Salut à tous ! :)

Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !

Quelques mots sur ce chapitre : Alors, alors… que se passe-t-il maintenant que celui qui guide Lyssa depuis toujours est révélé ? Maintenant que le futur est là pour aider nos héroïnes ? Pensez-vous que cette aide va suffire ?

Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire tous mes chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.

Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)


Ne me regarde pas

Partie n° 2 : Retour au noir

I got used to the darkness too Je me suis habitué à l'obscurité

I got used to the darkness for you Je me suis habitué à l'obscurité pour toi

I got used to the darkness too Je me suis habitué à l'obscurité

Yes I did Oui, je l'ai fait

Des Rocs – Used To The Darkness

Chapitre 35 : (Re)naissance

L'horreur fait partie du monde. Quoi que nous en disions, elle se cache dans les vies de chacun et apparaît toujours aux pires moments. Nous essayons alors de fermer les yeux pour la chasser mais bien souvent ce n'est pas suffisant. La réalité nous rattrape toujours. Personne ne court assez vite pour échapper à ses démons. Il faut alors se résoudre à les affronter, se dresser et avec le temps les vaincre, les terrasser. Ce sont bien souvent les pires moments de nos vie pourtant, mais ils sont nécessaire pour continuer à avancer.

Le pire moment d'une vie… c'était un de ceux-là.


Une couverture sur mes épaules, je regarde avec une certaine incompréhension mes mains. Il y a tellement de sang. Les bandages n'ont pas suffi à l'arrêter et le blanc est maintenant gorgé d'un rouge quelque peu angoissant. J'ai la sensation d'être complètement frigorifiée, tout mon corps tremble sans la moindre raison. Je ferme les yeux avant de rabattre mes genoux contre mon corps meurtrit et de poser doucement mon front dessus.

Clore les paupières n'était pas une bonne idée, je sens les larmes s'accumuler alors que je revis le combat qui m'a mis dans cet état lamentable. J'étais inutile. Je secoue la tête pour tenter de chasser le souvenir, j'échoue lamentablement et les larmes m'échappe. Je sanglote d'une manière absolument ridicule. J'ai eu tellement peur. Je n'arrive pas à me détacher de ce sentiment. C'est comme si j'y étais encore.

Je suis faible, tellement faible. J'ai mal, tellement mal. J'ai peur, tellement peur. Je suis brisée, tellement brisée.

Je peine à respirer alors que mes sanglots s'intensifient. Je n'en peux plus. Je veux que tout s'arrête. Il y a trop à gérer en peu de temps. Je veux revenir à ces quelques instants de bonheur que je semble avoir arraché pour avoir le droit de les vivres. Je veux que les images de ce monstre qui a bien failli me tuer s'efface de ma tête. Je veux une plage, ma main dans celle de Lexa et ses baisers.

- Clarke !

La voix paniquée de ma mère me fait sursauter. Je me redresse et efface tant bien que mal mes larmes. Je ressers la couverture sur mes épaules avant de me lever en gardant un appuie contre le mur. J'inspire profondément et lorsqu'elle arrive à ma hauteur, je souris. Je ne veux pas l'inquiéter.

- Mon bébé, elle me prend dans ses bras et me serre si fort que je grimace, j'ai su que tu étais blessée, montre-moi, exige-t-elle en s'éloignant.

- Je vais bien maman, je la rassure. Il y a des personnes qui on bien plus besoin de toi. Je peux attendre.

- Clarke, me menace-t-elle.

Je frissonne. Hormis Lexa, c'est la seule capable de m'impressionner en usant de ce ton. Je pourrais tenter de délibérer avec elle mais je sais que ça ne serait pas utile. Je lui montre donc mes mains en soupirant. Elle les saisit et je sursaute quand la douleur se réveille. Je cache tant bien que mal ma réaction mais elle n'échappe pas au regard avisé de ma mère qui vient de mettre son masque de médecin. Elle lâche ensuite mes mains pour saisir une mèche de cheveux coller dans le sang sur mon front et l'éloigner. La coupure qui s'y trouve ne semble pas l'inquiéter plus que ça, elle précise tout de même :

- Tu vas avoir besoin de points. Autre chose ?

- J'ai du mal à respirer, Lexa a dit qu'il y avait une sorte de souffle, sûrement des côtes cassées. Je n'ai rien de grave maman.

- C'est à moi d'en décider ? Lexa pense que votre lien peut t'aider à guérir ? D'ailleurs où est-elle ? Ne devrait-elle pas être avec toi ?

- La meute a été attaquée maman.

- Tu crois que je l'ignore ? Mon infirmerie précaire n'a jamais été aussi remplie.

- Elle a des obligations.

- Ce n'est pas une raison pour te laisser seule. Je ne te laisse pas seule.

- Je veux bien rester avec elle, se propose un Thomas adulte tout droit arriver du futur.

- Et vous êtes, demande ma mère en se tournant vers lui, pour quelle raison je vous confierais ma fille ?

- Clarke a toujours prit soin de moi, il est temps que je lui rende la pareille.

- Je ne vous connais pas.

- Maman, je grogne, c'est Thomas.

- Bonjour Abby, sourit-il. Je vais prendre soin de Clarke.

Ma mère le dévisage, j'imagine qu'elle a entendu parler des voyageurs du temps mais qu'elle n'imaginait pas croiser l'ancien petit louveteau. Elle se tourne vers moi, puis vers lui, semble indécise avant de concevoir :

- Très bien mais si son état change…

- … je cours te chercher, assure Thomas.

- Bien. Clarke ?

- C'est bon vas-y maman.

Sans plus de cérémonie, elle retourne soigner ceux qui on vraiment besoin d'elle. Je me laisse glisser contre le mur pour que tout ce qui m'entoure arrête de tourner. Une fois assise, je replie de nouveau mes genoux contre mon corps. Je suis légèrement surprise en voyant Thomas s'installer près de moi. Je tourne doucement les yeux vers lui en fronçant les sourcils.

- Je n'ai pas seulement dit ça pour amadouer Abby, je compte bien rester.

- Je croyais que Lexa et Anya discutaient avec vous sept.

- J'ai trouvé une excuse pour éviter cette réunion. Et puis, celui qui prend les décisions, c'est Aiden.

Je m'apprête à lui répondre avant de remarquer son regard fixé sur Echo qui aide les blessés légers à s'installer pour attendre. Il jette aussi de fréquent regard inquiet vers Lincoln et Octavia qui sont tous les deux en processus de régénération.

- Tes parents vont s'en sortir, je souffle, O' avait un éclat d'argent près de son cœur mais maintenant que ma mère lui a enlevé tout va bien. D'ici une heure ou deux, elle n'aura plus aucune trace de ses blessures.

- Ils peuvent bien mourir, répond-il avec une colère sourde dans la voix, pour ce que j'en ai à faire.

- Mais enfin… Thomas.

- Désolé, souffle-t-il, je suis un peu trop inquiet pour Scar.

- Tes parents t'aiment, j'insiste.

- Ce n'est pas un sentiment que je partage. Peut-être que nous allons réussir à changer les choses mais d'ici-là, il y a très peu de personnes que je haïs plus qu'eux.

Je suis surprise pas la violence de ses mots d'autant plus alors que je peux voir de mes yeux le petit Thomas accrocher à la main d'Octavia mort d'inquiétude. Celui assis près de moi n'a dans les yeux rien de plus que du mépris quand il les regardes un peu plus longtemps. Cette inquiétude que j'ai lu un peu plus tôt, n'était pas pour eux, mais pour Scarlet donc Echo.

- Tu crois que tes parents pourraient faire du mal à Echo, je comprends.

- Je ne crois pas. Je le sais.

- Ecoute, j'étais là quand Octavia s'en est prise à Echo, elle était simplement déstabilisée par des émotions un peu trop fortes. Elle ne lui ferait pas vraiment du mal.

- Clarke…

- Se sont tes parents.

- Très bien, souffle-t-il, tu étais là quand ma mère, il grimace en prononçant ce mot, s'en est prise à Echo, la première fois, crois-moi c'était le début d'une très longue liste. Tu veux savoir quand moi j'étais là ?

- Clarke, Lexa surgit de nul-part et s'accroupit devant moi, tu vas bien ? Thomas, prononce-t-elle ensuite surprise, nous t'attendions.

- Aiden a dû te dire que je ne viendrai pas, répond-il avec un air désolé.

- En effet mais je ne m'attendais pas à te trouver près de Clarke. Il a dit que tu avais quelque chose d'important à faire.

- C'est la vérité, dit-il en ancrant son regard sur Echo, Bellamy était avec vous donc, je la protège. Il n'y a rien de plus important que de la protéger.

- Echo est en danger ? Voulu savoir Lexa.

Thomas ne répond pas mais sa réaction suffit. Il sert les poings avant de se relever. Il expire sur la longueur avant de détendre ses doigts pour les caler dans ses poches. Il semble ébranler par une profonde tristesse avant qu'il ne secoue doucement la tête avant de prononcer un faible :

- Pas encore. Normalement, nous avons encore du temps mais certaine choses ont déjà changées. Je ne prends pas le risque de la perdre.

- Thomas, souffle Lexa, Echo est sous ma protection. Personne ne s'en prendra à elle.

- Pourtant, pour moi et les autres, elle est, il déglutit difficilement et ses yeux sont noyés de larmes, déjà morte. Je… je dois y aller. Jamie est blessé.

En le regardant partir, je frissonne en assistant à son regard noir pour ses parents. De moi-même je fais des conclusions sur ce qui a pu causer la mort d'Echo dans le futur. Thomas semble penser que Lincoln et Octavia sont impliqués mais c'est impossible. Il serait bien incapable de lui faire du mal. Ils n'ont pas la noirceur qu'il faut pour un tel acte.

Je me détache de mes pensées et mes interrogations alors que Lexa saisit en douceur mes mains. Son regard inquiet me fait culpabiliser. Lentement, elle retire les bandages de ma main droite, les plaies sont encore profondes, boursouflées et assez désagréable à regarder mais c'est moins horrible qu'un peu plus tôt. Elle relâche mon bras pour glisser sa main dans la poche de son manteau noir, je fronce les sourcils. Je ne me souviens pas l'avoir déjà vu porter un manteau depuis que je la connais. Serait-il possible qu'elle soit tout aussi frigorifiée que moi ?

- Aïe, je m'esclaffe par réflexe en sentant la morsure du désinfectant sur mes plaies.

- Ne joue pas à l'enfant, me reproche Lexa.

- Qui joue à l'enfant ? J'ai super mal !

- Je sais, murmure-t-elle avec une once de culpabilité dans la voix. Je sais.

- Lexa, ce n'est pas ta faute.

- Je n'ai pas été assez rapide pour te protéger, se reproche-t-elle.

- C'est moins grave que ça en a l'air.

Le regard de Lexa me fige sur place. Je baisse les yeux pour l'éviter. Évidemment, elle sait que je lui mens. J'imagine que comme moi, elle a senti les ténèbres resté bloqué dans mon corps alors que ce monstre me bloquait les mains. Mon obscurité me détruisait de l'intérieur, brisant mes os, déchirant les veines une à une et écartelant ma peau pour trouver un moyen de sortir de mon corps. Je n'ai jamais connu une douleur physique si grande.

C'est innommable. Mais contrairement à ce que croit Lexa, elle est arrivée à temps pour faire lâcher prise au dieu. Mes mains et tout mes avant-bras étaient en lambeaux mais je ne pense pas que j'aurai pu survivre si l'accumulation et la propagation des ténèbres avait continué leur route. Mon cœur n'était plus très loin. Il ne se serait pas contenter de s'arrêter. Je crois plutôt qu'il aurait imploser.

- Tu arrives à bouger tes doigts ?

- Pas encore mais je les sens de nouveau.

- C'est une bonne nouvelle, assure-t-elle soulager, j'ai cru que tes mains étaient foutues.

- Je ne suis peut-être pas une maudite mais j'ai aussi des capacités de régénérations.

- Beaucoup moins efficace.

- C'est vrai mais cumulé aux tiennes, c'est suffisant.

- Hum…

- Lexa ?

- Oui.

- Ce n'est pas ta faute, c'est clair ?

- Raven peut certainement t'aider pour la douleur, dit-elle très vite en se levant, je vais aller la…

- Lexa, j'essaye de la retenir, reste, s'il te plaît. La douleur est supportable, je t'assure. Reste. Je… je suis effrayée quand je suis seule. S'il te plaît…

Le regard qu'elle porte alors sur moi me trouble bien plus que ce que j'aurai pu imaginer. J'ai conscience que c'est certainement son côté loup qui ressort mais elle est tellement inquiète pour moi que je ne sais pas trop quoi faire ou dire pour la rassurer. Je sais de toute façon que je ne trouverai pas les bons mots pour effacer sa culpabilité, elle a un trop fort instinct de protection pour que j'y parvienne.

- Clarke, je…

- Reste.

Un combat silencieux fait rage dans ses yeux. Elle ne sait pas quoi faire. Elle n'arrive pas à prendre la bonne décision, c'est si rare de sa part. Pourtant, je ne lui demande rien d'insurmontable. Simplement de rester près de moi. Si elle s'éloigne, je sens que mon esprit va de nouveau s'égarer, se perdre dans ces terribles souvenirs qui m'empêchent de respirer, d'avancer. J'ai besoin d'elle. J'ai tellement besoin d'elle.

- Lexa, je prononce difficilement les larmes aux yeux, s'il te plaît.

J'écarquille les yeux et manque de suffoquer, sans parler de sentir mon cœur se briser quand je la vois faire volte-face. Je n'ai pas été assez clair ? J'ai besoin qu'elle reste. J'ai… mince, je ne pensais pas être capable de souffrir encore plus. Encore une fois, j'ai cette sensation terrible que la douleur est insoutenable, je ne me relèverais jamais après avoir connu de tels maux. Je suis foutue, plus bas que terre. Comment Lexa peut-elle ne pas le voir ?

Je croyais… j'étais persuadée qu'elle me connaissait même mieux que moi-même.

- Anya, appelle-t-elle d'une voix quelque peu tremblante.

- Lexa, prononce cette dernière un peu essoufflé, tout va bien ? Clarke va bien ?

- Non. Je…

- Lexa ?

- Il faut que je… tu restes et je…

- Il va falloir que tu sois légèrement plus claire, insiste Anya.

- Je dois m'éloigner de tout ça, nous en éloigner.

- Je comprends.

- Indra est au plus mal et je n'ai confiance en personne d'autre. Je t'interdis de refuser.

- Refuser ? Mais refuser qu… oh non, Lexa, ce n'est pas possible !

- Je t'en prie. Je dois partir.

- Il y a Aiden, s'empresse de proposer Anya avec panique.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Je ne peux m'empêcher de demander.

- Tout va bien, me répond immédiatement Lexa, j'arrive, me sourit-elle ensuite en se tournant vers moi, je règle ça, son regard devient noir en une seconde, et j'arrive.

- C'est pas vrai Lexa… ce n'est pas… non. Arrête de me regarder avec ces yeux. C'est moi qui t'ai appris ça et je t'interdis de l'utiliser contre moi.

- Tu es la seule à qui je peux le demander.

- Tu sais bien que non.

- Je n'ai pas confiance en Aiden, pas après qu'il est voyagé dans le temps et se comporte avec ce qui est à l'évidence ma meute comme si elle était la sienne.

Un silence angoissant naît entre les deux sœurs de coeur. Je relève les yeux et assiste à un échange de regard terriblement angoissant. Elles ne disent pas un mot mais continuent de se battre à coup d'un regard assassin. Puis Anya plisse le nez avant de soupirer. Elle ferme les yeux avant de tourner légèrement la tête sur la droite, son regard s'adoucit immédiatement. Je pourrai croire que ses yeux se sont arrêtés sur Raven mais la sorcière arrive dans son dos.

- Très bien, j'imagine que je n'ai pas vraiment le choix.

- Pas vraiment en effet.

- Tu me promets de ne pas fuir ? Interroge-t-elle avec fragilité.

Fuir… Lexa, fuir ? C'est impossible ! Rien que l'idée est insensée. Je n'ai jamais de toute ma vie entendu quelque chose d'aussi ridicule. Lexa, fuir : n'importe quoi !

- Pas plus de quelques heures, sourit Lexa en reportant son regard sur moi, promis.

- Lexa mais qu'est-ce que tu fais ? Je demande inquiète.

- Tu te rends compte des conséquences que ça pourrait avoir si ça se sait, s'assure Anya.

- Evidemment, c'est pour cette raison que je te le demande à toi et non à Aiden.

- Tu es sûre de toi ? S'acharne Anya.

- Et toi ?

- Évidemment que non !

- J'en aurai mis ma main à couper, rit Lexa en la regardant à nouveau. Viens me chercher si tu perds pieds. Je ne veux pas retrouver Clarke pour te perdre. D'accord ?

- Ouais, soupire-t-elle.

- Appuie-toi sur Raven et tout ira bien, je le sais.

- Allez, fais-le avant que je ne change d'avis.

- Autre chose à dire ?

- Tu es une vraie emmerdeuse.

- Je t'aime Anya, prononce doucement Lexa ce qui me surprend apparemment autant que la principale concernée. Je ne te remercierai jamais assez de bien vouloir faire ça pour moi.

- Tu es ma sœur, élude Anya.

- Très bien, dans ce cas, elle tend son bras vers Anya dans ce geste très respectueux que peuvent avoir certain lycanthropes entre eux, la blonde le saisis au niveau de la pliure du coude avant que Lexa ne reprennent, je te confie ma meute durant mon absence Anya Lucas.

Qu'est-ce que… j'écarquille les yeux au possible. Je ne l'avais pas vu venir celle-là. Anya ne fait pas partie de la meute, c'est dangereux. Elle pourrait décider de ne pas la rendre à Lexa et… je panique pour rien. C'est d'Anya dont on parle, elle sera plus qu'heureuse de se débarrasser de cette responsabilité. Ce qui en effet, n'aurait peut-être pas été le cas d'Aiden.

Mais pourquoi Lexa a-t-elle prit un tel risque ? Anya a dit vrai, si sa meute apprend ce qu'elle vient de faire, elle pourrait avoir des ennuis, de graves ennuis. Elle se tourne vers moi et esquisse un sourire timide avant de s'accroupir devant moi. Ses yeux scrutent mon visage avant que ses doigts frôlent ma plait sur mon front éloignant mes cheveux du sang qui les y a coller. Ses mains sont froides, elles ne sont jamais froides.

- Je ne serai pas loin, assure-t-elle une dernière fois à Anya en plongeant ses yeux dans les miens.

- Je sais.

- Sortons d'ici Clarke, murmure-t-elle en me soulevant aussi facilement que si j'étais un poids plume, sortons d'ici.

Nous traversons plus ou moins facilement l'infirmerie de ma mère. Je finis par accrocher mes bras autour de son cou, plus par envie que besoin. Je colle mon visage contre sa poitrine et me laisse bercer par le doux son de son cœur qui bat dans sa poitrine. J'en oublie tout le reste. Puis, je suis éblouie par la lumière du soleil alors je sers un peu plus mes bras autour d'elle, ferme les yeux et me concentre que sur elle.

Qu'importe où elle m'emmène. Je me sens en sécurité, loin de ces horrible souvenirs qui m'empêchent d'avancer. La douleur en devient presque supportable. Il n'y a que Lexa, rien d'autre. Juste Lexa.

Je ne sais pas combien de temps elle a marché quand elle finit par me poser en douceur. Ce n'est qu'une fois mon oreille loin de son cœur que j'entends le bruit des vagues. Elle embrasse doucement mon front et j'ouvre les yeux pour découvrir l'océan à perte de vue. Elle s'installe près de moi, sur un banc et je cale ma tête sur son épaule en respirant à plein poumons.

- Beaucoup mieux, sourit-elle.

Sa main caresse mon dos d'une façon si apaisante que je referme doucement les paupières. Je laisse cet étrange sentiment grandir en moi en l'associant au doux frémissement des vagues. Je suis tellement bien à cet instant. Je n'ai besoin de rien de plus.

Lexa embrasse doucement mes cheveux avant de les relever doucement au-dessus de ma nuque. Je n'ai pas besoin de la voir pour savoir qu'elle sourit, je le sens au plus profond de mon être, je vis ce sourire comme s'il était le mien. Il me fait chavirer, retourne mes entrailles et me remplit d'un bonheur que je n'aurai jamais cru connaître.

Accéder à ce genre de sentiments en étant à moitié démon, c'est simplement impensable. Je peine à croire à ma chance, c'est inouï.

Ses lèvres se rapprochent de ma nuque, son souffle me fait frissonner. Puis elle trace des baisers à peine appuyer sur une ligne qui ressemble étrangement au signe de l'infini, la marque des Triku. Je force un peu plus la pression sur mes paupières alors qu'elle éloigne ses douces attentions.

- Nous n'avons pas pris le temps d'en parler.

- Parler de quoi ? Je demande en m'allongeant installant ma tête sur ses cuisses.

- De la marque qui est apparue sur ta nuque, souffle-t-elle en glissant ses doigts dans mes cheveux.

- Elle va disparaître avec le temps.

- Je n'en suis pas certain Clarke.

- Dans ce cas, je tourne mon visage vers son ventre pour avoir son odeur au plus près de moi, je porterai ta marque avec fierté. Après tout, mon être, mon âme et mon cœur porte déjà ton empreinte.

- Ce n'est pas pareil.

- Si tu le dis, je souris.

- Ce n'est pas pareil, Clarke, insiste-t-elle.

- En quoi c'est différent ? Je demande en faisant frémir mon indexe ce qui me fait grimacer.

- Tu fais partie de ma meute.

- Ce n'était pas déjà le cas ?

- Bien sûr que si, pour moi et tous ceux qui n'étaient réfractaires à notre empreinte. Avec cette marque qui est apparue, tu pourrais être mon consort, mon égale dans la meute, le deuxième alpha dominant.

- Je ne suis pas alpha, je souris. Je suis un semi-démon.

- C'est vrai, conçoit-elle, mais je me renseigne depuis quelque temps pour que tu puisses devenir mon égal dans la meute. Ce n'est jamais arriver, pas avec un démon, précise-t-elle, avec des métamorphes oui, avec deux shamans, avec un vampire une fois et même avec un sorcier, un des couples les plus puissant qui n'ait jamais existé, mais pas avec un démon. Très franchement, je ne savais pas comment t'imposer au Conseil comme mon consort et maintenant que cette marque est arrivée. Je n'ai plus peur. Si je fais la demande, ils seront obligés d'accepter sans broncher, même Titus qui rêve toujours de me planter un couteau dans le dos depuis que nous sommes ensemble.

- Tu n'aurais jamais dû le libérer, je grogne.

- Peut-être mais si je fais la demande pour que tu deviennes mon consort, même lui ne pourra rien faire.

- Sipourquoi tu insistes sur ce si.

- C'est évident, je ne le ferai jamais sans ton accord. C'est un engagement. Ce n'est pas quelque chose qu'il faut prendre à la légère. Tu auras les mêmes responsabilités que moi. Il est même possible que certains membres de la meute préfèrent venir te voir toi, plutôt que moi. Pour chaque membre de la meute, tu seras l'aïeule, la mère et la fille. L'alpha, au même titre que moi.

- Je suis moins forte que tu crois.

- En fait, c'est tout le contraire.

- Tu m'as bien regardé, je m'énerve, je suis brisée !

- Tu l'es, confirme-t-elle, comme moi, comme Anya, comme Raven, comme n'importe laquelle d'entre nous, le tout est de savoir est-ce que tu comptes te relever ?

- Évidement que oui !

- Alors tu es forte.

Je réfléchis un instant. Je suis forte ? Moi… je suis forte ? Je me redresse lentement et malgré tout, je me sens voguer de gauche à droite emportée par un étourdissement. Je suis forte ? Je fixe mes mains. Elles tremblent légèrement ce qui me fait grimacer la douleur est insupportable. Je ne ressemble clairement pas à quelqu'un de fort. J'ai mal et je suis effrayée au moindre bruit qui me semble anormal. Non… Lexa se trompe. Elle se trompe peut-être pour la première fois de sa vie mais elle se trompe. Je ne suis pas forte. Je ne le deviendrai jamais. Je suis simplement et définitivement brisée.

Si je veux me relever, c'est pour elle. Je refuse d'être un poids qu'elle doit traîner difficilement. Si je dois être forte, c'est pour elle. Je ne souhaite pas qu'elle s'effondre alors que je veux vouer ma vie à la soutenir. Si je résiste à l'appelle des ténèbres de plus en plus omniprésentes, c'est pour elle. Je ne pourrai pas supporter qu'elle me regarde comme si j'étais perdue.

- Clarke, souffle-t-elle, tu crois vraiment que je te ferais cette proposition si je ne t'en sentais pas capable ?

- Tu m'as bien regardé, j'expose en tendant mes mains blessées vers elle.

Avec une infinie douceur, elle dépose ses mains sur les miennes et les abaisse dans un geste lent avant de perdre son regard dans le mien. Elle sourit avant d'acquiescer :

- Je te vois.

Je fronce les sourcils alors qu'elle s'approche. Les traits de mon visage se détendent quand ses lèvres frôlent les miennes et un véritable sourire se forme quand elle décide de m'embrasser.

- Je te vois parfaitement bien Clarke.

- Dans ce cas, tu fais exprès de ne pas voir ce que je vois, je bougonne.

- Qu'est-ce que tu voudrais que je vois exactement ?

- Je suis la personne qu'il te faut pour t'aimer mais pas pour t'aider à diriger ta meute. Trouve quelqu'un d'autre.

- Trouver quelqu'un d'autre, elle rit doucement. Il n'y a personne d'autre.

- Choisie un loup ! Je ne sais pas, Anya.

Cette fois, elle éclate de rire. Elle plaque sa main contre sa bouche pour l'arrêter après quelques secondes. Mais je vois toujours ses yeux joyeux et je sais qu'elle rit toujours mais silencieusement. Elle semble amusée encore quelques instants, puis ferme les paupières et secoue la tête avant de prendre une forte inspiration et de prononcer encore amusée :

- Désolée.

- Tu n'as pas l'air désolée, je me renfrogne.

- Okay, elle prend une grande respiration avant de plonger ses yeux dans les miens, je ne peux pas choisir avec qui je partage ma meute. Le consort est forcément celui ou celle qui partage une empreinte avec l'alpha. Clarke, il y a très peu d'alpha qui prenne le risque de partager le lien de meute avec quelqu'un d'autre, même s'il s'agit d'un loup. Tout ceci n'a rien avoir avec une affiliation à une espèce ou à une autre, c'est une histoire d'amour et de confiance. Rien de plus.

- Tu voudrais vraiment partager quelque chose d'aussi important avec moi ?

- Oui, évidement. J'y pense depuis que j'ai été blessée par Lyssa pendant les pourparlers. Je n'ai que cette idée qui me trotte dans la tête. J'aurai pu t'en parler bien avant mais tu n'étais pas prête à l'entendre et très franchement, je crois que tu ne sauras jamais mais Clarke, je… j'ai besoin de toi. Bien plus que ce que tu peux imaginer. J'ai besoin de toi.

- C'est stupide.

- Il m'arrive de l'être par moment, sourit-elle.

- Lexa !

- Ce n'est pas une obligation mais s'il te plaît promets moi d'y réfléchir. Je me sentirai plus rassurer si ma meute pouvait autant s'appuyer sur toi que ce qu'elle le fait sur moi.

- Rassurée, vraiment ? Je suis un semi-démon, j'insiste sur ma prononciation, pour quelle raison tu sembles faire comme si ça n'avait pas d'importance ?

- Parce que ça n'en a pas, pas pour moi.

- Ça devrait, je grimace.

Lexa sourit avant de secouer la tête. Je suis certaine qu'elle est en train de se dire que je suis bornée et pourtant la plus butée des deux, c'est bien elle ! Elle prend de nouveau mes mains doucement dans les siennes. La douleur, s'envole un peu plus à chaque seconde. La présence de Lexa m'aide à guérir plus vite, j'en ai bien conscience. Son regard est encore inquiet mais un petit sourire étire ses lèvres quand elle me demande :

- Tu veux savoir ce que je vois en regardant tes mains ?

- Que je suis incapable de t'aider pendant les moments importants ?

- Non, son ton est ferme et définitif, que tu es prête à te battre, pour moi, pour la meute.

- C'est évident ! Mais je ne suis pas assez forte, ça aussi, c'est évident.

- Est-ce que tu réalises que nous nous sommes battus contre un dieu ? Certes un dieu déchu mais un dieu tout de même ? Tu es forte Clarke, je le vois tous les jours. Tu crois que je ne me rends pas compte de ton combat quotidien contre les ténèbres ? Tu es forte et s'il le faut, je te le répéterai chaque jour de ta vie à partir d'aujourd'hui. Tu es forte.

- Arrête, je sanglote.

- Tu n'imagines pas le nombre de combat que j'ai perdu avant d'être celle que je suis. Une fois Anya m'a dit que le changement commençait souvent par une chute et qu'il ne fallait pas la maudire, jamais. Parce que c'est au sol que tu peux trouver l'humilité. J'espère, son pouce caresse la paume de ma main, que tu ne garderas pas de marque mais il faut que tu saches une chose, elle guide mes doigts au niveau de ses côtes gauche, je suppose… je suppose que j'aime mes cicatrices. Elles me rappellent d'où je viens, ce que j'ai traversé. Je les aime parce qu'elles sont restées avec moi bien plus longtemps que la plupart des gens, même Anya est arrivée après celle-là. Tu te sens impuissante et faible ? Comment crois-tu que je me sentais après que mon père ait arraché le cœur de ma mère sous mes yeux, à l'instant même où ses doigts ont glissé entre mes côtes, les brisant pour me faire subir le même sort ?

- Lexa, mes pleurs deviennent incontrôlables, stop. Arrête, je lui fais lâcher prise et plaque mes mains contre mes oreilles qu'importe la douleur, c'est moins insupportable que d'entendre ça, arrête, je supplie, arrête.

A ma plus grande surprise, elle ne dit pas un mot de plus. Je fronce les sourcils avant d'ouvrir un œil puis l'autre. Lexa paraît si calme, ses iris émeraudes sont posés sur moi comme si j'étais la plus belle personne que porte cette terre. Elle penche légèrement la tête sur le côté avant de me sourire. J'ose doucement retirer mes mains quand elle m'interroge :

- Est-ce que tu comprends où je veux en venir ?

- Pas vraiment.

- Beaucoup l'oubli, moi aussi je dois bien l'avouer mais Clarke, tu n'as que 18 ans. Ce que tu ressens en ce moment, cette faiblesse, ces doutes, cette douleur et cette peur, je l'ai ressentie aussi à ton âge.

- Tu étais déjà alpha à mon âge, je contre.

- Une alpha jeune et inexpérimentée. Je venais à peine de prendre le pouvoir à mon père que les dragons ont attaqués, j'ai perdu beaucoup de loups dont ma sœur et crois le ou non, j'étais dans un état bien plus lamentable que toi à cet instant. Ce sentiment d'insécurité, elle glisse sa main dans mes cheveux, il va passer, s'effacer même, je te le promets mais en attendant, je suis là.

- Je ne suis pas assez forte, je m'acharne.

- Pas assez, peut-être mais je suis certaine qu'avec le temps tu nous surprendras tous, moi y compris. On en reparle dans six ans ?

- Tu ne vas pas en démordre ?

- Non, souffle-t-elle.

- J'ai le droit de me sentir encore un peu démuni.

- Bien entendu.

- Alors je veux rester là avec toi, je murmure en m'allongeant de nouveau la tête sur ses cuisses, regarder les étoiles et oublier juste un peu que nos vies sont des successions de galères, juste encore un peu.

- Tout ce que tu veux ma princesse.

Je souris en tendant l'index vers le ciel pour parler des étoiles. Lexa m'écoute d'une oreille attentive en caressant doucement mes cheveux. Le temps passe sur nous sans que je ne m'en rende compte et bientôt, je ne ressens plus aucune douleur dans les mains. J'arrête alors de parler pour fixer un peu trop longtemps celles qui m'ont tant fait souffrir jusqu'ici.

D'une main tremblante, je retire les bandage et remarque immédiatement deux cicatrices au creux de mes paumes en forme d'étoile. J'inspire profondément avant d'expirer sur la longueur pour calmer mon angoisse. Elles vont rester comme ça, marquer à vie. Lexa embrasse doucement mon front, mes paupières papillonnent alors que mon regard embrumé de larmes se pose sur son visage.

Lexa saisis doucement ma main droite, elle la caresse en évitant précautionneusement les endroits encore douloureux. Elle embrasse le bout de mes doigts. Avant de glisser les siens autour de la marque indélébile sur ma peau.

- Tu as un peu du ciel avec toi maintenant, souffle-t-elle en posant ses lèvres sur ma cicatrice.

- Vraiment ?

- Vraiment, sourit-elle, ma princesse du Ciel, ça sonne bien je trouve.

- Arrête de dire n'importe quoi !

- Ce n'est pas n'importe quoi, soupire-t-elle, simplement ce que je pense.

Je me sens sourire pour la première fois depuis l'attaque. Elle est forte, très forte à cet exercice. Je me redresse un peu pour approcher son visage du mien et je l'embrasse. C'est un baiser qui veut dire : merci.

Merci de toujours être là pour moi. Merci de m'aimer un peu plus chaque jour. Merci de croire en moi. Merci… merci d'être simplement toi.

- Je t'aime Lexa, je murmure tout contre ses lèvres.

- Je t'aime aussi, ma princesse du Ciel.

Cette fois j'éclate de rire. Je me fiche des quelques douleurs qui s'éveillent dans mon corps. Je suis heureuse, elle me rend heureuse, bien plus que ce que j'aurai pu imaginer en la rencontrant. Elle m'apaise, me fait sourire et rire. Elle m'aime. Aussi insensé que cela puisse paraître, elle m'aime. Et je l'aime… je l'aime tellement que l'obscurité en moi en vient même à disparaître par moment.

Quand je ferme les yeux, je rêve de courir avec elle dans des pleines sous une forme animale, un loup. Une malédiction. Je ne crois pas. Ce qu'elle vit tous les jours, c'est beau. Je donnerai tout pour vivre comme elle. Mais alors, elle ne m'aimerait pas. Du moins, pas de la même manière.

Je le vois dans ses yeux, ce qu'elle aime le plus chez moi, ce sont mes fêlures et le fait que je n'essaye pas de les lui cacher. Au fond, elle a peut-être raison. Nous sommes tous brisés d'une certaine façon. Pourtant, quand je suis avec elle, je me sens entière et à ma place.

- Calme-toi Clarke, me demande-t-elle amusée, tu nous fais mal.

- Je suis heureuse.

- Moi aussi.

- Même avec toutes ces choses horribles qui arrivent, j'ajoute. Je suis heureuse.

- Un jour… un jour, je ne sais pas quand mais un jour tout se calmera et il n'y aura plus que toi et moi.

- Un jour, je répète.

- Ouais, c'est une promesse.

- Que toi et moi…

- Hum hum, toi et moi, rien ni personne d'autre.

- Tu crois que nous aurons des enfants ?

- Euh…

- Nous pourrions en adoptés peut-être, ceux dont personne d'autre ne veut. Je veux des enfants. Je crois que nous avons assez d'amour pour le partager.

- Tu vas me tuer à petit feu Clarke Griffin…

Je souris en sachant qu'elle aussi elle souhaite avoir des enfants dans le futur. C'est un loup. Par ce fait, il n'y a rien de plus important que la famille pour elle. Je sais que je ne peux pas être sa seule famille. A un moment ou à un autre. Elle aura besoin de plus.

Lexa s'agite elle plisse les yeux alors qu'elle fixe l'horizon, son odorat ou son ouïe doit la prévenir que quelque chose ou quelqu'un est en approche. Elle ne me demande pas de bouger ou ne prend pas l'initiative de se mettre en garde. J'en déduis donc que ce qui approche n'est pas une menace. Elle embrasse doucement mon front et dit à regret :

- Nous ne sommes plus seule.

- Tu vois, le toi et moi s'agrandit déjà, je m'amuse.

- Idiote, soupire-t-elle.

- Oh, souffle une voix que je ne reconnais pas, je… désolée… je ne voulais pas… désolée.

- Il n'y a pas de soucis, sourit Lexa, c'est Madi, n'est-ce pas ?

- Oui.

- La plage est à tout le monde, assure Lexa.

- En fait, je venais sur le banc. C'est un de mes refuges mais je vais… partir.

- Attends, je l'arrête en me redressant, viens.

- Je ne veux pas déranger.

- Il y a assez de place sur ce banc pour nous trois, j'assure. Allez, viens.

- D'accord. Tu… tu vas bien ? Je ne t'avais jamais vu être blesser avant aujourd'hui, s'inquiète-t-elle en s'installant sur le banc.

- Ça va, je souris, tout est rentré dans l'ordre, j'assure en bougeant frénétiquement mes doigts.

- N'en fais pas trop quand même, me rouspète Lexa qui doit sentir la douleur.

- Je vais bien, j'élude, maintenant, je précise très vite. Donc tu t'appelles Madi ?

- Madi, confirme-t-elle d'un air absent en fixant l'océan à l'horizon.

Je hausse un sourcil en me tournant vers Lexa. Elle me sourit discrètement et me pousse à continuer. Je fais le relationnelle et elle écoute. Je soupire. Je déteste quand elle fait ça et pourtant pour une raison que je ne comprends pas, les gens ont tendance à plus se confier à moi qu'à elle. Ces personnes doivent avoir un problème !

- Il y a une raison particulière pour laquelle tu avais besoin d'un refuge ?

- M… Clarke, soupire-t-elle, ce n'est rien.

- Si vous avez voyagé dans le temps, j'imagine que ce n'est pas pour rien.

La tristesse marque son visage avant que la douleur n'envahisse son regard. Elle secoue la tête de droite à gauche comme pour chasser un mauvais souvenir. Ses cils se rabattent sur ses yeux alors qu'elle prend une forte inspiration.

- Si nous avons voyager dans le temps, c'est parce que nous n'avons plus rien à perdre, finit-elle par avouer. Jamie est une sorcière avec des pouvoirs incroyables mais elle n'est pas Raven Reyes alors il va nous falloir du temps avant d'arriver aux bons moments.

- Raven aurait peut-être pu vous aider, je propose.

- Impossible, sourit-elle tristement, Raven n'était pas une option. Et de toute façon, Anya était contre cette idée. Vous étiez tous contre cette idée, justement au cas où ce genre d'incident devait arriver. C'est une chance que nous soyons arrivés à un moment où nous sommes tous nés ou du moins conçu.

- Donc vous avez des points de chute, je comprends.

- Hum, elle réfléchit, par rapport à vous, dans trois et huit ans. En changeant ce qu'il s'y est passé nous devrions arrêter ce qui nous a poussé à faire ce voyage dans dix-sept ans.

- Trois et huit ans… il s'y passe des choses graves ?

- Clarke, m'arrête Lexa, je leurs ai déconseillé de nous parler du futur.

- Ce n'était pas grave, répond tout de même Madi, c'était des catastrophes sans nom.

La façon dont elle dit ces mots. Il semble n'y avoir aucune émotion. Comme si elle s'était habituée à ces catastrophes, qu'elle s'était faite une raison. En même temps, c'est logique. Elle vit dans un monde où ce qui c'est passé dans 3, 8 et 17 ans est réel. Pourtant j'ai du mal à accepter ce manque de réaction comme si une part de moi savait que cette jeune fille est censée être pleine de vie.

Jeune fille… elle ne semble pas avoir plus de treize ou quatorze ans pourtant elle a dit que tout le monde était né. Je sais qu'il ne faut pas se fier aux apparences mais elle paraît si jeune.

- Est-ce que tu es en danger ?

Je ne sais pas d'où me vient cette interrogation. Et, je comprends encore moins ce besoin viscéral de connaître la réponse. J'ai l'étrange intuition que si elle me répond qu'elle est bel et bien en danger, je serai obligée d'intervenir. J'en aurai le devoir.

C'est étrange de se sentir concernée par la sécurité d'une personne inconnue.

Ou peut-être qu'elle ne m'est pas inconnue, pas dans le futur en tout cas.

- Non, m… Clarke, je ne suis pas en danger, s'amuse-t-elle. Tu n'es pas si différente de celle que je connais, poursuit-elle avec un sourire. C'est parce que j'ai l'air d'une gamine, n'est-ce pas ? Tu as paniqué parce que tu t'ai dis que j'étais trop jeune ?

- Peut-être un peu…

- Clarke, me reproche Lexa, dans ce monde, il ne faut jamais se fier aux apparences.

- C'est pas grave, continue Madi toujours avec ce sourire qui me rassure, c'est du m… Clarke tout craché !

- Tu vois, je me tourne vers Lexa, c'est du moi tout craché !

- Ne joue pas les idiotes, me réponds-t-elle.

- Je suis une polymorphe, révèle-t-elle, et avant que vous ne disiez quoi que ce soit : oui, je sais que vous croyez qu'il n'en existait plus. Je commence à en avoir marre qu'on me le rappelle et vous n'avez jamais insisté sur ce point, jamais. Je tiens à ce que ça continue.

- C'est… Lexa, je chuchote, c'est quoi une polymorphe ?

- C'est pas vrai, soupire cette dernière, Clarke !

- Quoi ?

- Je suis une métamorphe, plus précisément une lycanthrope, je ne me transforme qu'en un seul animal. Les polymorphes peuvent se transformer en tout ce qu'ils souhaitent, que se soit vivant ou non. Enfin, je crois. Je n'en ai jamais rencontré.

- C'est plutôt une bonne définition, confirme Madi.

- Alors tu as choisi de ressembler à une enfant ?

- Pas vraiment, non.

Le silence qui suit est des plus étrange. Madi se redresse subitement en étirant ses bras au-dessus de sa tête avant de plonger ses mains dans une veste noir, délavée et quelque peu abîmée ici et là.

- J'essaye simplement de ne pas oublier qui je suis, murmure-t-elle si bas que je peine à l'entendre. En tout cas, elle avait raison, certaines choses ont commencées à changer. Je ne voulais pas le croire. Il fallait que je le vois de mes propres yeux, précise-t-elle en se tournant vers nous, forcer de constater que la little one a encore raison.

- Little one, je répète en un souffle en me demandant de laquelle des trois autres filles il peut s'agir.

- M… Lexa, je sais que tu es l'alpha mais je peux me permettre un conseil ?

- Bien sûr.

- Quand nous serons partis, si nous ne revenons pas d'ici trois ans…

- Ne parle pas du futur, tente de l'arrêter Lexa.

- … fais attention à ce qui pourrait arriver à Echo, Anya n'arrivera pas à la sauver seule.

- Il va arriver malheur à Echo ?

- Pas malheur Clarke. Elle va mourir, corrige Madi, sous les yeux de Thomas et de Scarlet. C'est cet événement qui est à l'origine de tout le reste.

- Tu ne devrais pas nous dire ça, insiste Lexa.

- Mais j'ai choisi de te le dire parce que je n'ai pas confiance en Aiden. Je l'ai suivi mais je n'ai pas confiance. A un moment ou à un autre, comme n'importe lequel d'entre nous, il va craquer, j'espère simplement que ce ne sera pas au pire moment. En tous les cas, quoi qu'il advienne, si nous ne sommes pas là, Echo ne doit pas mourir, pas dans trois ans.

- Trois ans, je répète.

- Evidemment, je ne vous ai rien dis.

- Si les choses changent, reprend Lexa. Si elles changent comme tu le dis, pourquoi prendre le risque de repartir ? Et si ce que vous pensez être le début de tout, la… la mort, elle déglutit difficilement, d'Echo avait changé aussi ? Si elle arrivait en avance ?

- Je n'y avais pas pensée…

- Vos souvenirs ne devraient pas changer ? Je demande.

- Jamie nous protège des paradoxes donc nos souvenirs resteront les mêmes quoi qu'il advienne sauf pour…

Elle fronce les sourcils et se tourne vivement vers l'épicentre de l'île, là où est concentré la plupart des habitations. Ses poings se serrent avec une telle force qu'une grande partie de son corps en tremble. La colère se dessine sur son visage alors qu'elle grogne :

- Putain de Melina ! Je… je dois… je n'arrive pas à le croire ! Elle n'arrêtera donc jamais de nous emmerder celle-là ? Je dois y aller !

J'écarquille les yeux, quelque peu choquée par le changement de comportement. Il y a encore cinq minutes, elle paraissait si calme et souriante. Et maintenant, elle pourrait se transformer en Godzilla près en découdre avec King Kong que ça ne m'étonnerait pas plus que ça !

Attendez une seconde… est-ce qu'elle pourrait se transformer en l'un ou l'autre de ces monstres ? Ça serait énorme ! Un peu flippant, mais énorme tout de même !

Elle se précipite vers le village, non sans se retourner très rapidement pour nous saluer et nous remercier pour la discussion. Je lui réponds par un signe de la main alors que Lexa essaye de dissimuler un petit rire moqueur.

- Je peux savoir ce qui te fait rire ?

- Son impulsivité.

- Je ne trouve pas ça drôle.

- Parce que tu n'as pas le même contexte que moi.

- Ah oui et c'est… ?

- On dirait toi.

- N'importe quoi ! Je ne suis pas du tout comme ça !

- Mais oui, sourit Lexa, mais oui.

- Hey !

- Maintenant que je commence à m'habituer à cette impulsivité, je trouve ce comportement plutôt adorable enfin, hormis les secondes ou je frôle la crise cardiaque.

- Ce n'est pas drôle !

- Je suis bien d'accord, tu as bien failli me faire passer l'arme à gauche plus d'une fois.

- Lexa !

- Oui ?

- Je ne suis pas comme ça, je bougonne.

Cette fois, elle ne retient pas son rire. Je rêve ou Madame est en train de se moquer de moi ? J'écarquille les yeux en réfléchissant à la vitesse de la lumière pour trouver un moyen de me venger de ce comportement inapproprié.

En plus, elle a tort ! Je ne suis pas du tout du genre à foncer tête baissée sans réfléchir ! Enfin…

Je grimace. Peut-être qu'elle ne se trompe pas autant que ce que je le veux. Je soupire. Je n'avais pas imaginé que ce genre d'impulsivité pouvait rendre quelqu'un aussi inquiet. Je vais faire plus attention à l'avenir. Du moins, je vais essayer. Parce que franchement, je ne sais pas comment je vais faire pour échapper à ma nature.

- Tu crois que ces gamins du futur vont rester ? Je demande sans y réfléchir.

- Certains son plus âgés que toi.

- Certain portent encore des couches en ce moment ou sont à l'état de cellules inoffensive.

- Okay, j'ai compris. Je n'en sais rien. J'espère.

- Tu espères ? Tu ne crois pas que c'est dangereux ?

- Evidemment que c'est dangereux mais je me dis que nous pouvons nous entre-aider.

- Comment ?

- Ils peuvent nous aider à changer l'avenir et nous pouvons peut-être les aider à se reconstruire. J'ai vu quelque chose dans leurs yeux, douleur, perte, résiliation, peur… nous sommes leurs meutes, peut-être même leurs familles, ils sont notre responsabilité.

- Je me sens proche de Madi et de Thomas.

- Pour Thomas, ce n'est pas étonnant, sourit Lexa.

- C'est différent. Quand il était avec moi tout à l'heure. Il semblait perdu. Il avait cette façon de regarder ses parents, je frissonne, c'était effrayant.

- J'ai remarqué ce regard sur Octavia et Link chez d'autres.

Je réfléchis à la suite de cette révélation. C'est vrai que maintenant qu'elle le dit, ils sont plusieurs à sembler haïr le couple alpha des Blake. Ce regard, il vit chez Thomas mais aussi chez tout les autres. Mais celle qui à pour eux une profonde aversion dans les yeux à chaque fois que je croise le regard qu'elle leur lance c'est cette étrange Melina.

- Lexa…

- Hum ?

- Je crois qu'il y a une chance pour que ce soit eux qui ait tué Echo.

- Tu crois ? Non… c'est… tu crois ?

- Je ne sais plus ce que je crois. Ils n'ont pas la noirceur qu'il faut pour commettre un tel acte mais les Voyageurs semblent tous croire qu'ils vont faire du mal à Echo. Je ne sais pas… peut-être qu'ils ne sont pas ceux qui ont « appuyé sur la gâchette » mais qu'ils sont tout de même responsables.

- Ils n'ont pas la noirceur qu'il faut aujourd'hui mais qui nous dit qu'ils ne l'auront pas dans trois ans.

- Rien ni personne.

- Ils ne doivent pas partir, décide Lexa, nous devons nous entre-aider.

- Comment tu vas faire pour les convaincre ?

- Pas les convaincre, seulement Aiden. C'est lui qui donne les ordres.

- Et comment tu vas faire ça ?

- C'est simple. Je vais récupérer ma meute.

- Tu vas le provoquer en duel, je comprends. Ce n'est pas dangereux ? Il pourrait être plus fort que toi.

- J'ai cru comprendre que j'étais toujours l'alpha dans le futur.

- Ne t'emballe pas et essaye de réfléchir d'une façon tordue.

- D'une façons tordue ?

- Oui, je m'explique, d'une certaine façon… il a dix-sept ans d'entraînement de plus que toi. Tu crois vraiment que tu as arrêté de le former dans le futur ?

- Merde. Tu as raison…

Lexa semble pensive, elle passe sa main dans ses cheveux avant de lever les yeux au ciel en soupirant. Je me rapproche ne comprenant pas à quoi elle pense.

- Lexa…

- J'étais entrain de me demander ce que je n'aurai jamais fait dans le futur.

- Pour ?

- Progresser plus vite. Mais j'imagine que tant qu'elle ne me dit rien…

- Oh-oh ! Non ! Je ne sais pas à quoi tu penses mais si tu prévois de te mettre en danger, je refuse.

- Anya, ma seule chance de rattraper un retard de 17 ans, c'est Anya. Elle a encore beaucoup à m'apprendre.

- Et pourquoi tu semble croire que ce serait dangereux ?

- Pour rien.

- Est-ce que tu es en train de me mentir ? Je demande choquer.

- Pour une fois, le fait qu'elle ne soit pas prête à assumer ses responsabilités semble être une bénédiction.

- J'ai l'impression que tu parles pour ne rien dire. Arrête de tourner autour du pot !

- Très bien. Mais Clarke, tu dois en parler à personne d'autre, pas même à Raven. Personne.

- Tu m'inquiètes.

- Anya a une meute.

- Tu parles de Gaïa ?

- Non, d'une vraie meute. Et si quelqu'un du Conseil l'apprend, il pourrait exiger que je la chasse. Ou pire… ils pourraient nous obliger à nous battre en duel afin de déterminer laquelle de nous est l'alpha des Trikru.

- Anya refuserait de se battre.

- Moi aussi, répond-elle du tac-au-tac.

- Et que se passerait-il alors ?

- Dans le meilleur des cas ? Un soulèvement.

- Deux alphas, deux meutes… sur un même territoire, c'est vraiment impossible ?

- Pour le Conseil, ça l'est.

- Pour le Conseil. Pas pour toi.

- Cette fois, ma propre décision ne suffira pas Clarke. Il s'agit de mœurs quasi ancestrales. Je ne peux pas me battre contre nos coutumes.

- Vos coutumes ? Elles ne sont pas archaïques pour une meute comme les Trikru ? Tu veux que je deviennes ton consort, tu es prête à te battre pour ça, n'est-ce pas ?

- Bien sûr ! Je suis d'accord avec toi mais il y a le Conseil et…

- Dissous-le.

- Je… je ne peux pas faire ça.

- Dissous-le, je répète, et reformes en un à ton image, pas celle de l'alpha de Trikru mais celle d'Heda.

- C'est…

- Trop impulsif ?

- … complètement fou. C'est complètement fou mais ça pourrait fonctionner.

Je souris un peu malgré moi. Je ne sais que trop bien que Lexa serait détruite si elle devait se séparer d'Anya. Elle a besoin de la présence de sa sœur à ses côtés. Et ce qui est vrai pour Lexa l'est aussi pour Anya.

- La meute pourrait s'agrandir, dit-elle subitement, je crois qu'il est temps que j'accepte entièrement ce que je suis devenue : Heda. Je ne suis et ne serai plus jamais une simple alpha. Quand je suis devenue Heda, j'ai senti des centaines et des centaines d'inconnus qui me reconnaissaient comme leur leader. Je pourrai… je ne sais pas, je pourrais les appeler à nous rejoindre sur Hélys.

- Nous rejoindre sur Hélys, pourquoi ?

- Avoir des arguments, pour la prochaine fois qu'on nous attaque, pour dissocier les Conseil, pour te garder, pour affronter Aiden, pour simplement devenir plus forte.

- Plus la meute est grande…

- … plus nous sommes fortes, conclut-elle en m'embrassant.

Nous restons encore un temps sur ce banc à profiter de la présence de l'autre, du bruit des vagues et des senteurs de la mer. Puis quand je ne ressens plus aucune douleur et que la peur semble exorcisée, Lexa commence à s'agiter. Je n'ai pas besoin qu'elle prononce le moindre mot. Je sais qu'elle doit reprendre au plus vite ses responsabilités avant qu'on ne découvre qu'elle a confié sa meute à Anya ce qui serait des plus fâcheux.

En rentrant, nous croisons certains membres de la meute qui se sont remis de leurs blessures, ils nous sourient. Lexa se contente de leurs répondre avec un signe de tête très poli mais quelque peu distant, moi avec un grand sourire et un signe de la main. Elle a raison, ils se comportent différemment avec moi. Je suis en quelque sorte plus accessible bien qu'en théorie bien plus dangereuse.

Je sursaute en percevant des éclats de voix. D'instinct, Lexa se place en avant pour me protéger. Plus nous avançons et plus la conversation devint intelligible. J'attrape la main de Lexa en découvrant tous les voyageurs du temps hormis Scarlet agglutinés autour de Melina. Il la menace, lui hurle déçu, tous sauf celui qui est flippant avec son masque qui recouvre l'intégralité de son visage.

- Nous ne te laisserons pas partir tant que tu ne nous donneras de réponse, grogne Aiden. Jamie dit qu'il est impossible que tu nous ais suivis alors comment tu as fait ?

- Oui mais j'ai ajouté que je ne pouvais pas être certaine, le contre la sorcière.

- Personne ne connaît l'étendu des pouvoir de Melina, rappelle Thomas. Et je ne peux pas croire qu'elle nous trahisse.

- Je n'ai pas confiance en elle, crache Aiden.

- Moi non plus, suit Madi, mais ce n'est pas une raison pour s'en prendre à elle de la sorte. Je t'ai parlé de mes soupçons simplement pour que nous restions méfiants. Si Scar apprend ce que…

- Je n'en ai rien à faire de Scar maintenant, tout de suite !

- Vraiment, intervient pour la première fois Bastian, tu pourrais lui dire en face ?

- Ça suffit ! Tout le monde sait que tu es du côté de Melina !

- En fait, je suis surtout là pour m'assurer qu'elle ne fasse de mal à aucun d'entre vous par accident. Comment maîtrises-tu tes pouvoirs Mel ?

- Si elle devait nous faire du mal, ce ne serait pas par accident, comme tu dis, contre Madi.

- Cette fille est un danger public, renchérit Aiden.

- Il est vrai qu'elle est très dangereuse, conçoit Thomas.

- Moi, souffle Jamie, j'ai étrangement confiance en elle. Je n'ai jamais vu personne contrôler ses pouvoirs avec une telle application.

- Elle reste dangereuse, souligne Aiden. Tu comptes dire quelque chose ? Elle compte dire quelque chose, s'exclame-t-il en se tournant vers Bastian. Pourquoi tu ne dis rien ?

- Hey, je me surprends moi-même à les interrompre, je crois que ça suffit maintenant, et je continue en plus, elle est blessée, je vous rappelle, je poursuis en quittant la main si rassurante de Lexa, vous ne seriez peut-être même pas là si elle ne s'était pas fait démolir par un dieu i peine quelques heures !

J'étais en train de débouler vers eux mais je ralentis quand je les vois s'écarter et baisser les yeux comme des gamins pris sur le fait, la main dans la bonbonnière. Les excuses se chuchotent avant d'être un plus audible, ce sont les voix de Thomas et Madi que je perçois en premier, ils ont l'air tout penaud quand ils prononcent un faible :

- Désolé 'ma.

Comment ils viennent de m'appeler ? J'ai à peine le temps de m'interroger que les autres voix résonnent bien plus fort comme si elle essayait de cacher ce qui vient d'être prononcé.

- Désolé Clarke.

- C'était stupide, je suis stupide.

- Je n'aurai jamais dû les suivre.

Les arguments et les excuses s'enchaînent et bientôt un vrai brouhaha m'entoure. À croire qu'ils cherchent vraiment à embrouiller mon esprit. Je les fusille un à un du regard et ils s'arrêtent immédiatement de déblatérer des idioties. Les seules à tenter d'affronter de nouveau mon regard sont Thomas et Madi mais quand j'accentue le côté assassin et mécontent, ils grimacent tous les deux avant de baisser les yeux.

Une fois que je suis satisfaite de les avoir fait culpabiliser bien comme il faut, je me tourne vers Lexa et lève les pouces en l'air pour lui montrer que je gère la situation. Elle a son air amusé et je sais qu'elle se retient de rire ou peut-être de lever les yeux au ciel. Je ne suis pas certaine. Je m'approche ensuite de Melina en lui demandant si elle se sent bien, de mon point de vue, elle a blêmi et pas qu'un peu.

Je tends la main vers elle et toutes les voix de ceux qui m'entourent explose pour ne former qu'une seule voix.

- NE LA TOUCHE PAS !

J'ai beau essayer de ralentir mon geste après l'avertissement générale, je ne pense pas pouvoir m'arrêter à temps. Je ne comprends pas la raison qui les pousse à hurler de la sorte mais ça doit être grave. D'instinct, je ferme les yeux avant que ma main entre en contact avec son bras. Mon mouvement est subtilement arrêté en plein vol, une poigne ferme maintient mon poignet hors d'atteinte du, supposé, danger.

J'ouvre un œil puis l'autre pour découvrir Scarlet complètement essoufflée qui s'est placée devant Melina qui elle-même s'était reculée pour éviter le contact. La jolie rousse relâche doucement la pression de ses doigts sur ma peau. J'ai rarement vu un tel soulagement marquer un visage quand elle m'assure :

- Crois-moi, tu ne veux pas tenter cette expérience.

- Je voulais simplement m'assurer que Melina allait bien.

- Elle se porte comme un charme, sourit Scarlet. Aucune raison de s'inquiéter pour elle.

- Je voudrais vraiment m'en assurer, j'insiste.

- Comme tu veux Clarke mais ne la touche pas, sous aucun prétexte.

- Je vais bien, intervient Melina.

- Tu vas bien, s'interroge la rousse. Vraiment ? Alors je peux savoir ce que tu fais hors de ton lit ? La seule raison qui aurait pu expliquer que tu sois dehors c'est les délires causés par la fièvre, c'est quoi ton excuse ? Tu es complètement inconsciente ! Retourne t'allonger tout de suite, conclu-t-elle en pointant l'infirmerie du doigt.

- J'y vais, assure Melina avec un sourire en coin.

- Et efface moi ce sourire de tes lèvres !

Tout ce que gagne Scarlet c'est un sourire un peu plus grand. Elle fulmine aussitôt. J'arque un sourcil quand je la vois faire volte-face vers les cinq autres. Aïe ! Je crois que sa colère va retomber sur eux.

- Ne t'énerve pas Scar, tente Thomas.

- Je ne suis pas énervée.

- Tu as l'air énervée, assure Madi.

- Je ne suis pas énervée, prononce-t-elle en détachant chaque syllabe.

- Nous ne tenons pas tous à ce monstre.

- Je sais que nous ne nous sommes jamais entendu Aiden mais si tu utilises de nouveau ce mot, nous allons avoir un vrai problème.

- Comme tu veux, à partir de maintenant elle est ta responsabilité.

- Quoi ?

- Je n'ai aucune envie de gérer ses caprices.

Il se retourne sans dire un mot de plus. Scarlet fronce les sourcils avant d'avoir des propos plus ou moins élogieux sur les mâles alpha. Thomas s'approche alors, elle lui lance un regard noir et il sourit.

- Je suis désolé, c'était stupide.

- Essaye de ne plus oublier ce qu'elle est.

- Je n'oublierai jamais.

- Tu viens de me prouver le contraire. Un simple dérapage, une émotion qui part en vrille, une douleur un peu trop forte et elle effaçait votre existence. C'est aussi simple que ça : cette fille, c'est la mort.

- Scarlet, tente Thomas une nouvelle fois.

- Je ne peux pas te perdre, dit-elle fermement, pas toi.

- C'est réciproque, sourit-il en ouvrant ses bras.

Un nouveau regard noir est lancé dans la direction de Thomas mais il garde la tête haute et les bras ouvert. Il sourit doucement avant d'exécuter un petit signe de tête. Scarlet semble marmonner encore quelques mots qui me restent incompris mais qui fait rire doucement le principal concerné ainsi que Madi avant qu'elle n'avance pour se glisser entre ses bras.

Thomas la serre tellement fort que si elle n'était un être surnaturel, je m'inquièterais pour le bien-être de ses os. Scarlet enfouie un peu plus son visage dans le cou du jeune homme brun quand Jamie s'approche doucement déposant une main sur l'épaule de son petit ami et l'autre dans les cheveux de la rousse, les ébouriffants légèrement.

- Arrête ça tout de suite Jamie, soupire-t-elle aussitôt.

- Ne menace pas l'amour de ma vie, lui répond Thomas.

- Je ne la menace pas, pas encore.

- Je peux essayer aussi de m'amuser avec tes cheveux, demande Madi avec moquerie.

- Je préfère encore mourir !

- Madi, Thomas prononce son prénom comme un reproche, j'étais à ça de la calmer.

- C'est bon, grogne Scarlet, lâche-moi maintenant !

- Très bien, s'exécute-t-il.

- Je vais aller passer mes nerfs sur Melina !

- Quoi, j'interviens, non, attends !

- Ne t'en fais pas Clarke, essaye de me rassurer Jamie, de nous six, il n'y a personne qui soit plus concerné par le sort et la sécurité de Melina que Scarlet. Elle a des principes.

- Ouais et elle a un certain attachement pour Melina, ajoute Madi.

- C'est compréhensible quand on y pense, complète Thomas.

- Espérons juste qu'elles ne vont pas complètement se détruire avec le temps.

- BASTIAN, explose les trois autres.

- Moi ce que j'en dis, se dédouane-t-il, ce n'est pas comme si je ne connaissais pas Melina depuis toujours.

Je sens qu'une nouvelle discussion pimentée va avoir lieu. Je me recule lentement ne voulant pas être un dommage collatéral. Ils ont un comportement étrange les uns avec les autres. Une seconde, ils semblent indissociables et celle d'après ils pourraient s'entre-déchirer que ça ne m'étonnerait pas.

J'arrive près de Lexa qui s'est adossée à un mur, les bras croisés, elle secoue la tête quand je m'arrête en face d'elle. Je me tourne une nouvelle fois vers les voyageurs quand je dis :

- Notre survie dépend vraiment de cette bande de gamins ?

- Elle va en dépendre, oui.

- Tu n'as pas renoncé au fait de les récupérer, n'est-ce pas ?

Je n'ai pas besoin de réponse, son seule sourire en est une. Je dois bien lui accorder qu'ils ont besoin d'un cadre pour être recentré. S'ils continuent de se disputer pour un oui ou pour un non, nous serons dans de beaux draps.

Lexa se cale dans mon dos en appuyant son menton sur mon épaule. Tout comme moi, elle observe la guéguerre entre les quatre voyageurs restants. Elle sert ses bras sur mon ventre comme si elle avait peur que je puisse m'envoler ou disparaître. Je la sens sourire avant qu'elle n'embrasse ma joue et s'éloigne sans la moindre explication.

La caresse des ses lèvres reste imprégnée sur ma peau et je guide mes doigts pour frôler et accentuer cette sensation. Je fronce les sourcils avant de fixer le dos de Lexa. Il y avait longtemps que je ne l'avais pas sentie aussi heureuse. Pourtant, il ne s'est rien passé d'exceptionnel.

- Lexa, je l'appelle en me précipitant pour la rattraper. Lexa ! Lexa, je prononce une dernière fois, c'était pourquoi ce baiser ?

- Parce que je savais qu'un jour ou l'autre tu me dirais oui.

- Je ne comprends pas.

- Je sais, sourit-elle.

- Lexa !

- Ce n'est pas important, pas encore, assure-t-elle en me volant un baiser sur les lèvres, en attendant sache que je t'aime plus que tout au monde, aujourd'hui et à jamais.

Une nouvelle fois, elle me tourne le dos sans que je ne puisse rien y faire. Non mais, je rêve, c'est quoi ce comportement ? Elle veut ma mort ? Et pourquoi diable elle semble si heureuse ? Je n'ai rien fait du tout… du moins, je crois. J'ai fait quelque chose ?

Je me renfrogne, serre les poings avant de lui courir après. Je ne sais pas comment je vais m'y prendre mais je compte bien découvrir ce qui la remplie de bonheur.

Foi de Clarke Griffin, je vais savoir !

Je vais savoir, qu'importe le temps que ça prendra…


Voilà pour ce nouveau chapitre. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! Qu'avez-vous pensé de cette immersion dans les pensées de Clarke ? Elle continue sa constante évolution. Son personnage, n'arrête pas de grandir, d'évoluer, de (re)naître… à votre avis, sa relation avec Lexa va-t-elle encore évoluer ? Lexa va-t-elle réussir à regagner sa meute au grand complet ? Et les Voyageurs du temps vont-ils rester avant que les événements dans 3, 8 et 17 ans n'arrivent ?

Je suis évidemment ouverte à toute les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

En espérant vous retrouvez pour le prochain chapitre !

GeekGirlG.