Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !
Quelques mots sur ce chapitre : Allez, on continue gentiment sur la lancée des nombreuses révélations de la fin de cette seconde partie ! ;)
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire tous mes chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.
Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 2 : Retour au noir
I woke up in another life Je me suis réveillée dans une autre vie
Where nothing's really dangerous Où rien n'est vraiment dangereux
And everything is black and white Et tout est noir et blanc
And no one even knows Et personne ne sait
I woke up in a broken dream Je me suis réveillée dans un rêve brisé
Miley Cyrus - Nightmare (cover Sebazti)
Chapitre 36 : Carnage
Il pleuvait tellement ce jour-là que l'on voyait à peine ses propres mains si on les tendait devant soi. La pluie était torrentielle et pourtant, il fallait se battre. Le sang se mélangeant avec cette eau diluvienne nappant la terre d'un rouge terriblement angoissant. Au milieu de ses fracas de corps, de ces cris, des os brisés un jeune homme se rassurait en se disant que tous ce qui ne le tuait pas, le rendait plus fort… sauf si ça le tuait évidemment.
Et ce fut le cas, d'une certaine façon et c'était de nouveau un jour comme celui-là.
Je me réveille en nage, la respiration désordonnée et les horribles images de mon cauchemar encore ancrées dans mon esprit. C'est toujours le même, encore et encore. Je sors du lit et me dirige rapidement vers la salle de bain, je trébuche sur mes premiers pas et me cogne violemment l'épaule contre la porte à moitié ouverte. Je grogne mais ne crie pas. C'est douloureux mais beaucoup moins que les scènes fantômes qui me suivent à chacun de mes pas. Je m'appuie contre le lavabo. Je tente encore de calmer ma respiration. Je fais couler l'eau. Le jet est si fort qu'il m'éclabousse. Je perds le contrôle, je sens que je me perds. Je hurle avant de lancer mon poing de toute mes forces dans le miroir. Mon sang marque la glace. J'observe mon reflet brisé. Je suis tellement en colère que je pourrai détruire tout et tout le monde. Je plonge mes mains sous l'eau en recueille entre mes paumes et asperge mon visage.
Je ne peux pas être l'esclave d'un tel ressentiment. C'est indigne de moi. Il faut que je trouve un moyen de continuer d'avancer, d'arrêter de me morfondre.
- Aiden ?
- Va-t'en Madi !
- Tu sais que je ne m'en irai pas, soupire-t-elle en s'approchant. Fais-moi voir ta main.
- Non.
- Fais-moi voir ta main, maintenant.
Je m'accroche encore un peu au lavabo. Je tremble. Je fais tout pour ne pas croiser de nouveau mon propre regard. Je décide de suivre les gouttes d'eau piégées dans mes cheveux blonds des yeux. La terrible loi de la gravité m'apporte un certain apaisement. Je prends une forte inspiration ,encore saccadé par les émotions ingérables que je subis et je tends ma main droite à Madi.
Elle glisse doucement ses mains sur la mienne. Elle observe, la fait tourner avant de fixer ses yeux sur mon profil. Sa présence m'apaise. Elle est comme un sucre candy. Je serre la mâchoire avant de demander de manière agressive :
- Autre chose ?
- Oui, il va falloir retirer les bouts de verre sinon tu ne cicatriseras pas.
- Laisse-moi, je m'énerve en retirant ma main des siennes.
- Tu sais parfaitement que je n'ai pas l'intention de bouger.
- Sérieusement Madi, dégage de là !
- Bien essayé Aiden mais tu peux faire semblant avec tout le monde, même toi-même si ça te chantes mais il y aura toujours une personne à qui tu n'arriveras jamais à mentir et c'est moi. Tu aboies comme un louveteau blessé mais toi et moi, nous savons que tu ne mords pas. Tu as peut-être réussi à convaincre les autres que tu étais devenu un vrai petit con, mais ça ne prend pas avec moi et tu sais pourquoi ?
- Parce que tu es une des seules personnes à qui j'ai montré mon véritable visage.
- Exactement, alors tu me donnes cette main pour que je la soigne ou est-ce que je dois t'assommer pour arriver à mes fins ?
- Il n'y a pas de doute, tu es bien la fille de Clarke.
- C'est bizarre comme tu peux oublier facilement que Lexa aussi est ma mère.
- C'est parce que tu n'as pris que ses bons côtés contrairement à Clarke.
Elle sourit, si elle se laissait aller, elle pourrait presque rire. J'ai toujours cette capacité étrange de révéler sa vraie nature. Elle est sérieuse, studieuse, soucieuse… avec tout le monde sauf moi. Il n'y a personne au monde que je connaisse aussi bien que Madi et la réciproque est vrai. Et elle a une certaine tendance à toujours me brusquer, me pousser dans mes retranchements et ce comportement, elle ne le tient pas de Clarke, clairement pas, mais j'ai trop d'amour propre pour l'avouer.
Je ferme les paupières quelques secondes. Je ne m'explique toujours pas pour quelle raison nous sommes aussi proche. C'est ridicule. Plus d'une décennie nous sépare. Je devrais me foutre de sa personne mais la vérité c'est que je me soucie d'elle depuis qu'elle est apparue dans nos vies. J'ai toujours agi comme un grand frère protecteur envers elle. Pas de la même façon que Thomas. Il a toujours été doué pour se lier aux autres, ce n'est pas mon cas. Non, je suis plus comme une sentinelle qui veille sur Madi quand personne d'autre ne fait attention.
Je m'assis sur le bord de la baignoire et d'un geste tremblant, je tends ma main blessée vers Madi. Elle s'installe près de moi et sans un mot commence à retirer les plus gros bouts de verre. Je tressaille par moment mais je reste silencieux aucun cri ne m'échappera. Aucun.
- Depuis quand tu fais des cauchemars ? Demande-t-elle.
- Quelque temps.
- Aiden…
- Je ne suis pas faible.
- Je n'ai jamais dit ça.
- Les autres pourraient le penser.
- Tu les sous-estime. Aiden, elle glisse ses doigts sous mon menton, regarde-moi, je l'écoute et accroche mes yeux aux siens, tu dois arrêter.
- Arrêter…
- De croire que tu es le seul à souffrir. Parle à quelqu'un.
- Personne ne peut comprendre.
- Chacun de nous connaît la souffrance.
- Pas celle-là, j'insiste. Arrête de me donner des leçons, je détourne les yeux. De toute façon, tu n'es pas crédible avec ce corps d'enfant.
Je me mords la lèvre inférieure. J'ai été trop loin et je le sais. Je n'aurai jamais dû prononcer cette phrase. Quel con !
- Tu as de la chance que je puisse comprendre que tu sois bouleversée sans quoi je me serai déjà transformée en éléphant pour te piétiner, me répond-elle d'un ton froid.
- Madi, je suis…
- Si tu dis que tu es désolé, toi et moi, nous allons avoir un vrai problème.
Je me tais. Je n'ai pas d'autre choix parce que je comptais en effet m'excuser. Je peux être si maladroit. J'essaye de ne plus l'être mais je souffre trop et je protège les débris de mon cœur du mieux que je le peux. Je protège tout ce qui reste de moi, tout ce qui reste de lui, même contre Madi alors que je sais parfaitement que si je la laissais faire, elle pourrait recoller tous les morceaux. Certes, se ne serait pas pareil mais les choses finiraient par s'améliorer.
Elle dit souvent que chacun de nous peut vivre avec un cœur brisé, il ne tient qu'à nous de le vouloir. Mais elle ne sait pas à quel point ça fait mal. Elle ne réalise pas que c'est pareil à une catastrophe naturelle qui détruit tout sur son passage. Un cœur brisé c'est la fin. L'anéantissement de votre vie.
Madi se lève, ouvrant tiroir après tiroir. Chacun de ses gestes me montrent qu'elle est en colère contre moi. Je baisse les yeux. Je l'ai bien cherché. J'ai touché un point sensible. Non pas un point sensible… le point sensible. Peut-être même la seule raison qui l'a poussé à me suivre dans le passé. Clarke et Lexa ont été claires, elles étaient contre cette idée. Je ne me souviens pas que Madi leurs ait désobéi une seule fois. Pour qu'elle me choisisse plutôt qu'elles, c'est forcément important. Et il n'y a rien de plus important au monde pour elle que de se retrouver.
Une porte de placard se referme bien plus violemment me faisant sursauter. Elle se tourne vers moi, son regard est assombri par ses ressentiments à mon égard. J'ai du mal à déglutir. Quand elle a cette attitude, elle est bien plus impressionnante que Lexa. Elle a cette présence qui me rend complètement penaud devant elle, c'est encore une fois ridicule. Je suis un mâle alpha et elle n'est… rien.
Rien, à l'exception du fait qu'elle est la fille d'un des couples les plus puissants que ce monde n'est jamais connu. La seule autre personne qui m'intimide autant, c'est Scarlet. Mais encore une fois, plutôt mourir que de l'avouer !
- Vas-y, je soupire, passe tes nerfs sur moi.
- Je n'en ai pas envie Aiden. Mais tu sais quoi, Lexa a raison, tu n'es pas prêt à prendre la tête de la meute. Comment le pourrais-tu ? Tu n'arrives déjà pas à prendre soin de toi, elle saisit de nouveau ma main beaucoup plus violemment et commence à la bander. Si tu lui fais du mal, à elle ou à Clarke pour arriver à tes fins, je ne te le pardonnerai jamais. Je suis claire ? Et si tu me perds, dis-moi : qui est-ce qu'il te restera ? Je suis sûre que tu es là avec tes grands airs à te persuader que si je suis venue, c'est pour moi, retrouver ce que j'ai perdu, elle plisse le nez. Tu te trompes, j'ai fini par accepter ce qui m'est arrivé qu'importe à quel point ça me fait souffrir, je m'accroche à ce que je possède encore. Tu imagines ce que tu es en train de nous demander, ce que nous risquons de perdre en réécrivant l'histoire ? Je suis celle dont les conséquences des actes que nous comptons changer aura le moins d'impact. Mais les autres… les autres… tu réalises que Thomas prend le risque de ne jamais rencontre Jamie ? Que Scarlet va certainement perdre Anya ? Que Bastian ne viendra peut-être jamais chez les Trikru ? Si je suis venue, c'est pour te protéger d'eux quand ils le réaliseront.
- La vie sera bien meilleure.
- Oui, c'est vrai. Mais à quel prix ?
- On se doit d'arrêter ce carnage.
- Il est temps que tu te demandes quelle est la vraie raison qui te pousse à vouloir l'arrêter.
- Comme tous les autres.
- Nous avons apprit à être heureux malgré nos fêlures et nos passés. Pourquoi pas toi ?
- Vous êtes tous venus de votre plein gré.
- C'est vrai, conçoit-elle.
Madi relâche ma main parfaitement bandée. J'observe son travail en me disant que c'est inutile. Dans à peine quelques minutes, ma peau n'aura plus aucune trace de cet accrochage avec le miroir. Puis sans prévenir, elle vient embrasser mon front, j'écarquille les yeux à son geste. Le loup alpha en moi n'a qu'une envie, la repousser violemment mais à la place, je ferme les yeux et laisse le mal qui me ronge être apaisé par ce chaste baiser.
- Tu devrais parler à Lexa, souffle-t-elle. Je sais que tu n'as jamais pu te résoudre à le faire mais elle peut t'aider, je sais qu'elle le peut.
- Lexa n'est pas une option.
- Dans le futur, précise-t-elle, mais elle a changé, c'est infime et pourtant je le vois. Laisse-lui une chance.
- Je l'ai déjà fait.
- Menteur.
Madi quitte la salle de bain sur ce dernier mot. Je saisis ma tête entre mes mains en fermant si fortement mes paupières qu'une lumière blanche irréelle se forme sur ma rétine. Je suis tellement fatigué. Je ne me souviens plus depuis quand j'ai réussi à dormir une nuit complète. Je suis tellement fatigué.
Je laisse des larmes m'échapper à l'abri des regards de tous. Je tremble. La colère reprend le dessus, elle engloutit tout sur son passage, détruisant celui que j'étais et celui que je pourrai être. C'est fini, qu'importe ce que je pourrai faire dans cette vie, elle est foutue. La seule chance qu'il me reste, qui nous reste c'est de réécrire l'histoire. Il n'y a pas d'autre option. J'aimerai qu'il y en ait mais ce n'est pas le cas.
Je me redresse brusquement. J'ai besoin de courir. Je sors de la salle de bain, descends rapidement les escaliers, ralentis mes pas en approchant du salon. Je jette un regard vers le canapé et fronce les sourcils en ne voyant pas Scarlet. Une terreur sourde se réveille en moi. Où est-elle ? Je me précipite sur la première fenêtre, ouvre rapidement les rideaux et la cherche dehors. Un soupire de soulagement m'échappe quand je la découvre allongée sur la balancelle accrocher à un arbre. Les battements de mon cœur se calment. Je souffle un bon coup, tout va bien, elle va bien.
C'est plus difficile pour moi de veiller sur elle que sur les autres. Elle ne fait pas partie de la meute de Lexa et je ne sens pas sa présence. Quoi que je fasse, je n'y arrive pas. Je sais que la magie de Raven la protège mais c'est contraignant d'autant plus que Scarlet a une certaine tendance à disparaître. Je connais les raisons qui la pousse à prendre ses distances, à ne jamais dormir dans un lit, à se réveiller encore plus souvent que moi en nage et en proie à de terrible cauchemar. Elle est sans nul doute celle qui me ressemble le plus. Comme moi, elle a tout perdu mais pour une raison qui, en revanche, m'échappe elle a su se reconstruire, sourire ou encore réapprendre à aimer.
Parfois, je me dis que j'aimerai être comme elle. La seconde d'après, je me rappelle qu'elle a bien plus souffert que moi. C'est à Scarlet que je ressemble le plus pourtant et elle est tout ce que je ne saurai jamais et je ne sais pas m'en expliquer la raison.
Cette fois, je sors de la maison que Lexa nous a prêtée le temps que Melina se remette de ses blessures. Très honnêtement, je serai bien partie sans elle mais Scarlet a insisté pour que nous l'attendions. J'ai bien essayé de lui faire comprendre que de toute façon cette fille finirait par nous suivre comme toujours, mais elle n'a rien voulu savoir, elle est bien aussi butée qu'Anya !
Je retire mon tee-shirt blanc, le pli précautionneusement avant de le déposer sur le rebord de la fenêtre. J'en fais de même avec mes autres vêtements. Une fois débarrasser de tout les bout de tissus qui recouvre mon corps humain, je me précipite pour me transformer. Je ne suis pas aussi rapide que Lexa, ni aussi impressionnant mais je ne paye pas de mine non plus. J'ai évolué, beaucoup. Et, je sais qu'un jour, je serai le seul alpha digne de la meute Trikru. Il le faut. Je me suis entraîné toute ma vie pour gagner ce privilège.
Mais Lexa exige toujours plus. Toujours. C'est épuisant. Je suis prêt. Il est temps qu'elle arrête de me pousser dans mes retranchements. Je n'ai jamais été aussi fort et je compte bien lui prouver. Je mérite qu'elle me traite enfin comme son second et non plus comme un vulgaire gamin qu'elle entraîne pour qu'il devienne un simple loup. Je suis le futur alpha, pas un simple loup. Elle n'a pas le droit de me reprocher ma colère, pas après tout ce que j'ai vécu.
Je grogne et prends un peu plus de vitesse. Lexa en demande trop comme toujours. Je bondis, dérape, cours toujours plus vite. Je m'épuise moi et mon loup, espérant enfin trouver un sommeil réparateur. Les arbres autour de moi ne ressemblent plus qu'à des ombres, j'accélère encore alors que ma respiration devient plus difficile. Je n'en ai rien à faire de l'endurance. Je veux seulement que mon corps arrête de résister et qu'il s'effondre une fois rentré.
Pourtant, je ralentis alors qu'au milieu des ombres que forme la vitesse, une en particulier me semble familière. Je secoue la tête pour lui échapper. La colère grandit à mesure que je prends de la vitesse. L'ombre me suit, apparaît entre les arbres, pour s'évaporer aussitôt. Non, non et non ! Je ne veux pas penser à lui. C'est trop douloureux. Tout en gardant mon rythme fou, je ferme les yeux en couinant, trop douloureux, beaucoup trop douloureux. Mon corps se fracasse contre un tronc d'au moins cinquante centimètre cube, pourtant, il cède sous la violence du choc. Je ne parviens pas à me stabiliser sur mes quatre pattes, et me retrouve à briser encore quelque écorce avant de m'arrêter net au bord d'une falaise.
Merde ! Je l'ai échappé bel ! La chute ne m'aurait pas tué mais elle aurait été violente, certainement sanglante, j'aurai pu mettre des jours à m'en remettre. Je me redresse sur mes pattes. Secoue tout mon corps légèrement endolorie, ma dignité en a prit un coup mais je semble aller bien. D'un coup un frisson désagréable secoue mon corps alors que l'ombre que j'essayais de fuir, est toujours là devant moi, ça n'a aucun sens. Je recule pour le fuir, ma patte arrière gauche se retrouver dans le vide. Il s'approche. Je me fige. Je n'ai aucun moyen de lui échapper. Son regard est triste et plein de reproche puis il disparaît alors qu'une voix réelle explose :
- Aiden, tu vas bien ?
Je mets un certain temps à réaliser que cette voix s'adresse à moi, d'autant que je mets un certain temps à la reconnaître. J'écarquille les yeux en découvrant son visage. D'instinct, je me mets en garde, abaisse les épaules, montre mes crocs et grogne. Octavia Blake.
En me voyant menaçant, elle s'arrête aussitôt. Elle garde ses distante et surprise par mon comportement. Je remarque qu'elle ne porte rien de plus qu'un très long tee-shirt noir à l'effigie d'un groupe de rock certainement éphémère puisque leurs noms ne me dit rien. Je comprends alors qu'elle devait elle aussi être sous sa forme de loup quand elle m'a vu trébucher. Ma dignité n'est peut-être pas sauve finalement.
- Aiden, prononce-t-elle doucement, je ne voulais pas t'effrayer. J'ai cru que tu étais tombé et que tu avais besoin d'aide.
Besoin d'aide ? Certainement pas de la sienne ! Je me détends tout de même comprenant qu'elle n'est pas encore celle que nous détestons tous. Elle fait de nouveau un pas vers moi et je grogne immédiatement pour qu'elle n'approche pas. Elle recule de nouveau, en plaçant ses mains devant elle pour m'apaiser.
- Doucement, tu saignes. Tu es blessé. Je veux simplement m'assurer que ce n'est rien de grave. Je vais m'approcher d'accord ?
Je grogne pour toute réponse et quand je la vois tout de même faire quelque pas, je fais claquer ma mâchoire. Elle se recule avec précipitation en explosant :
- Je peux savoir ce qu'il te prend ? Je veux simplement t'aider !
- Il ne veut pas de ton aide, la voix de Scarlet tonne dans l'air aussi sûrement que si elle avait tiré avec une arme à feu.
- Je peux savoir ce que j'ai fait de mal ?
- Rien, conçoit-elle, pour le moment, ne peut-elle s'empêcher d'ajouter.
- Et ce n'est pas un peu petit de m'en vouloir pour quelque chose que je n'ai pas encore fait ? J'ai remarqué cette façon que vous avez tous de me regarder. À croire que j'ai déchiqueter votre ours en peluche préféré.
- Tu nous prends pour des gamins, réalise subitement Scarlet.
- C'est exactement ce que vous êtes. Regarde-toi, tu n'es même pas encore née.
- Et tu me détestes déjà, je me trompe ? Tu veux que je te dises, c'est entre-autre à cause de ton incapacité à contrôler tes émotions à mon égard que les autres te détestent. Et peut-être aussi parce que contrairement à eux, je suis capable de faire la part de chose. Tout ce mal que tu as fait, que tu nous as fait, n'est pas encore arrivé. Je veux bien garder une certaine indulgence jusque-là, juste au cas où tu ne serais pas complètement pourri.
- Je t'interdis de me parler sur ce ton.
- Comme tu veux Octavia, je ne te parlerais plus du tout, ça sera bien plus simple. Allez viens Aiden, elle fait un signe de tête.
Je reste hésitant de peur qu'un nouveau fantôme de mon passé n'apparaisse. Scarlet est patiente mais le temps que je perds à la rejoindre, elle l'use pour fusiller l'alpha des Blake du regard. Je n'arrive pas à comprendre comment elle peut être aussi civilisée en sa présence. Si je me retrouvais en face d'une personne qui a ne serait-ce fait la moitié de ce que lui à fait subir Octavia, je l'attraperais à la gorge et je serrerai la mâchoire jusqu'à ce qu'il ou elle en crève.
Mais Scarlet est au-dessus de ce genre d'instinct primitif, je reconnais chez elle la patte d'Anya, la sœur de cœur de Lexa l'a sans nul doute très bien élevée. Je crois que c'est préférable qui sait de quoi elle est véritablement capable ? Elle est la première de son genre, mi-loup, mi-dragon, une hybride très atypique et même si je ne l'ai jamais vu de mes yeux, je sais au plus profond de moi qu'elle n'est pas simplement capable de se changer en loup. Elle regarde le ciel de la même manière que sa mère. Je sens qu'elle sait voler, peut-être qu'elle est même capable de devenir un dragon.
Je fais un premier pas vers elle, un couinement m'échappe alors qu'une douleur intense se propage dans toute la longueur de ma patte avant droite. J'imagine que mon coup de poing dans le miroir un peu plus tôt n'arrange pas les choses. Je suis d'ailleurs surpris que ce soit Scarlet et non Madi qui soit venue. En même temps si la rousse à une grande capacité à maîtriser ses émotions, ce n'est absolument pas le cas de la polymorphe. Conclusion : je suis bien plus heureux que ce soit Scar qui soit intervenue.
- Il est blessé, intervient une nouvelle fois Octavia, il devrait aller voir Lexa pour guérir plus vite grâce au pouvoir de la meute.
Je souffle et me dirige vers la maison pour bien faire comprendre à Scarlet que je n'irai pas voir Lexa. Je vais me débrouiller seul. Un petit rire lui échappe quand elle trottine pour me rattraper. Je la vois se tourner à plusieurs reprises certainement pour s'assurer que sa tante ne nous suit pas, jusqu'à ce qu'un sourire étire un peu plus ses lèvres et qu'elle n'assure :
- Tu es tellement buté.
Je grogne. Elle m'énerve. Qu'est-ce qu'elles ont toute à me faire la leçon ?
- Je ne comprends rien, s'amuse-t-elle, nous ne faisons pas partie de la même meute. Tu comptes rester sous ta forme animal le temps de te soigner ?
Elle a parfaitement raison, elle ne peut pas entendre mes pensées puisque nous ne faisons pas partie de la même meute. Alors pour quelle raison s'acharne-t-elle à me faire la conversation ? Sans même faire un geste vers elle pour la prévenir, je détale pour éviter qu'elle ou les autres me fasse des reproches. Je ne suis pas près à les entendre, pas après avoir cru le revoir.
- J'imagine que ça veut dire oui, hurle-t-elle, fait attention au moins ! Et il est parti… t'es un abruti Aiden ! Un putain de mâle alpha sans aucune jugeote ! Tu m'entends ? Je rêve… il m'ignore… la prochaine fois, je te laisse te débrouiller !
Je cours, bien trop vite, j'ai mal mais je prends encore de la vitesse. Je fuis. Ce n'est pas glorieux mais je ne me vois pas faire autre chose. C'est ce que j'ai de mieux à faire. Vraiment. Fuir est devenu ma seule option depuis que je l'ai perdu lui aussi. Depuis tout est trop difficile, je n'y arrive simplement plus, tout n'est que façade. Mais je vais faire en sorte de réparer cette erreur. Je vais le ramener.
Madi a raison, nous avons tous perdu quelque chose ou quelqu'un, nous sommes tous brisé mais je le suis plus. Du moins c'est ce que je ressens. Je ne suis plus que l'ombre de moi-même et j'en ai marre que Lexa me punisse à cause de ça. Je n'en peux plus. Je devais agir. Il est temps qu'elle se rend compte que je suis prêt à tous les sacrifices pour gagner la tête de sa meute. Je vais réussir, je le dois.
Je m'arrête les pattes dans l'eau agitée, les vagues s'écrasent contre mon corps. Foutue île ! Qu'importe combien de temps je cours, je ne pourrai jamais aller plus loin que ces plages. Encore et encore le sable. Encore et encore la mer. Je sens mon loup me quitter même lui ne parvient pas à contenir tout cette rage, c'est trop pour lui alors moi… moi, comment je fais pour vivre avec. La transformation est plus douloureuse que d'accoutumée, j'ai résisté trop longtemps et j'en paye le prix maintenant. Je tombe à genoux. Un hurlement déchirant fait vibrer mes cordes vocales, je me déchaîne avec mes poings contre les vagues avant de me laisser tomber sur le dos dans le sable.
Ma respiration est archaïque, le sable colle ma peau nue et les larmes embrume ma vision. Je les retiens encore. Je ne veux pas les libérer. J'ai cette horrible sensation que si je me laisse aller, jamais… non, jamais je ne pourrai m'arrêter. Je serre de nouveau mes poings et m'apprête à déverser ma rage en cognant le sable, encore, encore et encore jusqu'à ce que la douleur physique remplace celle bien plus déchirante du psychique quand des vêtements tombent mollement près de moi.
- Habille-toi, la voix de Lexa raisonne comme un ordre et me fait tressaillir.
J'arrête mon geste violent et arrête ma main tremblante sur le sable, je glisse mes doigts entre les grains avant de m'asseoir. D'un air absent j'observe l'horizon, l'étendue d'eau qui m'empêche de fuir plus loin. Je déglutis difficilement avant d'assurer :
- Je n'ai pas besoin qu'on me fasse la leçon, j'ai déjà eu mon quota aujourd'hui.
- Très bien, soupire-t-elle avant de se laisser tomber près de moi.
Nos épaules se touchent, elle est présente mais elle ne dit rien. C'est si étrange. Elle est pourtant devenue maître dans l'exercice de me juger et me donner des leçons à tout bout de champ. À cet instant, elle se contente juste d'être à mes côtés, comme le ferai je suppose n'importe quel autre alpha. Lexa a toujours été trop dure avec moi alors qu'elle se contente simplement de s'assoir près de moi sans dire mot est étrangement apaisant.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Je demande une fois que je m'en sens capable.
Toujours pas un mot. Elle reste silencieuse. Je tente un regard vers elle et remarque seulement qu'elle fixe mon profil certainement depuis le début. Ses iris sont si humains que j'en suis ébranlé. Depuis quand était-elle capable de détailler quelqu'un de cette façon ? Pour la première fois depuis très longtemps j'ai la sensation d'être important, de l'être aux yeux de Lexa. Cette attention gonfle mon cœur d'un bonheur que j'ai perdu il y a bien longtemps.
Lexa semble chercher les bons mots. Elle se mordille sa lèvre inférieure pendant une microseconde avant de laisser un soupire s'échapper. Elle joue quelque instant avec ses doigts. A croire qu'elle ne sait pas comment répondre à cette simple question. Elle penche la tête en arrière décrochant son regard de mon visage pour fixer le ciel nappé d'étoiles. Imperceptiblement, je sens qu'elle est bien plus calme. Comment un simple regard vers le firmament peut-il avoir un tel pouvoir sur elle ? Et surtout pour quelle raison je ne l'avais pas remarqué avant ça ?
- J'ai senti ta souffrance, souffle-t-elle sans décrocher son regard du ciel.
- Ma souffrance ? Je répète surpris.
- J'ai d'abord cru que c'était mon, elle mime des guillemets avec ses doigts, Aiden mais j'ai très vite compris qu'il s'agissait de toi. Dresser des barrières mentales pour empêcher ton alpha de t'aider, ce n'est pas très malin.
- Tu ne peux pas comprendre, je m'énerve en la quittant des yeux.
- Comment le pourrai-je ? Je ne te connais pas ou plus… je ne sais pas trop. Tu te caches de moi depuis longtemps ?
- …
- Je suis désolée.
- De quoi exactement ? Je ris nerveusement, de quoi Lexa ? Je m'agace de nouveau.
- De toute évidence, elle glisse sa main sur ma joue, je n'ai pas été à la hauteur, je suis tellement sous le choc de son comportement que je me recule, j'en suis vraiment désolée.
Je plonge mes yeux dans les siens avec, je le sais, une grande hostilité. Je sens la colère faire trembler les muscles de mon visage. Mes narines se dilatent rendant ma respiration plus bruyante. Je sens le malaise que je créais mais je ne l'épargne pas. Pourquoi je le ferai ? Elle n'a jamais pris de gants avec moi.
- Wow, dit-elle tristement, j'ai vraiment foiré.
- Tu crois ?
- Je ne vois pas ce que je peux faire de plus que m'excuser sauf si bien sur tu veux te défouler sur moi, dire tout ce que tu as à dire.
- Me défouler sur toi ? Je répète pince sans rire. Tu es mon alpha !
- Raison de plus, je peux encaisser.
- Et si tu n'aimes pas ce que tu entends ? Tu vas faire quoi ? Me bannir de la meute ?
- Je ne ferai jamais une telle chose, me répond-elle sous le choc.
- Peut-être qu'en plus de ne pas me connaître, c'est de toi dont tu ignores tout, je lâche avec colère en saisissant les habits qu'elle m'a apportée.
- Aiden !
Je ne l'écoute plus, enfilant la chemise parfaitement à ma taille, le pantalon et saisit les chaussures à la main. Je me retourne sans demander mon rester. Je suis presque choqué en ne la voyant pas me poursuivre. J'exécute encore quelque pas avant de laisser tomber les baskets dans le sable, faisant volte face et fonçant vers elle.
- Tu n'as pas été là quand j'avais le plus besoin de toi, je hurle.
J'ai un mouvement de recul. Je n'arrive pas à croire que j'ai osé avoir de tels propos. Son regard m'effraie, elle semble impassible comme si ce que je venais de lui dire ne lui faisait ni chaud, ni froid. Elle se redresse passe ses mains sur son pantalon noir pour éliminer les grains de sables, se place en face de moi avant de sourire timidement en me poussant à continuer sur ma lancer :
- Vas-y, je vais encaisser. Dis-moi tout ce que tu as sur le cœur.
- J'ai suivie tous tes conseils à la lettre, tous sauf un et ça a détruit ma meute.
- Aiden, je…
- Je n'ai pas fini, les larmes s'accumule de plus en plus. Une fois, je ne t'ai pas écouté une fois mais tu me le reproches tous les jours, tous les putain de jours, comme si ce n'était pas assez difficile d'avoir perdu tout ce que j'avais construit, il faut que tu enfonces le couteau dans la plaie chaque jours que fais ma putain de vie. Je suis le seul survivant, parce que tu… tu m'as appris à survivre à tout même au pire des carnage mais je suis mort, j'explose, je suis mort à l'intérieur ! Et tu n'arrêtes pas de me reprocher ce qui est arrivé ! Tu n'arrêtes pas… tu…
- Je… je ne sais pas ce qui m'a poussé à agir de la sorte dans le futur. J'avais peut-être de très bonnes raisons ou peut-être pas mais si tu veux m'en dire plus, je suis prête à t'écouter.
- T'en dire plus, il n'y a rien de plus à dire.
- Tes barrières mentale sont tombés, me rappelle-t-elle doucement, j'ai fait le même cauchemar que toi, j'ai vu cette même ombre, j'ai senti ta perdition, ta haine à mon égard et cette colère folle. Je ne suis pas stupide, ce à quoi tu as survécu, ce n'est pas seulement à la perte de ta meute. Je reconnaîtrais cette douleur entre mille, assure-t-elle, alors je te le redis : quand tu seras prêt, et elle tend son bras vers moi dans ce geste si respectueux qu'elle n'a plus envers moi depuis ce qui me semble être une éternité.
- Comment tu as pu changer à ce point ? Je demande sans accepter son bras.
- Je n'en sais rien, le temps m'a peut-être abîmé.
- Il nous a tous abîmé.
- Ce n'est pas parce que je suis alpha que je ne fais pas d'erreur Aiden.
Je fixe son bras qu'elle tend toujours vers moi. Je secoue la tête. Je ne veux pas de sa compassion. Je grimace en réalisant que c'est un mensonge. Ce qu'elle vient de me dire, c'est tout ce que j'attendais. Pourquoi en est-elle capable maintenant et pas dans notre temps ? Aurait-elle à ce point changé en 17 ans ? Ou alors ce sont ces petites variations que Madi et Scar ont remarquées toutes les deux.
- Quand je serai prêt, je soupire en saisissant son bras jusqu'à la pliure de son coude.
- Merci.
- Tu… tu me remercies.
- Pour ta confiance, elle sourit. J'espère pouvoir réparer mes erreurs même si je ne les ai pas encore commises.
- La lune sera bientôt pleine, je lui dis.
- Oui et alors ?
- Je me souviens que Madi est arrivée à la première pleine lune après que nous ayons récupéré Anya et les autres.
- Madi…
- J'étais en train de penser que je devais m'excuser même si elle ne le veut pas. J'ai été horrible avec elle.
- Aiden, j'ai beaucoup réfléchi et je pense que toi et les autres vous devriez rester.
- Non, c'est dans trois ans que vous avez besoin de nous.
- Et si vous pouviez empêcher ce qui va se passer dans trois ans, en nous influençant dès maintenant ?
- Les sors de Jamie pour éviter les paradoxes ne sont pas aussi puissant. Nous partons dès que Melina peut voyager.
- Raven pourrait l'aider à les renforcer. Je suis certaine que nous pouvons nous entre-aider.
- Je vais en parler aux autres, je me résigne pour qu'elle me laisse en paix, mais je crois qu'ils se rangeront de mon côté.
- Et tu les écouterais si ce n'était pas le cas ?
- Je comprends… je ne suis pas leur alpha. Ils se tournent vers moi simplement parce que je suis le plus âgé. Je ne volerai jamais un membre de ta meute, pas même après ce que tu m'as fait subir. De toute façon, même si je le voulais Madi et Thomas ne te quitteraient jamais.
- Et les autres ?
- Jamie suit toujours Thomas, elle a rejoint la meute pour lui. Bastian… il est spécial c'est vrai mais de ce que je sais, tu l'as énormément aidé, il dit constamment qu'il a besoin de toi.
- Quand est-il de Scarlet et Melina ?
- Pour te donner une idée de qui est Scarlet, imagine-toi une deuxième Anya. Pour Melina c'est… compliqué.
- Thomas aussi à utiliser le mot "compliqué" pour la décrire.
- Personne ne la connait vraiment, pas même Bastian et pourtant ils ont grandi ensemble. Tout chez elle est compliqué. Son identité, ses pouvoirs… ses secrets.
- Tu lui fais confiance ?
- Non, je ne suis pas stupide.
- Dans ce cas, pourquoi fait elle partie de l'équipe ?
- Elle n'en fait pas partie. Elle nous a suivi.
- Sans l'intervention de la magie ?
- Je vois, tu n'as pas compris ce qu'elle était même en la voyant utilisée une partie de ses pouvoir. Ça va être amusant.
Je souris très légèrement en voyant Lexa écarquiller les yeux alors qu'elle réalise que je ne lui en dirai pas plus. Je fais quelque pas en arrière et mon sourire s'élargit. Cette discussion m'a fait un bien fou. Je ferme les yeux pour garder cette sensation le plus longtemps possible. C'est de cette présence dont j'avais besoin depuis le début. Je ne ressens même plus cette envie irrépressible de fuir.
Pourquoi Lexa ne m'a-t-elle pas apporté son aide dans le futur ? Est-ce que malgré nous nous aurions créé des paradoxes ? Lexa se souviendrait-elle que nous avons voyagé dans le temps ? Elle m'aurait poussé à bout pour que ma seule option soit d'aller contre sa volonté et de tenter le tout pour le tout en essayant de changer le passé ? Je ne sais pas… je ne sais plus.
J'aperçois la maison, Madi assise en tailleur sur la dernière marche qui dessert la terrasse devant l'entrée, Thomas adossé contre le mur, Jamie juste en face de lui, Bastian posté devant la porte les bras croisés et Scarlet assise sur la rambarde balançant ses jambes dans le vide. Le soleil commence à se lever dans mon dos. Plus j'avance plus je remarque les boîtes de jeux de société, la cafetière, les plaids ainsi que quelques livres éparpillés un peu partout autour d'eux. Ils n'ont pas dû dormir depuis que je suis parti. Ils sont restés éveillés et ont tous attendu mon retour.
Je me sens sourire doucement. Je garder mes yeux sur Madi en particulier. Depuis que j'ai tout perdu, que je l'ai perdu lui, ils ont toujours été présent contrairement à Lexa. Ils m'ont soutenu à chaque instant. J'étais simplement trop aveuglé par ma rancœur pour le voir. Il est plus facile de haïr quand on a un cœur brisé.
Je m'avance et c'est comme si le poids sur mes épaules s'évaporait. Je fixe mes pieds sur quelques pas, j'entends encore les cris d'agonies des miens raisonner dans ma tête. Mon cœur s'emballe, je revois le sang, le corps désarticulé, son corps. Je serre mes poings en relevant la tête haute, j'expire sur la longueur. Je ne crois pas me remettre de la perte que j'ai subi mais je vais peut-être pouvoir recommencer à avancer sans que cette douleur intolérable ne me gâche l'existence. Je vais survivre, comme il me l'a demandé avec un peu de chance, un de ces jours, j'apprendrais de nouveau à vivre.
Et si c'est le cas, ce sera grâce à ces cinq-là. Ma famille.
- J'accuse le Colonel Moutarde dans la salle de bain avec le chandelier, je déclare une fois assez près pour qu'il m'entende.
- Aiden, s'exclame Madi en se redressant avant de courir vers moi.
- Mad', j'ai le souffle coupé quand elle me percute de plein fouet avant de me serrer dans ses bras, tu… tu m'étouffes.
- Nous étions morts d'inquiétude, siffle-t-elle. Et regarde ce que tu as fais à mon pauvre bandage !
- Euh, je l'éloigne doucement en observant ma main presque guéri, il ne reste plus rien, je me suis transformé.
- Exactement ! Je suis obligée de tout recommencer, espèce d'idiot !
- Madi, l'arrête Thomas, laisse-le respirer.
- Merci Thomas.
- Ne me remercie pas, grogne-t-il, tu as inquiété tout le monde, c'était irresponsable ! Nous t'avons complètement perdu après la falaise, la barrière mentale c'était pour éloigner les autres, pas nous.
- Désolé, j'étais avec Lexa et je…
- Tu étais avec ma mère, explose Madi au bord de la syncope.
- Qu'as-tu fais à ma'ms, interroge Thomas avec une colère sourde dans la voix.
- Rien du tout, nous avons simplement parlé.
- J'ai du mal à te croire, reste méfiant Thomas.
- Je jure que je n'ai rien fait à votre mère. De toute façon, j'ai bien trop peur de Clarke pour essayer de, ne serait-ce, penser à lui faire du mal.
Scarlet éclate de rire. Je plisse le nez en claquant ma langue contre mon palet. Elle passe sa main dans ses long cheveux roux avant d'ancrer ses yeux dans les miens. Je secoue doucement la tête en avouant :
- Et d'Anya. Anya me terrifie.
- Je préfère, s'amuse Scarlet. Je me demande bien laquelle de Clarke ou d'Anya te tuerait en première si tu avais osé toucher un seul cheveu de Lexa.
- Elles n'auraient pas eu besoin de choisir, lui répond Jamie. Elles auraient demander à Raven de le coincer dans une boucle, comme ça, elles auraient pu le tuer chacune leurs tours, encore et encore.
- J'aime cette idée, intervient Bastian.
- Vous vous rendez compte à quel point c'est horrible ?
- Oui, répondent-ils tous en cœur.
- Je n'ai pas l'intention de faire du mal à Lexa, je soupire.
- J'espère bien, déclare Madi d'un ton menaçant, parce qu'alors ton plus gros problème, ça ne serait ni Clarke, ni Anya mais moi.
Un rire nerveux m'échappe pour avoir déjà perdu un combat singulier contre elle, je ne sais que trop bien le genre de traitement qui pourrait m'attendre si elle devait devenir mon plus gros problème. Ce serait mauvais, très mauvais !
Ils se mettent tous à rire, se moquant ouvertement de moi. Je pourrai m'énerver de leurs comportements, en vérité, je devrais m'énerver. Il est inacceptable qu'ils puissent croire qu'ils ont le droit de rire de moi aussi facilement mais la vérité c'est que ce moment me fait du bien. Leurs amusements sonores éloignent un peu mes démons intérieurs.
C'est alors qu'une nouvelle apparition de lui se manifeste. Il est dans la maison, derrière la fenêtre, son visage à moitié caché derrière les rideaux. Je devine son sourire. Il ne semble plus m'en vouloir comme un peu plus tôt dans la forêt.
Je sais pourquoi.
Il m'a demandé de vivre et non de survivre.
J'ai promis.
Très bien. Je vais faire en sorte de tenir cette promesse, quoi qu'il m'en coûte. Je vais m'appuyer sur chacune des personnes qui m'entourent en ce moment et réapprendre à vivre, petit à petit, et je vais commencer à rire avec eux.
Ils s'arrêtent tous en percevant mon hilarité. Je sens leurs regards déstabiliser se poser sur moi. Je me calme après quelques minutes, leurs sourire son grands. Ils sont heureux pour moi. Madi s'approche doucement, elle pose sa main sur ma joue et efface doucement des traces de larmes.
Je pleure…
J'esquisse un timide sourire et je pleure encore plus. Madi me prend dans ses bras. Ma tête repose sur son épaule elle me serre un peu plus fort. La main de Thomas vient serrer fermement mon épaule gauche et je sens la présence des trois autre près de moi.
Je ne vais pas m'effondrer.
Je vais réussir à arrêter de pleurer mais pas tout de suite. Non, pas tout de suite…
Et tout ça parce que ma famille me soutient, elle me permet d'avancer, d'évoluer, d'accomplir enfin le début de mon deuil, d'oublier la colère, la laisser s'envoler pour qu'elle donne place à une douce tristesse.
Voilà pour ce nouveau chapitre. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! Qu'avez-vous pensé de cette première immersion dans les pensées d'Aiden ? Il a beaucoup souffert le pauvre… il a beaucoup de reproches à faire, le chemin va être long avant qu'il ne redevienne ce petit garçon souriant qui aime la vie et les défie…
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
En espérant vous retrouvez pour le prochain chapitre !
GeekGirlG.
