Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre ! Un grand merci pour votre accueil avec le prologue et le premier chapitre. Merci pour vos mise en follow, en favori et pour les reviews ! Certain ont déjà beaucoup de questions et je ne peux que vous encouragez à lire pour essayer de grappiller quelque réponses. ;)
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin qui a accepté d'être ma bêta et de relire tous mes futurs chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.
Quelques mots sur ce chapitre : L'échange a commencé il y a 15 jours pour Raven, elle commence à prendre ses marques et à être agacée par quelques points. Elle est aussi, et cela pour une raison incompréhensible, de plus en plus intriguée par Anya.
Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 1 : La Carte Du temps
You can't hide your lyin' eyes Tu ne peux cacher tes yeux menteurs
And your smile is a thin disguise Et ton sourire est un piètre déguisement
I thought by now you'd realize Je pensais que maintenant tu réalisais
There ain't no way to hide your lyin eyes Qu'il n'y a pas moyen de cacher tes yeux qui mentent
Eagles – Lyin' Eyes
Chapitre 2 : Privilège
La sensation de tomber. Une chute qui paraît sans fin. Des mains qui se mettent en avant comme pour essayer de se protéger de l'atterrissage. Un regard effrayé qui entrevoit le sol. Un cœur qui s'affole. La perception de la mort qui tire les entrailles, les arrachant presque.
Puis, il y a ce souffle. Cette chaleur. L'air devient si lourd qu'il pourrait être touché ou même brisé. Un crépitement, comme celui de l'étincelle d'un briquet qui peine à s'allumer. La magie ne possède pas de reconnaissance que ça soit sonore, visuelle, olfactive, gustative ou textuelle. C'est un mystère et la façon dont elle choisit de se manifester est le plus souvent violente.
Je me redresse vivement dans mon lit. Au moment même où la pièce se met à trembler. J'ai du mal à respirer. Je ferme les yeux pour tenter de contenir cette manifestation incontrôlée. À chaque fois que mon souffle s'échappe de mes lèvres, je sens que la pièce tangue un peu plus. Il faut que j'arrête ça avant que quelqu'un ne débarque.
J'agrippe mon bras droit. Il me fait un mal de chien. Je n'ai aucun mal à imaginer mon visage se tordre de douleur. Je sens les lignes de l'arabesque sur ma peau s'étendre. J'ai la sensation qu'un couteau s'amuse à me charcuter.
Finalement, je n'arrive pas à le retenir : un cris. Avec lui, tout vole dans la pièce dans un fracas innommable. Je n'ai pas besoin de lumière pour savoir que tout est sens dessus dessous.
Je me laisse retomber sur mon matelas à bout de souffle. Ma respiration est saccadée, même sifflante, comme si quelqu'un avait perforé un de mes poumons. Je tente un regard vers mon bras. Je découvre les dessins voler au-dessus de ma peau. C'est semblable à des ombre chinoises teinté d'une lumière écarlate. Si cette apparition n'était pas si dangereuse elle serait magnifique.
Je passe les doigts de ma main gauche dans mes cheveux avant de les agripper. Il faut que je me calme. Je dois trouver un moyen de ravaler toute cette magie. Elle ne devrait pas être en dehors de mon corps. Je soupire en repensant à ceux qui m'ont garantit qu'avec les sceaux qui marquait maintenant ma peau, je n'aurai plus de soucis de contrôle. Au final, ce n'était rien de plus que des charlatans.
- Piètre entrave, je murmure en fixant de nouveau mon bras droit.
C'est avec nostalgie que j'observe maintenant ce spectacle involontaire. Je sais que je vais devoir m'y faire. Je ne parviendrai jamais à me contrôler. Ces manifestations sont de plus en plus fréquentes et incontrôlées. Je commence à pouvoir de nouveau mouvoir mon membre supérieur empli de magie. La douleur s'éloigne, tout redevient normal. Alors, je le sens ce froid.
Dès que mon pouvoir se manifeste avec un peu plus de violence et de force. C'est la même chose. Je reprends un semblant de contrôle mais le prix est cette sensation d'être glacée. Je pourrais me trouver au milieu de la Sibérie que ça ne m'étonnerais pas. Je tremble. Je me replie sur moi-même. J'attrape une couverture en plus, cachée sous mon lit, et j'attends que cette sensation piquante me quitte.
Il me faut du temps pour ne plus frissonner. Je m'étonne de ne pas avoir vu débarquer un des gardes que l'alpha a attribué à ma protection. En même temps, ça m'arrange. J'aurai eu du mal à expliquer le bazar. D'ailleurs, il faudrait que je me décide à ouvrir les volets afin de me rendre compte des dégâts.
Je me redresse sur mes coudes alors que les premiers rayons de soleil entre dans la pièce. Foutue perte de contrôle ! C'est un vrai désastre. La bibliothèque est renversée, les livres dispersés au sol. Une partie du mur sur ma droite est fissuré et une lampe c'est figé dedans. L'écran de la télévision est brisé et la radio à mes pieds n'a pas été épargné elle non plus. Mes vêtements ont quitté l'armoire et jonchent le parquet. Je soupire alors que je n'ai pas le courage d'aller plus loin dans mon observation.
Je fais passer ma main dans toute la pièce. J'utilise la magie cette fois avec contrôle. Elle ondule, obéit à mes moindre gestes et en une fraction de seconde tout redevient normal. Personne ne pourrait imaginer le bazar qu'il existait il y a encore peu. La seule trace c'est celle de mon pouvoir, je le sens encore flotter dans l'air.
Je me redresse. Je place sans difficulté ma jambe droite sur le parquet mais je suis obligée d'utiliser ma main pour que l'autre la rejoigne. Une fois mes deux pieds sur le sol, je me penche vers ma table de nuit. J'ouvre le tiroir du milieu et récupère les quatre arceaux de ma conception qui me permette de marcher. J'enfile le premier jusqu'à ma cuisse, le second s'arrête au dessus de mon genoux et le troisième juste en dessous, j'active les poulies et les engrenage avant d'installer le quatrième sur ma cheville. Je souffle un bon coup au moment où ils se resserrent tous. Je grimace sous la douleur avant de réciter le sort entre plusieurs respirations saccadées. Les arceaux fusionnent presque avec ma peau, si je devais passer ma main dessus, ce serait lisse. Un soupire de soulagement s'échappe de mes lèvres alors que je sens la magie se diffuser dans ma jambe, des muscles, aux tendons jusqu'au os, elle est partout. Sans la moindre hésitation je me lève et commence à me préparer comme si mon membre n'avait rien d'un poids mort.
J'ai enfilé un vieux jean dont la couleur commence à se ternir, un tee-shirt blanc cassé et des Convers rouge. Mes cheveux dégoulinent encore sur mes épaules mais je ne prends pas de temps de les sécher. Je meurs de faim. C'est un vrai calvaire. Je n'en peux plus du régime alimentaire de ces carnivore. J'ouvre un des quatre frigo et manque de lever les yeux au ciel en découvrant de la viande, de la viande oh et j'allais oublier, de la putain de viande ! Il n'y a même pas une pauvre pomme ! Je commence à ouvrir les placards à la volée. Je profite d'être seule pour agir comme une tornade. Mais il n'y a rien. Je ne comprends pas comment c'est possible. Je sais de source sûre que les plus jeunes ont un régime alimentaire normal jusqu'à leur première transformation. Je ne vais tout de même pas être réduite à voler la sucette d'un gosse de trois ans !
Je sors de la cuisine en traînant des pieds. C'est au moment où mes mains glissent dans le vide que je remarque que je n'ai pas mis ma veste. Je peste contre moi-même. Je bougonne de plus en plus en commençant à imaginer comment je pourrais sortir d'ici sans que personne ne s'en rend compte. Je suis prisonnière ici depuis 15 jours et non, ce n'est pas exagéré ! Je suis surveillée 24h/24. Enfermée, certes, dans une maison gigantesque, mais enfermée tout de même et je ne peux pas manger ce que je veux !
Je cherche dans ma mémoire un sort qui me permettrait de me téléporter rapidement dans le petit supermarché de la ville que j'ai repéré en arrivant à Polis. Je pourrai enfin avoir accès à de la vraie nourriture ! Après tout, il n'y a personne dans cette baraque. Mais mon début de plan, que j'admets tout de même un peu foireux, s'effondre brusquement. Je me stoppe net alors que j'aperçois au bout du couloir la silhouette d'Anya. Je n'ose plus bouger.
Cette fille est, sans hésitation, la plus intrigante de toutes les personnes que j'ai pu rencontrer jusque là. Le fait que je ne l'ai vu que le jour de mon arrivé est étrange. D'autant plus que le jour de mon intégration, Lexa a bien précisé que tous les membres de sa meute était présent, excepté Aiden qui effectuait l'échange avec le Cercle. Certains étaient même revenu spécialement pour l'occasion. J'avais beau la chercher, je n'étais pas parvenue à l'apercevoir. Évidemment, cette absence n'avait fait qu'accroître ma curiosité.
J'ai encore du mal à me remettre de ce que j'ai ressenti alors que nos regards se sont croisés pour la première fois au milieu de cette gare. Pendant un instant, je me suis sentie comme dépourvue de magie. Je me souviens parfaitement avoir déjà ressenti cette plénitude alors que ce genre d'iris me scrutait, c'était il y a bien longtemps… je dois avouer qu'Anya ressemble terriblement à… je secoue la tête pour chasser cette pensée.
C'est pas vrai… je savais que ça allait être une terrible épreuve de vivre à nouveau avec des lycanthropes. Le fait qu'Anya lui ressemble n'arrange rien. Je n'arrive pas à croire que je sois obligée de vivre une année entière ici, entourée de loups. Moi, qui croyais être en sécurité après avoir rejoint le Cercle de Lumière. Je me suis lourdement trompée. Je n'aurai pas dû faire confiance à Finn. Il est peut-être un Collins, mais il est très différent des autres membres de sa famille. Eux, ne se seraient jamais aplati devant cette Alie. Eux, m'auraient protégés.
Je soupire. Je suis surprise par un mouvement de la louve. Pendant une seconde, je crois qu'elle va me repérer mais elle étouffe simplement un bâillement. Je la détaille. Une chose est certaine, elle est magnifique. C'est assez fréquent chez les loups garou, moins que chez les vampires mais tout de même.
Pourtant, il y a quelque chose de différent. Je n'arrive pas à savoir d'où me vient cette appréciation, je ne suis pas sensé être sensible aux charmes. C'est à cause d'un pacte qu'a conclu un abrutit qui était à la tête de ma lignée avec un clan de démons. C'était la guerre et nous devions être capable de tuer n'importe qui alors ils nous ont simplement transformer en arme sans cœur.
Je baisse les yeux en repensant à ma mère. Les pactes avec les démons sont inviolables mais parfois ils sont imparfaits. 0,2314%. Depuis huit générations, c'est le pourcentage exacte de personnes de ma lignée qui ont été capable de ressentir à nouveau. Une seule main suffit pour les compter : trois. Ma mère en faisait partie. Elle l'a su au moment même où elle a posé les yeux sur moi. Elle m'a aimé. Alors elle s'est enfuie avec moi. Elle m'a protégé et a appris à reconnaître toutes ses émotions que je suis incapable de ressentir et j'ai fini par les assimiler. Il m'arrive d'être contrariée, d'avoir peur, d'être en colère… vous l'aurez compris, je maîtrise tout ce qui est malsain.
Mais… être sensible à un charme certain, le reconnaître, ça, c'est nouveau.
Je m'approche lentement. Mes yeux glissent sur sa chevelure blonde ondulée qui me cache une grande partie de son visage. Je ne peux m'empêcher de sourire en me disant que son loup doit être sublime. Elle semble en attente, les bras croisés, un fil rouge relié à des écouteurs sors de la poche de sa veste d'adjointe du Shérif et la semelle gauche de ses Vans noir est collée contre le mur. Je tourne la tête à la recherche de quelqu'un d'autre, n'importe qui. Je repère alors une porte travaillée de bois et d'or, mais close. C'est derrière celle-ci que la meute se réunit pour les crises. Je me demande ce qu'il se passe et pour quelle raison Anya attend. Elle devrait être avec les autres, non ?
Je fais en sorte d'être dans son champ de vision en lui accordant un micro sourire. Sa réaction est immédiate, elle retire rapidement les bouts de plastique de ses oreilles. Elle me fixe ensuite. Sans dire un mot. C'est étrange. Son comportement est anormal. Je vois bien que son attitude n'a rien à voir avec celui qu'elle a eu lorsqu'elle est venue me chercher. Elle semble angoissée. Ça me perturbe. Encore un comportement que je ne reconnais pas mais de ma part cette fois. J'agis vraiment de façon insolite.
- Où sont tous les autres ? Je finis par demander.
- La meute s'est réunie pour voter sur le nouvel échange.
- À six heure du matin ?
- C'est la lune bleu ce soir, sourit Anya.
Un éclaire de compréhension doit se lire dans mes yeux parce qu'elle hoche doucement la tête avec, sur les lèvre, un sourire triste. Les légendes sur les loups garous incontrôlables lors des pleines lunes sont complètement fausse mais par trois fois dans une année, la plupart sont incapables de résister à leur loup. On appelle ces périodes : lune bleu, durant deux semaines au mois d'août, lune sang, pour toute la durée de décembre et lune dorée, quand les premiers jours d'avril viennent.
D'un point de vu stratégique, c'était les meilleurs moments pour attaquer les lycanthropes. Mais c'était aussi très dangereux de s'en prendre à eux sous cette forme. Si on en manquait un seul, il n'était alors habiter plus que par la haine et la vengeance. Il choisissait d'abandonner toute part d'humanité et devenait un "Canis Latrans". Tuer un loup garou n'était déjà pas facile, ils ont une résistance et une capacité de régénération impressionnante, même pour des maudits, mais parvenir à achever un de ces monstre dépourvu d'âme c'était…
Rien que de m'imaginer en face à face avec un de ces titans, je sens ma magie crépiter. Elle se glisse dans toute mes cellules. Elle est prête à imploser. Je serre les deux poings pour la retenir. C'est tellement difficile de se contenir. Depuis que je suis enfant, je n'ai jamais eu à le faire, au contraire. On m'encourageait à perdre le contrôle, à me déchaîner. Comme le voulait le pacte, j'étais une arme et certainement une des plus pointue. Il a même été rare pour moi de trouver un adversaire à ma taille. Maintenant… je suis terrifiée à chaque fois qu'une vague un peu trop puissante m'envahit. Je suis incapable de dormir sans qu'elle se manifeste comme si elle était trop à l'étroit dans mon corps.
Les sorcière comme moi, celle de ma famille, ne sont pas faite pour la paix.
- Vous avez besoin de quelque chose ?
La question est polie mais je l'entends dans sa voix, elle sait. Je n'ai pas la moindre idée de comment elle fait, mais elle sait. Je la fixe non sans curiosité. Elle ne bronche pas. Je sens ma mâchoire se serrer bien malgré moi. Comment arrive-t-elle aussi facilement à déceler ma magie ? J'aurai compris que ça puisse arriver avec une autre sorcière, un chaman, une fée, un enchanteur même un vampire s'il était assez âgé mais un lycanthrope, non. Ils sont capable de sentir le pouvoir mais pas de comprendre et d'assimiler ses fluctuations. D'aucune manière !
Cette fille a définitivement quelque chose en plus. D'autant que… je fronce les sourcils. Comment j'ai pu manquer ça ? Si je ne l'avais pas chercher, si je ne l'avais pas su… j'aurai pu manquer son loup. C'est à peine s'il existe. Je pourrai croire être en face d'une humaine. Je la fixe de nouveau dans les yeux. Je me plonge corps et âme dans des iris chocolat, avec une teinte dorée dans la zone pupillaire mais ce n'est pas tout, la couleur tire aussi légèrement sur le magenta autour de la zone cellulaire. Ses yeux, eux, n'ont rien d'humain. Je le vois bien, son loup est là. Il est juste bien trop… docile. Je ne crois pas un jour avoir rencontrer une tel maîtrise et pourtant, j'ai croisé, à bien des occasion, de très grands alphas. Même elle… ça suffit !
Je dois définitivement penser à autre choses. Je hoche donc les épaules pour faire comme si tout ce que je venais de découvrir ne m'embêtait pas plus que ça. Je soupire pour montrer que je suis embêter avant de déclarer :
- J'aimerai manger autre chose que de la viande au petit déjeuner.
- C'est… Lexa n'a pas… j'imagine qu'elle n'a pas eu le temps.
- J'étais en train de me dire que j'allais aller faire quelque course.
- Ce n'est pas une bonne idée, souffle Anya. Pas sans protection. S'il vous arrivait quelque chose, votre Cercle tuerait Aiden et ça serait la guerre.
- Je doute que Aiden manque de viande lui alors que moi, j'en mange trop.
- Je vois, elle fixe la porte avant de soupirer, suivez moi.
- Pour quelle raison, je demande pour la provoquer.
- Je vous offre le petit déjeuné chez moi.
Elle me répond avec calme et douceur. Je n'y arrive pas. Je ne comprends pas comment elle fait. La provocation fait en général toujours réagir les lycanthropes. Ils ont le sang chaud. Ils s'énerve pour un oui ou pour un non. Ce n'est pas de leur faute, après tout, ils abritent en eux un animal sauvage.
Je décide de la suivre sans faire plus d'histoire. La simple idée d'avoir une chance de manger un repas un peu moins protéinée m'enchante. Bien que je me doute qu'elle ne doit pas avoir quelque chose de bien différent. Les loups garous se nourrissent à 95% avec seulement de la viande. Ou alors… elle a un enfant. Je me demande quel âge elle peut avoir et si elle appartient à un homme de cette meute.
Je remarque que nous commençons à nous enfoncer un peu trop dans la forêt et nous nous éloignons de plus en plus du manoir de l'alpha. Je ne vois plus aucune maison devant moi, seulement de la végétation. Je me retourne et la bâtisse la plus proche que j'aperçois est bien éloignée, ne ressemblant plus qu'à un point. Je fixe le dos d'Anya qui avance silencieusement les mains dans les poches, elle semble une nouvelle fois pensive et son regard est marqué par une certaine tristesse. Non mais pourquoi je remarque ça moi ?! Je secoue la tête pour me reprendre avant de demander avec une certaine ironie :
- Vous comptez me tuer ?
- Pardon ? Demande-t-elle surprise.
- Je vous ai demandé si vous comptiez me tuer, je répète. Je doute qu'il y ait qui que ce soit qui habite par là, j'ajoute en pointant la direction dans laquelle elle semble vouloir m'amener.
- Il y a moi, affirme t-elle avec le même sourire moqueur que le jour de notre rencontre. De plus, vous tuez serait contre productif. J'aime bien Aiden.
Je la ressens de nouveau, cette sensation étrange. Exactement la même qu'à la gare. C'est comme si mon cœur était soudainement oppressé, qu'il se battait contre un mal et que pour gagner cette lutte, il était obligé de battre plus fort, plus vite. Soudain sa ressemblance avec… je tique en faisant claquer ma langue sur mon palet. Toujours est-il que cette similitude s'efface complètement. Mais il y a encore un je ne sais quoi qui me semble familier.
Je baisse les yeux en fixant mes pieds. Je les regarde avancer avant de relever mon regard afin de nouveau détailler son dos. D'ailleurs, ses cheveux me paraissent bien courts pour une personne qui semble aussi bien maîtriser son loup. De mon point de vue, ils devraient être aussi long voir même plus que ceux de Lexa. Elles avaient d'ailleurs l'air très proche quand Anya m'a déposé. J'en ai même été surprise. Une telle familiarité avec une alpha c'est inhabituel.
- Nous sommes nous déjà rencontrées ? Je finis par demander.
- Je ne pense pas.
- Peut-être pendant une bataille, une alliance, un assaut, … ? Les sorcières et lycanthropes se sont souvent entre-aider pendant les grandes actions.
- Impossible, répond-t-elle sans même y réfléchir.
- Vous pourriez au moins faire semblant de vous plongez dans vos souvenirs, je réplique agacée.
- C'est impossible, souligne-t-elle de nouveau.
- Et vous le savez parce que… je l'interroge de plus en plus irritée.
- Pour la simple et bonne raison que… commence-t-elle.
Elle se retourne plonge son regard dans le mien, ce qui me fait reculer d'un pas bien malgré moi. Je peux deviner son sourire jusque dans ses yeux. Je déglutis. Comment arrive t-elle à paraître si humaine ? Elle s'approche. Je suis comme figée. Je voudrais réagir mais mes muscles refusent de m'obéir à croire que j'ai été touché par un sort Médusa.
Anya est bien trop proche. Elle est largement entrée dans mon espace personnelle. J'aimerai répliquer, faire appel à ma magie et lui faire ravaler son sourire. Je sens de nouveau mon organe vital agir dans un entrain inhabituel. Mais qu'est-ce qui m'arrive ? J'arrive à peine à diriger mes pouvoirs dans mes mains. Qu'est-ce que je vais faire si elle décide de m'attaquer ?
Le pire, c'est que je sens que la situation l'amuse. Mon estomac se contracte douloureusement à cette constatation. C'est quoi encore cette réaction ? Le visage de la blonde se penche encore. Elle est si près que nos nez pourrait se toucher quand elle finit enfin sa phrase :
- … je n'ai pas fais la guerre, aucun conflit, pas une seule bataille. Je suis restée étrangère à tous ces troubles et ces hostilités. Je ne voulais pas participer à cette boucherie expéditive où seul les pires animosités étaient tolérées. J'ai attendu patiemment que tous ces ébranlements s'essoufflent, que le deuil ne soit plus tolérable et que finalement il y ait plus de défunts que de vivants. Si je devais prendre un jour part à un combat ce serait celui de la lutte pour garder la paix, aucune autre campagne ne mérite que l'on meurt pour elle.
À la fin de sa dernière phrase, elle se retourne et reprend son avancée comme si de rien n'était. Je sens mes yeux s'écarquiller et ma mâchoire légèrement tomber. Je n'arrive pas à croire ce que j'ai entendu. Il est plus juste de dire que je ne peux pas me résoudre à avoir foi en ces mots. Si je devais l'accepter ça voudrait dire que quelqu'un qui est programmé pour l'agressivité, la violence et la mort a réussi là ou toutes les autres espèces plus posées ont échoués.
À ma connaissance, pas un seul Cercle de sorcières était parvenu à dire "non" à la guerre. La conclusion était simple : nous nous complaisons dans ces schéma répétitifs de désolation, de destruction, de mort… si nous avons arrêté, c'est simplement parce que nous sommes de moins en moins nombreux. Pas étonnant après des siècles de guerre. Les plus influents membres des espèces non-humaines s'étaient donc réunis pour signer un armistice. La paix existait depuis huit ans comme la faible lumière d'une bougie dans une pièce très sombre. La vérité, c'est que cette flamme était rachitique et constamment en danger. Beaucoup essayaient de la souffler. En fait, personne ne voulait de trêve forcée, tous les clamps, cercles, meutes… ils étaient tous près à répliquer en cas d'attaque.
Un pacte fait dans l'urgence et avec forcing n'était pas voué à durer dans le temps. Il n'y avait personne pour y croire. Personne… sauf Anya apparemment.
Je porte alors un regard tout autre sur cette femme que je trouve de plus en plus étrange. Elle me fait penser à ces sorts interdits qui demandent la lecture de pas moins de sept grimoires dispersés entre plusieurs Cercles avant d'avoir une infime idée d'à quoi ils pourraient ressembler. À ce jour, il existe une centaine de sorts interdits, de véritables mystères dispersés au quatre coins du Monde. La plupart des sorcières ne sont pas assez puissantes pour ne serait-ce penser à eux. Mais ce n'est pas mon cas. J'aime cette complexité, le travail qu'il faut accomplir pour essayer de les comprendre, les heures, jours, années qui sont nécessaires pour faire apparaître une première vague de magie vis-à-vis de ce sortilège et, enfin, l'accomplissement au moment où ce qui était interdit n'a plus aucun secret.
Anya est comme eux : un véritable défit. Je ne recule pas devant ce genre de provocation. Cette année ne va pas être si insupportable finalement. J'ai trouvé une activité qui va me permettre de ne pas succomber à cette faim infinie de pouvoirs. La magie est une vraie addiction. Plus on en a, plus on en veut. Je souris avant d'accélérer le pas pour combler le fossé qui s'est créé entre nous.
Pas une seule bataille… c'est tout de même incroyable ! Je m'apprête à l'interroger à nouveau sur ce point mais je remarque une maison en bois. Honnêtement, je ne m'attendais vraiment pas à trouver quelque chose. Je croyais qu'elle voulait juste me balader en attendant la fin de la réunion de la meute afin d'être certaine que je ne tente pas un tour en ville seule.
Anya glisse une clef dans la serrure avant d'ouvrir sa porte en grand. Elle me fait signe d'entrer. Je suis surprise par la simplicité de l'intérieur. Cette demeure semble démesurément petite pour un lycanthrope. Je ne peux m'empêcher de penser qu'elle doit tout détruire quand elle ne contrôle pas sa transformation. Comment son loup parvient-il à supporter d'être autant à l'étroit ? Ne vous méprenez pas, j'adore cette endroit. Il est très simple, apaisant et il a une âme. C'est juste qu'il n'est pas adapté à quelqu'un comme Anya.
- Je suis là, dit-elle un peu plus fort.
- Déjà, répond une voix masculine, tu ne m'avais pas dis que ça allait durer des heures ?
- Si.
- Tu as encore fait l'école buissonnière, demande-t-il en riant.
Je peux voir Anya lever les yeux au ciel avant de tourner sur la gauche. Je suis prise au dépourvu. Je ne sais pas si je dois la suivre ou rester où je suis. Je suis en pleine lutte interne quand je vois une boule de poile minuscule courir à toute allure. Il ne m'accorde pas un regard et fonce dans la pièce que vient de rejoindre la blonde.
Je ne peux m'empêcher de penser que ce chat est fou. Il devrait être terrorisé mais au lieu de ça, il fonce vers un loup sans peur. Je me sens obligée de le suivre. Je le trouve sur le plan de travail à miauler. Un discret sourire étire le coin des lèvres d'Anya qui tend la main pour caresser ses petites oreilles noir. Elle dépose deux boîtes de céréale avant de le prendre dans ses bras et de déclarer :
- Je sais que je t'ai manqué Blue mais là c'est excessif !
- Vous avez un chat, je ne peux m'empêcher de remarquer à voix haute.
- Je sais que ce n'est pas très conventionnelle mais Blue et moi on est inséparable !
- Vous êtes un lycanthrope et vous avez un chat, je souligne de nouveau.
- Ouais, sourit-elle.
Anya se penche pour reposer le chat au sol. Une seconde plus tard, il se frotte contre sa jambe en ronronnant. Sans faire plus attention à ce comportement, la blonde commence à fouiller dans ses placard qui sont anormalement remplit d'aliments divers et variés. Elle sort, brioche, confiture, pâte à tartiner, café soluble, lait, thé et jus de fruits.
- Une préférence ?
- Je crois que je vais prendre des céréales.
- Bien, dit-elle en sortant deux bols et deux cuillères.
- Je vous remercie, je souffle poliment en prenant une boîte de Reese's.
- Stop, m'arrête t-elle en faisant claquer sa cuillère sur le plan de travail. Je ne peux pas te laisser toucher ces céréales tant que tu me vouvoie. C'est bizarre !
- D'accord. Je… j'imagine que je peux le faire.
- Bien. Maintenant bon appétit, conclu-t-elle avec un sourire magnifique et en saisissant des Cheerios.
- Merci, bon appétit.
Elle a à peine le temps de finir la préparation d'un repas plus que copieux que son téléphone sonne. Je la vois soupirer et avoir une moue boudeuse en découvrant le destinataire. Elle prend son verre de jus d'orange, une tartine de brioche entre les dents avant de s'éloigner en décrochant. J'ai le temps d'entendre le prénom de Lexa mais la suite de la conversation m'échappe.
Je fixe la fenêtre sur ma gauche en me demandant ce qu'elles peuvent se dire. J'espère qu'Anya n'aura pas d'ennuis à cause de moi. J'espère… ça aussi c'est nouveau. Je soupire avant d'avaler une première cuillère de céréales. Oh, comme ça m'avait manqué !
Je finis par voir Anya s'accouder sur la rambarde de la terrasse qui dessert son entrée. Elle a le sourire. J'imagine que tout va bien pour elle. Je suis rassurée. Non mais c'est pas vrai ! Rassurée, je suis rassurée ? C'est vraiment n'importe quoi !
- Bonjour, je sursaute en percevant la voix masculine de tout à l'heure, Anya aurait pu me prévenir que nous avions une invitée.
Un homme qui doit approcher la quarantaine s'installe en face de moi. Sans peur, il vole le bol de café d'Anya et trempe ses lèvres dedans. Je n'aurai jamais osé. La nourriture, c'est presque sacré pour les muteurs quels qu'ils soient. Mais le pire, c'est qu'il continue, il vient de prendre un bout de brioche et de mordre dedans. Il ne doit pas tenir à sa vie, ce n'est pas possible autrement.
- Je crois qu'en cinq ans, la seule personne qui ait franchit cette porte avec l'invitation d'Anya c'est Lexa. Qui êtes vous ?
- Raven Reyes, je dis calmement en essayant de le sonder.
- La sorcière de l'échange. Oui, Anya m'a parlé de vous. Enchanté, Marcus Kane, se présente t-il en me tendant la main.
J'hésite. Je ne voudrai pas commettre d'impaire. Je n'arrive pas encore à savoir ce qu'il est. Certain signe ou geste peuvent être considérer comme hostile alors qui semble à la plupart naturel. Il se met à rire, ce dernier me fait automatiquement penser à celui d'Anya. Ils sont semblable sur bien des points sauf un : cet homme n'est pas un loup.
- Vous n'avez rien à craindre. En vérité, c'est plutôt moi qui devrait être effrayé.
- Comment ça ?
- Vous comprendrez bien vite, me répond-il mystérieusement. Où est Anya ?
- Au téléphone, elle s'est isolée.
Automatiquement, je le vois tourner la tête vers la fenêtre et sourire en la voyant. Il y a beaucoup d'amour dans ses yeux. J'ai déjà connu ce genre de regard. Je ne peux qu'être reconnaissante d'avoir le plaisir d'assister à ce genre d'échange. C'est devenu trop rare dans notre monde.
Je peux voir Anya raccrocher avant de passer une main dans ses cheveux. Son regard tombe à son tour sur Marcus et un sourire sincère étire ses lèvres. Tous ceux que j'ai pu voir jusque là me semble bien fade en comparaison, et elle a dans les yeux la même étincelle dans le regard. Ces deux personnes s'aiment, il n'y a pas de doute à avoir. Je n'arrive juste pas à saisir quel est le lien entre ces deux êtres qui semblent diamétralement opposés.
Sans que je ne m'en rende compte, la blonde est de nouveau dans la cuisine. Elle vient embrasser Marcus sur la joue sans que son sourire ne la quitte. Une petite moue apparaît sur son visage alors qu'elle découvre que son repas a déjà été grignoter. Elle lève les yeux au ciel avant de tous refaire à l'identique.
- À quel point tu penses être en retard aujourd'hui ?
- J'en sais rien, Lexa arrive.
- Oh là… qu'est-ce que tu as encore fait ?
- Mais pourquoi j'aurai fait quelque chose, demande t-elle d'un air plaintif.
- Pour commencer, tu as kidnappé la sorcière de son échange.
- Absolument pas. J'ai fait en sorte que Raven mange, c'est très différent.
- Si tu le dis. Évite de t'attirer des ennuis avant la lune bleu.
- Je ne vais pas m'attirer d'ennuis, soupire t-elle.
- Bien, dit-il en se levant et en embrassant le haut de sa tête, dans ce cas, nous nous voyons plus tard.
Elle secoue la tête en croquant dans une pomme. Marcus attrape une veste que je reconnais comme étant celle du shérif. Il me salue poliment avant de partir. A croire qu'il a peur de rencontrer Lexa. Je lève les yeux pour observer la blonde en prononçant :
- Il a l'air…
- … humain ? C'est normal. C'est ce qu'il est.
- Et il vit ici avec toi, au sein de la meute ?
- J'ai besoin de lui.
- Vous êtes…
Je ravale ma question. Je sais combien il est indiscret de demander à un loup garou, s'il est lié à quelqu'un. L'empreinte est quelque chose de vraiment unique. On ne retrouve ce genre de lien dans aucune autre espèce. Il y a bien des "marques", mais rien n'est aussi puissant que cette empreinte entre un lycanthrope et sa demi-âme.
- Marcus est mon père, me révèle t-elle.
- Mais tu viens de dire…
- Adoptif, précise t-elle.
- Pourquoi tu ne l'as pas transformé ?
- Pourquoi je voudrais le faire, demande-t-elle du tac au tac. Fini de manger, Lexa sera là dans moins de dix minutes.
- Elle est en colère.
- Contre moi, jamais. Contre toi, elle ne peut pas. De toi, dépends la paix.
- Pourquoi la paix est si important pour elle ?
- Pour trois raisons. Il y en a deux qui lui sont propre et ce n'est pas à moi de te les révéler. Mais il y en a une pour laquelle, j'entre dans l'équation. Elle sait que si elle ne tient pas ses engagements, que si elle reprend le chemin de la guerre avec sa meute, je partirai et ça, elle ne le souhaite pas.
- Tu ne peux pas partir sans son autorisation, je dis perplexe.
- Crois ce que tu veux.
À la fin de cette phrase, elle a ce genre de sourire qui est clairement provoquant. Son regard est joueur. Je sens que je suis en train de m'embarquer, dans un jeu terriblement dangereux et pourtant je ne souhaite pas l'arrêter. Sous aucun prétexte.
Il y a quelque chose chez elle qui m'irrite, comme si elle en savait tellement plus sur ce monde. J'ai parfois la sensation qu'elle ne suit pas les règles qui pourtant nous sont imposées à tous. J'aimerai être assez forte pour l'ignorer, pour ne plus lui accorder un mot. Mais la vérité, c'est qu'elle me sort de ma zone de confort et j'adore ça. De plus, c'est une parfaite diversion pour me passer de la magie pendant les prochains mois.
Je ne peux pas savoir ce que me réserve l'avenir, je ne suis pas shaman. Je ne sais pas si ma curiosité va me brûler les ailes. Et honnêtement, pour le moment, je m'en contre fiche. Que cette situation est grisante. J'étais persuadé d'être plus forte, d'avoir l'avantage et surtout que je finirai pas savoir qui elle était avant que se soit elle qui découvre mon identité. Pourtant, lentement avec du temps et de la patience Anya allait changer mon existence tout entière, détruire mes barrières et m'aider à me révéler. Mais ça, je l'ignorais encore.
Voilà pour le nouveau chapitre de cette fiction. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plus ! Seconde rencontre entre Anya et Raven les choses ont un peu évolué ! ;) Leurs vies sont décidément bien différentes à ces deux-là. Comment pensez vous que tout ça va évoluer ? Raven va t-elle se brûler les ailes à essayer de connaître Anya ?
Je suis évidemment ouverte à toute les critiques, qu'elles soit positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
En espérant vous retrouvez pour le prochain chapitre ! Et pour ceux qui suivent IHYV, je vous retrouve mercredi enfin... je suis de matin donc plutôt mardi soir ! XD
GeekGirlG.
