Salut à tous ! :)

Merci pour votre patience après ce contre temps ! Je ne sais pas pour vous mais moi, je suis contente que cette journée soit FINI !

/!\ Il n'y aura pas de chapitre la semaine prochaine, je parts en vadrouille avec des amies pendant que les mecs sont au Hellfest, je n'aurai pas d'ordinateur à porter de main et pour la wifi... c'est un vrai mystère ! Je vous retrouve donc le VENDREDI 28 JUIN !

Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !

Quelques mots sur ce chapitre : Suite des événements après la terrible attaque d'Octavia.

Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.

Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)


Ne me regarde pas

Partie n° 3 : Première à mourir

Don't feel alone, Ne te sens pas seule

Cause it's I you understand. Parce que c'est moi tu comprends

I'm your sedative, Je suis ton sédatif

Take a piece of me whenever you can. Prends un peu de moi quand tu peux

Don't cry you're not alone. Ne pleure pas, tu n'es pas toute seule

Don't be so hard on yourself... Ne sois pas si dure avec toi-même

Don't cry tonight my baby Ne pleures pas ce soir ma chérie

Those tears are for someone else... Ces larmes sont pour quelqu'un d'autre

Don't cry you'll always be loved Ne pleures pas tu seras toujours aimée

Chapitre 42 : Embrumer

- Je m'en vais.

- Seulement si tu emportes mon cœur avec toi.


Je me tiens debout devant la cabane en bois fortifiée par des sortilèges qui retiennent Octavia. J'essaye de ne pas sursauter à chaque fois que le corps de l'alpha percute les murs de plein fouet. Je reste indifférente à ses hurlements qu'ils soient humains ou non. Je me tiens bien droite à essayer de comprendre comment cette jeune femme qui, d'apparence, pourrait ressembler à un ange a pu devenir un tel monstre.

Un crissement de griffes ou peut-être d'ongles me fait grimacer. Je plisse le nez avant de masser mes oreilles pour tenter de les soulager de cette agression. Je baisse les yeux et me force à prendre plusieurs grandes inspirations alors que la voix déformée par la rage d'Octavia me percute. Elle hurle, ordonne à qui veut bien l'entendre de la libérer, elle exige que nous la laissions finir son œuvre.

Octavia semble complètement possédée. Elle n'est plus elle-même. Toute sa vie paraît ne tenir qu'à un fil et elle marche dessus tel une funambule pour arracher la vie d'Echo ainsi que celle de sa nièce. Mais peut-être que le fil n'est pas pour les acrobaties, peut-être que ce fil la maintient prisonnière d'un marionnettiste. Du dieu de la Guerre, lui-même.

Plus j'y réfléchis, plus cette option me paraît sensé. Il y a certes beaucoup de colère enfermé dans le cœur d'Octavia mais je n'ai jamais perçu de noirceur chez elle. Son âme n'est pas abîmée par l'obscurité. Il est plus juste de dire qu'elle ne l'était pas. Je passe une main dans mes cheveux, contrariée. Je n'arrive pas à m'expliquer son changement de comportement et même si c'est ce Dieu de malheur qui l'a corrompu, comment est-il possible que personne n'ait rien vu, moi la première ?

Je secoue la tête pour éloigner l'alpha des Blake de mes pensées. Ce n'est pas pour elle que je suis venue. De toute façon, ce n'est pas comme si je pouvais avoir quoi que ce soit à lui dire. Et si je le devais, j'ai encore trop d'animosité envers elle pour concevoir une conversation saine.

Non. Ce qui m'inquiète, c'est elle. Voilà quatre jours qu'Octavia est enfermée à double tours et elle n'a pas bougé. Je ne suis pas même certaine qu'elle ait prit la peine de manger. Elle s'est assise contre le mur au plus près de la porte avec une pile de douze romans à sa gauche, trois sont déjà finis et déposés à sa droite et un quatrième est placé dans ses mains. Elle lit en silence et ne fait rien d'autre. C'est à peine si elle semble se soucier du temps qui passe. Elle se contente de rester là et c'est tout.

Rien ne semble pouvoir l'atteindre. Elle est complètement hors d'atteinte. La preuve, je suis plantée devant elle depuis vingt bonnes minutes et je n'ai obtenu aucune réaction. Je ne sais pas comment faire pour l'atteindre et je suis encore moins certaine que d'essayer de tenter de la sortir de sa bulle soit une bonne idée. Et si elle avait une réaction excessive qui nous mettait en danger. Il ne semble pas y avoir de bonne solution, la laisser seule, comme s'approcher, paraissent toutes deux être de mauvaises idées.

Pourtant je ne peux m'empêcher d'aller m'assurer qu'elle se porte bien c'est instinctif. Je n'arrive pas a m'expliquer d'où me vient ce besoin mais il est bien présent. Plus je me bats contre lui, plus je me sens mal et je n'ai pas besoin de ressentiment en ce moment, loin de là. Je me dois d'être forte. Il le faut. J'effectue donc un premier pas vers elle malgré le fait que cet endroit me rende particulièrement mal à l'aise, peut-être encore plus que la présence du monstre qu'est devenue Octavia.

- Clarke !

Je me stoppe net, une main sur le cœur et force ma première inspiration pour me calmer. Il n'y a pas idée d'arriver dans mon dos et d'hurler mon prénom. J'ai frôlé la crise cardiaque ! Je me retourne lentement pour découvrir sans surprise Indra. Elle me suit partout en ce moment comme une louve inquiète pour son louveteau. C'est ridicule. Et si elle est aussi intrusive dans la vie de Gaïa, je la plains sincèrement. Une fois qu'elle arrive à ma hauteur avec son air inquiet, je la toise avant de soupire et de demander d'un air blasé :

- Qu'est-ce que j'ai encore fait ?

- Je te cherche depuis plus d'une heure ! Tu ne dois pas disparaître sans rien dire. Je suis responsable de ta sécurité. S'il t'arrivait quelque chose…

- … ce serait un cataclysme, je complète avec un sourire amusé.

- Ce n'est pas drôle, me reproche-t-elle, pas drôle du tout. Nous avons besoin de tout, sauf d'un nouveau malheur. Et…

- Elle n'est pas prête, je la coupe une nouvelle fois. Lexa a besoin de temps après tout ce qu'il lui est arrivé, je crois que sa meute peut comprendre ça et s'ils ne le peuvent pas, qu'ils viennent en découdre avec moi.

Il y a une menace sourde dans ma voix. Ce n'est pas contre Indra, loin de là, mais j'ai entendu tellement de conversations entre lycanthropes aujourd'hui qui m'ont mis hors de moi que c'est un véritable miracle que je sois encore calme. Je suis désolée que ce soit la cheffe de la garde qui en paie le prix mais il fallait que mon mécontentement ressorte.

- Clarke, souffle Indra, tu dois comprendre Lexa a de plus en plus d'opposants, elle a perdu notre territoire et avec un électron libre comme Titus qui peut s'exprimer comme bon lui semble c'est particulièrement compliqué d'expliquer son absence. Elle doit revenir.

- Elle n'est pas prête, j'insiste.

- Prête ou non, tu dois la convaincre de revenir. Nous avons un problème sur la plage et si elle ne vient pas s'en charger, Titus pourrait le faire ce qui serait définitivement problématique.

- Quel problème ?

- Un groupe d'inconnus est arrivé et demande à parler à Heda.

- Heda, pas l'alpha, ni Lexa ?

- C'est bien ça, Heda. Et, ils ont insisté.

Merde…

- Dis-moi que tu sais où est Lexa en ce moment.

- Je sais où elle se trouve, je confirme.

- Dans ce cas, va la chercher, maintenant avant que tout ceci ne se finisse mal.

Je ne bouge pas, pas même d'un millimètre. J'ai bien conscience qu'aller la chercher est la bonne chose à faire mais elle n'est pas prête. Je le sens au plus profond de moi. Depuis l'attaque d'Octavia, elle est tellement… fragile. Je ne jamais ressenti un tel sentiment émaner d'elle, mais j'ai envie de la protéger encore un peu du monde extérieur comme elle l'a fait pour moi quand j'ai perdu mon père.

Je me retourne vers la cabane avec un goût d'inachevé. Si je continue à toujours repousser mon avancée vers elle, je ne serai jamais pour quelle raison je ressens ce mal être dès que je pense à elle. Je la fixe sans qu'elle ne me remarque.

Qu'est-ce qui me gêne à ce point ? Pour quelle raison semble-t-elle si inaccessible ? D'où me vient cette sensation tant désagréable ? Je ne comprends pas mon malaise. C'est tellement subtil que j'ai un mal fou à comprendre, mais plus je la détaille, plus la situation s'éclaircit. Je fais de nouveau un pas vers elle mais Indra me retient par le coude.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Quelque chose ne va pas, j'assure en forçant sur mon bras.

- Il y a plus important à faire que de s'inquiéter à cause des cheveux et des yeux de cette fille qui ne sont pas redevenus anormaux.

- Non, je souffle, c'est autre chose… autre chose…

- Clarke, s'énerve Indra, nous avons une vraie urgence.

Je détourne de nouveau le regard pour visser mes prunelles océans dans les billes noires d'Indra. Je pourrai être offusquée qu'elle me sermonne comme une enfant, mais encore une fois, je comprends. Pourtant, je ne laisse pas le doute voguer dans mes yeux. Je renforce même mon ancrage avant de sentir mes iris couler certainement pour changer de nuance et devenir plus vive, peut-être même fluo.

C'est infime mais Indra s'éloigne avant de lâcher mon bras. Je prends une forte inspiration en serrant mes poings. J'aspire tous ce qui peut me contrarier à cet instant et je relâche tout en desserrant mes doigts et en expirant. Je ne veux pas qu'une personne aussi importante pour Lexa puisse avoir peur de moi. Je n'ai pas l'intention de m'excuser pourtant mon contrôle est le seul moyen que j'ai trouvé pour lui faire comprendre que je suis désolée.

- Laisse-moi deux minutes.

- Clarke, me réprimande une nouvelle fois Indra en secouant la tête.

- Ils ne peuvent pas passer les barrières de Raven, je la rassure.

- Mais Titus…

- Je me chargerai de Titus, je réponds avec une menace sourde dans la voix.

- Tu ne comptes pas aller chercher Lexa, comprend-elle.

- Pas sans savoir ce que ces inconnus lui veulent et c'est sans appel.

Je n'ajoute pas un mot avant de m'avancer de nouveau. J'hésite une seconde avant de franchir les cinq escaliers qui desservent la terrasse qui donne sur la porte. Les cris de fureur d'Octavia me mettent mal à l'aise. Une fois le premier pas engagé, le reste se déroule avec une facilité déconcertante et je me retrouve bien plus rapidement devant elle que ce que j'avais imaginé.

Je penche légèrement la tête sur le côté pour lire les tranches des livres qui sont placés à sa gauche, aucun titre ne m'est familié. Il en est de même pour celui qu'elle tient en main. J'attends qu'elle remarque ma présence après tout, je dois particulièrement gêner sa lecture en lui faisant de l'ombre pourtant, elle change de page sans m'accorder un regard. Je croise les bras et crispe ma mâchoire. Je ne dois pas m'énerver, sous aucun prétexte.

J'inspire profondément avant de m'accroupir devant elle, toujours aucune réaction. Ses yeux d'un vert aussi claire que ces bouts de verre poli que l'on peut trouver sur la plage, parcourt les lignes d'encre noir sans me voir. Elle est complètement hors du temps et je dois bien avouer que cette situation m'inquiète un peu plus maintenant que je la constate d'aussi près. Son indexe droit tapote la tranche du livre avant de faire plisser la page et de la tourner à nouveau.

Je soupire avant de saisir doucement le livre et de lui retirer des mains. Aucune réaction. Seulement le vide dans ses yeux qui s'accentue encore. Cette réaction provoque chez moi un terrible et douloureux pincement au cœur. Je ne comprends pas ce qui lui arrive mais maintenant, je sais pour quelle raison j'étais inconsciemment aussi inquiète pour elle. C'est à cause de l'Obscurité.

L'Obscurité est tapie autour d'elle comme une ombre intimidante qui menace de l'engloutir tout entière au moindre signe de faiblesse. Elle serpente, se faufile et s'impose comme une reine devant laquelle elle va devoir plier le genou. Ce n'est qu'une question de temps avant que ses dernières barrières cèdent et qu'elle laisse entrer les ténèbres dans son cœur, pour qu'elle vienne tout saccager sur son passage.

De toute ma vie, je n'ai jamais vu une telle accumulation d'Obscurité s'agglutiner autour d'une personne. C'est comme si les ténèbres attendaient pour reprendre la place qui leurs aient dû. J'en ai le souffle coupé.
En premier lieu à cause de cette intensité et ensuite pour la simple et bonne raison que jamais, ô grand jamais, je n'aurai pu croire qu'elle était une enfant de la nuit, comme les démons. Je pensais qu'elle appartenait à la lumière. Elle est si gentille, parfois même trop. Je n'arrive pas à comprendre comment elle peut avoir une telle personnalité alors qu'autant d'Obscurité la convoite.

- Melina, je l'appelle doucement.

Son regard s'arrête enfin sur moi et je me sens immédiatement soulagée, enfin juste après la profonde surprise qui s'empare de moi alors que je remarque que le vert qui habite ses yeux depuis qu'elle a maintenu Scarlet en vie est encore plus claire que lorsqu'elle lisait, ses iris sont devenus pratiquement transparents. Elle tente de reprendre son roman mais je l'éloigne avant de le caler dans mon dos. Elle fronce les sourcils certainement contrariée par mon refus de lui rendre son bien. Je reprends toujours sur le même ton :

- Peux-tu me rassurer et me dire que tu vas bien, s'il te plaît. Je… je suis inquiète.

Melina tourne légèrement la tête comme pour s'assurer qu'elle soit bien la personne à qui je m'adresse. Quand elle finit par constater que nous sommes seules, elle plisse le nez avant de froncer les sourcils et de souffler un presque inaudible :

- Pardon ?

- Tu vas bien ? Je l'interroge à nouveau. Je veux simplement m'assurer que tu vas bien, je poursuis.

- Moi, elle se pointe du doigts de plus en plus incertaine.

- Oui, je souris timidement, je suis inquiète.

- Tu t'inquiètes, pour… moi ?

J'acquiesce en guise de réponse avec un sourire plus franc mais je ne semble pas la convaincre puisqu'elle semble de plus en plus surprise. Elle regarde de nouveau son environnement mais elle doit de nouveau parvenir à la même conclusion : il n'y a que nous deux. Je n'arrive pas à m'expliquer qu'elle puisse trouver cela invraisemblable que je sois simplement inquiète pour elle. Je veux bien qu'à la rigueur ma nature puisse la faire douter seulement, je suis persuadée que s'il y avait n'importe qui d'autre à ma place, elle aurait eu exactement la même réaction.

- Je croyais que vous m'en vouliez, reprend-elle incertaine. Parce que je n'ai pas empêché l'attaque d'Octavia.

- C'est toujours d'actualité en effet mais, je constate de nouveau le frétillement de l'Obscurité qui l'entoure, ce n'est pas une raison suffisante pour complètement t'abandonner.

- Je ne comprends pas…

- C'est si inconcevable que quelqu'un puisse s'inquiéter pour toi ?

- Je dirai plutôt… inhabituel.

- Inhabituel parce que personne ne s'inquiète jamais pour une créature qui appartient à l'Obscurité, j'interroge avec des pincettes. Je ne sais pas si tu as remarqué mais ici, les choses se déroulent différemment. Je suis un semi-démon et nous avons Echo, un dragon, il n'y a pas plus diabolique comme créature.

- Je n'appartiens pas à l'Obscurité, me répond-elle avec un calme qui pourrait me glacer le sang.

- Tu as conscience que j'ai la capacité de voir l'Obscurité, n'est-ce pas ? Elle te tourne autour comme des abeilles à proximité d'un pot de miel.

- Je n'appartient pas à l'Obscurité, s'acharne-t-elle. Tu veux bien me rendre mon livre maintenant.

- Non.

-Non ? Elle reprend d'un ton menaçant.

- Pas tant que j'ignore ce qui cloche chez toi.

- Ce qui cloche chez moi ? Un rire sans joie fait vibrer ses cordes vocales. Ce qui cloche chez moi… c'est que j'ai bien faillis perdre la seule personne au monde qui est capable de me garder saine d'esprit. Si l'Obscurité se tapie près de moi c'est parce qu'elle espère que je craque et ceci depuis plus d'un demi-siècle mais je ne céderai pas, je ne laisserai pas les ténèbres m'envahir parce que si je finis par leurs succomber, je ne pourrai plus jamais atteindre Éleusis et je préférerai mourir que d'y renoncer. Ah mais oui, j'oubliais, de nouveau ce rire sans aucune émotion, je ne peux pas mourir, ce droit m'a été arraché il y a bien longtemps. Je peux récupérer mon livre, maintenant ?

- Il est arrivé quelque chose à Scarlet, je comprends.

- Évidemment, c'est le petit hic que vous n'arrêtez pas de me reprocher, son regard est envahi par une colère si grande que même si c'était possible personne ne pourrait la mesurer.

- Non, je souffle. Il est arrivé quelque chose à ta Scarlet, celle qui est dans le passé.

Elle ne formule pas de réponse mais je parviens parfaitement à la deviner. C'est d'abord l'inquiétude qui submerge son regard avant d'être très vite remplacé par une infini tristesse et une culpabilité qui paraît des plus intense. Je m'apprête à l'interroger de nouveau quand elle tend sa main vers moi en reprenant :

- Rends-moi mon livre et va sur cette plage, ces personnes ont besoin d'aide.

- Comment…

- S'il te plaît, soupire-t-elle.

- Ce sont des inconnus et tu es…

- Madi est sur cette plage, souligne-t-elle.

Je sens ma mâchoire tomber légèrement et subitement je ne trouve plus aucun argument pour la convaincre que ma présence est plus importante à ses côtés que là où m'attend Indra. Je n'ai pas encore compris comment mais je sais déjà que Madi sera importante pour Lexa et moi. Je me relève donc et jette un regard vers la cheffe de la garde de la meute qui me montre son impatience avec un signe de tête. Je déglutis difficilement, en rendant son roman à Melina mais je le retiens alors qu'elle le tire vers elle :

- Cette discussion n'est pas terminée.

- J'ai bien compris.

- Ne te laisse pas avaler…

- Ce n'est pas dans mes attentions, me répond-elle avec ce sourire en coin qu'elle réserve d'ordinaire à Scarlet.

- Bien.

Je trottine jusqu'à Indra qui ne se gène pas pour me montrer à quel point elle a désapprouvé cette discussion avec Melina. Je l'ignore et me dirige vers la plage. Mon cœur raisonne d'une étrange manière dans ma poitrine tout au long de mon avancé. Mes mains sont légèrement moites et c'est avec elles que je comprends que j'appréhende ce qui va suivre.

Je m'arrête devant le groupe qui s'est formé devant la barrière magique. Les éclats de voix me font frissonner. Indra m'ouvre un chemin, tout ceux qui l'aperçoivent du coin de l'œil s'écartent pour la laisser passer, plusieurs inclinent la tête en signe de respect et je ne sais pas si ce geste lui est destiné ou s'il est pour moi.

- Clarke, la voix d'Anya me rassure immédiatement.

Je relève les yeux pour l'apercevoir et lui sourit en la voyant arriver vers moi. Je la vois chercher dans mon dos avant qu'elle n'arrive à ma hauteur. Elle me demande plus bas pour que je sois la seule à l'entendre :

- Où est Lexa ?

- Elle a refusé d'aller la chercher, répond à ma place Indra.

- Clarke, je perçois clairement le reproche dans la voix d'Anya, ce n'était pas judicieux mais ce qui est fait est fait.

- Où est notre alpha ? S'égosille Titus que je foudroie du regard. Où est-elle ? S'énerve-t-il.

- Rentre dans le rang, je lui demande calmement en me frottant les paupières. Qui désire parler à Heda et pourquoi ?

- Ils demandent asile, s'empresse de me répondre Raven. Ils ne semblent pas avoir de mauvaises intentions, mais avec les événements récents, la prudence est de rigueur.

- J'ai parlé avec Melina et elle m'assure que ces personnes ont besoin d'aide.

- Je n'ai pas confiance en elle, tranche immédiatement la sorcière.

- Moi si, assure Anya.

- Vous en êtes toujours au même point sur ce désaccord, constate Indra.

- Il n'y a pas de désaccord puisque nous ne pouvons pas avoir confiance en cette fille, s'acharne Raven.

- Il est injuste de la punir pour les choix d'une autre, je reprends en laissant mon regard vagabonder sur la plage.

- Je réserve le même traitement aux Voyageurs quand ils reviendront, assure Raven.

- Si ils reviennent, je souffle sans y réfléchir.

- Nous pourrions parler d'autre chose, hurle de nouveau Titus, comme de l'absence inexplicable de notre alpha. Elle se doit…

- Tu vas la fermer !

Je saisi violemment son haut et le fait reculer sur quelque pas. J'aime voir naître la terreur dans son regard. Je me délecte de sa peur. Je nourris une part bien noire de moi avec effroi qui l'anime.

- Je t'ai dit d'entrer dans le rang, ma voix tonne mais je ne cri pas, et tu vas le faire sur le champ. Tu restes à ta place, je le positionner au milieu des autres lycanthropes, je ne veux plus t'entendre. Je te jure que si tu oses encore l'ouvrir pour t'en prendre à ton alpha, je t'arrache la tête !

Un silence foudroyant s'installe à la fin de mon intervention.
Je relâche Titus et frotte mes mains comme si un contacte prolongé avec sa personne m'avait contaminé. Je balaye mon regard sur la petite assemblée qui l'entoure et tous baissent la tête, effrayés à l'idée qu'il ou elle puisse être ma prochaine victime. Je suis surprise en réalisant que même Indra aborde cette posture chétive comme si je l'intimidais.

Je tente de comprendre la situation en cherchant le regard si rassurant d'Anya mais c'est principalement la surprise qui anime son regard. Je commence donc à paniquer en me demandant si j'ai fait quelque chose de mal. J'ai sûrement été trop loin, j'ai une fâcheuse tendance à toujours aller dans l'excès. Mais pour ma défense, j'ai envie d'en découdre avec Titus depuis que je le connais et il n'est vraiment pas prudent de sa part de continuer à me titiller. Un de ces jours, je ne vais pas réussir à me contrôler et il sera alors très, très mort.

- Vous êtes Heda ? S'informe la voix d'un homme dans mon dos avec un fort accent des pays scandinave, nous vous attendions.

Je me retourne lentement en fronçant les sourcils en me demandant comment il peut croire que je suis Lexa. Je dois m'empêcher d'effectuer un mouvement de recule en remarquant que cet inconnu est gigantesque, je mettrais ma main à couper qu'il fait bien plus que deux mètres. Il a de long cheveux noir ondulés qui sont pour la plupart ramenés en queue de cheval dans son dos alors que quelques mèches sont éparpillées sur son front, me cachant, pour le moment, la couleur de ses yeux, mais elle me paraît particulièrement sombre. Il est tout habillé de noir et très franchement, il pourrait être plutôt effrayant s'il n'exposait pas un sourire qui ne correspond pas du tout à sa carrure. Si je me concentre simplement sur l'étirement de ses lèvres, je jurerai être en face à face avec un enfant de trois ou quatre ans.

- Vous n'êtes pas Heda, se corrige-t-il lui-même avec une pointe de contrariété dans la voix. Pourquoi nous empêcher de rencontrer Heda ? Nous avons fait un très long voyage, nous ne sommes pas une menace, assure-t-il.

- Je suis désolée mais pour le moment vous allez devoir vous contenter de moi. Je m'appelle Clarke et je suis…

- Nous ne parlerons qu'à Heda, me coupe le géant.

- Calme-toi Guilhem, intervient une jeune femme aux cheveux châtain assez court et aux yeux vert d'eau, je tique sur sa ressemblance physique avec Melina, nous voulons bien parler avec vous Clarke.

- Nous le voulons ?

- Oui, assure-t-elle avec un sourire qui monte jusque dans ses yeux et juste comme ça toute sa similitude avec Melina disparaît, nous le voulons bien, vous êtes la personne qui partage une empreinte avec Heda, n'est-ce pas ?

- En effet, je confirme, que voulez-vous ? Pourquoi être venu jusqu'ici et vouloir parler à Heda en particulier ?

- Nous demandons asile, me répond le dénommer Guilhem.

- Je ne peux pas prendre cette décision, je les informe.

- En effet, intervient Titus, puisque tu n'es rien, absolument rien peut-être à la limite une abomination, notre alpha n'aurait jamais dû t'imposer à sa meute.

- Vous m'accordez une petite minute, je demande aux inconnus avant de faire volte-face pour découvrir sans surprise que Titus c'est une nouvelle fois mise en avant et qu'il s'adresse à la meute.

- Notre alpha ne suffit plus, notre alpha n'est plus assez forte, il faut la destituer. Qui est avec moi ?

Je suis horrifiée de constater que certains lycanthropes, principalement des mâles lèvent la main pour montrer qu'ils sont près à suivre Titus. Le sourire satisfait qui orne ses lèvres me donne la gerbe.

- Nous exigeons un conclave ! Nous, reprend-il en se tournant vers moi et instantanément, il devient muet.

- Tu réclames beaucoup pour quelqu'un qui devait rester dans les rangs, je dis sur un ton faussement calme.

- Tu n'as pas le droit de t'en prendre à moi Clarke, s'empresse-t-il de me rappeler, tu es une invitée, rien de plus, ta présence au sein de la meute est… anecdotique.

- Tu crois, je l'interroge avec menace avant de faire un pas en avant, je suis anecdotique ? Je pourrai te tuer, là, maintenant tout de suite. Je ne ressentirai rien, ni bien, ni mal, juste de la satisfaction. Je me souviens très bien que ton alpha a assuré que si je voulais te tuer à l'avenir, elle ne lèverait pas le petit doigt pour te sauver. Tu veux essayer, je souris de plus en plus. Non je suppose. Alors rentre dans le rang, je grogne, et cette fois tu la fermes pour de bon, je lui conseille, crois-moi je suis à un cheveu de perdre le contrôle alors ne me provoque pas.

- Tu ne…

D'un geste rapide, j'ouvre ma main droite dans laquelle j'avais accumulé assez de ténèbres pour le faire trépasser. L'Obscurité le percute de plein fouet, son corps bascule en arrière, un hurlement de douleur franchit ses lèvres alors je referme mes doigts. C'est assez. Ses quatre membres sont complètement désarticulés, intégralement brisés. Au milieu de ses tissus, des veines et des muscles, ses os ne sont plus que de la poussière. Je le maintiens en lévitation, le dos parallèle au sol, ses bras et ses jambes tombent dans le vide, inertes. Je relâche assez de mon pouvoir pour maintenir sa condition et faire en sorte que sa capacité de guérisons ne puisse pas s'activer.

- Quelqu'un d'autre à quelque chose à dire sur la légitimité de Lexa ?

Plusieurs murmures naissent mais aucune voix ne se fait entendre. Parfait. Je soupire en rappelant les ténèbres pour qu'elles rejoignent mon corps, toutes sauf celle qui s'amuse à briser le corps de Titus encore et encore. Un sourire satisfait étire mes lèvres quand je reprends :

- Tu sais ce qui est anecdotique Titus, c'est que j'ai accepté la demande de Lexa. Je suis devenu son consort et ce choix a été accepté par le Conseil. Je ne suis peut-être pas encore très à l'aise avec la situation mais si tu étais moins prétentieux, tu aurais remarqué que ton alpha était présent depuis le début.

- Tu as accepté ? M'interroge Anya surprise

- J'ai accepté, je confirme.

- Tu es devenue l'égale de Lexa, comprend Indra avec une pointe de peur dans la voix. Pourquoi tu n'as rien dit. Je… je suis désolée si j'ai été trop brusque avec toi.

- Je n'ai rien dit parce que c'était à Lexa de vous en parler.

- Elle n'est pas sur l'île, intervient Anya.

- Ne dit pas n'importe quoi, s'insurge Raven, je l'aurai sentie si quelqu'un était sorti de l'île !

- Où est partie Lexa ?

- Régler les derniers détails avec le Conseil.

- Pourquoi elle ne m'a pas demandé de l'accompagner ?

- Tu avais d'autre priorité Anya, je lui souris.

- Tu veux dire que mon alpha est seule dehors, panique Indra.

- Pas tout à fait, Costia a compris ce que nous avions fait et elle a imposé sa présence.

- Je vais la tuer, elle aurait dû m'en parler !

- Oui… sauf que Lexa lui a interdit de le faire. Nous reparlerons de la situation plus tard, vous pourrez nous faire tous les reproches qui vous chante mais je crois que j'ai une discussion à finir, je me retourne vers les nouveaux venus. Je suis désolée, je me suis absentée bien plus qu'une minute.

- Vous êtes un démon, reprend la jeune femme avec incompréhension.

- Semi-démon, il y a une sacrée nuance. Qu'est-ce que Lexa peut faire pour vous ? Pourquoi demander asile ? Je ne peux pas parler en son nom comme Heda seulement comme alpha mais sachez que toutes vos demandes arriveront jusqu'à elle.

- Ce n'est pas pour nous deux, m'explique Guilhem, seulement pour les enfants.

- Vous êtes un démon, s'acharne encore une fois la femme.

- Semi-démon, je tique.

- Comment un démon peut-il évoluer dans une meute ?

- Vous allez finir par me contrarier, je soupire. Je tiens particulièrement à mon humanité. Si je suis entrée dans la meute c'est pour un échange afin de maintenir la paix entre le Clan de mon père et la meute Trikru mais il s'est avéré que je partageais une empreinte avec Lexa, je suis donc restée.

- Votre meute accueille d'autre créature d'Obscurité ?

- La meute en elle-même non. Mais depuis un peu plus d'un an, nous accueillons une famille avec un vampire. Anya, je la pointe du doigts, vient tout juste de former sa meute, elle est la sœur de Lexa et un de ses membres et un dragon. Et nous avons Melina… je ne sais pas ce qu'elle est mais il est clair que l'Obscurité la convoite.

- Tu as oublié Mina, intervient Raven, qui va et vient comme bon lui semble ce qui a le don de m'agacer. La barrière de protection n'est pas là pour faire jolie, ça c'est un reproche pour Lexa et moi.

- Et quel est l'appartenance de cette Mina, veut savoir Guilhem.

Je me retourne vers Raven et Anya qui hoche les épaules en semblant réfléchir à la question. La première fois que je l'ai rencontré, je l'ai invoqué comme un démon. Mais nous savons grâce à Bellamy et son amitié avec elle qu'en réalité Mina est une sorcière. Il est impossible qu'elle soit les deux à la fois et pourtant… elle semble bien être mi-sorcière, mi-démon.

- Je suppose qu'Okoye est aussi un semi-démon ?

- Vous supposez, intervient de nouveau la femme.

- Ouais, sa situation est assez unique. Elle a renoncé au statut de sorcière, à ses mains et à la Lumière pour sauver sa sœur. Ses actions ont fait d'elle un démon. J'ai bien résumé ? Je demande à Raven.

- Oui, répond-elle en massant ses mains comme si elle ressentait la douleur qu'avait ressenti Mina en renonçant à sa magie, tu as bien résumé.

- Comment est-il possible que vous acceptiez de tels créatures ?

- Je t'avais dit que c'était le bon endroit pour les gosses, sourit Guilhem.

- Et toi, la jeune femme pointe Raven du doigt, tu es la fille de Morgane, n'est-ce pas ? Que fais-tu dans une meute ?

- Comme Clarke, j'ai été invité pour un échange mais je suis tombée amoureuse, sourit-elle en glissant sa main dans celle d'Anya, alors je ne suis jamais partie.

- De toute façon, les chances pour que je la laisse partir avoisinait zéro, s'amuse Anya.

- Je me demande tout de même, reprend Guilhem, comment deux meutes et deux alphas peuvent cohabiter sans s'entre tuer pour la domination de l'autre.

- Ça ne viendrait jamais à l'esprit de Lexa de s'en prendre à Anya.

- Nous avons besoin l'une de l'autre dans des proportions différentes, mais il est impensable que nous renoncions à notre lien, poursuit Anya, elle est ma sœur et je suis la siennes, nous nous protégerons toujours.

- Aucun lien de sang, réfute la femme, même si Heda est absente, je peux le sentir. Vous n'êtes pas sœurs.

- Elles n'ont pas besoin d'une constante aussi stupide que le sang pour être sœurs, je m'énerve.

Ma réaction qui, je dois bien l'avouer, est légèrement excessive, rend mes deux vis-à-vis complètement muets. Ils échangent plusieurs regards et semble communiquer silencieusement. J'attends avec plus ou moins de patience, je n'ai jamais été très douée pour cet exercice. J'observe donc les personnes présente dans leurs dos et ce qui me frappe, c'est bien leurs jeunesses, il y a pour ainsi dire que des enfants et quelque adolescent. Le plus âgé semble être un jeune homme métis aux cheveux très bouclé qui tient un nourrisson dans ses bras. Mon cœur manque un battement en reconnaissant instinctivement Madi.

Elle ne doit pas avoir plus de trois ou quatre mois. Elle est minuscule. Ses petites mains s'accrochent de toutes ses forces au tee-shirt du jeune homme alors qu'elle babille, prononçant principalement des Ba et des Da. Elle se contorsionne pour montrer son impatience alors le métis la berce en chantant doucement une berceuse qui en apparence semble la calmer mais il s'arrête subitement pour m'observer avec une certaine incompréhension, c'est alors que je remarque que toute l'attention de Madi est sur ma personne. Soudainement, elle se met à sourire à étirer ses bras vers moi pour s'esclaffer dans une suite de sons incompréhensibles, mais la demande est des plus précise ce qu'elle attend c'est que je la prenne dans mes bras.

- Calme Madi, demande la jeune femme.

- Je crois que si je m'éloigne se sera pire.

- William, s'il te plaît, fais ce que je te demande. Je ne suis pas encore certaine qu'elle comme vous tous serez en sécurité ici. Alors éloigne Madi.

- Mais, hésite William, elle va pleurer.

- Vous, j'interviens précipitamment soudainement effrayée à l'idée que l'on puisse éloigner Madi de moi alors que tout ce que je veux c'est la protéger, vous inquiétez parce que tous ces enfants sont exceptionnels et vous ignorez si nous pouvons les protéger mais nous le ferons.

- Je croyais que vous ne parliez pas au nom d'Heda, me répond avec une certaine menace la jeune femme. Cette situation commence sérieusement à m'agacer ! Dorénavant, la seule personne à qui j'exige de parler c'est Heda ! Heda et personne d'autre !

Une simple étincelle de colère et la ressemblance avec Melina m'éclate en pleine figure. Leurs traits, leurs expressions, leurs façons de parler et même cette façon si particulière de se tenir sont similaires.
Sauf que si Melina semble passer le plus claire de son temps à garder son calme en toute circonstance cette femme, ne fait pas du tout le même effort. Elle semble plus lunatique un peu comme moi. Attirée par moment par la Lumière pour aussitôt être propulsée vers l'Obscurité.

C'est particulièrement déconcertant comme spectacle.

Je me demande si je suis la seule à trouver cette inconnue aussi équivalent à ce que nous connaissons de Melina. Une aura particulière entoure la jeune femme et je dois bien avouer qu'elle est terriblement menaçante. Tous les enfants et les adolescents reculent devant cette prestance. Guilhem tente de raisonner son amie mais elle n'écoute plus. Il tient bon mais abandonne définitivement lorsqu'une arme que je ne parviens pas à bien voir apparait dans son dos.

Avant même que je ne puisse réagir, Indra et Anya se précipite pour me faire battre en retraite. De façon inconsciente, je me bats contre elles. Je ne veux pas m'éloigner de Madi. J'ai ce besoin irrationnelle et inexplicable de m'assurer qu'elle va bien. C'est déconcertant mais c'est bel et bien ancré en moi.

Je vois avec horreur la femme se saisir de la poigné de son arme. J'écarquille les yeux alors qu'une lame éblouissante semble sortir de sa peau. Son geste est assuré et incroyablement rapide. L'épée plate à double qui sort de son dos paraît démesurément grande et aussi incroyablement lourde. L'inconnue se position pour nous attaquer dès que toute la longueur de son arme sera sortie de son corps. Non, ce n'est pas nous à qui elle cherche à s'en prendre mais à la barrière. Elle veut créer une brèche.

Avant même que je ne puisse penser à formuler un avertissement pour prévenir Raven pour qu'elle renforce sa magie. Un livre est propulsé vers la menace. J'écarquille les yeux au possible alors que la tranche de ce dernier s'écrase de tout son poids sur le haut de la tête de la jeune femme.

- Je constate que tu es toujours aussi instable Emily, intervient la voix calme de Melina dans mon dos.

- Melaina, prononce difficilement et de manière hébétée la dénommer Emily alors que son arme disparaît entièrement, non impossible, tu es… tu ne peux pas être là.

- Bon maintenant que tu es calme, reprend-elle comme si de rien était en se positionnant à côté de moi, tu veux bien me rendre mon livre, s'il te plaît.

- Tu m'as frappé avec un livre, s'énerve-t-elle.

- C'est tout ce que j'avais en main.

- Ce n'est pas une raison !

- Tu me fatigues, soupire Melina en traversant le portail se qui fait grimacer Raven.

-Qu'est-ce que tu fais ? Panique Emily.

- Je récupère mon livre, répond-elle en s'accroupissant pour se saisir de son roman et en le secouant pour éloigner le sable, je te l'ai demandé, tu ne me l'as pas rendu, je viens donc le chercher.

Melina se redresse avec l'ouvrage en main. Elle toise Emily avant de secouer la tête et de se retourner pour entrer de nouveau dans la zone sécurisée de l'île. Elle passe une main dans ses cheveux en bayant à la fin de son geste, sous ses doigts la couleur châtain est remplacé par celle nacrée mais ce changement se s'opère pas plus d'une poignée de secondes. Elle soupire avant de prononcer un presque inaudible :

- Tellement fatiguée.

Elle sort ses lunettes de la poche de son gilet pour les placer sur son nez et sans un mot de plus, elle se faufile de nouveau entre les membres de la meute qui s'écarte aussitôt. Ils sont tous effrayés à l'idée qu'elle puisse les toucher. Je tique immédiatement en réalisant que les attaque de l'Obscurité ont diminué depuis tout à l'heure. Je me demande vraiment comment elle fait pour éloigner les ténèbres à sa guise.

- Melaina, hurle Emily mais elle n'obtient ni réponse, ni réaction. Non mais tu te fous de moi ! Je ne t'ai pas vu depuis plus de 500 ans, tu me balances un livre en pleine tête et tu te barres ?! Reviens tout de suite ! Melaina !

- 500 ans, tique Guilhem avec un regard triste.

- C'est ce que je viens de dire, oui.

- Mais il y a plus de 500 ans, tu étais…

- Je le sais parfaitement, le coupe-t-elle, je sais ce que j'étais… Melaina !

- Calme toi, tu vois bien qu'elle s'en va.

- Je ne devrais pas être étonnée, elle ne reste jamais.

Cette fois, c'est à moi de réagir à la fin de cette phrase, ce n'est pas la première fois que je l'entends concernent Melina. Je me demande quelle signification elle peut avoir. De mon point de vue, elle semble même être très attachée à rester au même endroit, encore plus ces derniers jours.

- Je ne suis pas certaine que le fait que vous connaissiez Melina joue en votre faveur, réagit Raven.

- Tu vas lui en vouloir encore longtemps ? Soupire Anya.

- Aussi longtemps qu'il le faudra.

- Tu es insupportable… quand vas-tu comprendre que dans cette histoire, c'est elle qui a le plus souffert.

- Je ne suis pas de cet avis.

- Vous êtes toujours au beau milieu d'une dispute toutes les deux ? S'informe Guilhem avec un sourire en coin.

- Nan, je réponds, de temps en temps elles arrêtent pour une bonne vieille partie de jambes en l'air.

- Clarke ! S'offusque aussitôt Anya en rougissant.

- Ose me dire que j'ai tort, je ris doucement, et avant que tu ne répondes, laisse-moi te rappeler que nous vivons sous le même toit !

- C'est pas vrai… tu es vraiment… tu as de la chance d'être aussi importante pour Lexa.

- Et je sais en profiter, je m'amuse avec un clin d'œil.

- Raven, retiens moi, je vais la tuer !

- Je ne peux pas… moi aussi j'ai envie de me la faire !

- Tu vois, je souris à Guilhem, là elles sont d'accord !

- Te protéger est une mission impossible à réaliser, se plaint Indra, tu es vraiment suicidaire.

- Elle se fait appeler Melina, réagit à retardement Emily. Ça lui ressemble, sourit-elle, bien plus que Melaina. J'imagine que c'était la plus belle des manières de se prouver à elle-même qu'elle ne lui appartient plus.

- Lui, réagit de nouveau Guilhem, le même lui que d'habitude ?

- Le même, confirme-t-elle avec cette même tristesse que je peux deviner chez Melina depuis que je la connais, c'est bien le même, nous avons le même démon elle et moi.

Guilhem paraît perturbé par cette révélation mais il n'est pas le seul, tous les plus âgés du groupe dans leurs dos ont les traits marqués par l'inquiétude. Je ne crois pas me souvenir que Melina ait parlé d'un quelconque démon. En même temps, je suis plutôt certaine qu'aucun d'entre nous ne la connait vraiment. Il est même possible que Scarlet elle-même ignore réellement qui elle est.

Subitement toute mon attention est attirée ailleurs. Je me retourne et souris alors que la présence de Lexa s'impose très clairement. Elle est de retour. Enfin ! J'ai cru que je n'allais pas survivre à cette journée sans elle. Je commence à m'éloigner mais Indra m'empêcher d'aller plus loin en se plaçant devant moi.

- Je vais chercher Lexa, je bougonne comme une enfant à qui on refuse une sucette.

- Parce que maintenant, tu veux bien aller la chercher, s'agace Indra.

- Elle vient juste de revenir, répond à ma place Anya.

- Et elle ne pouvait pas le dire plus tôt.

- Indra, soupire la sœur de cœur de Lexa, je crois que le : je vais chercher Lexa, était très clair pour Clarke.

- Parce que maintenant, tu es de son côté ? Tu n'as plus envie de la tuer ?

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Mon humeur est changeante. Tu peux y aller Clarke, elle me sourit, je garde un œil sur nos invités, jusqu'à ton retour avec Lexa.

- Je fais au plus vite, j'assure.

- Ne bouscule pas trop Lexa, je vais bien.

- Mais tu irais mieux si tu étais près des tiens.

Anya semble surprise que je puisse comprendre que son éloignement de Bellamy, Echo et Scarlet puisse être difficile pour elle mais depuis que j'ai accepté de devenir la consort de Lexa, se sont des chose qui me semblent plus naturelles.
Je lui souris à mon tour avant de lui faire un petit signe de la main. Je m'apprête à foncer quand je me fais arrêter net par la présence d'un des mâles qui était prêt à suivre Titus dans sa folie. Je n'ai pas la moindre idée de qui il peut être mais s'il ne s'écarte pas dans la seconde, je lui réserve un sort pire que celui de ce traître.

Je tente une percée sur la gauche mais il me suit de près et m'empêche de nouveau d'avancer. Dire que je suis contrariée est un doux euphémisme. Je crispe ma mâchoire pour planter mon regard qui doit-être terriblement meurtrier dans le sien avant d'ordonner avec je l'espère la même prestance que Lexa :

- Ecarte-toi !

Je lis une certaine hésitation dans son regard mais il ne me laisse pas passer pour autant. Je ne vais tout de même pas devoir m'en prendre à un autre membre de la meute, juste après avoir infliger un sort des plus terrible à l'autre emmerdeur. Je serre mes deux poings, prend une forte inspiration et lui demande sans pouvoir cacher ma colère :

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Que vous libériez Titus, maintenant.

- Non.

- Non ? S'indigne-t-il.

- Tout à fait, non. Je refuse alors si tu pouvais t'écarter ce serait génial.

- Je ne m'écarterai pas tant que Titus ne sera pas libéré, grogne-t-il.

- Jason, aboie Indra, tu t'adresses à ton alpha !

- Elle doit…

- Elle ne te doit rien, elle est ton alpha !

- Je n'accepte pas le choix du Conseil, hurle-t-il en agrippant mon bras, qu'un autre métamorphe puisse diriger la meute pourquoi pas, mais un démon, jamais !

- Semi-démon, j'interviens en balançant mon poing droit en plein dans son nez.

Le craquement net qui se produit sous mes phalanges me fait instantanément sourire. Jason relâche aussitôt sa prise sur moi pour plaquer ses deux mains sur son nez qui saigne abondamment. Je m'avance vers lui, il me toise avec horreur avant d'enfin se décider à reculer.

- Titus est accusé de haute trahison et si tu veux à ce point être de son côté, je peux t'ajouter à la liste de ceux que nous comptons juger d'ici peu avec Lexa. Et si tu trouves cela si indigne d'être dirigé par une très grande alpha qui est aussi Heda et un semi-démon, personne ne te retient, tu peux partir.

- Je ne deviendrais pas un oméga, répond-il avec horreur.

- Alors fais-toi à cette idée parce que la seule autorité plus grande que celle de ton alpha, c'est celle du Conseil et tu viens de lui désobéir. Je veux bien fermer les yeux pour cette fois mais ne me menace plus sans quoi, je serai obligée de te faire subir le même sort qu'à ce traître de Titus.

De nouveau des murmures naissent autour de moi mais aucune voix bien distincte ne s'impose. Je suis tentée de me retourner pour chercher du soutient du côté d'Anya. Je sais qu'elle me donnerait la force de trouver les bons mots mais il est important que je me débrouille seule, au moins pour cette fois.

- Je ne voulais pas de ce rôle. Je l'ai refusé plus d'une fois. J'ai conscience de ce que je suis, je sais pertinemment ce que vous pouvez penser de moi. J'ai exactement les mêmes appréhensions que vous à mon sujet, ma plus grande peur était d'attirer Lexa, votre alpha vers l'Obscurité et maintenant, je dois m'assurer que mes ténèbres ne touchent aucun d'entre vous.

J'appuie mon regard sur le plus de visage possible. Mon cœur bat si fort dans ma poitrine que je le soupçonne de vouloir sortir de ma cage thoracique. Ma bouche est asséchée mais je reprends tout de même :

- Je n'ai pas pris cette décision à la légère. Je sais ce que mon choix implique. La vérité c'est que je ne pouvais plus laisser Lexa seule. J'ai la sensation qu'aucun d'entre vous ne se rend compte de ce qu'elle fait pour vous. Elle vous protège depuis qu'elle a 16 ans et à partir de ce jour, elle s'est complètement isolée, vous êtes son monde, tout ce qui compte pour elle. Alors oui, elle a choisi d'abandonner un territoire mais seulement pour vous garder en vie. Vous êtes vraiment près à vous plaindre parce qu'elle vous a sauvegardé de la mort ?

Je devine plusieurs réponses négatives dans l'assemblée. J'esquisse un sourire. Je commence à me sentir rassurer. Je suis à ma place. Je sais que je le suis. Mais il me reste un doute et cette idée me rend infiniment triste. Cette simple pensée attire mes larmes et je ne cherche pas à les retenir quand je poursuis :

- Ou alors vous lui en voulez à cause de moi et dans ce cas, vous êtes encore pire que ce que j'imaginais.

Je secoue la tête de droite à gauche, pour me battre moi-même contre cette idée. Mes joues sont noyées sous mes larmes. Cette manifestation ne représente pas ma tristesse à proprement parler, mais mon dégoût profond contre ceux ou celles qui pourraient véritablement refuser à Lexa un peu de sérénité et d'amour dans sa vie. Sérieusement, comment peuvent-ils ? J'ai besoin de comprendre. Alors je hurle pour être certain que chaque membre de la meute présent m'entende :

- Qui êtes-vous pour refuser à celle qui vous défend, à celle qui vous assure un abri inviolable un peu de bonheur ? Qui êtes vous pour vous dresser contre une empreinte ? Pour ceux qui ont le privilège d'en partager une, pourriez vous sérieusement songer un seul instant à y renoncer. La réponse est non. Je sais que votre réponse est non. Parce que moi aussi, je vis avec cette empreinte, ce n'est pas quelque chose à sens unique et depuis le début, je ne ressens pas seulement son amour pour moi mais sa dévotion pour chacun d'entre vous.

Je serre les poings alors que je sens mes jambes se transformer en coton mais je ne montre pas mon état de faiblesse. Je me redresse un peu plus et je suis satisfaite de voir une grande majorité s'incliner légèrement comme ils avaient l'habitude de le faire avant qu'elle ne leurs révèle l'existence de notre empreinte. Je prends le temps de souffler une bonne goulée d'air avant d'ancrer mon regard dans celui de Jason qui essaye toujours d'arrêter le saignement de son nez cassé. Mon regard se vide quelque peu alors que je réalise que pour lui, mes mots n'ont pas suffi, pas encore mais je sais que je vais réussir à le faire changer d'avis. Il le faut parce que si j'échoue, il finira comme Titus et je ne lui souhaite pas ce sort. Alors je conclu en m'adressant plus particulièrement à lui :

- Qui êtes-vous donc pour lui refuser la possibilité d'enfin pouvoir s'appuyer sur quelqu'un afin de vous assurer le meilleur qu'elle puisse vous apporter ?

Je ne sais pas si j'en ai dit assez pour le convaincre mais il s'écarte enfin. Parfait. J'ai rarement ressenti une telle euphorie. Lexa avait finalement peut-être raison, tout comme elle, je suis née pour diriger. Elle a su voir quelque chose chez moi d'imperceptible. Je ne devrais pas être étonnée. Elle a tendance à toujours voir plus que ce que je suis prête à lui montrer. Nous allons dominer cette meute comme elle le désire depuis plusieurs mois. Elle sera l'autorité brute et je serai son soutien indéfectible. Je l'aiderai dans chacun de ses choix, je la soutiendrai et Lexa ne sera plus jamais seule.

Je m'avance et alors que d'habitude, je dois jouer des coudes pour m'imposer au milieu des lycanthropes, cette fois ils s'écartent sur mon passage. Certains s'imposent devant moi, mais c'est seulement pour me sourire avant de me faire un signe de tête très respectueux et de s'écarter. Je suis surprise qu'un seul discours ait pu avoir un tel effet. Mais encore une fois, il faut croire que je sois taillée pour ce rôle. Qui l'aurait cru ? Il y a encore peu, je n'étais qu'une adolescente qui rêvait de devenir médecin comme sa mère, qui peignait des loups durant son temps libre et qui se battait nuit et jour contre des ténèbres toujours plus puissants.

Un seul regard a tout changé. Des yeux d'un vert émeraude d'une intensité incroyable. Des iris que jusqu'à cet instant je ne voyais qu'en rêve. Ce regard est devenu réel et ma vie à prit un virage des plus intense.

Lexa est apparue et elle est devenue toute ma vie.

Je crois que d'une certaine manière, je suis soulagée d'avoir accepté sa demande parce que maintenant, moi aussi je fais entièrement partie de sa vie. Sa meute est une trop grande part d'elle pour que je puisse m'en éloigner plus longtemps. Si j'avais gardé sa part alpha loin de notre dynamique plus longtemps, j'aurais pu la perdre.

Évidemment, pas au sens propre, mais elle aurait creusé encore plus cette solitude qu'elle ressent depuis qu'elle est devenue alpha et elle aurait fini par ne plus pouvoir me laisser entrer. Après tout, Anya elle-même à dû mal à s'imposer lorsqu'elle s'isole après un choix difficile. Mais à partir d'aujourd'hui, je n'aurai plus à m'inquiéter de savoir si sa sœur arrivera ou non à l'atteindre parce que je serai moi aussi présente pour lui sortir la tête hors de l'eau.

Mon sourire doit être démesurément grand quand je franchis la porte de notre maison. Je fais un signe à Indra pour qu'elle reste en arrière et qu'elle me laisse un peu de temps avec Lexa. Je vois qu'elle est en désaccord avec moi mais elle ne dit rien pour me le montrer. Je me précipite dans le couloir qui mène à notre chambre comme une gosse le matin de noël. Je me sens légèrement ridicule mais pour ma défense, je n'ai pas vécu des moments faciles et même si j'ai su tout résoudre, le soutiens de Lexa m'a manqué, terriblement.

- Lexa, j'appelle en frappant doucement à la porte en l'ouvrant.

Je suis déçue en ne la voyant nulle part dans la chambre. Je comprends la raison de son absence en entendant le bruit de la douche. Je traine des pieds jusqu'au lit et me laisse tomber dessus. J'étire mes bras en soupirant, je les relâche en espérant que Lexa ne sera pas trop longue. J'enfonce un peu plus ma tête dans le matelas. Je réalise que je suis satisfaite de cette journée, sauf pour un point, je ne sais toujours pas ce qui cloche avec Melina et je dois bien avouer que cette réalité me perturbe.

La porte de la salle de bain s'ouvre, je me redresse immédiatement. Je manque de perdre ma mâchoire et écarquille les yeux au possible en découvrant une Lexa complètement nue. Ce n'est pas une surprise, mais elle est incroyablement belle. Les quelques cicatrices qui marque son corps à cause des batailles qu'elle a été obligée de faire, renforce son charme. Mais il y a pourtant une marque sur sa peau qui me rend hors de moi et c'est celle juste sous son sein gauche. C'est la trace qu'a laissé son père en essayant de lui arracher son cœur. Je ne l'avais jamais vu parce que je n'ai pas encore une la chance de réussir l'exploit de lui retirer ses sous-vêtements ce qui est un terrible échec qui fait naître une des plus grandes et indescriptibles frustrations en moi. En plus d'un an, je n'avais jamais eu l'occasion de la détailler comme je le fais à cet instant.

- Euh… Lexa, je souffle.

- Par toutes les lunes, Clarke !

En moins de temps qu'il ne le faut pour le dire, elle se retourne fonce dans la salle de bain et fait claquer la porte. Je reste hébétée une seconde ou deux avant d'éclater de rire en tombant sur le matelas.

- Ce n'est pas drôle, je l'entends grogner depuis la salle de bain, tu aurais pu te signaler !

- Je l'ai fait, j'assure en me redressant sur mes coudes, j'ai frappé avant d'entrer, je croyais que les loups avaient une ouïe à toute épreuve.

- J'avais la tête ailleurs, élude-t-elle en ouvrant de nouveau la porte, son corps recouvert d'une longue serviette rouge. Comment s'est passée ta journée ?

- Tu étais en train de pleurer, je réalise alors qu'elle évite mon regard.

Elle ne me répond pas mais elle paraît surprise que j'ai pu remarquer ce détail. Bien entendu, je m'en suis rendu compte il y a quatre jours déjà mais je n'ai rien dit. Dès qu'elle croit que je ne fais pas attention, elle s'enferme dans une pièce pour pleurer. Je pense qu'elle a très mal vécu l'attaque d'Octavia et qu'elle a encore du mal à en accepter les conséquences.

Je me lève. J'hésite encore un peu avant de m'avancer pour m'arrêter une fois le plus proche possible d'elle. Je penche la tête sur le côté avant de lui sourire et d'assurer :

- Tu n'es pas obligée de m'en parler mais tu n'es pas non plus obligée de te cacher. Je suis là pour toi.

- Je le sais Clarke, mais il n'est pas aisé de se débarrasser d'un sentiment de culpabilité.

- Je ne le sais que trop bien, j'assure en venant l'embrasser, moi et la culpabilité nous sommes quasiment colocataires, je poursuis tout contre ses lèvres. Tu te sens d'attaque pour retourner tout de suite dans le vrai monde ou tu as besoin de temps ?

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Rien de grave. J'ai tout géré même si j'ai dû un peu bousculer Titus et Jason.

- Très bien, nous y allons tout de suite !

- Lexa, je l'arrête en lui attrapant le poignet, attend !

- Je vais trucider Titus !

- Pour commencer, je me suis déjà occupée de ce point. Ensuite, tu n'es toujours pas habillée et pour finir, nous avons des invités involontaires.

- Tu as tué Titus ? Attends ! Comment… quoi ? Nous avons… qu'est-ce que c'est censé vouloir dire avoir des invités involontaires ? Comment est-il possible que tu me balances autant de bombes avec aussi peu de mots ?

- Euh… tu sais ce que je trouvais vraiment important, mais qui ne semble pas t'avoir perturbé le moins du monde ? Tu n'es pas habillée !

- Qu'est-ce que tu voulais dire par invités involontaires, insiste-t-elle.

- Alors, si je comprends bien, je ne peux pas te voir complètement nue mais des étrangers ont le droit de te contempler habillée d'une simple serviette ?

- Arrête de dire des sottises et concentre toi sur ce qui a de l'importance.

- Ça a de l'importance, pour moi. J'aimerai simplement, je laisse mes doigts glisser depuis son poignet pour remonter lentement sur toute la longueur de son bras, m'attardant sur son épaule puis sur sa clavicule en gardant mon regard vissé sur le nœud si fragile qui maintient sa serviette en place, comprendre. Comment peux-tu garder le contrôle lorsque nous sommes ensemble ? Comment peux-tu nous imposer cette… distance ? Parce que ton acharnement à vouloir me garder hors de ta portée pour quelque chose d'aussi important, je dirai même vitale pour un couple, c'est en train de me tuer à petit feu. Et, même avec notre lien, je n'arrive pas à comprendre pourquoi tu me rejettes à chaque fois que j'essaye de vouloir… tu sais, aller plus loin.

- Mon dieu, Lexa paraît horrifiée, Clarke… je… je ne… je n'ai jamais voulu que tu te sentes rejeter.

- Alors pourquoi tu fais ça ? Pourquoi, tu t'enfuis à chaque fois que nous pourrions… passer le cap ?

- Je ne m'enfuis pas, s'offusque-t-elle.

- Tu veux bien me rappeler ce que tu viens de faire i peine cinq minutes ?

Lexa commence à formuler une réponse en levant son indexe avant de détourner le regard. Sa mâchoire se crispe très légèrement et son bras tombe mollement contre son corps. Ses yeux continuent de m'éviter consciemment. Je n'en souffre pas, pas vraiment, surtout si la prise de conscience qu'elle semble avoir se trouve être bénéfique.

- Tu as raison, je reprends en me reculant pour éviter de céder à la tentation qu'elle représente, d'abord la meute et nous après.

- Clarke, Lexa paraît horrifié et plante de nouveau ses iris dans les miens.

- Va t'habiller, je te fais un résumer à travers la porte.

- Clarke, essaye-t-elle de nouveau.

- Tout va bien, je la pousse jusqu'à la salle de bain, nous en parlerons à un autre moment, je lui balance les premiers vêtements qui me tombe sous la main, un meilleur moment, je lui assure en refermant la porte.

- Clarke !

- Ils sont deux pour parler au nom d'un petit groupe d'enfants et d'adolescents, ils demandent asile pour les plus jeunes mais pas pour eux deux. L'homme s'appelle Guilhem, c'est un vampire, un vieux, peut-être plus que Jasper. La femme s'appelle Emily, je ne sais pas ce qu'elle est, elle a sorti une arme de son corps. Je n'avais jamais rien vu de tel et cette femme a connu Melina, il y a plus de 500 ans.

- Clarke, laisse-moi sortir, demande-t-elle plus calmement.

- Je n'ai pas fini, je relâche la poigné et laisse Lexa ouvrir son regard me foudroie d'une colère que je ne suis pas habituée à devoir affronter, Madi fait partie de ces enfants.

Toute l'animosité qu'elle avait accumulée contre moi, s'effondre instantanément. Je lui souris timidement avant de lui tendre la main. Elle glisse aussitôt ses doigts entre les miens. Je tire légèrement sur le bas de son débardeur rose et noir, je le lisse avant de replonger mes yeux dans les siens.

- Je ne sais pas comment tu vas te débrouiller Lexa mais nous devons avoir Madi parmi nous.

- Je sais.

- Qu'est-ce que tu vas faire ?

- Ils ont des conditions ?

- Pas que je sache, ils ne voulaient parler qu'à toi.

- Tu es mon consort, élude-t-elle avec un sourire qui fait chavirer mon cœur, toutes tes décisions sont les miennes.

- Tant qu'il s'agit d'une décision d'alpha mais ils veulent parler à Heda, seulement à Heda.

- Pourquoi ?

- Ils ne l'ont pas dit ?

- Tu leurs fait confiance ?

- Ils n'ont pas de « mauvaise » Obscurité qui les entoure alors je suppose que leurs intentions sont bonnes mais, je prends son visage en coupe, laisse mon pouce glisser sur ses lèvres avant de l'embrasser, promet-moi d'être prudente.

- Viens avec moi, souffle-t-elle les paupières encore close, viens avec moi, s'il te plaît.

- Ils ne veulent parler qu'à toi. Je ne veux pas jouer plus avec leur patience et risquer de perdre Madi.

- Viens avec moi, réitère Lexa avec une once de supplication dans la voix, viens… les… Clarke, les événements récents m'ont rendu, elle détourne le regard et je vois les larmes noyer ses iris avant qu'elle ancre de nouveau ses yeux dans les miens, fragile, les larmes dévalent ses joues sans qu'elle ne cherche à les retenir ou les cacher. J'ai besoin de toi. Et puis, pour tout le monde sur cette île, toi et moi ne sommes qu'une seule et même personne à partir de maintenant. Je ne vais pas laisser des inconnus nous enlever ça.

- D'accord, je souffle en appuyant un peu plus la pression de mes doigts sur ses joues, d'accord, toi et moi, je souris, et peut-être Thomas, je ris, parce que je sens qu'il arrive et qu'il va encore nous faire son regard de louveteau battu…

- Il a passé la journée avec Marcus ?

-Oui. Je voulais essayer de comprendre ce qui clochait avec Melina. J'en suis malheureusement toujours au même point enfin… presque.

- Nous reparlerons de Melina après, m'assure-t-elle en s'éloignant de moi et en essuyant ses larmes avant que l'on frappe à notre porte. Tu peux entrer Marcus !

- Je suis désolé les filles, commence le père d'Anya en entrant et retenant aussi bien que mal Thomas, il a insisté. Je sais que vous avez une situation à régler sur la plage. Je peux le garder encore si…

- Tout va bien, sourit Lexa en s'accroupissant ouvrant ses bras pour accueillir Thomas qui court à toute jambes vers elle, salut bonhomme.

- Tu es revenu pour de vrai ? Demande-t-il alors qu'elle se redresse, le gardant dans ses bras.

- Je ne vais plus partir, confirme-t-elle.

Je ne sais pas qu'elle effet cette annonce peut avoir sur Thomas mais personnellement c'est un soulagement énorme. Je ne sais que trop bien qu'elle ne s'est absentée que par obligation. Il n'empêche que ces heures loin d'elle ont été incroyablement longues, surtout qu'elles se sont répétées sur plusieurs jours.

- Tu as donc tout réglé ?

Elle acquiesce doucement et je ressens une nouvelle fois ce soulagement infime. Il va falloir que nous en discutions, mais savoir qu'elle a put faire tout ce qu'elle voulait me rassure. Elle me tend la main avant de demander :

- Nous y allons ? C'est très léger mais je ressens encore son inquiétude.

- Je te suis.

- Ne les laisse pas nous séparer, chuchote-t-elle en me confiant Thomas.

- Promis.

Dès que nous sortons de la maison, Indra fusille son alpha d'un regard emplit de reproche mais elle ne dit rien. Lexa ouvre la marche et je la suis de près avec Thomas qui broie presque ma main. Il est effrayé dès qu'il met le nez dehors. Qui peut lui en vouloir après ce qu'il a vu ?

Nous arrivons sur la plage et la meute s'écarte pour nous laisser passer. Je fais en sorte que Thomas n'aperçoit pas Titus mais je ne manque pas le sourire mi-fier, mi-moqueur de Lexa lorsqu'elle remarque sa condition déplorable. Elle s'arrête devant sa sœur, échange quelque formalité avec elle et n'accorde aucune attention à nos invités qui ne semblent pas heureux de ce constat. Il est évident qu'Emily boue intérieurement alors que Guilhem se contente de serrer les poings plus que de raison. Le petit garçon qui a certainement remarqué toute cette hostilité, se retourne et enfouit son visage dans mon haut. Je glisse mes doigts dans ses cheveux fins comme peut le faire Lexa espérant lui apporter cet apaisement qu'elle semble la seule capable de lui procurer depuis l'attaque d'Octavia.

- Heda, grogne Emily, nous vous attendons depuis des heures.

- Tu as fait ça pour moi, l'étonnement marque clairement l'interrogation d'Anya, mais tu… pourquoi ?

- C'est évident, sourit Lexa, parce que pour la première fois de nos vies, je pouvais faire quelque chose pour toi, quelque chose que tu n'aurais jamais pu faire.

- Clarke, souffle Anya à mon intention.

- Je n'ai même pas essayer de l'en empêcher, je hausse les épaules.

- Est-ce que nous pourrions enfin avoir votre attention, s'énerve de nouveau Emily avec cette même aura étrange que lorsqu'elle a fait apparaître son arme.

- Est-ce que Melina doit de nouveau vous assommer avec un livre ? Je m'amuse.

- Melina a fait quoi ?

- Je t'expliquerai plus tard, j'élude avec un sourire. Thomas, tu veux bien aller avec Anya et Raven le temps que nous parlions à ces deux personnes ?

Le petit secoue la tête de façon négative. J'échange un regard avec Lexa qui esquisse un sourire triste. Ses yeux balayent ensuite la plage et les nouveaux venus quand elle dit :

- Je supposes que les enfants sont en sécurité avec eux. Anya, tu couvres mes arrières ?

- Toujours petite sœur.

- Je viens avec vous, s'impose Indra.

- Tu restes, lui répond Lexa, je veux que personne ne bouge, seule Anya et Raven interviennent en cas de problème, j'ai été claire.

- Nous espérions ne parler qu'à vous Heda, s'impose Guilhem.

- Et bien c'est moi et Clarke ou pas de Heda.

- Et le gamin, reprend Emily toujours de manière agressive.

- Nous avons essayer mais Thomas ne veut pas nous quitter. Alors…

- Nous comprenons, assure Guilhem.

- Nous comprenons ?

- Oui Em, nous comprenons.

- Ne m'appelle pas Em, le menace-t-elle.

- Alors reprends toi, tu agis bizarrement depuis que tu as vu cette Melina.

- Je n'agis pas… tu ne sais pas de… je n'arrive pas à le croire. Je n'ai pas à me justifier.

- Vous demandez asile pour les enfants, nous acceptons.

Des murmures, raisonne autour de nous, la plupart pour souligner leurs désaccords. Je souris, fière de la détermination de Lexa, encore plus lorsque je remarque que toute son attention à été aspiré par la présence de Madi, comme moi toute à l'heure.

- Vous ne savez même pas ce qu'ils sont, s'étonne Emily.

- Je n'ai pas besoin de le savoir pour les accepter, seulement pour les aider dans un futur plus ou moins proche mais ce sont des enfants, reprend-elle en passant le portail, en quoi seraient-ils dangereux.

Je tapote doucement le dos de Thomas pour l'inciter à avancer. Je me retourne vers Anya qui me fait un clin d'œil. Je lui souris rassurer et je franchis à mon tour la barrière magique ce qui fait soupirer Raven.

Dès que je suis assez près, je glisse ma main dans celle de Lexa en gardant Thomas le plus près possible sur ma droite. Aussi bien Guilhem qu'Emily paraissent abasourdis que nous ayons pu choisir de nous exposer de la sorte, surtout après que Lexa ait ordonné à sa meute de rester en arrière. Nous sommes à cet instant terriblement vulnérables et pourtant, je ne ressens pas la moindre once de peur.

La plupart des enfants et des adolescents s'approchent, dont William qui porte toujours Madi dans ses bras. Lexa et moi avons du mal à ne pas porter toute notre attention sur cette petite bouille adorable. De mon côté, je suis obligée de fermer les paupières pendant cinq longues secondes pour m'en détacher. Lexa, elle, sert un peu plus ses doigts entre les miens.

- Alors, reprend-elle, qu'attendez-vous réellement de Heda ?

- Nous vous l'avons dit : asile, répond Guilhem.

- Et protection, ajoute Emily, nous ne leurs suffisons plus.

- Toutes les personnes qui vivent sur cette île dont ma propre meute, courent un grand danger. Nous sommes en conflit avec un harem de dragons qui a trouvé une alliance avec une alpha surpuissante qui elle-même se fait aider par le dieu de la Guerre, croyez-vous vraiment qu'ils seront en sécurité avec nous ?

- Vous êtes Heda, assure Guilhem.

- Baetan-ihm, souffle d'une voix blanche Emily, vous avez survécu à Baetan-ihm, comment ?

- Principalement grâce à Melina et Raven, je lui réponds.

- Et cette flèche tirer avec une incroyable précision, ajoute Lexa.

- Qui tirait ?

- Scar, déclare avec détermination Thomas.

- J'aimerai rencontrer cette Scar, assure Emily.

- Impossible, elle est partie, il y a bientôt une semaine. De plus, la décision de vous la présenter ou non, ne m'appartient pas. Scar n'est pas un membre de ma meute son alpha, c'est ma sœur.

- Et bien, j'aimerai la rencontrer lorsqu'elle sera revenue, reprend Emily en croisant le regard d'Anya.

- La décision lui appartiendra, sourit Anya, je ne suis pas du genre à donner des ordres.

- Et puis, il faut qu'elle me survive, ajoute Raven.

- Voilà qu'elles vont recommencer à se disputer, soupire Guilhem.

- Elles ne se disputent pas, souligne Lexa, elles expliquent simplement leurs points de vues divergeant.

- Ça, c'est ma sœur !

Lexa rit doucement. J'écarquille très légèrement les yeux. Je n'avais pas entendu son rire depuis l'incident. Elle enfouissait ce son si merveilleux au plus profond d'elle pour des raisons évidentes.
Je suppose que maintenant qu'elle a régler certaine chose avec le conseil, elle va pouvoir réapprendre à être heureuse.

C'est un soulagement.

Lexa fait entrer tout le groupe sur l'île sauf Emily qui a insistée pour rester à l'extérieur. Elle les a installés dans la grande maison près de la nôtre, officiellement pour garder un œil sur eux, officieusement simplement pour avoir la chance d'observer Madi à notre guise.

Je ne sais pas ce que ce petit groupe nous réserve dans l'avenir mais une chose est certaine, ils ont leurs importances. Du moins une petite fille en particulier le sera forcément.

Si mes ténèbres sont anormalement calmes au contact de Lexa, ou même de Thomas, c'est aussi vrai dès que je pose mes yeux sur cette petite brune aux grands yeux vert.


Voilà pour ce nouveau chapitre. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! J'ai hâte de savoir ce que vous avez pensé de ce chapitre.
Certain l'attendait depuis quelque temps ce POV de Clarke et j'espère ne pas vous avoir déçue. Elle a beaucoup évolué depuis sa toute première apparition et si elle a encore beaucoup de chose à régler, elle est sur la bonne voie, non ?

Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre qui je le rappelle n'arrivera pas avant le 28 juin. ;)

P.s. : Si ça intéresse, je suis entrain de bosser sur un OS Supercorp post saison 4 ! ;)

GeekGirlG