et Yoyo passent inaperçus.

Le lion rugit de colère. Nul besoin d'être un génie pour comprendre la raison de sa protestation.

- Tu as raison, Yuu ! s'exclama Madoka, ravie. Nous n'avons pas besoin d'aller jusqu'à Koma. Nous sommes suffisamment éloignés des villes pour que personne ne tombe sur nos amis.

C'est ce que j'essayais de dire... soupira Ginga.

Bon, le plus important était que son idée soit passée, peu importait à qui elle était attribuée.

Mais ça restait vexant. Il n'allait pas prétendre le contraire – surtout en pensées. Il n'était pas parfait.

- On pourrait établir notre camp pas trop loin, proposa Kenta.

- En plus, ça nous permettrait de vous contacter plus facilement, fit remarquer Hikaru. Les communications ont beau être excellentes à Koma, ce serait mieux si on pouvait vous rejoindre vite.

Pourquoi ? Se demanda Ginga.

Est-ce que l'AMBB prévoyait d'autres problèmes ou avait-elle des informations qu'elle refusait de partager ?

Personne ne posa la question. Ils étaient trop soulagés par l'arrêt de leur périple. Mais y auraient-ils pensé dans le cas contraire ? Rien n'était moins sûr. Madoka, Kenta et Yuu avaient une confiance aveugle en l'AMBB, tandis que Benkei était obnubilé par l'état de Kyouya.

Ginga se tourna vers son rival, se demandant s'il avait remarqué la même chose que lui. Le lion évitait délibérément de regarder Ryuusei et Hikaru – surtout Ryuusei en fait. Comme d'habitude. Quelqu'un d'autre trouverait sans doute cela vexant, et se disputerait avec Kyouya pour cette raison. Pas Ginga. Il connaissait son rival mieux que personne et, aussi étrange que cela pourrait paraître pour un tiers, l'attitude de Kyouya témoignait de son respect et attachement envers lui. Il n'appréciait pas Ryuusei. Il le méprisait même franchement – et l'inverse était vrai. La seule raison pour laquelle il gardait ce mépris pour lui était qu'il voulait ménager Ginga... et ce dernier en était reconnaissant. Kyouya était franc dans ses relations. Cette ignorance délibérée était l'attitude la moins irrespectueuse qu'il pouvait avoir envers Ryuusei sans mentir.

J'imagine qu'on pourra toujours s'occuper de l'AMBB plus tard.

Ou, plus exactement, les futurs problèmes leur seraient révélés pour qu'ils les résolvent.

Ginga s'ébroua. Ce serait un problème pour un autre jour.

Ginga trottina jusqu'à Kyouya. Son rival leva nonchalamment le museau. Il était si à l'aise. Difficile de croire qu'il n'occupait ce corps que depuis quelques heures. Il n'avait sûrement pas eu les mêmes problèmes que Ginga, en se réveillant.

Ginga ébouriffa ses plumes, chassant ces souvenirs gênants. Il indiqua la forêt d'un signe de tête. Kyouya se leva et avança tranquillement vers l'orée des arbres. Ginga poussa un hennissement à l'intention de ses amis avant de lui emboîter le pas.

- Qu'est-ce que vous faites ? Les garçons ? Les garçons, attendez !

- Ils partent sans nous ! s'indigna Yuu.

- Attends-moi Kyouya-san !

Bien entendu, Kyouya n'en fit rien. Il progressait toujours à son rythme. Si les autres étaient capables de le suivre, tant mieux pour eux. Sinon, tant pis. Ce n'était pas son problème et ça ne lui ferait pas changer ses habitudes.

Ginga trottina à sa suite. Il le rattrapa en quelques foulées et se permit d'avancer à un rythme plus lent : Kyouya marchait sans se presser, comme à son habitude. Il donnait l'impression que le monde devait s'adapter à lui, et non l'inverse. Ce qui était encore plus impressionnant sous son apparence de lion.

Au bout d'une centaine de mètres, Ginga perçut le bruit de l'eau courante. Il donna un coup de sabot sur une racine, incitant Kyouya à le regarder. Il tourna le museau vers l'origine du bruit. Kyouya opina et ils bifurquèrent.

Derrière eux, les fourrés bruissaient et se faisaient écraser par leurs amis, des personnes pas aussi habituées qu'eux à voyager dans la nature. Ginga les entendit même trébucher et pousser des exclamations indignées. Il les encouragerait bien, sauf que Yuu était le seul à comprendre un tant soit peu ses tentatives de communication et qu'il n'avait aucune envie que les autres prennent ses marques de soutien pour des moqueries. Il avait subi assez de malentendus pour une année entière, aujourd'hui.

Et la journée n'est pas encore finie.

Ginga n'aimait pas les disputes, mais c'était encore pire quand il ne pouvait pas se défendre.

Le gargouillis de la rivière se fit de plus en plus fort. Des étincelles attirèrent sont regard et, quelques mètres plus loin, il l'aperçut. Il sortit du couvert des arbres et s'ébroua. La forêt avait beau être dense, y progresser était étonnamment facile – mille fois plus que dans un bâtiment, malgré sa forme de pégase. Il ne comprenait pas comment les autres pouvaient avoir autant de difficultés.

Il tourna la tête, regardant par-dessus son épaule. Kenta et Benkei escortaient Madoka, s'assurant qu'elle ne se blessait pas. Yuu avançait en éclaireur, faisant le lien entre le trio et les rivaux transformés.

Rasséréné sur leur sort, Ginga se dirigea vers l'amont de la rivière. Il était certain qu'ils trouveraient un lieu pour établir leur campement en suivant son cours.

Le murmure de l'eau fut recouvert par un grondement. Ils arrivèrent à un bassin dans lequel se jetaient des chutes. Elles n'étaient pas spécialement hautes ni bruyantes – Ginga en avait déjà vu des plus impressionnantes, notamment dans la forêt entourant Koma. Le véritable intérêt de ce lieu était la plage de galet bordant le bassin et, surtout, le vaste espace dégagé. C'était le lieu idéal pour établir un campement. Il y avait tant de place qu'il pouvait étendre les ailes sans risquer de toucher quoi que ce soit.

Ginga se retourna, impatient de voir ses amis arriver. Ils mirent près d'une minute à les rejoindre. Yuu poussa un sifflement admiratif.

- C'est trop cool ! C'est ici qu'on va rester tant que Gingy, Kéké et Yoyo seront pas redevenus comme avant ?

- J'espère que ça ne va pas durer longtemps, soupira Madoka.

La jeune fille balaya la clairière du regard. Elle avisa une souche et alla s'asseoir dessus. Elle poussa un soupir – soulagé ou fatigué, Ginga ne saurait le dire. Il se garda bien de faire le moindre bruit. Il n'avait aucune envie de se faire de nouveau crier dessus. Surtout qu'il n'avait rien fait pour le mériter.

- Ça me dit quelque chose, marmonna Benkei.

L'adolescent balayait la clairière et le cours d'eau du regard, se grattant la joue d'un air perplexe.

- Je sais ! s'exclama Kenta. C'est là qu'on a fait une pause quand on est partis à la recherche de Ginga.

Madoka se redressa et se mit elle aussi à observer le paysage.

- Je crois que tu as raison, dit-elle avant d'afficher un air fatigué. Heureusement que j'ai rien apporté à manger. Cuisiner pour les signes, mais quelle perte de temps.

- De quoi vous parlez ? demanda Yuu tout intrigué.

Kenta lui relata le départ de Ginga pour Koma, la note d'adieu et les péripéties qu'ils avaient vécues pour le rejoindre. Yuu buvait chaque mot. Il éclata de rire en l'entendant décrire leurs pires déconvenues – à un point du récit, Benkei rejoignit Kenta car ils s'étaient séparés et ne connaissaient pas en détail les aventures de l'autre groupe.

Pendant ce temps, Kyouya était allé s'allonger à côté du bassin. Les pattes repliées sous son menton, il leur tournait ostensiblement le dos. Ginga devina qu'il avait les yeux fermés. C'était sa manière de montrer son manque d'intérêt vis-à-vis de quelque chose – et qu'y avait-il de plus inintéressant, selon lui, que de parler du passé ?

Ginga n'aimait pas trop la discussion, mais pour une raison différente. Parler du passé ne l'incommodait pas, revenir sur cette période de sa vie, si. Il la détestait. Il avait été seul, il avait souffert, et il avait failli repousser pour toujours des amis inestimables.

Non. Il n'y avait rien à tirer de ce récit à part un malaise latent. Même s'il essayait de se concentrer sur les aventures vécues par ses amis, il ne parvenait pas à écarter la culpabilité qu'il ressentait en sachant que toutes leurs mésaventures étaient de sa faute.

Finalement, à son grand soulagement, le récit arriva à son terme. Yuu se mit à explorer les environs, pendant que Kenta et Benkei dévissaient sur les méthodes d'entraînement au Beyblade. Madoka, quant à elle, se reposait.

Ginga sentait le poids de ses ailes contre ses flancs – il ne s'y était pas encore habitué. Il regarda ses amis, chacun vaquant à ses occupations. Ils ne risquaient rien ici. Ginga pouvait partir de son côté l'esprit tranquille. Il ne comptait pas s'essayer au vol devant eux. Il connaissait déjà la réaction de Madoka et il avait subi suffisamment de remontrances, merci bien. Ils essaieraient à coup sûr de l'en empêcher. À part Yuu : Ginga était certain que l'enfant demanderait un tour.

Ginga trottina nonchalamment vers les arbres. Il trouverait un endroit où s'exercer en paix.

Alors qu'il se glissait sous les feuillages, Kyouya rugit. Ginga sursauta et jeta un coup d'œil derrière lui. Son rival était bien la dernière personne à vouloir l'empêcher de s'amuser, non ?

Il s'avéra que Kyouya ne faisait pas du tout attention à lui. Campé sur ses quatre pattes, il toisait Yuu d'un air menaçant, les crocs à découvert, un grondement sourd résonnant dans sa gorge. L'enfant n'était pas le moins du monde impressionné. Il arborait une bouille toute mignonne, sûrement destinée à faire fondre Kyouya – il pouvait toujours rêver : si le blader de Leone ne lui ferait jamais de mal, il ne céderait pas pour autant à ses caprices. Yuu tendit des bras suppliants vers lui. Kyouya se tapit, grondant plus fort.

- Allez Yoyo ! Quelle autre occasion j'aurais de faire un câlin à un lion ?

Kyouya se redressa et rugit à en faire trembler le monde. Était-ce à cause du surnom ou de la demande de Yuu ?

Sûrement un mélange des deux.

- Mais Yoyo !

Kyouya fit claquer ses mâchoires. Yuu ne cilla même pas. Il se contenta de le regarder avec des grands yeux et d'attendre.

Kyouya grogna une dernière fois pour marquer son agacement avant de tourner les talons et de s'enfoncer dans la forêt à grandes foulées.

- Kyouya-san !

Benkei commença à le suivre. Un nouveau rugissement, empreint de colère, résonna. Le message était limpide : "laissez-moi tranquille". D'ailleurs, Benkei s'immobilisa.

Ginga soupira.

Je suppose que la séance de vol peut attendre.

Rien n'importait plus que le bien-être de son entourage.

Ginga trottina à la suite de son rival. Il sentait les regards de ses amis fixés sur lui, mais il ne se pressa pas, laissant de l'avance à Kyouya.

Il s'enfonça dans la forêt, se faufilant d'un pas tranquille entre les arbres, enjambant sans mal les racines traîtresses. Des fougères frôlaient ses ailes et ses flancs.

Cette normalité – il avait passé le début de sa vie dans cet environnement – avait quelque chose de réconfortant, dans l'étrangeté de la situation.

Kyouya n'était pas parti loin. Ginga s'arrêta à quelques mètres de lui, le regardant se déchaîner contre les plantes à coups de crocs et de griffes, transformant des fougères innocentes en confettis. S'il avait pu lancer Leone, c'était l'endroit entier qui aurait été détruit, avec des arbres déracinés et des rochers explosés.

Si il avait pu lancer Leone.

Oh, Kyouya.

Évidemment qu'il était sur les nerfs : il ne pouvait pas propulser sa toupie. Ginga était bien placé pour savoir ce qu'il ressentait. Même s'ils ne passaient pas leurs journées à jouer au Beyblade, ils en avaient toujours la possibilité. Enlever ça à des bladers, c'était horrible.

Ginga laissa Kyouya continuer d'évacuer sa colère. Le lion détruisit ainsi deux mètres carrés de plantes. Considérant que c'était assez, Ginga frappa un rocher de son sabot pour l'alerter de sa présence. Son rival ne l'entendit pas et continua de s'acharner contre la vie végétale.

Heureusement qu'il n'y a pas d'animaux dans le coin...

Ils s'étaient certainement enfuis face à l'invasion d'humains et de créatures inconnues. Ginga en était soulagé. Dans son état, Kyouya serait bien capable de provoquer un combat avec un lapin ou un ours.

(Et, vu son état, les deux créatures auraient autant de chances de survie à la confrontation.)

Les ailes de Ginga tressautèrent. Il observa son rival qui luttait contre les plantes comme s'il s'agissait d'un ennemi imaginaire.

Un combat... ? Mais bien sûr !

S'il y avait bien un sujet où Ginga et Kyouya partageaient la même opinion, c'était à propos de Beyblade.

Ginga frappa le rocher, plus fort. Étant donné qu'il n'obtint aucune réaction, il se risqua à hennir. Les oreilles de Kyouya frémirent et il s'immobilisa. Il se tourna vers Ginga, la queue battant. Ses oreilles se plaquèrent contre sa crinière.

Ginga n'avait pas vu beaucoup de lions – excepté Leone – mais il savait très bien ce que cette attitude signifiait.

Sans se laisser impressionner, Ginga s'approcha de son rival. Il indiqua la ceinture qui pendait au cou du félin, où était suspendue sa toupie. Kyouya s'assit et leva sa patte avant droite, comme pour la toucher.

Ginga déplia ses ailes. Kyouya leva la tête. Le pégase plia sa patte autant que possible, voulant indiquer la ceinture qui entourait son propre cou.

Je comprends. Nous sommes dans la même situation, toi et moi.

Kyouya l'observa, intrigué. Il cligna lentement des yeux, acquiesçant à ses paroles silencieuses. Ginga se détendit. C'était quand même plus simple d'échanger avec une personne qui vous comprenait, et qui ne prenait jamais de travers ce que vous disiez.

Kyouya frappa le sol de sa patte. Il grogna légèrement. La situation était injuste. Il était un blader. Comment ferait-il s'il ne pouvait plus jouer au Beyblade ?

Ginga hennit son encouragement. La situation était étrange, certes – et ô combien agaçante – mais tout finirait par s'arranger. Ils s'en sortaient à chaque fois. Pourquoi serait-ce différent aujourd'hui ? En plus, ils n'étaient pas en danger...

...de ce qu'ils en savaient.

Kyouya fronça le museau. Ginga n'avait pas tort, mais ça n'empêchait qu'ils étaient dans l'incapacité de jouer au Beyblade.

Ginga fit un bond enthousiaste. Certes, ils ne pouvaient pas jouer au Beyblade, mais il y avait d'autres manières de passer le temps.

Kyouya pencha la tête sur le côté, l'incitant à continuer.

Ginga se cabra en déployant les ailes avant de percuter violemment le sol de ses sabots. Sa queue s'agita une fois. Il dévisagea Kyouya. Le lion lui retourna son regard. Il se releva lentement, le regardant encore.

Ginga esquissa un hochement de tête.

Kyouya retroussa ses babines, dévoilant des crocs aiguisés. Il se tapit, banda ses muscles et bondit vers le pégase, crocs et griffes dehors.


XXX


Yuu jeta un regard à la forêt. Ça faisait un moment que Yoyo et Gingy étaient partis. Les autres n'en parlaient pas, mais ça devenait inquiétant, non ? Normalement, Yoyo s'énervait un bon coup et se calmait aussitôt – ou s'installait dans un coin pour bouder. Il ne restait pas en colère aussi longtemps, surtout pour une taquinerie de rien du tout.

Un mouvement ! Yuu plissa les yeux et constata avec déception qu'il s'agissait juste d'un écureuil qui grimpait dans un arbre. Il fit la moue.

- C'est long ! Je commence à m'ennuyer moi.

Dire qu'il avait été super enthousiaste en découvrant le Gingy-pégase, et encore plus en rencontrant le Yoyo-lion et le Kéké-centaure. Ils étaient de nouveau sur le seuil d'une aventure trop cool et Yuu allait la vivre dès le début !

Sauf que ça ne s'était pas du tout passé comme ça. Ils avaient été exilés par l'AMBB, ce qui aurait pu être marrant – du camping entre amis ! – si Yoyo et Gingy ne s'étaient pas éclipsés.

N'y tenant plus, Yuu se leva d'un bond.

- Je vais chercher Gingy et Yoyo !

- Tu es sûr ? demanda Kenta. Il vaudrait peut-être mieux les laisser seuls...

- T'inquiètes pas.

Sur ces mots, Yuu s'enfonça dans la forêt. Il ne savait pas exactement où Kyouya et Ginga étaient, mais il les avait vus partir dans cette direction.

Il entendit n rugissement. Oui, il était bien sur la bonne voie.

Yuu accéléra et arriva devant un spectacle qui le cloua sur place.

Un lion – forcément Yoyo – referma ses mâchoires à quelques millimètres de la gorge d'un pégase, qui s'était reculé juste à temps. Il se cabra, s'équilibrant avec les ailes, et abattit ses pattes vers le lion qui fit un bond de côté. Ses sabots s'enfoncèrent dans le sol. Il les délogea négligemment et regarda le lion. Les deux créatures se firent face. Le silence et l'immobilité étaient intenses. Le lion jaillit en mouvements, sautant toutes griffes sorties. Le pégase se protégea d'une aile. Le lion percuta la masse de plumes et tomba. Il se releva presque immédiatement et, le museau froncé, grogna sur le pégase. Ce dernier replia ses ailes avec un air victorieux.

- C'est trop cool, souffla Yuu.

Des bruissements derrière lui. Des claquements de sabot. Yuu se retourna. Kenta le rejoignait en se frayant tant bien que mal un chemin dans la végétation. Il lui sourit.

- Hé Kéké ! T'as vu ça ?

- Quoi ?

Yuu lui indiqua les deux combattants. Le pégase voulut asséner une ruade au lion mais celui-ci se tapit contre le sol. Il s'approcha de l'équidé en rampant.

Les yeux de Kenta s'arrondirent tant qu'ils semblaient sur le point de sortir de leurs orbites.

- C'est cool, pas vrai ?

Pas autant qu'un combat Beyblade, évidemment, mais c'était cool quand même.

- Ils sont en train de se battre !

- ...Oui ?

Pour une raison qui échappait à Yuu, Kenta paraissait inquiet. Il connaissait Gingy et Yoyo depuis longtemps – plus que lui, c'était dire ! – et il les côtoyait souvent. Il devrait avoir l'habitude.

Surtout qu'ils ne s'affrontaient pas aussi férocement que pendant leurs duels Beyblade : Yuu ne voyait pas une seule égratignure sur leurs pelages. Ils étaient juste en train de s'amuser.

- On doit prévenir les autres !

- Ah bon ?

Mais Kenta disparaissait déjà entre les arbres, mouvant son nouveau corps au plus vite malgré les obstacles.

N'ayant rien de mieux à faire, Yuu reporta son regard sur le combat.


XXX


Ginga esquiva une morsure de Kyouya. Le lion grogna de dépit et il ne put s'empêcher de répondre par un hennissement moqueur. C'était presque aussi amusant qu'un duel Beyblade, et c'était parfait pour lutter contre leur humeur morose. Et il savait que son rival ressentait la même chose.

C'était comme s'ils incarnaient leurs toupies en plein combat.

En voilà une idée !

Ginga se mit à galoper. Kyouya se tapit contre l'herbe, prêt à se défendre, et fut parfaitement perplexe quand il remarqua que son rival ne se dirigeait pas vers lui. Il s'assit et l'observa, intrigué, pendant que le pégase exécutait des cercles autour de lui. Ses yeux s'illuminèrent et il se leva d'un bond. Ginga s'en amusa intérieurement. Il n'avait pas fallu longtemps à son rival pour le comprendre.

Kyouya se campa fermement sur ses pattes et poussa un rugissement puissant. Il ne créa pas de tornades – Ginga en fut quelque peu déçu, et il put voir que Kyouya aussi – mais le pégase cessa de courir et recula lentement, comme pour échapper à l'attraction de tornades. Le lion grogna d'amusement. Il courut en zigzag vers lui, se faufilant entre les tornades imaginaires. Il bondit, ouvrant sa gueule sur des crocs aiguisés...

- ÇA SUFFIT !

Le cri les immobilisa. Kyouya était assis, ses crocs à quelques centimètres de la gorge de Ginga, ses pattes avant levées comme pour l'empêcher de fuir. Ginga avait réparti son poids sur son côté opposé à Kyouya, son sabot avant suspendu au-dessus de l'épaule de son rival. Ils n'osaient plus bouger. Ils glissèrent leurs regards vers la source du bruit. À une demi-douzaine de mètres d'eux, Madoka les toisait, l'air furieux, les poings sur les hanches. Ginga s'affaissa intérieurement. Dire qu'ils s'amusaient si bien...

- Ce n'est pas parce que vous êtes un pégase et un lion que vous devez jouer à être Pegasus et Leone !

Ginga eut chaud sous sa fourrure. Autant c'était amusant quand il était seul avec Kyouya, autant ça semblait ridicule dans la bouche de Madoka.

Ça n'est pas ridicule ! s'encouragea-t-il. Nous sommes des bladers passionnés qui ne peuvent pas jouer au Beyblade.

Tous les moyens étaient bons pour se sentir proche de leurs toupies.

- C'étaient ce qu'ils faisaient ?! s'exclama Kenta avec tant de stupeur que la gêne de Ginga augmenta.

- Bien sûr ! C'est vrai que Yoyo a mauvais caractère, mais pas au point de bouffer Gingy quand même.

- …

Kyouya ferma la bouche. Il ramena ses pattes contre lui, détourna la tête et grogna. Ginga reposa timidement son sabot au sol.

- Vous ne trouvez pas qu'on a assez de problèmes sans avoir à ajouter vos gamineries ? continua Madoka. Nous devons trouver une solution.

Kyouya grogna de nouveau. Les yeux de Madoka se concentrèrent sur lui. Elle fit gonfler ses joues.

Ginga baissa la tête et laissa ses ailes traîner au sol, dans l'attitude la plus pathétique possible, espérant que son amie le prendrait pour des excuses et qu'elle arrêterait ses remontrances. C'était encore pire que d'habitude avec ses oreilles sensibles d'animal.

Madoka resta silencieuse de longues minutes. Ginga n'osa pas relever la tête. Finalement, elle soupira.

- Vous venez ? Nous devons réfléchir à la suite.

Ginga entendit des pas s'éloigner dans la forêt, provoquant craquement de brindilles et bruissement de fougères. Il attendit un instant après qu'ils eurent disparu avant de se redresser. Il étira ses ailes et les replia contre ses flancs. Ça faisait du bien de les avoir dans une position plus normale.

À quoi bon y aller ? soupira-t-il. Ils ne comprendront rien à ce que je vais dire.

En plus, il était certain que Madoka s'énerverait encore contre lui.

C'est peut-être pour ça qu'on ne voit jamais de pégases : ils fuient dès qu'ils aperçoivent des humains.

Ginga les comprenait. Il était très tenté de fuir là, tout de suite.

Kyouya se leva et vint se poster à côté de lui. Ils observèrent l'orée des arbres quelques minutes avant de glisser leur regards l'un vers l'autre. Les oreilles de Ginga pivotèrent.

On reprend ?

Le museau léonin se fronça d'amusement. Kyouya s'écarta d'un bon et lui fit face. Ginga se tourna vers lui, oubliant tout de leur mésaventure. Rien de tel qu'un duel contre son rival pour lui changer les idées.

Trois. Deux. Un. Hyper Vitesse !

Ginga et Kyouya se précipitèrent l'un vers l'autre.


XXX


- Ils en mettent du temps, commenta Benkei.

- À tous les coups, ils ont recommencé à se battre, répondit Madoka, exaspérée.

Yuu rit.

- C'est bien leur genre !

En même temps, comment Madoka avait pu croire que quelques cris suffiraient à les détourner de leur combat ? On parlait de Gingy et Yoyo. Lorsqu'ils s'affrontaient, ils oubliaient tout du reste du monde. Ils continuaient jusqu'à ne plus avoir d'énergie et s'évanouir.

Yuu espérait que ce ne serait pas le cas cette fois-ci. Un pégase et un lion, c'était plus lourd que des adolescents. Ils auraient du mal à les transporter en lieu sûr. Sans compter que l'aide extérieure mettrait du temps à leur parvenir.

Yuu passa le temps en réfléchissant à différentes façons de transporter un lion et un pégase. Le plus efficace, ce serait un hélicoptère qui viendrait les chercher. Ils attacheraient une corde autour de leur taille et les déplacerait jusqu'à en lieu sûr.

L'enfant pouffa en imaginant le pégase et le lion pendre mollement au bout d'une corde, flottant juste au-dessus de la cime des arbres.

Kenta le regarda en clignant des yeux, surpris, et Yuu se mit à rire. Ce serait vraiment trop drôle ! S'ils en arrivaient là, il devrait absolument filmer.

Oh ! Maintenant qu'il y pensait, ce serait une occasion de s'approcher de Yoyo sans se faire grogner dessus. Il se demandait si le pelage d'un lion était aussi doux que celui d'un chat, et si la crinière était comme des cheveux. L'occasion d'approcher autant un lion ne se représenterait sans doute pas.

En tout cas, pas en des circonstances où Yuu ne risquait pas de se faire dévorer.

La végétation bruissa. Yuu, Kéké, Benben et Madoka se tournèrent. Ils virent un pégase et un lion sortir du couvert des arbres. Les deux créatures s'arrêtèrent à l'orée de la clairière.

- Kyouya-san ! s'écria Benkei, soulagé.

- Gingy ! Yoyo ! Alors, qui a gagné ?

Kyouya rugit furieusement. Ginga s'ébroua et s'avança en trottinant dans la clairière. Madoka lui asséna un regard noir qui le fit se ratatiner sur lui-même.

- Finalement, la situation ne te dérange pas tant que ça si tu as du temps à perdre à jouer avec Kyouya.

Kyouya grogna, sans doute vexé par le terme "jouer". Il ne savait pas du tout s'amuser, ce grand méchant blader.

- Ce n'est pas plus mal que Kyouya ait formé sa propre équipe pendant les Championnats du Monde. Vous deux, en permanence, ça n'aurait pas été supportable.

- Comment peux-tu dire une chose pareille sur Kyouya-san ?!

- Et toi, comment tu peux passer ton temps à le défendre ?

- Kyouya-san est...

- Je comprends Benben.

L'intervention de Yuu fut plus efficace qu'il n'aurait osé l'espérer : les deux adolescents se turent et se tournèrent vers lui.

- Tu préfères vraiment voyager avec Masamune qu'avec Yoyo ?

Pas lui. Il s'était beaucoup amusé en compagnie de Kyouya. Ça ne l'aurait pas dérangé de voyager avec lui comme il avait voyagé avec les Gan Gan Galaxy – à part s'il avait terminé remplaçant, bien sûr.

Par contre, pas sûr qu'il était prêt à voyager de nouveau aussi longtemps avec Masamune.

- Et n'oubliez pas qu'on doit parler de ce qui nous arrive, intervint Kenta. Peut-être qu'on pourra découvrir ce qui s'est passé, et trouver une solution.

- Pas faux, marmonna Madoka.

Yuu quitta la souche d'un bond. Il se tourna vers Kyouya, un immense sourire aux lèvres. Il tendit les bras.

- Mais d'abord : câlin !

Il s'avança vers Kyouya et, sans savoir comment, se retrouva étendu par terre, une énorme patte de lion l'empêchant de se relever. Il agita les bras et les jambes.

- C'est trop injuste ! Quand j'aurai l'occasion de prendre un lion dans mes bras Yoyo ?

Kyouya rugit. Yuu cessa de s'agiter et afficha une moue boudeuse. C'était injuste.

- Nous devons réfléchir au problème Yuu.

- Ouais, ouais.

Sauf qu'il ne voyait pas en quoi ça l'empêchait de câliner un lion.

Méchant Yoyo.

- Si on trouvait un point commun entre les transformations, on aurait peut-être une piste... s'interrogea Madoka.

- Gingy, Kéké et Yoyo sont des bladers légendaires.

S'ensuivit un silence lourd. Yuu tourna la tête. Kenta, Benkei et Madoka le fixaient avec des yeux écarquillés et bouches bées. Kyouya avait relâché sa prise, tout aussi surpris – ce qui était drôle, sur un museau de lion.

Par contre, il ne voyait pas ce qu'il avait pu dire pour déclencher ça.

Madoka et Kenta échangèrent un regard.

- Il faut prévenir les autres.


Fin du chapitre 2


Note : la scène de combat, avec l'intervention de Madoka, font partie des premiers éléments auxquels j'ai pensé pour cette fic.

Résolution du mystère au prochain (et dernier) chapitre ;)

(1) Non, Ginga. Je t'assure que Madoka est normale. C'est toi et Kyouya les surhommes xD