Salut à tous ! :)

Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !

Quelques mots sur ce chapitre : Ce chapitre est dédié au premier POV d'un personnage que j'affectionne beaucoup.

Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.

Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)


Ne me regarde pas

Partie n° 3 : Première à mourir

You almost had me fooled Tu seras presque parvenu à me duper

Tell me that I was nothing without you, oh Me disant que je n'étais rien sans toi, oh

That after everything you've done Après tout ce que tu as fait

I can thank you for how strong I have become Je ne peux que te remercier de m'avoir rendue si forte

'Cause you brought the flames and you put me through hell Car tu as attisé les flammes et tu m'as fait traverser un enfer

I had to learn how to fight for myself J'ai dû apprendre à lutter pour moi-même

And we both know all the truth I could tell Et nous connaissons tous deux la vérité que je pourrais raconter

I'll just say this is I'll wish you farewell Je dirai tout simplement que je ne te souhaite qu'un adieu

I hope you're somewhere praying, praying J'espère que tu es quelque part priant, priant

I hope your soul is changing, changing J'espère que ton âme s'est mise à changer, changer

I hope you find your peace J'espère que tu trouveras la paix

Falling on your knees Une fois tombé à genoux

Praying Priant

Kesha – Praying

Chapitre 44 : Vivre

Elle était de ces personnes à vivre avec la peur au ventre. Elle n'avait pas eu un seul jour de répit. Elle regardait le monde en sachant pertinemment qu'elle en était sa prisonnière. Elle ne pouvait pas le fuir, alors elle restait aussi digne que possible en attendant patiemment qu'il arrête de la persécuter et qu'il lui offre la seule liberté qu'elle connaisse à ce jour.

Le droit de vivre, pour elle.


Alors que la nuit tombe, je ferme le livre que j'avais en main. Je le pose à côté de moi avant de pencher la tête en arrière pour l'appuyer contre le mur et de fermer aussi fortement que possible mes paupières. Je pince mes lèvres entre-elles en sentant les larmes s'accumuler sous mes cils. Je ne dois pas pleurer. Les cris mi-humain, mi-animal d'Octavia me font sursauter et j'ouvre brusquement les yeux, laissant s'échapper une larme que j'efface immédiatement. J'inspire profondément en me levant, mes jambes sont un peu engourdies et pourtant j'avance. Je suis épuisée. Toute mes pensées et toute ma concentration sont envoyées vers Scarlet et les autres.

Je sais que j'ai dis que je ne retournerai jamais là-bas mais si je sens, rien qu'un instant que la chronologie, ou pire, la vie d'Éleusis est changeante, je me précipiterais dans ce passé que j'essaye pourtant d'oublier à n'importe quel prix. Le pire c'est que depuis qu'elle est partie, il n'y a rien à faire, je revis en boucle ces instants qui ont déterminés qui je suis aujourd'hui et c'est un vrai supplice, un enfer quotidien. Je fais tout pour ignorer mes souvenirs, mais ils s'accrochent à moi tels les parasites qu'ils sont et très franchement, ils pourraient bien me rendre complètement folle et cela bien avant le retour de Scarlet.

J'ai besoin de calme, plus précisément de cette accalmie qui m'englobe depuis que j'ai rencontré cette magnifique rousse aux yeux émeraudes. Il m'a fallu un temps inimaginable pour la trouver, mais je ne souhaiterais pas pour autant changer quoique ce soit à ma vie. Après tout ce chemin que j'ai emprunté aussi incertain qu'il a été, m'a tout de même mené à elle. Et, c'est le plus important.

Je frotte mes mains entre elles, subitement incommodée face aux sentiments absolument incontrôlables qui m'ont envahis à la seconde même où j'ai senti le cœur du nourrisson qu'elle était flanché. Je ne pensais pas que ce serait aussi difficile à vivre. Je me doutais que l'optique de la perdre jouerait avec mes nerfs, mais pas à ce point. Pendant ce laps de temps ou la vie de ce minuscule individu, qui n'est pas encore Scarlet, était entre mes mains, littéralement, les sentiments que j'ai pu ressentir m'ont mit excrément mal à l'aise. Cette violence et cette haine qui m'habitaient alors… pour la première fois de ma vie, je me suis trouvée semblable à mon père et c'est tout sauf une comparaison agréable. J'aurai pu tuer sans le moindre remord.

Je n'ose imaginer ce qu'il adviendrait si je devais vraiment la perdre. Très franchement, je ne souhaite pas vraiment y penser mais tout de même… qu'est-ce que je deviendrai ? Je me replonge quelque secondes dans mon ressenti alors que j'ignorais si j'allais parvenir à la garder en vie, c'était méprisable. Je ne me suis pas reconnue, pas même un peu. Je jure que j'étais devenue pire que le monstre que je cherche à fuir depuis si longtemps et avouer que cette approche m'effraie est un doux euphémisme au goût particulièrement amer.

Mes pieds s'enfoncent dans le sable et je réalise que je suis allée bien plus loin que ce que je pensais. Je détaille l'horizon, il n'y a rien d'autre que l'océan à perte de vue. Cette île a une certaine tendance à me rappeler à quel point j'ai été retenue captive toute ma vie. S'il n'y avait pas la seule personne qui ait de l'importance à mes yeux qui y vive, il y aurait bien longtemps que j'aurai fui cet endroit qui me met particulièrement mal à l'aise. Je ne sais pas si c'est à cause de la magie ou de la présence si forte de Jeda qui transparaît à chaque recoin, mais je ne m'y suis jamais sentie à ma place. Du moins jusqu'à ce que mon regard retrouve celui de Scarlet.

Il ne reste plus qu'aujourd'hui.

Je m'assoie au milieu de la plage avant de me laisser tomber en arrière. Je ferme les yeux. Je tente de me sentir aussi apaisée que si Scarlet était près de moi. Je laisse mon esprit vagabonder au rythme entêtant des vagues. Ma respiration se calme, mais ce n'est pas le cas de mes souvenirs. Je grogne alors que la rétrospective de ce que j'ai vécu le jour du bannissement de Bae se rejoue encore une fois dans mon esprit. Pour quelle raison ma mémoire refuse de me laisser en paix ? Je ne veux pas y repenser.

Il ne reste plus qu'aujourd'hui.

Je n'arrive pas à le croire. Je passe ma main sur mon front comme si elle était capable de chasser ces images qui s'amusent à passer et repasser en boucle. Et alors que j'étais persuadée que la situation ne pouvait pas empirer, je perçois des pas s'approcher de moi. Je ne suis pas d'humeur pour qui que ce soit. J'ai conscience que j'ai promis une discussion à Clarke et nous allons l'avoir, mais juste pas maintenant. Je suis trop instable. Je pourrai dire ou faire quelque chose que par la suite, je regretterai forcément.

Il ne reste plus qu'aujourd'hui.

Pitié, laissez-moi en paix ! Je ne veux pas y repenser, pas même une seconde. Alors pourquoi ils s'acharnent ? Ça en est presque douloureux. Je souffre tous les jours à cause de mon passé, je n'ai pas besoin en plus de le revivre. Mon cœur saigne tellement, mon âme se meurt et mon esprit vire à la folie. Je veux que cette torture s'arrête. Pitié que tout ceci s'arrête une bonne fois pour toute. Pitié…

- Je n'arrive toujours pas à croire que c'est toi, souffle une voix familière. Melaina, je te croyais…

- Je sais ce que tu croyais Emily, je la coupe en me redressant, croisant mes jambes en tailleur.

- Tu ne vas rien dire ?

- Amber a essayé de me tuer récemment, tu comptes tenter ta chance ?

- Bien sûr que non, s'égosille-t-elle.

- Bien sûr que non, je répète avec un rire amer en croisant son regard. Bien sûr que non, je souffle de nouveau en m'allongeant de nouveau dans le sable.

- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? Comment lui as-tu échappé ?

- C'est un complot, je soupire en faisant glisser mes lunettes sur le haut de ma tête, je ne veux pas en parler.

- Tu es ma petite sœur et je, elle s'arrête brusquement et déglutit avec difficulté alors que je lui lance un regard clairement menaçant.

- Si tu n'es pas là pour me tuer, laisse-moi.

- J'ai le droit d'avoir des réponses.

- Qu'est-ce que vous avez tous à croire que vous y avez le droit ?!

Je hurle en me remettant sur mes jambes. Je serre les poings en repensant aux nombres de fois où Bastian a pu exiger des réponses. C'est fou et pourtant cette pensée parvient à me mettre hors de moi. Je n'ai aucun mal à sentir mes iris changer de couleur pour retrouver le pastel, suivit de près par mes cheveux qui passent du châtain au nacré qui m'est devenu si familier. Les yeux d'Emily s'écarquillent au possible mais je sais que ce n'est pas mon physique qui l'impressionne, je sens la mort se propager autour de moi.

- Je ne dois rien à personne, ma voix tonne avec colère, à personne !

Je fais volte face pour la fuir, ou plutôt échapper aux souvenirs de plus en plus présent et clair qui s'imprime dans ma tête. Je ne veux pas revivre ce supplice et pourtant, je ne semble pas pouvoir y échapper. C'étaient les pires moments de ma vie. Je ne comprends pas pour quelle raison je ne peux tout simplement pas les laisser derrière moi.

Il ne reste plus qu'aujourd'hui.

Voilà quel a été ma première pensée en me réveillant ce jour-là. Il ne reste qu'aujourd'hui. J'ai toujours su quand et comment j'allais mourir. C'était ma malédiction. J'aurai pu essayer de l'éviter, j'aurai peut-être même dû le faire mais il y avait cette voix qui raisonnait dans ma tête, cette voix… Éleusis.

D'aussi loin que je m'en souvienne, elle a toujours été présente. Elle était mon humanité, celle qui me poussait à faire les bons choix. Et ce jour-là ne faisait pas exception, bien au contraire.

J'avais bien conscience que Éleusis n'était rien de plus qu'un conte pour enfant, tout au plus une légende. Seulement pour moi, il n'y avait jamais rien eu d'aussi réel que cette voix dans ma tête qui me répétait encore et encore que Éleusis était réel et qu'un jour, je parviendrai à l'atteindre. J'ai longtemps cru qu'il s'agissait d'une sorte d'allégorie, un mot de plus pour parler de l'Au-Delà. Je pensais ne trouver la paix que dans la mort et le comble c'est que pour l'atteindre, je devais vivre.

Vivre une toute dernière fois pour être la première à mourir des mains de Beatan-ihm. Seulement, je n'avais pas prévu de réellement rencontrer Éleusis ce jour même. Il ne restait plus qu'un aujourd'hui et pour la première fois de ma vie, je souhaite en vivre des millions de plus pour avoir la chance de revoir cette étrange jeune femme au regard si doux, au sourire si envoûtant, qui avait une façon si étrange de s'exprimer et qui ne s'appelait pas Éleusis mais Scarlet.

Il ne m'a fallut qu'une seconde après être littéralement tombée sur elle pour ensuite tomber d'une toute autre manière. J'ai été surprise par cette prise de conscience quasi immédiate. J'aurai voulu ne jamais la laisser partir mais mon père avait exigé ma présence et à ce moment-là, il était alors impensable de lui désobéir. J'avais certaine tendance clairement suicidaire en le défiant quotidiennement, soit avec mes retards, soit avec mon refus catégorique de tuer pour lui. De toute façon, quoi que je fasse, il finissait toujours par me torturer la nuit venue.

Je traîne des pieds jusqu'à la maison dans laquelle Lexa nous a installée depuis notre arrivé. C'est étrange. Je ne me suis jamais sentie à ma place nulle part et encore moins sur cette île pas même alors que j'avais enfin retrouvée Scarlet après plus d'un demi miliaire. Pourtant, je me suis surprise depuis quelque semaines déjà à aimer revenir chaques jours entre ces murs.

Je franchis la porte, je passe le hall avant de m'arrêter devant le salon plongé dans le noir. Je revois sans mal tous les autres rirent autour d'un jeu de société, je souris en m'imaginant Madi crier au scandale parce qu'elle perd et Aiden retrouver une étincelle de vie dans ses yeux alors que tous les autres rient de bon cœur. Je finissais toujours par ressentir la brûlure d'un regard jade sur ma peau, lorsque je croisais ces magnifiques iris qui brillaient toujours plus que des diamants, ses yeux me suppliaient de les rejoindre. J'aurai dû accepter à chaque fois mais à la place, je secouais la tête pour refuser sa proposition et reprenait ma lecture ou l'esquisse qui prenait forme sous mes coups de crayon.

Distante. J'ai tout fait pour garder mes distances avec elle. Au début, c'était particulièrement facile. Pour une raison qui m'échappe, elle était tout le temps en colère et énervée quand nous ne faisions même que nous croiser. Elle m'attaquait avec des piques parfois des mots un peu plus douloureux à partir du moment où elle a su ce que j'étais, mais j'ai fini par m'en amuser. Les premiers sourire qui m'ont échappés, m'ont particulièrement surprise. J'étais persuadée d'avoir oublié quelque chose qui me semble de nouveau si naturel. En réalité, jusqu'à ce que je la rencontre, aucun des petits étirements qui animaient mes lèvres n'étaient sincère, sauf peut-être pour Morgane qui apportait un peu plus de spontanéité dans ma vie. Pour autant, tout restait artificiel. Je n'ai jamais ressenti quoi que ce soit de réel jusqu'à ce que mon regard se perde dans un vert plein de vie qui frôlait la perfection.

Les premiers changements comme bien souvent on commencés dans son regard. Je n'y lisais plus aucune animosité mais de la curiosité. Elle a commencé à me voir au-delà des apparences et même de l'image toute faite qu'elle avait façonnée pour moi. Elle est devenue comme n'importe quel loup, très protectrice mais je n'arrivais pas à saisir pour quelle raison elle me défendait aussi subitement et encore moins par quel miracle elle se retrouvait parfois à prendre mon parti lors de décision importante. J'ai commencé à me sentir inquiète qu'elle puisse se mettre inutilement en danger alors je suis partie. Je n'ai pas tenu longtemps, à peine quelques jours. Je me suis bien vite rendue compte que loin d'elle, je me perdais. J'oubliais lentement la personne que j'étais en train de devenir. En revenant, je me suis prise le serment du siècle, je ne pensais pas un jour pouvoir avoir peur d'une personne plus que de mon père mais il faut bien avouer qu'Anya peut être terrifiante.

C'est en subissant ses reproches plus éloquents et imagés les uns que les autres que j'ai lentement compris que je ne pourrai plus échapper à mon destin. Je n'avais plus aucune chance de pouvoir fuir. Plus grave encore, je ne pourrai plus protéger Scarlet bien longtemps, ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne comprenne ses véritables sentiments à mon égard. Il fallait que je trouve un moyen de l'éloigner encore un peu pour la sauvegarder plus longtemps de ma personne. J'ai commencé à jouer avec elle et j'étais satisfaite à chaque fois qu'elle s'énervait, hurlait ou partait dans une colère folle avant de me rendre compte que j'étais la seule à lui faire perdre le contrôle de la sorte. J'ai alors de nouveau pris mes distances et cette fois, c'est elle qui est revenue vers moi. Elle a commencé à me surnommer "l'emmerdeuse" et moi à l'appeler tel que je la voyais vraiment Éleusis. Il ne servait plus à rien de se battre, elle tombait elle aussi dans le piège de la fatalité qui nous liait ensemble.

Je monte les escaliers, m'arrête à mi-chemin pour observer la porte close de la chambre de Scarlet. Elle me manque tellement. Je secoue la tête avant de me précipiter sur les dernières marches pour retrouver ma chambre. Je ferme la porte aussi vite que possible comme si j'étais pourchassée. C'est ridicule. Je m'écroule sur mon matelas et fixe la fresque sur mon plafond. Éleusis tel que je l'avais toujours imaginé avant de rencontrer cette magnifique rousse de façon tout à fait hasardeuse. Tout n'était que paix et calme dans ce que j'avais cru pendant si longtemps être un lieu. Je gigote alors que les souvenirs se jouent de moi à nouveau. Je clos mes paupières aussi fortement que possible en me demandant pour la millième fois depuis que j'ai arrêté de lire, pour quelle raison ces foutus images refusent de me laisser en paix.

Je me redresse sur mes coudes en ouvrant les yeux. Je fixe alors l'horloge murale. La progression de la trotteuse m'offre un répit de courte durée. Pendant quelques secondes toutes ma concentration se fixe sur cette aiguille. J'en oublie jusqu'à mes angoisses les plus inavouables, puis je sens de nouveau mon estomac se tordre sous le coup de mes plus grandes peurs. Alors même que je me perds au milieu de ce trop plein d'émotions. Un sentiment plus dévastateur encore s'empare de moi. Je bondis de mon lit, cherche dans chaque recoin une menace avant de comprendre que l'alerte qui se propage ne me concerne pas. Scarlet… pas ma Scarlet mais le bébé. Elle est en plein cauchemar.

Un léger soupir de soulagement m'échappe, je m'imaginais déjà une catastrophe sans nom. J'inspire profondément pour calmer mes nerfs déjà bien à vifs, avant de me demander ce que je suis censée faire. La petite semble tellement effrayée. Est-ce que je devrais aller m'assurer que tout va bien ? Non, mauvaise idée, Bellamy a toujours une dent contre moi. Ce que je peux comprendre. En même temps…

Je dois y aller ! Peut-être que ce n'est pas un cauchemar mais une rechute. Son état à peut-être empiré malgré la rose. Après tout Scarlet n'était pas censée subir ce sort aussi jeune. Il y aura peut-être des conséquences auxquelles nous n'avons pas pensées. Je vais simplement m'assurer qu'elle n'est pas en danger et repartir. Personne ne remarquera ma présence.

Ma détermination s'effondre au moment où je me souviens que depuis l'attaque, Bellamy, Echo et Scarlet vivent sous le même toit que les deux alphas et leurs compagnes surpuissantes. Je ne passerai jamais inaperçue. Il y aurait bien un autre moyen mais je n'ai pas refait une telle chose depuis… c'est pas vrai, encore. Je reviens inévitablement encore et toujours à ce jour-là. À croire que cette situation devient maladive.

- Je dois bien avouer que je t'attendais beaucoup plus tôt.

Je sursaute et je fais quelques pas en arrière alors que ces mots sont prononcés au même moment que la porte d'entrée s'ouvre en grand. Je me recale la gorge pour reprendre une certaine constance avant de forcer un sourire et de prononcer un tout simple :

- Bonsoir Echo.

-Tu n'as pas à t'inquiéter, sourit-elle avec une sincérité qui me surprend. Je suis dans la Team Anya. Je ne te tiens pas pour responsable de ce qui est arrivé.

- Vraiment ? C'est difficile à croire… De ce que je sais, vous avez toujours été particulièrement protectrice envers É… Scarlet.

- Je ne t'ai jamais rencontré dans le futur, n'est-ce pas ?

- Nous n'avons pas eu cette chance, en effet.

- Et j'imagine que tu n'as jamais dit à Scarlet qui tu es, qui tu es vraiment et qui est ton père.

- Pourquoi je voudrai parler de, je déglutis difficilement avant de prononcer, lui.

- Parce que nous sommes des dragons.

- Oh…

Je mets un certain temps à comprendre réellement ce que signifie cette phrase. C'est pourtant si évident… comment n'ai-je pas pu y penser avant. Je baisse les yeux, me perds un peu plus dans mes réflexions avant d'interroger Echo avec un certain recule :

- Donc tu sais qui je suis, ce que je suis vraiment depuis le début.

- Evidemment.

- Pourquoi n'avoir rien dit ? Ce que je suis c'est…

- Melaina, la plus jeune des filles du dieu de la Mort, celle qui s'est libérée de son emprise. La seule personne grâce à qui je suis là aujourd'hui. Sans toi, je ne me serai jamais détournée de la voix. La malédiction du dragon a été façonnée à partir de la relation du dieu de la Mort avec ses filles et si j'ai souffert, je n'ose même pas imaginer ce qu'a pu être ta vie. Je n'ai rien dit parce que tu es comme moi et je dirais même que tu mérites encore plus l'aide de ces personnes, particulièrement d'Anya. Tu es celle qui a fait le premier pas pour permettre à une poignée des nôtres, dont moi-même et ma fille, de ne plus être complètement dépendant d'une voix.

- Une poignée, je souffle, ce n'est pas assez.

- Scarlet a de la chance de t'avoir, j'espère qu'un jour elle s'en rendra compte.

- De la chance ? Je répète en essayant d'assimiler ces mots comme une équation particulièrement complexe, je suis une malédiction.

- C'est véritablement de cette façon que tu te vois ? Me demande-t-elle avec une infinie tristesse dans la voix. Tu as bien plus besoin de notre famille que ce que j'imaginais.

Un rire sans joie m'échappe par mégarde. Mère et fille sont pareilles… elles veulent toutes les deux m'intégrer à leur "famille". Je n'en veux pas, je n'en ai pas besoin. Je déteste même l'idée de la famille. Qui en voudrait une ? Il n'y a rien de mieux pour être détruit que cette stupide institution. Je suis déjà en miette et très franchement, je voudrais éviter de finir plus mal encore.

- Nous sommes assez semblables, moi aussi, je croyais être indigne de leur aide.

- Est-ce que je peux voir Scarlet ?

Le changement de sujet n'est pas subtil mais je n'ai aucune envie de m'épancher sur la question. Si je voulais vivre un drame familial, une de mes sœurs m'attend bien sagement sur la plage et nous pourrions parler gaiement et avec gaieté de cœur de notre joyeux passé et la palme d'or de notre seul véritable lien : notre géniteur. Ça serait génial !
Oh et mieux, elle pourrait me convaincre de parler de ce fameux jour que je suis apparemment la seule à vouloir enterrer six pieds sous terre. Je force un sourire en serrant mon indexe, majeur et annulaire dans ma main gauche, signe de ma grande nervosité, je glisse mon pouce sur la bague que je porte à l'annulaire droit et peine à déglutir alors que de nouvelles images effacent complètement le moment présent.

Nous partons !

Sa voix raisonne aussi sûrement que s'il hurlait à mon oreille. Je me sens même sursauter pour autant, je ne suis pas arrachée au mauvais souvenir. Je resserre la pression sur mes doigts. La douleur s'impose rapidement mais elle ne se propage pas assez pour me tirer de ce mauvais pas.

Melaina, je t'attends !

Je sens les larmes s'accumuler dans mes yeux, alors que je me sens aussi impuissante qu'à cet instant. Cette fois-là, je n'ai pas su retenir mes larmes. J'étais en pleure quand j'ai tourné le dos à Morgane. Je suis encore capable de sentir sa main sur mon avant-bras alors que la sorcière essayait de me retenir.

Tu n'es pas obligée de le suivre, reste.

Il m'a fallu bien plus de force que ce que je croyais avoir en moi pour la forcer à lâcher prise. J'ai gardé la tête haute sans accorder mon attention à qui que ce soit, de peur qu'une autre personne tente de me convaincre que je puisse rester.

Je suis arrivée devant mon père comme toujours lorsqu'il brisait ma volonté, il avait sur les lèvres ce sourire satisfait et dénué d'émotion. J'ai la nausée rien que d'y repenser. Mon estomac se retourne, se révolte contre cette rétrospective qui s'impose dans mon esprit. Toute image de cet être abjecte devrait être banni à tout jamais de mon subconscient. Pourtant, il est là, grand, fière, imposant, souriant de ma loyauté mensongère.

C'est bien petite.

Subitement, c'est comme si j'y étais à nouveau. Je sens ses doigts glisser dans mes cheveux. Il me tapote la tête comme si j'étais un stupide chien à ses ordres. Je vais être malade, vraiment malade. Il assène une pression sur mon cuire chevelu en riant avant d'empoigner une partie de mes cheveux et d'un geste violent me mettre à terre.
Je suis à genoux, j'ai le souffle coupé, j'ai mal, mais j'arrête de pleurer. Il n'a jamais été la cause d'aucune de mes larmes et je ne le laisserai pas me prendre ça, jamais. Je relève les yeux pour l'observer. Il ne me voit pas. Si peu de temps… il me faudrait si peu de temps pour en finir avec lui. J'y pense de plus en plus. Je cherche un moyen de me débarrasser de son emprise. Je pourrai le tuer si facilement si la notion même du meurtre ne m'étais pas si antipathique. Je ne le laisserai pas non plus m'arracher mon humanité. Il ne fera pas de moi une tueuse. Pourtant, elle continue de vaciller, encore et encore, sa ligne de vie s'effrite et son immortalité s'envole, disparaît au loin.

Détourne les yeux. Il me faut assez de force pour ne plus le regarder lorsqu'il en aura assez de parader. Détourne les yeux. Il ne doit pas voir qu'il ne m'effraie plus. Détourne les yeux. Il ne doit jamais savoir qu'il devient mortel. Détourne les yeux. Sa condition est ma seule échappatoire. Détourne les yeux. Je dois juste attendre que la mort qu'il est censé représenter l'emporte et me libérer de lui. Détourne les yeu. Juste une fois, encore une fois, une dernière fois. Détourne les yeux… Je ne les détourne pas encore tout à fait mais mes cils s'abattent et obscurcissent mon regard à plusieurs reprises, alors qu'une sensation étrange s'empare de mon être tout entier, un sentiment d'appartenance, il relâche assez sa prise pour me permettre de tourner légèrement la tête sur la droite et de fixer un point dans les arbres en fronçant les sourcils. Pour la seconde fois de la journée, j'entends encore ces mots :

Éleusis est réel.

- Bien sûr que tu peux aller voir Scarlet, c'est finalement la voix d'Echo qui parvient à me tirer de ce mauvais pas, mais tout va bien ? Tu es devenu si livide en un instant.

- C'est, je détourne le regard alors que mes larmes sont sur le point de m'échapper, je suis fatiguée.

- Et bien, tu devrais peut-être en profiter pour dormir.

- Pardon ?

- Si tu rejoins Scarlet, tu devrais en profiter pour dormir, il y a un lit de camp d'installer.

- Je ne vais pas…

- Tu me rendrais un grand service, me coupe-t-elle, Bellamy broie encore du noir, Anya et Raven sont occupées avec les nouveaux arrivant et j'ai besoin d'un peu de temps. Alors si tu pouvais rester avec elle, je t'en serai reconnaissante. Il y a déjà un petit garçon de huit qui veille sur elle, Echo sourit et je jurais être face à Scarlet, mais des renforts ne seraient pas de trop.

- Mais…

- Je dois y aller.

- Qu'est-ce que je fais si…

- Je ne m'inquiète pas.

- Mais si elle pleure ? Echo ! Non mais je rêve… Echo ! Je ne peux pas… Echo !

C'est avec horreur que je la vois s'éloigner sans même se retourner. Je suis tiraillée entre poursuivre Echo et me précipiter dans la chambre de Scarlet pour enfin m'assurer qu'elle va bien. La pauvre petite semble toujours perdue dans un mauvais songe. Je fais un pas pour rattraper sa mère avant de réaliser que je n'arriverai certainement pas à la convaincre de revenir sur sa décision alors je fais volte-face pour rejoindre le nourrisson.

- Je ne peux pas la toucher, je souffle si bas que même moi je peine à percevoir ma voix en arrivant devant le berceau. Qu'est-ce que je suis censée faire si elle a besoin d'être portée ?

- C'est toi Melina ? La voix ensommeillée de Thomas me surprend.

- C'est moi, je confirme en le voyant avancer, les yeux rougit par la tristesse, l'horreur et la fatigue, tu devrais essayer de dormir, je vais veiller sur vous deux.

Il refuse ma proposition d'un simple mouvement de tête avant de prendre la posture d'un super-héros et de déclarer avec une voix un peu plus grave :

- Je protège Scar !

- Et tu le fais très bien mais tu devrais te reposer pour être au meilleur de ta forme.

- Pareil pour toi, me lance-t-il du tac-au tac.

- Touché, je souris.

- Donc, tu dors et je vous protège toutes les deux, décide-t-il.

- Je n'ai pas besoin de dormir.

- Moi non plus !

- Très bien, je souffle en comprenant que je ne gagnerai pas cette bataille tout en déposant mes yeux sur Scarlet, je te protège Éleusis, je murmure en accrochant mes doigts aux barreaux du petit lit.

Je ne sais pas combien de temps, je reste dans cette position complètement obnubilée par la petite Scarlet endormie et qui semble enfin apaisée. Toujours est-il que je me sens enfin mieux. Mon passé a cessé de me tourmenter. Ce n'est peut-être que passagé, mais je ne préfère pas y penser et profiter entièrement de cette accalmie.

- Melina, me surprend une nouvelle fois Thomas.

- Oui, qu'est-ce qu'il y a bonhomme ?

- Pourquoi tes cheveux et tes yeux ont changés de couleurs ?

- Et bien…

- Ils vont redevenir normaux ? Parce que je crois que si tu restes comme ça, Scar va avoir un choc en rentrant. Alors, pourquoi ils sont comme ça ?

- Je ne sais pas.

- Tu ne sais pas ?

- Exactement. Mais tu sais, c'est ma couleur naturelle aussi bien pour les cheveux que pour les yeux.

- Je préfère l'autre version, tu es plus toi.

- Bizarre tu veux dire, je demande amuser.

- Non, capable de faire tomber Scar amoureuse de toi.

- Pa-pa… pardon ?

- C'est plutôt bien, m'assure-t-il, toi aussi tu es amoureuse d'elle.

- Scarlet n'est pas amoureuse de moi, je refuse catégoriquement cette idée. Je ne suis pas… je suis… tu ne devrais pas te mêler d'histoire d'adultes.

- Scar n'a que 17 ans, c'est pas encore une adulte.

- Non mais je rêve, je soupire, je ne suis pas… c'est autre chose.

-Ah oui ? Alors c'est quoi Scar pour toi, si ce n'est pas ton amoureuse ? Parce que tu la regardes comme Bellamy regarde Echo ou Anya Raven ou Clarke Lexa ou…

- J'ai compris. Arrête !

- Tu es amoureuse, sourit-il victorieux.

- Non, je place mes mains entre nous pour me protéger de ses conclusions. Je ne peux pas l'aimer parce que je détruis tout ce que je touche, littéralement.

- Peut-être pas.

- Thomas, je soupire en me mettant à genoux devant lui pour être à sa hauteur, je tue tout ce que je touche, c'est ma malédiction. Je ne l'imposerai à personne d'autre.

- Je ne comprends pas. Tu as déjà touchée Scarlet, le jour où tu es tombée de la falaise, elle t'a attrapé pour te sauver et elle n'est pas morte.

- Un simple coup de chance et je ne risquerais pas sa vie pour si peu.

- Et quand tu l'as tenue dans tes bras, il y a quatre jours ?

- Ce… c'est… tu… c'était très différent.

- En quoi ?

- Mais enfin c'est évident j'ai…

- Oui, s'amuse-t-il.

- Très bien, je vais essayer de t'expliquer.

- N'empêche, tu es amoureuse de Scar.

- Non, je réponds une nouvelle fois, c'est autre chose.

- Je ne crois pas. J'ai peut-être que huit ans mais je suis entouré de gens qui s'aiment, je reconnais les signes.

- Quand j'étais encore une enfant, je reprends mon regard dans celui de Thomas, j'étais persuadée que les oiseaux étaient des êtres immortels, aussi éternel que les dieux. Je les voyais voler et j'imaginais, j'espérais pouvoir être comme eux, c'était ma seule liberté. Attendre qu'un oiseau invulnérable m'emmène un jour loin de mon père à Éleusis mais je n'ai jamais été libérée. Les oiseaux sont aussi éphémères que nous. Et puis, je souris plus que de raison, j'ai rencontré Scarlet, elle est devenue tout ce que représentait ces oiseaux, plus encore que ce que j'avais espéré en rêvant de rejoindre Éleusis, elle est, je passe ma langue sur mes lèvres en détournant les yeux pour fixer la petite rousse dans son berceau, la paix que j'ai attendue pendant si longtemps et ce que je ressens, cette liberté et mes sentiments ne peuvent pas être relégués à un simple coup de cœur, tu ne peux pas dire que je suis amoureuse de Scarlet parce que c'est faux. Je ne suis pas amoureuse d'elle, c'est autre chose. Elle est l'oiseau immortel que j'ai attendu toute ma vie.

Je finis ma tirade en passant ma main droite sur l'imposante cicatrice sur mon avant-bras. Je sens que mon regard se vide. Tout ce qui m'entoure, jusqu'à Thomas, devient terriblement flou. Je ressens de nouveau une vive douleur entre ma cinquième et ma sixième côte du côté gauche, c'est comme de sentir de nouveau le poignard transpercer ma peau, le sang chaud s'écouler, les tissus et les muscle se déchirer sur la lame, jusqu'à ce qu'elle atteigne une partie de mon poumon et de mon cœur. C'est à ce moment là que j'aurai dû lâcher prise pourtant, je me suis accrochée un peu plus. Il continuait à planter son arme dans toutes les parties de mon corps qu'il pouvait atteindre. J'entendais les hurlements d'horreur, les supplications. Je ne sais pas combien de personnes m'ont demandées d'abandonner mais je ne l'ai pas fait. À la place j'ai cherché le regard de Morgane et alors même que je peinais à simplement respirer, je lui ai sourit en la sommant de finaliser son sort.

Et au milieu de tout ce vacarme, de cette douleur et de cette magie d'une puissance absolument incroyable, une voix s'est imposée plus que tout autre. C'était la voix de Scarlet. Et si ce timbre ne m'était pas aussi familier qu'aujourd'hui, je me suis tout de même sentie apaisée. Je savais que j'avais fait le bon choix. J'étais morte de la bonne manière et j'allais pouvoir rejoindre Éleusis. Il se débattait de plus en plus alors que les psaumes de Morgane arrivaient à la fin, je n'avais plus assez de force pour le retenir. J'étais prête à abandonner. Ma vie s'échappait trop vite. Je commençais à penser que mon sacrifice n'allait servir à rien quand j'ai de nouveau entendu cette voix…

Je préfère crever sur place que de la regarder mourir !

Elle avait un langage si étrange, tout sauf conventionnelle. J'ai perçu d'autres éclats de voix certainement une personne qui tentait de la retenir. Je me suis accrochée un peu plus à lui et juste comme ça, alors que ma peau est entrée en contact avec la sienne, j'ai commencé à aspirer sa vie. L'épiderme qui était au plus proche de mes doigts vieillissait à vue d'œil, un hurlement de douleur à fait vibrer ses cordes vocales et à transpercer mes tympans.

- Qu'est-ce que tu me fais ?

Il se débattait avec encore plus de fougue. Je me prenais de plus en plus de coup. J'avais du mal à le stabiliser. Je ne sais pas comment je pouvais encore tenir debout mais je me suis accrochée, j'ai gardé mes doigts fermement attachée à son bras. Sa peau se dissociait, elle devenait quasiment transparente, ses veines un peu plus bleues, il devenait livide, mourant.

- Je suis prête, Mel écarte-toi !

Il s'est effondré à genoux, ma cage thoracique est entrée dans une collision violente avec son dos. J'ai été incapable de prendre la moindre inspiration pendant bien trop longtemps. Il a dû comprendre que j'étais plus faible parce qu'il a tenté le tout pour le tout en commençant sa transformation. Il voulait devenir cet être grisâtre, gigantesque et immonde mais je ne pouvais pas le laisser faire. Je ne le laisserai pas gagner, pas si je voulais que Éleusis puisse vivre dans ce monde.

- Mel !

Je me souviens parfaitement du profond désespoir dans sa voix lorsque Morgane a compris que je ne m'écartais pas, qu'elle allait devoir lancer son sort sur lui mais aussi sur moi. Elle savait qu'elle avait conçu ce sortilège pour détruire un dieu, il n'y avait pas de doute que je ne pourrai pas y survivre. Jeda et Misael sont venus l'entourer, la soutenir. J'ai vu à quel point ils étaient désolé de ne rien pouvoir faire pour moi. Mais plus ma mort se révélait être scellée, plus je souriais. J'étais parvenue à mes fins, j'étais celle qui avait sauvé le peu de personnes qui comptaient pour moi. Morgane a relâché sa magie et elle a explosée dans un feu d'artifice écarlate. Elle a créé un monstre plus grand, plus puissant que lui et il est venu s'abattre directement en plein cœur de Beatan-ihm et après… après… plus rien.

Je suis simplement morte.

- Melina, je perçois mon prénom de la même façon que si j'avais la tête sous l'eau, Melina, encore cet écho désagréable, Melina, c'est insupportable, MELINA !

Je plaque mes mains sur mes oreilles avant de hurler. Je garde les yeux clos pour me protéger. Je n'arrive plus à savoir où je me trouver. Je remarque facilement que ma respiration est complètement chaotique, elle raisonne autour de moi avec anarchie. Je frissonne, mon corps tout entier est prit de spasmes, mes doigts tremblotent et un vacarme monstre me percute de plein fouet. Je perçois l'humidité sur mon visage mais je n'en comprends pas immédiatement le sens. Je pleure. Je suis en train de craquer. Je perds le peu de contrôle qu'il me restait depuis le départ de Scarlet. J'ai pourtant enfoui ses souvenirs le plus loin possible, je les ai enfermés dans une boite et j'ai fais en sorte de perdre la clef, mais voilà, toute cette histoire de voyage dans le temps a forcée toutes mes barrières. Je suis maintenant la prisonnière de ma propre mémoire.

- J'ai essayé de vous prévenir que quelque chose n'allait pas, les sons ne sont pas encore tout à fait intelligibles.

- C'est peut-être trop pour elle ? Je crois reconnaître la voix d'Anya.

- Les filles, cette fois c'est Lexa, éloignez-vous !

- Le bébé, panique Raven.

Je sombre de nouveau dans les Ténèbres. Un flottement dans lequel on est ni vivant, ni mort. C'est un état de lucidité étrange et je suis sûrement la seule à l'expérimenter. Ce qui me tire toujours de cet état de mi-conscience, mi-léthargie c'est inévitablement une douleur innommable. Parce que quoi que je fasse, la nature gagne toujours. Ma peau me brûle un peu près partout. Mon cœur bat trop vite, si vite que si je pouvais bouger, j'essayerai de me l'arracher moi-même. C'est tellement horrible que je pense pouvoir souhaiter éternellement que cette sensation disparaisse.

J'aurai juste souhaité qu'on me laisse mourir tranquillement. Mais espérer est une pure perte de temps.

Je suis comme une boule d'énergie pure, prête à imploser. J'essaye d'ouvrir les paupières mais ça ne sert à rien. Je me retrouve dans un monde semblable à l'espace, il n'y a ni lumière, ni bruit. En soit il n'y a que la douleur et le vide. J'aimerai me recroqueviller pour atténuer la douleur mais c'est peine perdu, je ne peux pas bouger.

Des picotements parsèment mon avant-bras gauche. Je hais cette sensation plus que tout. La cicatrice apparaît et disparaît de façon plus ou moins supportable mais au finale, elle finit toujours par marquer ma peau de nouveau. J'ai envie de hurler mais je n'y arrive pas. Je n'en suis pas encore capable.

Le mal progresse peu à peu dans tout mon corps. Les sensations se propagent partout. Du bout de mes orteils jusqu'en haut de mon crâne. Bientôt, ce sera bientôt fini. Je ressens de nouveau mon bras droit, j'arrive à crisper mes doigts. J'agrippe alors mon haut au niveau du col, je le tire le plus possible. C'est le premier vrai son que j'entends de nouveau, pas le plus agréable, celui d'un tissu qu'on déchire à main nue. Normalement c'est un bruit immonde qui nous fait grincer les dents mais pas pour moi, pas à cet instant. Parce que c'est le signe que c'est bientôt fini. Oui, bientôt.

Mes perceptions s'intensifient alors que j'ai l'impression qu'on étire ma peau dans tous les sens, comme un drap humide que l'on essore. Mais ma douleur ne fait que s'intensifier, encore et encore. Vraiment, je préférerai mourir que de revivre ça indéfiniment. Puis d'un seul coup, sans aucune raison, comme par magie, tout prend fin. Je hurle enfin. La vie m'habite à nouveau. Je n'arrive pas encore à reprendre une respiration normale. Je me tourne sur le côté ce qui me pousse à crier une nouvelle fois. Mes os sont comme de la poussière. Ils ne sont pas encore capables de me porter. J'abandonne pour le moment. Je me laisse tomber sur le dos. Mon regard s'arrête sur un attrape rêve garnis de pierres de toutes les couleurs : rouge, rose, jaune, orange, bleu, vert …

Vert comme ses yeux... les yeux de Scarlet. Finalement, endurer toute cette torture n'est peut-être pas si insurmontable. Pour elle, je revivrai cet enfer chaque jour s'il le fallait.

- Melina, une ombre m'empêche de contempler plus longtemps la pierre de jade, tu es réveillée, je perçois sans mal le soulagement, nous étions…

- … mortifiés, complète une autre voix.

- Je crois que maintenant qu'elle ne hurle plus comme la belle-mère de Blanche Neige le jour de son mariage, nous pourrions peut-être savoir ce qui vient de se passer.

- Raven, le reproche est clair et sans appelle.

J'étire mes bras pour tester leurs forces. J'ai du mal à les maintenir en l'air. Je vais avoir besoin de temps et de beaucoup. Je ne suis pas morte depuis trop longtemps. En fait, j'ai évité cette fatalité depuis que Scarlet a croisé mon chemin pour la deuxième fois.

C'est inévitable mon regard tombe sur mon avant-bras gauche. Bien-sûr, elle est revenue, comme à chaque fois. J'observe la cicatrice qui marque ma peau avec défit. Je déteste cette foutue marque.

Je me redresse et croise mes jambes en tailleur. Je sens que mon dos est encore fragile. Je remarque aussi que tout ce qui m'entoure est anormalement flou. Je tâtonne mon visage à la recherche de mes lunettes mais ne les trouve pas, je les cherche dans mes cheveux, elles n'y sont pas, je tente mes poches mais elles restent introuvables.

- Tiens, souffle une voix que je reconnais enfin en déposant la monture près de ma jambes gauche.

- Merci Thomas, je me racle la gorge après avoir prononcé ces deux mots, mes cordes vocales n'étaient pas prêtes, ça fait un mal de chien.

Je suis soulagée en remarquant que mes lunettes sont intactes. Je les glisse sur mon nez et me sens immédiatement rassurée alors que les formes se stabilisent enfin et que mon environnement arrête de danser à côté de moi. Je passe ma main gauche sur ma nuque et la masse un instant en fermant les yeux avant de prendre une forte inspiration. C'est lorsque mes cils se relèvent que je remarque que je ne porte pas les vêtements de la journée. Quelqu'un n'a tout de même pas été assez suicidaire pour me changer, enfin j'espère.

- Melina, je suis surprise de la douceur employée dans la voix d'Anya, tu vas bien ?

J'acquiesce ne voulant pas refaire la même erreur qu'avec Thomas un peu plus tôt. J'essaye de comprendre ce qu'il vient de m'arriver. J'ai revécu les mêmes sensations qu'à mon réveil. Je crois que je suis morte, encore une fois, sauf que je ne me souviens pas avoir été attaquée ou quoi que ce soit. Je ne comprends pas comment j'ai pu me retrouver dans cet état.

A moins que… non, c'est ridicule !

- C'est ton lien avec Scarlet, reprend Clarke, il a bien failli te tuer. Il n'est rien arrivé au bébé, du coup nous supposons que ce n'est pas le cas pour celle qui est dans le passé.

- Je… je n'ai pas réussi à les rejoindre, poursuit Raven, dès que nous avons compris que les Voyageurs étaient peut-être en danger, j'ai voulu m'y rendre mais je suis bloquée ici.

- Est-ce que ma fille va bien ? Demande Bellamy avec tristesse.

- Il n'est rien arrivé à Scarlet, je parviens à prononcer avant de sentir de nouveau cette douleur vive dans les cordes vocales.

- Dans ce cas, que s'est-il passé ? Essaye de comprendre Lexa.

- Je me souviens que tu as essayé d'empêcher Scar de partir avec les autres voyageurs. Tu sais quelque chose sur ce qui c'est passé ce jour-là avec le dieu de la Guerre, comprend Anya.

- Je suis arrivée à une conclusion moi aussi, intervient Echo, c'est certainement ce jour-là où tu as trahi ton père.

- Très bien, j'ai menti, je fini par avouer, je sais exactement ce qu'il s'est passé le jour du bannissement de Beatan-ihm.

- Pourquoi tu n'as rien dit avant qu'ils ne partent ? Me questionne Lexa avec colère.

- Parce qu'ils étaient censés partir, je m'énerve, j'ai rencontré Scarlet dans le passé et c'est pour elle que je…

- Que tu quoi ? M'encourage Anya toujours avec cette douceur étrange.

- Il n'est rien arrivé à Scarlet dans le passé, je m'acharne.

- Ce qui est vrai pour elle, ne l'est pas pour toi, n'est-ce pas ?

- Anya, je souffle.

- Que t'est-il arrivé ?

- Je ne parle pas de ça. Jamais.

- C'est toi, souffle si bas Raven que je peine à l'entendre. C'est toi… tu es…

- Qu'est-ce que tu as compris, veut savoir Clarke.

- C'est elle, reprend-elle en me pointant du doigts.

Et merde…

- Tu es celle qui est indispensable, la personne que ma mère a tuée.

- Pas indispensable, je réponds mal à l'aise, seulement imprévisible. Je n'aurai pas dû être là, sous aucun prétexte.

- Tu peux être plus précise… qu'est-ce que tu veux dire par imprévisible ?

- Ce n'est pas le plus important Anya, reprend Raven, ma mère se sent toujours coupable pour ta mort alors que tu es bien vivante. Comment tu as pu lui faire ça ?

- Je ne suis pas…

- Je vous préviens, si elle affirme ne pas être désolée, je la gifle !

- Tu ne peux pas la toucher Raven, lui rappelle Clarke.

- Je ne te laisserai pas te tuer aussi bêtement, répond Anya avec un air blasé.

- Je ne suis pas vivante, je hurle ce qui a le mérite de faire taire tout le monde, je suis morte, très morte, définitivement morte, il n'y a plus rien de vivant chez moi.

- Tu parais pourtant bien vivante, Lexa est la première à réagir.

- Vraiment, je souffle avec un rire amer, essaye un peu d'écouter ce qui se passe ici, je tapote ma poitrine au niveau de mon cœur, il n'y a rien, rien du tout ! Même les vampires ont un cœur qui bat alors que se sont littéralement des morts-vivant, mais pas moi !

Pour une raison qui m'échappe, je suis complètement essoufflée à la fin de ma phrase. De toute ma vie, je ne me souviens pas avoir hurler sur qui que ce soit de la sorte. Je n'ai jamais été assez énervée pour partir en vrille de la sorte. Je secoue la tête avant de sauter du lit dans lequel je me trouve. Je n'avais pas réalisé que j'étais à l'hôpital avant ce moment. Je défie toutes les personnes présentes du regard en le prévenant :

- Je ne veux plus jamais parler de ça. Plus jamais !

- Peux-tu au moins nous dire ce qui est arrivé à Scarlet ? Me supplie presque Bellamy.

- Elle n'a pas besoin de le dire, répond Anya toujours avec cette douceur qui continue de me surprendre, c'est limpide. Je n'imaginais pas que votre lien était aussi fort.

- Il ne l'est pas, je me bats encore contre l'idée farfelue que Scarlet puisse avoir des sentiments pour moi, c'est à cause de la rose. Je suis un de ses pétales et… elle vivra chaque mort de ceux qui sont présents sur la rose comme si c'était sa mort.

- Dans ce cas, comment son état a-t-il pu t'atteindre ?

Je suis surprise que cette interrogation puisse venir de Raven. Je croyais qu'elle me détestait. Il y a encore cinq minutes, elle me hurlait dessus et subitement, elle paraît s'inquiéter pour moi. Je ne comprends pas ce qui est en train d'arriver, un détail m'échappe et c'est tout sauf agréable.

- Je ne sais pas, je finis par avouer en massant mes paupières.

Je décide que cette conversation est terminée et je me dirige vers la porte. Je refuse de rester une seule seconde de plus dans cette pièce. Je ne m'y sens pas à ma place. J'ai une certaine tendance à préférer leur méfiance que leur compassion. Parce que si l'un m'est familié, l'autre me paraît beaucoup trop absurde. Je peux compter les personnes qui se sont un jour vraiment souciés de moi sur les doigts d'une seule main et je suis morte pour eux. Je ne cherche pas de nouvelle attache, c'est trop douloureux. J'ai la main sur la poignée et je suis à un mouvement de pouvoir m'enfuir quand Anya reprend :

- J'ai bien écouté, assure-t-elle, ton cœur bat, peut-être au ralenti, mais il bat.

Mes doigts glissent et tombent de la poignée. J'en ai le souffle coupé. Je me demande à quel point elle a dû se concentrer pour le percevoir. Je ne me retourne pas, mais elle a dû comprendre qu'elle m'avait touchée puisqu'elle continue sur sa lancée :

- Tu n'es pas morte, pas tout à fait.

- Et je ne suis pas tout à fait vivante non plus, je prononce en franchissant finalement cette porte.

- N'empêche que ton cœur bat, s'acharne Anya, toutes les 72 secondes !

Elle a vraiment compté… depuis quand se concentre-t-elle dessus ? J'imagine que c'est un détail qui la perturbe plus que depuis à peine cinq minutes, sans quoi il serait impossible que son constat soit aussi précis. En même temps, il s'agit d'Anya. Plus observatrice et réfléchit qu'elle, tu meurs. Malgré la tentation, je ne me retourne pas. Je franchis le couloir le plus vite possible et encore une fois, je fuis. Je suis tellement habituée à le faire que c'est certainement la chose la plus naturelle et la plus facile pour moi. C'est avant tout une question de survie.

En sortant, je claque violemment la porte. Je penche la tête en arrière pour prendre une forte inspiration. Je clos mes paupières et envoie encore une fois toutes mes pensées vers Scarlet dans le passé. Les larmes dégringolent sans que je ne les contrôle alors que ses sentiments me percutent de plein fouet. Elle se débat, hurle, supplie et surtout elle souffre. Je me laisse tomber au sol, je passe une main tremblante dans mes cheveux. Je suis la cause de son malheur. Je savais que son voyage se finirait de cette manière, j'étais bien consciente qu'elle assisterait à mes derniers instants et que d'une certaine manière être spectatrice de mon dernier réel battement de cœur allait la détruire.

Détruire… cet instant à tout détruit. Je me suis sacrifiée pour finalement m'accoutumer d'un pouvoir encore plus dévastateur que mon père. Parfois, je me dis que j'ai perdu au change. Qui voudrait d'une telle malédiction ? Qui supporterait de ne plus pouvoir toucher personne, plus jamais ? C'est assez ironique quand j'y pense. Lorsque j'étais l'esclave des désirs de mon père j'ai tout fait pour ne pas devenir l'instrument de ses méfaits et aujourd'hui je suis devenue une arme mortelle incontrôlable. Je suis devenue tout ce que je déteste : une meurtrière.

Et même si je ne me contrôlais pas, j'ai assassiné un nombre incalculable de personnes par accident. Un nombre incalculable… je ne me suis pas torturée plus en essayant de compter mes victimes mais certains visages restent imprimés dans ma mémoire. Et s'il n'y a pas eu d'incident depuis plusieurs mois qui a provoqué ma rencontre avec Scarlet, avant ça je n'avais tué personne depuis 97 années.

J'ai de plus en plus peur. Je suis terrifiée, je dirai même horrifiée à l'idée d'ajouter un nom à ma liste. Un nom que je ne pourrais jamais oublier. Un nom qui me hantera toute mon existence durant. Un nom qui me pousserait de nouveau à chercher un moyen d'en finir avec ma vie qui n'en est pas une. Un nom que j'aime plus que tout au monde.

Scarlet.

J'ai tellement peur de lui faire du mal. Thomas a raison, je tiens à elle. Je m'acharne sur le fait que je ne l'aime pas. C'est autre chose. Mais s'il devait lui arriver malheur par ma faute, de nouveau après qu'elle ait dû assister à mes derniers instants, je ne me le pardonnerai jamais. Le tout, c'est de savoir si je vais avoir assez de volonté pour la repousser encore et encore. Je suis pétrifiée à la simple idée que par un moment d'inattention, je puisse la toucher. J'en ai tellement envie que ça en est douloureux.

Je veux seulement… tout ce que je désire c'est un instant dans ses bras.

Seulement, comme à chaque fois, ce qui me tient à cœur est hors d'atteinte. Les larmes redoublent, ma respiration devient un vrai chantier et durant un court instant, comme toujours lorsque je perds le contrôle de mes émotions à propos de Scarlet, mon cœur bat à toute vitesse. C'est douloureux. J'agrippe le tissus, la pression de mes doigts manque de déchirer mon haut. C'est pire que ce que je subis en revenant à la vie. C'est encore plus incontrôlable parce que dans c'est moment là, je suis incapable de me mentir sur l'importance de cette magnifique rousse aux yeux de jade.

Je hurle à en perdre mes cordes vocale avant de fracasser mon poing au sol, une onde de choc se propage autour de moi. Je me force à garder les yeux fermés pour ne pas devenir spectatrice de la désolation que je viens certainement de provoquer.

Mon cœur… il bat toutes les 72 secondes comme un horrible rappel d'où je viens, mais parfois il s'emballe, redevient plein de vie et j'ai bien conscience que ces moments, je les vole à Scarlet. Son cœur prend le relai, il bat pour moi. Et c'est pour ces instants dénués de sens que j'en trouve un à tout ce que j'ai pu vivre depuis que j'ai repris conscience dans cette grotte après avoir reçu de plein fouet le sort de Morgane.

Ma survie est un non-sens et pourtant c'est lors de ces moments où je perds le contrôle de mon cœur et que celui de Scarlet se charge de me garder en vie un peu plus longtemps, que je comprends.

Depuis le début, ma vie lui est dédiée.

Je ne vis que pour elle.

C'est ma vie pour la sienne.

Parce qu'elle est Éleusis.

J'étais persuadée que ce serait un endroit. Un lieu où je retrouverai la paix comme pour Perséphone dans le conte. C'était le seul endroit où elle pouvait échapper à Hadès, à la mort elle-même, durant un court laps de temps elle était libre. Je n'ai jamais eu d'autre objectif que de me libérer de mon père et d'atteindre Éleusis. Je me fichais du fait que tout ceci ne puisse être qu'une illusion, le désir d'une enfant. Je voulais fuir et Éleusis était mon seul refuge, qu'importe qu'il soit illusoire. Pourtant pendant de courtes minutes qui me semblent encore insensés à ce jour, je me suis enfin sentie vivante, heureuse et en paix. Ce sont ces instants qui ont été arrachés au temps lui-même, ceux où Éleusis est devenu une réalité, à la seconde même où mes yeux se sont posés sur Scarlet. Je l'ai rencontrée et ma vie a prit tout son sens. Si j'existais, c'était pour elle, cette jeune fille très étrange avec des habits bizarres et un langage disons peu approprié.

Depuis le début c'était elle, pas Éleusis.

Fuir… je devrais continuer à fuir. J'ai des millions d'endroits où me rendre. Je sais que je dois partir. Il le faut. Je dois la protéger, l'éloigner le plus loin possible du danger que je représente. Mais il n'y a rien a faire, je n'y arrive pas. Quoi que je fasse, je reviens toujours vers elle. Je ne peux pas m'en empêcher. Je dois bien avouer que plus le temps passe, plus elle m'est indispensable.

Je me relève, les paupières toujours closent, un liquide chaud et visqueux s'écoulant entre mes doigts. Le son répétitif de mon sang qui s'écrase au sol me pousse à faire un premier pas et encore un autre. Plus je m'éloigne, moins je sens ce poids terrible sur mes épaules. Le clapotis me poursuit et je souris, le sang et la douleur sont bien la preuve qu'une part de moi est toujours en vie.

Je reste.

J'ai conscience que c'est certainement la pire idée que je puisse avoir, seulement pour la première fois de ma vie je décide de prendre une décision égoïste. Je restes parce que j'ai besoin de la présence de Scarlet. Je reste parce que je me sens enfin heureuse. Je reste parce que mon cœur bat. Je reste parce que j'arrive à sourire avec sincérité. Je reste… simplement parce que j'aime ce que je suis en train de devenir.

Et surtout, il faudrait que je sois complètement folle pour partir maintenant que j'ai trouvé ce que je cherche depuis mon plus jeune âge. J'ai enfin l'opportunité de vivre, vraiment vivre. Je ne vais pas tout gâcher, encore moins en sachant Éleusis à ma portée.

Je reste pour Éleusis.


Voilà pour ce nouveau chapitre. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! J'ai hâte de savoir ce que vous avez pensé de ce chapitre. Alors qu'avez-vous pensé de ce premier POV consacré à Melina ? Vous pensiez qu'elle se torturait à ce point ? Vous êtes heureux de son choix final ?

Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre !

GeekGirlG