Salut à tous ! :)

Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !

Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire tous mes chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.

Quelque mot sur ce chapitre : La chronologie reprend son cours loin des révélations de Morgane à sa fille mais comment va réagir Raven ? Vous le serez peut-être en lisant ses prochain mots… peut-être !

Les personnages de la série The 100 ne m'appartient pas, seule l'histoire est à moi.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)


Ne me regarde pas

Partie n° 1 : La Carte Du temps

Like a powerful drug Comme une drogue puissante

I can't get enough of, Je n'en ai pas assez,

Lost in your eyes, Perdue dans tes yeux,

Drowning in blue Me noyant dans le bleu

Outta control, Hors de contrôle,

What can I do? Que puis-je faire?

Avicii – Addicted to You (Ft. Audra Mae)

Chapitre 11 : Engloutie

Certaines choses sont et resteront toujours inexplicables. De la question la plus basique : comment l'univers même a pris forme ? À du beaucoup plus complexe. Le tout c'est de savoir le monde mystérieux et de l'accepter, une fois chose faite, tout semble beaucoup plus beau. Du moins pour un temps.

Le temps où les créatures de l'ombre n'existaient pas encore. Mais ont-elles un jour cessé d'exister ?

Je tapote mon crayon contre la pile de dossiers que je suis censée remplir. Je n'arrive pas à me concentrer. Je soupire avant de grimacer. Ma lèvre est encore un peu douloureuse, je passe mes doigts dessus. Je n'ai décidément pas l'habitude d'être blessée. Lexa a nettement progressé et si elle continue sur cette lancée, bientôt, qui sait, elle pourra me surpasser.

Mon regard glisse jusqu'à mon portable. Il n'y a toujours pas de nouveau message. Je commence à m'inquiéter. Je sais pertinemment que c'est une réaction exagérée mais ne pas avoir vu Raven ce matin ne me plaît pas. D'autant que je n'arrive pas à savoir quand elle est partie.

- Bonjour.

Une voix masculine douce et quelque peu chantante m'oblige à relever les yeux. Je fronce les sourcils avant de serrer la mâchoire. Vampire. S'il y a bien une espèce qui me sort par les yeux c'est bien celle-là. Je jette un regard sur ma gauche pour découvrir trois de mes collègues à discuter avec animation autour d'un café.

Intérieurement, je bouillonne. Je sais très bien qu'il profite de l'absence de Marcus pour en faire le moins possible. C'est toujours la même chose et je suis obligée de me contenir comme jamais pour ne pas les encastrer dans le murs jusqu'à ce que mort s'en suive. Le fait qu'ils décident de me refiler un dossier dont ils ne veulent pas justement aujourd'hui n'est vraiment pas une bonne idée.

Je vois avec horreur le vampire tirer une chaise pour s'installer en face de mon bureau. Je le fixe avec insistance pour essayer de lui faire comprendre que je ne souhaite pas sa présence. Le suceur de sang se contente de sourire. Je vois bien qu'il essaye d'user de ses charmes mais il perd son temps. Vraiment. Le simple fait que se soit un homme joue en sa défaveur.

- Il est dit que vous êtes la meilleure enquêtrice de ce poste de police.

- Ce n'est pas le cas, je réponds le plus poliment possible.

- Vous êtes la meilleure, sourit-il, après le shérif qui n'est pas présent. Donc c'est de vous dont j'ai besoin.

- C'est dommage, je suis particulièrement occupée aujourd'hui. Je suis certaine que vous pouvez vous débrouiller seul.

- Vous refuser de donner votre aide à un citoyen honnête sans même lui demander de quoi il s'agit, ce n'est pas très professionnel.

- Je n'ai pas envie de vous aider en effet, vampire.

Je vois l'étonnement marquer son visage avant que tout son visage soit tiré par l'incompréhension. Il tourne la tête rapidement vers les autres policiers en uniforme avant de se concentrer de nouveau sur moi. Je sais qu'il essaye d'analyser mon énergie mais il ne trouvera rien. Il fronce les sourcils avant de demander :

- Comment savez-vous ? Vous êtes l'une des autres.

- Certainement pas, j'ai un cœur qui bat.

- Non, je voulais dire vous appartenez aux non-humains.

- Je ne vois pas ce que ça change mais oui.

- Sorcière, sourit-il confiant.

Je le fixe en souriant avec une touche d'arrogance. Je me penche très légèrement sur le bureau avant de prononcer presque avec jeu :

- Non.

- Non ? Comment ça non ? Qu'est ce que vous êtes ?

- Ça ne vous regarde pas. Maintenant, sortez de mon commissariat.

- J'ai toujours besoin de votre aide, proteste t-il.

- Allez la trouver ailleurs. Je ne vous aiderais pas à trouver votre prochain casse croûte !

- Mais non, ce n'est pas du tout ça ! Je… je protège une fée depuis toujours, vraiment toujours. Elle s'appelle Maya, continu-t-il en me montrant une photo d'une jeune femme brune. Je dois la trouver. Elle a été enlevé il y a presque deux mois, j'ai réussis à la pister jusqu'ici mais je… je ne parviens pas à… vraiment la localiser.

- Je suis désolée pour vous, je dis d'un ton sarcastique.

- Je vous en prie, elle est retenue captive par des dragons !

Je le fixe soudainement avec une toute autre intensité. J'essaye de deviner s'il est honnête avec moi ou non. Ce n'est clairement pas facile de faire cette constatation alors que tout chez lui est stoïque. C'est pour cette raison que je les déteste plus que tout, avec eux on ne sait jamais à quoi s'attendre. Pourtant, lui doit avoir remarqué qu'il avait su toucher ma curiosité parce qu'il poursuit :

- Vous savez que vous ne pouvez pas laisser une fée aux griffes de dragons. Ça fait déjà deux mois, Maya pourrait sombrer.

- Après deux mois, elle a sûrement déjà chavirer du mauvais côté.

- Jamais, hurle t-il en fracassant son poing sur mon bureau, me surprenant par sa vitesse. Vous ne la connaissez pas, elle va leurs résister, elle est forte.

Il inspire profondément avant de se réinstaller comme si son accès de colère n'avait pas eu lieu. Je fixe avec agacement la fissure qu'il a provoquée sur mon bureau. Marcus va me tuer. Je suis certaine qu'il va penser que c'est encore moi qui est malencontreusement taper dedans. Et en général quand je me cogne dans quelque chose entre mon corps et le meuble, c'est le mobilier qui prend chère.
Je fais ensuite glisser mon regard jusqu'à mes collègues qui nous observent bouche bée mais qui ne bougent pas pour autant afin de me demander si j'ai la situation en main. Je ne me sens pas en danger mais tout de même il pourrait bouger leurs fesses et s'en assurer. Bande d'incapables !

Je croise mes bras avant de m'humecter les lèvres et de me centrer uniquement sur le vampire. Sans peur, je soutiens son regard. Il n'y a vraiment rien de vivant chez cet individu et pourtant avec une certaine insistance, j'arrive à percevoir comme une fêlure au milieu de ses iris marrons, qui tirent légèrement sur le magenta autour de la pupille.

- Si vous perdez une nouvelle fois le contrôle de la sorte, je vous arrache la tête. Est-ce que c'est claire ?

- Vous ne feriez pas ça devant des humains, crache t-il.

- Vous miseriez votre vie sur cette supposition ?

Je le vois douter, pas plus d'une seconde mais grâce à ça, je sais qu'il y réfléchira à deux fois avant de s'attaquer de nouveau à mon bureau. Parce que c'est moi qui vais me faire passer un savon pour cette entaille de la taille de ma main pas ce foutu suceur de sang. Je serre la mâchoire et roule des yeux en réalisant qu'il ne bougera pas tant que je n'aurai pas pris le temps de l'écouter. C'est tout simplement barbant. Je n'ai aucune envie de l'entendre se lamenter.

C'est un suceur de sang, merde ! Il devrait être entrain de dormir à cette heure ou de finir de vider sa dernière victime. Toujours est-il qu'à dix heure du matin, il devrait être partout sauf devant moi à vouloir que je retrouve une certain Maya. D'ailleurs pour quelle foutue raison il ne se cache pas plus du soleil ? Je sais que la lumière ne les tue pas comme essaye de nous le faire croire les histoires humaines mais ça les gêne tout de même. Alors pourquoi il se balade dans mon bureau comme si tout était normale ?

Et non ! Mon emportement n'a rien à voir avec le fait que je n'ai toujours pas de foutu nouvelle de Raven. Absolument pas, ça serait ridicule de se mettre dans un état pareil pour… rien.

- Très bien, je soupire. Je vous écoute.

- Vous allez vraiment le faire ou juste faire semblant ?

Je lui lance un regard noir. Je vais peut-être lui arracher la tête même s'il ne touche pas à mon bureau finalement. Je serre mon poing plus que de raison. Je sens mes ongles lentement abîmer ma peau. J'inspire profondément et je relâche toute la pression avant de lui assurer :

- Je vous écoute.

- Pour commencer, je me nomme Jasper Jordan.

Il tend sa main vers moi. Non mais il n'est pas sérieux là ? Il est absolument hors de question que je le salue. Il ne faut pas déconner non plus. Lentement, je comprends ce qu'il essaye de faire. Il a dû deviner que j'étais une métamorphe sans savoir quel animal j'abritais dans mon corps. Souvent nous provoquer fait apparaître notre vraie nature juste dans nos yeux lorsque nous perdons le contrôle de nos émotion.

- Anya, je souffle donc.

- Vous n'allez pas me le dire n'est-ce pas ?

- Je n'en ai pas l'intention, en effet.

- Durant ma longue vie, j'ai rarement rencontré un membre de votre espèce capable de se contrôler avec une telle facilitée. Est-ce que se serait toujours le cas, si je devenais violent ?

- Ça dépend, vous voulez toujours que je vous aide, oui ou non ?

- Vous n'avez pas peur de moi, commence t-il à réaliser.

Je lui souris un peu plus. Je me redresse légèrement avant de me pencher pour attraper un crayon de bois. Je le fais tourner entre mes doigts avant de lui lancer rapidement au niveau de son cœur. Il le rattrape in-extremis et je vois sa belle assurance commencer à fondre comme neige au soleil. Je souris un peu plus alors qu'il semble véritablement choqué en voyant que s'il a évité le pire pour son cœur, sa main, elle, est méchamment couper.

- Je n'ai aucune raison d'avoir peur de vous Monsieur Jordan.

- Je vais vraiment arrêter de vous provoquer, sourit-il. Je suis impressionné, me confit-il en léchant sa plaie qui se referme.

J'ai du mal à retenir un haut le cœur. J'ai un sérieux problème avec le fait qu'il se nourrisse de sang. Si Lexa ou n'importe quel autre membre de la meute était présent, je me serai encore prit une remarque. Il faut dire qu'en générale notre espèce n'a pas trop de mal avec ce genre de chose. En théorie nous sommes capable de faire disparaître un corps humain, jusqu'au moindre petit os, en moins de dix minutes. Cette simple idée me répugne mais ça reste largement faisable.

Je repère le regard interrogateur du vampire. Je crois que le fait qu'il n'arrive pas a me cerner le perturbe vraiment. Je fais un geste de la main pour l'inviter à poursuivre.

- Maya est une fée élémentaire. Je sais ce que vous pensez mais vous vous trompez. Elles n'ont pas toutes disparues à la fin de l'Antiquité. Elle est la dernière représentante de son espèce et il est primordial qu'elle ne sombre pas. Si c'était le cas… un énorme déséquilibre des forces souviendrai. Ça serait la fin de la paix.

Je fixe le vampire en essayant de ne pas lui montrer que je n'ai pas la moindre idée de ce que peut être une fée élémentaire. Je lui souris pour gagner un peu de temps avant de prendre mon portable. S'il doit avoir une discutions sur la paix, autant que ça soit avec Lexa.

Je manque de lâcher mon portable alors qu'une angoisse monumentale vient me foudroyer. Je pense que si je n'étais pas assise, je me serai effondrée. Mon cœur se mets à battre à une cadence tout à fait anormal. Je sens presque ma respiration filer sans contrôle. Mon corps est complètement habité et transit par la peur.

Je frissonne alors que ça bourdonne presque dans ma tête. C'est comme si j'avais accès à une information que je ne peux ou plutôt ne veux pas assimiler. J'ai envie de hurler, de frustration et de colère. Je le sens se réveiller et ça m'effraie. Je sens ma vision se troubler petit à petit. Pendant de longues, très longues secondes je suis tellement effrayée que je suis dans l'incapacité de le contenir.

Je fini par lâcher mon portable alors que ma main tremble de plus en plus. Au moment même où celui-ci tombe sur mon bureau, je vois le visage de Lexa apparaître avec la notification « appel entrant ». Je fixe l'appareil avec horreur. Je ne le sens pas ce coup de fil, je ne le sens pas du tout. C'est avec une angoisse oppressante que je décroche et porte l'appareil à mon oreille d'une main tremblante :

- Lexa, je prononce la voix encore écorchée par cette sensation désagréable.

- Écoute moi et ne panique pas.

- Tu ne sais vraiment pas comment commencer une conversation, je grogne.

- Raven a disparu, je ne la trouve nulle part.

C'est comme si le monde s'effondrait autour de moi. Je sens la puissance d'une main gigantesque compresser ma cage thoracique. Je suis incapable de respirer ou de faire battre mon cœur. Je suis complètement démunie alors que j'ai cette sensation d'avoir perdu quelque chose de vitale. Je me sens figer, incapable de parler ou de faire quoi que ce soit d'autre.

Raven a disparu…

Qu'importe comment je tourne cette information, ça ne fonctionne pas. Il y a quelque chose qui cloche. Je n'arrive pas à assimiler cette horrible nouvelle. C'est comme mourir un peu à l'intérieur. Je me sens comme prisonnière de mon propre corps alors tous, vraiment tous de mes sens à mon âme en passant par mon cœur la cherche. Je sais qu'elle est là quelque part, elle est forcément quelque part, personne ne disparaît de la sorte.

Personne…

Je sens mon cœur se briser alors que je ressens de nouveau ce sentiment. Une sensation que je croyais avoir oublié et ne plus jamais revivre. J'ai fait attention pourtant. Personne ne devrait souffrir de tels maux, personne. Sauf qu'avec Raven, je n'ai pas fait attention, je me suis attachée à elle très vite. Je n'ai pas pris de recule. J'ai seulement pensé au fait que je me sentais bien à ses côtés, je n'ai pas imaginé, pas même une seconde, qu'elle pourrait disparaître.

Et pourtant…

Pourtant, je le sais bien tout ça est éphémère. J'ai conscience qu'à la fin de l'échange, Raven partira. J'ai juste choisi d'ignorer ce fait. Je voulais tellement que ce que je commence à ressentir pour elle soit réel, mais ça ne l'est pas. Sans quoi, pourquoi partir sans même m'en parler. Je me sens fragilisée, sans le savoir la sorcière vient de réveiller quelque chose de profondément enfouis en moi. Cet horrible sentiment d'abandon.

Il y a toujours eu un vide en moi, quelque chose qui me bouffe de l'intérieur comme du poison. C'est même pire que lui. J'ai toujours tout eu pour être heureuse, j'en ai conscience. Marcus était et est toujours un père parfait. Il m'a toujours protégé et aimé comme sa propre fille mais il y a cette ombre au tableau : ma mère. Elle aussi est partie ou plutôt ma laissé partir. Elle m'a abandonné de bien des manières et pour bien des raisons mais aucune n'étaient bonnes.

Parfois, elle vient dans mes rêves, elle me parle et elle répète encore et toujours les mêmes mots : "c'était le seule moyen de te sauver". Mais pourquoi diable vivre si je n'ai plus de famille ? J'ai bien conscience d'être la seule putain de survivante de ma meute. Je la ressens encore cette douleur de perdre ce lien si précieux, si unique. Je ne sais que trop bien que ma meute était une des plus puissantes qui a existé, parce qu'il a absorbé toute son énergie. C'est pour cette raison qu'il est si puissant parce qu'il est seule maintenant. Seul. Surpuissant. Triste. Colérique. Dangereux.

Et puis, j'ai fini par découvrir qui était ma mère grâce à Lexa. En réalité, j'aurai pu le découvrir bien plus tôt si je n'avais pas grandi loin de mon monde, dans celui des humains. J'ai très vite réalisé que mon lien avec elle était en théorie impossible. Il y a un gouffre temporel qui nous sépare, de nombreux siècles. J'ai alors compris qu'en plus de m'avoir sauvé par tous les moyens, me privant de ma meute, me faisant vivre des douleurs à peine vivable, elle avait fait pire. Ma mère m'a abandonné dans un monde et dans un temps qui n'est pas le mien. Je pense qu'il y a des limites qu'il ne faut pas franchir et honnêtement, je crois que j'aurai préféré mourir que de devoir vivre avec ce rejet. Mais elle a décidé pour moi : vivre, qu'importe le prix à payer. Même si à cause de ce choix, je dois être effrayé à la moindre étincelle qui pourrait embraser mon cœur d'un sentiment aussi pure et destructeur que l'amour.

Je refuse d'aimer. Ça fait trop mal. Je ne conçois pas de devoir donner mon cœur à une autre. C'est inconcevable. Je ne permettrai pas de perdre la raison pour quelque chose d'inexplicable et d'aussi stupide qu'un sentiment ridicule comme l'amour. Je ne peux pas devenir comme ma mère. Et pourtant… pourtant… j'apprécie vraiment Raven.

Et j'ai ce sentiment ou plutôt ce pressentiment, elle n'a pas disparu par choix. C'est encore là, cette suffocation irréelle. Cette fureur qui gronde en moi sans contrôle. Cette envie de hurler, complètement envahie par une colère incontrôlable. Je ressens un déchaînement intérieur fou, gorgé de hargne, d'indignation et de rancœur. Le plus fou, c'est qu'aucun de ses ressentiments n'est à moi. Non, cette explosion de rage, cette révolte intérieur et cette irritation profonde, se sont les sentiments de Raven, j'en ai la certitude.

En fait, à cet instant, je ne suis même pas certaine que ça soit moi qui ait des sentiments négatifs envers ma mère. Je me confonds dans le ressentie de Raven. C'est vraiment inédit. Je croyais que ce genre de chose ne se produisait que lorsqu'une empreinte existait entre deux être. Je suis submergée par des sensations qui ne sont pas les miennes. Je devrais peut-être me sentir effrayée mais ce n'est pas le cas. Quelque part, que ça soit avec la sorcière que je me confonde ne me dérange pas plus que ça.

Il y a quelque chose qui bourdonne à mon oreille, c'est irritant et désagréable. Je ne sais pas trop de quoi il s'agit mais ça m'éloigne de Raven. Avec un rictus et un soupire qui trahis presque une douleur, j'éloigne vivement mon portable de mon oreille alors que Lexa semble hurler. Je fixe la durée de la conversation qui ne dépasse pas les trente seconde. J'écarquille les yeux en me demandant si c'est une blague. Je n'ai pas pu ressentir toutes ces choses en si peu de temps, si ?

- Anya, de nouveau Lexa semble hurler.

- Oui, je souffle un peu perdu dans mes pensées, oui, je répète en collant de nouveau mon téléphone à mon oreille, je suis là.

- Tu paniques, soupire t-elle. J'étais certaine que tu allais paniquer. J'aurai dû venir te voir en personne.

- Je ne panique pas, je déglutis en prononçant ce mensonge. Bon, d'accord peut-être un peu, je finis par avouer après le tique de désapprobation de Lexa. As-tu la moindre idée de ce qui s'est passé ?

- Non et c'est justement pour ça que je m'inquiète, elle s'est juste… volatilisée. Une seconde, elle était là et la seconde d'après plus rien.

Je fixe le vampire toujours assis en face de moi, je l'avais presque oublié celui-là. Je suis soudainement terrifiée à l'idée que Raven rencontre un suceur de sang. Pour les sorcières comme elle, ces monstres sont de vrais fléau. Je me lève pour m'éloigner des oreilles indiscrètes de ce Jasper Jordan.

J'effectue quelques pas avant de m'arrêter dans notre salle de pause. Je m'appuie contre notre table. Je sens encore les effets des sentiments de la brune qui agite mon corps. Je ne me suis jamais sentie aussi accablée. Je suis une personne qui contrôle absolument tout, jusqu'à mes propres sentiments. Je ne me mets jamais en colère, je maîtrise mes joies et mes peines. Alors être submergé de la sorte c'est… déstabilisant.

- Lexa, je souffle, il est possible qu'elle ait perdu le contrôle et que ce soit…

- Tu veux dire comme une télé-transportation involontaire ?

- Ouais.

- Raven n'est pas trop puissante pour ce genre de chose ?

Je le pensais aussi mais la puissance demande du contrôle et elle semble l'avoir perdu, du moins momentanément. Enfin, c'est ce que j'ai ressenti. Après peut-être qu'elle est constamment tiraillée de la sorte mais j'en doute. Ça ne lui ressemble pas, du moins je crois après tout, je ne la connais pas si bien.

- Elle a peut-être perdu le contrôle.

- J'envoie Indra, commence à paniquer Lexa.

- Non, j'interviens, tu ne peux pas te passer d'Indra, pas avec la menace actuelle. Je suis sa gardienne, je m'en occupe.

- Mais Anya, tu travailles, proteste t-elle.

- Je suis flic, retrouver des personnes, c'est mon boulot. Ne t'en fais pas, Marcus comprendrait.

- Tu en es…

- … certaine, oui.

- Très bien. Anya, tu as conscience de l'importance que la sécurité de Raven représente pour la meute.

- Évidemment. Et, ce n'est pas parce que je n'en fais pas partie que je la mettrais en danger, promis.

- Merci, infiniment. Je sais que tu n'aime pas t'impliquer.

Je n'aime pas ça, en effet. Je n'essaye même pas de le nier. Mais voilà, il s'agit de Raven et à mes yeux c'est bien différent. Sa sécurité m'importe et pas parce qu'elle fait partie de l'échange mais bien parce que je l'apprécie. Je me suis attachée à elle, vraiment.

- Bon, reprend t-elle après mon silence certainement un peu trop long, tu me tiens au courant ?

- Oui.

- Très bien, encore merci Anya.

- Lexa, attend !

- Oui ?

- Je… j'ai… il y a un vampire au commissariat.

- Quoi ? En plein jour ? Tu as besoin d'aide ? Je peux envoyer…

- Non. Non. Je vais bien, je t'assure. Il ne semble pas, je me racle la gorge, hostile.

- Pourquoi m'en parler ?

- Il… il semble avoir un différent avec des dragons et se soucie de la paix.

- Je vois.

- Je sens qu'il ne va pas me lâcher. Il veut que je retrouve une fille. Maya, elle s'appelle Maya et j'ai cru comprendre que c'était une fée.

- Une fée avec des dragon, toussote Lexa, ce n'est pas bon. Ils doivent essayer de la retourner. S'ils ont une fée noir de leurs côtés, nous ne pourrons plus leurs résister. Je ne suis pas folle au point de me battre contre eux s'ils ont une telle puissance de feu.

- Je sais Lexa. C'est pour cette raison que… tu devrais le rencontrer, non ?

Un silence s'installe entre nous. Je laisse du temps à Lexa pour réfléchir. Je sais que ce n'est pas une décision facile à prendre. Il faut dire que le peu d'alliance qui ont existées entre vampires et lycanthropes, se sont le plus souvent mal terminées. Pour une fois ma méfiance envers une autre espèce n'est pas irrationnelle, les vampires sont vraiment dangereux, pour nous, pour moi.

- Donne lui mon numéro ainsi que celui d'Indra. Nous pouvons essayer de fixer une entrevue, ça ne nous coûte rien de parler.

- Si tu fixes une date, communique-la moi.

- Anya…

- Je suis sérieuse Lexa, je ne te laisse pas seule avec un suceur de sang.

- Je ne serai pas seule.

- Je ne te laisse pas seule avec des personnes incapable de te surpasser au besoin.

- Très bien, je suppose que je n'ai pas le choix, sourit-elle. Merci.

- Je serai toujours là pour toi, je lui assure.

De nouveau il y a un silence qui s'installe entre nous. Je fronce les sourcils. J'ai conscience que nous devrions raccrocher mais il y a quelque chose qui m'en empêche. Je suis morte d'inquiétude pour Raven, j'ai envie de foncer pour la retrouver et pourtant il y a quelque chose qui me retient encore. Porter par mon instinct, je demande :

- Il y a autre chose ?

- Non, c'est stupide.

- Lexa, je souffle. Si ça t'inquiète, ce n'est pas stupide.

- À vrais dire, j'y pense depuis hier soir, depuis que Raven a dressé la barrière.

- Quoi ?

- Je lui ai demandé si elle pouvait en faire de même pour la meute des Black mais… je ne peux m'empêcher de me demander si il n'est pas plus prudent pour eux de résider au sein de la meute le temps que les choses se calme avec eux. Je ne voudrai pas qu'ils deviennent des dommages collatéraux, je m'en voudrais. Surtout s'il y a un enfant.

- Lexa, je soupire.

- Je te l'avais dis que c'était stupide, souligne t-elle.

- Ça ne l'est pas, pas vraiment mais tu devrais faire attention, les gens vont finir par s'en rendre compte.

- Se rendre compte de quoi ?

- Que tu as du cœur, je souris tristement.

- Et c'est mal, n'est pas ?

- Bien sûre que non Lexa, avoir cette capacité c'est… je ne pourrai jamais te le reprocher, jamais. D'autant que c'est ta plus grande différence avec ton père.

- Mais ? Je le sens venir… Vas-y.

- Mais… essaye de ne pas oublier que tu es aussi censée être une alpha impitoyable.

- Je ne peux pas être les deux ?

- Bien sûre que si.

C'est un mensonge, un horrible et terrible mensonge et je crois que Lexa le sait. Le problème c'est que plus on a de cœur plus on est vulnérable. Je me suis promise de protéger Lexa du mieux que je le pouvais mais elle ne peut pas s'en empêcher, pour le bien de tous, elle a tendance à se mettre en danger. C'est aussi pour cette raison qu'elle est aussi respectée par sa meute malgré son jeune âge. Ils savent tous qu'elle se sacrifierait elle plutôt que de devoir en perdre un seul d'entre eux.

- Si c'est ce que tu veux, je finis par reprendre, j'irai les voir.

- Je peux envoyer quelqu'un d'autre.

- Non, ils ne connaissent que toi, moi et Raven.

- Tu as raison. Nous en reparlerons quand tu auras retrouver Raven. Fais attention.

- Promis.

Je raccroche. Je fixe mon portable quelques secondes de plus, ma main tremble. Je me sens si faible à cet instant. Il y a comme un voile de tristesse qui m'entoure. Je passe une main nerveuse dans mes cheveux avant de laisser mes paupières se fermer. Il est encore là, ce lien improbable entre les sentiments de Raven et les miens.

Je sens sa présence presque aussi distinctement que si elle était dans la même pièce que moi, de son odeur si rassurante à la présence de sa magie qui me fascine de plus en plus. Lorsque mes cils se relèvent c'est un retour à la réalité difficile, parce qu'elle n'est pas là et ça me fait mal, tellement mal. Je sais que je pourrai l'utiliser pour la retrouver, la voir, la toucher et parvenir à la rassurer mais ça ne serait pas réel. Je n'ai aucun mal à l'imaginer comme cette fois où j'étais séparée d'elle par des kilomètres, recroquevillée sur elle même. Elle doit pleurer, je sais qu'elle pleure. Je sens presque ses larmes sur mes propres joues et ça me brise le cœur. Il faut que je la retrouve maintenant !

Je veux la prendre dans mes bras. Je veux éloigner ses maux. Je veux la libérer de ses peurs. Je veux…

Et merde ! Je ne vais rien arranger en restant là. Je fais glisser mon portable dans la poche de mon jean et je fonce vers mon bureau. J'ouvre presque violemment mon tiroir pour récupérer mon badge d'adjoint du shérif et mon arme. Je cale les deux sur ma hanche avant d'attraper une de mes cartes professionnelles, je la retourne pour y griffonner le numéro de téléphone de Lexa et d'Indra. Je vérifie que je n'ai pas fait d'erreur dans la précipitation avant de tendre le bout de papier au vampire qui n'a toujours pas bougé.

- Je dois y aller, vous pouvez appeler ces numéros, vous trouverez peut-être de l'aide.

- Je vous remercie, sourit-il. Mais peut-être que je peux vous aidez.

- Je ne crois pas, je réponds très vite rongé par l'angoisse avant de me reprendre plus calme, non merci.

- J'ai deviné vous savez, se vante-il en faisant tourner sa carte pour découvrir mon nom, mademoiselle Kane. Lycanthrope, précise t-il fièrement. Voilà ce que je vous propose, je vous aide à retrouver cette Raven, qu'il puisse prononcer son prénom me met hors de moi, et vous en faites de même avec Maya.

- Je n'ai pas besoin de votre aide.

- Mais moi oui…

- Appelez Lexa, je lui demande rapidement, je dois y aller.

- S'il vous plaît, me retient-il par le poignet, ce qui lui vaut un regard noir de ma part, si je dois parler affaire avec des lycans, j'aimerai autant parler à l'alpha.

- Mais Lexa est l'alpha, je précise en arrachant mon bras loin de sa prise.

Je m'éloigne rapidement du suceur de sang en attrapant ma veste au vol. Je suis en train de l'enfiler, certes un peu maladroitement, tout en prenant les clefs de ma voiture de fonction. Je fonce vers la sortie avant de changer d'avis. Je balance alors les dites clef à l'officier en charge de l'accueil aujourd'hui avant de lui préciser que je vais me débrouiller par mes propres moyens. Je fonce au vestiaire pour récupérer mon casque et m'arrête devant une de mes motos pour enfiler mes gants.

Évidemment, je pourrai passer outre la sécurité. Je suis un lycanthrope et s'il y a bien un avantage à cette situation c'est qu'il y a peu de chance que j'y reste si je devais avoir un accident. Mais, je n'oublie pas non plus que je mets un temps fou à cicatriser ces derniers temps. Cette foutue entaille à ma lèvre en est la preuve !

- Mademoiselle Kane, la voix de Jasper me fait sursauter.

- Anya, je grogne.

- Je voudrais…

- Je me fiche de ce que vous pouvez vouloir, je suis pressée.

Je me glisse sur la moto en démarrant le moteur. Je fais tomber la visière sous mes yeux avant de relever la tête et de réaliser que le foutu vampire se tient bien droit devant moi. Non mais pourquoi il ne veut pas dégager cet idiot ?

- Je sais pourquoi je vous ai pris pour une sorcière.

Sa voix est loin, très loin de couvrir le bruit du moteur mais lui comme moi savons que j'ai une ouïe quelque peu sur-développer. Pendant une seconde, je suppose qu'il n'est pas assez stupide pour poursuivre mais il le fait cet idiot :

- Votre odeur est emplie de magie. Vous en êtes entourée, peut-être même plus que celle d'un loup, poursuit-il en fronçant les sourcils. Une magie puissante presque unique, je descends de ma moto de plus en plus énervée.

- Vous la fermez et vous dégagez, maintenant.

- J'ai déjà rencontrer cette magie, précise t-il.

Mon sang ne fait qu'un tour. Je retire rapidement, peut-être trop rapidement mon casque. Je sais que cette fois, il est dans mes yeux. Je n'arrive pas à croire que je suis entrain de perdre le contrôle. Et tout ça pour quoi ? Elle… Raven.

La pression de mes doigts est forte même trop forte. Je sens le métal au niveau de la mentonnière et du cache nez de mon casque se plier. Les yeux du vampire fixent mon geste avec une certaine fascination mais aussi un éclat infime de peur. Je suis en train de perdre le contrôle.

Putain ! Je suis vraiment en train de perdre le contrôle !

- Vous n'allez pas vous transformer maintenant ? S'inquiète t-il.

- Écartez-vous !

Ma voix claque dans l'air alors que je le sens prendre un peu plus de place à chaque seconde. Il n'est plus seulement dans mes yeux, je sens aussi sa présence sous ma peau. Je déteste ça. Je fixe le vampire avec haine alors que mes os semblent se dissoudre lentement pour se reconstruire d'une tout autre manière. J'ai envie de hurler. J'ai conscience que ça fait trop longtemps. Je sais que je ne dois pas lui laisser ma place. Pour la simple et bonne raison que je n'arrive pas à savoir si je pourrai revenir.

Sauf que c'est pour Raven !

- Vous êtes, balbutie Jasper, vous êtes…

- Je jure que si tu ne bouge pas, je t'arrache la tête.

Je le vois presque blanchir, enfin ce n'est pas vraiment possible : c'est un vampire ! Mais quelque chose dans son attitude a changé. Il est terrifié. Maintenant, il peut lire sa présence, il est capable s'assimiler sa puissance et comme beaucoup, il en a peur. Qui peut lui en vouloir ? Je suis la première à me méfier de lui.

- Aussi incroyable que ça puisse paraître étant donné que vous êtes un vampire, vous semblez être quelqu'un de bien, je fini par avouer à contre cœur. Ne m'obligez pas à vous tuer.

- Vous…

- Sérieusement ! J'explose stupéfaite par son insistance.

- Jasper, intervient un voix masculine qui m'est inconnu, je crois que ça suffit.

- Mais…

Le vampire se retourne pour me laisser voir un homme, enfin un jeune homme brun aux traits asiatiques. Je fronce les sourcils alors qu'il le sonde. Pour commencer, il est bien plus âgée qu'il n'y paraît, il semble avoir plusieurs siècle, peut-être même un millénaire mais il a un cœur qui bat. Ce n'est pas vraiment commun mais en même temps, je viens d'apprendre que Raven avait plus de cinq cent ans donc, pourquoi pas. Je continue de l'observer mais son regard à lui est troublant. C'est comme si un seul coup d'œil pouvait lui permette de tout savoir de moi.

Je fais un pas en arrière en le repoussant comme pour éviter que le nouvel arrivant puisse le comprendre. C'est un shaman. J'en mettrais ma main à couper même si avant aujourd'hui, je n'en avais jamais rencontré. Je peux voir dans ses iris une certaine absence et je comprends que son esprit est piégé entre deux mondes : celui des vivants et celui des esprits.

- Nous allons appeler l'alpha de la meute des Triku, prononce l'asiatique d'une voix calme. Je vous remercie pour votre aide.

- De rien, je souffle clairement impressionner par son aura.

J'enfile de nouveau rapidement mon casque et enfourche ma moto. Il me faut moins de dix secondes pour décamper loin de ces deux individus plus que étranges et encore dix secondes pour me concentrer sur mon objectif : retrouver Raven !

À partir de maintenant, il n'y a plus qu'elle qui compte. Elle et seulement elle.

Où… ?

Où est-elle ? J'hésite à activer de nouveau ce lien étrange qui existe entre nous. Ça serait dangereux, pour moi. Être dans l'incapacité de me contrôler ne me plaît pas mais alors pas du tout. J'accélère et lui demande de m'aider. Après tout, c'est un chasseur, autant que ça me serve, pour une fois. Je ferme les yeux juste une seconde pour le laisser prendre un peu plus de place, juste assez pour la retrouver.

Mes sens ou plutôt ses sens s'éveillent. Je suis capable d'entendre un battement de cœur à un kilomètre, le souffle court d'une personne ou d'un animal qui court à une vitesse folle, le tintement de chaîne au loin, le vent qui secoue les branches et fait voleter des feuilles bien accrochées. Mon toucher s'accentue aussi, je sens jusqu'à la moindre micro-fibre des différent tissus qui recouvre mon corps. Je frissonne, pas certaine que ça soit vraiment agréable, surtout au niveau de mes cicatrices. Puis vient le tour de l'odorat, c'est presque comme voir des couleurs, j'aime la lavande, la pomme et la barbe à papa mais ce n'est pas ce que je chercher, ce que je veux c'est de la magie, une magie unique que je connais bien, que je suis capable de reconnaître.

Trouvé !

J'ouvre brusquement mes paupières et ma vue aussi est décuplée. J'accélère encore. Je roule à une vitesse folle, je n'ose même pas jeter un œil pour relever la vitesse. Je suis forcément en infraction et pourtant, je prends encore de la vitesse une fois la voie rapide atteinte. D'une certaine façon, je ne prends aucun risque parce que grâce à lui j'évalue à une vitesse folle chaque risque et toutes mes décisions se prennent en fonction de son ressenti. Il y avait bien longtemps que je ne lui avait pas accordé une telle confiance.

Je sais que d'une certaine manière c'est trop. Il a trop de liberté, beaucoup trop de liberté mais pour une fois, je n'ai pas peur de lui. J'ai l'intime conviction qu'il ne va pas profité de ce moment pour prendre ma place. Il est, comme moi, attaché à Raven et il fera tout pour la retrouver. En attendant, c'est son sang qui coulent dans mes veines faisant battre mon cœur un peu plus vite et ses sens qui me guident. Alors que je ressens toute sa puissance et sa force, ma lèvre fendu se guérit en un clin d'œil. Je ne ressens plus aucune douleur et je n'ai pas besoin de miroir pour être certaine qu'il ne reste plus aucune trace de mon accrochage avec Lexa. J'aurai dû le laisser me soigner depuis le début mais je n'aime pas le laisser s'immiscer en moi de la sorte. Je n'arrive pas à lui faire confiance, pas après ce qu'il s'est passer la dernière fois. C'est juste impossible.

Le temps passe différemment lorsque sa présence efface presque la mienne. Je dois lutter pour ne pas me perdre et je réalise que c'est moins difficile que dernièrement. Je n'ai qu'à penser à Raven et ça, c'est loin d'être difficile. Après tout, elle est dans chacune d'elles. Je ne sais donc pas depuis combien de temps nous roulons à vive allure lorsque mes frein et mes pneus crissent sur le bitume. J'enlève mon casque rapidement et cette seconde suffit pour l'éloigner.

J'observe les alentours et fronce les sourcils en reconnaissant les lieux. J'hume l'air comme pour me convaincre que mes yeux ne me jouent pas un tour. Évidemment, tout à énormément changé depuis la dernière fois mais c'est bel et bien la ville qui à l'époque était plus un village dans lequel Marcus m'a trouvé. C'est ici que j'ai passé ma première année avec lui. C'est assez surprenant de revenir ici et, dans certaine mesure, dérangeant aussi.

Je tourne le regard sur ma droite pour découvrir, ou plutôt redécouvrir, l'immense tour faite de bois et de métal surplombée de la grande horloge de la ville. Le cadran qui était ancré dans mes souvenirs a très légèrement jaunit. L'aiguille des secondes semble aussi un peu plus lente et tressaute presque maladivement mais mis à part ça, rien n'a chang". Rien… si ce n'est que c'est ici que Raven s'est réfugiée. Je fais rapidement le tour de la bâtisse et remarque qu'il n'y a qu'une seule entrée, tenue close par de grosses chaînes et un cadenas. Je n'ai pas à me demander comment Raven a su franchir cette porte verrouillée, elle a la magie avec elle.

Je ne suis pas vraiment enchantée à l'idée de briser plusieurs lois en arrachant le cadenas à mains nues mais je ne vois pas d'autre solution. Je vérifie donc que personne ne fait attention à moi et je m'exécute. Le métal se broie sous la pression et bientôt, je n'ai plus qu'à tirer pour libérer les chaînes. Je pousse ensuite la porte en même temps qu'un soupire. Marcus ne devra jamais entendre parler de cette histoire.

Je suis presque foudroyée en découvrant l'intérieur de la tour. C'est poussiéreux, mal entretenu et les escaliers semble vraiment insalubre. Pourtant, ce n'est pas ce qui me préoccupe, non ce qui me fait manquer un battement, c'est le fait que je reconnaisse cet endroit. Pourtant, je suis presque sûre que je n'y suis jamais entrée. Mais pour une raison qui m'échappe totalement, j'arrive à me souvenir du lieu alors que ça sentait encore la peinture fraîche et le neuf. Je fais glisser ma paume sur la rambarde de l'escalier devenue rugueuse avec le temps, mais je sens presque encore le fin travail de l'ébéniste qui l'a travaillé à l'époque. C'est très étrange comme situation.

Je secoue la tête pour me reprendre. Il faut toujours que je trouve Raven. Je pose un pied sur la première marche qui craque sous mon poids. Je grimace. Il y a une centaine voir même plus d'escaliers pour atteindre le haut de la tour. Je ne suis pas rendu si chaque planche de bois alerte mon instinct de survie de la sorte. Foutue planche pourri !

Je manque d'effectuer un salut victorieux en arrivant enfin à franchir la dernière marche. Je jure que j'ai bien faillis me tuer une dizaine de fois dans cette ascension. Et, j'exagère à peine. Je remarque tout de suite l'énorme différence entre l'étage et le rez-de-chaussée. Si le bas est délabré et laissé à l'abandon, le haut lui a gardé toute sa superbe. Je n'ai aucun mal à comprendre ce petit paradoxe pour la simple raison qu'il me faut peu de temps pour réaliser que la magie de Raven est partout dans cette pièce. Je traîne des pieds pour mieux observer ce qui m'entoure. Je suis dans un des sanctuaire de la sorcière, c'est ici qu'elle a pratiqué la magie durant de longues années.

Je ne devrais pas être là. Je sais que j'ai fait en sorte d'entrer mais il n'en reste pas moins que ça ne devrait pas être possible. Je n'ai rien à faire dans le sanctuaire d'une sorcière, c'est vraiment un endroit très sacré pour elles. Je recule en me disant que j'ai réussi à faire pire que de toucher ses mains. En même temps, comment j'ai fait ça ? Je n'ai senti aucune barrière, ni résistance. Rien ne m'a éloigné de cet endroit. Je devrais partir, non ?

Je fais de nouveau un pas en arrière lorsque je l'aperçois. Raven est recroquevillée sur elle-même installer sur un seuil intérieur, semblable un appuie fenêtre. L'horloge la surplombe de toute sa hauteur. Son regard est rivé vers l'extérieur. La luminosité quelque peu jauni du cardan se reflète dans ses cheveux d'une manière que je trouve magnifique. Il y a un jeu d'ombre et de lumière sur elle qui est grandiose. Mais ce qui m'empêche définitivement de prendre la fuite, c'est les larmes que je devine sur ses joues. Je fais donc un pas vers elle et ouvre la bouche afin de prononcer ma première phrase quand elle me coupe l'herbe sous le pied en me demandant d'une voix noyée de tristesse :

- Ne dis rien. J'ai besoin de… Juste ne dis rien.

Sans vraiment que je ne le maîtrise, je me sens acquiescer. Je fais ensuite un tour sur moi même avant de trouver un pilier qui me semble assez solide. Je me laisse glisser contre lui avant de me murer dans le silence. J'essaye de ne pas trop la détailler mais la vérité c'est qu'elle est bien trop belle pour que je puisse m'en empêcher. Ses cheveux dégringolent jusqu'à ses épaules dans une cascade presque artistique et tombent sur une veste rouge qui de mon point d'observation fait encore plus jouer la lumière. La combinaison du jaune et du magenta fait danser la lumière dans des ombre d'un rouge éclatant, parfait. On pourrait presque croire à la personnification même de sa magie. Après quelques minutes d'observation presque coupable, je saisis mon portable pour prévenir Lexa que j'ai retrouvé Raven. La réponse ne met pas longtemps à venir.

De Lexa à Anya :

Comment va Raven ? Elle se porte bien ? Elle a dit pour quelle raison elle est partie ? Elle a perdu le contrôle ? C'était autre chose ? Elle ne se sentait plus en sécurité ?

Je souris devant le nombre indécent de questions de Lexa. Je m'apprête à lui répondre que tout va bien et que je lui ramène Raven dans les plus brefs délais avant d'être attirée par un bruit. Mes yeux tombent immédiatement sur la sorcière qui se redresse avant de passer une main lasse sur son visage et de soupirer. Elle se tourne pour appuyer son dos contre le cadran avant que son regard ne se plonge dans le mien. Je manque un battement. Ses yeux… il y a quelque chose de différent. Elle semble plus… fragile.

- Je suis désolée de vous avoir inquiété toi et Lexa, dit-elle avec une voix encore marquée par la tristesse. J'aurai pu revenir immédiatement après avoir perdu le contrôle mais j'avais besoin, elle soupire avant de passer une main dans ses cheveux alors que de nouvelles larmes glissent sur ses joues, besoin de temps.

Je n'ose rien dire. Je ne sais pas si elle est prête à entendre quoi que ce soit. Elle semble vraiment accablée et je ne sais pas quoi faire pour arranger ça. D'un geste lent qu'elle n'essaye pas de cacher, elle efface l'humidité sur ses joues. Elle détourne le regard avant de murmurer si bas que je n'aurai pas pu l'entendre si je n'étais pas un lycanthrope :

- Tout était un mensonge.

Je ne comprends pas ce qu'elle veut dire par là. Peut-être qu'elle a eu une vision qui lui a révélé une quelconque information. Je ne vois que ça. Il ne peut y avoir aucune autre explication. À part devoir vivre un fragment du futur, je ne vois pas ce qui peut perturber une sorcière aussi puissante qu'elle, et la pousser à devoir réfléchir aussi loin de tous et de tout le monde.

- J'ai besoin que quelque chose soit vrai, souffle-t-elle encore très bas.

De nouveau son regard dévie jusqu'au mien. Je me sens déglutir alors que je peine à prendre une nouvelle inspiration. Par toutes les lunes, je ne sais pas ce qui habite ses iris à cet instant mais c'est merveilleux et peut-être même un peu magique. Je sens mon estomac se soulever dans un nuage de papillons au moment où elle se lève pour me rejoindre. Je peine à déglutir alors qu'elle s'accroupie en face de moi. Notre échange visuel est si intense que j'ai presque la sensation que nous nous touchons, d'une certaine manière, c'est peut-être le cas. Je sens qu'il cherche sa magie et je suis presque sûre qu'elle en fait de même avec lui.

Je pourrai presque croire que c'est une empreinte, presque. Sauf que ce n'est pas ça, non c'est autre chose. Ça ne ressemble en rien à ce que j'ai senti naître en Lexa lorsqu'elle a rencontré Clarke. Le lien a été violent, presque destructeur alors que là, c'est doux et enivrant. Je ne sais pas ce qui grandit entre Raven et moi mais c'est puissant et quelque peu unique.

Sa main droite s'approche de mon visage et je me fige. Je n'arrive pas à assimiler ce qu'elle s'apprête à exécuter. Va-t-elle me toucher volontairement ? Non, impossible. Ses yeux tombent lentement mais sûrement sur mes lèvres. Je suis incapable d'effectuer le moindre geste. Comment je le pourrais alors qu'elle est si proche ? Je vois sa bouche s'étirer en un magnifique sourire qui me fait manquer un nouveau battement. J'ai cette sensation étrange qu'elle me voit pour la première fois.

- Tu n'as plus mal, souffle-t-elle en effleurant ma lèvre de son indexe.

Ce contact ne dure pas plus d'une microseconde mais il éveille tous mes sens, fait exploser mon cœur et fait s'emballer ma respiration. Je détermine comme de l'amusement dans ses yeux mais aussi une infime blessure. Je laisse mes cils se fermer pour reprendre le contrôle de mon corps et lorsque j'ouvre de nouveau les paupières c'est cette fois de la joie qui habite ses iris.

- C'était toi, murmure-t-elle.

Je fronce les sourcils pour essayer de comprendre ses mots mais ils n'ont aucun sens sorti de leurs contexte. Raven n'a jamais été aussi proche et pourtant je la sens à milles lieux de moi. Simplement parce que je n'arrive pas à comprendre ce qu'elle veut dire par ce : c'était toi.

- Tous ces actes insensés, toutes les décisions qu'elle a prise qui l'on conduit à sa mort c'était…

- Raven, je la coupe alors que ses larmes recommencent à tomber.

- C'était pour toi, poursuivit-elle tout de même, et moi aussi je suppose.

- Je ne comprends pas.

- Je t'expliquerai Anya mais pas maintenant. Est-ce que je, commence t-elle en tendant les mains, elles sont gelées.

Je la fixe quelque peu avec incompréhension. D'habitude, je suis presque obligée de la supplier pour qu'elle accepte que je l'aide à se réchauffer les mains. Il y a vraiment quelque chose qui a changé. Mais je ne dois pas y réfléchir maintenant. J'accepte de l'aider d'un signe de tête. Je me relève et instinctivement sans même vraiment y réfléchir, je lui tends la main pour l'aider à se redresser à son tour.

Je la vois détailler ma paume avec un intérêt nouveau. Et, pendant un instant, je suis presque certaine qu'elle va saisir ma main et glisser ses doigts entre les miens. Évidemment ça n'est pas arrivé, pourtant cette fois ce n'est pas la peur qui a retenu son geste mais autre chose. Elle prend appuie sur ses cuisses et elle se dresse. Je n'ai pas le temps d'effectuer un nouveau geste vers elle qu'elle se glisse contre moi. Son odeur m'envahit immédiatement ce qui me fait frissonner mais pas plus que de sentir ses mains parcourir mon dos.

Et alors que je croyais réussir à retrouver le contrôle, que mon cœur était sur le point de se remettre de cette proximité inattendu et volontaire de sa part, elle souffle tout contre mon oreille :

- Oui Anya, j'ai hésité.

C'est cette phrase, pas si innocente, qui a définitivement changé notre relation.

Parce que c'est avec ça que j'ai compris que si j'éprouvais des sentiments encore un peu flou mais tout de même fort pour elle, il en était de même pour Raven. Peut-être même que ce qu'elle ressentait pour moi était différent, plus réel d'une certaine manière. Mais je n'arrivais pas à savoir d'où me venait cette sensation et même si j'avais eu une idée, j'imagine que j'aurai été très loin de la vérité, des révélations de Morgane à mon sujet.

oOoOo

Voilà pour le nouveau chapitre de cette fiction. J'espère qu'il vous a inspirer et qu'il vous a plus ! J'ai hâte de savoir ce que vous pensez et de connaître vos réaction face aux nouvelles révélations. J'espère que vous avez appréciez retrouver Anya, découvrir de nouveau personnages et surtout la fin !

Je suis évidemment ouverte à toute les critiques, qu'elles soit positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

En espérant vous retrouvez pour le prochain chapitre !

GeekGirlG