Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !
Quelque mot sur ce chapitre : Alors, vous êtes prêt pour la parie 3 de NMRP, le titre de la partie ne vous pas pas trop peur ?
Les personnages de la série The 100 ne m'appartient pas, seule l'histoire est à moi.
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 3 : Première à mourir
Fading out, fading out, can't get right Ça s'estompe, s'estompe, je ne l'ai plus bien
I'm tossing out, turning out every night Je tourne et me retourne toutes les nuits
I'm losing my, losing my goddamn mind Je perds, perds ma satanée raison
Ask me why I did it, ask me why I did it, I said Demandez-moi pourquoi je l'ai fait, demandez-moi pourquoi je l'ai fait, j'ai dit
All for love Par amour
Ask me why I did it, I said Demandez-moi pourquoi je l'ai fait, j'ai dit
All for love Par amour
Madison Beer - All For Love (cover Charlotte Hannah)
Chapitre 41 : (I)mortel
Ce jour-là, elle avait contemplé son reflet et remarqua immédiatement le changement. C'était infime, quasi imperceptible pourtant un regard avait suffi pour qu'elle comprenne. Elle prit une grande inspiration et se força à sourire.
Très bien, c'était aujourd'hui, ce jour serait le dernier et elle ferait en sorte qu'il soit mémorable. S'il fallait véritablement mourir, autant le faire avec panache.
Mes mains recouvertent de sang tremblent alors que ma respiration est complètement désordonnée. Je fixe ces tâches rouges avec horreur chaque inspiration semble être une offense. Je n'arrive pas à réaliser que je n'ai rien pu faire. J'ai été si impuissante, si inutile.
Je me laisse tomber en arrière ne trouvant plus aucun soutien de la part de mes jambes. Mon dos percute violemment le mur, me coupant complètement la respiration pendant une seconde ou deux. Il me faut un temps qui me semble infinie pour reprendre une inspiration digne de ce nom. Et durant tout ce temps, je suis incapable de lâcher mes mains des yeux, le sang s'égoutte de mes doigts jusqu'au sol créant un clapotis assez angoissant, imbibant le carrelage et mes chaussures.
Mon cœur raisonne dans ma tête provoquant une migraine des plus atroce, il pulse dans chaque recoin de mon corps, jusqu'à provoquer des douleurs, faisant un peu plus trembler mes mains qui fourmillent sous les impulsions de mon organe vital provoquant des picotements dans le bout de mes doigts.
Je me laisse glisser contre le mur mais reste accroupie. Chaque inspiration, chaque expiration part en vrille. Je suis aussi essoufflée que si j'avais couru des heures durant. Mais mon état n'est en rien physique, c'est l'émotionnel qui est en train de me lâcher. Peut-être pour la première fois de ma vie j'ai échoué et les conséquences risquent bien d'être terribles. Comment j'ai pu laisser un tel carnage se produire ? J'aurais dû trouver un moyen de l'arrêter.
J'aurais dû…
J'agrippe ma tête entre mes mains, glissant mes doigts gorgé de sang dans mes cheveux. Mon corps est rapidement secoué par des sanglots. Je n'ai pas été assez forte, ni assez rapide. Comment j'ai pu laisser cette attaque se dérouler sous mes yeux ? Comment j'ai pu rester aussi passive ?
Je…
Quoi qu'il advienne, plus le temps passe et plus l'horreur de la réalité me frappe. Et au final, il n'y a qu'une pensée qui s'élève au-dessus de toute les autres : c'est de ma faute. Je n'arrive pas à me détacher de ce sentiment de culpabilité. Pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas d'autres explication. C'est ma faute.
Des doigts viennent s'agripper fermement à mon épaule, ils se veulent réconfortent mais je ne parviens pas à apprécier le contact. Je frissonne alors que les larmes s'accumulent de plus en plus sur mes joues. La main se veut de plus en plus rassurante mais je l'ignore. Comment pourrais-je apprécier ce contact alors que je suis responsable du malheur qui nous frappe ? Je n'arrive plus à respirer, je me noie dans mes tourments. J'entends qu'on m'appelle, je comprends même quelques mots qui devraient me rassurer pourtant je ne parviens pas à y croire.
Tant qu'on ne me dira pas qu'elles ne sont pas perdues, je ne pourrai pas ne serait-ce qu'envisager que quelqu'un puisse vouloir effacer cette culpabilité qui me ronge de l'intérieur. Je me suis figée… comment j'ai pu rester statufié devant une telle cruauté ?
J'étais complètement pétrifiée comme si cette scène atroce ne se déroulait pas dans ma réalité. Je me suis recroquevillée dans une bulle ou je n'avais pas à assister à ce massacre. En un instant, je suis devenu aveugle, sourde, muette et complètement stoïque. Je ne pouvais pas croire de la violence qui se déroulait sous mes yeux puisse être réelle. Je n'aurai jamais pu imaginer que… que…
J'ai envie de hurler mais tout ce que je parviens à faire c'est m'écrouler un peu plus contre le mur. Je suis prise dans une angoisse qui m'empêche de respirer alors que la catastrophe qui s'est déroulée sous mes yeux se rejoue pour la énième fois dans mon esprit. Je n'y arrive pas… je n'arrive pas à concevoir que j'ai pu rester à ce point passive. Je n'ai pas su surmonter le choc, j'ai été complètement ébranlé, dépassé par une telle violence.
Comment ? Comment est-ce arrivé ? Comment je n'ai pas pu le voir venir ?
Je sens une nausée d'une brutalité rare s'emparer de mon corps. Je me recroqueville encore plus alors que la bille se forme dans ma gorge. L'odeur du sang n'aide pas, je déglutis et mon haut-le-cœur devient plus virulent. Je me force à prendre une forte inspiration, relève la tête et essuie les larmes sur mes joues de mes mains tachées du sang de celles que je n'ai pas pu sauver. Je ne l'ai pas fait, n'est-ce pas ?
Des pas provenant de l'infirmerie s'avancent. Je bondis pour me relever éloignant de ce fait la personne qui tentait de me réconforter. Je cligne des yeux pour chasser l'étourdissement qui s'empare de moi. Je fais un premier pas mais je me sens tanguer, alors je m'appuie encore une fois sur le mur. J'avance de façon maladroite en gardant un contact constant avec le mur à ma gauche. La porte grince. Mon regard se vide de toute vie alors que l'odeur âcre, encore plus forte, du sang s'engouffre dans mes narines. Je vais vomir. Je vais vraiment vomir.
Mon attention et plus particulièrement mon regard réussit l'exploit de se stabiliser sur Abby. D'un petit signe de tête négatif, je comprends qu'elle n'a pas de bonne nouvelle. C'est un cauchemar. C'est forcément un cauchemar. Peut-être que si je me gifle assez fort, je vais finir par me réveiller. Les lèvres d'Abby commencent à se mouvoir mais aucun son ne parvient jusqu'à mes oreilles. Lentement je me sens m'éloigner de cet instant, je ne distingue plus que des ombres et quelques couleurs. Une nouvelle migraine s'impose alors que mes larmes redoublent. Je ne veux pas entendre ce qu'elle a à me dire et je me protège en m'extirpant du moment présent. C'est indigne de moi. Je ne suis pas cette personne. Pourtant, je n'arrive pas, je n'arrive vraiment pas à réaliser ce qu'il vient de se passer.
- Lexa, Abby saisit fermement mon bras me ramenant à la réalité, je sais que c'est difficile mais j'ai besoin que tu prennes une décision, maintenant.
- Je… je…
- Normalement c'est à Anya que reviendrait cette décision mais je ne peux clairement pas le lui demander dans son état. Alors qu'est-ce que je dois faire ?
Anya… mes larmes embrument de nouveau mon regard. Ma respiration s'affole. Je fais un pas en arrière en secouant la tête pour échapper rien qu'un instant à l'horreur qu'est devenu la réalité, ma réalité. J'ai toujours été convaincue de la laideur du monde mais jamais je n'aurai pu imaginer une telle ignominie. Anya… elle ne me pardonnera jamais ce qui est arrivé. Jamais. Comment le pourrait-elle ? Je serai incapable de le faire si les rôles étaient inversés.
- Ne me demande pas ça, je supplie, ne me demande pas de choisir.
- Pourtant, il le faut.
- Je… je… je ne peux pas.
- Bien sûre que si, gronde Abby, reprends toi !
- Je ne peux pas, je hurle.
Ma tête est violemment projetée sur le côté droit, j'écarquille les yeux au possible alors que je réalise que Abby vient de me gifler. D'un geste tremblant, je viens toucher ma joue meurtrie. La douleur irradie ma peau, mes doigts glissent et mes bras se retrouvent ballants tout contre mon corps. Je ferme avec force mes paupières en plissant le nez, regrettant déjà la question que je m'apprête à poser :
- Qui a le plus de chance de survivre ?
- Echo, répond durement Abby. L'enfant n'a aucune chance.
- Scarlet, je souffle sans pouvoir regarder la mère de Clarke, elle s'appelle Scarlet, avec une force et une détermination que je pensais ne plus avoir. Je plonge mes yeux embrumés de larmes dans ceux d'Abby, et nous savons qu'elle a une chance, elle vit, elle… elle est vivante.
- Il faut croire que comme pour la magie, les voyages dans le temps ont aussi un prix. L'enfant, elle insiste sur le mot, ne survivra pas. Alors demande-moi d'arrêter les soins, ils sont inutiles. J'aurai plus de chance de sauver Echo si je ne me concentre seulement sur elle.
- Je ne peux pas faire ça, j'assure en serrant les poings, je ne peux pas condamner un membre de la meute de ma sœur.
- Il va pourtant le falloir. Je ne peux pas m'adresser à Anya, tu dois prendre la décision.
- Anya ne serait jamais d'accord, je hurle à nouveau en sentant mon loup s'éveiller, jamais !
- Je ne peux pas la sauver, insiste Abby.
- Alors c'est une chance que vous ne soyez pas sa seule option Abigail Griffin, résonne une voix qui m'est étrangement familière dans mon dos.
Je me retourne lentement, la découverte de celle qui vient d'intervenir se déroule comme au ralenti. Une colère sourde raisonne en moi dès que mon esprit me confirme l'identité de cette personne. Je bondis pour m'en prendre à elle, ce n'est plus moi qui agit mais mes instincts primitifs. J'ai cette envie folle de lui arracher la tête mais au dernier moment alors que mes doigts ne sont plus qu'à quelques centimètres de sa carotide et qu'elle n'a pas bougée d'un micromillimètre pour m'échapper, je n'arrive plus à l'approcher. Il me faut à peine une seconde pour comprendre que toute ma garde rapprochée c'est allié pour m'empêcher de l'atteindre, d'obtenir vengeance.
- Lâchez-moi, j'ordonne.
- Tu ne peux pas la toucher, me rappelle doucement Indra.
- Tu savais, je crache ignorant totalement la chef de ma garde rapprochée, tu savais parfaitement ce qui allait arriver et tu n'as rien fait pour l'empêcher ! Pourquoi ? Pourquoi, ma voix se brise alors que j'étire encore mes doigts pour tenter de l'atteindre, pourquoi vous avez fait ça ?
- Calme toi, demande Costia, s'il te plait Lexa calme toi.
- Je croyais que tu l'aimais, je m'acharne en piaillant m'arrachant presque les cordes vocales, j'étais tellement persuadée que tu aimais Scarlet mais je me suis trompée puisque tu l'as laissé mourir !
- Lexa, vocifère Niko alors que je parvins à m'approcher un peu plus frôlant la gorge de celle que je veux atteindre, arrête tout de suite !
- Je ne la laisserai jamais mourir, répond avec colère Melina.
J'écarquille les yeux alors que j'ai du mal à assimiler toute cette rancœur qu'habite sa voix. Elle me toise avec une telle supériorité. Je me suis rarement sentie inférieure à quelqu'un mais face à ce regard, je n'ai pas honte d'avouer que je me sens toute petite.
Puis subitement, certainement sur le coup de la fureur qui la ronge, elle saisit vivement mon bras. Une peur telle que je n'en ai jamais connu s'empare de moi, ceux qui jusque là me maintenait me relâche subitement et s'égosille pour qu'elle me lâche. La rage dans ses yeux me fige sur place, une furie folle se déchaîne au milieu de ses iris, les animant et révélant une explosion de couleur qui passent du pastelle à des nuances bien plus vives, plus dangereuses.
- Si je ne suis pas intervenue c'est parce que c'était la volonté de Scarlet, gronde-t-elle, mais comme je l'avais prédit les choses ne se sont pas déroulé comme dans notre passé, les conséquences de l'attaque d'Octavia sont beaucoup plus grave. Je vais maintenir Scarlet en vie mais tu dois trouver Raven au plus vite, c'est la seule à pouvoir la sauver. La seule.
Melina me relâche et je sens tout mon corps trembler. Je regarde mon bras avant de dévisager ma vis-à-vis. Je dois bien avouer que durant tout le temps où ses doigts se sont resserrés sur ma peau, je me suis attendue à mourir mais j'imagine que comme pour le masque de Bastian, mon pull m'a protégé. Pourtant, je ne suis pas certaine qu'elle en était convaincue, elle se fichait complètement de me tuer ou non, elle voulait simplement extérioriser sa rage.
- Tu aurais pu me tuer, j'accuse.
- Tu n'es pas morte, se contente-t-elle de répondre avec un hochement d'épaule, je serai désolée quand Scarlet sera sauvée. Trouve Raven.
- Je ne sais pas où elle est, ni elle, ni Anya.
- Trouve-là, me somme-t-elle avec violence, maintenant !
- Vous ne pouvez pas parler à notre alpha de la sorte, s'énerve Costia.
Je fais un geste rapide pour la protéger alors que le regard de Melina de plus en plus menaçant se pose sur Costia. J'étire mes bras sur les côtés pour mieux la sauvegarder. J'ai conscience que comme moi, Melina n'est pas dans son état normal. Elle se contient autant que possible mais une simple étincelle pourrait la faire entrer en frénésie, elle se déchaînerait et sèmerait la mort à chacun de ses pas.
- Je vais la trouver, j'assure.
- Bien.
Elle passe à côté de moi et je remarque que chacun de ses pas fait vieillir le sol à vue d'œil, son épaule dénudée frôle le mur qui me soutenait encore il y a peu et des fissures naissent. Je fixe son dos alors qu'elle s'approche d'Abby. Je réalise alors que les locaux continuent de se dégrader qu'elle a dû bien plus se maîtriser que ce que j'ai cru quand elle a saisi mon bras. Je me demande si elle contrairement à ce que l'on croit elle est capable de toucher une personne. Elle en a certainement la capacité mais un contacte peau à peau lui demande peut-être trop d'effort.
- Que vas-tu faire ? Je demande la voix tremblante alors qu'elle passe près d'Abby la heurtant presque, combien de temps j'ai pour trouver Raven ?
- Fait au plus vite, je ne tiendrai pas longtemps.
- Combien de temps ? J'insiste.
- Je n'en sais rien, je n'ai jamais fait quelque chose d'aussi fou.
- Melina, je gronde alors que mon loup s'éveille à nouveau.
- Ne me menace pas Lexa, pas aujourd'hui. Je ne suis pas certaine de pouvoir me contrôler une nouvelle fois. Il n'y a rien de plus important dans ce monde que Scarlet pour moi alors je ferai tout pour la maintenir en vie jusqu'à l'arrivée de Raven mais ne tarde pas, je suis la mort, je ne suis pas censée prolonger une vie.
Je suis la mort. Cette phrase résonne dans ma tête comme un écho. La façon dont elle a prononcé ces quelques mots, il y avait du dégoût et une profonde tristesse dans son intonation. Je n'avais jamais considéré sa nature sous cet angle mais après tout, il est possible qu'elle soit vraiment la mort avec un grand M. J'ai entendu parler des faucheuses, les 72 filles du dieu de la Mort, des sorcières, mais je croyais que ce n'était rien de plus que du folklore.
Peut-être… oui, peut-être que j'ai vraiment la fille d'un dieu sous les yeux.
J'échange un regard avec Abby. Je n'arrive pas à croire ce que je m'apprête à lui dire. Pour gagner un peu de temps, j'ordonne aux membres de ma meute présents de partir la recherche de Raven sur le champ. Ils hésitent à m'obéir, me sentir à fleur de peau et aussi affaibli émotionnellement parlant ne doit pas les aider à me quitter. J'insiste en leurs assurant que je vais les rejoindre. Une fois qu'ils se décident à m'obéir j'ancre une nouvelle fois mon regard dans celui de la mère de Clarke, d'un infime mouvement de tête, je l'autorise à arrêter les soins de Scarlet pour se concentrer entièrement sur Echo.
Elle ne demande pas son reste et retourne immédiatement dans l'infirmerie. Je peine à déglutir alors que de la bile se forme à nouveau dans ma gorge. Si je ne parviens pas à trouver Raven, je viens de condamner un nourrisson à succomber à de terribles blessures. Je m'avance lentement jusqu'à la porte et regarde à travers le hublot. Cette fois, je me retourne pour rendre mon déjeuner, trop de sang, beaucoup trop de sang.
Je me redresse en essuyant ma bouche avant jette un nouveau coup d'œil à travers le hublot. Je capte immédiatement le petit signe de main timide de Clarke. Je devine son sourire à travers son masque chirurgical. Je sens qu'elle a terriblement envie de me rejoindre mais elle sait tout comme moi que si elle cède à ses pulsions elle ne parviendra pas à me quitter et sa présence est indispensable dans la salle d'opération. Elle me fait un signe de tête, je prends une forte inspiration. Elle a raison, je dois aller de l'avant. Il ne sert à rien de se lamenter, autant être utile à quelque chose, si je continue d'attendre, je vais devenir folle !
-Arrête ! Ne la touche pas ! Non !
La voix de Bellamy me fait sursauter. J'entre dans l'infirmerie avec fracas, mon regard se pose d'abord sur l'alpha qui s'appuie sur ses mains pour tenter de se redresser. Les blessures à ses jambes l'empêchent d'intervenir. Il continue de hurler. Je ressens une immense peine pour lui, il doit être complètement dévasté. Sa femme et sa fille sont entre la vie et la mort et cette situation n'est dû qu'à la monstruosité de sa propre sœur.
Je suis son regard et découvre avec horreur Melina prendre Scarlet dans ses bras. J'écarquille les yeux au possible. Je me précipite pour lui faire lâcher le bébé avant qu'elle ne lui fasse plus de mal, qu'importe si je dois y passer. Je suis prête à me sacrifier pour cet enfant. Melina n'aggravera pas la situation.
Mais je me stoppe net en voyant le nourrisson ouvrir les yeux et sourire dès que sa peau repose sur celle de la jeune femme. Le sang arrête de s'écouler et la douleur doit s'éloigner puisque la petite rousse se met à rire et à gesticuler étirant ses bras pour jouer avec les cheveux nacrés sous ses yeux. Melina répond à ses réactions par un sourire infiniment doux avant de caresser tendrement la joue de Scarlet, son regard est sans nul doute habité par un sentiment encore plus imposant que le respect, plus grand que la dévotion et plus dévastateur que l'amour.
- Ne t'en fais pas Éleusis, souffle-t-elle si bas que je peine à l'entendre, je ne laisserai pas la mort t'approcher.
Melina s'installe ensuite sur la chaise près du lit de Bellamy qui observe la scène avec un air défait et quelque peu incertain. Elle sourit timidement à l'alpha avant de resserrer un peu plus ses bras autour du bébé, berçant doucement Scarlet.
- Qu'est-ce… qu'est-ce que tu lui fais, demande Bellamy les larmes aux yeux.
- Il y a très longtemps j'ai vécu quelque chose d'horrible et depuis, je vacille constamment entre la vie et la mort. La limite est fine et le voile très facile à passer. Je maintiens Scarlet du bon côté.
- Pourquoi ?
- Parce que nous devons attendre Raven.
- Non. Pourquoi tu n'as rien fait pour empêcher ce… tu aurais pu tout arrêter, sanglote Bellamy.
- J'aurais pu, confirme Melina, mais j'aurai alors brisé une promesse faite à ta fille. Je ne suis pas ce genre de personne.
- Scarlet voulait… elle voulait ce carnage ?
- Non. Bien sûre que non. Ce qu'elle veut, c'est sa rose.
- Je ne comprends pas.
- Lui enlever sa rose, c'est lui faire renoncer à son cœur Scarlet n'a pas pu s'y résoudre et elle nous a convaincu de ne rien vous dire sur l'attaque d'Octavia et de laisser sa rage s'exprimer.
- Comment vous avez pu…
- Nous aimons tous Scarlet.
- Comment…
- C'est la première fois qu'elle nous demandait de faire quelque chose pour elle. La première fois. Comment aurions-nous pu lui refuser ?
Bellamy secoue la tête, ses joues sont baignées de larmes. Il observe sa fille avec un regard triste avant de détourner le regard pour l'appuyer sur Echo avec appréhension.
- Echo ne va pas mourir, assure Melina.
- Tu n'en sais rien, lui répond Bellamy avec tristesse.
- Je connais plutôt bien la mort, elle a une odeur particulière et elle n'entoure pas Echo. Elle va vivre.
- Que connais-tu de la mort ? Tu as quoi 17 ans ?
- Pour ma morphologie, 3 ans de plus, mais en années réelles un peu plus de 2000 ans. Il me faut 100 ans pour évoluer d'une année.
- Qu'est-ce que tu es ?
- Je n'en suis plus vraiment sûre… mais s'il y a une chose à savoir sur moi c'est que je ferai tout, absolument tout pour Scarlet, elle sourit plus que de raison avant de frôler le nez du bébé de son indexe, même mourir.
Pour une raison qui m'échappe, au lieu de m'alarmer, ces derniers propos me rassurent. Je suis toujours terriblement en colère que Melina ait pu laisser Octavia s'en prendre à Echo et Scarlet sans même essayer de l'arrêter mais je sais au plus profond de moi qu'il n'y a certainement personne d'autre au monde avec qui la nouvelle née puisse être plus en sécurité. Je m'approche lentement de Bellamy ce qui attire son attention, je prends doucement sa main avant de lui assurer :
- Je vais retrouver Raven, nous allons sauver ta fille.
- Je sais que tu feras ce qu'il faut, me répond-il alors que ses yeux dérivent une nouvelle fois jusqu'à la table d'opération.
- Je… j'y vais. Tout va bien aller ? Je me tourne vers Melina en posant cette question.
- Je ne la laisserai pas mourir mais...
- … ne tarde pas trop, je complète, j'ai compris.
- Bellamy, est-ce que tu as une idée d'où elles peuvent être ?
Il répond négativement d'un simple signe de tête. Une grimace m'échappe, il fallait que j'essaye. Je fonce vers la sortie de l'infirmerie non sans me retourner une dernière fois vers Clarke dont les sentiments confiants m'irradient complètement. Je ne sais pas comment elle fait pour être aussi forte dans ce genre de moment, mais si je ne me suis pas complètement effondrée c'est entièrement grâce à elle, parce qu'elle a su garder la tête hors de l'eau.
Je me permets de perdre encore une longue seconde pour me plonger dans son regard océan tellement envoûtant et terriblement rassurant. Je m'y ressource et y retrouve la force et la détermination qui m'ont quitté depuis que l'attaque d'Octavia a eu lieu. Je franchis la porte et me précipite à l'extérieur avant de trouver une nouvelle excuse pour retarder mes recherches.
Une fois à l'extérieur, je prends une forte inspiration avant de commencer à me déshabiller pour éviter de ruiner mes vêtements avec ma transformation. Alors que je retire mon tee-shirt, je suis attirée par un bruit de pas sur ma gauche. Je fronce les sourcils en voyant Marcus arriver avec Thomas en pleure dans ses bras. Je mets mon haut en boule et trottine jusqu'à eux, une fois à leurs hauteurs j'interroge :
- Tout va bien ?
C'est une question stupide. Je sais pertinemment que la réponse est forcément négative. Le pauvre petit a assisté tout comme moi à la scène sans pouvoir réagir, complètement hébété par une telle violence. Thomas tire ses bras vers moi. Je lâche mon vêtement le faisant tomber au sol et le prend dans mes bras, caressant doucement ses cheveux, cherchant à l'apaiser. Il sanglote en glissant son visage dans mon cou et s'agrippe à mon dos comme si sa vie en dépendait.
- Je n'arrivais pas à le calmer, m'explique Marcus, il avait besoin d'un alpha.
- Je ne peux pas le garder avec moi, je réponds tristement, je dois retrouver Raven.
- Elle est sur le versant ouest du volcan près du portail qui la lie à son Cercle, à l'au-delà.
- Tu l'y as vu ?
- Non mais elle m'a envoyé un message. Elle retient Anya et tente de la calmer.
C'est à mon tour de serrer mes bras plus que de raison autour de Thomas. Anya… elle doit être dévastée… je m'en veux tellement. Nous ne serions pas dans cette situation si je ne m'étais pas figée devant la violence d'Octavia. Elle ne pourra jamais me pardonner d'être restée passive alors que deux membres de sa meute étaient sur le point de se faire tuer sous mes yeux. Jamais je n'aurais cru pouvoir la trahir de cette façon mais c'est arrivé… je suis restée complètement paralysée devant ce spectacle morbide.
Comment j'aurai pu deviner qu'Octavia déferlerait sa rage sur une jeune maman et son nouveau-né ? Comment j'aurai pu savoir qu'elle cachait en elle une telle rancœur ? Comment j'aurai pu imaginer que sa haine pour les dragons irait jusqu'à ce point ? Elle était prête à arracher l'âme sœur de son frère, qui peut-être aussi cruelle ? Et pourquoi ?
-J'ai peur, sanglote Thomas.
- Moi aussi, j'avoue en un souffle, moi aussi
- Comment va Scar, me demande-t-il de sa toute petite voix.
- Mal, je choisi d'être honnête, après ce qu'il a vu il ne sert à rien de lui mentir, mais ça va aller, elle est avec Melina et je vais chercher Raven pour qu'elle la sauve.
- Scar m'avait dit qu'elle naissait dans la violence mais qu'elle y avait trouvé un cœur… je n'avais pas compris, chouine-t-il.
- Ce n'est pas ta faute, je lui assure en glissant mes doigts dans ses cheveux fins pour le rassurer.
- Ni de la tienne, murmure-t-il.
Ça… je suis loin, très loin d'être capable de l'accepter.
Avec des gestes lents, je le repose. Je ne suis pas surprise en découvrant que ses jambes sont chancelantes et qu'elles peinent à le porter. Je lui souris avant de me mettre à sa hauteur. Je plonge mes yeux dans les siens et je suis presque choquée de découvrir le même regard triste et démunie que son double futur. Je n'arrivais pas à comprendre comment cette cassure dans ses iris avait pu survenir un jour mais maintenant, je sais. Toutes ces fois où les voyageurs m'ont affirmés être brisé et que je n'ai pas voulu le croire… et maintenant, j'ai le début de leurs malheurs qui prend vie juste devant moi.
Je glisse ma main droite sur sa joue, il penche légèrement la tête sur le côté pour accentuer le contact. Je me mordille la lèvre inférieure en réalisant qu'il n'y a qu'une explication possible pour que je parvienne à ce point à le calmer. Je suis devenue son alpha. Je n'arrive pas à m'expliquer son choix. Pour quelle raison un loup quel qu'il soit voudrait d'un alpha qui se fige devant le danger ? Il a vu de ses yeux que j'étais incapable de bouger. Alors pourquoi m'avoir choisi ? Ça n'a aucun sens.
Je m'approche un peu plus de son visage et vient embrasser son front. Je ferme les yeux pour apprécier la force du lien qui grandit entre nous. C'est plus qu'une histoire d'alpha et de meute. Je repense alors aux lapsus qui ont pu échapper à son double du futur, ils étaient rares mais emplit d'une sincérité déconcertante. Je me suis vite aperçue qu'il n'y avait pas que Clarke qu'il couvait d'un regard emplit d'amour, il le faisait aussi avec moi, sans oublier ses sourires amusés et complices qu'il échangeait parfois avec moi sans que je ne les comprenne mais à cet instant, tout prend un sens.
- Je dois y aller, je murmure.
- Je sais, souffle-t-il encore plus bas sans parvenir à soutenir mon regard.
Je saisis mon téléphone dans la poche de mon pantalon noir et lui confie. Il cligne des paupières à plusieurs reprises. Je me redresse non sans lui ébouriffer les cheveux. Je souris en retirant mes chaussures en lui expliquant :
- Je te le confie. Il n'est pas verrouillé. J'ai une mission pour toi.
- Le garder à l'œil, demande-t-il avec un sourire timide.
- Ouais mais pas seulement. Envoie un message à Clarke et dit lui de venir te chercher dès qu'elle le pourra.
- Je peux faire ça, ses yeux brillent d'impatience.
- En attendant, tu restes avec Marcus, d'accord ?
- D'accord, me répond-il en bombe légèrement le torse.
- Marcus…
- … je ne laisse pas entrer dans l'infirmerie, ni approcher de votre maison, évidemment.
- Merci.
Je retire mon pantalon et me retourne. Je prends une forte inspiration. Je n'ai même pas besoin d'appeler mon loup, il est déjà là. Je ne l'ai jamais senti aussi proche de mon humanité. Il est enragé, tout comme moi mais il n'a pas l'intention de s'apitoyer sur son sort, ce n'est pas dans sa nature, vraiment pas.
- Lexa, attend.
Je ne me retourne pas alors que Marcus m'appelle. Mon loup est déjà là. Il sera bien plus facile de le laisser prendre le dessus même quelques minutes. Je me sentirai mieux après, plus autant démunie et inutile. J'esquisse tout de même un geste vers le père d'Anya pour lui montrer qu'il a toute mon attention.
- Quoi que tu sois en train de te reprocher en ce moment, n'oublie pas qu'en tout temps tu es et tu resteras la sœur d'Anya, toujours. Elle n'a jamais eu autant besoin de toi qu'aujourd'hui. Ramène-la.
Je ne suis pas certaine de comprendre avec exactitude la dernière partie de sa demande pourtant j'acquiesce avant de me transformer. Je me précipite vers le volcan. De toute ma vie, je ne crois pas avoir été aussi rapide. Je cours comme si je cherchais à fuir un prédateur mais la seule ombre qui me pourchasse c'est moi-même, moi et ma culpabilité écrasante. J'accélère encore jusqu'à sentir une douleur lancinante grandir dans chacun de mes muscles et alors que cette peine pourrait devenir insupportable, je prends encore de la vitesse.
Ma respiration a du mal à suivre le rythme, mon cœur bat encore plus vite que lorsqu'il me provoque une migraine, il fait pulser mon sang à une rapidité déconcertante dans chaque recoin de mon corps canin brûlant mes veines et mes artères aussi sûrement que s'il s'était transformé en acide sulfurique. J'ai mal. Je souffre. C'est insupportable. Et pourtant, je continue à vouloir accélérer encore…
Je suis capable de gérer la douleur physique, c'est un jeu d'enfant de s'en remettre. Il suffit de laisser le temps agir mais je ne sais pas comment me relever de ce mal qui grandit dans mon cœur. Je ne suis absolument pas certaine de pouvoir me remettre de cette culpabilité qui grandit comme une ombre en moi, elle assombrit tout sur son passage et cherche à m'aspirer vers les ténèbres. Je le sens. Je suis à la limite. À tout instant, je pourrais basculer et sombrer, me laisser tenter par l'obscurité, devenir tout ce que je déteste.
Mais je dois continuer de me battre contre elle. Pour Anya. Pour ma meute. Et bien entendu pour Clarke, je ne l'abandonnerai pas à la tentation constante qu'à l'obscurité sur elle, je ne laisserai pas les ténèbres l'emporter, jamais. Plutôt mourir !
Une odeur étrange s'infiltre dans mes narines. Mon museau frémit. Je ralentis ma course effrénée en essayant de reconnaître cet effluve parce que même si je ne parviens pas à l'assimiler, elle m'est familière. Subitement mes pattes avant se stoppent net, glissent sur l'herbe, s'enfoncent même dans la terre et je me retrouve pour la seconde fois de la journée complètement inerte devant une situation. Je secoue la tête. Non. Je me trompe forcément…
Pourtant, portée par mon instinct, je reprends forme humaine. Je lisse la combinaison qui ne semble faire qu'un avec ma peau. Je suis mal à l'aise, je peine à déglutir et mes poils s'hérissent d'appréhension. Il n'y a qu'une personne au monde, devrais-je dire loup, qui a provoqué de tels réactions chez moi.
Anya. Elle… Anya s'est transformée.
Indra arrive dans mon dos sous sa forme de loup, elle est très vite suivie par Niko puis Costia. La chef de ma garde rapprochée tente une avancée mais je l'arrête aussitôt d'un geste de la main. Elle m'obéit mais je sens son incompréhension face à ma demande silencieuse. Ma main restée en l'air tremble légèrement avant que je l'abaisse. Comment… le loup d'Anya est encore plus puissant et imposant que dans mes souvenirs. Je réalise lentement que si elle est sous sa forme animal, elle doit vraiment avoir perdu tout contrôle, elle est certainement folle de rage et il est impensable qu'en plus de cet état émotionnel instable elle puisse se croire menacer.
- Reprenez votre forme humaine ?
- Lexa, grogne Indra en m'obéissant sans que les deux autres ne s'exécutent, nous ne pouvons pas nous montrer faible devant cette nouvelle menace, c'est à toi de reprendre ta peau de loup.
- Ce n'est pas une menace, j'assure avec un regard assassin, c'est Anya. Reprenez votre forme humaine, j'ordonne de nouveau.
- Anya n'est pas aussi… elle n'est pas, balbutie Costia, elle ne se transforme pas.
- Nous ne pouvons pas te laisser y aller, s'impose Niko.
- Je ne me souviens avoir demander votre autorisation, je réponds avec véhémence.
- Lexa, Indra secoue la tête, n'y va pas.
- Tu devrais l'écouter, intervient Gaïa en apparaissant, Raven arrive à peine à la maintenir avec sa magie. Elle est folle de rage. Elle est…
- Osso, souffle Indra avec douceur en ouvrant ses bras.
Sans la moindre hésitation, Gaïa court vers sa mère et ne s'arrête qu'une fois protégée de ses bras. Indra murmure des mots rassurant à son oreille en caressant ses cheveux comme si elle était redevenue une petite fille. Personne ne pourrait reprocher le comportement de la mère ou de la fille, les derniers événements ont été plus que dures. Sans compter qu'elles ont toujours été particulièrement proches, j'ai toujours été admirative devant leur relation même lorsque tous pensaient que Gaïa était latente, sa mère ne l'a jamais rejetée. Jamais.
Je souris devant cette scène maternelle, je me sens revivifiée. Je fais un pas pour me rapprocher de Raven et surtout d'Anya ce qui évidemment ne passe pas inaperçu pour ma garde rapprochée. Ils grognent tous de mécontentement. Je hausse un sourcil avant de me tourner vers eux, les défiant clairement du regard.
- Il y a quelque chose que vous aimeriez me dire ?
- C'est trop dangereux, répond Indra en plaçant sa fille dans son dos pour la protéger, tu ne peux pas y aller.
- Mais je n'ai pas le choix. Je me dois d'y aller. Raven est la seule chance de Scarlet et il est évident que Raven ne laissera pas Anya tant qu'elle sera instable alors, je souris, je crois que je vais tenter ma chance.
- Lexa, non, hurle Costia alors que je me retourne.
- Je vous interdis d'intervenir.
- Ne fait pas ça, m'implore Niko.
- Je ne risque rien, j'assure.
- Anya n'est pas dans son état normal, essaye de m'arrêter Gaïa.
- Ça tombe bien, j'avance la tête haute confiante, moi non plus.
Je prends une nouvelle inspiration à chaque pas. En expirant, je renforce mon état en éloignant les images horrifiques qui se jouent encore et encore dans ma tête. Je chasse Octavia de toute mes pensées, seule Anya compte.
Je ne permettrais jamais qu'elle sombre. Je ne laisserai pas son loup prendre sa place. Il est hors de question que la plus grande peur de ma sœur s'accomplisse aujourd'hui. Je vais faire exactement ce que j'ai promis à Marcus : je vais la ramener.
- Lexa, arrête-toi, la voix de Raven est légèrement tremblante, n'avance pas plus.
- Nous avons besoin de toi à l'infirmerie, j'annonce en lui obéissant.
- Il est clair que je ne bougerai pas d'ici !
- Où est Anya ? Je cherche ma sœur des yeux, je la sens mais ne la vois pas.
- Lexa recule, s'il te plaît !
- Je ne le ferai pas et tu le sais. C'est ma sœur.
- Que crois-tu qu'elle va ressentir si elle te blesse ?
- Elle sera moins atterrée que si elle te blesse, toi.
- Je déteste quand tu as raison, marmonne Raven.
Je m'apprête à faire un nouveau pas mais elle me lance un regard si noir que je me ravise. J'observe alors les environs avec beaucoup plus d'attention et je remarque que la magie de Raven crépite un peu partout dans le périmètre. Les bouts des doigts de la sorcière sont incendiés d'une lumière écarlate. Je fixe le vide qui se trouve devant elle et j'aperçois comme un voile figé l'air. Je me penche sur le côté et ce voile se brise comme un miroir et derrière tous les éclats, je découvre un loup noir et gris d'une taille gigantesque, le plus imposant que je n'ai jamais vu, plus grand encore que les arbres centenaires qui nous entourent.
- Anya, je souffle.
- J'ai du mal à la contenir, m'explique Raven, tu dois partir, maintenant.
- Je ne le ferai pas.
- Lexa, mon prénom claque dans l'air me faisant frissonner.
Mais Raven n'a pas le temps d'en dire plus qu'elle se concentre de nouveau sur ce qui se passe devant elle. Un cri lui échappe alors qu'elle tend ses mains devant elle, semblant retenir un assaut, ses pieds glissent sur la terre encore humide. Elle ne parvient plus à retenir Anya qui doit faire du forcing.
La magie vacille, l'air tremble et se craquelle, la manifestation écarlate s'accumule dans le creu des mains de Raven, son visage est déformé par l'effort et peut-être aussi par la douleur.
J'écarquille les yeux en apercevant la tête énorme du loup d'Anya s'imposer. Son regard est complètement obscurci par la haine et demande vengeance. Tout mon corps me somme de prendre la fuite ou d'au moins, faire un pas, juste un en arrière pour mettre une distance certaine avec cette menace. Mais à la place, j'avance. Je crois que j'ai dû perdre tout instinct de survie parce qu'il est clair que le loup ne me reconnaît pas, il a à peine posé son regard sur moi. Mais, je ne laisserai pas tomber Anya.
Sans que Raven s'en aperçoive, je m'avance, pas après pas, je me rapproche d'Anya. La sorcière reprend ses psaumes, le sort se reforme enfermant le loup derrière une barrière quasi invisible. Des inscriptions d'une langue morte depuis bien longtemps se forment autour des mains de la sorcière, peignant l'air d'un rouge vif irréel. Je prends une forte inspiration et me précipite. Je cours aussi vite qu'il m'est possible. Raven hurle mon prénom tentant même de me retenir en saisissant mon poignet mais elle ne fait que me frôler. Je bondis et passe derrière la barrière juste avant qu'elle ne se referme.
- LEXA ! Sors de là, est la dernière chose que j'entends avant d'être aspirée dans un calme absolu.
Pendant un instant, je me sens apaisée par ce silence mais c'était avant de sentir un regard assassin se poser sur moi. Je ne suis pas certaine de pouvoir supporter ce genre d'attention provenant de ma sœur, alors je clos fermement mes paupières et tourne même la tête pour être certaine de ne pas découvrir toute cette haine si, par mégarde, j'ouvre les yeux. J'expire sur la longueur une bouffée d'air trop longtemps retenue. Je me sens sourire alors que je réalise que je n'ai pas besoin de courage pour ce qui va suivre. Tout a toujours été naturel avec Anya. Je refuse d'avoir peur d'elle. Elle est ma sœur. Je ne serai rien sans elle.
Je serre mon poing droit avec force, mon bras tremble et je relâche la pression. Subitement, il n'y a plus l'urgence de la situation qui pèse sur moi, ni cette culpabilité qui m'écrase,. Il y a simplement Anya et moi.
En gardant les yeux fermés, je tends ma main vers elle, paume en avant en penchant un peu plus ma tête sur le côté me montrant le plus vulnérable possible, exposant ma carotide. Je pensais que mon geste serait tremblant mais il n'en n'est rien. Je me sens soulagée en ne la percevant plus s'agiter. Ce n'est pas assez. Les secondes s'écoulent et j'attends un geste de ma sœur.
J'attends…
Je force un peu plus sur mes paupières alors que se rejoue le carnage de cet après-midi. L'appréhension grandit un peu plus alors que j'ai la sensation de revoir cet éclat qui m'a aveuglé. Je n'ai pas tout de suite compris qu'il s'agissait d'un couteau. Nous étions tous en train de sourire, de féliciter Echo et Bellamy pendant un court instant, je me suis mise à rêver de ma propre future famille. Je serrais Clarke dans mes bras embrassant son cou, me gorgeant de son odeur lorsque les effluves de sang sont venues s'y mélanger. De mes yeux, j'ai vu Octavia poignarder Echo a trois reprises dans l'abdomen avant que Thomas ne hurle et pleure horrifié par le geste de sa mère. Clarke a réagi au quart de tour, elle a saisi le petit garçon et l'a emmené dans les ombres pour le protéger mais moi… moi, je suis restée paralysée alors que la main gauche de l'alpha des Blake s'est transformée pour transpercer la cage thoracique de Scarlet, ce n'est que lorsque j'ai entendu son cœur ralentir dangereusement que je me suis finalement précipitée vers elle pour arrêter sa folie.
- Je… je suis… je suis désolée Anya, je sanglote, désolée de n'avoir pas su réagir comme il le fallait. Déteste moi… haïs-moi si tu le veux, tu peux même me tuer ici et maintenant si ça peut t'aider à surmonter cette rage qu'il y a en toi, mais tu dois me promettre de revenir. Je… Gaïa est juste dehors, elle t'attend. Bellamy a besoin de toi plus que jamais. Echo va s'en sortir c'est une battante et elle est entre de bonnes mains, tu le sais. Scarlet… je ne vais pas te mentir, Scarlet est au plus mal mais elle a une chance… une chance de s'en sortir. Tu m'entends Anya ? Une chance. Mais pour cette seule chance, elle a besoin de Raven et tu sais… oui, tu sais que ta sorcière ne te laissera pas dans cet état, jamais, pas même pour sauver l'un des tiens. Tu es son univers. Je le vois tous les jours dans son regard. Je crois même… oui, je crois que… il est même possible que d'une certaine façon, à sa manière Raven t'aime bien plus que tu ne l'aimes. Alors elle te protégera de ce que tu pourrais devenir jusqu'au bout, abandonnant tout le reste, même sa magie. Ne la laisse pas faire. Reviens, j'étire un peu plus ma main, reviens Anya, je t'en supplie, reviens. Tu as un choix à faire. Soit te laisser guider par ces instincts que tu combats depuis si longtemps, en te vengeant, je peine à déglutir, en tuant de… de sang froid ou en sauvant une vie, pas n'importe laquelle, celle de Scarlet. Alors… Anya, cette fois je me tourne vers elle laisse mes cils se redresser et croise son regard alors que le miens sont baignés de larmes, qu'est-ce que tu choisis ? La vie ou la mort ?
Evidemment je n'obtiens pas de réponse, mais l'animosité de son regard s'atténue jusqu'à disparaître complètement. Ses iris ne se basculent pas pour redevenir humain mais la tâche rectiligne couleur sang près de sa pupille se redessine. Je souris en réalisant qu'Anya n'est peut-être pas encore là, mais elle réapparait doucement, retrouvant son lien si particulier avec Raven. Il est évident que c'est la seule personne au monde capable de ramener ma sœur.
Je tente une avancée mais me ravise immédiatement lorsque je vois les babines de l'animal se relever pour me montrer ses crocs. Mon loup s'éveille avec violence, il veut répondre à cette menace, se battre et tenir tête à cet alpha qui a un trop grand ascendant sur lui. Je le retiens avec une grande difficulté, l'enferme dans une cage invisible, l'empêchant d'obtenir ce qu'il désire. Je ne m'en prendrais pas à Anya, jamais.
- Tu te souviens de ce que tu m'as dit le jour de ton mariage, je reprends avec douceur d'une voix très posée alors que je suis clairement effrayée. Tu penses, je prends une forte inspiration, tu penses à tort que si j'ai une si grande maîtrise de mon loup c'est parce que je cède à tout ses caprices mais la vérité c'est que, j'ancre un peu plus mes yeux dans les siens et me sens de nouveau sourire alors que le vert se fait lentement avaler par le marron, tout ce que je suis, je te le dois. Tu m'as appris à être plus forte que mon loup. C'est toi qui a fait ça, pas moi. Toi.
Avec une certaine méfiance le loup s'approche et je retiens difficilement les larmes lorsqu'il vient poser son museau dans le creux de ma paume. Un petit rire m'échappe. Je ne me suis jamais sentie aussi éprise par les émotions, je suis encore à fleur de peau alors c'est sans surprise que mon rire se retrouve accompagné par des larmes de joie. J'appuie un peu plus ma main et la fait glisser dans le poil. Mes doigts se font entièrement recouvrir d'un pelage cendré.
- Tu m'as fait une sacrée peur, je ris toujours en bondissant pour accrocher mes bras à son encolure, ne me refais plus jamais ça…
Le loup d'Anya relève la tête et très vite mes pieds ne touchent plus le sol. Un petit cri m'échappe avant que je ne lui demande gentiment de me reposer. Au lieu de s'exécuter, elle secoue les omoplates ce qui me fait tanguer autant qu'une feuille en plein mois d'octobre.
- Anya, je hurle, ça suffit !
Elle joue encore un peu avec moi avant de me reposer. Je dessers mes bras avant de glisser de nouveau mes doigts dans ses poils cendrés. L'animal est calme. Maintenant, il faut qu'il me rende ma sœur.
- Tu dois redevenir humaine, le loup grogne, se recule et me montre ses dents de façon menaçante, je sais que tu comprends. Tu dois redevenir humaine, tu le sais. Anya s'il te plaît, reviens.
Je jure intérieurement en voyant le loup reculer pour se mettre en position de défense. Les iris de ma sœur s'effacent pour devenir à nouveau ceux de l'animal. Il claque la mâchoire dans un ultime avertissement. Pourtant, je ne fais pas même semblant de reculer. Mon cœur s'affole dans ma poitrine, mes instincts hurlent que cet adversaire est bien trop puissant pour moi mais je refuse de voir Anya comme tel alors je reste debout sans faire le moindre geste de fuite même si j'en meurs d'envie.
- Anya…
La mâchoire claque à nouveau, me faisant fermer les yeux alors que je vois la gueule de l'animal s'approcher dangereusement de moi dans un geste rapide. Mes cheveux s'envolent, ma respiration se bloque, ils retombent et l'odeur du sang s'empare de nouveau de moi. Je sens un liquide visqueux s'écouler sur ma joue gauche, je n'ai pas à m'inquiéter, ce n'est rien de plus qu'une égratignure mais mon loup n'est pas de cet avis. Il fait du forcing pour que je le laisse sortir. Il me fait presque mal. D'un geste lent en gardant toujours les paupières fermées je glisse mes doigts sur ma joue meurtrie. La plaie est légèrement plus profonde et étendue que ce que j'avais imaginé.
Je soupire.
Anya va être plus difficile à atteindre que ce que j'avais cru.
Je laisse mes cils se redresser et mon regard s'arrête immédiatement sur ma main de nouveau tâche par le sang. Je retiens difficilement un haut le cœur. J'ai encore le goût de la bille dans la bouche. Ma respiration fait des envolées alors que je me revoie courir à toutes jambes jusqu'à l'infirmerie avec dans les bras, un bébé complètement inerte. Je commence à trembler. Je perds lentement le contrôle mon esprit pourrait facilement glisser pour laisser la place à mon loup. Ce serait tellement facile. Mais je ne peux pas… je ne peux pas céder à la facilité.
J'inspire profondément avant de me faire engloutir par ces émotions qui sont tout sauf agréables. Je pourrai très facilement me recroqueviller sur moi-même et pleurer comme une enfant. J'en ai envie, peut-être même que j'en ai besoin seulement pas maintenant, non pas maintenant.
J'expire sur la longueur et alors que le dernier souffle d'air chatouille mes lèvres, j'ancre mon regard avec une certaine fermeté et peut-être même une once de défi dans celui du loup d'Anya.
- Je n'ai pas peur de toi.
Il me répond par des grognements encore plus menaçants. Il se positionne pour attaquer. Il me toise avec une certaine haine. Il me défie de me transformer que nous puissions régler cette querelle d'alpha à alpha.
- Je n'ai pas peur de toi, je réitère. Je sais qu'Anya est là quelque part et elle ne te laissera jamais me faire de mal mais si pour une raison ou une autre, tu arrives à brider sa volonté, que crois-tu qu'elle te fera une fois qu'elle aura immergée ? Elle t'a retenu une éternité pour bien moins que ce que tu t'apprêtes à me faire. Alors vas-y, je t'en prie, essaye de t'en prendre à moi, juste une fois pour voir.
Pour la première fois depuis que je suis en face de ce colosse, je le vois être habité par l'hésitation. C'est bien. J'ai su l'atteindre. Je passe ma main gauche sur ma joue d'un geste vif, le sang qui s'y écoule me gêne. Je renforce l'intensité de mon regard et je ne cherche plus à fuir. J'assume enfin ce qu'il s'est produit, je ne me suis pas véritablement figé. J'ai simplement été incapable de stopper l'inarrêtable. Personne ne pouvait faire quoi que ce soit, en vérité j'ai agi le plus vite possible.
- J'ai fait de mon mieux, je sanglote, ce n'était pas assez, j'en ai bien conscience et j'en suis désolée mais j'ai fait de mon mieux.
Je renifle en passant le dos de ma main gauche sous mon nez, étalant certainement encore plus le sang sur mon visage. Je détourne les yeux pas plus d'une seconde pour me reprendre. J'inspire profondément et retient les prochaines larmes avant de replonger mes yeux dans ceux du loup et de reprendre d'une voix si assurée que j'ai du mal à la reconnaître :
- Tu dois laisser Anya revenir sinon, tu seras le seul responsable de la mort de Scarlet, ce ne sera pas Octavia, pas moi, pas Anya, ni Raven qui refuse de la quitter mais toi seulement toi. Je t'en prie, ne soit pas le monstre que ma sœur voit en toi. Laisse-la revenir.
Aucune réaction. Je frissonne. Je n'ai plus aucun argument. Cette fois j'ai joué toutes mes cartes. Mais je garde mon regard profondément ancré dans celui du loup espérant que mes derniers mots parviennent à l'atteindre. Si nous n'étions pas pressés par le temps, je pourrais rester ici une éternité aussi longtemps qu'il faudrait à Anya pour gagner ce combat mais chaque seconde compte alors une dernière fois je tente et simple et pourtant percutant :
- S'il te plaît.
Étrangement ce sont les craquements d'os qui me font comprendre qu'Anya reprend forme humaine. J'étais persuadée que la transformation commencerait par les yeux seulement les iris sont toujours ceux du loup. Je fais plusieurs pas en arrière, jusqu'à ce que mon dos percute la barrière de Raven. Je m'en décolle rapidement en sentant comme des centaines d'aiguilles se planter dans ma peau. Je me retourne en fusillant la manifestation magique du regard. J'imagine que Raven doit sentir le changement pourtant, je frappe à plusieurs reprises sur la barrière et lui indique que tout est sous contrôle.
À la fin de mon geste, je serre le poing en observant ma peau qui est recouverte de micro-coupures. Ce n'était pas simplement une sensation, la magie m'a vraiment blessée, lassèrent ma main avec la précision d'un instrument chirurgicale mais avec la délicatesse d'une poignée de verre brisé. Je peine à croire que le loup d'Anya soit parvenu à passer la tête hors de ce sortilège en supportant une telle douleur.
Une respiration qui semble en détresse m'interpelle. Je me retourne et accours vers Anya en réalisant que sa transformation a dû être plus difficile que prévu. Je m'accroupi près d'elle, l'appelle et lui demande de prendre ses inspirations et ses expirations avec moi pour qu'elle parvienne à se calmer. Sa main gauche est accrochée au tissu qui recouvre son corps au niveau de son cœur et son visage est recouvert de larmes. Je ne l'ai jamais vu dans une telle détresse émotionnelle.
Un bruit de pas de course aurait pu me détourner de ma sœur mais il n'en est rien. J'essaye de trouver les mots pour la rassurer, qu'elle puisse se sentir en sécurité avec son corps humain. Je sens sa douleur à travers notre lien et c'est insupportable. Quand Raven arrive à notre hauteur, je l'arrête avant qu'elle ne prenne le visage d'Anya en coupe :
- Ne la touche pas.
- Je te demande pardon, s'énerve la sorcière en arrêtant tout de même son geste.
- Essaye de t'imaginer que sa peau est aussi fragile qu'une fine couche de glace. Laisse-lui du temps.
- D'a… d'accord. Mais… ça va aller ? Anya… tu vas bien ma belle ?
- Elle, je secoue doucement la tête, elle ne peut pas encore parler, peut-être crier et assembler des syllabes mais pas former des phrases.
- Pourquoi, panique Raven. Ce genre de chose ne t'arrive jamais ! Pourquoi ça lui arrive à elle ?
- Calme toi, je lui demande gentiment, tes émotions influencent celle d'Anya.
- Je ne comprends pas ce qui lui arrive, sanglote la sorcière.
- Pour la première fois depuis très longtemps, Anya a complètement perdu le contrôle. La folie de son loup a emporté une grande partie de son humanité. Cette réaction est normale. Et, je plonge mon regard dans celui de ma sœur en souriant en retrouvant enfin ses iris, tu te trompes Raven, je me suis déjà trouvée dans cet état.
Anya bascule sur le dos en grimaçant. L'effroi se dessine sur le visage de Raven alors que je me sens sourire. Sa respiration est de nouveau calme. Elle commence à faire frémir ses doigts ce qui fait naître la douleur sur son visage.
- Maintenant, tu peux la toucher, je prononce avec lenteur, mais pas de geste brusque.
- Je ne suis pas en porcelaine, grogne difficilement Anya entre ses larmes.
- Anya, souffle Raven en glissant ses mains sur les joues de ma sœur. Tu m'as fait peur.
- Je suis désolée…
- Non. Non. Je… je suis désolée. Je n'ai pas su t'aider à contenir ta… ta… ta rage. Pardonne-moi.
- Tu as su me contenir, sanglote Anya, je n'ai fait de mal à personne grâce à toi, murmure-t-elle en se redressant très légèrement pour se saisir des lèvres de Raven dans un baiser rapide mais emplit d'amour avant de retomber aussi sec sur le sol. Enfin, elle détourne son regard pour l'ancrer dans le mien, presque. Tu es devenu complètement folle ?
- Je n'ai rien, j'élude.
- J'ai encore le goût de ton sang dans ma bouche, m'accuse-t-elle avec colère. Tu es blessée, je sais que tu l'es.
- Lexa, m'accuse aussitôt Raven.
- Je vais bien. C'est juste une égratignure. Nous avons plus important à faire que de se lamenter pour une égratignure. Raven, tu dois vraiment rejoindre Scarlet avant qu'il ne soit trop tard et ne proteste pas, je reste avec Anya jusqu'à ce qu'elle soit capable de bouger. Je la protège.
L'hésitation marque sans mal tous les traits de la sorcière. Personne ne pourrait lui en vouloir. Son regard oscille entre un point invisible dans mon dos et le visage d'Anya.
- Tu dois y aller, souffle cette dernière.
- Mais…
- S'il te plait, fais tout ce qui est en ton pouvoir pour la sauver.
- Anya, je… et si j'échoue ?
- Tu ne vas pas échouer, sourit tristement Anya, le sortilège existe déjà et je sais que tu as certainement essayé de comprendre comment il fonctionnait, tu es tellement perfectionniste. C'est une rose, je l'ai vu, sers-toi de mes souvenirs, de ceux de Scarlet, prends tout ce dont tu as besoin dans le lien de la meute. Fait de ton mieux. Et si… si tu échoue tout de même, ce ne sera pas ta faute mais tu dois essayer, pour moi.
- Pour toi, souffle Raven tout contre les lèvres d'Anya avant de l'embrasser.
La sorcière se relève dès la fin du baiser, certainement pour ne pas changer d'avis. Je la regarde s'éloigner avant que mon attention se fixe de nouveau entièrement sur ma sœur.
- Je suis désolée, je m'excuse à mon tour.
- Ce n'est pas ta faute si Octavia a… ce n'est pas ta faute.
- Je me sens tout de même responsable.
- Pourtant tu ne l'es pas, je t'assure. En revanche, tu es responsable de ça, elle pointe difficilement du doigt ma joue abîmée, si tu gardes une cicatrice, je jure sur ma vie que je te tue.
- Je pense que ce serait assez contre-productif, je souris en m'allongeant près d'elle.
- C'est à moi de choisir ce qui est contre-productif ou non, assure-t-elle avant de soupirer.
Je tourne la tête vers la gauche pour détailler son visage. Je fronce légèrement les sourcils en découvrant un fin sourire étirer ses lèvres.
- Tu sembles tellement calme.
- En fait, elle prend une forte inspiration, je suis calme depuis un certain temps mais je n'arrivais pas à reprendre le contrôle. Mon loup a toujours été plus fort que moi. Je ne suis pas parvenue à l'atteindre, merci de l'avoir fait à ma place.
- Je ne te laisserai jamais sombrer, j'assure en serrant mes poings.
- Merci petite sœur.
Je sens mon cœur se gonfler de bonheur à cette appellation. Je souris comme une idiote en enfonçant un peu plus ma tête dans le sol. Je ferme doucement les paupières et je me laisse transportée par ce sentiment de bien-être parce que rien n'est brisé entre Anya et moi. Rien. C'est un tel soulagement.
- Qu'est-ce que tu as voulu dire par un certain temps ? Depuis quand as-tu retrouvé ton calme ?
- J'ai senti Melina arriver. Dès lors j'ai compris que Scarlet ne risquait plus rien.
Dès que le prénom de Melina a été prononcé, j'ai brusquement ouvert les paupières. Je ressens une profonde méfiance envers elle et aussi une sorte de ressentiment. Je n'arrive pas à concevoir qu'elle est pu laisser Octavia se déchaîner de la sorte. J'ai bien compris que cette rose dont tout le monde parle semblait indispensable à Scarlet mais il y avait certainement d'autres moyens. Certainement.
Le fait que les voyageurs ne nous en aient pas parlés me met hors de moi. Pire, ils sont partis nous laissant seuls affronter ce carnage ! C'est… irresponsable !
- Le fait que Melina savait ce qui allait advenir ne te met pas hors de toi ?
- Je crois… je crois que je le savais aussi…
- Comment ça ?
- Depuis que les voyageurs sont arrivés, je n'arrête pas de faire des cauchemars. J'ai fini par comprendre que certaines images étaient des souvenirs. Scarlet a fini par m'avouer que dans le futur, ses parents étaient décédés. À ce moment-là, j'aurais dû la forcer à répondre à toute mes questions mais… je ne l'ai pas fait.
- Pourquoi ?
- Parce qu'elle m'a demandé d'arrêter de l'interroger.
- Ça ne veut pas dire que tu savais qu'Octavia allait complètement dérailler.
- Pourtant, je pense que c'était inévitable. Tu as remarqué à quel point Bellamy est doux depuis qu'il a choisi de quitter sa sœur. Les alphas ont toujours influencés leur meute avec leurs émotions et depuis ce qui est arrivé à Thomas c'est une colère sourde qui anime Octavia. Personne ne peut lui en vouloir. Personne.
- Ce n'est pas une raison pour s'en prendre à l'âme sœur de son propre frère et à un nourrisson ! Ne me dit pas que tu penses à lui pardonner ! C'est… Anya, tu ne peux pas faire ça !
- Je…
- Anya, je m'offusque.
- Je ne suis pas certaine qu'elle était maîtresse de ses actes d'aujourd'hui.
- Je ne vois pas comment il peut être possible qu'elle ne se soit pas rendue compte qu'elle allait tuer trois personnes !
Non sans un gémissement révélant la douleur que lui procure le mouvement Anya se redresse assez pour s'asseoir. Elle peine à garder la position stable mais sans surprise, elle la tient tout de même. Elle replie ses genoux avant de les maintenir avec ses bras déposant son menton sur sa rotule gauche. En m'appuyant sur mes coudes, j'observe le dos de ma sœur qui bouge légèrement en parfait accord avec chacune de ses respirations.
Je n'arrive pas à comprendre ce calme qui l'anime. Si j'étais à sa place, je hurlerais, je pleurerais et je laisserai déferler ma rage à tout va sans essayer de la contenir. Mais elle est calme depuis que Melina est arrivée. Pourquoi ?
- Octavia n'aurait jamais fait ça, reprend-elle, oui elle déteste Echo pour tout ce qu'elle représente, oui elle a en horreur la simple idée qu'un enfant puisse naître de cette union qu'elle croit contre nature, oui elle pense devoir libérer son frère de cette empreinte factice et oui elle est habitée par la colère et les ressentiments depuis que son petit garçon s'est retrouvé piégé dans la peau d'un loup pour autant, elle n'aurait jamais laissé tous ses sentiments négatifs la submerger au point de perdre le contrôle et de s'en prendre à Echo et Scarlet, pire à son frère.
- C'est pourtant ce qu'elle a fait.
- J'y ai beaucoup réfléchi, Anya se tourne lentement vers moi, est-ce que toi aussi tu as senti cette aura étrange qui planait autour d'elle alors qu'elle… qu'elle… tu l'as sentie ?
Je réfléchis quelques secondes, ne comprenant pas où elle veut en venir. Je soupire et malgré le mal que le souvenir de l'acte d'Octavia me fait, je me replonge dedans corps et âme. Je ferme les yeux pour mieux assimiler toute cette violence. Je sens de nouveau les larmes s'accumuler. Anya a raison, qu'importe à quel point Octavia a en horreur la relation entre son frère et Echo, elle n'aurait jamais agi avec une telle impulsivité mais pourtant elle l'a fait et sous mes yeux en plus.
Sous mes yeux… c'est vraiment n'importe quoi. L'alpha des Blake reconnait mon autorité en temps que Heda même si j'ai encore du mal à assimiler ce titre. Se laisser guider par sa haine et tenter d'assassiner Echo et Scarlet sous mes yeux, s'apparente à un suicide. J'aurai pu… dû la tuer sur le champ. Je l'aurais fait si je n'étais pas aussi inquiète pour la nouvelle née.
Et puis soudain, ça me frappe. J'ouvre brusquement les paupières pour plonger mon regard dans celui d'Anya. Elle esquisse un sourire triste en soufflant :
- Toi aussi tu l'as sentie.
- Mais ça n'a aucun sens !
- C'est ce que j'ai pensé aussi, soupire-t-elle, c'est pour cette raison que je voulais t'en parler.
- Ta psychopathe de sœur n'était pas là. Son aura ne pouvait pas… ça n'a aucun sens !
- Ou peut-être qu'il y a un sens…
- Mais bien sûr, Lyssa aurait obligé Octavia a faire quelque chose d'aussi immorale, n'importe quoi !
- Pas Lyssa, non.
- Le dieu de la Guerre, je comprends à retardement, comment ?
- Je ne sais pas trop. Ce n'est pas comme si affronter un dieu était dans mes habitudes, soupire Anya. Mais je me dis que peut-être… peut-être qu'il est capable d'influencer les personnes qui sont animés par un ressentiment quelconque.
- Comment tu en es arrivée à cette conclusion ?
-À cause de ce que j'ai vu dans le passé. Cette aura, elle n'était pas seulement attachée à Lyssa même si elle se concentrait principalement sur elle mais c'était comme si…
- … elle avait infecté le reste de la meute, je complète en me souvenant de ce sentiment étrange qui m'avait envahi dans le passé.
- Il serait logique que la Guerre sème la discorde, non ?
- Donc en résumé entre ta perte de contrôle, ta colère et tout le reste tu as réussi à arriver à cette conclusion ? C'est du foutage de gueule ! Tu t'en rends compte Anya, n'est-ce pas ?
- Je te l'ai dit, je suis calme depuis un certain temps.
- Melina, je grogne.
J'écarquille les yeux au possible en voyant Anya se remettre sur ses deux pieds. Elle est complètement folle ! C'est beaucoup trop tôt ! Je me précipite pour la soutenir et je me redresse juste à temps pour placer ma main dans son dos alors qu'elle tangue dangereusement en arrière.
- Mais tu es devenue complètement inconsciente, je m'énerve.
- Dis celle qui est entrée dans une cage avec un loup incontrôlable.
- Ne compare pas ce qui ne l'est pas s'il te plaît ! C'était un cas d'extrême urgence !
- Là aussi, assure Anya, Melina est au plus mal.
- Comment tu peux le savoir, je demande surprise en fronçant les sourcils.
- Son lien avec Scarlet.
- Je ne suis pas capable de ressentir une personne qui a une empreinte avec un membre de ma meute, j'avoue lentement, je vais vraiment finir par te détester, je soupire, miss je suis une alpha parfaite.
- Je ne crois pas que ce soit une empreinte qui les lient.
- Des demi-âmes ?
- Non plus.
- Le même genre de lien bizarre qu'il y a entre toi et Raven ?
- Sálbrot, souffle Anya, peut-être en tout cas, je dois y aller.
- Pour lui faire passer l'envie de nous cacher à nouveau quelque chose d'aussi important que ce qui vient d'arriver, je suppose.
- Non, pour m'assurer qu'elle va bien.
- J'étais sûre que tu dirais ça, je soupire. Il y a vraiment des moments où je te déteste. Appuie toi sur moi, nous allons y aller, un pas à la fois.
- Je croyais que tu me détestais.
- C'est une constante incroyablement normale entre sœurs.
- Je te déteste aussi, sourit Anya, il faut que tu fasses soigner cette joue.
- Ça tombe bien, nous nous dirigeons droit vers l'infirmerie.
- Tu y arriveras plus vite sans moi.
- Je ne compte pas te lâcher.
- Merci.
- C'est normal.
- Non, Anya s'arrête et plonge son regard dans le mien avec une intensité particulièrement trou, tu ne comprends pas : merci.
En effet, je n'avais pas compris. C'est bien plus profond que tout ce que j'avais imaginé. Ce n'est pas seulement pour aujourd'hui ou encore pour cet instant, mais pour tout ce que j'ai pu lui apporter depuis le début. Je souris et sans que je ne puisse les retenir, mes larmes m'échappent encore une fois. Je suis vraiment trop émotive aujourd'hui. Anya chasse mes larmes d'une geste particulièrement doux.
- Avant Raven, tu étais la personne la plus importante de ma vie. Je… j'aurai dû te le dire bien des fois mais je ne l'ai jamais fait. Je le pense au plus profond de moi quand je te dis que tu es ma sœur.
- Je le pense aussi.
- Oui je sais, tu n'as jamais essayé de garder une distance entre nous.
- Je sais pourquoi tu l'as fait, j'assure.
- Les Trikru ont vraiment de la chance de t'avoir pour alpha et j'ai une chance encore plus inouïe de t'avoir pour sœur.
- Cette conversation va finir par être gênante, je me racle la gorge en sentant mes joues brûler.
- Je veux simplement que tu ancres bien quelque chose dans ta petite tête, sourit-elle en tapotant mon front, rien de ce qui est arrivé aujourd'hui n'est de ta faute. J'ai senti ta culpabilité à des kilomètres, reprend-elle avant que je ne puisse la couper, n'essaye pas de me mentir, je te connais. Toi et moi, nous sommes pareil, alors il est évident que nous aillons ressentie la même chose mais rien de ce qui est arrivé n'était de notre faute, d'accord ?
- Si tu veux.
- Lexa, grogne Anya avec mécontentement.
- Je sais, je sais… tu me détestes.
Nous continuons d'avancer en nous chamaillant. Je dois bien avouer qu'après les montagnes russes d'émotions que je viens de vivre ça fait un bien fou de retrouver Anya. D'autant plus en sachant qu'elle ne me reproche pas ce qui est arrivé. Je suis en train de rire doucement à une de ces nouvelles accusations d'inconscience alors que ma joue se remet à saigner lorsque nous arrivons devant la porte de l'infirmerie.
Je l'ouvre et tend la main vers ma sœur mais elle ne bouge pas, pas même d'un millimètre pour faire un geste vers moi. Je m'avance vers elle inquiète. La porte claque, la faisant sursauter et je demande doucement :
- Tout va bien ?
- C'est… le sang.
- Ouais, il y en a vraiment beaucoup. Je sais.
- C'est bon, je peux gérer, elle prend une forte inspiration, ouvre cette porte.
Avant même que je ne puisse pensée à m'exécuter, je suis obligée de me décaler pour laisser la porte s'ouvrir dans mon dos. Je n'ai pas non plus le temps de me demander qui a pu me prendre de vitesse qu'une main que je connais par cœur se glisse dans la mienne et que des doigts s'agrippent à ma combinaison au tissus étrange. Sans que je ne puisse réagir, Clarke saisit mon menton et m'oblige à me tourner vers elle, il ne me faut pas plus d'une seconde pour découvrir ses traits contrariés et je frissonne d'appréhension lorsqu'elle prononce avec une certaine froideur :
- Tu es blessée.
Le rire moqueur d'Anya ne m'échappe pas, mais je ne peux pas la remettre à sa place puisque je suis trop occupée à tenter de survivre au regard assassin de la blonde en face de moi. Je suppose que Raven a dû lui parler de mon imprudence et que cette idée n'a pas du tout dû lui plaire.
- Je pense que ce n'est pas grave, reprend Clarke avec soulagement.
- Bien sûr que ça ne l'est pas, c'est une égratignure.
- Ça, et merde de nouveau un regard glacial, c'est à moi d'en décider Lexa Woods !
- Je vais, je me coupe brusquement alors que ses iris deviennent un peu plus sombres, dangereux, je suis désolée Clarke.
Je déglutis difficilement alors qu'elle lâche brusquement ma main. Mais qu'est-ce que j'ai fait encore ? Et pourquoi elle paraît autant en colère contre moi alors que je ne sens pas ce ressentiment au travers de notre lien ? Subitement alors qu'elle me tourne le dos, j'aperçois son sourire en coin. Je n'arrive pas à le croire, elle vient de jouer avec moi. Je vais lui faire payer ! Il y a vraiment de moment où son côté diabolique me court sur le haricot et joue avec mes nerfs.
Clarke s'avance ensuite vers Anya et nous surprenant toutes les deux, la prend dans ses bras. Ma sœur écarquille les yeux sans rendre son étreinte à ma belle blonde. Elle échange un regard avec moi, tentant de comprendre le comportement de Clarke en passant par moi mais elle n'obtient pas de réponse pour la simple et bonne raison que je ne sais pas pourquoi elle agit de la sorte.
Je tourne ensuite mon attention vers Thomas. Je glisse doucement mes doigts dans ses cheveux. Je suis heureuse de constater qu'il est moins pâle que tout à l'heure et surtout moins apeuré. Je suppose que rester près de Clarke lui a fait plus de bien que je l'aurai imaginé.
- Echo est stabilisée, reprend Clarke en s'éloignant d'Anya, elle ne risque plus rien.
- Merci beaucoup pour tout ce que tu as fait Clarke.
- J'ai surtout suivi les directives ma mère, assure-t-elle avec un sourire. Je suis désolée que nous n'ayons rien pu faire pour Scarlet.
- Raven va la sauver, souligne Anya, je sais qu'elle va y arriver.
- Tu as certainement raison. Tu te sens prête pour y aller ?
- Oui.
- D'accord, Clarke prend la main d'Anya, dans ce cas, viens avec moi, elles entrent dans la pièce et je les suis en prenant Thomas dans mes bras. Nous avons installé Bellamy et Echo dans la chambre du fond. La pièce principale à été complètement libérée, ma mère a rangé les instruments et les équipements médicaux, Raven nous a dit qu'elle ignorait qu'elles seront les répercussions d'un tel sort.
- Qu'en est-il de Melina ?
- Elle refuse de lâcher Scarlet tant que Raven n'est pas prête. Et… euh… elle ne semble pas au mieux de sa forme. Vois par toi-même, conclu Clarke en ouvrant la porte de la pièce principale.
Anya avance sur quelque pas mais Clarke ne bouge pas. J'entends une bribe de conversation avec Raven et je m'approche. Je ne sais pas trop quoi penser de ce que je découvre. Le bébé est toujours dans les bras de Melina mais les cheveux de cette dernière ont complètement changés de couleur. Ils ne sont plus nacrés mais d'un châtain tout ce qu'il y a de plus normal ce qui devrait redonner un peu de couleur à son visage mais c'est tout le contraire. Elle est tellement pâle. Je vois sans mal son corps frissonner et le rythme étrange de son cœur est encore plus ralentit. Elle pose ses yeux sur moi et cette fois, il me faut un certain temps pour remarquer le changement. Son regard est toujours le même mais ses iris ont changés de couleur. Il n'y a plus cette complexité pastelle unique, elle a été remplacé par un vert pomme très expressif mais encore une fois étrangement normale pour Melina.
Je repose doucement Thomas qui enfouit tout de suite son visage dans le tissu au niveau de mon estomac. Je lui caresse doucement les cheveux alors que je l'entends renifler pour certainement retenir ses larmes. Clarke appuie sa tête sur mon épaule, l'insouciance qui semblait l'habiter lorsqu'elle était avec Anya a complètement disparu pour laisser place à l'inquiétude.
- Je n'aime pas me sentir impuissante.
- Moi non plus, j'avoue à demi-mot.
- Vous devez sortir tous les trois, nous demande Raven, je vais commencer le sort.
- Très bien, je soupire, si vous avez besoin d'aide, nous serons juste derrière cette porte.
- Merci, souffle Anya.
Je pousse Thomas à avancer et glisse ma main dans celle de Clarke pour m'assurer qu'elle me suive. Je referme la porte et me retourne. Je reste droite comme un piquet devant cette stupide planche de bois pendant ce qui me semble une éternité avec la main droite de Clarke dans la mienne et mon autre main qui garde un constant contact avec Thomas quand nous entendons les premiers hurlements de Scarlet. Je n'essaye pas de retenir mes larmes en y percevant une certaine agonie et toute cette douleur. Je ressers un peu plus mes doigts entre ceux de ma belle blonde pour m'obliger à rester en place.
Je sens la présence de ma garde dans mon dos, ainsi que celle de Gaïa. Je ne fais pas même un mouvement vers eux. Je suis morte de peur. Je me sens de nouveau nauséeuse. Pourtant, je fais tout pour rester forte et envoyer cette force à Anya. Je tiens bon, pour elle. Je recule très légèrement en voyant la magie de Raven s'engouffrer sous la porte et s'éparpiller jusqu'à nos pieds. J'entends parfaitement sa voix forte avant que les cris de la petite ne s'intensifie encore et que j'ai alors cette sensation désagréable d'avoir la tête sous l'eau et de n'entendre plus que des parcelles de sons.
Je ferme doucement les paupières pour me concentrer. Lentement, je trouve une mélodie à laquelle me raccrocher, un petit battement de cœur très irrégulier, faible et presque mourant. Je ne le lâche plus. Il n'y a rien de plus important que ce cœur qui bat. Il doit continuer de battre.
Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam.
Pité… qu'il continue de battre.
Le temps passe sur nous sans que je ne le remarque. Je crois que la nuit est tombée. Il est même possible que le soleil soit maintenant en train de se lever. Mais toutes ces heures sont insignifiantes. Ce qui a de l'importance c'est ce cœur qui bat.
Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam.
Et puis… plus rien.
J'ouvre les yeux, paniquée. Je lâche même la main de Clarke, fait passer Thomas dans mon dos. Je m'avance frôle la poignée de mes doigts quand la porte s'ouvre avec fracas sur Anya en larmes.
Non.
Elle se jette dans mes bras. Je peine à la soutenir. Je suis complètement démunie. Je ne sais pas quoi lui dire puis contre toute attente, elle se met à rire, un vrai rire, certainement le plus beau rire qui n'ait jamais franchi ses lèvres. Puis elle murmure ces mots :
- Raven a réussi.
Je ne comprends pas. Je n'entends plus son cœur. Je ne comprends pas…
Ce n'est que lorsque je vois la sorcière sortir de la pièce avec le bébé dans les bras, les yeux grands ouverts que je me résouds à croire les mots d'Anya. Je sens que Raven est particulièrement affaiblie mais c'est surtout le bonheur qui ressort. Je ressers alors mes bras dans le dos d'Anya et laisse mes larmes s'écouler encore une fois.
Scarlet est saine et sauve. Je scrute la petite et remarque à retardement qu'il y a bien une sorte de battement mais qu'il est très différent. C'est comme le bruit d'un mécanisme, comme un souffle qui s'introduit entre chaque battement.
Bam-ffff-bam-ffff. Bam-ffff-bam-ffff. Bam-ffff-bam-ffff. Bam-ffff-bam-ffff. Bam-ffff-bam-ffff. Bam-ffff-bam-ffff. Bam-ffff-bam-ffff. Bam-ffff-bam-ffff. Bam-ffff-bam-ffff. Bam-ffff-bam-ffff. Bam-ffff-bam-ffff. Bam-ffff-bam-ffff. Bam-ffff-bam-ffff. Bam-ffff-bam-ffff.
Aussi étrange que cela puisse paraître ce bruissement si particulier vient de devenir mon son préféré.
J'espère que ce cœur, cette rose, aussi étrange sont-ils tous les deux, continueront de bénir mes oreilles de cette mélodie, éternellement.
Éternellement.
Voilà pour le premier chapitre de cette troisième partie. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plû ! J'ai hâte de savoir ce que vous avez pensé de ce chapitre. Lexa a bien été amochée émotionnellement parlant dans ce chapitre mais bon, c'était nécessaire.
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre !
GeekGirlG
