"Severus et Hermione ont vécu une belle histoire tous les deux. Mais malheureusement, une séparation semblait inévitable. Des années plus tard, il est toujours à Poudlard et ne l'a plus jamais vue. Que se passera-t-il lorsqu'il ira à une soirée, à la demande de Drago ?"

Pas de lemon

OS Song fic ~ "Je reviens te chercher", Gilbert Bécaud


Il attendait dans un coin de la pièce, le regard perdu dans le liquide de son verre.

D'habitude, il ne sortait pas vraiment de Poudlard, à moins d'y être forcé. Quand Minerva l'appelait, il trouvait toujours une excuse, plus ou moins élaborée. Souvent, les potions lui fournissaient les meilleurs alibis, d'ailleurs. Mais cette fois, la demande venait de Drago. Il avait trouvé cela étrange, bien entendu, mais c'est justement la rareté de cette demande qui l'avait poussé à quitter la précieuse tranquillité de ses appartements.

Et le voilà, dans ce nouvel établissement de Pré-au-Lard, à déguster un cocktail dont il avait déjà oublié la composition. Le jeune Malefoy était à table avec lui, entouré de leurs autres collègues.

Depuis peu, Drago était enseignant à Poudlard. Décidément, son mariage avec la jeune Miss Greengrass l'avait assagi. Elle avait su faire preuve d'un mélange de caractère et de douceur, tout juste ce qu'il fallait pour pouvoir lui tenir tête ou l'apaiser quand c'était nécessaire.

Il n'assurait cependant pas les cours de potions, mais avait trouvé son épanouissement dans la métamorphose. Il avait été sous la tutelle de Minerva durant cinq ans avant d'officiellement prendre sa relève alors qu'elle se concentrait exclusivement sur son rôle de directrice.

Cette collaboration l'avait tout d'abord étonné. Il avait regretté de ne pas avoir le jeune homme sous son aile, ne pas pouvoir lui transmettre tout son savoir. Mais en découvrant les joutes verbales entre ces deux membres de maisons définitivement rivales avait finalement été bien trop plaisant. Entre le jeune homme qui essayait tant bien que mal de tempérer sa fougue pour ne pas perdre sa tutrice et son aînée qui essayait de tenir dignement son rôle, le spectacle était grandiose. Observer tout cela d'un œil extérieur était bien trop satisfaisant.

Il jetait un petit coup d'œil autour de lui, jugeant du regard les curieux qui semblaient le fixer un peu trop longtemps à son goût. L'endroit était occupé en majorité par un population bien plus jeune qu'eux, si bien que le groupe d'enseignants se détachait aisément.

La décoration était encore pour le moins sommaire mais elle était pourtant loin d'être à son goût. Sur un mur au rez-de-chaussée, il avait vu qu'une immense ardoise avait été placée, permettant à tout le monde d'écrire un petit mot. Il les avait observés rapidement, n'y trouvant rien d'exceptionnel. C'était à croire qu'il fallait être idiot ou saoul pour pouvoir prendre cette craie. Tout autour de l'ardoise, des photos pouvaient également être accrochées, comme un souvenir impérissable du passage de chacun dans ces murs.

Le mobilier semblait du même style que cette décoration : de basse qualité, tape à l'œil, exubérant. Des chaises dépareillées, tout autant que les chaises qui se trouvaient autour. Même si cette idée aurait pu être intéressante, elle avait été ici traitée sans la moindre mesure, donnant un ensemble manquant cruellement de classe.

Ils se trouvaient pour l'instant à l'étage, dans une pièce où les néons distillaient dans la pièce une lumière une lumière diffuse dans des tons bleutés, comme si on se trouvait une boite de nuit ou un club de cet acabit. Ce lieu n'avait aucun charme, aucune âme.

L'ambiance semblait devenir progressivement plus tamisées mais la scène restait désespérément vide. Il ne courrait pas vraiment après de l'animation, mais il trouvait cela d'un ridicule sans nom. A quoi bon éclairer cette estrade si c'était pour la laisser vide ?

En tournant la tête, il remarqua que Minerva le fixait, visiblement mécontente de son manque d'entrain. A quoi s'attendait-elle ? Il n'allait tout de même pas aller se dévêtir sur cette scène comme un vulgaire gigolo pour amuser la galerie.

- Pourriez-vous vous amuser moins fort, Severus ? On dirait presque que cette soirée vous plaît.

- Vous savez pourtant que je n'accorde aucune importance à ces moments passé en compagnie.

- Pourquoi être venu dans ce cas ? C'est à croire que vous escortez un cercueil.

Il avait beau trouver ce constat parfaitement déplaisant, cette vieille morue avait raison. Pourquoi sa présence était-elle requise ?

Drago semblait ne lui accorder aucune attention, se focalisant uniquement sur cette estrade, devant eux. Il trouvait cela de plus en plus exaspérant, au fil des minutes qui s'écoulaient avec une lenteur indescriptible.

Il avait eu envie de se lever pour enfin quitter cet endroit, mais exactement au même instant, un projecteur avait bougé et attiré son attention. Il le regardait éclairer la foule d'une manière pour le moins aléatoire avant d'éclairer le centre de cette scène toujours vide.

Une silhouette semblait s'approcher, mais on ne la distinguait pas encore parfaitement. Ce mystère l'intriguait, l'encourageant à rester sur cette chaise inconfortable. Il avait l'impression de sentir un regard posé sur lui, mais il ne pouvait pas bouger les yeux, ne voulant détourner le regard de cette silhouette dans l'ombre.

Il avait rapidement conclu qu'il devait s'agir d'une femme, mis sur la voie par cette chevelure qui semblait volumineuse. Ces cheveux le ramenèrent immédiatement en arrière de plusieurs années, dans les bras d'une jeune femme qu'il avait adoré et chéri plus que de raison. Ce petit coup de nostalgie était étrangement semblable à un coup de poignard dans le cœur.

Heureusement pour lui, il masquait ses émotions à la perfection. Son visage impassible n'avait pas bougé d'un poil, laissant tout le monde dans l'ignorance de ses tourments intérieurs.

Cette relation appartenait à son passé, même si ce constat était douloureux. Il ne voulait cependant pas y penser, essayant de la reléguer au rang de détails. Au fond de lui, il savait qu'il n'en était rien, mais avec les années, il avait essayé de s'en persuader au moins.

La jeune femme semblait s'avancer vers le micro, et à chaque pas qu'il faisait, il avait l'impression de la revoir, elle. Cette démarche lente, presque timide et pourtant dégageant tant d'assurance, lui faisait irrémédiablement penser à elle. Ce n'est que lorsque la lumière éclaira enfin son visage qu'il crût qu'il allait défaillir. Ces traits fins, ce nez retroussé, ces yeux éclatants, il pourrait les reconnaître entre mille, même après plusieurs décennies, même lorsque la vieillesse lui aurait grignoté les neurones.

Evidemment, toutes les personnes autour de lui l'avaient reconnue également. Comment oublie-t-on Hermione Granger ? Comment peut-on rayer une telle femme de sa mémoire ? Ils l'avaient tous côtoyée étant, pour la majorité des personnes autour de cette table, l'un de ses professeurs.

Pourquoi était-elle sur scène ? Pourquoi s'avançait-elle face à ce micro ? Et pourquoi avait-il l'étrange impression qu'elle le fixait ?

« Je reviens te chercher, je savais que tu m'attendais.

Je savais que l'on ne pourrait se passer l'un de l'autre longtemps.

Je reviens te chercher, ben, tu vois, j'ai pas trop changée.

Et je vois que de ton côté, tu as bien traversé le temps. »

Sa voix était douce et claire, allant parfaitement avec les paroles de cette chanson. Il ne savait pas qu'elle parlait français, mais c'était loin de l'étonner. Il y avait certaines choses qu'il ignorait sur elle et il le savait parfaitement. Après tout, elle ne savait pas tout de lui non plus. Mais avaient-ils besoin de se connaître par cœur pour pouvoir être heureux ? Puisqu'ils étaient aujourd'hui séparés, il s'agissait peut-être de quelque chose de nécessaire, oui.

Était-elle là pour lui, aujourd'hui ? A en juger par son regard et ces paroles, il en était certain. Il avait la nette impression de s'être laissé conduire dans un guet à pan mais n'était pas sûr d'en être si furieux. Il était assis dans ce bar ridicule, ne pouvait quitter la jeune femme des yeux. Son regard était si clair qu'il avait l'impression de pouvoir lire en elle.

Pourtant, il savait que ce regard n'avait pas toujours été si pur. Il se souvenait parfaitement de nuits où ces yeux bruns avaient été brumeux, comme masqués par un voile. Ces nuits n'appartenaient qu'à eux, il s'agissait de moments où plus rien n'avait d'importance. Ils étaient seuls au monde et c'était bien ce qu'il aimait le plus dans ces instants bénis.

Elle n'avait pas changé d'un poil, effectivement. Elle avait toujours cette même élégance naturelle, cette prestance qui faisait qu'elle était capable d'occuper cette scène à elle toute seule.

Elle était habillée très sobrement : une chemise un peu large d'un blanc très simple, un pantalon noir près du corps, des bottines noires. Des poignets étaient habillés de délicats bracelets en or, rappelant les boucles d'oreille et les pinces qui retenaient sa crinière par endroits, la domptant juste ce qu'il fallait pour mettre son visage en valeur.

Malgré ce qu'elle semblait dire, à travers cette chanson, son visage à lui avait été marqué par cette vie rythmée d'épreuves. Les rides au coin de ses yeux s'étaient accentuées, lui faisant ressentir le poids des années écoulées lorsqu'il apercevait son reflet dans le miroir.

Pourtant aujourd'hui, c'était pour lui qu'elle revenait. Elle qui était partie, il y a des années déjà, elle qui aurait sans aucun doute pu avoir tous les hommes qu'elle désirait. La voilà maintenant sur cette scène, chantant pour lui.

Les paroles de cette chanson raisonnaient en son for intérieur, comme des chants divins chantés par un essaim d'anges. Croyait-elle vraiment ce qu'elle était en train de chanter ? Croyait-elle sincèrement qu'ils étaient deux êtres qu'il était impossible de séparer pour une trop longue durée ?

Alors qu'il avait eu la certitude de ne plus jamais la voir, alors que c'était ce qu'ils s'étaient tacitement promis, elle ne semblait plus prête à tenir ce serment.

Il avait l'esprit encombré de questions sans réponses, mais une part de lui semblait s'être désintéressée de tout aspect rationnel. Il voulait savoir et se fichait de tout, tant qu'elle restait sur cette scène à le regarder de la même manière qu'à cet instant. Cette soirée avait soudainement des traits d'irréalisme mais il n'avait pas envie de revenir à la réalité.

« Tous les deux on s'est fait la guerre.

Tous les deux on s'est pillés, volés, ruinés.

Qui a gagné, qui a perdu, on n'en sait rien, on ne sait plus.

On se retrouve les mains nues mais après la guerre.

Il nous reste à faire la paix. »

Il n'était plus dans ce bar, perdu dans le néant avec comme seul point d'accroche, ce petit brin de femme qui semblait vouloir raconter leur histoire à tout le monde.

Ils n'avaient jamais vraiment vécu cachés, mais disons qu'ils étaient tous les deux d'accord sur le fait qu'il était parfaitement inutile de s'exhiber comme des animaux de foire. Tous les deux, ils étaient au-dessus de cela. Ils découvraient une toute nouvelle facette de ce monde, avec pourtant comme seule différence la présence de l'autre à leurs côtés. Ce n'était presque rien, mais cela avait tout changé.

Tant que ces pensées restaient uniquement pour lui, il n'avait pas honte de dire qu'elle l'avait apaisé, le sauvant certainement d'une part sombre de lui-même. Il était toujours le même homme, n'ayant pas été lavé de ses pêchers et ses vices par l'opération du Saint-Esprit. Mais elle, pour un court laps de temps, elle l'avait aidé à avancer et à faire les bons choix.

Il avait eu l'impression de la voir s'ouvrir et s'épanouir, jours après jours, en sa présence. Comme une fleur qui est restée au stade de bouton pendant trop longtemps et qui éclot maintenant pour laisser dévoiler le plus magnifique spécimen.

Malgré ces bons moments, ils avaient dû affronter les tempêtes également. Les disputes, parfois puériles parfois sérieuses, avaient parsemé leur quotidien. Ils avaient tous les deux beaucoup de fierté et leur égo n'avait pas été d'une grande aide dans leurs réconciliations.

Elle avait raison : ils avaient perdu le compte de leurs victoires respectives. Tout cela pourquoi ? Pour se séparer. Ils n'étaient pas en guerre, mais il ne pouvait pas affirmer qu'il ne gardait aucune rancœur contre elle. Elle avait été l'une des seules personnes avec laquelle il s'était ouvert et à l'instant où elle avait quitté sa vie, il n'avait pu s'empêcher de ressentir cela comme une trahison.

Il aurait dû, à l'époque, être au-dessus de ces réactions dignes d'un adolescent colérique. Il ne le savait que trop bien. Mais cette femme, il s'y était sincèrement attaché. Il s'était mis à croire en elle, puis en lui. Il avait crû à un avenir pour tous les deux et ne s'en était senti que plus ridicule ensuite. Des nuits entières, il l'avait maudite et en avait fait de même pour sa propre personne.

Mais que voulait-elle de lui maintenant ? Qu'avait-elle en tête ? Il ne savait pas ce qu'il devait faire, ni même ce qui allait se passer, évidemment. Il n'aimait pas ce manque de contrôle, il détestait même ne pas pouvoir prévoir à la minute près ce qui allait se passer. Allait-il devoir se lever et la rejoindre ?

Il ne savait pas s'il avait cette idée en horreur ou si, au contraire, il n'attendait que ça.

Rien qu'en la regardant, il avait l'impression de pouvoir sentir à nouveau sa chaleur contre lui, la douceur de sa peau sous ses doigts, la tendresse de ses lèvres et les frissons chaque fois qu'elle le caressait de cette voix si délicate. Il était assailli de souvenirs, des souvenirs qu'il aurait voulu faire disparaître mais qu'il était pourtant bien heureux de se remémorer aujourd'hui.

Il voyait qu'elle était émue, sa voix tremblant presque, mais c'était loin de gâcher cette prestation. Toute la salle constatait qu'elle vivait cette chanson avec sincérité, pensant et ressentant chaque mot.

« Je reviens te chercher, tremblante comme une jeune mariée

Mais plus riche qu'aux jours passés.

De tendresse et de larmes et de temps.

Je reviens te chercher, j'ai l'air bête sur ce palier.

Aide-moi et viens m'embrasser, un taxi est en bas qui attend. »

C'était comme si le temps c'était complètement arrêté. Les personnes dans la salle semblaient croire qu'elle chantait, mais il sentait le regard de Drago posé sur lui, comme s'il s'avait déjà que ces mots étaient pour lui et pour lui seul. Il ne pouvait pas y croire. Il avait peur d'y croire, peur de se lever et de voir qu'en réalité, il s'était fourvoyé depuis le début.

Mais non. Parce que celui qu'elle regardait depuis le début, c'était bien lui. Parce que ces larmes au coin des yeux traduisaient son attente et tout son espoir. Elle savait que ce pari était risqué, qu'il aurait très bien pu partir, qu'il pourrait la repousser. Mais elle était montée sur scène, faisant preuve d'une audace et d'un courage qui le déstabilisait.

Malgré les années, il n'avait pas pu se détacher de son souvenir et cette chanson lui donnait l'espoir qu'elle aussi, avait gardé un peu de lui dans son cœur. Il sondait son regard, mais elle semblait n'avoir plus rien à dire, s'accrochant à ce micro presque désespérément.

Y avait-il réellement un taxi dehors, juste pour eux ? Avaient-ils vraiment du temps, à partir de maintenant, pour eux ?

Sans savoir ce qui l'avait poussé à le faire, il s'était lentement levé de cette chaise, s'avançait d'un pas presque hésitant. Il la vit sourire et son cœur aurait pu exploser à cet instant que la sensation n'en aurait pas été égale. Ce sourire, il aurait pu déplacer des montagnes pour le voir s'épanouir éternellement sur ses lèvres.

Ce sourire, c'était la raison de leur séparation. Parce que, quand elle était revenue avec cette lettre d'une prestigieuse université étrangère, il avait vu ce sourire sincère et éclatant. Au diable son propre bonheur, il s'était fait la promesse que ce sourire devait toujours passer avant tout le reste.

Une vie à distance semblait bien difficile pour eux, alors ils avaient chacun renoncé à l'autre. Il avait déjà eu une vie bien remplie et ne pouvait pas l'attacher de la sorte à une vie si monotone. Elle devait voyager, partir à l'aventure, continuer d'apprendre, conquérir le monde, apprécier toutes les douceurs de cet univers. Mais il avait toujours su qu'il ne pourrait pas lui offrir cela.

Elle n'aurait pas dû revenir, elle n'aurait pas dû chanter ce soir, ce n'était pas comme cela que cette histoire devait se terminer. Il le savait mais était porté par une sorte de faiblesse égoïste.

Lorsqu'il arriva au pied de la scène, il eut la certitude que depuis le début, c'était bien lui qu'elle regardait. Le regard penché vers elle, elle avait esquissé un très léger geste de la main vers lui. Toujours à une allure mesurée, il avait levé les bras pour poser les mains sur sa taille. Malgré le tissu épais de sa chemise, il avait l'impression de pouvoir sentir le frisson qui courrait le long de son dos.

Il la souleva doucement et presque immédiatement, elle vint se soutenir en s'appuyant sur ses épaules. C'était comme si ce moment était un film qu'on avait décidé de passer au ralenti.

Il oubliait les gens qui pouvaient les voir et ne se gênaient certainement pas pour donner leur avis sur ce couple pour le moins particulier. Il oubliait ses collègues qui avaient dû être surpris de le voir se lever et s'avancer vers leur ancienne élève. Il oubliait ce bar qu'il n'avait cessé de dénigrer depuis le début de la soirée, le trouvant peut-être même subitement plus agréable.

Lorsque leurs lèvres se retrouvèrent enfin, c'était comme une explosion en chacun d'eux.

Des acclamations se firent entendre mais les bruits semblaient occultés, comme s'ils les percevaient tous les deux à travers un voile de coton. Elle s'accrochait à son cou et il ne pouvait s'empêcher de resserrer ses bras autour d'elle, voulant s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'une chimère.

Lorsqu'ils se séparèrent, il pu voir la joie la plus pure qu'il soit, dans ses yeux. Elle irradiait de bonheur, ayant certainement laissé le stress de sa prestation bien loin derrière elle.

Toujours dans ses bras, elle rapprocha le micro une dernière fois mais ne s'adressait pourtant plus qu'à lui, et lui seul.

« Je reviens te chercher. »

Il ne savait plus quoi dire, comme s'il prenait seulement conscience de ce qu'il venait de se passer. Comprenant certainement son silence, sachant l'interpréter et lire son regard, elle se pencha au creux de son oreille pour murmurer.

- Une voiture attend vraiment dehors. Ne restons pas ici plus longtemps.

Evidemment, il n'allait pas se faire prier. Il la déposa avec douceur sur le sol et sans même jeter un coup d'œil au reste de l'assistance, ils quittèrent tous les deux la pièce, dissimulant péniblement leur hâte.

Leur chauffeur ne semblait pas attendre depuis très longtemps, mais maintenant qu'il savait que c'était elle qui avait organisé cette surprise, il ne s'en étonnait pas. Hermione était reconnue pour toujours tout prévoir à la perfection dans les moindres détails. L'homme qui devait les conduire sembla ravi de les voir arriver, comme s'il avait été mis dans la confidence de ce qu'il se passait à l'intérieur de l'établissement.

Ils s'étaient rapidement installés à l'arrière et l'homme derrière le volant avait presque immédiatement fermé la vitre qui séparait la cabine, pour leur offrir toute la tranquillité nécessaire.

Ils roulèrent plusieurs minutes sans qu'aucun mot de soient échangés, se tenant les mains tendrement ou caressant délicatement la joue de l'autre. Elle avait beau avoir tout organisé, elle semblait tout autant surprise que lui de la tournure des évènements. Avait-elle sincèrement douté du fait qu'il puisse la rejoindre ? Il ne pouvait pas lui en vouloir, lui-même n'ayant pas su ce qu'il convenait de faire.

- Pourquoi avoir fait tout ça ?

- C'est évident, non ? Pour toi ?

- Et tes études ? Et ce qu'on s'était dit ?

- Tu as toujours semblé certain que je voulais avoir une vie agitée, pleine d'aventures. Mais depuis le temps que je la vis, je n'aspire qu'au calme. Alors je suis partie, j'ai étudié dans des endroits merveilleux, je me suis fait des amis extraordinaires.

- Mais ?

- Mais le jour de mon diplôme, la seule personne que j'aurais voulu voir dans la salle, c'était toi. La seule personne avec qui j'aurais voulu danser, c'était toi. Et la seule personne dont les félicitations avaient vraiment d'importance, c'était toi.

- Et comment as-tu pu préparer tout cela ?

- Un certain Drago Malefoy m'a aidé. C'est d'ailleurs lui qui a fait ta valise alors si tu dois te plaindre auprès de quelqu'un, c'est lui et personne d'autre.

Il n'en croyait pas ses yeux, ne pouvant imaginer qu'il s'était fait berner aussi royalement. Ainsi donc c'était pour cela que son protégé avait insisté pour qu'il vienne ce soir. Même si cette collaboration entre anciens ennemis pouvait sembler étrange, il connaissait bien le jeune homme et savait que, depuis la guerre, il avait bien changé.

Il l'embrassa tendrement, lui laissant voir tout l'amour qu'il ressentait pour elle. Il ne le faisait que très rarement, mais cela lui permettait justement d'apprécier d'autant plus ces instants qu'elle ne trouvait que plus sincères.

- Pourquoi ais-je besoin d'une valise d'ailleurs ?

- Parce que je compte bien rattraper ces années perdues. Tu prends des congés, avec moi.