Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !
Quelques mots sur ce chapitre : Allez, on continue gentiment sur la lancée des nombreuses révélations de la fin de cette deuxième partie ! ;)
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire tous mes chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.
Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 2 : Retour au noir
Remind me once again just who I am, because I need to know Rappelle-moi encore une fois juste qui je suis, parce que j'ai besoin de savoir
You say I am loved when I can't feel a thing Tu dis que je suis aimée alors que je ne ressens rien
You say I am strong when I think I am weak Tu dis que je suis forte quand je pense être faible
You say I am held when I am falling short Tu dis que je suis soutenue quand je suis en manque
When I don't belong, oh You say I am Yours Quand je ne trouve pas ma place oh Tu dis que je suis tienne
And I believe, oh I believe Et je crois, oh je crois
What You say of me Ce que Tu me dis
I believe Je crois
The only thing that matters now is everything You think of me La seule chose qui importe à présent c'est tout ce que Tu penses de moi
In You I find my worth, in You I find my identity En Toi je trouve ma valeur, en Toi je trouve mon identité
Lauren Daigle - You Say (Cover Cimorelli)
Chapitre 37 : Controverse
Quand elle imaginait l'avenir, il y avait une constante qui revenait toujours : l'amour.
Sous n'importe quelle forme, elle savait que l'amour ferait toujours partie de sa vie. Qu'importe les épreuves qu'elle devrait surmonter, l'amour serait là pour l'y aider. Que ce soit dans des regards, des sourires, des gestes ou encore des baisers, l'amour était inévitable. Et il faudrait être fou pour vouloir lui échapper.
L'amour faisait partie de la vie, de sa vie et ce jour ne faisait pas exception.
- Je ne suis pas certaine de comprendre ce que nous faisons là !
- Tu grognes parce que je t'ai réveillé aux aurores ou parce que tu en as marre de grimper ?
- Raven !
- Très bien, je m'explique. C'est à cause d'une discussion qu'il y a eu entre cette Melina et ce taré de dieu.
- Ils ont dit quelque chose qui t'a intriguée ?
- Si par intriguée, tu veux dire obsédée jusqu'à me garder éveillée ces cinq derniers jours alors, oui.
- Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu avais du mal à dormir ?
- Je pensais trop !
- Je vois.
- Est-ce que tu insinues que je ne suis pas assez réfléchie ?
- Où est-ce que tu vas chercher ça, je soupire. Pourquoi tu ne m'en as pas simplement parlé ?
- Je te l'ai dit, je pensais trop, beaucoup, beaucoup trop !
Je dévisage Raven, ce n'est pas comme si j'avais d'autre option. Elle a plutôt l'habitude de tout me confier depuis que nous nous sommes retrouvées, jusqu'au plus insignifiant détail. Alors qu'elle n'est pas évoquée ses insomnies est assez étrange. Et, qu'elle me traîne hors du lit à six heures du matin l'est encore plus.
J'encre mon regard dans le sien, essayant de comprendre ce qui a pu la pousser à me garder éloigné de ses pensées. Je fronce très légèrement les sourcils en me souvenant que Morgane a été évoquée pendant la joute verbale entre la jeune fille aux cheveux nacrés et ce dieu immonde.
- Il y a un lien avec ta mère ?
- Non.
- Non ? C'est ferme et définitif comme réponse ?
- Non enfin oui. C'est un non.
- Raven, je prononce avec une pointe de menace.
- Mon père, c'est mon père que ça concerne.
- Ton père, je réfléchis, je ne crois pas que tu es déjà réellement parlée de lui.
- Aucune chance !
- Je vois…
- Anya, non, ce n'est pas… je ne parle jamais de lui, jamais.
- Pourquoi ? Quel genre de père il était ?
- Aimant. C'est un père aimant.
- Aimant… tu utilises le présent ? Je croyais que tu n'avais plus de famille.
- J'ai une famille, sourit-elle, je t'ai toi. Okay… épargne-moi ce regard s'il te plaît. Il est parti. Il a été obligé de partir, mais il a toujours veillé sur moi. D'une certaine façon encore plus que ma mère.
- Alors pourquoi ne pas en parler ?
- Parce que… c'est… c'est douloureux.
Sa voix tremble alors qu'elle prononce le dernier mot. Je m'approche, glisse ma main sur sa joue jusqu'à son menton. J'attends que ses yeux se noient dans les miens, je balaye la distance qui nous sépare pour l'embrasser doucement. Je plonge mes doigts dans sa chevelure brune, je la rapproche. Je m'éloigne de ses lèvres reprenant de l'oxygène et souffle :
- Ta souffrance est ma souffrance.
- J'essaye de te protéger, avoue-t-elle en glissant ses mains sur toute la longueur de mon dos, les arrêtant une fois dans les poches arrière de mon jean, j'essaye.
- J'imagine que je peux comprendre mais ne m'éloigne pas trop. Que faisons-nous ici ?
- Il faut que je parle à ma mère…
- Donc, je m'amuse, ça concerne tout de même un peu ta mère.
- Par moment, tu peux vraiment être agaçante, soupire-t-elle.
- Tant que j'ai raison, je réponds en hochant les épaules.
- Je crois avoir découvert comment nous débarrasser de ta psychopathe de sœur ?
- Lyssa ?
- Tu as une autre sœur psychopathe dont je ne sais rien ?
- Pas que je sache… je n'espère pas en tout cas.
- Ouais et bah si par malheur j'apprends que c'est le cas, maintenant que je sais voyager dans le temps, je ferai en sorte que cet enfant ne soit jamais conçu !
- Si seulement nous pouvions en faire de même avec Lyssa, je souris en caressant la joue de Raven.
- Si seulement…
Elle répète mes mots avant de s'approcher, ses lèvres effleurent les miennes mais ne m'embrassent pas, pas encore. Je me délecte de la sensation, qu'elle soit si proche de moi m'électrise. Je ne me suis jamais sentie aussi en vie que cette semaine. Passer chaque instant près de Raven me comble de bonheur. Je ferme doucement les yeux alors que le goût sucré de ses lèvres enivre tout mon espace vitale, le baiser qu'elle m'offre fini par embraser tout mon corps, chacun de mes tissus, de mes muscles, même mon sang semble prendre feu et il pourrait faire flancher mon cœur.
C'est dans ces moment-là, ceux d'une perdition quasi-totale que je ne peux m'empêcher de ressentir une infime peur. Et si mes instincts primitifs se réveillaient ? Et si un jour il se réveillait… il pourrait vouloir assouvir une toute autre soif que celle de l'aimer, l'aimer et l'aimer encore.
Pourtant chacun de ses baisers, toutes ses caresses et absolument tous ses "je t'aime", l'éloigne de la ligne qu'il voulait sans cesse franchir, celle de mon humanité. Et puis de toute façon avoir enfin le droit de l'aimer empêche tout autre raisonnement. Je me fiche du futur, tout ce qui compte est juste là sous mes yeux. Ce que demain pourrait apporter n'a que peu d'importance puisque je compte profiter de chaque instant que je peux passer avec Raven.
Chaque instant, même si je dois en voler certain au temps lui-même. J'ai décidé d'être heureuse, qu'importe les conséquences. Je vais me noyer dans ce bonheur si transcendant qui par moment, me semble irréel.
- Je t'aime tellement, je souffle encore tout contre ses lèvres.
- Je sais, sourit-elle victorieuse.
- Raven, je soupire, blasée.
- Je ne risque pas de l'oublier, s'acharne-t-elle, tu n'arrêtes pas de me le dire, encore et encore.
- Je ne peux pas le croire… tu es vraiment…
- … parfaite !
- Ce n'est pas le mot qui me vient à l'esprit là maintenant tout de suite, j'aurais plus utilisé le descriptif : emmerdeuse.
- Oh, s'exclame-t-elle avec un air choqué, comment oses-tu ? Je croyais que tu m'aimais.
- Je le croyais aussi, j'affirme avec un petit rire.
- Je ne peux pas le croire, tu es tellement susceptible en réalité… une vraie enfant !
- Mais je suis une enfant, grand-mère !
- Tu comptes vraiment me rapprocher d'être née il y a un demi-siècle ? Ce qui est aussi ton cas, je te signale et rappelle-moi qui faisait les yeux doux à une gamine de quinze ans il y a moins d'une semaine ?
- Touché ! Sauf que moi, je n'ai que 25 ans donc tu as quelque chose comme 20 fois mon âge.
- Foutue voyage dans le temps.
- Déjà de base, tu étais beaucoup plus âgée, je m'amuse.
- 12 années, ce n'est pas beaucoup.
- Si tu le dis, je hausse les épaules en venant embrasser sa joue, si ça peut te rassurer, le temps n'a en rien ravagée ta beauté.
- La flatterie, vraiment ? J'aime. Continue.
- Tu es tellement prévisible Raven Reyes !
- Je suis prévisible ? Moi ? C'est une blague ? Je rêve… ce n'est pas une blague… prévisible… n'importe quoi ! Je ne suis pas du tout prévisible, s'acharne-t-elle.
J'éclate de rire. Une manifestation tellement libératrice. C'est comme si je m'étais retenue de vivre depuis tout ce temps, comme si je m'empêchais de respirer. Raven est sans nulle doute mon oxygène. Elle me révèle telle que j'aurai toujours dû être, insouciante, libérée et pleinement amoureuse.
Raven me repousse brutalement avec sa magie. En un clin d'œil, je me retrouve les fesses par terre. Son regard est noir, je pourrai croire que c'est de la colère mais je la connais trop bien. Elle est juste blessée dans son égaux. Sa réaction ne fait qu'accentuer mon rire. Elle soupire bruyamment avant de lever les yeux au ciel.
- Tu vas me dire que ça aussi c'était prévisible peut-être ?
- Non, je te l'accorde. Si je t'avais vu venir, je ne serais jamais tombée.
- Tu tomberas à chaque fois que je le voudrais, bougonne-t-elle.
- Amoureuse, certainement, à chaque seconde si c'est ce que tu veux.
Je souris fière de ma répartie. Ses yeux font tout pour m'ignorer mais je sais que j'ai touché pile là où il fallait. Je le sens. Ses émotions sont complexes, même à mon égard, c'est comme si elle se battait contre un ennemi invisible. Par moment c'est comme si elle refusait d'aimer et c'est pour cette raison que je lui rappelle le plus souvent possible que je l'aime. Je ne veux pas qu'elle s'éloigne et par moment, c'est comme si elle était prête à fuir.
Et puis, il y a d'autre moment, un comme celui-là, un qui ne pourrait jamais exister si elle ne m'aimait pas, c'est grâce à eux que je suis certaine de ses sentiments. C'est lorsqu'elle me tend la main d'une façon si naturelle que ce geste semble être tout à fait normal que je ne peux d'aucune manière douter. Je suis tout à ses yeux.
- Je suis désolée.
- De m'avoir fait tomber ?
- Non, tu l'as clairement mérité ! Je ne peux pas non plus regretter que tu sois amoureuse de moi. Je suis désolée de ne pas être capable de te le dire aussi facilement que toi mais je t'aime Anya.
- Je sais, je souris.
- Cette réponse, c'est une vengeance, n'est-ce pas ?
- Pas mon genre, je ne suis pas rancunière, j'assure en saisissant sa main, je t'aime, je déclare doucement une fois de nouveau sur mes pieds. Mais pour te faire pardonner, je veux que nous fixions une date.
La réaction de Raven est à mourir de rire. Je suis obligée de me mordre la joue presque jusqu'au sang pour éviter une nouvelle hilarité. Sa mâchoire est tombée, sa bouche forme un O quasi parfait alors que ses yeux sont noyés dans une peur des plus attendrissantes. Malgré tout, je décide d'enfoncer une porte déjà ouverte quitte à me fracasser violemment contre un mur.
- Et je suis très sérieuse.
Son regard est de plus en plus paniqué. Cette fois c'est ma lèvre inférieure que je mordille pour ne pas sourire. Elle est tellement attendrissante. Je ne sais pas ce qui l'effraie à ce point à l'idée du mariage mais je ne vais pas la lâcher. Je veux qu'elle soit mienne entièrement. Je vais y arriver. Je le sais.
Il y a pourtant une part de moi qui me pousse à la vouloir le plus vite possible. C'est comme une voix qui me souffle que nous avons déjà perdu assez de temps. La perdre est inenvisageable, la laisser m'échapper encore plus et la laisser croire que je pourrais oublier la promesse que nous nous sommes faites est vraiment inenvisageable.
Elle sera ma femme.
Parce que je le veux. Parce que j'ai besoin d'elle. Parce que je l'aime. Parce que je veux pouvoir promettre devant témoins qu'elle sera tout pour moi, à jamais. Parce qu'au fond, je ne suis rien ni personne sans elle.
- Raven, je reprends doucement, je ne…
- Demain.
- Pa-pardon ?
Cette fois, je suis prise de court, vraiment. Je m'attendais à tout sauf à cette réponse. Un doux sourire étire ses lèvres quand elle reprend :
- Quand tu veux, précise-t-elle.
- Demain, je répète amusée, tu as une bague pour moi ?
- N'en demande pas trop non plus, bougonne-t-elle. Nous en reparlerons une fois que je saurais si nous avons une chance d'évincer ta psychopathe de sœur.
- Lyssa, je grogne, je déteste quand Lyssa se dresse entre nous.
- Je t'épouse demain seulement si tu n'en parles pas avec ma mère, jamais.
- Il va vraiment falloir que tu me dises ce qui se cache derrière ce refus de parler à ta mère de notre mariage.
- Plutôt mourir, s'exclame-t-elle en se tournant sans demander son reste en reprenant sa marche vers le sommet du volcan.
Mourir… tout ceci me semble légèrement extrême. Je l'observe quelques secondes, elle paraît vraiment fulminer, je parie même qu'elle marmonne et peut-être même qu'elle me maudis d'avoir réussi la prouesse de l'avoir fait flancher. Qu'importe… tout ce qui compte c'est qu'elle ait dit oui.
Je crois pouvoir résister à en parler à Morgane. Oui, je crois le pouvoir si je veux obtenir tout ce que je désire : Raven.
Ma jolie sorcière s'arrête enfin devant un magnifique portail en fer forgé, représentant tous les Mondes tels que son peuple le voit. Je m'approche de l'ouvrage pour mieux l'observer. Je laisse mes doigts glisser sur la représentation des Cieux, je ferme les yeux comme pour mieux apprécier ce que découvre mon indexe et mon majeur. Je retire doucement ma main avant de me tourner vers Raven qui sourit presque timidement. Je fronce les sourcils sans comprendre sa réaction.
Devrais-je savoir quelque chose à propos des Cieux ? Est-ce qu'il y aurait une explication à ses regards appuyés vers le ciel, sans parler de ses sourires ? Et pour cette sensation de manque que j'ai ressenti lors des souvenirs que j'ai vécu alors que je me battais pour vivre ? Serait-il réel ? Je n'aurai pas tout imaginé ?
- Écarte-toi, souffle-t-elle, je ne voudrais pas que ma magie te percute.
- Comme si ça ne venait pas juste d'arriver, je lui réponds amusée avec un clin d'œil.
- C'était accidentel… ça ne serait jamais arrivé si tu n'étais pas aussi agaçante.
- Moi, je me pointe de mon indexe, moi je suis agaçante ? Tu as déjà essayé de te supporter ?
- Oui, pendant plus de 500 ans et toi ?
Okay, je m'incline. Je dois bien avouer qu'elle vient de me moucher en beauté. Je souris tout de même quelque peu amusée avant de m'éloigner du portail pour me rapprocher d'elle. J'ai à peine fait quelque pas qu'elle commence à réciter une invocation faisant naître la magie dans ses mains et apparaître un pentacle à ses pieds. C'est encore infime mais je peux voir qu'elle apprécie le moment. Elle n'est pas encore aussi heureuse que sa version plus jeune d'utiliser la magie mais je sais qu'elle finira par l'être. Je ferai tout pour que ce soit le cas. Tout.
Sans vraiment m'en rendre compte, je ne fais plus vraiment attention à la magie elle-même mais bien aux expressions du visage de Raven. Je suis fascinée par sa personne. Il n'y a rien de plus important qu'elle à mes yeux. Rien ni personne. Je suis tellement obsédée par chacune des ses micro-expressions que je ne vois même pas apparaître Morgane.
- Bonjour Rae, Anya.
Mes paupières papillonnent un nombre incalculable de fois avant que mon regard ne s'arrête sur la mère de Raven. Je lui fais un sourire poli avant de me racler la gorge afin d'être certaine que ma voix soit normale.
- Salut Morgane.
- Je ne peux que constater que tu apprécies ce que tu avais sous les yeux.
- Maman, explose Raven gênée.
- Ce n'est pas faux, je réponds avec un sourire timide.
- Anya, s'offusque aussitôt ma belle sorcière.
- Quoi ? C'est la vérité, je hoche les épaules. Pourquoi je devrais m'en cacher ?
- Mais enfin, c'est ma mère !
- Marcus m'avait parlé de vos disputes continuelles, je constate qu'il n'avait pas exagéré.
- Nous ne nous disputons pas, répondons-nous d'une même voix.
- Nous exposons nos points de vues de manière différente, continue Raven, ça n'a rien de disputes.
- Je suis d'accord avec elle, entièrement d'accord.
- Je trouve cela plutôt attendrissant.
- Maman !
- Oui Rae ?
- Mais tu m'embarrasses !
- Je crois que tu te débrouilles très bien pour t'embarrasser toute seule ma chérie.
- Quoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Anya ! Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Pas la moindre idée…
- Tu ne serais pas en train de me mentir, me demande-t-elle avec suspicion. Par tous les dieux, panique-t-elle sans attendre ma réponse, tu sais ?
- Qu'est-ce que je devrai savoir ?
- Tu ne sais pas, soupire-t-elle soulagée. Elle ne sait pas, sourit-elle en se tournant vers moi.
Je l'observe avec intérêt, ce n'est pas son genre de réagir de la sorte. Je remarque alors qu'elle cache ses mains dans son dos et qu'elle fait en sorte de ne surtout pas dévoiler la bague qu'elle porte à son doigt. Je hausse un sourcil en réalisant que c'est encore à cause de notre mariage. Il va vraiment falloir que j'en sache plus sur la raison qui la pousse à cacher cet événement à sa mère. D'autant que je suis certaine que Morgane serait heureuse pour nous.
Ouais… elle risque même de nous en vouloir de ne pas l'avoir mis dans la confidence… est-ce que je suis certaine de vouloir prendre ce risque ? Qu'est-ce qui est le mieux, attirer les foudres de Raven ou de sa mère ?
Raven… clairement, c'est Raven.
- J'imagine que je n'ai pas été convoqué pour assister à l'une de vos fameuses disputes.
- Ce n'était pas une dispute, tranche immédiatement Raven, mais non en effet. Nous devons parler, reprend-elle bien plus sérieusement, nous devons parler de mon père et de ce que vous avez fait au dieu de la guerre.
Un éclair de terreur foudroie le visage de Morgane, je crois même la voir reculer comme pour se protéger des mots de sa fille. Je ne croyais pas un jour avoir l'occasion de voir la sorcière la plus puissante dans un tel état de doute.
- Donc, tout est vrai, souffle Raven. Tout est vrai ?
- Rae, je ne…
- Comment vous avez fait ? Vous l'avez tellement affaibli que personne ne pourrait croire que c'est un dieu. Comment vous avez fait ?
- Tu as rencontré Baetan-ihm ? Demande-t-elle d'une voix blanche, il t'a fait du mal ? Elle se rapproche et tâte les endroits stratégiques en finissant par saisir ses mains, il ne t'a pas touché, finit-elle par dire soulagée.
- Maman, prononce Raven avec une certaine distance.
- Il était ici, sur Hélys ?
-Avec Lyssa et la Reine dragon, je réponds.
- Vous n'êtes plus en sécurité, vous devez partir. Je croyais avoir dressé des barrières assez puissantes pour l'éloigner à jamais d'Hélys. Après ce qu'il a fait… je croyais… il a dû se renforcer bien plus que je le pensais en côtoyant Lyssa.
- Maman, il va falloir que tu me racontes tout depuis le début.
- À quoi bon ressasser le passé ?
- Parce que je crois pouvoir réaliser ce que vous avez échoué à faire. Tuer le dieu de la guerre et Lyssa par la même occasion.
- Tu ne réalises pas… sais-tu au moins combien nous étions, ce que nous avons fait, ce que j'ai fait… nous… malgré tous nos efforts, nous avons seulement réussi à le bannir, juste le bannir alors que… je… c'est la première fois que je tuais quelqu'un.
- Je suis désolée maman, mais tu l'as raté et pas qu'un peu.
- Je ne parle pas de Baetan-ihm.
Morgane semble prisonnière de remords si grands qu'ils en sont inavouables. Je vois Raven prête à en savoir plus. Elle fonce sans se soucier des réactions de sa mère, elle ne voit pas la douleur. Elle n'a pas conscience du cœur abîmé qui se cache derrière ce passé. Je glisse doucement mes doigts sur son poignet, attirant son attention. Raven plonge son regard dans le mien, ses yeux sont plein d'incompréhension. Je lui souris doucement avant de demander :
- A quel point ce combat a-t-il été horrible ?
- Plus que tous les autres, nous aurions dû tous y passer, tous sans la moindre exception. Il était plus fort, beaucoup plus fort.
- Qu'est-ce qui c'est passé ?
- Un sacrifice, murmure Morgane les yeux embrumés de larmes, même après tout ce temps, je m'en veux encore. Je l'ai tué pour le bien de tous. Je l'ai tué seulement pour le bannir et non l'achever. Je l'ai tué parce que je n'avais pas d'autre choix. Je l'ai tué parce que si je ne l'avais pas fait… si je ne l'avais pas fait… je suis désolée Rae mais je ne te laisserai pas t'en prendre à Baetan-ihm. Jamais.
- Je ne me souviens pas t'avoir demandé l'autorisation et puis si nous voulons en finir avec Lyssa, nous n'avons pas le choix.
- Personne ne peut arrêter la guerre Rae. Nous avons essayé. Nous avons échoué.
- Personne n'arrête le chaos non plus.
- Raven, je perçois la menace dans la prononciation du prénom de ma belle.
- Okay, je prononce sur la longueur, je décrète que les sorcières de sang doivent se calmer, immédiatement.
- Je ne vais pas abandonner l'idée d'en finir avec Lyssa, simplement parce que c'est trop "dangereux" ! Elle nous en a trop fait baver !
- Tu en fais une histoire personnelle…
- Bien sûr que c'est personnel, explose-t-elle, cette garce m'a tué !
- Et elle m'a volé ma vie, mon empreinte avec toi. Pourtant j'essaye de garder les pieds sur terre. Si Morgane dit que c'est trop dangereux alors c'est trop dangereux.
- Nous avons le futur avec nous, s'acharne Raven, tous les sept… ils sont tellement puissants. Eux plus nous et tous ceux qui ont combattu le dieu dans le passé… nous allons y arriver.
- Tu veux voyager dans le temps, comprends Morgane avant moi, tu veux retourner dans le passé et obtenir l'aide de ceux qui ont banni Baetan-ihm.
- Exactement !
- C'est impossible.
Ce mot dans la bouche de Morgane est aussi destructeur qu'une bombe nucléaire, plus mortelle que la peste noire au Moyen-Âge et plus douloureuse que d'imaginer perdre Raven. Impossible… jamais je ne croyais entendre ce mot franchir les lèvres de la sorcière. Ça n'a strictement aucun sens.
- Je croyais que dans ce monde, jamais rien n'était impossible.
- Cette fois, c'est impossible Anya. Je suis désolée.
- Ce n'est pas impossible ! Nous irons tous vous chercher un peu après le premier combat et pour ceux qui sont morts, nous irons les chercher quelques jours avant. Ce n'est pas impossible, s'acharne Raven.
- C'est impossible, lui répond une voix dans notre dos que je ne reconnais pas sur le coup, c'est impossible, répète Scarlet son arc à la main, parce qu'une des personnes qui vous a aider, n'existait pas avant ce jour et n'existera plus après le combat. Je connais cette histoire par cœur.
- Quoi vous avez été aidé par un nouveau-né, s'énerve Raven.
- Là, sourit Scarlet en déposant son arme, je n'en sais pas plus. Simplement que Morgane se sent responsable de la mort de cette personne.
- Je croyais, je reprends avec méfiance, que vous ne connaissiez pas l'implication du dieu avant qu'il ne se révèle il y a cinq jours ?
- C'est exact, mais nous sommes parvenus à cartographier le temps, un peu comme Morgane, pour vous réunir toutes les deux et nous en sommes arrivés à la conclusion que c'était ce jour là que le destin de Lyssa avait… comment dire ça poliment ? Complètement foiré ? Ouais… c'est bien ça, complètement foiré !
- Qui êtes-vous ? Demande avec méfiance Morgane.
- Scarlet.
- La magie qui est en toi, elle ne t'appartient pas, c'est celle de…
- Raven, la coupe-t-elle, un sort très puissant qui me permet de vivre. Elle a tellement insufflé de magie en moi qu'elle a fini par grandir dans mon corps presque comme si j'étais une vraie sorcière. Raven avait l'habitude de dire que je pouvais avoir un niveau de potioneuse si j'y mettais un peu du mien mais… j'ai tendance à faire exploser tout ce que je touche. Je suppose que je ne mets pas assez du mien, rit-elle.
De mon côté, je ne ris pas. Je ne ris pas du tout. "Raven avait…", ce n'est pas la première fois qu'un des voyageurs parle de Raven au passé et cette habitude ne me plaît pas du tout. Je fixe Scarlet avec plus d'intensité. J'essaye de lire en elle. En théorie, j'en suis capable, elle fait partie de ma meute dans le futur. Mais elle semble me garder à distance. Lexa m'a confié qu'Aiden, et sûrement les autres, utilisaient des barrières mentales. J'imagine qu'il en est de même pour la rousse.
- J'ai du mal à croire que j'ai fais quelque chose d'aussi énorme, souffle Raven en suivant du doigt une sorte de ligne serpenter qui pourrait entourer le cœur de Scarlet. C'est fou, je n'ai pas le niveau pour faire quelque chose d'aussi abouti.
- Clairement.
- Hey !
- Je ne vais pas m'excuser ma chérie, tu t'es affaiblie depuis mon décès.
- Je me suis affaiblie, moi ? Rappelle-moi qui est morte ?
- Si tu ne passais pas ton temps à essayer de contenir ton pouvoir et que tu t'entraînais plus…
- Non mais dites-moi que je rêve ! Tu as de la chance d'être déjà morte !
- Raven, je soupire, calme-toi.
- Elle insulte ma magie, s'égosille-t-elle en pointant sa mère d'un indexe accusateur.
- Non, je la contre, elle insulte seulement ton laisser-aller.
- Tu t'y mets toi aussi ? Tu n'as pas le droit ! Tu es censée être de mon côté !
- Seulement quand la promesse de demain sera scellée, je réponds avec un clin d'œil.
La mâchoire de Raven en tombe et elle devient aussi muette qu'une carpe. Je retiens un petit rire mais j'imagine que mon amusement se lit dans mes yeux. Je m'avance et embrasse sa joue en guise d'excuse. Je n'ai pas l'intention d'aller plus loin. Je voulais juste qu'elle se calme.
- Je suis certaine que lorsque Scarlet en aura besoin, tu pourras la sauver. De toute façon, tu l'as déjà fait, je souris.
- Et tu le referas, confirme la rousse.
- Je ne suis pas certaine d'avoir compris qui vous êtes ?
- Scarlet vient du futur, c'est la fille de Bellamy et d'Echo, je réponds à sa place.
- D'autres naufragés du temps…
- Pas des naufragés, la corrige Scarlet, des voyageurs, nous sommes venus pour changer trois grands événements qui devraient faire en sorte que le désastre qui vient de se produire pour nous, dans dix-sept années pour vous, ne se produise jamais.
- Nous, tique Morgane. Combien êtes-vous ?
- Sept, cinq membres de la meute de Lexa, moi et l'autre emmerdeuse. D'ailleurs merci Morgane, dès que tu apparais l'autre chieuse s'évapore en un claquement de doigts. Je crois que tu es la seule personne au monde capable de la faire fuir. Même si je n'en connais pas la raison.
- Savez-vous à quel point c'est dangereux ?
- Si tu avais vu le monde d'où l'on vient, tu ne nous reprocherais pas d'au moins vouloir essayer. Nous n'avons plus rien à perdre, du moins, son regard s'arrête sur moi avec un voile de tristesse, presque plus rien.
- Jouer avec le temps n'est jamais sans conséquence.
- Je ne l'ignore pas, aucun de nous ne l'ignore. Si nous réussissons, je serai celle dont la vie sera la plus chamboulée, complètement réécrite. Je suis venue en connaissance de cause. D'autant plus qu'à cause du sort de Jamie, nous risquons d'avoir des brides de notre passé qui vont nous hanter quand le temps sera réécrit.
- Vous n'avez pas parlé de ce détail avec Lexa, je souligne inquiète.
- Jamie aurait pu éviter ce genre d'inconvénients, soupire Raven.
- Quelle genre de sorcière est-ce là ?
- Le genre virtuose, à la Mozart, elle a tout appris seule en un temps record. Jusqu'à ses 17 ans elle croyait être humaine. Et son sort est parfait, c'est le seul qui nous protège des paradoxes.
Les deux sorcières de sang ne semblent rien avoir à répondre. C'est étrange. La mère et la fille semble en pleine réflexion. Raven lâche un juron avant de sortir un carnet et un crayon de sa poche et de commencer à griffonner dessus. Morgane s'approche, regarde par-dessus son épaule et acquiesce à plusieurs reprises. Leur petit manège dure un temps jusqu'à ce que le fantôme n'intervienne :
- Si tu remplaces le cinquième élément par une propriété symbolique de mémoire, les conditions sont réunies mais…
- … trop de magie, pas assez de confinement, mauvais pentacle…
- … mauvaise plante, essaye avec le lys, le thym et de l'essence de pin…
- … non, le pin ferait tout imploser. Pourquoi pas du feu archaïque de phèmne ?
- Tu veux voyager dans le temps ou le détruire ? Non je dirais plus…
Je soupire en décidant de les ignorer, c'est comme d'essayer de comprendre deux mathématiciens en train de parler d'une nouvelle théorie : ennuyeux à mourir et incompréhensible. Parce que c'est Scarlet qui m'a mise dans cette situation, je la fusille du regard, juste pour la forme. Elle grimace en paraissant désolée avant de baisser les yeux et de murmurer :
- Je ne pensais pas lancer la machine aussi facilement…
- Le mal est fait !
- Raven ressemble plus à celle que je connais, sourit Scarlet, passionnée.
- Dans le futur, tu es très proche de Raven et moi, n'est-ce pas ?
- Je suis littéralement incapable de te mentir Anya, alors évite de me poser des questions sur le futur. Lexa a raison, il est dangereux d'en savoir trop. Mais la réponse est oui. Nous sommes très proches.
- Pourquoi tu es là ? Pas là dans le passé mais là, là ?
- Oh… facile ! Plus je suis proche de Morgane, moins j'ai de chance de tomber sur l'emmerdeuse.
- Qu'est-ce qu'elle vous a fait ? Je ne comprends pas, vous semblez tous la détester… avoir peur d'elle.
- Ce n'est pas ce qu'elle a fait, c'est ce qu'elle est le problème, répond-elle mystérieusement. Je ne la déteste pas, je la hais. Elle m'insupporte plus que tout au monde.
Je fronce très légèrement les sourcils en penchant la tête sur le côté. Tout me porte à croire qu'elle pense chacun des mots qu'elle vient de prononcer. Pourtant c'est un mensonge.
Je ne sais pas… je ne sais pas d'où me vient cet instinct mais Scarlet ne déteste certainement pas Melina. Je veux bien croire que leur relation est compliquée, semée d'embûches, mais il n'y a aucune haine. Aucune.
Pour une raison qui m'échappe encore plus, je décide de garder cette réflexion pour moi, de ne pas la partager avec la rousse. Elle se met à sourire avant de s'avancer. Je me retourne pour la retrouver en face des sorcières quand elle demande :
- Alors ? Vous vous êtes mis d'accord ?
- Nous sommes d'accord sur le fait qu'il est peu probable qu'un tel sort existe.
- Oui… sauf que ce sort sera écrit dans dix-sept ans.
- Je ne vois pas ce que ça change.
Scarlet leurs subtilise le carnet. Elle commence à écrire à son tour. Elle s'arrête quelques secondes avant de tapoter le crayon sur le papier et de soupire. Son nez se plisse quand elle retourne les notes qu'elle a inscrite vers les sorcières :
- De ce que j'ai cru comprendre c'est quelque chose qui ressemble à ce truc. Mais comme je l'ai dit dès que je touche à la magie ça fait : boum !
- Une légère variation du temps…
- … elle utilise le son.
- C'est fou !
- Elle a trouvé un moyen de capter une constance qui ne change pas. C'est incroyable !
- Je vous l'avais dit : une virtuose.
- Serait-il possible de changer de sujet de conversation que je puisse y participer ?
- Désolée Anya, prononce Raven avec un sourire d'excuse. Mais ce que cette Jamie a réussi à faire et tout bonnement incroyable.
- Je veux bien te croire. Mais si nous en revenions à la raison de notre visite, réunir tous ceux qui ont participé à la déchéance de ce dieu.
- Morgane vous l'a dit, c'est impossible, prononce Scarlet en secouant la tête.
- Nous pouvons peut-être nous passer de cette personne qui n'existait pas avant et qui n'existait plus après, nous avons, nous aussi des atouts.
- Comme Heda, souligne Raven.
- Clairement mettre Lexa inutilement en danger n'est pas une bonne idée, entre Clarke, Madi et Thomas, je vous souhaite bien du courage pour vous expliquer.
- D'autant que sans cette personne, c'est impossible.
De nouveau ce mot. Raven tressaille légèrement. Instinctivement, je glisse ma main dans la sienne en me demandant quelle a pu être le rôle de cette personne pour qu'elle soit à ce point importante, irremplaçable. Je fixe Morgane, comme si détailler chaque parcelle de son visage pouvait m'apporter une réponse. Je fronce doucement les sourcils avant de poser la question qui vient de se former dans mon esprit et qui depuis me brûle les lèvres :
- Tu aimais cette personne ?
- C'est la première que j'ai aimée, bien avant le père de Raven.
- Tu n'as aimé personne avant mon père.
En prononçant cette phrase, je pense que Raven tente de se convaincre elle-même. Un seul coup d'œil au regard de Morgane prouve qu'elle dit la vérité, la douleur dans ses iris est bien réelle. Les battements de cœur de Raven s'accélèrent, je ressers mes doigts entre les siens alors qu'elle demande avec une pointe de colère dans la voix :
- Pourquoi tu ne m'as jamais parlé de cette personne ?
- C'est… compliqué.
- Tu l'aimais plus… plus que mon père ?
- D'une certaine manière oui, j'imagine. Mais ce n'était pas le même amour. C'était une amitié si forte que j'ai construit un lien fraternel avec… je considérais cette personne comme… au-delà du sang, Anya peut comprendre.
- Un frère ou une sœur de cœur, j'acquiesce doucement.
- Pourquoi tu ne prononces pas le nom de cette personne, voulu savoir Raven.
- La culpabilité est trop lourde à porter, répond à sa place Scarlet. Tu m'as déjà raconté cette histoire dans le futur. Bien que tu ne m'ai jamais dit comment, le sort que tu as lancé sur le dieu de la guerre, le plus puissant qui n'ait jamais été jeté par une sorcière, celui-là même qui t'as projeté au sommet, qui a fait de toi la sorcière la plus respectée et la plus crainte de ta génération, il a ricoché. Il était destiné à tuer un dieu, mais malheureusement, il n'a pas été le seul à être touché.
- Par toutes les lunes, je prononce la gorge nouée.
- Maman…
- Ce jour-là, j'ai fait ce qui devait être fait pour le bien du plus grand nombre. Je l'ai tué pour l'atteindre lui. J'ai bien failli m'effondrer après ça. Je ne voulais pas croire à sa mort, je l'ai cherché pendant des mois avant que ton père ne me ramène sur Hélys quelques jours avant que ton frère et toi ne veniez au monde. Vos prénoms sont un hommage subtil, c'était l'idée de Misaël.
- Comment tu as pu me cacher ça ?
- Je crois que même après tout ce temps, je n'ai pas fait mon deuil. Une part de moi espère toujours qu'elle ait survécue.
- À quel point, je reprends doucement, à quel point son rôle à été important dans le déroulement des événements ce jour-là ?
- Indispensable. Avant son arrivée… nous n'avions aucune chance de survivre.
- Attends, l'arrête Raven, tu étais déjà enceinte de nous et tu t'es battue quand même ?
- Comment crois-tu que j'aie eu assez de puissance pour générer un sort capable d'en théorie tuer un Dieu ?
- Tu as puisé dans mes pouvoirs et ceux de Raphaël… mais nous aurions pu y passer tous les trois !
- Rae… le monde dans lequel tu as grandi a toujours été gangréné par la guerre alors même que le dieu de la guerre n'était plus là. Essaye d'imaginer ce même monde, régit par ce monstre. Plus Baetan-ihm se renforçait, plus les neuf autres dieux s'affaiblissaient. Il causait un trop grand déséquilibre. Il ne voulait pas le pouvoir mais tous les pouvoirs. La Guerre ne lui suffisait plus, c'est le Chaos qui a été sa première victime. C'est à cause de lui que… tu connais la suite de l'histoire Rae.
Les émotions qui passent sur le visage de Raven sont indescriptibles, d'abord une colère folle, puis une tristesse des plus foudroyantes et une certaine culpabilité apparaît. Elle détourne les yeux alors que je sens des larmes s'y accumuler. Je cherche alors le regard de Scarlet qui grimace avant d'éviter elle aussi un échange trop long avec moi. Qu'est-ce que… est-ce que je suis la seule à ne pas comprendre les propos de Morgane, à ne pas connaître la raison qui blesse Raven ?
"Tu connais la suite de l'histoire"… pourquoi ne pas dire clairement ce qu'il en est ? C'est insensé !
- Je peux savoir de quoi…
- Ah vous êtes là, nous interrompt Lexa, bonjour Morgane, Scarlet… j'ai besoin de vous !
- Un problème ? Je demande tout de suite.
- Thomas a disparu.
- Mon Thomas ? s'informe Scarlet.
- Non, celui du présent. Je suis inquiète et ce n'est rien comparé au comportement de mon frère et de O'.
- J'arrive, je lâche la main de Raven pour suivre Lexa. Scarlet, tu as une idée d'où il pourrait se cacher ?
- Pas vraiment… je vais tenter les hauteurs, souffle-t-elle en désignant le sommet du volcan, essayez à l'ouest vers la grotte de l'Hym, il aime bien la forêt des âmes et garder Jamie à l'œil même si c'est un petit garçon, elle est son âme-sœur.
- Je vais à l'ouest, s'empresse d'intervenir Lex.
- J'irai dans la forêt des âmes dès que j'aurai refermer le portail entre les deux mondes, assure Raven.
- Anya, tu viens avec moi ?
J'observe Lexa un instant. Je me tourne vers Morgane avant de fixer Scarlet. Je fronce très légèrement les sourcils en me souvenant de la phrase qu'à prononcer le petit Thomas en serrant Echo dans ses bras.
- J'ai une autre idée.
- Une autre idée, il n'est pas avec mes pa… euh… Bellamy et Echo.
- Non, c'est une autre idée que celle-là, je souris. Je fonce, j'embrasse Raven sur la joue, sois prudente.
- Hey, hurle-t-elle, tu pourrais au moins me dire où tu vas !
- Je ne sais pas, je lui réponds en me tournant continuant à courir sans regarder où je mets les pieds. Je cherche une personne pas un lieu !
- Quelle personne ? Hurle Scarlet.
Si mon instinct est le bon, je crois qu'il vaut mieux qu'elle l'ignore. Je me concentre de nouveau sur ma course en laissant mes sens chercher la fameuse Melina. J'ai une petite idée d'où la trouver. J'ai gardé un œil sur chacun des voyageurs. Non pas que je me méfie d'eux, mais sait-on jamais. Il se trouve que j'ai remarqué que la jeune femme détestée de tous sans raison apparente aime entretenir sa solitude.
J'ai remarqué aussi que le jeune Thomas passait beaucoup de temps à l'observer, presque plus que Clarke, Echo et Scarlet ce qui n'est pas rien. Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que Thomas, quelque soit la version, avait un comportement très protecteur envers ces trois-là mais pour Melina, c'est inexplicable. Je n'ai pas réussi à déterminer ce que signifiait son regard. Pourtant, d'instinct, c'est vers la jeune fille aux cheveux nacrés et aux iris pastels que je me dirige pour trouver le petit garçon.
Melina a une odeur particulière quasi indescriptible, c'est très étrange, peut-être semblable à celle des premières pluies d'été. Je n'arrive pas à m'expliquer cette bizarrerie. Je devrais essayer d'arrêter de trouver un sens à ce que je vois ou sens en la présence de cet étrange personnage, il n'y a rien de normal chez elle.
Son pouvoir atypique est une malédiction qui me semble bien pire que celle des métamorphes. Si j'ai bien compris, elle ne peut toucher personne sans causer sa mort. Je ne sais pas ce que je ferais si je me retrouvais dans l'incapacité de toucher qui que ce soit. Je deviendrais certainement folle. Elle doit-être constamment sur ses gardes, apeurée de faire du mal à une personne par accident. Au-delà de cette capacité hors norme, je n'arrive pas à savoir ce qu'elle est. Elle semble n'appartenir à aucune catégorie de non-humain connu.
Je ralentis ma course en reconnaissant des effluves qui pourraient être les sienne. J'hume un peu plus l'air avant de prendre de nouveau de la vitesse, il s'agit bien d'elle. Je souris alors que le vent fouette mon visage. L'air commence doucement à se réchauffer, le printemps se rapproche mais rien ne le prouve. Depuis l'attaque du dieu et la riposte impressionnante de Melina, toute la végétation est devenue aussi morte qu'en plein hiver. Raven m'a même confiée que dans certain endroit, il n'y avait plus aucune énergie, que l'essence d'arbres pourtant millénaire s'est éteinte juste comme ça, parce que la jeune femme dont la mort semble être le fardeau les a un peu trop approchés. Je me stoppe net en entendant la voix du petit Thomas, elle est reconnaissable entre toutes parce que encore fragilisée :
- Pourquoi tout le monde te fuis ?
- Parce que je leurs fais peur, réponds Melina.
Je m'approche doucement, me cachant derrière un arbre pour observer la scène. Le petit est assis en tailleur en face de la jeune femme me fait face et taille un bout de bois à l'aide d'un couteau. Thomas penche la tête sur le côté, semblant prendre en compte la réponse de son vis-à-vis avant de reprendre :
- Même Scar ?
- Surtout Scar, sourit-elle avec une lueur étrange dans les yeux.
- Je ne te crois pas, déclare Thomas en secouant la tête.
- Ah oui ? S'amuse un peu plus Melina.
- Elle me parlait toujours de toi quand elle venait du futur pour me protéger.
- Et, elle t'a déjà dit à quel point elle me déteste ?
- Non, parce qu'elle ne te déteste pas, s'acharne le jeune garçon.
- C'est pas vrai, elle se met à rire doucement, il n'y a pas de doute à avoir, tu es bien Thomas, même si tu es minuscule.
- Hey, s'offusque-t-il immédiatement.
- Je te dirais bien que je suis désolée mais…
- … tu ne le penses pas.
Thomas bougonne quelques minutes, croisant ses bras et détournant les yeux. Je l'entends grommeler. Puis, sans se lever, il se rapproche un peu plus de Melina, faisant bouger des feuilles mortes en même temps que son corps. Il se penche en avant. La jeune femme arrête tout mouvement en se penchant très légèrement en arrière.
J'imagine qu'elle n'a pas l'habitude qu'une personne soit aussi proche d'elle sans avoir peur pour sa vie. Thomas est trop insouciant ! Je m'apprête à intervenir quand il reprend :
- Qu'est-ce que tu t'es fait au bras ? C'est une très grande cicatrice !
- Blessure de guerre, répond-elle avec un certain malaise, du temps où on pouvait encore me toucher.
- On pouvait te toucher ?!
- Bien sûr, je ne suis pas née avec cette capacité et heureusement.
- Tu étais quoi avant ?
- La fille de mon père.
- Ce n'est pas une réponse.
- Ça l'est pour moi.
Je me demande quel genre de père a pu avoir Melina. Quel genre de père peut laisser sa fille gérer ce genre de pouvoir seule. Elle en parle avec une sorte de tristesse mais aussi une forme de soulagement. Je me redresse, cette fois bien décidée à me montrer. Quand elle fait un geste vers le petit Thomas. Mon sang ne fait qu'un tour. Elle tend sa main vers lui et je m'apprête à lui hurler d'arrêter quand une sorte de médaillon en bois apparaît entre ses doigts.
- Il est magnifique, souffle Thomas.
- Il est à toi.
- Qu'est-ce qu'il représente, demande-t-il en approchant sa main de celle de Melina.
- Fait attention de ne pas me toucher, le prévient-elle en s'éloignant doucement.
- Comment tu sais que tu ne peux pas me toucher ?
- Je ne peux toucher personne Thomas.
- C'est triste, souffle-t-il.
- Je m'y suis fait, assure-t-elle avec un léger sourire sur les lèvres, prends-le, dit-elle en approchant doucement sa main, mais fait attention.
- Promis.
Le petit garçon saisit le médaillon et l'observe pendant un instant. Il le fait tourner sur lui-même en souriant avant de passer la lanière autour de son cou.
- Merci Melina.
- De rien.
- Tu ne m'as pas répondu tout à l'heure. Qu'est-ce qu'il représente ?
- Tu sais ce que représente l'infinie ?
- C'est le signe d'appartenance à la meute Triku.
- En effet, sur la gauche de l'infinie, tu as la représentation de ton loup, au centre, la rose de Scarlet et sur la droite le triquetra inséré dans les trois cercles de la paix.
- Le dernier, sur la droite, c'est pourquoi ?
- Jamie.
- Pourquoi ?
- C'est parce que tu étais brisé que tu es partie et que tu as trouvé Jamie. Je veux m'assurer que si ces idiots arrivent à réécrire l'histoire tu arrives tout de même à la rencontrer.
- Pourquoi ? L'autre moi n'est même pas gentil avec toi ?
Melina ne répond pas mais son sourire est magnifique, très sincère et c'est avec lui que je suis certaine qu'elle est tout le contraire de ce que les autres voyageurs du temps pensent d'elle : Melina est une personne profondément gentille. Il n'y a rien de mauvais en elle. Pile le genre de personne que le monde s'amuse à abimer le plus.
Cette fois, je ne recule plus l'échéance, je m'avance. Melina me repère tout de suite, son sourire se fane légèrement avant qu'elle ne fasse un petit signe de tête vers moi, très respectueux. Ses iris se posent sur moi et je suis complètement fascinée par ce rose, orange, vert et bleu qui anime son regard. Pendant un instant je me dis qu'il y a un tableau de dessiné dans ses yeux, c'est si complexe et en même temps incroyablement artistique. Avec ce genre de couleurs qui vit dans ses yeux, elle ne pourrait pas faire croire à personne, pas même une seconde, qu'elle est humaine. Et, c'est sans parler de ses cheveux. Ils reflètent cette même couleur que celle de la lune, nacré avec des nuances ombragées. Mais ce qui m'intrigue le plus se sont ses mains. Par moment lorsqu'elle effectue des gestes rapides, il y a comme une lumière vive qui suit son mouvement, une lumière si vive qu'elle reflète les six couleurs de l'arc-en-ciel.
- Bonjour Anya, je note une certaine méfiance dans sa voix.
- Melina, je lui souris, je suis là pour Thomas. Ses parents le cherchent partout.
- Melina pleurait, répond aussitôt le petit, un gentleman ne laisse jamais une femme pleurer, même si normalement elle est plus forte qu'un dragon !
- Laisse-moi deviner, sourit de nouveau la jeune femme, c'est Scarlet qui t'a appris ça ?
- Oui.
- Il faudra que je pense à la remercier un de ces jours, s'amuse-t-elle. Mais je vais attendre qu'elle soit plus gentille avec moi.
- Non, souffle Thomas en ouvrant la bouche, ne me dit pas que c'est Scar qui t'as fait pleurer ! Si c'est le cas, je vais la bouder !
Melina se met à rire doucement. Thomas la dévisage et je suis un peu près certaine que j'en fais de même. Elle passe sa main droite sur son avant-bras gauche, là où se trouve une grande cicatrice, celle-là même dont a dû lui parler le petit garçon un peu plus tôt. Je détaille un peu plus cette marque laissée certainement par une arme à double tranchant très aiguisée. De ce que je peux voir, la lame a dû s'enfoncer au moins jusqu'à l'os mais ce qui est étrange c'est que la cicatrice est particulièrement propre et nette comme si Melina n'avait pas fait un mouvement pour échapper à cette attaque. Qui ne sourcille pas alors qu'on charcute l'un de ses membres ?
- Aller bonhomme, reprend-elle toujours amusée, je te ramène à tes parents.
- Je ne bouge pas !
- Thomas…
- Est-ce que c'est Scar qui t'as fait pleurer ? Insiste-t-il.
- Pas cette fois, répond-elle en s'accroupissant devant lui ancrant son regard dans le sien, pas cette fois bonhomme.
Thomas semble se satisfaire de cette réponse et près à suivre la jeune femme. Au contraire de lui, je ne me laisse pas berner par ces quelques mots. Je ne peux m'empêcher de me demander combien de fois la rousse a pu toucher Melina assez pour être capable de la faire pleurer. La jeune femme semble être forte mais quelque chose me dit que ce n'est qu'une façade. Je reconnais les signes : elle est brisée. Plus que moi, plus que les autres voyageurs, plus que n'importe qui et pourtant elle fait tout pour que ça ne se voit pas.
Lexa et Clarke m'ont parlé de l'interaction qu'elles ont arrêté. Apparemment ils étaient cinq contre elle et elle n'aurait pas dit un mot, subissant sans broncher leurs reproches quels qu'ils aient pu être. Je me demande si ce jour aussi elle s'est cachée pour pleurer.
- Arrête de m'regarder comme ça, souffle-t-elle alors que Thomas s'est éloigné en courant, tu vas l'inquiéter.
- Melina, Anya, vous venez !
- J'arrive !
- Il y a quelque chose qui me chiffonne, je la retiens, tu n'as pas répondu à sa question : pourquoi es-tu gentille avec lui alors que son double du futur n'éprouve pour toi que de l'indifférence voir même de la haine comme tous les autres.
Melina se tourne un peu plus vers moi, ancre ses yeux dans les miens avant de froncer les sourcils. Elle semble essayer de lire en moi, son regard est tellement perçant. J'ai cette étrange sensation qu'elle peut tout savoir de moi. Elle sourit doucement avant de pointer du doigt quelque chose au-dessus de moi. Elle penche très légèrement la tête sur le côté gauche avant d'affirmer :
- C'est bien, ça commence à se stabiliser.
Puis, elle se retourne et je me retrouve à fixer son dos complètement hébété. Qu'est-ce que… quoi ?
- Hey ! Attends ! Tu n'as pas répondu à ma question !
- Je n'ai pas assez de place pour la rancœur ou tout autre sentiment négatif quels qu'ils soient dans ma vie, ce genre de ressentiment sont bien trop lourd à porter.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? Melina !
- Ça veut dire que si j'ai pris le risque de trahir mon père, de renier tout ce qu'il est, ce n'est pas pour devenir comme lui. Ce que je veux c'est vivre.
- Thomas a raison, je reprends aussitôt, c'est une cicatrice impressionnante que tu as au bras. Pourquoi tu ne t'es pas défendue ?
- C'était moi ou toutes les personnes à qui je tenais. Il n'y avait pas de choix à faire.
- Pourquoi tu es là ? J'ai réussi à un peu près cerner tous les autres. Mais toi… ils te détestent tous. Pourquoi tu es là ?
- Je pourrai te mentir mais ce serait déloyale.
Elle se rapproche, inconsciemment, je fais un pas en arrière. Je ne sais peut-être pas ce qu'elle est mais j'ai vu ce dont elle est capable. Elle peut tuer par simple contacte et j'imagine qu'un accident est vite arrivé. C'est certainement pour cette raison qu'elle garde ses distances avec les autres.
- Si je suis là, murmure-t-elle, c'est parce que tu me l'as demandé Anya. Normalement, j'aurai refusé. S'amuser avec le temps comme ils sont en train de le faire est une énorme connerie mais, son regard devient plus doux tout comme son sourire, Scarlet était impliquée et je n'ai besoin que personne ne me le demande pour veiller sur elle.
Cette fois, elle fait volte-face et je ne trouve aucune raison valable pour la retenir. Je me mets à avancer comme elle, mais plus lentement. Je réfléchis à la situation. J'ai dû mal à croire que j'ai pu envoyer cette file pour protéger Scarlet. Sauf si celle que je vais devenir à su voir la même chose qu'à cet instant, la dévotion de Melina pour la rousse. Je ne peux tout de même pas m'empêcher de souligner :
- Scarlet te déteste comme tous les autres !
- Peut-être, me sourit-elle en se tournant légèrement vers moi, mais je l'aurai à l'usure.
Nous marchons tranquillement pendant que Thomas court devant en faisant des aller-retours, il a de l'énergie à revendre. Melina garde un œil attentif sur lui, elle a le même genre de regard que Echo lorsqu'elle était avec les enfants de la meute de ma mère. Un regard protecteur, inquiet et plein de reconnaissance comme si ni Melina, ni Echo n'aurait pu croire vivre ce genre de moment. Les rires d'un enfant ont sur elle un étrange effet.
Melina serait-elle un dragon ? Non. C'est stupide. Ses yeux s'enflammeraient, ils ne seraient pas comme ils sont maintenant et elle sentirait le souffre et non la pluie d'été. Stupide… peut-être pas tant que ce qu'il y paraît. Cette façon qu'elle a de parler de son père… c'est la même que lorsque Echo évoque Nia avec distance, peur et joie de s'en être détaché.
Est-ce que sa nature, quelle qu'elle soit, aurait fait subir à Melina le même genre de torture que celle des dragons ? Aurait-elle aussi été guidé toute sa vie par une voix addictive ? S'en serait-elle détachée ?
- Tu voudrais bien, la voix d'Octavia me fait sursauter, essayer juste une minute de ne pas me détester pour quelque chose que je n'ai pas encore fait ?
- J'aimerai, lui répond Thomas.
Le petit Thomas est revenu vers nous à toute vitesse en entendant sa mère hurler. Il se cache de moitié derrière moi, impressionné par les cris de son alpha. J'ai à peine le temps de comprendre ce qui est en train de se passer que Melina intervient :
- Arrête de hurler, Octavia Blake, tu fais peur à ton fils.
- Thomas !
Octavia se précipite mais Melina se place sur son avancée l'empêchant d'approcher plus. Je fais un geste pour éloigner la jeune femme aux cheveux couleur nacre avant de me rappeler que je ne peux pas la toucher.
- Écarte-toi tout de suite !
Melina penche la tête sur le côté gauche et comme avec moi tout à l'heure pointe du doigt quelque chose au-dessus d'elle. Sa langue claque contre son palet avant qu'elle ne secoue doucement la tête dans un signe de mécontentement. Avant de dire d'une voix posée, si calme que ça en est effrayant :
- C'est toujours instable, ça vacille encore et encore. Tu ne changes pas.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? S'énerve Octavia.
- Que tu es toujours la personne que ton fils déteste plus que tout au monde. Et la réponse est non. Il ne peut pas faire comme s'il ne te haïssait pas, à ce stade là c'est ancré dans son ADN. Je crois que même si nous arrivons à changer l'événement qui a fait naître toute cette rancœur en lui, Thomas se souviendra toujours du mal que tu lui as fait.
- Melina, grogne Thomas.
- Elle me fait peur, murmure le plus jeune.
- C'est juste ta mère, je souffle pour le rassurer.
- Elle veut faire du mal à tout le monde, sanglote-t-il.
- Bien sûre que non, lui répond Octavia. Je… je veux te protéger.
- Alors fait nous une faveur, Octavia Blake, Melina crache presque son prénom et son nom, protège-le sans détruire ta famille au passage.
- Melina, hurle de nouveau le Thomas du futur, ça suffit !
- J'essaye juste de faire ce pourquoi nous sommes venus, changer le futur. A moins que tu commences à réaliser que tu as plus à perdre qu'à gagner ?
- Pourquoi j'étais avec toi, s'énerve-t-il.
- Apparemment, sourit-elle, tu avais l'habitude d'être gentil quand tu n'étais qu'un gosse, dommage que cette caractéristique te soit passée.
- Tu es une vraie emmerdeuse, crache-t-il.
- Et toi, tu es méchant, attaque le petite Thomas, vous êtes tous méchant avec Melina et elle pleurait !
- Je retire ce que je viens de dire, soupire la jeune femme, tu as toujours été un vrai casse-pied.
Le Thomas du futur aborde un air désolé avant que la culpabilité ne naisse sur son visage. Il fait un pas vers Melina, elle dresse sa main droite et cette fois, j'en suis certaine, elle brille. Un faisceau de lumière irradie sa peau faisant naître les couleurs de l'arc-en-ciel, ses cheveux brillent un peu plus.
- Melina attend ! Je suis déso…
Thomas n'a pas le temps de finir sa phrase que Melina disparaît dans un éclaire de lumière aveuglante. Un léger cri de surpris échappe à tout ceux présent, nous fermons tous les yeux et lorsque nous les ouvrons de nouveau, cette lumière semble brûler encore nos rétines. Je cligne des paupières à plusieurs reprise avant de pouvoir distinguer des formes et encore plus avant d'apercevoir des couleurs, et encore plus pour voir de nouveau normalement.
- Quel con, grogne Thomas. J'espère qu'elle va revenir sinon Scar va me tuer.
- Ce serait bien fait, lui répond sa version plus jeune.
- Je peux savoir ce que je t'ai fait ? Demande le plus âgé choqué.
- Si devenir grand c'est être méchant alors je refuse de le devenir !
- Je ne suis pas, tente de nouveau le voyageur.
- Tu es comme maman : un méchant !
Un silence général nous entoure, plus personne n'ose ne serait-ce bouger. La déclaration de Thomas nous a tous choqué d'une façon ou d'une autre. Il est vrai que je suis la première à me méfier des réactions que peut avoir Octavia lorsque Echo est dans les parages mais je n'irai pas jusqu'à dire qu'elle est mauvaise. Je fixe l'alpha des Blake. Son visage retranscrit la douleur qu'à fait naître les mots de son petit garçon.
Ses bras en tremblent, elle est obligée de serrer les poings pour arrêter cette manifestation. Son regard devient subitement noir de colère et elle fait un pas vers nous. Thomas s'agrippe à ma cuisse gauche et se cache dans mon dos. Et alors que je sens que la situation va forcément dégénérer, la voix de Bellamy me sort in-extremis du désastre imminent :
- Thomas ! Tout va bien bonhomme ?
- Bell !
Le petit court vers son oncle qui se met à sa hauteur pour le prendre dans ses bras. Thomas serre Bellamy dans ses bras de toute ses forces. Ce dernier use de quelques mots rassurant pour le calmer en passant doucement la main dans son dos. Ils restent ainsi pendant plusieurs minutes et alors que j'assiste à cette scène attendrissante, je capte le regard du voyageur du temps, une tristesse indescriptible fait briller ses yeux avant qu'il ne fasse volte-face. Ce mouvement fait réagit Bellamy qui se redresse avec le petit dans les bras.
- Attends ! Thomas, tu vas bien toi aussi ?
- J'irai mieux quand tout sera réparé.
- Qu'est-ce que c'est censé dire ?
- Que, il serre les poings avant de les taper contre ses cuisses, les Blake, je sens son loup grandir en lui, ont beaucoup à se faire pardonner. Je n'ai jamais été aussi heureux que lorsqu'on m'a autorisé à prendre un autre nom que le vôtre.
- Et Scarlet ? Demande Bellamy fébrile.
- Ce n'est ni une Blake, ni une Queen. Je… je pourrai passer ce soir ? J'aimerai… j'aimerai parler à Echo.
- Bien sûr, ma porte te sera toujours ouverte.
- J'aimerai que ce soit vrai, murmure-t-il si bas que je peine à l'entendre. Je vais tenter de retrouver Melina pour m'excuser.
A peine a-t-il fini sa phrase qu'il se transforme et part en trombe vers l'est. La facilité qu'il a de se changer en loup est déconcertante. Je pensais qu'il deviendrait comme moi, effrayé à l'idée que l'animal soit plus fort que lui. Il ne paraît pas avoir peur de perdre son humanité.
Je m'approche doucement de Bellamy. Je n'ai pas oublié la colère d'Octavia et je ne voudrais pas qu'elle retombe sur son frère. À ma plus grande surprise cette dernière demande :
- Bellamy, pourrais-tu veiller sur Thomas cette nuit et peut-être les prochains jours ?
- Bien sûr mais…
- Fais-le sans discuter.
- Très bien. Je peux te demander pourquoi ?
- Non.
L'alpha des Blake s'en va à son tour. Bellamy la suit du regard en serrant un peu plus Thomas dans ses bras.
- Anya, souffle-t-il, qu'est-ce qui lui arrive à ma sœur ?
- Je ne sais pas.
- Tu ne sais pas ou tu ne veux rien me dire ?
- Je ne sais vraiment pas, je souris.
- D'accord. Nous rentrons à la maison ? J'ai convaincu Raven de veiller sur Echo mais quelque chose me dis que ça ne durera pas longtemps.
- Insinuerais-tu que la femme que j'aime serait imprévisible ?
- Non… elle est pire que ça, une catastrophe naturelle est plus prévisible qu'elle, Hiroshima, Tchernobyl ou Pompéi étaient plus prévisible qu'elle.
- C'est bon, je souris, j'ai compris. En fait, tu as quelque chose de prévu demain ?
- Je crois que je vais faire du babysitting avec mon super neveu, il le fait basculer sur ses épaules ce qui fait rire Thomas, à part ça rien. Pourquoi ?
-Je vais sûrement avoir besoin d'un témoin.
- Tu compte commettre un meurtre.
- Bellamy, je soupire, pas ce genre de témoin.
- Quel genre de… Oh ! Raven a dit oui ?
- Qu'est-ce que ça veut dire cette question ? Bien sûr qu'elle a dit oui. Et puis comment tu savais que j'ai été celle qui a demandé ?
- De ce que je me souviens, il n'y a peu de personne qui soit autant anti-mariage que Raven Reyes.
- Je n'arrive pas à comprendre. Elle ne veut rien me dire à ce sujet.
- Raven Reyes est un mystère et tu auras tout le reste de ta vie pour tenter de la comprendre. Qui d'autre est au courant ?
- Juste toi pour le moment, je vais en parler avec Lexa en arrivant.
- Ce sera un petit comité, n'est-ce pas ?
- Je ne vois pas l'intérêt de faire ça en grand.
- Tu as une robe au moins ?
- Il se trouve que oui.
- Où as-tu trouver une robe de mariée sur cette île ?
- Elle était à Callie.
- Qui ?
- L'ex-femme de Marcus.
- Ton père a été marié ?
- Oui. Callie était géniale, je l'aimais beaucoup. Elle est morte à cause d'un cancer quand j'avais 16 ans. Quand j'ai appris qu'elle était malade, c'est la première et seule fois que j'ai voulu transformer quelqu'un. Marcus me l'a interdit. Elle ne savait pas que j'étais une lycanthrope. J'ai été dévasté quand elle est décédée.
- Je suis désolé.
- Pour un malheur qui est arrivé bien avant qu'on se connaisse ? Ne soit pas stupide Bellamy… d'ailleurs, je vais avoir besoin de toi. Ta meilleure amie doit me trouver une bague !
- Rien que ça ?
- J'en ai une pour elle, je souris.
- Très bien, je vais tenter l'impossible pour toi.
Il sourit avant de s'avancer vers la porte d'entrée de la maison que l'on partage avec Lexa, Clarke, Indra et toute la garde rapprochée. Je l'arrête :
- Bellamy, une dernière chose ?
- Je n'ai rien de bleu, d'ancien mais je peux te prêter quelque chose.
- Non. C'est…
Je me mords la langue avant de fermer les yeux. Est-ce que je suis vraiment prête ? J'inspire profondément. La réponse est : oui.
- Quand tu voudras me le demander, je suis prête.
- Anya…
- Je suis vraiment prête, pour toi, pour Echo, pour Gaïa et pour Scarlet quand elle naîtra.
- Tu en es certaine ?
- Certaine. Mais, je grimace, attend encore un peu… je veux que demain ne soit qu'à Raven et moi.
- Je comprends.
- Et, j'ai repensé à ce qu'a dit Thomas. Si tu le souhaite, Scarlet peut porter mon nom de famille.
- Kane ?
- Non, Lucas.
Je passe près de lui et embrasse sa joue en lui affirmant qu'il fait partie de ma famille. J'ai conscience que ce n'est pas vraiment le lien qui nous uni mais je suis rassurée à cette idée. Je crois qu'il sait que je serai une alpha très différente de sa sœur. Je ne serai jamais autoritaire mais je suis forte et je le protégerais, je les protégerai tous les trois, bientôt quatre.
J'entre dans la chambre que je partage avec Raven le sourire aux lèvres. La sorcière est allongée sur le lit, un grimoire ouvert. Je m'installe près d'elle avant de passer doucement mes doigts dans ses cheveux. Elle se tourne doucement vers moi en déposant son indexe là où sa lecture s'est arrêtée.
Je me penche en avant pour l'embrasser. Je ferme les yeux lorsqu'elle s'éloigne pour garder un peu plus longtemps le fantôme de ses lèvres sur les miennes. Je m'allonge près d'elle sur le dos profitant de sa présence dans un silence apaisant. Un regard rapide au réveil m'apprend qu'il est tout juste dix heures du matin.
Ce genre de matinée devrait être interdit par une loi. Je suis épuisée.
Je vais fermer les yeux juste quelques minutes avant d'affronter le reste de cette journée. Juste quelques minutes…
J'ai à peine rebattu mes cils que d'horribles images apparaissent. Il y a du sang, beaucoup de sang, trop de sang. Il y a un cri qui me déchire les tympans et le cœur. Il y a des pleurs. Je tourne sur moi-même pour distinguer autre chose mais je ne vois rien d'autre que du sang, du sang, toujours du sang. J'approche mes mains et elles aussi sont couvertes de sang.
- Scarlet, je hurle en me redressant.
- Anya, panique Raven, qu'est-ce qui se passe ? Tu vas bien ?
- Je… je crois que j'ai… j'ai eu accès à un souvenir de… Scarlet.
Des souvenirs…
Une réalité…
Des images dans lesquels j'ai enfin compris une des raisons qui a poussé les voyageurs à revenir dans le passé.
À partir de cet instant, ils n'étaient plus les seuls à vouloir changer ce qui allait arriver. Je ne permettrais pas que cette scène horrible voie le jour. Jamais. Plutôt mourir !
Voilà pour ce nouveau chapitre. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! Nouveau POV pour Anya où vous en savez plus sur le déroulement que va prendre la suite de l'histoire. Une date pour le mariage. Et des petites informations croustillantes sur Scarlet, Melina et Thomas. Que dire de plus ? Anya est prête à devenir alpha et elle le dit clairement à Bellamy. C'est pas mal pour un seul chapitre, non ?
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
En espérant vous retrouvez pour le prochain chapitre !
GeekGirlG.
