Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre ! Un grand merci pour vos mises en follow, favori et pour les reviews ! Vous avez tous beaucoup de questions et je ne peux que vous encouragez à lire pour essayer de grappiller quelque réponses. ;)
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin qui a accepté d'être ma bêta et de relire tous mes futurs chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.
Quelque mot sur ce chapitre : C'est partie pour la seconde immersion dans la tête de Raven Reyes, cette sorcière ultra puissant qui fait beaucoup parler d'elle. Comment va se passer sa première nuit chez Anya ? Explosion de la chambre ou non ?
Les personnages de la série The 100 ne m'appartient pas, seule l'histoire est à moi.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 1 : La Carte Du temps
And inside I know that Et à l'intérieur je le sais
You're not here anymore Tu n'es plus là
And you won't come when Et tu ne viendras plus quand
I call your name out J'appellerai ton nom
And I've tried so hard to ignore it but Et j'ai tellement essayé de l'ignorer mais
Today I know it Aujourd'hui, je le sais
I know it Je le sais
Judith Owens – You're Not Here Anymore
Chapitre 4 : Incertitudes.
Des lèvres bougent, elles forment forcément des mots et pourtant, ils sont imperceptibles. La nouvelle est tellement choquante, que depuis, entendre est devenu impossible. Les tympans sont comme agressés par de terribles acouphènes, ne laissant rien passer d'autre. L'estomac se tord de douleur, une nausée oppresse tout le corps alors que les larmes viennent.
La perte d'un être cher est toujours difficile à accepter, qu'importe que ce soit en temps de guerre ou non. Les réactions peuvent être diverses et variées mais avec la magie, c'est toujours… brutale. D'une telle violence que ça en devient incontrôlable. C'est un torture de vouloir maintenir toute cette douleur, ce mal. Cette tempête émotionnelle se déchaîne alors en libérant un pouvoir sans le moindre contrôle.
Je quitte mon livre des yeux pour plonger mon regard dans le vide. Je n'avais pas remarqué la date. Je viens subitement de m'en souvenir. Je sens alors une compression invisible sur mon cœur. Ceux qui disent que la perte d'une personne aimée s'allège un jour sont des menteurs. Je ne pourrai jamais oublier cette douleur. Je revois encore comme si s'était hier ma mère pousser la porte avec tristesse pour m'annoncer la nouvelle.
C'était la première fois que j'entendais ces mots : "Elle est morte". C'était la première fois que j'avais ressentie quelque chose d'aussi destructeur. C'était la première fois…
Je claque mon livre violemment, espérant que le geste puisse me distraire assez longtemps pour m'extraire de cet horrible souvenir. Je me pince l'arrête du nez en soupirant. Je crois que la malédiction qui pèse sur ma famille depuis des siècles ne fonctionne définitivement plus sur moi. Je ressens de plus en plus de choses. J'ai des sentiments. Et si pendant la guerre j'utilisais tous les plus mauvais d'entre eux pour continuer de perpétuer la tradition et être une arme digne de ce nom. Aujourd'hui… Aujourd'hui, c'est différent. Je n'ai plus aucun moyen de me cacher.
J'observe la chambre d'Anya dans laquelle j'ai dormi cette nuit et comme quand je l'ai découverte, je suis surprise par sa simplicité.
Un lit, une armoire, une table de nuit, une bibliothèque pleine à craquer et c'est tout. Elle semble ne posséder aucun objet personnel, aucune photographie. Je sais que les lycanthropes aiment montrer à tous leurs belles et grandes familles. J'en sais quelque chose, j'ai dormi avec un fresque gigantesque peinte au plafond de la meute sous les yeux pendant les deux premières semaines.
Ayant préparé ma jambe gauche il y a déjà une petite heure, je me lève pour me poster devant la bibliothèque. Mon indexe passe lentement sur les différentes tranches des livres plus ou moins cornée. Je tique même là, il n'y a aucun album photo. C'est étrange, encore plus que tout le reste en ce qui concerne Anya. J'ai beau essayer, je n'arrive pas à me faire une idée même infime de qui est cette fille. Elle est trop différente de tout ce que je connais.
Et pourtant… pourtant, ma magie semble inexplicablement la reconnaître.
Je passe une main sur ma nuque et l'étire. Je ne sais pas comment, mais il va falloir que je trouve des explications rapidement parce que ça commence à me courir sur le haricot. Je suis patiente mais là tant de mystère c'est presque du foutage de gueule ! Je suis sûre qu'elle doit bien se marrer dès qu'elle détruit une de mes illusions sur le sujet de la lycanthropie que je croyais maîtriser sur le bout des doigts. Et son sourire arrogant… j'ai envie de lui faire bouffer !
Je ne parle même pas de son choix inexplicable de la veille. D'où elle a accepté de devenir ma gardienne. Je croyais qu'elle en avait rien à foutre de la meute. Bon, en réalité ce n'est pas un grand mystère. J'imagine que c'est toujours pour cette paix qui trouve un sens à ses yeux que je ne m'explique pas. Pendant ma discussion avec l'alpha, j'ai essayé d'en apprendre plus sur Anya mais Lexa n'a pas été très coopérative, se contentant de réponses vagues, voir inexistantes.
Le plus troublant reste sa ressemblance avec… non, pas aujourd'hui.
Je suis obligée d'inspirer profondément pour chasser les larmes qui se forment sans aucune autorisation. Je me demande si ce n'est pas aussi douloureux justement à cause de cette similitude. De nouveau mon cœur semble se déchirer alors je secoue la tête. Je ne dois plus penser à ça. Je me précipite vers mon sac pour prendre des affaires propres et mes affaires de toilettes. Une bonne douche me fera le plus grand bien et m'aidera à chasser ses pensées négatives.
Je fonce dans le couloir en faisant tout de même attention à ne pas faire de bruit. Je n'ai pas entendu âme qui vive depuis mon réveil. J'imagine qu'Anya ainsi que Marcus dorment toujours après tout, c'est normale de dormir à sept heure du matin un dimanche. J'ai la main sur la poignée de la porte de la salle de bain quand mon regard se pose malgré moi sur le salon. Je suis surprise en ne découvrant pas Anya sur le canapé. D'une curiosité presque malsaine qui ne me ressemble pas, je m'approche.
Je fixe le canapé. Personne n'a dormi ici. Les objets garde l'énergie de la personne qui les a utilisés pendant quelques heures. Et là, je suis formelle, Anya ne s'est pas assoupie ici. Je fronce les sourcils avant de me souvenir que c'était la lune bleu. Elle avait peut-être ressentie le besoin de se transformer et s'était assoupie dans la forêt. Oui, mais je la voyais assez mal laisser sa maison sans surveillance, pas pour moi. Je ne me faisais pas d'illusions. Mais elle tenait vraiment à la sécurité de Marcus et je ne parle même pas de celle de son chat. Je frissonne encore en percevant le son de sa voix la veille. Je n'ose pas imaginer à quoi ressemblerait le pauvre fou qui oserait s'en prendre à Blue.
Je m'avance un peu plus, pensant la trouver sur le perron. Mais avant que je n'arrive à la fenêtre, mon regard est attirer par un mouvement sur ma droite. Je découvre la petite tête de Blue qui me toise avec des yeux fatigué. Je souris, elle est adorable cette boule de poiles. Dommage, qu'elle ait aussi peu d'instinct de survie. J'écarquille les yeux en réalisant que le chat se trouve être collé à un corps endormi qui semble n'être autre que celui d'Anya.
J'ai du mal à concevoir ce que je vois. De toute évidence, elle a levé les chaises pour les mettre sur la table de la cuisine et s'est endormi sous cette même table. Ce n'est pas juste un coup de folie passager, parce que je découvre un oreiller sous sa tête pas de drap ou de duvet mais c'est un loup. Les loups n'ont jamais froid. Ce que je peux les envier…
Anya est recroquevillée sur elle-même, tout son poids repartit sur son côté droit. De ce fait, elle me tourne les dos. Le chat doit être lové dans un espace restreint entre ses jambe et son estomac. C'est comme si elle dormait sous sa forme animal, mais tout en étant humaine. L'image est… magnifique. J'en ai le souffle coupé.
- Elle a dû faire un cauchemar.
Je sursaute en percevant la voix de Marcus. Je viens de frôler la crise cardiaque. Je le fusille du regard pour son manque de délicatesse mais il semble s'en contrefiche et poursuit comme si de rien n'était :
- Ça n'était pas arrivé depuis longtemps.
- Mais elle va bien ? Je ne peux m'empêcher de demander.
- Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir : la réveiller. Si elle reste avec nous c'est qu'elle va bien, si elle nous accorde à peine un regard pour aller s'acharner sur la construction de la balustrade, elle ne va pas bien.
Mais comment il fait pour énoncer ça avec un tel calme ? N'est-il pas inquiet ? À la vue de son expression et de son regard, je sais que je fais fausse route. Il est plus que troublé de la trouver dans cette position, à cet endroit. Soudain, je ressens un sentiment étrange que je n'arrive pas à comprendre. Je me sens presque mal d'avoir trouvé ce moment presque magique et hors du temps.
J'observe la scène comme si le quatrième mur s'était dressé entre moi, le père et la fille. Je sais que je devrais détourner le regard, pourtant je n'arrive pas à m'y résoudre. Avec une douceur qui me semble infinie, Marcus passe une main dans les cheveux d'Anya. Ses doigts glissent calmement au milieu de ses boucles aux nuances aussi infinies que celles d'un champ de blé. Il se penche un peu plus pour murmurer des mots qui me restent inconnu à son oreille. Tout, absolument tout ce qu'il accomplit est patient et tendre.
Je sais que ça paraît bénin mais je n'ai jamais connu ce genre de choses et je dois bien avouer que ça me touche bien plus que je n'aurai pu le croire. C'est inédit. Je sens mon coeur battre avec calme. Il se nourrit de ce savoureux moment volé. Tout semble parfaitement harmonieux dans cette scène que j'épie sans le moindre droit mais avec une légère touche de remord. J'ai cette sensation de découvrir les couleurs pastelles pour la première fois alors que jusque là tout était trop vif à mes yeux.
J'ai pourtant des souvenirs qui me semblent aussi soyeux que ce qui se déroulent sous mes yeux. Je baisse enfin le regard, me détourne. Je n'aurai définitivement pas aimé qu'on me vole ces moments.
Alors que je détaille maintenant le parquet, je les sens de nouveau : les larmes. Tout ce que j'ai de plus paisible dans ma vie est lié à… Je déglutis avec difficulté. Je me retourne en serrant les poings. Je ne cherche plus à retenir ces perles salées. Les plus merveilleux instants de ma vie sont en train de faner. Ils sont mort avec… Ils n'existent plus. Ils n'ont plus aucune raison d'être.
Je sais que c'est à cause d'eux que je suis devenue un des pires fléaux qui soit depuis ces dernières années de guerre. On m'appelait le trépas carmin. Je n'avais plus aucune raison de me maîtriser, plus aucune raison de vouloir laisser parler des émotions autre que la colère et la haine, plus aucune raison de… vivre. J'ai voulu provoquer ma mort mais elle n'a jamais daigné s'intéresser à moi. Je ne l'ai jamais sentie s'approcher, pas une fois. Pas même le jour où j'ai failli perdre ma jambe. J'imaginais même la faucheuse se moquer de moi alors qu'elle me tournait autour sans jamais me prendre.
Peut-être qu'elle souhaitait que je pleure enfin. Elle voulait que je fasse la paix avec elle. Mais comment accorder le pardon à la mort quand elle vous arrache la seule personne qu'on se soit autorisé à aimer ? Ou alors… j'essuie rapidement mes larmes tout en me retournant. Je découvre Anya se redresser lentement, ses yeux sont toujours fermés. Elle passe une main dans ses cheveux comme pour réussir à mieux se réveiller. Je continue de voir les lèvres de Marcus murmurer pour la rassurer. Avec une lenteur presque indécente, elle relève ses cils et je ne découvre pas ses yeux mais ceux de son loup. Je fais un pas en arrière. À ce stade là, ce n'est plus une ressemblance qu'elle a avec… merde ! Ce sont exactement les même yeux !
- Mais qu'est-ce que…
Je commence à prononcer à voix haute ce qui attire les regards de Marcus et d'Anya. J'ai envie de hurler. Je n'y comprends plus rien. Je sens la brûlure, reconnaissable entre toutes, se réveiller sur mon bras droit. Je jure intérieurement alors que je comprends que ma magie est maintenant hors de contrôle.
Anya se redresse vivement. Elle semble vouloir faire barrière entre moi et son père. Elle ne réalise pas que si je laisse mon pouvoir s'échapper, ils mourront tous les deux ou plutôt tous les trois si je compte le chat. Elle lève ses mains paume vers moi. Je sais que le geste devrait m'apaiser mais ce n'est pas le cas. Je vois ses lèvres bouger et elles font écho à mon pire souvenir. Comme cette fois là, je me dis qu'elles forment forcément des mots et pourtant, ils sont imperceptible. Je n'arrive pas à quitter ses yeux qui sont les même que… merde ! Ça ne m'aide pas !
- Venandi malum, je prononce difficilement en latin en fermant mes paupières.
J'essaye d'activer les sceaux plus rapidement. Je ne dois pas imploser, sous aucun prétexte. Je dois me contrôler. Je ne souhaite pas leur mort. J'ai envie… non ! J'ai besoin de savoir si Anya a un quelconque lien avec… qu'importe ! Je dois savoir.
- Libère moi, je continue dans notre langue, contrôle le, j'entends sa voix tel un fantôme se lier à la mienne, rends-moi ce qui m'appartient, je souffle, mon âme, mon pouvoir s'apaise enfin, mon coeur, j'ouvre les yeux pour les plonger dans ceux d'Anya, ma magie.
Je m'éloigne de quelque pas, juste au cas où il y aurait un refus d'énergie incontrôlé. Je n'arrive pas à m'arracher du regard d'Anya. Je jure que pendant une seconde, j'ai vu… je sais que ce n'est pas… mais tout de même ! Je commence à sentir mes mains se glacer, les tremblements font frémir tous mon corps alors qu'une fumée blanche de condensation s'échappe de mes lèvres. Ça recommence… encore !
- Je suis désolée, je murmure en tremblant.
Je referme mes bras sur moi, me frictionne sachant pertinemment que ça ne sert strictement à rien. C'est de plus en plus difficile de garder toute cette magie sous clef dans mon corps et ce dernier me le fait savoir. Si je ne trouve pas un moyen de l'extériorité, ça va finir par me tuer. C'est assez ironique quand on y pense. J'ai passé tellement de temps à souhaiter la mort et aujourd'hui, je fais tout pour la repousser.
J'ai de plus en plus froid. Je suis épuisée. J'ai besoin de bien plus d'énergie pour me contrôler que pour imploser. Je perçois les lumières écarlate s'échapper de mon bras. Je souffle de soulagement. Anya, Marcus et Blue ne risque plus rien, je ne suis plus un danger pour eux. Je sens que la magie s'échappe, elle va complètement disparaître pour les prochaines minutes.
Je ferme les yeux, mes paupières sont aussi lourde que des pierres. J'entends les arceaux tomber dans un capharnaüm atroce avant de me sentir tanguer. Je n'ai plus aucun équilibre. Je m'effondre et je sais que la réception va être douloureuse même si je ne vais pas la sentir tout de suite parce que je sombre dans les ténèbres.
C'est un tintement de bois sur du métal qui me tire d'un sommeil sans rêve. Je me redresse sur mes coudes en essayant de comprendre comme je suis arriver sur le lit. Je repère deux couvertures en plus ainsi que pas moins de cinq bouillottes qui commence à tiédir. Je sens que ma peau est encore froide. Je me laisse tomber sur l'oreiller en soupirant. J'ai encore fait une crise et pas une petite de toute évidence.
Je ferme les yeux avant de les recouvrir de mon bras droit. Je frissonne toujours. Je peine à me souvenir de ce qu'il s'est passé. J'espère que je n'ai blessé personne. Ça serait fâcheux… Anya… mais pourquoi je pense à elle ? Je secoue vivement ma tête pour chasser son visage et surtout son putain de sourire de mon esprit.
Et soudain, ça me revient… sa ressemblance de plus en plus frappante avec… merde ! Je ne croyais plus perdre le contrôle à cause de… Je souffle. Je crois qu'il est temps. Je me redresse vivement. J'ai pris ma décision et je vais m'y tenir.
Je souhaite me relever avant de remarquer que ma jambe gauche refuse de me suivre. Je tente l'action une nouvelle fois mais toujours rien.
- Qu'est ce que…
Je n'ai pas le temps de finir d'énoncer mon incompréhension que je vois la porte s'ouvrir avec douceur. Je me redresse un peu plus et fait couler ma magie dans tous mon corps mais elle ne coule pas jusqu'à mes mains. Je ne peux pas m'empêcher de me sentir menacer. S'il y a le moindre problème, je ne peux pas fuir. Du moins, pas avec mes jambes. Je commence à énumérer tous les sorts de replis que je connais, juste en cas de besoin.
J'arrête cette action stupide en découvrant Anya. Elle porte sur moi un regard interrogateur, peut-être même inquiet son sourire semble fané. Pour être honnête, je la reconnais à peine. J'ai la sensation d'être en face avec une inconnu. Je me demande si c'est à cause de mon manque de contrôle ou de ce cauchemar qu'elle aurait fait. Je… je suis moi aussi soucieuse. J'aimerai savoir si elle va bien.
Elle s'approche pour s'installer au bord de son lit. Elle me fixe dans les yeux et je remarque que les siennes sont de nouveau rien de plus que les siens. J'en oublie presque tout le malaise que j'ai pu ressentir quand j'ai découvert la ressemblance entre ses iris et ceux de… je ferme les paupières pour me forcer à chasser cette idée.
- Tiens, murmure-t-elle d'une voix fragile, j'ai fait de la soupe.
Je laisse mes cils se relever. Je suis presque surprise de découvrir un bol tendu vers moi. Je ne vois pas pour quelle raison, elle aurait une telle attention envers moi. Je plisse mon nez. Je ne peux m'empêcher d'être méfiante. C'est purement instinctif. Je me sens faible alors que la magie est à peine présente dans mon corps et je sais… je sens toute la puissance d'Anya.
C'est tout de même fou de posséder un loup aussi colossale et de ne pas s'en servir. Elle n'aurai qu'a claquer des doigts pour devenir alpha. Jamais… non, jamais je n'ai rencontré un métamorphe quel qu'il soit avec un tel contrôle alors que l'animal qui grandit en lui est aussi fort. Je me demande quel aurait été ma réaction si je l'avais rencontrée pendant la guerre. Je ne peux m'empêcher de penser que j'aurai été dans de sale draps si elle avait été mon ennemie. Elle aurait peut-être été cet adversaire que j'attendais depuis si longtemps.
- C'est gentil pour la soupe mais non merci, je finis par dire.
- Non ? Interroge-t-elle avec une voix qui me fait presque frémir.
- Non, je répète en déglutissant difficilement. Je… je ne peux rien avaler.
Mais pour qu'elle foutue raison je ressens le besoin de me justifier ?
- D'accord.
Je suis étonnée qu'elle n'insiste pas plus mais je le suis encore plus quand je la vois déposer le bol sur le sol. J'aurai cru qu'elle allait partir. Pourtant, elle reste assise sur le lit. Ses yeux parcourt la pièce comme si elle la découvrait alors que c'est sa chambre. Je ne comprends pas pour quelle raison elle reste. Je suis certaine qu'elle a des centaines d'autres choses à faire.
Je la vois soupirer avant de lever les yeux au ciel comme si elle avait eu une pensée qui l'avait agacée. Elle secoue la tête avant de se rapprocher un peu plus. Non mais c'est bon, elle était très bien au niveau de mes pieds. Elle n'a pas besoin d'être aussi près. Voilà que mon cœur recommence à faire n'importe quoi, il tressaute et semble malade.
- Donne-moi tes mains, exige-t-elle.
D'un geste, je ne peux m'empêcher de les éloigner d'elle. Il est absolument hors de question qu'elle me touche ! Non ! Je refuse ! C'est… mais qu'est-ce qu'elle fait ? Sans mon autorisation et alors que j'ai très bien montré par mon geste que je n'étais pas d'accord, elle saisit mes mains.
Il ne faut pas plus d'une seconde avant que je ne sente sa chaleur se diffuser sur ma peau. Je fixe nos mains liées avec incompréhension. C'est un geste bien trop… intime. Putain, elle n'a pas le droit de toucher mes mains ! C'est la partie la plus sacré chez les sorcières. Sans nos mains, nous ne sommes rien. Nous autorisons que de rare personne à ne serait-ce qu'effleurer cette partie de notre corps, nous nous avons le droit d'initier le geste mais personne d'autre n'a aucunement l'autorisation de violer l'endroit le plus sacré de notre corps !
J'ai envie de hurler. Je veux la repousser. Je souhaiterai que ma magie lui fasse mal, très mal. Je désir l'anéantir pour ce qu'elle ose faire en ce moment. Je cherche le meilleur moyen pour la repousser. Je lance mon pouvoir dans mes mains pour qu'il implose et l'éloigne enfin. Sauf qu'il ne se passe rien… rien du tout ! Putain, c'est presque du harcèlement et je n'arrive pas à m'en débarrasser ! Merde à la fin, ce n'est pas correcte !
- Je sais, murmure-t-elle. Je sais, répète t-elle. Je suis désolée.
- Tu n'as aucun… Ma voix se casse, je suis incapable de finir.
- Je sais. Sauf que tes mains sont gelées, engourdies. Tu pourrai perdre des sensations. Le froid… la piqûre qu'il provoque tue les cellules à une vitesse incroyable. Si tu laisses ce froid se propager, atteindre un peu plus tes mains… Tu pourrais perdre ta magie. Je sais que je n'ai pas le droit de te toucher mais si je ne le fais pas, ça sera pire. Alors je suis désolée mais je ne m'arrêterai pas. Tu peux me hurler dessus, si ça te soulage, conclu-t-elle avec un sourire timide et presque de la tristesse dans son regard.
Oh que oui je vais lui hurler dessus ! Je ne vais pas me gêner ! Elle est entrain de violer mes mains ! Merde ! Je veux qu'elle me lâche ! Je préfère perdre ma magie que de… en fait non, je serai folle si je devais la perdre. Mais que ça m'énerve de m'avouer même intérieurement qu'elle a raison.
- Qu'est-ce que tu sais du froid, j'attaque. T'es une lycanthrope !
- J'en sais assez, crois-moi.
- Quoi ? Qu'est-ce que tu sais ? Tu as frissonné en décembre pendant la première lune sang ou tu as réussis à ne pas te transformer ? Tu as un vague souvenir de ce que c'était avant de devenir un loup ? Qu'est-ce que tu en sais ? Je hurle.
Son regard d'un calme que je peine à comprendre se pose avec douceur sur moi. Je n'arrive pas à comprendre comment elle arrive à faire ça. Je suis tellement… mais alors tellement en colère et pourtant à la force des ses seules iris, je me sens plus… apaisée ? Non ! Ça n'a aucun sens. Je ne peux pas me sentir bien pas même de façon infime alors qu'elle détient toujours mes mains en otage.
- Je sais, c'est tout, se contente t-elle de répondre.
- Tu te fous de moi ?
- Non.
- Tu es physiquement incapable de ressentir le froid ! T'es une lycanthrope, cette fois, je crache ce mot comme une insulte.
- J'ai été humaine, dit-elle avec tristesse.
- Quoi, les 12 peut-être 15 premières années de ta vie ? Je sais que tu n'as pas été mordu, tu es trop forte pour ça. T'es forcément une générationnelle ! Tu ne peux pas savoir ce que… avoir un corps aussi faible c'est une calamité.
- Tu te trompe. Mon corps… celui que tu as sous les yeux était faible, beaucoup trop faible. Il l'est encore.
- Je n'en crois pas un mot !
Elle me lâche subitement les mains en se redressant. Je suis surprise en ne ressentant plus du tout la morsure du froid. Je ne peux m'empêcher de les fixer alors que je sens de nouveau la magie s'écouler en elles. J'ai du mal à l'avouer mais si elle n'avait pas agit, il y aurait peut-être eu des séquelles. La situation est de pire en pire… plus j'essaie de me contrôler et plus je suis un danger aussi bien pour les autres que pour moi-même.
- Pour ce que ça vaut, je sursaute en percevant la voix d'Anya, le froid a faillit me tuer.
- Te fous pas de moi.
- J'ai dépassé les limites en… te touchant. J'imagine que je te dois quelque chose, en quelque sorte.
- Tu n'as pas dépassé les limites, c'est bien pire.
- Quand j'avais six ans, commence-t-elle s'en se soucier de ce que je viens de dire. Il y a eu un accident.
Avec lenteur, elle retire son pull lentement. Je suis le geste comme hypnotiser. Je ne comprends pas ce qu'elle cherche à prouver avec ce geste. C'est n'importe quoi. Sa tête vient de passer par l'encolure et elle est complètement décoiffer. J'aimerai ne pas trouver ça adorable. Mais pourquoi je n'arrive pas à la haïr ? Maintenant que ma magie est revenue, je devrais être entrain de la torturer !
Ses paupières sont fermées, elle semble souffrir. Je l'observe alors plus en détail et je remarque que ses bras sont toujours couvert par les manches du pulls. Elle inspire profondément mais n'ouvre toujours pas les yeux. Elle laisse glisser la dernière partie du vêtement d'un geste lent me laissant découvrir avec horreur des cicatrices qui partent des ses épaules pour presque finir à la moitié de son avant bras.
C'est… Il est presque impossible pour un loup garou d'avoir des cicatrices. C'est… impensable. Le loup aurait dû la protéger de ce genre de choses. Le pull tombe au sol dans un bruit sourd, ou peut-être que j'ai imaginé ce dernier. Je détaille un peu plus sa peau et remarque que ce ne sont pas des cicatrices habituelle mais de brûlures.
- Je suis passée à travers la glace d'un lac.
Merde… je commence à comprendre. Je me mords la lèvres à cette idée. Mon coeur bat encore bien trop vite. C'est… ça explique tellement de choses. Sauf une ! Comment peut-elle être devant moi ? Humaine ?
- J'ai survécu.
- Comment tu peux être…
- Ce n'était pas mon choix mais j'ai survécu.
- Mais tu es humaine.
- Ouais, merci de m'avoir remarqué.
- C'est impossible.
- Crois ce que tu veux, souffle t-elle avec le retour de son sourire arrogant. Repose toi, je reviendrai te voir un peu plus tard.
Elle ne me laisse pas l'occasion de répondre qu'elle a déjà disparu derrière la porte. Elle n'a laissé derrière elle que son pull et des milliers de questions. Comment elle veut que je me repose maintenant ?
Bon d'accord, je crois qu'il y avait beaucoup de mauvaise foi parce qu'il ne m'a pas fallu longtemps pour sombrer de nouveau. Je ne m'étais pas sentie vidée de la sorte depuis un certain temps. J'ai cette étrange sensation que mon corps n'est rien de plus qu'une poupée de chiffon qui gît au sol. Je suis terriblement faible mais moins qu'avant. Sentir autre chose qu'un froid glacial dans mes mains me permet de diffuser la magie dans chaque recoin de mon corps. La prochaine fois que j'ouvrirai les yeux, je serai d'aplomb !
Je sens un objet non identifié bouger sur ma gauche. Je me redresse prête à en découdre avec qui que ce soit qui serait un peu trop proche. Je sens mon pouvoir se glisser sous ma peau dans chacune de mes cellules. Je suis prête. Je ne peux m'empêcher de me sentir puissante. Puis, je perçois un ronronnement et je ravale toute ma magie alors que mes yeux tombent sur Blue qui s'est roulé en boule, collé à moi et dort profondément.
Automatiquement, je cherche la blonde des yeux m'attendant à la trouver dans la chambre. Je suis presque déçue quand il se révèle que ce n'est pas le cas. Je ne devrais pas ressentir cette déception. Je grimace alors que je repense à ce qu'elle a osé faire. Je place mes mains sous mes yeux. L'incompréhension doit certainement marquer mes traits. Pour quelle raison je semble incapable de la haïr ou de lui faire du mal. Mon âme blessée devrait réclamer vengeance. Je suis pourtant incapable d'agir. Malgré qu'elle ait prit la pire de toutes les décisions possible je sais que c'était pour le mieux. Elle a juste été maladroite enfin c'est ce que je me dis. Il me faut bien une raison pour ne pas la détester et pour continuellement m'inquiéter pour elle.
Une nouvelle fois, la porte s'ouvre avec douceur. Cette fois, je ne suis pas effrayée. Je sais déjà que c'est Anya. Je peux sentir sa force si unique et son loup si profondément enfoui, qu'il semble dormir. Elle glisse sa tête dans la chambre. Ses yeux passe sur moi non sans une inquiétude. Pour une raison qui m'échappe totalement, elle semble hésitante.
- Je peux entrer ou tu vas encore me faire valser avec ta magie ?
- Je… pardon ?
- Je me disais bien, sourit-elle en passant une main derrière sa nuque, tu ne l'as pas fait volontairement. Tu te sens mieux ?
- Oui.
Putain ! Est-ce que je lui ai fais mal involontairement ? Ce serait une catastrophe ! Non mais pourquoi je pense ça ? C'est très bien ! Ma magie a décidé de se révolter de son geste, plus que déplacé, contrairement à moi. Je devrais m'en réjouir. Sauf que je suis inquiète, très inquiète…
- Je suis encore désolée pour tout à l'heure. Morgane disait que perdre sa magie ou ses mains pour une sorcière était un sort pire que la mort.
- De mieux en mieux, je ne peux m'empêcher de tiquer, voilà qu'un lycanthrope cite Morgane.
- Tu n'es pas obligée de préciser que je suis un monstre dans toutes tes phrases, je peux voir la douleur dans ses yeux. J'avais compris la première fois. Et, je n'ai pas besoin de toi pour le savoir.
Mince… est-ce que je l'ai blessé ? Ce n'est pas ce que je voulais. Mais encore une fois, elle m'a fait du mal. Mes mains… elle a touché mes mains. Je suis bien obligée de faire quelque chose pour qu'elle comprenne que ça ne se fait pas et qu'elle ne doit plus jamais se croire autorisé à faire quelque chose d'aussi stupide. Et puis, pour quelle foutue raison je ne suis pas plus en colère ? Je devrais imploser, l'écarteler sur place au lieu de ça, je suis inquiète de savoir si je l'ai blesser. C'est vraiment n'importe quoi !
- C'est ce que tu es : un monstre.
Je rêve, je suis entrain de m'enfoncer ! J'ai envie de me gifler moi-même en voyant la tristesse naître dans ses yeux. Je dis vraiment n'importe quoi. Je me sens mal, si mal de créer cette nuance dans son regard. Je préfère ses sourires, qu'importe qu'ils soient moqueurs ou encore arrogants.
- Je… je veux essayer de me rattraper.
- J'ai découvert pour quelle raison il m'est si facile de lire ta magie.
- Vraiment ?
- Si j'avais su… jamais je n'aurai accepté de devenir ta gardienne.
- Qu'est-ce que tu crois savoir ?
- Tu es une descendante directe de Morgane.
Non mais comment elle a deviné ça ? À quel point elle sait ? Serait-elle capable de véritablement me retrouver dans notre arbre généalogique ? De savoir avec précision qui je suis ? Comment a t-elle réussie à arriver à cette conclusion ?
- Je prends ton absence de réponse pour une confirmation. De toute façon, si tu me disais le contraire, je ne te croirai pas.
- Pour quelle raison ?
- Je te l'ai dis. J'ai reconnu ta magie, elle est très proche de celle de Morgane.
- Tu as conscience que Morgane est née et à vécu au seizième siècle, n'est-ce pas ?
Je peux voir les plis de ses lèvres s'étirer, ses yeux briller de malice. J'écarquille les yeux, non c'est hors de questions. Je ne vais pas la laisser faire, pas cette fois ! Je la coupe avant même qu'elle ne prononce un mot :
- Et n'ose pas me dire "Crois ce que tu veux", je te jure que si tu le dis, je te frappe !
Anya éclate de rire, un vrai rire, un de ceux qui vous retourne complètement, un qui me ramène à un de mes plus beau souvenir. De nouveau, je la distingue : cette ressemblance. Je penche la tête sur le côté comme pour mieux analyser. Il y a vraiment des instants comme celui-là où j'ai la sensation qu'elles ne sont qu'une seule et unique personne. Cette fois, je ne suis pas effrayée. J'ai même cette conviction de voir Anya pour la première fois, de la voir vraiment. Ici et maintenant. Instinctivement, je touche mon bras droit comme pour cacher l'écriture, pour cacher qui je suis, qui elle pourrait être. Ici et maintenant… C'est impossible, n'est-ce pas ?
Le truc avec la magie c'est que rien ne reste bien longtemps "impossible"…
Il faut que j'en ai le cœur net. J'ai besoin de savoir. Je ne voulais pas croire ma mère quand elle m'a dit qu'elle ferait en sorte que je la retrouve. Croire, espérer s'était accepter de souffrir à nouveau et je ne pouvais pas. Mais… s'il y a une chance, même infime… je dois savoir !
- Tu peux m'accompagner quelque part ? Je finis par demander.
- Aujourd'hui ? Je peux percevoir son inquiétude dans sa voix. Tu n'es pas vraiment en très grande forme et je ne peux t'emmener nul part sans l'autorisation de Lexa.
- C'est aujourd'hui que je suis en deuil. Je dois me rendre dans un des Multi pour me recueillir.
- Je vais appeler Lexa tout de suite. Je ne pense pas qu'elle va refuser mais tu aurais dû nous prévenir.
Je savais qu'en appuyant sur le deuil, j'allais la faire craquer. Ce n'est pas un mensonge mais je ne suis pas comme les autres sorcières. Je ne me sens pas mourir si je ne me recueil pas auprès de l'âme perdu le jour de sa mort. Notre magie naît d'héritage qu'il faut entretenir si on ne veut pas la perdre. Pour moi c'est différent, très différent. Ma magie m'est propre, on ne me l'a pas légué. De plus, ce n'est pas auprès d'une sorcière que je veux aller chercher des réponses.
Anya sort une nouvelle fois de la chambre, son portable à la main. Je la vois le coller à son oreille en refermant la porte. Je n'ai plus qu'à me préparer. Je tente de me relever mais c'était sans compter sur ma jambe gauche. Non mais c'est pas vrai ! Je n'arrive pas à le croire ! C'est vraiment une journée foireuse !
Je suis prête à hurler toute ma frustration lorsque je repère les quatre arceaux déposer au bout du lit. Je me penche pour les attraper, foutu manque de souplesse ! Je fais claquer ma langue contre mon palais, je suis de plus en plus agacée. Je tends ma main droite vers l'objet de ma convoitise. Je me concentre et je les appelle. Ils lévitent avant de se poser délicatement dans la paume de ma main. Je me sens apaisée en les retrouvant même si je sens que c'est Anya qui les a touchés et que son énergie les entours encore. Rapidement, je les mets en place sur ma jambe avant de me lever pour me préparer. Je boitille sur les premier pas. Je dois encore être légèrement fatiguée.
Je n'attends pas Anya pour aller dans la salle de bain et me préparer. Je suis habillée et propre quand je rejoins la chambre pour découvrir la blonde avec un doux sourire, installée sur le lit, caressant Blue. Elle semble tellement plus calme dès que le chat entre dans l'équation.
Je n'ai pas eu besoin de dire un mot, je n'ai signalé ma présence d'aucune façon que je la vois se dresser. Foutu ouïe sur-développée ! Elle se tourne vers moi en me tendant le téléphone. Je le fixe sans comprendre ce qu'elle attend de moi. Elle précise donc :
- Lexa aimerait te parler.
- Pourquoi ? Tu as dis qu'elle ne refuserai pas.
- J'ai dis que je doutais qu'elle refuse, mais là n'est pas la question. Elle a accepté.
- Pour quelle raison elle veut me parler ?
- Oh… j'imagine que ça a voir avec le fait que je n'ai jamais mis les pieds dans un Multi.
Non mais elle déconne là ? Ce n'est pas possible. Elle est forcément en train de se payer de ma tête. Qui ? Sérieusement qui de non-humains n'a jamais mis les pieds dans un des Multi ? C'est insensé !
Je prends le portable en la dévisageant. Elle se contente de hausser les épaules comme si tout ceci était normal mais ça ne l'est pas. Les Multiversum ont été créé par la Confédération des mages les plus puissant qui soient. C'était après la grande époque de l'Égypte Ancienne, quand leurs pouvoirs et leurs nombres étaient plus grands qu'il n'avait jamais été. Aujourd'hui, les mages sont si peu nombreux qu'ils s'apprêtent plus à des légendes qu'autre chose. Mais ils nous ont laisser un héritage magnifique : les Multiversum.
Trois mondes entièrement dirigés et conçu par et pour la magie. Un pour hier, celui où nous nous réunissons pour les grands célébrations, pour le deuils. Celui où il est interdit de faire du mal.
Un pour aujourd'hui, celui où nous nous battons. Nous évitons ainsi de nous exposer aux humains et de, accessoirement, détruire le monde. Je ne dis pas qu'aucune bataille n'a lieu sur Terre, juste que le plus grands nombres se produisent dans le Multi.
Et le dernier, celui pour demain. C'est le plus mystérieux. Il y a peu de personne capable de s'y rendre, beaucoup sont mort en essayant. Mais c'est dans ce dernier que l'armistice a été signé il y a huit ans. Certain disent qu'il existe un quatrième monde, un qui réunit les trois autres. Je ne sais pas trop si je crois à cette légende.
Je comprends qu'Anya ne soit jamais aller dans les deux dernier mais dans le premier. Le multi d'hier, tous le monde s'y rend au moins une fois dans sa vie. Elle a bien dû perdre quelqu'un. Je vais finir par croire qu'elle n'appartient pas à notre monde.
Je porte le combiné à mon oreille en fixant la blonde. Il n'y a rien à faire, tous ce qu'elle est reste inexplicable. Le pire c'est que je suis sur le point d'ajouter de nouvelles parts de mystère.
- Lexa ?
- Raven ! Pour quelle raison tu ne m'as pas prévenu que tu serai en deuil ? Si tu l'avais fais, je t'aurai accompagner moi-même.
- Je suis certaine qu'Anya saura me protéger comme il se doit.
- Anya n'est… Anya a… tu pourrais aussi faire attention à elle là-bas ?
- C'est quoi le problème ?
- Elle ne te le dira pas, me prévient la propriétaire de la maison.
- Je ne peux rien te dire mais… je te préviens, s'il lui arrive quelque chose tu auras à faire à moi. Paix ou non, je… Fais en sorte qu'il ne lui arrive rien.
- Tu sais que je t'entends Lexa hein ? Demande avec amusement Anya.
- Et tu sais, que je tuerai qui que ce soit qui oserait te faire du mal, n'est-ce pas ?
- J'ai un vague souvenir de ce qui c'est passé la dernière fois, oui. Allez retourne t'occuper de ton problème épineux. Arrête de t'inquiéter pour moi.
- Je vais essayer de ne tuer personne… Raven, je te souhaite très respectueusement un bon memoriae.
Je suis surprise par autant de respect. Je ne m'y attendais pas. Il faut dire que Lexa a été assez invisible depuis le début de l'échange. Je m'en voudrais presque de jouer sur un point aussi important de ma culture qui ne l'est pas pour moi. Presque…
Je raccroche et tends le portable à Anya. Je fais très attention à ce que nos mains ne se touche pas. Je ne suis pas d'humeur pour un autre contact, même accidentel. Je la vois ranger son téléphone dans la poche arrière de son jean avant qu'elle me demande :
- Donc, comment ça se passe ?
- Comment quoi se passe ?
- Pour aller dans le Multi. Il y a une procédure ? Quelque chose ?
- C'est incroyable que tu n'y sois jamais allée.
- Je n'avais aucune raison de m'y rendre.
- Les loups aussi ont un mémorial là-bas.
- En effet, la meute s'y rend deux fois par an mais pas moi.
- Je ne te comprends pas.
- Je te rappelle que j'ai été élevé par un humain.
Mince, j'avais encore oublié le lien étrange qu'il existe entre Anya et Marcus. Je n'arrive pas à comprendre. Même si elle est orpheline, pour quelle raison sa meute aurait accepté qu'elle soit adoptée par un humain ? C'est impensable. Il me manque un détail et ça me fout en rogne !
- Mais tu devais bien savoir que tout ça existait !
- Évidemment. J'ai toujours eu conscience de ce que j'étais et qu'il y avait donc logiquement tout un monde autre que celui que Marcus connaissait mais… tout ça, comme tu dis, je n'en ai compris toute l'ampleur seulement depuis que je connais Lexa, soit sept ans.
- Tu as connu Lexa après la guerre ? Je croyais que tu avais rejoint la meute il y a cinq ans.
- Oui, le jour où elle est devenu alpha. Bon alors, comment on y va dans ce fameux Multi ?
- Approche toi, je souffle.
Anya fait quelque pas de plus vers moi. Elle s'arrête à bonne distance. Je pense qu'elle doit encore s'en vouloir pour l'épisode des mains. En tout cas, elle provoque une distance qui ne lui ressemble pas.
- Plus près, je précise. Mais ne me touche pas.
- Je ne l'aurai jamais fais si tes mains n'étaient pas en danger.
- C'est bon, j'ai compris.
Elle effectue exactement quatre nouveaux pas. Je manque de lever les yeux au ciel en réalisant qu'elle est encore bien trop loin. Je soupire avant de saisir son pull de sorte que la pointe de ses pieds touche les miens. Je me perds quelques secondes dans ses yeux et mon coeur cogne, cogne et cogne encore bien trop vite dans ma poitrine.
- Voilà, ne bouge pas.
Elle se contente de faire un signe de tête comme si les mots refusaient de prendre vie. Ses bras sont ballants et son regard ne semble pas savoir où se poser. Mes doigts ne veulent pas se dé-saisir du lien qu'ils viennent de créer. Je baisse mes yeux jusqu'à mes mains. Ma magie est bizarre.
- Inspire profondément, je murmure. La première fois ça peut être désagréable.
Je sais que je n'ai pas à proprement parlé besoin de garder le contact avec elle pourtant, je resserre ma prise alors que je commence à visualiser le Multi. Se téléporter n'est pas une action des plus facile mais j'adore la sensation, c'est encore mieux que de voler. Pendant une seconde, nous ne ressentons plus rien, juste le vide. Un souffle et c'est fini.
Je ferme les yeux alors que je prononce la formule. Je sens Anya s'agiter, j'imagine qu'elle est impressionnée par le spectacle. Je manque de foirer mon invocation alors que je veux lui rappeler de bien prendre son souffle. Mais je l'ai prévenu, si elle se sent mal à l'arrivée, elle ne pourra s'en prendre qu'à elle-même. Nous sommes ensuite aspirées en une fraction de secondes avant de nous rematérialiser à des lieux de la maison de la blonde.
J'ouvre mes paupières pour laisser voir mes yeux qui doivent encore être marqué par le passage de la magie. Je découvre alors le regard curieux d'Anya. Elle ne semble pas savoir où arrêter son attention. C'est vraiment adorable. En revanche, je suis surprise de la voir aussi bien. Son corps doit être sacrément robuste malgré ce qu'elle m'en a dit. La plupart rendent leur déjeuner lors d'un premier voyage téléporté. Je me demande pour quelle raison, elle n'est jamais venu avant. Elle devait être curieuse. Je ne comprends pas.
Je me dis qu'il est temps de se mettre en route. J'ai perdu assez de temps. C'est à ce moment que je réalise que mes mains sont toujours fermement accroché à son vêtement. Je n'aime pas ça. Il y a comme une reconnaissance entre ma magie et… elle toute entière. C'est anormal. Après ce qu'elle m'a fait subir dans la matinée mes mains devraient vouloir se détourner. Pas qu'elles aient une conscience, mais tout de même. Je lâche donc prise comme si soudainement, la laine me brûlait.
J'observe Anya en silence. On dirait vraiment une enfant qui découvre la neige ou la mer pour la première fois. Je penche la tête sur le côté comme pour mieux apprécier le spectacle, ça dure une ou deux secondes avant que je ne me ressaisisse. Je tourne les talons et commence à avancer. Je ne fais pas attention à Anya. Je sais qu'elle me suit. Je sens sa présence rassurante dans mon dos.
Rassurante ? De plus en plus lamentable…
J'arrive devant le mausolée qui m'intéresse, sans que j'ai à lui demander Anya s'arrête respectueusement devant. J'entre donc seule. Je me dirige aisément dans les couloirs. Je les connais plutôt bien, peut-être même trop bien. Je m'arrête ensuite longtemps devant une porte. Je n'ai eu le courage de la franchir qu'une seule fois et c'était il y a très, très longtemps. Je sursaute en percevant des murmures.
Je pose avec douceur ma main sur la structure en bois et en fer. Je frissonne alors que ma magie se lie avec perfection à ce lieu. Le dernier endroit où il reste un peu d'elle. La pièce s'ouvre et je la franchis d'un pas hésitant. Tout est blanc, vide sans âme. La seule qu'il y ait, c'est la sienne. Je m'avance jusqu'au milieu de la pièce. Je m'assoie en tailleur devant une urne, scellée par ma magie.
- Salut Lyssa.
Je ne cherche pas à retenir mes larmes de toute façon, je les retiens depuis bien trop longtemps. Je passe ma main sur le couvercle. Les écritures en or du sort réagisse aussitôt, elles virevoltent avant de venir entourer mon poignet. Je souffle un bon coup.
- Mais qu'est-ce que je fais ?
Je passe une main dans mes cheveux alors que ma crise de larmes devient incontrôlable. Je le sais. Je le sais très bien que son âme est dans cette urne. Qu'est-ce que j'espère ? J'ai mal partout, c'est comme la sentir mourir une nouvelle fois. Un hurlement qui vient tout droit de mon âme blessée, percute les murs de plein fouet.
- J'en peux plus, je sanglote.
Je me laisse tomber à côté du tombeau. Je me recroqueviller. En ce moment, je ne dois ressembler à rien d'autre qu'un animal blessé. J'aimerai que la malédiction qui pèse sur ma famille me touche de nouveau. Je ne veux plus rien ressentir, jamais. Ça fait trop mal. J'ai aimé une fois… quand on voit le résultat c'est… inacceptable.
Je me tourne pour être sur le dos. Je fixe le plafond sans vie un instant. Je tends le bras, tente de toucher ce qui m'est inaccessible et je projette dans un halo écarlate tous nos souvenirs. La voir de nouveau sourire, rire, jouer et me regarder c'est déchirant. J'essuie mes larmes rapidement et sous mes yeux, je peux de nouveau la voir vivre. Je revois son émerveillement dès que j'utilise la magie. J'avais oublié qu'elle voyait le monde avec tant de beauté.
J'ai conscience que sans elle, j'aurai été comme tous les autres membres de mon clamp : sans coeur. J'ai réussi mon test d'humanité haut la main. Je suis même devenu meilleures que ma mère. Un seul problème : je l'ai perdu. Lyssa est morte. Après toutes ces années, je semble seulement maintenant prendre toute l'importance de ce deuil. Tant qu'il y avait la guerre, je pouvais continuer à me voiler la face mais tout ça, c'est fini.
- Tu me croiras ou non mais j'ai rencontrer quelqu'un qui te ressemble énormément. Elle s'appelle Anya. Elle aussi c'est une lycanthrope. Tu imagines… J'évolue de nouveau au sein d'une meute.
Je soupire. Je jette un œil sur le réceptacle. Je souris tristement. J'aimerai qu'elle soit là. J'aimerai de nouveau la voir sourire. J'aimerai qu'elle puisse de nouveau me regarder. Mais tout ce que j'ai, c'est une boîte avec une partie de son âme.
- Tu crois qu'ils ont senti que j'ai été la demi-âme de l'un des leurs ? Notre empreinte était si exceptionnelle qu'elle peut encore se ressentir, non ?
Je me redresse en posant mes deux mains sur le couvercle. Je dois la voir. J'ai besoin de m'assurer qu'elle est toujours là. Je dois m'enlever de la tête qu'elle et Anya puisse être… une seule et même personne. Je tremble. Je suis terrifiée. Honnêtement, je ne sais pas quelle réponse je préfère. Je n'ai jamais vu son âme, c'est ma mère qui s'est chargée de tout. Elle m'a simplement demandé de sceller l'urne. En repensant à ses derniers mots, je ne peux m'empêcher de douter et d'espérer… mais espérer quoi ?
Je soulève lentement le couvercle. Mon coeur résonne bien trop fort. Je sens comme un poids désagréable dans mon estomac. Je ferme les yeux alors que je finis le geste. Il me faut du temps pour ouvrir un œil, puis le seconde. Il allait m'en falloir encore plus pour accepter ce que j'allais découvrir. Une révélation qui allait changer toute mon existence, ma vie entière.
Voilà pour le nouveau chapitre de cette fiction. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plû ! J'ai hâte de savoir ce que vous pensez de cette seconde immersion dans la tête de Raven. Vous commencez à avoir une idée assez précise de sa puissance. Ses pertes de contrôle de plus en plus fréquente sont inquiétantes et une part de son passé est révélée. Elle était la demi-âme d'une lycanthrope qui est morte il y a des années et qui ressemble fortement à Anya. Alors ? L'âme est dans l'urne ou non ?
Je suis évidemment ouverte à toute les critiques, qu'elles soit positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
En espérant vous retrouvez pour le prochain chapitre !
GeekGirlG.
