Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !
Quelques mots sur ce chapitre : Alors que dire sur ce chapitre ? Apparemment, je suis censée mettre une ALERTE, le chapitre est émotionnellement prenant et long, très long ! Désolée Mara ! ^^
Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 2 : Retour au noir
Baby it looks as though we're running out of words to say Bébé, c'est comme si nous étions à court de mots
And love's floating away Et l'amour flotte à la dérive
Won't you stay ? Veux-tu rester ?
Won't you stay ? Veux-tu rester ?
Slowly slowly you run for me, Doucement, doucement tu cours vers moi
But do you know me at all ? Mais me connais-tu après tout ?
Someone told me love controls everything Quelqu'un m'a dit que l'amour contrôle tout
But only if you know Mais seulement si tu sais
('Cause I don't wanna fall in love) Parce que je ne veux pas tomber amoureuse
No no no no no Non non non non non
Jessie Ware – Say You Love Me
Chapitre 40 : (In)décision
- Jusqu'où tu pourrais aller pour sauvegarder ce que tu aimes appeler Éleusis ?
- Je mourrai.
Je lance une balle de tennis en l'air, la regarde s'envoler, fendre les nuages, se frayer un chemin au milieu des gouttes d'eau puis retomber à une vitesse folle, la rattrape et recommence. À chaque nouveau lancer j'essaye d'assimiler les événements des derniers jours. Je peine encore à croire que certaine chose ait pu changer à ce point. Je commence à me demander si nous n'avons pas eu tort de voyager dans le temps. Il est vrai que nos vies étaient loin d'être parfaites, parsemées de malheurs pourtant, c'étaient nos vies. J'ai beau essayer, je n'arrive pas à savoir ce qu'il va nous rester quand nous rentrerons.
Si nous rentrons…
Mes doigts se resserrent à nouveau sur la balle jaune. Je la fais tournoyer avant de laisser mon bras tomber dans l'herbe et de fermer les paupières. Je revois mon père s'avancer vers moi lors du bal du mariage d'Anya et Raven et me demander de lui accorder une danse. J'ai bien failli en pleurer. La dernière fois que j'ai vécu ce genre de moment, je devais encore monter sur ses pieds pour suivre le rythme. Je sens les larmes s'accumuler et franchir le seuil de mes cils. Je ne sais pas comment je vais faire si je dois le perdre à nouveau. J'ouvre vivement les yeux et balance une nouvelle fois la balle à toute vitesse vers le ciel.
Je ne dois pas encombrer mon esprit avec ce genre de suppositions.
La balle amorce sa descente, je me prépare à la réceptionner quand une ombre vient me gêner. Je penche un peu plus la tête en arrière pour découvrir Thomas. Il tend le bras pour récupérer le projectile qui aurait pu finir par heurter mon visage assez violemment au vu de la force que j'exerce dans chaque lancer. Il ne dit pas un mot avant de faire glisser la balle dans ma main et de s'assoir près de moi et de me demander :
- Alors, tu as pris une décision ?
- Non.
- C'était une question bête quand tu es allongée à même la terre à faire joujou avec une balle alors qu'il pleut, en général c'est que tu es en pleine réflexion.
- C'est pas de la pluie ça, je contre, à peine de la brume.
- Scar… tu ne veux pas revenir à la maison ? Tu inquiètes les autres.
- Elle est rentrée ?
- Toujours pas.
- Alors je reste où je suis.
Melina est partie quelque part au milieu du mariage. Je ne m'en suis pas rendue compte immédiatement. Mais depuis, je n'ai plus aucune nouvelle et c'était il y a 16 jours, 16 putains de jours ! Et après que son départ soit devenu une évidence, la sensation d'être comme un animal enragé prêt à bondir à la moindre remarque déplacée s'est incrusté en moi et ne m'a plus lâché, je ne me suis jamais sentie aussi… sensible. J'ai peur de blesser quelqu'un par accident alors je garde mes distances.
Le pire… oui, le pire c'est que je ne la sens plus. Je suis incapable de savoir si elle va bien. Je grimace à ce constat alors que mon estomac se tord douloureusement. Je suis en colère, non c'est pire que ça. Je la déteste, je déteste Melina d'être partie sans rien me dire en ne laissant aucun moyen de communiquer derrière elle. Ce serait trop lui demander de nous… me donner des nouvelles ?
J'ai bien conscience qu'elle n'a pas disparu sur un coup de tête, que ce n'est pas une de ses nouvelles lubies étranges, que tout ce qu'elle veut c'est échapper à sa sœur qui rodait autour de l'île. Mais elle aurait pu, je ne sais pas… m'attendre ou encore me demander de venir avec elle. Ne pas savoir si elle se porte bien est en train de me rendre complètement folle. Pourquoi elle ne m'a rien dit avant de partir ? Plus important encore, pour quelle raison est-ce que c'est aussi douloureux qu'elle ne l'ai pas fait ?
Je serre un peu plus la balle entre mes doigts. Il faut que j'extériorise tous ces ressentiments. Je jette de nouveau mon projectile dans les airs en retenant un hurlement de m'échapper. Je me sens tellement démunie, inutile et impuissante. La gravité fait son œuvre et Thomas m'empêche de réceptionner la balle pour la seconde fois.
- Tu veux bien arrêter de faire ça, nous demandons tous les deux d'une même voix avec une pointe d'agacement.
- Scar, reprend aussitôt mon cousin avec calme, je voudrais juste que tu rentres, s'il te plaît.
- Je ne peux pas.
- Scar…
- Je ne peux pas, je hurle. Si j'entre, je reprends plus doucement, je sens que je vais… je ne sais pas, je vais tout casser. Les deux entités en moi sont super furax et ça m'effraie. Je préfère rester où je suis.
- Tu veux que je demande à Anya de venir.
Anya…
J'ai un moment d'absence en pensant à Anya. Ma main droite qui était partit vers Thomas pour récupérer ma balle, s'arrête et tremble. Je resserre mes doigts et prend une forte, très forte inspiration avant d'enfoncer un peu plus ma tête dans la terre de plus en plus mouillée, je me fiche complètement que mes cheveux soient souillés de boue. Je ressens un pincement au cœur et les larmes s'accumulent de nouveau dans mes yeux.
Anya…
Je dansais avec mon père, mon oreille collée à son torse, écoutant et mémorisent la mélodie qu'effectuait les battements de son cœur, oubliant même la musique qui était censée nous bercer tous les deux quand c'est arrivé. Le pouvoir de la meute s'est renforcé d'une manière inattendue, c'était presque violent. J'ai bien failli tomber, je ne dois mon équilibre qu'à une réaction et un enchaînement d'actions incroyable de mon père qui a fini par me retenir par le poignet. Je sais qu'il la sentit lui aussi, son regard était hagard presque perdu, il ne savait plus où se poser. Il cherchait Anya.
J'ai très vite été entouré en plus de mon père, par ma mère et Gaïa, c'était purement instinctif. Ils l'ont senti aussi sûrement que moi mais dans des mesures différentes. Contrairement à eux, Anya m'a reconnue comme faisant partie de sa meute, elle est véritablement mon alpha c'est pour cette raison que j'ai été plus affecté qu'eux par ce changement radical. Anya s'est transformée, elle a laissé sa place à son loup.
Et, je suis catégorique, ceci n'est jamais, jamais, jamais arrivé avant ce soir-là, jamais.
Pas une fois dans ma vie je n'avais senti cette force en elle. Pas une fois je n'aurais pu imaginer pouvoir sentir son loup un jour. Pas une fois j'aurais cru pouvoir comprendre à quel point Anya se bridait. Pas une fois j'aurais pu penser que notre meute était aussi puissante.
- Je vais chercher Anya, décide Thomas.
- Laisse-la, je grogne, elle est avec Raven.
- Tu n'en sais rien puisque tu n'as pas bougé de là depuis ce matin et c'était il y a dix heures ! Dis-moi ce que je peux faire pour te sortir de cet état. Je… je suis inquiet pour toi.
- Je vais bien, j'élude, j'essaye juste de me calmer et tu n'aides pas.
- Alors dis-moi ce qui pourrait aider.
Melina… ce qui pourrait m'aider c'est de savoir que Melina se porte bien. Je crois même que c'est la seule constante qui est de l'importance à cet instant. Je n'ai jamais trouvé quoi que ce soit de plus importante que de pouvoir savoir que Melina va bien.
- Je n'aime pas te voir dans cet état, poursuit Thomas, ça m'angoisse, surtout aujourd'hui.
Surtout aujourd'hui… c'est bon, j'ai ma dose. Cette fois, je craque ! Je me redresse vivement, croise mes jambes en tailleurs et fixe l'horizon sans dire un mot. J'entends mon cousin m'appeler mais sa voix semble terriblement loin. Je secoue la tête comme pour chasser toutes mes idées noires et me remets sur mes pieds. Je fais un premier pas mais Thomas réagit immédiatement en m'empêchant d'avancer plus, me retenant par le coude.
- Lâche-moi, je demande avec fragilité, la voix noyée par les émotions.
- Scar, tu as une décision à prendre c'est aujourd'hui que…
- Tu crois que je ne le sais pas, j'explose. Qui d'autre que moi peut connaître les conséquences que va avoir cette journée ? Qui, je demande de nouveau en me tournant vers lui le visage baigné de larmes, dis-moi qui Thomas ?
Je lui fais lâcher prise en le fusillant du regard. Il fait un pas en arrière et lève ses mains, paume en avant vers moi en signe de paix. Je regarde la balle de tennis dégringoler et se figer dans le sol humide sans le moindre rebond. Thomas murmure des excuses que je pourrai facilement accepter dans d'autres circonstances mais cette fois, je suis trop à fleur de peau. Je suis effrayée parce que je sais que j'ai besoin de mon cousin, il est mon pilier, la seule personne en plus d'Anya sur qui j'ai toujours pu compter mais pas aujourd'hui, pas alors que toutes ces émotions me tiraillent de part en part, me déchirent et me laissent en lambeaux.
- Très bien, il esquisse un sourire triste, rappelle-toi seulement que nous devons partir avant le coucher de soleil. D'accord ?
Je détourne le regard pour fixer le ciel. Avant le coucher du soleil… qu'est-ce que je vais faire si Melina n'est pas revenue d'ici là ?
- J'ai compris.
- Si je peux me permettre, tu ne devrais pas rester, me suggère-t-il en douceur.
Et, je n'ai aucune envie de rester.
Mais, je ne peux pas lui dire, il serait capable de me traîner derrière lui et de m'embarquer sur le champ.
Alors qu'il est clair que tant qu'il y a une chance pour que Melina rentre avant notre départ, je ne bougerais pas.
- Lexa arrive, souffle-t-il, nous allons lui expliquer une dernière fois notre plan pour justifier notre absence ces prochains jours.
- Nous ne devrions pas faire ça…
- Nous ne pouvons pas rester.
- Nous pourrions juste partir de l'île quelques jours. Tu ne crois pas que nous avons déjà assez joué avec le temps.
- Tu étais d'accord avec ce plan…
J'en ai bien conscience mais entre temps, je me suis disputée avec Melina à ce sujet. Et ce serait un euphémisme de dire que je n'ai pas du tout apprécié surtout que depuis son départ, je n'arrête pas de me demander si elle a raison. Après tout nous avons déjà changé tellement de choses, la plupart sont bénéfiques mais comment en connaître les retombées ? Et surtout, comment savoir si nous avons toujours notre place dans le futur ?
Je m'accroupis, récupère ma balle gorgée de boue avec une grimace. Je ne peux empêcher un soupire de m'échapper. Sans Thomas, elle n'aurait jamais finie dans cet état la pauvre. Je me redresse en jouant de nouveau avec ce qui me permet de canaliser mes émotions depuis quelques jours, qui semble plus ressembler à une éternité. J'accorde un dernier regard à Thomas avant de me retourner et d'avancer vers la forêt quand il hurle :
- Je suppose que tu ne rentres pas avec moi !
- Tu supposes bien, je murmure consciente qu'il est capable de m'entendre.
- Scar !
- Je serai revenue avant le coucher du soleil, promis.
Avec ou sans Melina… évidemment, une des deux options me fait bien plus mal que l'autre.
Je n'arrête pas de me demander si le fait qu'elle ne rentre pas n'est pas seulement à cause du retour de sa sœur. Et si elle était si opposée à notre plan qu'elle avait tout bonnement décidé de partir et de ne plus jamais revenir ?
Non. C'est inacceptable.
Je lui laisse encore aujourd'hui. Encore aujourd'hui et je la traque… à cette idée, je sens mon loup, mon dragon et même la magie s'éveiller en moi. Ils sont tous les trois impatients, ils meurent d'envie que je consente à laisser tomber mes barrières et que je rompt mon emprise sur eux pour qu'ils puissent me guider à la force de leurs instincts pour enfin, oui enfin, retrouver Melina.
Je lui laisse encore aujourd'hui, je pense encore une fois en m'installant au bord d'une falaise, les jambes dans le vide, encore aujourd'hui, la pluie devient diluvienne et l'océan est agité se broyant contre la pierre venant lécher les semelles de mes chaussures, rien qu'un jour de plus, le tonnerre gronde au loin, je ferme les yeux et pourtant je vois le ciel s'illuminer, j'inspire profondément et hurle aussi fort que mes cordes vocales me le permettent au même moment où l'orage explose dans un vacarme quasi insoutenable. Je me laisse retomber en arrière en me rappelant que je lui accorde encore aujourd'hui pour revenir et je reprends mes jeux avec la balle de tennis.
Je dois trouver un moyen de calmer la tempête qui grandit en moi. J'ai essayé de chasser Melina de mes pensées mais c'est pire. Si je parviens à chasser l'inquiétude que m'inspire son absence, alors la rose s'éveille et sans mentir, j'ai la sensation que si elle pouvait ruiner ma peau, la changer en lambeaux, me déchirer aussi facilement qu'un tissu usé, elle le ferait. Je n'ai jamais de toute ma vie autant souhaité m'en débarrasser. Cette douleur est insupportable. Je suis incapable de dormir plus d'une poignée d'heures avant qu'elle ne s'éveille. Très franchement, ce manque de sommeil ne doit pas aider mes émotions à se calmer. C'est insoutenable. Je n'en peux plus.
Tout ce que je souhaite, tout ce que je désire : c'est que Melina revienne.
C'est beaucoup plus simple de la détester normalement quand elle est près de moi. Ou pour être exacte de me mentir sur mes véritables sentiments. Oui, c'est un jeu d'enfant de réussir à me tromper quand elle se trouve sous mes yeux. Je parviens avec une facilité déconcertante à me convaincre que je ne l'aime pas. Alors que là… c'est très différent, dès que j'essaye de me mentir même pas plus d'une seconde, j'en souffre.
Mais sérieusement, comment j'en suis arrivée là ? Par quel coup du sort tordu j'ai bien pu tomber amoureuse de Melina ? C'est du grand n'importe quoi ! Cette fille est un monstre, la représentation même de la mort et elle est très certainement incapable de ressentir quoi que ce soit ! Je ne peux pas être amoureuse d'elle, je la déteste et je ne peux même pas la toucher !
- Aïe, je m'égosille alors que la rose semble une nouvelle fois me lacérer la peau, c'est pas sérieux, je laisse un gémissement plaintif m'échapper en me redressant, je suis foutue, cette conclusion m'échappe alors que la balle de tennis tombe sous mes yeux pour rejoindre l'océan en colère, et merde !
Il y a un complot ! Il y a forcément un complot ! Je ne trouve aucune autre explication possible, il y a un foutu complot qui n'a qu'un but faire ployer ma patience ! Non, la faire ployer ce n'est pas assez, ce putain de complot veut la mettre à terre, la maltraiter, la broyer et ne lui laisse aucune chance de se relever.
Je voudrais croire que je suis plus forte que tous ces petits actes terroristes qui agissent contre ma patience mais je commence sérieusement à douter de moi-même. Parce que honnêtement je suis à un cheveu de craquer ! Il me faudrait un tout petit rien pour imploser, je le sens, je le sais. Une seule remarque pourrait me faire partir en vrille et je ne suis pas certaine que je pourrai revenir.
- Et bien, c'est une fin tragique pour cette pauvre balle.
Non mais je rêve ! Je me remets sur mes pieds vivement, prête à en découdre avec l'imbécile qui vient de ruiner la dernière barrière qui m'empêchait de craquer. Je ne sais pas de qui il s'agit mais je vais lui en coller une. Je me retourne vivement en sentant mes iris se confondrent avec ceux de mon loup. Il est tellement enragé, le laisser s'exprimer ne fera de mal à personne du moins, rien qu'un petit tour à l'infirmerie d'Abby ne pourra pas arranger. Je suis même prête à prodiguer les soins ! Mais d'abord, je vais me défouler sur ce punching-ball humain à la langue bien trop pendu.
Je relève les yeux pour découvrir ma future victime et juste comme ça avec un simple regard toute mon agressivité accumuler au cours de ces 16 derniers jours s'envole en moins d'un millième de seconde, à peine un battement de cils et un calme absolu m'envahit entièrement.
Melina…
Je peine à croire qu'elle se trouve réellement sous mes yeux et pendant un instant, je suis absolument certaine de me trouver en face à face avec une illusion. Pourtant, je perçois sans mal la pluie se briser sur son parapluie rouge pâle, son odeur si spécial se mélange avec tout ce qui m'entoure et ses mains brillent encore amenant une touche de lumière unique alors que la nuit semble être tombée à cause de la tempête. Je fais un pas en avant et secoue vivement la tête en ne la voyant pas disparaître comme par enchantement. Elle… Melina est vraiment là.
Je ferme les paupières après ce constat pour contrôler l'envie de me précipiter vers elle et de la prendre dans mes bras qui me torture. J'ai seulement envie de m'assurer de sa présence. De me rassurer en constatant que je ne vis pas une terrible fourberie joué par mon esprit. Mais encore une fois en laissant mes cils se redresser je remarque qu'elle est toujours là. Je frissonne, pas à cause du froid ou de mes vêtements complètement gorgé d'eau et de boue, mais parce que sa présence m'emplit d'un sentiment que je ne connais pas particulière bien, le désir.
Je déglutis difficilement. J'ai tellement d'envies à cet instant. J'ai un mal fou à toutes les assimilées.
Mais pour le moment, je me contente de la détailler, d'apprécier chaque parcelle qui m'est donné de voir et de gorger mes yeux de sa personne. C'est comme la rencontrer pour la première fois et je crois que d'une certaine façon, je la vois bel et bien comme si mes yeux la découvraient. Melina est tout habillée de noir, de ses baskets montantes, en passant par son slim, jusqu'à son manteau boutonné jusqu'en haut. Les seules touches de couleurs sont le parapluie rouge pastelle qui fait étrangement ressortir ses iris dont les nuances sont plus vives que d'habitude, mais toujours aussi multicolores et ses incroyables cheveux nacrés qui ondulent un peu dans tous les sens ce que je trouve adorable. Sa main gauche est repliée dans la poche de son manteau mais je distingue tout de même le couleur vive argenté en ressortir. De sa main droite elle tient le parapluie faisant naître une lumière qui se reflète au milieu de la pluie créant autant de couleurs que celles de l'arc-en-ciel et se reflétant dans la toile en polyester faisant naître des reflex pourpre sur son visage.
C'est comme si le temps s'était arrêté autour d'elle. J'ai conscience que ce n'est qu'une impression, je sens encore la pluie tomber sur ma peau et je l'entends clapoter sur la toile. Pourtant j'ai véritablement la sensation que tout c'est interrompu jusqu'à la course du temps depuis que j'ai enfin pu poser mes yeux sur elle.
Et subitement, tout prend fin, je ne sais plus si je souhaite la prendre dans mes bras pour m'assurer de sa présence ou lui hurler dessus en utilisant son magnifique visage comme un défouloir en lui demandant où elle était passée et pour quelle foutue raison elle n'a donné aucune nouvelle.
Son visage… il ne porte plus aucune marque, pas une cicatrice ou une petite rougeur pourtant même après 16 jours elle devrait encore porter les stigmates de son passage à tabac. Ce n'est pas que je souhaite qu'elle soit dévisagée, bien au contraire. Il est tout simplement évident qu'elle n'a pas pu se soigner aussi vite, j'ai appris à mes dépends qu'elle était aussi fragile qu'une humaine. À moins bien sûr qu'elle ait accepté que quelqu'un la soigne. Pour quelle raison cette idée toute simple me provoque un pincement au cœur si douloureux ?
- Je suis venu te dire au revoir Éleusis.
- Au… au revoir ? Je balbutie incertaine.
- Tu n'es pas du genre à renoncer, sourit-elle avec tristesse.
- Tu sais pourquoi nous devons partir, j'assure, tu le sais, je répète d'une voix brisée, et tu… tu ne peux pas rester non plus. Je… je sais que tu ne pourras pas… tu ne pourras pas regarder et attendre… attendre sagement que… qu'on… que…
- Qu'Octavia Blake te tue, complète-t-elle avec une telle rage dans son intonation que j'ai du mal à l'assimiler, en effet, je ne peux pas rester la regarder te faire du mal sans rien faire.
- Octavia ne m'a pas tuée, je souffle en évitant le regard de Melina qui est animé d'émotions que je ne comprends pas, pas cette fois-là. Mais il est clair qu'aucun des voyageurs ne peut rester impassible face à son geste qui doit pourtant se produire alors nous devons partir. Il faut que tu viennes avec nous, j'assure en tendant ma main vers elle consciente qu'elle ne peut pas la saisir, s'il te plaît.
- Je ne ferais pas un autre voyage dans le temps, refuse-t-elle.
- C'est notre seule chance de savoir ce qu'il s'est passé le jour du bannissement du dieu de la Guerre.
- Il est très facile de savoir ce qu'il s'est passé, l'idiot du village pourrait te le dire. Il y a eu des morts, beaucoup de morts, un sort surpuissant qui dépasse l'entendement et un bannissement, fin.
- Arrête, ne fais pas ça, je demande avec fragilité en m'avançant vers elle.
- Je ne ferais pas un autre voyage dans le temps, répète-t-elle en reculant réinstallant la distance initiale entre nous.
- Melina, il y a clairement une supplication dans ma façon de prononcer son prénom, reste, s'il te plaît.
Elle secoue la tête sans prendre la peine de me répondre c'est de cette façon que je comprends qu'elle va refuser de rester avec moi et cette décision me fait un mal de chien, véritablement. Je crois que je pourrai mourir de cette douleur qui naît dans mon cœur à cet instant, avant qu'elle ne s'intensifie encore alors que je la vois se retourner et faire quelques pas. Je suis incapable de bouger, d'esquisser le moindre geste pour la retenir ou même d'utiliser ma voix. Elle est en train de partir, de me filer entre les doigts et je ne peux rien faire pour l'en empêcher.
Puis, elle s'arrête. Je sens un espoir fou s'ancrer en moi. Je me suis certainement trompée et encore une fois, Melina va se ranger de mon côté, elle finit toujours par le faire. Comment j'ai pu ne pas le remarquer avant ? Quoi qu'il advienne, même quand elle n'est pas d'accord avec mes choix, elle finit toujours par me choisir. Et encore aujourd'hui, elle va me le prouver… n'est-ce pas ?
Melina se tourne très légèrement vers moi mais pas assez pour croiser mon regard, pas assez pour que je puisse détailler plus que son profile gauche, pas assez pour que son parapluie ne me révèle plus de la moitié de son visage, tout simplement pas assez. Elle reste silencieuse alors que mon cœur tambourine dans ma poitrine dans un vacarme fou, appréhendant les prochains mots qui vont franchir ses lèvres. La pluie tombe à grosse goûte et pour la première fois depuis que je l'affronte je me sens frissonner. Mais quelque chose me dit qu'il n'y a pas de rapport avec le fait que la tempête devienne torrentielle.
- Peut-être, souffle-t-elle, que tu pourrais venir avec moi.
J'ai un mal fou à assimiler ces quelques mots. Je secoue la tête pour tenter de me convaincre qu'elle ne vient pas de me faire une telle proposition mais maintenant que cette suggestion est faite, elle semble ancrer en moi. J'avance d'un pas et cette fois, elle ne fait rien pour s'éloigner. Je ressens un profond soulagement en ne la voyant pas attiser la distance entre nous. C'est insupportable de devoir accepter l'éloignement qu'elle nous impose depuis son retour. J'effectue un nouveau pas en sentant mon estomac se tordre sous le coup de l'appréhension quand je murmure encore plus bas qu'elle :
- Venir avec toi, pour aller où ?
Ses doigts se resserrent sur la poigné courbe du parapluie. Je vois un sourire triste étirer ses lèvres alors qu'elle penche légèrement la tête en arrière. Les muscles de son dos trahissent les fortes inspirations qu'elle saisit, puis elle se penche encore plus en arrière, laissant pendant quelques secondes sa protection contre la pluie être inutile. Je découvre alors qu'elle a les paupières close puis elle se ressaisit en se redressant. Pendant un instant, je crois qu'elle va m'ignorer, me priver d'une explication puis sa voix résonne à nouveau :
- Un endroit sûr, répond-elle en me tournant le dos, un endroit dans lequel je n'ai pas le droit de t'emmener, un coup de vent plus fort s'engouffre sous son parapluie l'emportant avec lui, pourtant, je t'y emmènerai sans hésiter, conclu-t-elle en se tournant vers moi les yeux emplies de larmes, sans hésiter, répète-t-elle, mais tu vas tout de même refuser de venir avec moi.
J'aimerai lui hurler qu'elle a tort, que je vais venir avec elle. En plus, j'en meurs d'envie. Je ne supporte pas l'idée que nous puissions de nouveau être séparer. Ces 16 jours ont certainement été les pires de ma vie. Mais je ne peux pas partir avec elle, ma présence est nécessaire pour le sort, je me dois d'être avec les autres. C'est pour cette raison qu'il faut que je parvienne à la convaincre de venir avec nous. De toute façon, nous… j'ai besoin d'elle. Il faut que Melina vienne avec nous dans le passé. Je dois tout faire pour la convaincre.
- Melina, je…
- Je savais que tu refuserais, un sourire infiniment triste étire le coin de ses lèvres alors que les larmes s'écoulent sur ses joues, je le savais parfaitement mais il fallait que j'essaye.
- Melina, je l'appelle alors qu'elle me tourne de nouveau le dos.
- Ma réponse est non Éleusis.
- Je ne t'ai encore rien demandé, je m'offusque.
- Je ne ferai pas un autre voyage dans le temps, insiste-t-elle pour la troisième fois.
- Mais tu dois venir avec nous.
- Non. Je ne dois rien à personne.
- Melina, je t'en prie. C'est notre seule chance de connaître le point faible du dieu de la Guerre, notre seule chance de comprendre le lien qu'il entretient avec Lyssa, notre seule chance de savoir qui était présent le jour du bannissement et de les réunir.
- Certaines choses ne doivent pas changer, tranche-t-elle avec colère en se tournant vers moi me fusillant du regard, et ce qu'il s'est passé ce jour-là en fait partie. Je ne viens pas avec vous.
- Nous n'allons pas intervenir, juste observer.
J'écarquille les yeux au possible en la voyant de nouveau me tourner le dos et partir. Je retiens difficilement la nausée qui s'empare de tout mon être en voyant ses mains s'illuminer et un portail apparaître. Non mais qu'est-ce qu'elle fait cette idiote ? Nous n'avons pas fini ! Hors de question qu'elle parte avant que je ne sois parvenue à la faire changer d'avis.
J'ai besoin qu'elle nous accompagne pour des raisons évidentes que je viens à peine de m'avoue. L'imaginer de nouveau être loin de moi… cette simple idée me rend complètement folle. Je ne supporterais pas d'être séparée de Melina par plusieurs siècles. C'est tout bonnement inacceptable.
- Melina, je hurle pour la retenir, je t'interdis de franchir ce portail !
- Je ne viens pas, répond-elle d'une voix glaciale en continuant d'avancer, pas même pour toi Scarlet !
J'ai un mouvement de recul et je suis même incapable de respirer pendant un long, très long moment. Je crois qu'un coup de dague en plein cœur aurait fait moins de dégâts, il aurait fait bien moins mal que la façon dont elle vient de cracher mon prénom. J'ai eu cette désagréable sensation que c'était la pire chose qu'elle n'ait jamais prononcée. Melina ne s'est jamais adressée à moi de cette façon. Je crois que je suis en état de choc.
Tout mon corps tremble et je suis obligée de serrer les poings pour tenter d'arrêter ces spasmes hors de contrôle qui ont été provoqués par un profond ébranlement. Je me sens tressaillir aussi sûrement que si un véritable séisme se déroulait dans mon corps. Je vacille sous le coup d'une émotion que je n'aurai jamais cru ressentir en la présence de Melina : l'angoisse. Je ne me suis jamais retrouvée à devoir affronter un tel tourment, une telle terreur.
Mais cette fois, je dois l'accepter, elle… Melina ne viendra pas. Elle… Melina ne tient pas assez à moi pour renoncer à sa conviction stupide que nous avons déjà trop joué avec le temps. Elle… Melina part.
Pourtant, je remarque que depuis son attaque verbale, elle n'a pas fait un mouvement. Elle semble tout aussi figée que moi. Ses poings sont encore plus contractés que les miens, au lieu d'arrêter ses tremblements, la pression qu'elle exerce les accentue. Le portail est grand ouvert devant elle mais elle ne le franchit pas.
Mon regard se noient de larmes alors que la rose exerce une pression insoutenable sur et dans ma peau. Je ne dois pas la laisser partir. Melina hésite. J'ai peut-être une chance de la faire rester. Une toute dernière chance. Alors je dois la retenir. je le dois.
- Melina, s'il te plaît.
- Je n'irais pas, répète-t-elle la voix noyée de larmes, et tu ne devrais pas non plus y aller. Tu ne vas pas aimer ce que tu vas y voir.
- Comment pourrais-tu savoir que je ne vais pas aimer ce que je vais voir ?
- Je te connais…
- Alors tu sais que je ne te laisserai pas franchir ce portail.
- Je sais que tu essayeras de m'en empêcher.
- J'y arriverai, j'assure avec détermination.
- Je suis désolée Éleusis, souffle-t-elle avec douceur en se retournant me laissant distingué sans mal les larmes mélanger à la pluie marquer ses joues, je ne peux pas venir.
Je note tout de suite le subtil changement dans son discours. En un rien de temps, elle est passée de ne pas vouloir à ne pas pouvoir venir. Pourquoi ? Qu'est-ce qui lui fait si peur dans le passé ? Qu'a-t-il bien pu se passer pour qu'elle refuse de venir ?
- Ne t'en fais pas, reprend-elle en évitant mon regard fixant de nouveau son portail, je n'empêcherai pas Octavia Blake de s'en prendre à toi, je ne serai pas celle qui te privera de ta rose, tu as ma parole.
- Melina, je secoue la tête en faisant un pas vers elle, reste.
- Je te l'avais dit, sourit-elle tristement, c'est un au revoir.
- Je t'en prie, ne t'en vas pas à nouveau.
- Qu'est-ce que tu veux que je fasse d'autre Éleusis ? Sois-je m'en vais maintenant, soit je te regarde partir dans quelques heures.
- Laisse-moi ces quelques heures pour essayer de te convaincre.
- Tu n'y arriveras pas.
- Dans ce cas, tu n'as rien à craindre, n'est-ce pas ?
Pour la première fois depuis ce qui me semble être une éternité, son regard croise le mien. Très franchement, j'ai la sensation de vivre à nouveau. Je crois même que ma respiration revient à la normal. Je n'avais pas remarqué qu'elle était restée aussi chaotique depuis que Melina a prononcé mon prénom comme si elle parlait d'un meurtrier de masse.
- Alors ? Je prononce avec une assurance que je suis très loin d'avoir.
- C'est une mauvaise idée.
- Ça c'est toi qui le dit.
Un soupire lui échappe avant qu'elle ne vienne se masser les tempes. Elle glisse sa main droite dans la poche de son manteau et y récupère sa paire de lunettes. Elle les observe comme si ce bout de plastique et de verre pouvait lui apporter une réponse. Un nouveau soupire fend l'air et je vois le portail dans son dos vaciller. Melina déplie les branches de ses lunettes et les appose sur son nez. La manifestation qui lui aurait permis de quitter l'île disparaît complètement et je me sens sourire.
- Très bien mais tu dois me promettre de ne pas m'en vouloir si mon poing finit malencontreusement dans le visage de Bastian.
- Euh… si tu fais ça… tu vas le… tu sais, couic, je mime un engorgement avec mon indexe.
- Il porte un masque, élude-t-elle, en théorie ça devrait le protéger. Il faut bien qu'il serve à quelque chose ce foutu masque, s'énerve-t-elle avec un ton si calme que c'en est flippant.
- Ouais… je crois que je vais faire en sorte d'éviter que tu restes dans la même pièce que Bastian je ne l'aime pas mais je n'ai pas envie de vérifier cette théorie du masque. Nous rentrons à la maison ?
Melina acquiesce et je me sens sourire. Je dois me retenir pour ne pas me précipiter sur elle et saisir sa main pour la traîner derrière moi et m'assurer qu'elle tienne parole. Ce moment de faiblesse s'explique très bien quand on sait que j'ai été élevée par Anya, plus tactile qu'elle, tu meurs. Je n'ose imaginer à quel point sa façon de toucher absolument tout le monde sans la moindre barrière a dû être un problème au début de sa relation avec Raven.
Je me contente donc de faire un signe à Melina pour qu'elle passe devant moi et que je puisse la garder à l'œil durant toute notre avancée jusqu'à la maison. Je traîne légèrement des pieds derrière elle en me demandant de quelle manière je dois m'y prendre pour la convaincre de venir avec nous. Stratégiquement, je ne vais pas attaquer tout de suite ce serait une trop grande erreur tactique. Je l'observe donc en silence avant de remarquer que comme pour son visage, rien dans sa démarche ne laisse transparaître qu'elle était blessée.
- Alors, qu'est-ce qu'il t'a fait cette fois ?
- Pardon ?
- Bastian, je précise, qu'a-t-il fait pour mériter ta colère ? D'habitude, tu es plutôt patiente avec lui. Tu es même la première à lui chercher des excuses, si vous n'étiez pas amis depuis 2000 ans, je ne saurai pas comment tu arrives à le supporter.
- J'ai manqué un chapitre, demande-t-elle avec un air troublé, depuis quand avons-nous ce genre de discussion ?
- Je tente un exercice de perfectionnement dans l'exercice qui consiste à me faire des amis, je tente avec un rire.
- Je vois.
Encore cette distance… je ne comprends pas ce qu'il lui arrive. D'habitude, quand je daigne lui accorder mon attention, elle est heureuse et elle a toujours été bien plus investie dans notre relation, si je peux appeler notre ancienne situation comme cela, que moi. Aujourd'hui je fais un effort, encore une fois pour une raison évidente : je me suis rendue compte que je l'aimais, mais il n'y a personne au bout du fil. Ça craint autant qu'un canard à une patte qui est obligé de patauger en cercle tout le long de son existence !
- Melina, je souffle.
- Ah oui, pourquoi elle semble tout juste se reconnecter à la réalité, je regrette seulement de lui avoir sauver la vie, les 283 dernières fois.
- Attends combien de fois tu lui as sauvé la vie ? Qu'est-ce que ça veut dire les « dernières fois » ?
- Les 283 fois c'était au cours de ces 500 dernières années à quelque chose près. Je n'ai pas vraiment tenu de compte du moins pas avant mes huit ans. Ce qui fait beaucoup d'années gâchées quand j'y penses.
- Tu sais, je veux bien me sacrifier et le frapper à ta place au moins, il n'y a pas de mort imminente à la fin de ma droite.
Melina s'arrête brusquement et je dois piler comme jamais pour ne pas percuter son dos. Je grogne et lâche un ou deux gros mots en lui recommandant la prudence. Elle fait chier à la fin, sérieusement j'aurai pu crever avec ce genre de comportement !
- Je me disais bien aussi, son sourire en coins apparaît mais son regard est toujours triste, chasser le naturel…
- … si tu finis cette phrase, je tente ma chance à qui veut frapper la mort en plein visage !
- Je ne suis pas, elle déglutit difficilement, je ne suis pas la mort, elle évite mon regard, il faut vraiment que tu arrêtes avec cet amalgame, je ne suis pas la mort, insiste-t-elle, seulement sa fille.
- Je suis désolée. Je ne voulais pas… je ne cherchais pas à te blesser.
- C'est nouveau ?
- Je…
Je l'ai mérité celle-là. J'ai bien conscience que je me suis conduite comme la dernière des connes avec elle mais d'habitude elle s'en contre fou. Pourquoi c'est différent aujourd'hui ? Pourquoi est-elle à ce point mélancolique ?
- Pourquoi tu es différente ? Je ne peux m'empêcher de demander.
- Et toi ?
- J'étais inquiète pour toi, tu as disparu pendant 16 jours sans donner la moindre nouvelle alors que tu étais blessée et qu'une de tes psychopathes de sœur te pourchassait pour te tuer. Je… j'essaye juste de m'assurer que tu vas bien. Je te l'ai dit : que tu le veilles ou non, maintenant, tu fais partie des nôtres et quand c'est le cas alors c'est que tu appartiens à la famille, c'est une règle.
- La dernière famille à laquelle j'ai appartenue essaye encore de me tuer.
- Et bien celle-ci te protégera, j'assure la tête haute alors qu'elle ose enfin croiser mon regard.
- Je t'ai déjà dit que si tu devais croiser l'une de mes sœurs, il fallait que tu partes en courant dans la direction opposée.
- Et je t'ai répondu que je ne fuyais pas devant le danger.
- Je suis à peu près certaine que j'ai précisé qu'elles n'étaient pas un danger quelconque mais la mort, soupire Melina.
- Et le reste de la discussion était stérile puisqu'il est évident qu'aucun de nous ne laisserai l'autre mourir, je me trompe ?
- Tu ne vas vraiment pas aimer ce que tu vas voir dans le passé, affirme-t-elle d'un air blasé en calant ses mains dans les poches de son manteau.
- Comment… attends, tu étais présente le jour du bannissement du dieu de la Guerre ? C'est pour cette raison que tu ne veux pas y aller ? Tu sais déjà tout ce qu'il va s'y passer ?
- Seulement le début, répond-elle vaguement.
- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?
- Exactement ce que je viens de dire.
- Mais ça ne veut rien dire du tout : seulement le début.
- De toute façon, même si j'avais assisté à tout ce qui est arriver ce jour-là, je ne m'en souviendrais pas étant donné que toute cette période de ma vie est extrêmement floue.
- Je ne comprends pas.
- Essaye de demander à ta mère ce dont elle se souvient de la période où elle était sous l'emprise de Nia, quand elle n'avait plus son cœur et qu'elle était complètement sous l'influence de la voix et tu auras un léger aperçu de ce qu'était ma vie, à cette époque. Je n'étais rien d'autre qu'une marionnette dans les mains de mon père. Et le pire c'est que j'avais l'audace de croire que j'étais plus qu'une poupée de chiffon qu'il pourrait déchiqueter à tout moment. Je n'avais pas conscience que ma vie entière lui appartenait. J'étais son arme et devine quoi, une arme ne pense pas, elle exécute sans broncher, un poing c'est tout.
- C'est pour cette raison que tu as dit que tu ne pouvais pas venir avec nous, je comprends enfin. Tu ne voyages pas dans le temps de la même manière que nous, tout s'éclaire enfin. Tu projettes ta conscience dans tes anciens corps et avant le bannissement du dieu de la Guerre, tu étais…
-… encore une insignifiante poupée de chiffon avec de jolies fils en forme de chaîne qui contrôlaient chacun de ses mouvements, complète-t-elle avec un calme qui me fait un froid dans le dos. Je t'avais prévenu, tu n'as aucune chance de me faire changer d'avis.
- Tu pourrais voyager dans le Cercle avec nous, grâce à la magie de Jamie.
- Non.
Et bien si cette réponse n'est pas catégorique, je ne sais pas ce qu'elle est. Elle se retourne vivement me faisant comprendre que la discussion est close et reprend le chemin de la maison. J'arque un sourcil quelque peu amusée. Je dirais qu'il s'agit d'un défi et je compte bien le gagner. Je vais la faire venir avec nous.
Je comprends les raisons qui la pousse à refuser de nous accompagner mais j'ai besoin qu'elle vienne. Je ne sais pas sur quelle autre personne je pourrai me reposer qu'elle dans un passé aussi loin de notre présent. Bien sûr il y a Thomas et il n'y a personne de plus investi que lui dans ma protection mais je préfère compter sur Melina. Je souris avant de trottiner pour la rattraper.
- Tu sais, j'ai encore au moins cinq heures pour te faire changer d'avis.
- Ça n'arrivera pas, fais-toi une raison.
- Je vais réussir à te faire plier, je la taquine.
- Ce n'est pas un jeu Scarlet, de nouveau mon prénom est prononcé avec une certaine animosité et je manque de trébucher sur une pierre, il s'agit de ma vie.
- Je ne veux pas te quitter des yeux, je prononce doucement en ignorant la douleur qu'à provoquer son intonation.
- Je t'ai offert une option pour éviter d'avoir à le faire, me rappelle-t-elle. Alors arrête de croire que je viendrai avec toi parce que je ne ferai pas un autre voyage dans le temps. Je ne bougerais pas d'ici. De plus, je le dis et le répète : tu devrais rester aussi.
- Qu'est-ce que tu as peur que je découvre ?
Melina croise les bras avant de me toiser d'une étrange façon. Elle sert ses doigts sur ses bras plus que de raison sans me donner de réponse. Je devine donc qu'il y a bien un événement dans le passé qu'elle cherche à me cacher.
- Tu ne vas pas aimer ce que tu vas y voir, Éleusis, son ton est redevenu doux et calme, vraiment pas.
- Dans ce cas, vient avec moi et tu n'auras qu'à me cacher les yeux pour les scène interdit aux moins de 18 ans.
- Tu ne veux vraiment pas comprendre qu'à la fin, je resterai.
- Ouais, je suis sérieusement en train de m'imaginer entrer par effraction dans la maison des deux alphas les plus puissante que je connais, de m'y faufiler jusqu'à la chambre d'Anya pour y récupérer sa paire de menotte et t'enchaîner à moi. Je n'ai seulement pas encore réfléchi à comment éviter de se toucher dans ce cas de figure.
- Tu es bien naïve si tu crois que je te laisserai assez t'approcher pour ça.
- Tu as conscience que j'ai commencé mon entraînement avant de savoir marcher ? Si je pouvais te toucher, je te mettrais au tapi sans problème.
Melina secoue la tête. Non mais je rêve, elle croit vraiment que je n'arriverai pas à la battre en combat singulier ? Je suis carrément à la hauteur ! Moi je dis que sans sa capacité, elle n'est pas grand-chose, la preuve en est avec sa maladresse légendaire et elle s'est fait battre à plat de couture à deux reprises en très peu de temps ! Bon d'accord l'un de ses assaillant était un dieu mais ce n'est pas une raison, je l'ai bien touché avec une de mes flèches alors que Melina donnait des coups dans le vent. Bon elle l'a tout de même assez affaibli pour le rendre visible aux yeux de tous mais est-ce que ça compte vraiment ? On se le demande…
Je monte les quelques marches qui desservent la terrasse et me plante devant la porte d'entrée en regardant Melina retirer ses chaussures. Mais qu'est-ce qu'elle fait encore ?
Elle place sa paire de baskets sur le rebord de la fenêtre avant de faire glisser son manteau et d'en essorer les manches et de le pendre à une des poutres. C'est alors que je remarque qu'elle porte un chemisier bordeaux qui avec la transparence me laisse voir un peu plus que ce que je devrais. Je détourne chastement les yeux en me mordillant doucement la lèvre inférieure avant qu'un bruit de friction n'attire de nouveau mon regard. Sa main gauche est dans ses cheveux, les faisant se mouvoir dans tous les sens pour les sécher, c'est avec ses gestes qu'elle répète durant un certain temps que je remarque une cicatrice assez importante à la base de ses cervicales.
Ce serait la troisième marque sur son corps qui reste quoi qu'il advienne après celle de son avant-bras gauche et celle qui parcourt la quasi-totalité de son abdomen comme si quelqu'un avait essayé de lui ouvrir le ventre. Dès que ses cheveux se soulèvent assez pour me laisser voir cette cicatrice, je ressens un pincement au cœur. Qu'est-ce qui a pu lui laisser une telle trace ?
- Melina ?
- Hum…
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je suis morte de froid, répond-elle en retirant ses chaussettes et en les balançant approximativement vers ses chaussures.
- Et tu compte te déshabiller sous le porche ?
Parce que si c'est le cas, mieux vaut que je sois prévenue pour que je puisse détourner le regard. La dernière fois j'ai réussie à retenir mes pulsions parce qu'elle était blessée et que mon instinct protecteur à avaler tout le reste. Concrètement si elle finit en sous-vêtement devant moi aujourd'hui, je ne sais pas du tout comment je vais faire pour ne pas me jeter sur elle, ce qui serait stupide et un peu trop mortel à mon goût.
- Bien sûr que non.
- Ah… tu me rassures parce que je commençais sérieusement à avoir des doutes.
- N'importe quoi, siffle-t-elle entre ses dents.
- Ouais parce que là, ça devenait beaucoup trop moins de 18 ans à mon goût.
Melina arrête subitement son geste qui apparemment consistait à ouvrir la porte en se tournant tel un automate vers moi. J'esquisse un sourire qui lui fait lever les yeux au ciel. Puis en une fraction de seconde, ses iris redeviennent pastels, l'amusement qui y habite normalement s'y lit de nouveau, un petit rire moqueur lui échappe avant que son sourire en coin n'apparaisse. Mon cœur fait un bond, non je crois plutôt qu'il entreprend un tour de grand-huit.
Melina est de nouveau elle-même… il lui en a fallu du temps.
- Très bien Éleusis, la prochaine fois que je quitterais mes chaussures et retirais mon manteau, je te suggère de te cacher les yeux.
- Je compte sur toi parce qu'à trop les répéter, ce genre de scène va finir par me choquer à vie.
- Hum-hum, souffle-t-elle alors que son sourire s'agrandit de plus en plus.
Cette fois, elle ouvre la porte et s'engouffre immédiatement dans l'escaliers. J'imagine qu'elle rejoint sa chambre pour se changer. Je ne la quitte pas des yeux durant toute son ascension et je ne peux m'empêcher de sourire lorsqu'elle se retourne. Je retiens de justesse ma main pour lui faire un signe, ce serait trop stupide. Quand je ne la vois plus, je me somme intérieurement de décrocher mon regard des escaliers mais cette action me semble impossible à réaliser.
Du moins jusqu'à ce que je perçoive un pas s'approcher dangereusement de moi. Je me force alors à fermer les paupières, me retourne et ferme la porte. La main toujours sur la poignée, je prends une forte inspiration avant de me tourner avec un sourire que je sens terriblement faux et prononce de manière bien trop enjouer pour être honnête :
- Salut Madi !
- Salut Scar, prononce-t-elle prudemment, tu es rentrée ?
- Comme tu le vois.
- Et tu vas bien ?
- Pourquoi je n'irai pas bien, je force un nouveau sourire.
- Peut-être parce que tu as passé la moitié de la journée sous la pluie à jouer avec une balle. Je ne sais pas c'est une simple supposition.
- Ma balle a fini avalée par l'océan, je réponds toujours contrariée par l'évènement.
- Donc, tu es juste venue en chercher une autre.
- Non.
- Non ?
- Melina est revenue, je retiens un sourire et fait tout pour rester neutre.
- Ah… c'est bien. Je suppose. Tu as quelque chose à me dire ?
- Comme quoi ?
- Je n'en sais rien, tu es devenu super bizarre après son départ.
- J'étais inquiète, Bastian a été plus que alarmant en nous parlant d'Amber.
- Bastian est du genre à rendre tout beaucoup plus préoccupant, il est comme ça, à l'écouter un phasme est effrayant.
- Oui mais à l'écouter, si un simple phasme s'en prenait à un seul d'entre vous, je serai dans ce même état que tu as décrit.
- Je vois, tu estimes que l'autre emmerdeuse est l'une des notre.
- Elle fait partie de la famille, je confirme.
- C'est pas vrai, soupire Madi. Tu déconnes grave Scar !
- Je préfère avoir une emmerdeuse dans la famille qu'un couard.
- Tu es rentrée, nous coupe Thomas en écartant Madi pour me prendre dans ses bras, je suis content. Je commençais à être vraiment inquiet. Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?
- La chieuse de première est au deuxième, répond Madi.
- Melina est rentrée, souffle mon cousin avec soulagement, c'est une bonne nouvelle.
- Oh non, ne me dit pas que toi aussi tu estimes qu'elle fait partie de la famille, soupire Madi d'un air dépiter. Elle ne fait partie d'aucune meute.
- Mais elle fait partie des voyageurs, assure Thomas en me souriant et en ébouriffant mes cheveux, tu sais ce qui serait génial, me demande-t-il comme si j'étais une gamine, tu le sais, n'est-ce pas ?
- Que je prenne une douche et que je change de fringues, je suggère.
- J'avoue, se serait pas mal, rit-il.
Je lève les yeux au ciel et fait semblant d'être agacé par sa remarque avant de lui céder. En montant les premières marches, je remarque que Lexa et Clarke sont toujours dans le salon et qu'elles ont été rejoint par Anya et Raven. Je ne peux m'empêcher de froncer les sourcils en me demandant pour quelle raison elles sont toujours présentes. De plus, il n'était pas prévu qu'Anya et Raven soient aussi ici.
J'espère qu'il n'y a pas de problème parce que nous devons absolument partir ce soir.
Je grimpe rapidement les escaliers qui me séparent de ma chambre avant de foncer dans la douche et d'enfiler des habits secs à la vitesse de l'éclair. Je prends le temps de démêler mes cheveux, si je ne le fais pas je vais le regretter très vite en vivant l'enfer dans très peu de temps. C'est la serviette sur la nuque, mes mains calées dans la poche centrale de mon sweat que je redescends vers le salon. Je me stoppe net en voyant Melina attendre sur la dernière marche et fixer ce qui semble nos invités d'une étrange façon. J'hume l'air pour essayer de découvrir si j'ai manqué quelqu'un.
Il ne me faut pas longtemps pour reconnaître les effluves de mon père et celles des autres Blake. Je rejoins Melina en faisant un peu plus de bruit. Elle décroche son regard de la personne qui avait toute son attention pour l'arrêter sur moi, un sourire lui échappe quand elle dit :
- Tu as enlevé toute la boue, dommage. Tu avais un certain charme avec.
- Ferme-la, je grogne. Si tu doutes de pouvoir laisser faire ce qui doit-être fait, je reprends en un murmure, tu ne peux pas rester.
- J'ai promis que je ne ferai rien qui devrais te faire renoncer à ta rose, assure-t-elle, je ne suis pas du genre à revenir sur mes promesses et de toute façon, je ne reste pas.
- Comme toujours…
- Je ne vois pas ce que c'est censé vouloir dire.
- Viens avec nous.
- Non.
- Melina !
- Tu ne me feras pas changer d'avis, je t'avais prévenue.
- Pourquoi dois-tu la faire changer d'avis ? S'informe Clarke nous faisant toutes les deux sursauter.
- Mince, fait du bruit la prochaine fois, je claque ma langue contre mon palet. J'essaye simplement de la convaincre de venir avec nous.
- Ce que je ne ferais pas, souligne aussitôt Melina en fixant de nouveau ce que je suppose être Octavia avec ce regard que je n'arrive pas vraiment à identifier, jamais.
- Je croyais que vous alliez tous les six dans le passé, intervient Raven rameutant tous les autres.
- Il n'y a aucune chance pour que Melina se résigne à revivre ce qui s'est passé durant le bannissement du dieu de la Guerre, je me trompe ?
Tous les regards se tournent vers Bastian et l'interroge silencieusement pour en savoir plus, tous sauf celui de Melina qui est clairement au beau milieu d'un meurtre. C'est alors que je comprends que c'est lui et non Octavia qu'elle dévisage depuis le début. Ses poings se serrent alors que ses iris semblent s'enflammer pour viré du pastel à cette couleur vive que j'ai mit tant de temps à effacer à son retour.
Il déconne grave Bastian ! Je venais tout juste de réussir à la faire revenir à la normal. Très franchement, il fait chier ce con ! Très bien, je dois me calmer, être trop vulgaire n'engendre rien de bon. Que penserait Anya ? Je n'aurai pas le temps de savoir ce qu'elle en penserait puisse qu'elle m'aurait mis la raclée de ma vie pour avoir oser être aussi peu poli.
- Il faut croire que je vais enfin savoir ce qu'il s'est passé ce jour-là pour toi, je peux presque voir son sourire satisfait à travers son masque. Tu n'as rien à dire ?
- J'aurai dû te laisser mourir la seule fois où tu as fait preuve de courage dans ta vie et que tu as voulu empêcher mon père de faire ce que de toute façon il faisait tous les soirs.
- Je suis intervenu parce que ton père avait perdu l'esprit.
- Crois-moi quand je te dis qu'il n'y a rien au monde qui le rendait plus heureux que de me torturer.
- Ton père t'aime, hurle Bastian.
- Le fait que tu puisses vraiment le croire m'inquiète au plus au point quand on connaît la lucidité dont tu devrais faire preuve. Je suis la personne que tu côtoies depuis toujours et pourtant, je suis celle que tu connais le moins.
- N'empêche, reprend-il en empêchant Melina de descendre des escaliers, je vais enfin savoir ce qu'il s'est passé ce jour-là, le triomphe dans sa voix me donne la nausée, et comme tu ne viens pas, personne ne pourra m'en empêcher.
La suite des évènements se passe comme au ralentit et pourtant, même si j'avais voulu l'en empêcher, je n'aurai pas pu. Le poing de Melina est parti sans prévenir, nous avons tous hurlé pour qu'elle se maîtrise, elle ne nous a pas écouté et ses phalanges ont percutés de plein fouet le milieu du masque de Bastian. Il a basculé en arrière mais elle l'a attrapé par l'épaule, j'ai cru voir ses cheveux passer du nacré au brun mais j'ai certainement tout imaginé. C'est alors qu'elle a armé son genou gauche pour le figer dans les côtes de Bastian qui ont craquées net sous la violence du coup. J'ai plaqué ma main sur ma bouche, choquée par une telle rapidité d'exécution et surtout la froideur du regard de Melina. Bastian est au sol à tenter de reprendre une inspiration normale quand elle s'accroupit devant lui et dit avec une telle haine dans la voix que je ne parviens pas tout à fait à reconnaître son intonation :
- Je regrette amèrement toutes les petites fois où je t'ai sauvé la vie. Tu veux savoir ce qu'il s'est passé ce jour-là, c'est très facile : tu n'étais pas là. La seule et unique fois où j'ai eu besoin de toi, tu n'étais pas là.
- Tu aurais pu me tuer, se plaint-il.
- Quand vas-tu enfin apprendre, reprend-elle avec le même ton glacial que lorsqu'elle a prononcer mon prénom tout à l'heure, je ne suis pas mon père, je ne suis pas mes sœurs, je ne suis pas une tueuse. Devienne quoi, elle saisit fermement le masque de Bastian entre ses doigts, ton masque a enfin servi à quelque chose.
-Je crois que ça suffit, s'impose Anya. Lâche-le, maintenant.
Melina ne l'écoute pas, elle ressert même ses doigts commençant à retirer le masque de Bastian. Tout le monde à envie d'aller l'aide mais personne ne le peut. Notre premier réflexe serait de saisir son bras mais il est dénudé et même si nous parvenions à l'éloigner, elle se débattrait certainement ce qui provoquerait des morts.
- Elle fait partie de la famille, hein, souffle entre ses dents Madi à mon intention.
- Je ne l'ai jamais vu comme ça, s'inquiète Jamie, elle est toujours calme.
- Elle a dû oublier de prendre ses cachets ou quelque chose parce que là, Aiden la pointe du doigts, elle est tout sauf calme, on dirait un Canis.
- Melina, gronde une nouvelle fois Anya.
- Lâche-le, la suit Lexa.
Je prends une forte inspiration en descendant les trois marches qui me restait. Je me tourne vers mon cousin et échange un regard avec lui. Il secoue la tête. Ouais… j'ai tout à fait conscience que ce que je m'apprête à faire est stupide. Je contourne Melina en évitant précautionneusement de la toucher, je me retrouve près de la tête de Bastian qui cesse de hurler pour qu'elle le lâche et je m'accroupis.
- Scar, s'égosille Thomas.
Je coince ma main droite derrière ma nuque, ferme les yeux quelques secondes et me concentrant sur ma respiration. Surtout, ne pas faire de geste brusque. Tout en ouvrant lentement mes paupières, j'appose ma main près de celle de Melina qui sursaute et lâche précipitamment sa prise sur le masque de Bastian. Ces cils battent alors devant ses iris à une vitesse incroyable et à chaque fois qu'ils se relèvent, ses yeux ne sont plus de la même couleur. Quand les nuances pastelles se stabilisent, Melina ancre son regard dans le mien et l'intensité vacille entre la stupeur et la terreur.
- Ça devenait un peu trop moins de 18 ans à mon goût, je souris alors qu'elle fronce les sourcils, et puis, je n'arrive pas à la quitter des yeux, je suis entrain de devenir accro à ce que je décèle tout au fond de ses iris, je t'avais dit de me laisser le frapper.
- Scar, tu n'as pas intérêt, commence Thomas.
Je ne le laisse pas finir, me redresse en agrippant Bastian par son haut et le balance à travers la pièce avec un sourire triomphant. Melina écarquille les yeux au possible et je hausse les épaules en lui rappelant doucement qu'une famille se protège, même du plus imbécile des pleutres. Puis, j'entends un hurlement suivi d'un fracas tout sauf rassurant, je me penche légèrement en arrière, j'esquisse tout de suite une grimace en voyant le trou béant dans le mur du salon et Bastian à plat ventre sur la terrasse.
- Oups…
- "Oups", s'énerve Thomas, mais à quoi tu pensais ? Tu es devenue complètement folle ? "Oups", non mais je rêve. Tu es censée te maîtriser !
- Je me suis maîtrisée, je me défends aussitôt.
- Scarlet !
- Quoi ? J'avais envie de lui arracher la tête, sauf preuve du contraire, sa tête est toujours accrochée à ses épaules.
- C'est un joli Strike, me félicite Madi avec un pouce en l'air.
- Ne l'encourage pas, s'insurge Thomas.
- Depuis le temps que je rêvais de faire ça, soupire Jamie.
- Mais non, bougonne mon cousin, pas toi.
- Je crois qu'on a tous eu envie d'arracher la tête de Bastian un jour ou l'autre, reprend Aiden. Tu vas bien Melina ?
Melina ! Je l'avais complètement oublié ! Toute mon attention se reporte automatiquement du nuisible vers celle que j'aime. Est-ce que je suis en train de penser le plus naturellement du monde que je l'aime ? Il faut croire que oui.
- Je suis désolée, souffle-t-elle.
- Nous ne te demandons pas de t'excuser, je réponds, nous essayons de savoir si tu vas bien.
- Ce genre de chose ne m'était pas arrivé depuis super longtemps, glisse-t-elle avant de remettre ses lunettes sur son nez et de passer sa main dans ses cheveux, pas depuis 14 mois pour être exacte, précise-t-elle en plongeant son regard dans le miens.
- Parce que ce genre de frénésie meurtrière arrivait souvent ? Veut savoir mon père.
- J'en sais rien, soupire-t-elle en massant ses tempes, j'évolue sans le moindre mode d'emploi et vous, vous savez pourquoi votre loup pète des câble de temps en temps ?
- En général, répond Lexa, si je perds le contrôle c'est qu'un idiot s'en prend à ma meute.
- Ou un accès de rage, précise Octavia.
- Ou parce que nous sommes assez stupides pour ne pas écouter nos instincts primaires.
- Anya, explose Lexa.
- Je n'ai rien dit, répond-elle clairement amusée.
- Je vais vraiment finir par regretter d'avoir été aussi honnête avec toi.
- Non, jamais, sourit Anya, pas avant le jour où je déciderais d'avoir une conversation digne de ce nom avec Clarke.
- Je dois savoir quelque chose ? S'informe aussitôt la blonde.
- Non, sur-réagit quelque peu l'alpha des Triku, Anya, je vais te tuer !
- 14 mois, je tique un peu à retardement en m'accroupissant de nouveau devant Melina, tu as rejoint la meute il y a 14 mois.
- Oui, dit-elle lentement en fronçant les sourcils, je sais.
- Je te l'avais dit, je souris, tu as trouvé une nouvelle famille.
- N'empêche, reprend Bastian la voix étouffée par la douleur, elle ne viendra pas dans le passé avec nous.
- Lui, je fais un vague signe de la main pour le désigner, il fait partie de ton ancienne famille alors je décrète que pour te protéger, j'ai le droit de le frapper à chaque fois qu'il t'ennuiera.
- Tu ne peux pas faire ça Scar, me sermonne Thomas.
- C'est soit ça, soit une frénésie meurtrière, je réponds du tac-au-tac en le défiant du regard.
- Bastian a au moins raison sur un point, murmure Melina, je ne viens pas dans le passé.
Je détourne mes yeux de Thomas pour qu'ils retrouvent ce point d'attache si important qu'est Melina. Pourquoi elle n'arrête pas de dire qu'elle ne vient pas ? Il faut qu'elle vienne.
- Je reste ici, elle prononce ces quelques mots avec une douceur infini, je te l'avais dit que ce serait un au revoir, Éleusis.
- Je ne te laisserai pas partir, je secoue la tête.
- Je crois que tu te trompes, tu es celle qui part.
- Dans ce cas, je ne le laisserai pas rester.
- Dans ce cas, elle me sourit ce qui fait chavirer mon cœur, j'ai réussi, tu avais raison, elle se remets sur ses pieds rapidement, je suis celle qui part.
- Qu…
Je n'ai pas le temps de finir mon exclamation et encore moins de me redresser sur mes deux pieds qu'elle a déjà été aspirée par la lumière crée par ses mains.
- Elle se fout de moi, je hurle.
Je me reçois immédiatement un revers de main sur le haut de la tête. Je fusille Thomas du regard qui a une étrange douceur au milieu de ses iris avant qu'il ne prononce avec un sourire extrêmement timide :
- Langage !
- T'es sérieux ?
- Très.
- Mais elle vient de… elle est…
- Melina ne voulait pas venir, tu n'allais tout de même pas l'enfermer dans une malle et la kidnapper pour l'obliger à nous accompagner.
- Pourquoi pas, j'explose.
- Scar…
- Quoi ? Melina a besoin de nous, elle n'a jamais eu personne à part cet énergumène là-bas et toutes ses sœurs essayent de la tuer, elle doit venir avec nous.
- Elle ne viendra jamais, assure Bastian en se relevant.
- Toi la ferme !
- Langage, s'agace mon cousin avec une nouvelle tape derrière ma tête.
- Tu vas arrêter de faire ça ?
- Tu vas arrêter d'être vulgaire ?
- Arrête de me traiter comme une enfant !
- Tu es une enfant !
- J'ouvre les paris, s'extasie Madi, je mise 5$ sur Scar !
- Je te suis, sourit Aiden.
- Moi aussi, s'amuse Jamie.
- Quoi ? Tu paris contre moi, demande Thomas à sa petite amie, choqué.
- Je suis désolée mon amour, mais Scar est remontée à bloc.
- C'est parce que vous l'avez tous encouragée ! Si elle continue à se dévergonder de la sorte, Anya va nous tuer à notre retour.
- Ah… parce que tu crois que c'est pour ça qu'Anya nous tuera ? Demande Madi avec incrédulité.
- Je n'ai l'intention de tuer personne, intervient la principale concernée.
- C'est parce que Scar n'est pas encore née, assure Aiden.
- Clairement, soupire Thomas, tu deviens une espèce de tueuse psychopathe dès que quelqu'un à l'audace de froisser un de ses cheveux.
- Anya ne me surprotège pas à ce point, je proteste.
- A peine, rit nerveusement les quatre autres.
- Une tueuse psychopathe, s'amuse Raven, j'ai hâte de voir ça.
- Tu n'es pas mieux, lui assure Madi avec un frisson.
- Bon ça suffit, je vais chercher Melina !
- Tu ne la trouveras pas, renchérit Bastian.
- Tu commence sérieusement à me faire chier Bastian ! Bats les pattes Thomas, j'esquive de justesse une nouvelle tape, si tu me touches, je te bouffe la main la prochaine fois que je me transforme. Maintenant, je vais chercher Melina !
- Tu ne la trouvera pas, insiste Bastian, je n'ai jamais su où elle allait quand elle disparaît comme elle vient de le faire et quand elle s'enfuit, il ne reste plus aucune trace d'elle.
L'endroit sûr dont elle m'a parlé, c'est forcément là-bas qu'elle s'est rendue. Le tout c'est de le trouver, ça ne doit pas être si difficile, du moins en théorie. Je me rends bien vite compte que cet imbécile de Bastian dit vrai, c'est comme ces 16 derniers jours, Melina a complètement disparue, je ne la sens plus.
Je serre les poings alors que mes iris s'effacent pour devenir ceux de mon loup. Je sens la terrible morsure de la rose sur mon épaule. C'est insupportable !
Melina n'a pas le droit de partir sans rien dire…
D'ailleurs pourquoi elle est revenue si c'est pour disparaître aussi rapidement et sans la moindre explication. Un au revoir, elle a été claire depuis le début. J'ai simplement refusé de l'écouter. Tout ce que je voulais c'est qu'elle reste avec moi, près de moi parce que j'en avais besoin et durant tout ce temps, pas une seconde je me suis demandée ce que Melina désirait.
Je l'ai bien entendu dire qu'elle ne voyagerait pas dans le passé, elle l'a assez répété mais je ne l'ai pas écouté, pas vraiment.
- Depuis le début, tu savais que Melina ne viendrait pas, j'accuse Bastian avec colère.
- Qui ça intéresse ? De toute façon, Melina fait toujours ce qui lui chante sans se soucier des autres.
- Sans se soucier des autres, je répète amèrement, tu me rappelles grâce à qui tu es encore en vie aujourd'hui ?
- Elle se doit de me protéger, elle ma donné sa parole.
- Elle se doit, je vais le fracasser jusqu'à ce que mort s'en suive, elle est quoi, ton esclave ?
- Okay, tout le monde se calme, intervient Madi en s'interposant entre moi et l'autre couard, dois-je te rappeler que nous avons besoin de lui pour voyager dans le temps ?
- Tu as entendu comment il parle de Melina ?
- De la même manière que d'habitude, répond calmement Madi.
- Et bien avant je n'avais pas remarqué qu'en plus d'être un indécrottable poltron c'était en plus un véritable connard ! Ne me touche pas Thomas, je me retourne vivement vers mon cousin qui avait déjà armé son bras par réflexe en le menaçant de mon indexe, je te jure que si tu me touche, je transforme ton bras en charpie.
- Très bien mon amour, tu viens près de moi, sourit nerveusement Jamie, tout de suite.
- Ouais, Thomas déglutit, j'arrive.
- Tu penses que je suis un froussard mais si Melina ne vient pas avec nous c'est parce qu'elle est terrifiée par ce qu'elle a vécu à cette époque.
- Tu parles de son père, je comprends.
- Non, du fait que sans raison apparente, son père ait ordonné son exécution.
- Donc, tu parles bien de son père, je m'énerve.
- Son père ne lui aurait jamais réservé un tel sort, il l'aime. Elle a forcément déconné et je vais enfin savoir de quoi il s'agit, j'entends encore son sourire satisfait et il me met hors de moi, je vais enfin savoir pourquoi ma vie a été gâchée !
- Je vais te tuer.
Je ne me rends pas immédiatement compte que j'ai prononcé cette phrase à voix haute. C'est quand je découvre le choc dans le regard de Madi et le mouvement de recule de Bastian que je saisis que mes pensées ont filtrer jusqu'à mes lèvres. Je serre la mâchoire plus que de raison avant de faire volte-face. J'évite le regard d'Anya avant de me concentrer sur Lexa, je me racle la gorge avant de reprendre comme si de rien n'était :
- Alors vous êtes prêtes à nous laisser partir ?
- Ah… parce que tu es prête à partir sans Melina maintenant, s'informe Madi.
- L'autre lâche à raison sur un point, elle est introuvable et nous ne pouvons faire ce bond dans le temps qu'une fois et… le soleil va bientôt se coucher.
- Nous devons partir au plus vite, confirme Jamie.
- Je pense qu'au moins l'un d'entre nous devrais vous accompagner, je ne suis pas rassurée à l'idée de vous laisser aller dans le passé seuls, souligne Anya.
- Nous sommes déjà seuls dans le passé, répond immédiatement Aiden.
- J'en ai bien conscience mais ce n'est pas la même chose.
- Je suis d'accord avec Anya, réplique Lexa, vous serez en milieu hostile.
- Je n'ai pas le temps de réécrire le sort pour emmener une personne de plus, ment Jamie. Et, il faut que nous partions ce soir.
- Pourquoi, veut savoir Raven, pourquoi spécifiquement ce soir ?
- Lune rose, énumère Thomas en étirant son pouce, une pluie de météorite, il montre son indexe, sans oublier un alignement parfait avec Jupiter, il sourit en levant son majeur, exactement les mêmes conditions météorologiques que le jour du conseil de guerre contre le dieu de la Guerre, nous savons que son bannissement a eu lieux peu de temps après ce conseil alors c'est le meilleur moment pour arriver.
- Je croyais que tu te calais tes voyages dans les temps sur les battements de cœurs, en quoi de telles conditions sont utiles ? Insiste Raven.
Tous le monde sans exception se tourne vers Jamie. Nous n'avions pas prévu que Raven soit aussi curieuse. De façon purement instinctive, la petite amie de Thomas s'accroche un peu plus à son bras. Elle déteste mentir pourtant, elle va devoir le faire. J'espère simplement qu'elle va trouver une explication qui va convaincre la sorcière de sang et qui ne va pas faire naître de nouvelles questions.
Il est impératif que nous partions avant que ma mère ne commence le travail, avant que ma naissance ne devienne imminente.
- Nos arrivées n'ont jamais été très précise, reprend doucement Jamie, nous n'avions jamais eu besoin d'arriver à un moment exact mais aujourd'hui c'est le cas alors je me suis adaptée.
- Tu as été capable de réécrire un sort aussi complexe en aussi peu de temps ?
- Oui, souffle la petite amie de Jamie en rougissant.
- Impressionnant.
- Merci.
- Qui t'as appris à raisonner et comprendre la magie aussi bien ?
- Principalement toi, sourit Jamie, mais pour les grandes lignes, je suis une autodidacte. Jusqu'à ce que je rencontre Thomas, j'étais persuadée d'être humaine, j'ai été adopter et il n'y avait aucune sorte de magie quelqu'elle soit dans mon univers jusqu'à l'empreinte.
- Une autodidacte, je vois dans le regard de Raven une pointe de jalousie, Scarlet m'avait prévenue mais je ne voulais pas le croire, la façon dont ta magie est activée c'est… incroyable. Tu es comme un diamant brut.
- J'ai une sensation de déjà vu, répond doucement Jamie.
- Et je me souviens que j'ai répondu qu'aucune autre personne que moi ne façonnerait ce diamant, s'amuse Thomas en bombant le torse.
- Les lycanthropes et leurs foutu instinct de protection, soupire Jamie.
- Les sorcière et leurs foutu imperméabilité aux sentiments, la suit Thomas avec un clin d'œil.
- Je refuse d'assister à une scène de ménage entre vous deux, intervient immédiatement Madi, il est hors de question que je ramasse les bouts de corps qui joncheraient le sol après ce « léger conflit ».
- Tu t'inquiètes pour rien, la rassure Aiden, ils ne se sont jamais disputés.
- Que tu crois, siffle-t-elle entre ses dents, je suis la seule à vivre en permanence sous le même toit que ces deux-là. Ils sont intenables ! Je dirai même insortable ! Je suis encore choquée par…
- Je crois que ça suffit, Thomas à bondit pour plaquer sa main sur la bouche de sa sœur adoptive, tu en as assez dit.
- Ça ne va pas le faire, décrète subitement Lexa.
Etant tous les cinq choqués par ses propos, nous nous replions dans le silence et fixons l'alpha des Trikru en attendant une explication.
- Je ne peux pas vous laisser aller dans le passé, se serait irresponsable. Je suis votre alpha et je vous interdis de partir.
- Mais enfin Lexa, souffle Anya.
- Ils sont incapables de se tenir, incapables de rester plus de cinq minutes sans se disputer. Je ne peux pas les laisser partir, se serait irresponsable de ma part.
- Nous aussi nous avons du mal à ne pas se lancer de piques, lui rappelle gentiment Anya.
- Ce n'est pas pareil. Depuis qu'ils sont là, je ne les ai jamais vu être d'accord pour quoi que ce soit, je peine même à croire qu'ils aient été assez futés pour arriver jusque là.
- Lexa, gronde Aiden en faisant ressortir son aura d'alpha, nous partons avec ou sans ton accord.
- Tu m'as dit que j'étais toujours leurs alphas et je ne les laisse pas partir.
- Nous t'avons déjà désobéi, souffle Madi avec je le sais une boule dans la gorge et un pincement au cœur, nous l'avons déjà fait même si ça nous a brisé le cœur, ne nous oblige pas à recommencer, s'il te plaît.
- Je ne risquerai pas vos vies sur un coup de poker, s'énerve Lexa.
- Toutes les familles se disputes, lui répond Thomas, c'est normal de le faire.
- Et c'est notre façon d'oublier que nous sommes complètement bousillées, je complète en souriant à Thomas, ces disputes, c'est un moyen pour nous de garder la tête hors de l'eau de savoir que nous aurons toujours ces quelques personnes sur qui compter, comme toi avec Anya, vous êtes toujours là l'une pour l'autre, c'est pareil pour nous.
- Ce n'est pas pareil, insiste l'alpha des Trikru.
- Lexa, prononce doucement Anya essayant de la tempérer.
- Ose me dire que tu as envie de voir partir Scarlet, vas-y, ose me le dire !
- Je n'en ai pas envie mais je crois que de toute façon quoi que nous décidions, ils n'en feront qu'à leurs têtes. Ils sont déjà là contre notre volonté.
- C'est trop dangereux et…
- Lexa, cette fois c'est Clarke qui intervient, laisse-les partir.
- Mais…
- Ils ont besoin de le faire par eux même, sourit doucement Clarke en glissant ses mains sur les joues de Lexa ancrant ses iris océans dans l'émeraude qui compose ceux de son âme-sœur, comme lorsque tu t'es relevée après ce que t'as fait subir Lyssa, comme quand j'ai dû affronter la mort de mon père ou comme lors de notre périple pour retrouver Anya et les autres.
- Ce n'est…
- C'est exactement pareil, il y a certaine chose que nous devons faire par nous même et ces cinq là ont besoin de faire ce voyage dans le temps.
- Mais c'est dangereux, bougonne Lexa.
- Pas autant que de rentrer dans une pièce avec un semi-démon qui ne contrôle pas ses ténèbres, pour tenter de la calmer.
- C'est petit, grogne l'alpha.
- Peut-être mais je viens de gagner cette manche, lui répond Clarke avec une infinie douceur. Allez-y, elle fait un signe de la main vers nous, avant qu'elle ne change encore d'avis.
- T'es la meilleur m… Clarke, se rattrape de justesse Madi.
Je manque d'éclater de rire quand je vois Thomas lui infliger la petite tape derrière la tête avec un regard de reproche. Le seul petit problème c'est que Madi n'est pas moi et elle est loin d'être aussi patiente, très loin. Il lui faut moins d'une seconde pour saisir le poignet de mon cousin et de lui tordre dans le dos.
- D'où tu me frappe, hurle-t-elle, tu m'as pris pour Little One ?
- Ils recommencent, se désespère Lexa.
- Mais non, s'amuse Clarke, c'est ton imagination.
- Et bien mon imagination fait un peu trop de bruit, se plaint l'alpha.
Sans prévenir, Clarke se met sur la pointe des pieds pour embrasser Lexa à pleine bouche ce qui fait taire immédiatement Thomas et Madi qui continuaient de se chamailler dans leurs coins. Par réflexe, et parce qu'ils ont toujours agit de la sort, ils se cachent mutuellement les yeux en grommelant qu'ils ne devraient pas avoir à assister à ce genre de spectacle ou encore que c'est traumatisant pour des enfants de voir ce genre de scène avec leurs parents.
Ils exagèrent comme toujours même si Clarke et Lexa sont loin d'être aussi proches que dans le futur. Je dois bien avouer que nous avons assisté plus d'une fois à ce genre de baiser qui dégénérait. Et, j'imagine que de vivre avec elles quotidiennement doit bel et bien être traumatisant au final. Je me souviens que lorsque j'avais huit ans Thomas et Madi évitaient toutes les cuisines de peur de surprendre une nouvelle fois leurs mères au beau milieu d'une partie de jambes en l'air.
Aiden me fait un signe de tête pour m'inviter à le suivre alors qu'il saisit les épaules de Thomas et Madi pour les faire reculer. Je les suis sans hésiter jusqu'à la porte d'entré avant de me retourner brusquement et de foncer dans les bras de mon père pour le serrer aussi fort que possible. Un sourire béat étire mes lèvres quand je m'éloigne en lui assurant que nous nous reverrons bientôt et j'enlace ensuite Raven qui étire ses bras au possible le plus loin de moi pour éviter tout contact avec ses mains, puis Anya un peu plus longuement. Je suis déçue de ne pas pouvoir dire au revoir à ma mère.
Au revoir… un terrible pincement au cœur se réveil. Je ferme les yeux et secoue la tête pour chasser Melina de mes pensées. Évidemment c'est peine perdue, elle hante chaque recoin de ma tête cette emmerdeuse. Je n'arrive toujours pas à croire qu'elle soit partie sans que je ne puisse la retenir.
Je ne sais pas quand je vais pouvoir la revoir et ça m'angoisse terriblement.
"Au revoir"… elle était simplement venue pour me dire au revoir. Qui fait ce genre de chose ? Est-il possible qu'elle tienne à moi ? Question stupide… j'ai toujours su qu'elle avait une profonde affection pour moi, peut-être plus. Elle a cette façon de me regarder, c'est très troublant. À travers ses yeux, je suis la personne la plus importante de son monde mais jusqu'à aujourd'hui, j'ai rejeté tout ceci. Je ne ferai plus la même erreur en la revoyant.
Je compte bien lui faire comprendre que pour moi aussi elle est importante, que je l'aime et que si elle disparaît à nouveau de la sorte, je lui arrache le cœur de mes propres mains ! Ouais… en fait, non c'est une mauvaise idée parce qu'elle serait très morte. Je vais plutôt reprendre l'idée de Thomas et la séquestre dans une malle jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'elle ne peut pas m'échapper. Ce n'est pas comme si j'avais 36000 autres solutions… j'ai bien pensé à me jeter sur ses lèvres et lui voler un baiser mais dans ce scénario, c'est moi qui serai très morte.
Par le Satan originel, comme dirait Melina, je déteste tellement de ne pas pouvoir la toucher, c'est un véritable supplice, la pire torture qu'il soit. Je ne connais aucune autre condition qui puisse être aussi inimaginablement insupportable que de passer toute ma vie à l'aimer sans pouvoir la toucher !
Je l'aime. J'aime Melina. J'ai encore un mal fou à le réaliser et pourtant, rien ne me semble plus verdict que ceci : je l'aime. Je me demande combien de temps j'ai pu perdre à ignorer mes sentiments et pire ma rose. C'est fou que j'ai pu me battre aussi longtemps contre elle mais je ne le ferai plus, plus jamais. J'accepte entièrement mes sentiments pour Melina même si je suis condamnée à ne jamais pouvoir ne serait-ce qu'effleurer sa peau, ne jamais glisser ma main dans la sienne, ne jamais goûter ses lèvres ou ne jamais passer mes doigts dans ses cheveux.
- Scar !
- Hum…
- Où est-ce que tu étais partie ? Sourit Thomas en ébouriffant les cheveux.
- Dans mes pensées ?
- Sans blague, s'amuse-t-il.
- 50$ qu'elle s'inquiétait pour Melina, intervient Madi, arrête de t'en faire Little One, reprend-elle en passant à son tour sa main dans mes cheveux, je suis certaine que la chieuse de service va très bien, conclu-t-elle avec un clin d'œil.
- Vous voulez bien arrêter de faire ça, je souffle en baissant les yeux et en lissant mes cheveux.
- Tu es certainement la seule alpha au monde à qui nous pouvons faire ça sans risquer de perdre notre main, souligne Madi, je trouve que c'est génial. Et de cette façon, elle tapote ma tête, je me rappelle que malgré mon physique c'est toi le bébé du groupe Little One.
- Madi, je soupire.
- Je suis absolument certaine que Melina va bien, arrête de t'inquiéter et concentre toi.
- Je suis concentrée à 100%, je mens.
- Dans ce cas passe à 110%, réplique Thomas.
- Je suis prête, nous annonce Jamie.
Mon regard s'arrête sur le pentacle de feu. J'avance en même temps que les quatre autres. Je me place sur la pointe d'une des branches. Jamie commence l'incantation que je vais finir par connaître par cœur. Une boule de feu gigantesque se forme au-dessus de nos têtes, la chaleur me brûle la peau, tout mes instincts me poussent à reculer mais je ne doit pas rompre le sort alors je reste bien droite.
Je tente d'échanger un regard avec Thomas pour me rassurer mais toute son attention est centrée sur Jamie ce qui est normal. J'arrête mon regard sur Madi qui sourit à pleine dents, son adrénaline bat des records, elle adore cette situation. Aiden paraît plus calme, mais je sais qu'il est tout autant impatient. Il adore les sensations que provoquent les sauts temporels. Je suppose que durant ce court laps de temps, il oublie la douleur qui fait saigner son cœur et son âme. J'ignore complètement Bastian et c'est mieux pour lui. J'ai encore des envies meurtrières à son égard et je pense que ce n'est pas prêt de se calmer. Je ne supporte pas qu'il ait pu parler de Melina comme si elle lui appartenait ou pire comme si certains de ses choix avaient pu gâcher sa vie, alors qu'elle la lui a clairement sauvé plus d'une fois.
Je commence à me sentir angoissée. J'entends de nouveau l'avertissement de Melina qui me dit et me répète que je ne vais pas aimer ce que je vais découvrir. Un nœud de terreur se noue dans mon estomac et je me force à me concentrer sur ma respiration pour le faire disparaître. L'horrible vérité m'éclate en pleine figure, je vais faire ce voyage sans Melina. Je vais être terriblement loin d'elle, bien plus que je ne l'ai jamais été depuis qu'elle est apparue tel un mirage il y a 14 mois, chamboulant toute ma vie. Je coince l'ongle de mon pouce entre mes dents et commence à le mordiller alors que le monstre qui ruine mes entrailles semble encore grandir.
Puis, subitement une accalmie des plus étranges s'empare de moi. Je me sens étrangement calme. Je fronce les sourcils en sentant de petits picotements dans mon épaule, provoquer par la rose. La pénombre tombe et pourtant, une lumière m'éblouit.
Melina est là. Elle me sourit en me faisant un petit signe de la main. Elle ne me trompera pas, je parviens à lire la tristesse dans ces gestes.
- Au revoir Éleusis.
- Meli…
Je commence à l'appeler avant de me sentir valser dans tous les sens. La dernière chose que je vois, ce sont ses larmes. Après, tout n'est qu'une succession de valse effrénée dans le vide, c'est comme être prit dans une tornade avant que tout s'arrête violemment, le dos fracassé contre un sol poreux mais étrangement sec. Je prends une première inspiration mille fois difficile et sans me contrôler la fin de prénom que j'ai voulu hurler m'échappe alors que je relâche l'air.
Je m'assoie difficilement, passe le dos de ma main sur mes lèvres y laissant une trace d'un liquide poreux à l'odeur acide : du sang.
Je suis complètement essoufflée et ma respiration ne semble pas vouloir se calmer. Je fixe ma peau tâchée de sang. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Il n'y a jamais eu ce genre de problème lors d'un voyage dans le temps. Sans prévenir, la rose s'agrippe à ma peau comme elle ne l'a jamais fait et l'odeur du sang s'aggrave, elle ressert encore son étreint sur mon cœur comme les serres d'un rapace sur une proie. Je hurle de douleur, faisant vibrer mes cordes vocales comme jamais.
Une main glisse sur ma joue, je perçois quelques mots mais ils sont inintelligibles au milieu de mes cris. Une pression s'effectue sur mon épaule, à l'endroit même où la rose se déchaîne. J'ai envie d'éloigner cette personne, certainement Thomas de peur qu'il soit blessé, mais je suis incapable d'effectuer le moindre mouvement. Je suis figée par les maux que provoquent la rose. Puis je suis subitement protégée par des bras qui me serre fortement sans pour autant m'écraser et un calme absolu m'envahis.
- C'est bien ce que je craignais, résonne une voix qui m'est étrangement familière, mais que pourtant je ne reconnais pas, vous avez brisé le temps.
FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE
Voilà pour le nouveau chapitre de cette fiction. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! Des suppositions pour la suite ? J'ai hâte de connaître vos réactions sur ce chapitre, la relation entre Scarlet et Melina et surtout sur cette dernière phrase.
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
Je sais que je n'ai pas répondu aux reviews récemment par manque de temps mais je lis chaque commentaire avec joie et je vais tâcher de répondre à toute celle qui seront poster sur ce chapitre ! :)
En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre !
Je pense revenir avec la troisième partie d'ici trois semaine, donc le vendredi 31 mai 2019. La vidéo teaser est déjà prête donc je vais consacrer ces trois semaines à l'écriture de NMRP mais aussi à un projet d'écriture (Clexa) annexe beaucoup plus court. Quand voulez-vous découvrir le teaser ? Le plus vite possible ou juste avant le prochain chapitre ? Comme d'habitude, je publierai la vidéo sur YouTube, Facebook et Tumblr.
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