Salut à tous ! :)

Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !

Quelques mots sur ce chapitre : Allez, on continue gentiment sur la lancée des nombreuses révélations de la fin de cette seconde partie ! ;)

Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire tous mes chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.

Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)


Ne me regarde pas

Partie n° 2 : Retour au noir

It's always times like these C'est toujours à des moments comme ça
When I think of you Que je pense à toi
And I wonder Et que je me demande
If you ever think of me S'il t'arrive de penser à moi

'Cause everything's so wrong Car tout est si faux
And I don't belong Et je n'y adhère pas
Living in your Vivant dans tes
Precious memories Souvenirs précieux

'Cause I need you Car j'ai besoin de toi
And I miss you Et tu me manques
And now I wonder... Et maintenant je me demande...

Chapitre 38 : Primordial

Le sort était exécuté à la perfection, chaques mots et chaques insufflations de magie n'avaient qu'un seul but : retrouver le battement de cœur si violemment arraché.
La douleur prit vie par l'apparition d'un cri qui déchira l'air mais le principal était là : un nouveau battement de cœur résonnait. Les ronces se glissaient sur et dans la peau, la mutilant au passage ne laissant derrière rien d'autre que de la chaire à vif mais chaque seconde était habitée par de nouveaux battements de cœur alors tous ces maux étaient nécessaires. La rose grandissait, s'épanouissait, changeait de teinte passant du rouge vif au bleu pâle et les premiers pétales tombèrent, s'arrachant violemment faisant revivre ces morts qui venaient de se produire aussi sûrement que si elle s'abattait sur celle qui subissait le sortilège, faisant supplier pour que la torture s'arrête mais ce mal qui garantissait ne se stoppa pas, le cœur reprenait un rythme normal. Puis tout se figea comme si le temps lui-même ployait devant ce miracle, un paradoxe tel qu'il n'en avait jamais vu. Une vie ou plutôt une mort lui était refusé. Cet enfant vivrait aussi longtemps que la rose aurait de pétales. Et le temps savait… il savait qu'un de ces pétales avait lui aussi trompé la mort il y a bien longtemps.

Les ronces grandissaient, les pétales changeaient de teinte, s'arrachaient de temps à autre et le cœur battait, voilà quel genre de jour c'était : un de plus, avec un cœur qui continuait de battre, défiant le temps et la mort.


Je passe ma main sur mon épaule gauche en étirant ma nuque pour essayer de faire passer cette sensation désagréable qui m'habite. Je laisse mes doigts glisser sous mon pull noir et sent les contours du sortilège se resserrer. Je soupire sans comprendre cette sur-activité. Cette animation est inhabituelle et quelque peu inquiétante, la dernière fois que j'ai ressentie cette étrange sensation c'était… je secoue la tête pour éloigner le mauvais souvenir. Il ne sert à rien de ressasser le passé.

J'ai à peine le temps de glisser mes doigts au niveau de mon omoplate qu'une douleur aiguë mais furtive irradie mon indexe. Je jure entre mes dents avant de porter le membre douloureux à ma bouche arrêtant instantanément le sang. Je fixe ensuite la piqûre et remarque la présence d'une épine.

Sérieusement… se faire agresser par un sortilège qui théoriquement devrait vous protéger c'est un comble ! Je plisse le nez en me mordillant la lèvre. Je prends une forte inspiration en fermant les yeux. La rose est en constant mouvement, s'en est infernale. Je n'ai jamais trouvé cela aussi épuisant de la sentir évoluer de la sorte. Ça ne s'arrête jamais, pas même la nuit.

Quand… quand ce phénomène a-t-il commencé exactement ? Le premier jour où j'ai posé les pieds dans le passé. Je soupire en laissant mes cils se redresser. C'est faux et je suis trop exténuée pour me mentir à moi-même. L'activité anormal du sortilège a débuté à l'instant même où Melina est arrivée.

Je ne sais pas pourquoi ou plutôt j'essaye d'en ignorer la raison. Je secoue la tête alors qu'un nœud se forme dans mon estomac. Elle est en danger, je le sens au plus profond de mon être. Sa décision de devenir une voyageuse du temps a provoqué quelque chose qui pourrait bien la tuer. C'est pour cette raison que je suis aussi inquiète pour elle, cette simple et unique raison.

Je ne veux pas la perdre. Correction : je ne veux pas perdre un nouveau pétale. Je ne le supporterai pas, pas à nouveau. C'est à mon sens pire que de mourir.

- Scar, la voix de Thomas me fait sursauter, tu vas bien ?

- Hum, je réponds vaguement.

- C'est la rose, s'inquiète-t-il, j'ai remarqué que tu faisais plus d'insomnie.

- Tu as retrouvé Melina ? Je demande pour tenter de changer de sujet.

- Tu sais bien que non. Je l'ai cherché partout. Elle a dû quitter l'île. Je m'excuserai dès son retour, promis.

- Pour ce que j'en ai à faire, j'élude.

Je me détourne légèrement en serrant les poings. Je fais tout pour éviter de paniquer alors que concrètement je suis complètement affolée à l'idée de ne pas savoir où elle se trouve. Et si elle était en danger ? Si elle était blessée ? Pire, si elle ne revenait jamais ?

Jamais… j'y ai souvent réfléchis. Une part de moi, pourrait se sentir soulagée de ne plus à avoir à la supporter. Elle est tellement… tellement… elle m'agace au plus haut point ! Je pourrai la tuer de mes propres mains mais je sais au fond de moi ce que me ferai subir son trépas et je ne peux pas revivre ce supplice. Jamais.

Encore moins pour Melina… je secoue la tête, qu'est-ce que je suis en train de me mettre dans la tête ? Si elle veut disparaître, qu'elle le fasse, qu'importe ! Ce n'est pas comme si je me sentais complètement vide à chaque fois qu'elle s'éloigne.

Vide… de nouveau ce nœud dans mon estomac. Vide… je secoue rapidement la tête. Vide… pourquoi je me sens à ce point abandonner ? C'est tellement stupide. Je voudrais que cette sensation s'éloigne qu'elle s'envole c'est encore plus insupportable que cette douleur qui grandit un peu plus chaque jour sous et sur ma peau.

- Tu veux que je regarde ? Demande doucement Thomas.

- Pardon ?

- La rose, précise-t-il, tu veux que je la regarde ?

- Non. Je vais bien.

- Scar…

- Très bien, je soupire en enlevant mon sweat, regarde.

Je traîne des pieds jusqu'au canapé et m'affale dessus. Je n'aime pas particulièrement que quelqu'un puisse voir les traces qu'a laissé la magie de Raven. Je n'ai d'ailleurs jamais vraiment eu le courage de regarder à quoi ça ressemblait. Je compare souvent la rose a une cicatrice, à ceci près qu'elle est vivante.
Thomas fait glisser ses doigts sur ma colonne. Il est le seul avec Anya que j'autorise à toucher. Il s'arrête près de mon épaule gauche, là où un des pétale bleu flotte. Je ferme fortement les paupières en retenant ma respiration.

- Tu n'as toujours pas parler à Echo ?

- Je… je ne sais pas… qu'est-ce que je pourrai bien lui dire ?

- C'est ta mère et tu l'aimes.

- J'ai peur, je finis par avouer, j'ai peur de ce que je pourrai ressentir si nous n'arrivons pas à la sauver. Je ne peux pas la perdre deux fois… je ne le supporterais pas.

- La couleur de son pétale a légèrement changé. Le bleu est plus pâle, moins vif. Son destin doit être en plein changement.

- Thomas, je souffle.

- Je comprends tes réticences Scar. Je comprends, répète-t-il, mais tu devrais vraiment profiter de ce temps qui t'ai accordé pour la connaître un peu plus. Je lui ai parlée aujourd'hui, je perçois son sourire dans sa voix, elle est comme dans mes souvenirs.

- Tu as plus de souvenirs d'elle que moi, je dis tristement.

- C'est l'occasion ou jamais de…

- Thomas, je le coupe, s'il te plaît.

- Très bien, je ne dis plus rien à ce sujet. Les ronces se resserrent, précise-t-il en laissant ses doigts glisser sur ma peau, je n'ai jamais vu la rose agir de la sorte. Tu es certaine que tout va bien ? Et, mon cœur s'arrête net alors que son indexe finit sa course sur le pétale de Melina, je peine à déglutir, qu'est-ce que je dis, je n'arrive même plus à respirer, ce pétale est plus étrange que d'habitude.

- Il passe au bleu ? Je panique.

- Pas vraiment ?

- Qu'est-ce que… qu'est-ce qu'il lui arrive ?

- Je dirai que la couleur devient plus vive, plus brillante, plus… nuancée.

- Tu es sûr qu'il n'y a pas de bleu ?

- Certain.

Je ne peux empêcher un soupir de soulagement de s'échapper de mes lèvres. Melina va bien… tant que la teinte de son pétale reste rouge et ne vire pas au bleu c'est qu'elle ne court aucun danger. Je me sens tellement apaisée de savoir que la couleur ne change pas, du moins pas vraiment, qu'importe qu'elle soit plus brillante. Je peux vivre avec ce constat, il n'en aurait pas été de même si Thomas m'avait révélé que le pétale se cyanosait (= devenait bleu).

- Tu ne sais toujours pas de qui il s'agit, m'interroge avec douceur mon cousin.

- Non, je réponds sur le même ton.

J'ai bien conscience qu'il s'agit d'un mensonge et que Thomas ne mérite pas que je déforme la vérité, pas avec lui. Mais je ne peux pas, non je ne peux pas lui avouer qu'il s'agit de Melina. Jamais. J'ai compris que c'était elle a la seconde où j'ai posé mes yeux sur elle. Je ne saurais pas vraiment expliquer ce qu'il se passe quand je rencontre pour la première fois une personne qui se trouve être un des pétales qui me garde en vie, c'est comme respirer l'air pure tout en haut d'une montagne, voir l'océan pour la première fois, c'est un sentiment de liberté inégalé.

Quand j'ai posé mes yeux sur Melina, c'était diffèrent. Je ne saurais pas expliquer comment ni même pourquoi mais tout était… décuplé, plus fort, plus transcendant, plus définitif.

Et puis, je l'ai reconnu… elle, celle qui était là, le jour du meurtre de mes parents alors je l'ai détestée parce qu'en plus d'avoir emmené avec elle les âmes de mes parents, elle n'a pas levé le petit doigt. Elle n'a rien fait alors que je suppliais pour que ce massacre s'arrête. Elle n'a rien fait… je ferme les yeux et ressers mes poings, je fais tout pour chasser les larmes qui s'accumulent. Elle n'a rien fait… je secoue la tête. Il est bien là le plus grand mensonge de toute ma vie. Je sais exactement ce qu'elle a accompli ce jour-là. Elle m'a sauvé la vie. Elle a fait bien plus encore. Elle a détourné mon attention de ce spectacle macabre.

Alors même que mes parents se faisaient assassiner sous mes yeux, je n'ai presque rien vu de cette sanglante journée parce que Melina était là. J'ouvre doucement les paupières alors qu'une larme s'échappe. Je la chasse aussi rapidement que possible. Elle était là… elle me parlait et détournait mon attention, je me souviens de chacun de ses mots. J'essuie rapidement ma joue. Elle était là… et ses mains encadraient mon visage. Elle me touchait faisant en sorte qu'il n'y a plus rien d'autre qu'elle qui puisse m'atteindre.

Elle était là, Melina était présente le pire jour de ma vie et pendant cet instant fugace, elle est devenue mon monde.

Melina me touchait et je ne pourrais jamais oublier cette sensation. Pas alors que la seconde fois où j'ai effleuré sa peau, j'ai bien failli trépasser comme n'importe qui d'autre. J'aurai pu lui succomber, j'aurai dû… mais la rose m'a sauvé encore une fois. J'ai été la première personne que Melina touchait qui n'ait pas rejoint la mort. La première, la seule, mais je n'oublierai jamais la souffrance, ce mal qui grandissait en moi, j'aurais voulu mourir encore plus que le jour où Raven a imposé le sort sur, et dans ma peau.

- Je suis certain que tu rencontreras cette personne d'ici peu, souris Thomas en laissant sa main s'éloigner de son dos, et si cette personne t'aide à rester en vie, je l'aime déjà.

- Tu fais partis des pétales Thomas, je lui rappelle.

- C'est pas pareil, élude-t-il.

- Si tu le dis, je le taquine en remettant mon sweat.

Je m'apprête à reprendre un sujet légèrement plus sérieux. J'aimerai savoir comment il se sent en sachant Octavia aussi proche. Je ne sais que trop bien que la rancœur ne fait que grandir. Il n'a pas besoin de dire quoi que ce soit, je vois qu'il souffre à cause de cette proximité avec sa mère biologique. J'ai aussi conscience qu'il n'aurait jamais agi comme il l'a fait avec Melina si Octavia n'avait pas été là. Il est une autre personne en la présence de son ancienne alpha.

- Thomas…

La porte d'entrée claque violemment, nous nous retournons comme un seul homme vers cette dernière. Le premier détail qui me frappe c'est la neige sur le manteau noir. L'automne est presque fini et il ne neige jamais sur l'île. Puis il y a le second élément anormal, du sang beaucoup de sang qui s'écoule de la main gauche et qui tombe sur le parquet en bois. Un soupire se fait entendre et la main qui n'est pas blessée fait tomber la capuche.

Les cheveux nacrés de Melina sont humides et légèrement plus ondulés que d'habitude. Elle secoue doucement la tête avant de retirer son manteau. Son profil ne montre aucun signe de douleur mais le sang est aussi présent sur son visage et c'est le sien, je le sais, il a une odeur particulière. Je serre les poings pour m'empêcher de sur-réagir. Je ne dois pas courir vers elle pour m'assurer qu'elle va bien. De toute façon, elle tient debout, non ?

Un gémissement lui échappe, j'écarquille les yeux au possible. Très bien, je me contrefiche de ce que pourrait penser Thomas, je vais la voir et m'assurer qu'elle n'a rien de grave. Je commence à me redresser quand mon cousin me passe devant, il se précipite vers la faucheuse alors qu'elle se dirige vers les escaliers.

- Melina, dit-il un peu plus fort pour l'arrêter, attend.

Je la vois se tendre légèrement avant de se maintenir le bras gauche au plus près de son corps. D'un geste lent, elle se tourne vers Thomas nous laissant découvrir son visage tuméfié, tout le côté gauche est abîmé, sa joue est marquée par un bleu énorme, son arcade ne saigne plus mais il y a une lacération franche et net, sa lèvre inférieure est complètement explosée et ressort dans un mélange de couleur étrange noir et rouge quant à son menton et son cou, ils sont marqués par deux coupures qui semblent particulièrement profondes. Je me fige complètement devant ce spectacle. Je suis horrifiée. Quelqu'un lui a fait du mal…

Je me redresse et mon mouvement attire son regard. Je fronce les sourcils en captant son air désolé. Je ne sais pas quoi faire ou dire. Je… elle est blessée. Je serre les poings au possible faisant trembler tout mon corps. Qui a pu lui faire ça ? Comment quelqu'un a pu lui faire subir un tel traitement sans la toucher ?

- Merde, souffle Thomas, qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?

- De toute évidence Bae n'a pas apprécié mon intervention de l'autre fois.

- Le dieu de la guerre s'en est pris à toi ? Demande avec inquiétude mon cousin.

- Pire, murmure-t-elle. En fait, je ne t'en veux pas, elle sourit, je sais que tu n'es plus le même en présence d'Octavia mais si je dois bien avouer que le mini-toi est bien plus agréable.

Sans attendre qu'il puisse répondre quoi que ce soit, elle se retourne et grimpe les escaliers deux à deux laissant derrière elle quelque goutte de sang. Je retiens un haut le cœur. Je crois que je frôle la crise de panique. Je dois la retenir. Je dois… je n'arrive plus à respirer !

- Melina, je réussi à prononcer difficilement.

- Je vais bien Éleusis, elle balaye mon inquiétude de sa main ensanglantée, je vais juste dormir un jour ou deux, peut-être cinq, grimace-t-elle en reprenant son ascension vers le deuxième étage.

Ma mâchoire en tombe presque. Elle va bien ? Elle se fout de moi ? Je vais la tuer, je vais vraiment la tuer. Je m'apprête à me précipite pour la poursuivre dans les escaliers et en découdre avec elle une bonne fois pour toute quand la voix de Thomas fait éclater ma bulle :

- Cette fois, je te l'accorde Scar. Elle agit plus bizarrement que d'habitude.

- Je me tue à vous le dire ! Depuis qu'elle nous a rejoint dans le passé, elle a un complètement étrange.

- Ouais… ça reste Melina, cette fille est incompréhensible. Tu arrives à imaginer quelque chose de pire que le dieu de la guerre ? Elle dramatise sûrement, non.

Pire que le dieu de la guerre, j'avoue que je ne vois pas… Thomas a certainement raison, elle doit exagérer.

Je lève les yeux vers le plafond en essayant d'imaginer comment elle gère cette situation. Je plisse le nez, contrariée. Comment diable cette emmerdeuse peut être la mort personnifiée, tuer tout ce qu'elle touche et être aussi fragile en même temps. Je ne compte plus le nombre de fois où je l'ai vu blessée, pour pas grand-chose. Madame était tombée, Madame s'était cognée ou Madame avait simplement trébucher dans l'escalier.

Je grogne entre mes dents. Comment est-il humainement possible d'être aussi maladroite ? Melina serait capable de se prendre un poteau en pleine rue ! Je serre encore plus les poings. Je ne peux décemment pas rester sans savoir si rien n'est grave. Je monte pour m'assurer qu'elle n'est pas sur le point de passer l'arme à gauche, c'est décidé, j'y vais !

J'ai besoin d'une excuse, n'importe quoi, la première absurdité qui me passerait par la tête…

- Tu ne t'es pas excusé, je souffle.

- Tu es sérieuse ? Je crois qu'elle n'en avait rien à faire de mes excuses. N'empêche, elle doit morfler grave, son visage est sacrément abimé.

- Plus fragile qu'une humaine, je soupire. Je vais m'excuser pour toi.

- Attends, tu es sérieuse, vraiment ?

- Très, je conclus en posant un pied sur la première marche, demande à Bastian s'il a vu quelque chose à propos de quelque chose qui pourrait être pire que la personnification même de la guerre.

- Tu ne crois pas qu'il nous en aurait parler ?

- Demande lui, j'insiste en grimpant rapidement les escaliers.

Le retentissement de la sonnette me stoppe net dans mon avancée. Normalement, je l'ignorerai afin de m'assurer enfin que la vie de Melina n'est pas en danger mais voilà, c'est Anya derrière la porte. Je me bats contre moi-même durant une longue, très longue seconde avant de jurer entre mes dents et de redescendre pour ouvrir la porte d'entrée et découvrir sans surprise Anya.

- Re-bonjour, je souris.

- Tu savais que c'était moi, demande-t-elle surprise.

- Toujours.

- Okay. Je… il fallait que je te parle.

- Il y a un problème ? Raven va bien ? Je l'interroge en réalisant que la sorcière n'est pas avec elle. Ou alors c'est Lexa, je n'ai qu'un mot à dire pour rameuter les autres.

- Ou alors il n'y a rien de grave et je voulais simplement te parler.

- Ah… désolée.

Anya ne dit plus un mot après mes excuses. Elle se contente de m'observer avec ce regard qui la définit. Je me suis toujours sentie intimidée par sa façon de détailler ceux qui l'entourent. C'est comme si elle voyait plus que n'importe qui d'autre.

- Je vais te poser une question et je vais te demander d'être honnête avec moi.

- Bien sûre.

- Dans le futur…

- Anya, je la coupe, tu ne devrais pas.

- C'est important, insiste-t-elle. J'ai besoin de savoir pour agir au mieux. Donc, dans le futur, tu es orpheline ? Tes parents, sa voix se brise légèrement avant de reprendre, Bellamy et Echo, ils sont morts, n'est-ce pas ?

- Anya…

- J'ai vraiment besoin que tu sois honnête.

Je déglutis difficilement. Je me sens tanguer en arrière, avant de prendre un peu plus appuis sur la porte. Comment… comment a-t-elle deviné ? Je secoue la tête de droite à gauche comme pour me battre contre la réponse qu'elle attend. Je détourne les yeux.

- Comment ? Je reprends doucement.

- J'ai fait un cauchemar et je suis à peu près certaine qu'il s'agit de tes souvenirs.

Je baisse la tête et fixe avec une attention bien trop grande mes chaussettes grises. Je laisse mes yeux se balader sur la virgule du logo de la marque Nike. Je prends une forte inspiration avant de clore mes paupières.

- J'ai bien perdu mes parents mais je ne suis pas orpheline, je relève les yeux pour les ancrer dans ceux d'Anya, je te l'ai dit que tu étais beaucoup plus que mon alpha.

- Tu veux dire que…

- Rae et toi, vous m'avez aimée, élevée, apprit à vivre avec cette perte qui aurait pu me définir jusqu'à la fin de ma vie et, je passe ma main sur mon épaule gauche sentant la rose se mouvoir légèrement, bien plus encore.

- Dis-moi que vous avez un plan pour les sauver.

- Oui, je déglutis difficilement, même si pour moi ça signifie que d'une certaine manière, je te perds. J'aime de tout mon être mes parents, ils me manquent tous les jours mais, je prends une forte inspiration, tu es ma vraie mère.

-Et Raven ?

Je secoue vivement la tête en me mordant l'intérieur de la joue. Je fermer les yeux aussi fortement que possible pour retenir mes larmes quand je parviens à dire :

- Pas cette question Anya, tout sauf cette question, s'il te plaît.

- Je la perds.

- Anya ! S'il te plaît, arrête.

- Je ne la laisserai pas m'échapper, sourit-elle avec une détermination que je ne suis pas certaine de lui connaître, et je vais commencer par concrétiser une promesse qu'elle m'a fait dès demain.

- Une promesse ?

- Tiens, elle me tend une petite boîte bleue, j'ai compris toute à l'heure que tu étais une Lucas. Je ne savais pas encore à quel point c'était vrai. Je… il faut que tu sois présente demain.

- Qu'est-ce qu'il a demain ?

- Ce n'est pas arrivé dans le futur, n'est-ce pas ? Les choses sont en train de changer.

- Anya, je ne comprends pas.

- Nous nous marierons demain et tu as tout intérêt à venir puisque je t'ai confié la bague de Raven.

- Tu… vous… quoi ?

- Les choses changent, dit-elle avec un certain soulagement, je ne vais pas perdre tes parents et encore moins Raven quel que soit la vérité à son sujet et, elle s'approche posant doucement sa main sur ma tête, l'agitant un peu pour ébouriffer mes cheveux, c'est un geste tellement familier, je trouverai un moyen d'être présente pour toi. Tu ne me perdras pas, je ne serais peut-être plus la même mais je serai là. C'est une promesse.

J'aimerai tellement pouvoir la croire… tellement. Mais la vérité c'est que même si j'ai choisi de suivre Aiden, je ne pense pas pouvoir changer les chose. Pourtant… oui, pourtant j'ai une preuve juste là dans le creux de ma main. J'observe cette petite boîte.

D'accord. Très bien. Je veux bien nous laisser une chance et peut-être, oui peut-être qu'un jour les choses changeront vraiment.

Anya a certainement raison, tout commence avec demain.

- Je serai là.

- Bien. Ne soit pas en retard, ajoute-t-elle en venant embrasser avec douceur mon front, à 11 heures, sur la plage ouest, près de la cabane de je ne sais plus trop quoi.

- La cabane des âmes, je ne peux m'empêcher de la corriger.

- Ce n'est pas le plus important, élude-t-elle en descendent les marches sans se retourner, 11 heures, ne soit pas en retard.

- Je ne le serai pas.

- Parfait. À demain !

Et elle part en courant comme si elle avait peur que je change d'avis alors que, la vérité, c'est que je ne raterai cet événement pour rien au monde. Je referme doucement la porte d'entrée. Anya et Raven vont se marier… c'est fou ! Je me demande comment la blonde à pu convaincre la sorcière… d'où je viens, elle a toujours refusé.

Je serre un peu plus la boîte bleue dans ma main. Elles vont se mariée. J'ai du mal à le croire. J'imagine que Morgane n'est pas au courant. Je secoue vivement la tête, j'ai d'autres chats à fouetter que de me poser des questions quasi existentielles sur ce grand changement entre le présent et le futur : Melina !

Sans plus attendre, je grimpe au premier étage et dépose l'écrin dans ma chambre. J'en sors tout aussi rapidement que j'y suis entrée et monte au second étage pour rejoindre la faucheuse. Je me stoppe net devant sa porte en percevant la voix de Bastian :

- J'aurai pu te prévenir pour que tu évites ce désagrément si tu te décidais à me parler de ce qui est arrivé ce jour-là.

- Et quand vas-tu enfin comprendre que je ne parlerais jamais, jamais, jamais, elle détache le mot sur la longueur, de ce qui est arrivé ce jour-là ?

- Mais si tu en parlais, je pourrais t'aider à éviter ce genre de désagrément.

- Si tu enlevais ton foutu masque, nous n'aurions pas cette conversation, s'énerve-t-elle.

- Tu es en colère à cause de ce qui est arrivé mais ne t'en prends pas à moi.

- Je ne suis pas en colère, si je l'étais, tu ne serais plus là à me prendre la tête avec encore et toujours ce même sujet stérile.

- J'essaye simplement de t'aider, s'énerve-t-il.

- Le seul que tu veux aider, c'est toi-même. Sors de ma chambre maintenant.

- Je suis tout autant concerné que toi par le retour d'Amber.

- Sors de ma chambre, hurle Melina.

- Je n'arrive pas à croire que même après tout ce temps tu sois toujours terrifiée par elle, tu pourrais la tuer avec une facilité déconcertante.

- Quand vas-tu enfin comprendre ? Je ne suis pas mon père, je ne suis pas mes sœurs, je ne suis pas une tueuse. Et ce qui me terrifie ce n'est pas Amber, mais ce que signifie son retour et que tu ne sois pas assez clairvoyant pour le comprendre ça me dépasse complètement.

- Nous aurions beaucoup moins de problème si tu acceptais enfin qui tu es ?

- Oh je vois… je serai prête à affronter mon passé mais pas toi ?

- Tu as toujours été plus forte que moi.

- C'est certain et ne t'avise plus de me donner des leçons tant que tu porteras ce masque.

- Amber est…

- Sors de ma chambre, hurle-t-elle, sors de ma chambre, reprend-elle avec colère mais plus doucement, maintenant.

- Tu ne…

- Bastian, j'interviens en ouvrant brusquement la porte, je crois que tu devrais l'écouter et sortir.

Mais qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce que je fais ? Pourquoi j'ai ouvert cette porte ? Pourquoi je suis intervenue ? Qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire de plus ? Je me sens ridicule. Et… est-ce que Melina est en sous-vêtements ? Non mais ses blessures sont beaucoup plus graves que ce que je pensais ! Qu'est-ce qu'il lui est arriver à la fin ? Pourquoi toute la partie gauche de son corps semble être passée à la déchiqueteuse ? Okay… j'exagère peut-être un peu avec cette histoire de déchiqueteuse, c'est peut-être un peu trop, mais il y a des plaies partout.

- Va-t'en Scar, Bastian s'avance vers moi pour me faire reculer, ce qui se passe ici ne te concerne pas.

Ça ne me concerne pas ? Qui agresse Melina alors qu'elle est blessée, ça ne me concerne pas ? Il déconne là j'espère ! Je serre les poings en fixant son masque non sans une pointe d'animosité. Je prends une forte inspiration avant de déclarer :

- Ce n'est pas parce que tu as décidé que ça ne me concernait pas que c'est ce que moi je pense.

- Il va falloir que tu te décides un jour, tu la détestes ou tu veux la protéger.

- Bastian, tranche Melina, ça suffit !

- Je ne comprends pas comment tu peux t'attacher à elle.

- J'ai dit : ça suffit !

- Comme tu veux, mais cette discussion n'est pas terminée Melina, il faudra que tu me parles de ce qui t'es arrivée ce jour-là, que tu le veuilles ou non.

- Et il faudra que tu enlèves ce masque, dit-elle en serrant le poing.

Bastian fait volte-face pour sortir de la chambre, il me bouscule en passant et je le foudroie du regard quand il se dirige vers la cage d'escalier. Je ne sais pas quand ni comment mais un de ces jours, il va payer pour son comportement. Je vais lui faire regretter d'avoir agi de la sorte avec Melina.

- Tu n'avais pas à t'inquiéter, Éleusis. Je sais gérer Bastian depuis le temps.

- Parce que tu crois que c'est à cause de cet idiot que je suis "inquiète" comme tu dis, tu t'es regardée ? Je ne sais même pas comment tu tiens debout.

- C'est parce que nous faisions trop de bruit alors, reprend-elle avec son putain de sourire en coin, je suis désolée pour ça aussi.

Non mais je rêve, elle se fout de moi cette idiote ! Je la toise avec un regard assassin alors elle sourit un peu plus avant d'attraper un jogging noir moutonné et de l'enfiler. Ce petit étirement particulièrement agaçant ne quitte pas ses lèvres quand elle dit :

- C'est bon, j'ai compris, je te suis à l'infirmerie. Mais il faudra vraiment que tu me laisses dormir après.

- Ne bouge pas, je serre les dents, je vais chercher de quoi te soigner et ne t'endors pas. Tu as pris un coup sur la tête, c'est dangereux.

- Si c'est ce petit accrochage qui fini par me tuer, elle passe sa main droite dans ses cheveux, je vais le prendre très mal.

- Petit, je grogne, encore une fois, tu t'es regardée ?

- Éleusis, elle soupire alors que sa voix s'adoucit, j'ai connu bien pire.

- Arrête de m'appeler comme ça, je bougonne, et ne t'avise pas de bouger tant que je ne suis pas revenue, sinon je te traque comme la pire des criminels qui soit.

- J'ai ce qu'il faut dans la salle de bain pour me soigner, elle indique la pièce de son indexe avec toujours ce sourire qui m'horripile, et Scarlet, les loups ne traquent pas, ils chassent.

- Oh parce que tu crois que je me contenterai seulement de ma partie lycanthrope pour te rattraper ?

- Très bien, rit elle, je n'ai rien dit.

Je lève les yeux au ciel. Comment peut-elle rire dans ce genre de situation ? C'est insensé ! Elle m'agace tellement. Je fonce dans la salle de bain, ouvre tous les placards sans ménagement et arrête mes yeux sur un pilulier. J'hésite un instant avant de le saisir pour y voir trois comprimées, ranger dans chaque case. Je fronce les sourcils avant d'essayer de trouver les boîtes pour savoir ce qu'elle prend. Mais mon regard s'arrête sur une trousse à pharmacie énorme, je délaisse le pilier pour prendre la boîte en métal rouge et blanche, chaque chose en son temps.

Je reviens vers la chambre en ouvrant sa trousse à pharmacie, elle est très complète. Je souris en trouvant tout ce dont j'ai besoin et surtout des gants. Je ne voudrais pas être réduit en poussière simplement parce que je veux m'assurer que certaine de ses plaies se referment. Je relève les yeux et la découvre allongée sur son lit, le regard rivé vers le plafond. À mon tour, je lève la tête pour découvrir une peinture qui représente un paysage avec un grand arbre qui semble avoir trois troncs distincts avec des cabanes en bois construites au milieu de celui-ci, une forêt s'étend au loin, le ciel n'est pas bleu mais jaune, orangé faisant penser à la fin de journée. C'est magnifique, comme toujours. D'aussi loin que je m'en souvienne, je l'ai toujours vu griffonner, dessiner, peindre ce même paysage encore et encore, je me demande ce qu'il représente pour elle.

Je tire une chaise jusqu'à son lit et elle tourne sa tête vers moi. Une grimace lui échappe alors qu'elle se redresse. Je m'installe et sort le matériel de suture avant d'enfiler non pas une mais deux paires de gants, mieux vaut être prudente !

- Arrête, souffle-t-elle, je peux très bien m'en occuper moi-même.

- Mais oui, tu vas pouvoir recoudre ton arcade seule.

- C'est trop dangereux, Éleusis.

- Je t'ai déjà dis d'arrêter de m'appeler comme ça, je soupire, et laisser certaine de tes blessures sans soins c'est aussi dangereux.

- Puisque je te dis que je vais le faire.

- Et tu pense que je vais te croire ?

- Envoie le kit, sourit-elle de nouveau en penchant la tête sur le côté.

- Non.

- Éleusis…

- Je m'appelle Scarlet !

- Donne-le moi, maintenant.

Melina insiste avec une telle détermination que je peine à garder mon regard ancré dans ses iris pastels. Je secoue la tête pour refuser de lui céder. Elle me défie encore plus, ses yeux semblent prendre vie et je me fige alors que ses cheveux brillent un peu plus. Je sens ma main légèrement trembler alors que les ronces de la rose se resserrent un peu plus. Je serre un peu plus la mâchoire, avant de lui lancer ce qu'elle demande. Elle le rattrape sans difficulté et son sourire revient, au même moment, la pression qu'exerçait les ronces sur mon cœur se délit.

C'était quoi ça encore ? Que la rose m'agresse deux fois en une seule journée c'est complètement inédit. Et c'est surtout du grand n'importe quoi ! Je voulais simplement aider Melina, je ne vois pas en quoi c'est un problème. Sérieusement, je sais que c'est dangereux de la toucher mais j'allais porter des gants ! Son pouvoir n'allait tout de même pas les atomiser. Il l'aurait fait ? Elle est aussi capable de détruire ce qui n'est pas vivant ? Ce serait vraiment possible ?

- Est-ce que tu veux bien attraper mes lunettes sur le bureau, s'il te plaît.

Je soupire en me levant. Je sais qu'elle en a besoin pour mieux contrôler d'une façon complètement incompréhensible ses pouvoirs. Mais je ne vois pas en quoi elle en a besoin maintenant. Je les attrape, les observe et remarque que je vois plus petit à travers le verre. Qu'est-ce que ? J'ouvre les branches avant de passer la paire de lunette devant mes yeux. Il y a une correction ? Je les pose sur mon nez et tout ce qui m'entoure devient flou.

- Tu as des problèmes de vue ? Je demande septique.

- En effet.

- Mais tu ne peux pas avoir des problèmes de vue, tu n'es pas humaine. Je croyais que tu les portais pour mieux contrôler tes pouvoirs.

- C'est aussi le cas.

- J'ai du mal à comprendre. Je n'ai jamais vu un non-humain avoir besoin de lunettes.

- Quand mes iris ont changés de couleur, le monde qui m'entourait est devenu flou, explique-t-elle.

Ses iris ont quoi ? Changés de couleur ? C'est une blague qu'elle est en train de me faire ?

Je m'avance doucement en faisant glisser ses lunettes de mon nez. Je garde une des branches entre mon pouce et mon indexe et les fait tourner en réfléchissant. Alors ses yeux n'auraient pas toujours eu cette couleur pastelle étrange. Comment c'est possible ? Je tends la main gauche vers elle et sa réaction est immédiate :

- Fait attention, ne me touche pas.

- Je porte encore les gants, je ne peux m'empêcher de répondre en faisant tournoyer sa paire de lunette devant elle.

- Il y a vraiment des moments où tu es inconsciente Éleusis.

- C'est Scarlet.

- Je préfère Éleusis, sourit-elle en prenant ses lunettes.

- Et bien moi, je préfère Scarlet.

- Dans ce cas, je suis désolée parce que je n'arrêterai pas de t'appeler ainsi puisque tu es Éleusis.

- Tu as bien conscience que ça ne veut rien dire, n'est pas ?

- Pas pour moi.

Je soupire. Plus le temps passe, plus je me résigne. Il est peu probable que je gagne cette bataille. Si au moins je savais ce que signifie Éleusis, peut-être et je dis bien peut-être, que je l'accepterai plus facilement. Mais Melina se fait un malin plaisir de ne rien me dire de plus. Une fois, j'ai posé la question à Bastian et il a dit que c'était une référence au conte préféré de Melina. J'ai fait de recherche mais je n'ai rien trouvé. Rien.

Je reste assise sur cette foutue chaise, à la regarder se soigner pendant un temps qui me semble infini. Je ne peux m'empêcher de remarquer son habilité, ce n'est clairement pas la première fois qu'elle se soigne de la sorte. Ses gestes sont tellement fluides que l'on pourrait croire qu'elle a fait ça toute sa vie : passer son temps à se rafistoler.

Le silence commence à être lourd entre nous et j'ai du mal à tenir en place. Il est pourtant hors de question que je bouge de cette chambre tant qu'elle n'aura pas fini de se soigner. Je prends une forte inspiration en lui demandant :

- Si tes yeux n'ont pas toujours été de cette couleur, comment étaient-ils avant ?

- Je ne m'en souviens plus mais Bastian m'a assuré qu'ils étaient verts.

- Vert, genre normal ?

- Tout ce qu'il y a de plus normal, répond-elle amusée.

- Comment ce changement est arrivé ?

- Je ne parle pas de ça, dit-elle avec une pointe de tristesse dans la voix.

- D'accord. Dans ce cas, qui est Amber ?

- Tu étais là depuis le début, soupire-t-elle en perdant son sourire.

Melina lâche la compresse qu'elle appliquait sur son cou et se laisse tomber en arrière sur son matelas. Son regard s'accroche de nouveau à la peinture murale mais il n'y a plus ce calme, juste une infinie douleur et peut-être un peu de tristesse.

- Je ne suis pas certaine d'avoir envie de parler d'Amber non plus, prononce-t-elle d'une voix tremblante.

Je ne l'ai jamais vu aussi fragile qu'à cet instant. Elle serre ses deux poings alors qu'effectuer ce geste de sa main gauche doit lui faire un mal de chien. Je vois cette lumière blanche refléter les six couleurs de l'arc-en-ciel naître dans le creux de ses mains. Elle a envie de fuir, c'est purement instinctif. À quel point cette Amber a pu lui faire du mal pour qu'elle réagisse de la sorte.

- Très bien, je souffle, de quoi tu veux parler parce que ce silence est en train de me tuer.

- Rien ne t'oblige à rester Éleusis.

- Tu crois ça ?

- Bastian avait au moins raison sur un point, elle se redresse et plante ses iris pastels dans les miennes, tu me détestes, elle conclut sa phrase avec un sourire en coin.

- Ce n'est pas une raison pour te regarder te vider de ton sang.

- Pour la plupart des gens, s'en est une.

- Je ne suis pas la plupart des gens, je réponds avec véhémence.

- Je ne le sais que trop bien et c'est certainement pour cette raison que moi, je t'apprécie autant Éleusis.

Je reste bouche bée alors que mon cœur s'emballe très légèrement. Est-ce qu'elle pense vraiment ce qu'elle vient de dire ? Elle m'apprécie. Comment est-ce possible, je suis horrible avec elle. La plupart du temps… quand j'y arrive… le plus souvent possible. Bref, je fais ce que je peux pour que tout le monde pense et Melina la première que je n'ai pour elle que de l'aversion mais elle, elle m'apprécie quand même. Pourquoi ?

Comment fait-elle pour me toucher autant avec des mots aussi simples ? Je détourne les yeux alors que sa voix résonne dans ma tête et que le souvenir de notre première rencontre se rejoue : "Ne regarde que moi, rien d'autre. Je suis là. Je te protège. Ne regarde pas le reste. Il n'y a que moi." . Je secoue doucement la tête pour chasser cette image et surtout la sensation fantôme de ses mains sur mes joues.

Je fronce les sourcils en réalisant qu'à ce moment-là déjà ses yeux étaient pastel et qu'elle avait l'air aussi âgée qu'aujourd'hui. Je me demande quel âge elle a. Le fait que son père soit un dieu, celui de la mort, fait-il d'elle un être immortel ? Clairement pas quand je vois tout ce sang et sa vue qui a de toute évidence sa vue des problèmes. Si on oublie pendant un instant ses pouvoirs mortels, elle est presque humaine.

Je n'ai jamais rencontré quelqu'un de toucher par la magie d'aussi humain qu'elle.

- Je penserai peut-être à commencer à t'apprécier le jour où tu arrêteras de m'appeler Éleusis.

- Dans ce cas, tu ne m'apprécieras jamais, sourit-elle amuser.

- Ça ne risque pas en effet…

- Nous verrons bien, je ne suis pas du genre à abandonner facilement, souligne-t-elle, Éleusis.

- Il va vraiment falloir que tu arrêtes, je grogne.

- Aucune chance.

- Nous verrons bien, je réponds à mon tour alors qu'elle applique le dernier pansement au-dessus de son œil. Tu es certaine qu'il ne faut pas de points.

- Certaine.

- Tu dis ça seulement pour que je ne te touche pas.

- Je ne te laisserai pas risquer ta vie pour une égratignure.

- Nous n'avons clairement pas la même définition du mot égratignure.

- Tu ne me toucheras pas, Scarlet.

La façon dont elle vient de prononcer mon prénom me fait frissonner. Je recule légèrement jusqu'à ce que mon dos trouve le dossier de la chaise. Son regard m'envoie des éclairs. Très bien, j'ai compris, pour cette fois, je laisse couler mais si ça saigne encore demain, je sévis.

- Je vais te laisser te reposer, je reprends les yeux baisser en me levant. Je viendrai vérifier que tu es toujours en vie dans quelques heures.

- Tu n'es pas obligé.

- Je viendrai, j'insiste.

- Très bien.

Je me dirige vers sa porte sans dire un mot de plus. Elle va bien. Je peux enfin respirer convenablement : elle va bien. Il faut que j'intègre bien cette information dans ma petite tête : elle va bien. Il est tant que la rose le comprenne et qu'elle arrête de se resserrer parce que : elle va bien.

- En fait, je me retourne vers Melina, Amber, c'est une de mes sœurs. Et si elle m'a trouvée c'est que mon père sait que je suis vivante.

J'acquiesce doucement pour qu'elle sache que j'ai bien entendu. Je referme lentement sa porte mais ma main ne quitte pas la poignée. Amber est sa sœur, une autre faucheuse. Est-ce qu'elle a le même genre de pouvoirs que Melina ? Est-ce qu'elle peut la toucher ? Comment le dieu de la mort peut-il croire que sa fille est décédée ? Et… pourquoi Melina semblait à ce point terrifiée à cette idée ?

Allez Scarlet, lâche cette poignée, éloigne-toi de cette porte et surtout, surtout ne retourne pas dans cette chambre !

C'est pas vrai…

- Okay, j'ouvre de nouveau la porte avec un peu trop d'entrain, à quel point c'est grave ?

Melina fronce légèrement les sourcils en me voyant réapparaître dans sa chambre mais elle n'essaye pas de me cacher son amusement.

- Tant qu'il ne sait pas où je me trouve, je devrais être en sécurité.

- Il ne faut pas que tu gardes ce genre de choses pour toi. Si tu es en danger, nous devons le savoir.

- Nous, sourit-elle avec une certaine tendresse dans le regard.

- Tu vois très bien ce que je veux dire, que nous le voulions ou non, tu fais partie de l'équipe maintenant. Et nous nous protégeons les uns les autres.

Sans prévenir, Melina se lève et s'avance vers moi. Ses gestes ne semblent pas arrêter par la douleur, ce sont seulement les expressions de son visage qui me permettent de voir qu'elle souffre toujours. Ses iris recommencent à se mouvoir derrière les verres de ses lunettes. C'est comme de regarder un film de nuage en accéléré mais avec plus de couleurs, plus de magie, plus d'absolument tout.

- Fais-moi plaisir Éleusis, si d'aventure tu devais rencontrer un seul membre de ma famille, tu pars en courant du côté opposé.

- Je n'ai jamais fuis devant le danger.

- Ce n'est pas le danger, elle s'approche un peu plus, c'est la mort.

Mon cœur tambourine dans ma cage thoracique bien plus fortement qu'il ne le devrait. Melina n'a jamais été aussi proche de moi qu'à cet instant. Je n'aurai qu'à faire un mouvement infime pour la toucher, tendre la main, avancer mon visage ou faire un pas et il n'y aurait plus aucune distance entre nous. Lentement, je serre le poing de ma main droite avant de venir agripper mon avant-bras de mon autre main tout en m'intimant silencieusement de ne pas faire un mouvement. Je déglutis quelque peu difficilement et je me concentre sur ma respiration pour qu'elle reste le plus normal possible.

Je ne sais pas comment je vais faire mais je ne dois pas lui montrer que cette proximité me trouble au plus haut-point. C'est une faucheuse, je me concentre sur ce point. Je la déteste, c'est important que je m'en rappelle à cet instant. Je m'attache à elle simplement parce qu'elle est un des pétales et si se n'était pas le cas, j'arriverai à garder mes distances. À rester indifférente.

C'est alors que pour la première fois depuis que je suis dans le passé une question vient me titiller : si nous parvenons à sauver mes parents, est-ce que je la rencontrerais ? Et viendra-t-elle avec Bastian pour rejoindre la meute de Lexa ? Et si je ne la rencontre pas le jour du meurtre de mes parents est-ce que je serai capable de la voir ? Est-ce que sauver tout le monde voudrait dire la perdre ? Changer le passé serait-il comme abandonner un de mes pétales ? Pire, renoncer à la rose.

Je pourrais ne jamais la rencontrer… ce constat me fait bien plus mal que ce que j'aurai pu imaginer. Je pourrais ne jamais faire attention à elle puisque la rose n'existerait pas… je ne peux pas… je ne peux vraiment pas accepter que ça se produise.

Melina s'éloigne, j'ai envie de la retenir, je serre un peu plus mes doigts sur mon avant-bras. Je baisse les yeux. Pour quelle raison réaliser que je ne la rencontrerais peut-être jamais me fait aussi mal ? Je garder les yeux ancrés au sol pour éviter d'assister à la distance qu'elle nous impose. Mon cœur me fait mal, la rose me fait vivre une vraie torture, je sens les larmes s'accumuler dans mes yeux et je crois même que je deviens nauséeuse. Ne jamais la rencontrer est inacceptable. Melina s'éloigne et je réalise lentement que c'est ce qu'elle fait depuis le début depuis qu'elle nous a rejoint dans le passé, c'est pour cette raison que son comportement change, qu'elle sourit plus, d'une certaine façon, elle me dit au revoir ou plutôt adieu.

Et… elle croit que je vais la laisser faire.

Lentement, je délie mes doigts. Tout en moi ne cri qu'une chose : retiens-là ! Je ne dois pas la laisser partir. C'était donc ça depuis le début, c'était à cause de sa décision de me laisser derrière elle que je me sentais aussi mal. Hors de question de la laisser faire. D'autant plus que si j'efface le meurtre de mes parents, je n'ai plus aucune raison de la haïr. Je pourrai arrêter de faire semblant, lui montrer que la seule chose que je déteste à propos d'elle c'est d'être incapable de la toucher. J'aimerai simplement, le retenir même si pour cela, je dois faire quelque chose de stupide.

- La mort ne me fait pas peur, je déclare avec une détermination dans la voix que je peine à reconnaître, et si tu crois que je fuirais en te laissant seule pour l'affronter c'est que tu ne me connais pas aussi bien que tu te plais à le croire.

- Croire que je te laisserai mourir est une erreur, je préfère encore redevenir ce que j'étais avant que de te perdre Éleusis.

Ce qu'elle était avant… qu'est-ce que cette phrase peut bien vouloir dire ? Melina se retourne pour rejoindre son lit et enfin se reposer. Je peux comprendre. Le constat qui vient de me foudroyer m'a presque fait oublier qu'elle était blessée. Elle me tourne le dos et s'éloigne. Chaque pas me fait l'effet d'un coup de poignard en plein cœur. Je détourne les yeux encore une fois. Je suis… même si je le souhaite du plus profonde de mon âme, je ne pourrais pas la retenir.

Comment empêcher une personne de partir sans la toucher ? Comment la retenir sans lui montrer physiquement qu'elle ne peut pas nous distancer plus ? Comment puis-je l'arrêter alors qu'elle s'évapore aussi sûrement que si j'essayais de retenir de l'eau entre mes mains ? Si je ne peux pas agripper son bras, serrer mes doigts jusqu'à l'indécence et l'empêcher de continuer d'avancer sans qu'elle ne se retourne comment faire ?

Ou peut-être que je dois laisser Melina s'effacer de ma vie…

Je secoue vivement ma tête pour me battre contre cette idée. Je sens les larmes s'accumuler dans mes yeux. J'entends mon cœur tambouriner bien trop fort, raisonner jusque dans le bout de mes doigts. Je perçois ma respiration être comme piégée dans mes poumons, l'air refuse d'en sortir normalement. Je ne peux pas… je ne peux pas la laisser m'échapper parce que si je perds Anya, elle est tout ce qui me reste.

C'est faux. Il y a Thomas et les autres même si ce n'est pas pareil. Je n'ai jamais ressenti quelque chose d'une telle ampleur pour une personne, pas même pour Anya. C'est bien plus transcendant. Je la déteste tellement, elle m'agace chaque seconde depuis que je l'ai rencontré il y a 14 mois, mais ce qui me met vraiment en rogne, c'est qu'elle puisse croire qu'elle peut partir sans que son absence puisse me toucher. Je serais détruite. Elle me manquerait tous les jours. Je me sentirai vide.

Un pétale de moins…

Je me retourne violemment, sors et claque la porte de sa chambre. Les larmes dégringolent sur mes joues. Je n'essaye plus de les retenir même si je ne les comprends pas vraiment. Je suis tellement effrayée à l'idée qu'elle puisse s'effacer de ma vie, horrifiée que nous ne puissions ne jamais nous rencontrer. Je… j'ai besoin de garder la rose et pour que Raven l'impose sur ma peau, il faut qu'Octavia tente de me tuer comme la première fois le jour de ma naissance, le tout, c'est de convaincre tous les autres et surtout Thomas de la laisser faire.

J'ai besoin de réfléchir, besoin de courir, besoin de mon loup. Je descends rapidement les escaliers. Je me sens tellement oppressée, à l'étroit dans mon propre corps. Je ne subis pas le même genre de malédiction que les maudits, j'ai un contrôle total sur les deux entités qui vivent en moi mais aujourd'hui… oui, aujourd'hui j'ai besoin de la rage d'un animal pour canaliser mes émotions, les accepter.

Peut-être pour la première fois de ma vie, je fuis une situation. Parce qu'elle m'échappe complètement ou peut-être… peut-être que je ne veux pas la comprendre. Si seulement je pouvais trouver une réponse simple à cette question : pourquoi est-ce que j'ai si peur de perdre Melina ?

Les voix de Thomas et Madi m'appellent, je ne fais pas même mine de me tourner vers eux. Je fonce vers la porte. Je me bats avec mon sweat pour le retirer avant de le balancer dans le salon. Je franchis la porte d'entrée, je prends une forte inspiration avant de sautiller pour enlever mes chaussures. Je commence à courir et j'ai le temps d'entendre mon cousin débarquer et me demander ce qui m'arrive avant de me transformer. Il hurle mon prénom mais je ne l'écoute pas. Je cours le plus loin possible. Je me laisse habiter entièrement par mon loup. Je le laisse me guider. Mes émotions se calment enfin et maintenant tout ce qui a de l'importance, c'est l'air qui se glisse entre mes poiles, les odeurs qui m'entourent, le sol humide et jonché de feuilles sous mes coussinets, la vitesse et la perdition.

La perdition… l'oubli.

Je suis assise au bord d'une falaise, les jambes se balançant dans le vide. Je ne suis pas certaine de savoir quand exactement j'ai repris forme humaine. Je commence à sentir mon corps frissonner alors que je ne porte plus que cette tenue au tissus étrange que Raven a confectionné pour moi afin que je ne sois pas nue après une transformation. Normalement je prends le temps d'envouter mes vêtements avant de laisser le loup prendre ma place, c'est un des seuls sorts que je maîtrise, il faut dire qu'il est utile mais aujourd'hui je n'avais pas assez de concentration pour même tenter de réussir un envoûtement d'une simplicité enfantine d'après Raven.

Je me laisse tomber en arrière. Je grimace alors que le contacte de la pierre me fait un peu plus frissonner. J'observe le ciel, il est nuageux, gris, et de plus en plus menaçant. La lune est presque pleine. Je clos mes paupières en prenant une grande inspiration. Il faut que je reprenne le contrôle. Anya m'a appris à toujours contrôler mes émotions, à ne pas me laisser envahir, à être réfléchie. Mais cette fois, ses enseignements ne m'aident pas parce que j'essaye de me battre contre quelque chose que je ne saisis pas, un sentiment qui pourrait être innocent s'il ne concernait pas une personne que je suis censée détester.

Melina… tout revient toujours à Melina.

Je suis fatiguée de me battre contre quelque chose que je ne comprends pas, ça n'a aucun sens. Je l'ai détesté à la seconde même où j'ai posé mes yeux sur elle. Sauf si on parle de la vraie première fois ou je l'ai rencontré alors c'est une autre histoire.

- Scarlet.

Cette voix… je me redresse vivement en me tournant pour voir ma mère. Je me relève quelque peu avec maladresse. Je la fixe avec la même attention que si j'étais en face d'une œuvre d'art rare que je ne pourrais voir qu'une fois. Je sens ma mâchoire tomber légèrement, elle est si belle. J'avais oublié à quel point elle était magnifique. Je tente de prononcer un premier mot mais il ne parvient pas à franchir mes lèvres. Je suis subjuguée par sa présence, fascinée par son aura et quelque peu intriguée par son ventre de plus en plus arrondi. Elle semble tout aussi indécise que moi sur le comportement qu'elle doit avoir.

Je dois dire quelque chose, n'importe quoi. Thomas a raison, je l'aime et elle me manque tous les jours. J'ai toujours eu besoin d'elle. Il faut que je trouve les bons mots pour lui dire tout ce que je ressens, tout ce que je n'ai jamais pu lui dire. Elle fait un pas en arrière et semble regarder dans son dos et ne trouvant rien d'adéquat à balbutier, je fonce et ne m'arrête qu'une fois ma mère dans mes bras. Je la serre aussi fortement que je le peux, je m'enivre de son odeur que j'avais fini par oublier, je ferme doucement les yeux avant de parvenir à prononcer :

- Je suis désolée de ne pas être venue plus tôt.

- C'est… ce n'est pas grave, souffle-t-elle doucement.

- Si ça l'est, je me sens horrible. Tu es la personne la plus importante de ma vie.

Ses doigts glissent doucement dans mes cheveux avant qu'elle ne m'oblige à desserrer mes bras. Elle garde ses mains fermement agripper à mes épaules avant qu'un minuscule sourire étire ses lèvres. Sa main droite s'éloigne pour venir se poser lentement sur ma joue. Je ferme les yeux pour apprécier à sa juste valeur cette caresse, son pouce efface des larmes que je n'avais pas remarquée et alors que je garde toujours les paupières close, elle vient embrasser mon front.

Sa présence et son simple geste m'englobe dans une bulle de sécurité unique, même Anya n'a jamais réussie à me calmer de la sorte. C'est tellement agréable. Alors que j'ai passé ma vie à chercher qui j'étais ou à tenter de trouver où était ma place, je me sens enfin pile là où je devrais être.

- Je suis désolée, reprend-elle, je suis désolée de t'avoir abandonné là d'où tu viens.

J'ouvre brusquement les paupières. Comment ? Je fronce les sourcils avant de secouer la tête pour me battre contre le souvenir qui vient se rejouer dans mon esprit. Je veux faire un pas en arrière mais sa prise sur mon épaule se resserre. Je suis en train de paniquer. Je ne veux pas penser à sa mort alors qu'elle est juste devant moi, bien vivante.

- Tu me ressembles tellement, sourit-elle.

J'arque un sourcil. Je lui ressemble ? C'est une mauvaise blague ? Je ne ressemble à aucun de mes parents. Je n'ai pas la moindre idée d'où provient ma couleur de cheveux ou celle de mes yeux même les traits de mon visage semble être sorti de nulle part. Je ne ressemble d'aucune manière à mes parents et c'est pour cette raison qu'il est si difficile pour moi de me souvenir de leurs visages. Heureusement, il reste les photographies. Anya a toujours fait en sorte qu'il y en ait à la maison.

J'attrape une mèche de mes cheveux comme pour vérifier qu'ils sont toujours roux. Je plisse doucement mon nez avant d'ancrer mes yeux dans ceux de ma mère. Je fronce doucement les sourcils alors que je reprends :

- Je ne dirais pas que je te ressemble.

- Je ne parlais pas de l'aspect physique. Mais tu es bel et bien comme moi, une reine en devenir, une jeune femme combattante assoiffée de liberté et tu fuis devant ce qui pourrait t'apporter le bonheur.

- Je ne comprends pas.

- J'ai longtemps essayé d'échapper à ton père, dit-elle tristement, je n'y ai rien gagné et j'ai plus souffert qu'autre chose. Je vois bien que ton cœur est en peine.

- Tu vois ?

- Le cœur des dragons, elle appose doucement sa main gauche sur ma cage thoracique, est différent des autres, soit il est fait pour haïr, soit pour aimer. Nos deux cœurs sont faits pour l'amour, aussi douloureux soit-il. Arrête de te battre contre ton cœur, tu ne ferais que souffrir plus.

- Je suis capable de détester, j'assure en serrant les poings en pensant à Melina.

- Détester… c'est une autre forme pour l'amour. La haine en revanche, elle consume tout sur son passage, ne laissant que la rage, le sang et le meurtre derrière elle. Le sang, elle fait glisser ses doigts dans mes cheveux les laissant tournoyer dans mes boucles, tu l'as beaucoup vu, tu l'as subi mais tu ne l'as jamais fait couler assez pour arracher une vie, n'est-ce pas ?

- Je ne suis pas une tueuse, je réponds.

- Et c'est très bien, c'est notre plus grande ressemblance. Nos cœurs sont faits pour aimer.

- Mais pourtant tu, je secoue la tête, non oublie.

- Tu veux parler de Lily, prononce-t-elle tristement, quand je l'ai tuée, je n'avais plus mon cœur, je suivais la voix sans me poser de question, je n'étais pas moi-même mais la Reine. Nous sommes tellement peu à avoir la capacité d'aimer, tout juste un sur cent, précise-t-elle, j'aurai certainement été la première à en être capable et à devenir la Reine d'un essaim en supposant que j'aurai eu le courage de reprendre mon cœur à la mort de ma Reine après tout le mal qu'elle m'aurait obligé à accomplir.

Mon cœur… j'ai du mal à pouvoir m'imaginer vivre sans lui. Je trouve déjà cela inconcevable de devoir me séparer de ma rose, alors parvenir à savoir ce qu'à pu ressentir ma mère pendant la période où son cœur lui a été arrachée est terrible.

La rose… Melina… pourquoi tout revient toujours à elle ?

- Comment elle s'appelle ?

- Pa-pardon ?

- La personne que tu aimes, comment elle s'appelle ?

- Je… je ne crois pas aimer qui que ce soit.

Ma mère penche la tête sur le côté. Elle plisse légèrement les yeux avant d'esquisser un sourire. Elle secoue doucement la tête alors qu'un petit rire lui échappe. Ses mains me quittent pour rejoindre son ventre et elle dit avec une douceur infinie :

- Dans ce cas tu risques d'être surprise quand tu vas réaliser de qui il s'agit, parce que cette personne est déjà dans ton entourage. Je sais reconnaître les signes.

Pendant une longue, très longue seconde j'arrête de respirer. J'ai envie de hurler que c'est faux mais la seule raison qui me pousserait à le faire c'est qu'au fond de moi, je sais qu'elle a raison. Si… je secoue la tête pour échapper à cette conclusion une dernière fois. Si… je déglutis. Si… je ne veux pas penser à cette possibilité. Si… pourquoi faut-il que ce soit elle ?!

Parce que si je ne veux pas que Melina s'efface de ma vie, c'est parce que c'est elle cette personne, n'est-ce pas ?

- Ou alors peut-être que tu mens, je panique complètement en entendant cette phrase, pas à moi, je me sens rassurer, mais à toi-même, en fait, c'est pire. Je dois te laisser avant que Bellamy ne panique en ne me voyant pas revenir mais… essaye de venir à la maison.

Je n'ai pas le temps de lui répondre ou de lui proposer de la raccompagner qu'elle disparaît déjà dans la forêt. Je suis bien trop perdue dans mes pensées. Comment je pourrai aimer Melina ? C'est n'importe quoi ! Je la déteste. C'est une faucheuse. Je n'éprouve pour elle rien d'autre que du ressentiment. Je ne peux même pas la toucher. Je ne l'aime pas.

Je commence à avancer pour retourner dans la maison que je partage avec les autres voyageurs. La maison… pas ma maison. Celle que je partageais avec Anya me manque, le futur me manque… j'ai bien conscience que tout ce qui c'est passé est particulièrement horrible mais je commence à comprendre ce que voulait dire Melina en nous assurant que nous aurions peut-être plus à perdre qu'à gagner.

Pour moi, tout commencera par la rose. Et, je ne peux… veux pas la perdre, jamais. J'en ai bien trop besoin. Encore plus si cette idiote de Melina décide de s'effacer de ma vie.

Je ralentis en voyant tout le monde sur la terrasse certainement à m'attendre. Je ne suis pas du genre à partir les nerfs à vif. Ils doivent être inquiets, surtout Thomas mais je ne suis pas prête à les affronter. Je fais donc le tour en prenant garde à ne pas me faire voir ou entendre. Une fois en face de la fenêtre de ma chambre, j'approche lentement de la maison, non sans lâcher un soupire.

Il n'y a qu'une personne que j'ai envie de voir, ce n'est ni Anya, ni mes parents, ni Raven, ni Thomas, ni aucun autre de mes amis. La seule que j'ai envie de voir, c'est Melina.

Je pourrai continuer de me dire que c'est simplement pour m'assurer qu'elle va bien mais la vérité c'est que sa présence me rassure. Et, à cet instant, j'ai besoin d'être rassurée.

Je bondis sur le rebord de ma fenêtre que je laisse toujours entre-ouverte, je me glisse dans ma chambre. Je regarde avec un certain pincement au cœur les murs vides. J'aurai dû écouter Anya et ne pas partir. Je ne suis pas à ma place. Je ferme les yeux quelques secondes et je revois ma vraie chambre, remplie de photographies, de livres en tout genre, de disques et tout cela dans un bazar monstre. Je souris en me rappelant le nombre incalculable de fois où Anya m'a demandé de ranger, je ne l'ai jamais écouté en partie parce que pour moi, chaque chose était à sa place et ça me rassurait.

Depuis que nous sommes dans le passé, plus rien ne semble à sa place et je me sens angoissée à cette idée, même si certaine chose semble être bien mieux aujourd'hui. J'ouvre lentement mes yeux à l'endroit exacte où se trouve la boite bleue que m'a confié Anya. J'ai vraiment du mal à croire qu'elle va se mariée avec Raven alors que je ne sais que trop bien à quel point la sorcière peut détester l'idée même du mariage.

Ses vœux seront intéressants, je souris déjà amusée à cette idée.

Je laisse mes doigts glisser sur le bureau, il s'arrête sur un des dessins de Melina. Je n'avais pas l'intention de le garder, je l'ai simplement ramassé parce qu'il traînait dans le salon. J'ai simplement oublié de lui rendre ou peut-être qu'inconsciemment, je voulais le garder. Il représente une bête inquiétante qui pourrait être mi-lion, mi-cheval, mi-dragon, avec des bois énormes qui partent de ses omoplates et des crocs acérés. Il devrait être effrayant mais les couleurs sont sublimes dans un ton principalement orange blanc et rouge sauf pour la tête qui est bleu. Le seul détail qui m'inquiète vraiment c'est que Melina a fait ce dessin après son affrontement avec le dieu de la guerre.

Je prends une forte inspiration et quitte l'oeuvre des yeux pour fixer ma porte. Je dois aller la voir, j'en ai besoin. C'est sans réfléchir plus que je sors de ma chambre et que je grimpe au second étage avant de m'arrêter devant sa porte. J'hésite à frapper avant de me dire qu'elle dort certainement. C'est certainement bien trop intrusif mais je lui ai dit que je reviendrais. Je me glisse donc dans sa chambre noyée dans l'obscurité.

Il faut quelque temps à mes yeux pour s'habituer à la pénombre une fois la porte refermée avec délicatesse. Je me dirige ensuite vers la chaise que j'ai abandonné un peu plus tôt et la pause près de la tête du lit. Je m'assieds, mon cœur tambourinant dans ma poitrine. Mon regard s'arrête sur le visage endormi de Melina. S'il n'y avait pas toutes ces égratignures, ces plaies et ces contusions, je serai bien plus rassurée, mais pour une raison qui m'échappe, elle semble étrangement apaisée dans son sommeil.

Je me penche légèrement vers elle, pas assez pour la toucher mais pour mieux l'observer c'est alors que ses cheveux se mettent à briller autant que la lune dans une nuit d'hiver. Je me redresse vivement mais sans faire de bruit. Je colle mon dos au dossier en calmant ma respiration alors que la luminosité de ses cheveux diminuent doucement. Un soupire m'échappe alors que mes iris s'arrêtent sur le dessin mural, les couleurs sont encore plus belles avec cette manifestation quasi irréelle.

Je croise mes jambes en tailleur et lorsque la pièce recouvre la nuit, mes yeux retrouvent naturellement le visage de Melina.

C'est elle.

C'est évident.

C'est elle la personne que j'aime le plus dans ce monde.


Voilà pour ce nouveau chapitre. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! Nouveau POV pour Scarlet. Le mariage du Ranya commence à se préciser. Au-delà de ce détail, j'espère que vous ne vous êtes pas perdu dans les méandres des sentiments plus que complexes de la jolie rousse ! ;)

Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre !

GeekGirlG.