Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !
Quelques mots sur ce chapitre : Je ne sais pas trop quoi dire sur ce chapitre sans spoiler donc... je me tais! ^^
Les personnages de la série The 100 ne m'appartient pas, seule l'histoire est à moi.
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 3 : Première à mourir
I used to shout out loud at the sky and the day would come J'avais l'habitude de crier fort vers le ciel et le jour venait
One last star shines in the darkness, where have the others gone? Une dernière étoile brille dans les ténèbres, où sont passées les autres ?
I used to shout out loud at the sky and the day would come J'avais l'habitude de crier fort vers le ciel et le jour venait
One last star shines in the darkness, where have the others gone? Une dernière étoile brille dans les ténèbres, où sont passées les autres ?
I'll make it through the rain if that is what it takes Je le ferai sous la pluie si c'est ce qu'il faut
Endlessly automatic... Interminablement automatique...
Sage – One Last Star
Chapitre 47 : Conséquences
Qui aurait pu imaginer ? Qui pourrait dire avoir le courage ? Qui est capable de souffrir jusqu'à l'intolérance ? Qui peut fixer un autre regard sans sourciller ? Qui n'a jamais peur ? Qui a ce courage qui manque à la plupart ?
Personne… ou peut-être elle.
Je peine à ouvrir les yeux. J'ai mal, terriblement mal. Je n'arrive pas à respirer. Je suis incapable de bouger. Je suis piégée dans un sarcophage de douleur, intolérable. Je suis fatiguée. Je sens que mon corps est comme broyé mais ce n'est pas ce qui me fait le plus souffrir. Non. C'est mon cœur. La fissure qui est survenue sans prévenir se propage comme un mal qui serait en train de gangrener tout mon corps. Je ne parviens pas à arrêter son développement, la lésion continue de s'étendre et je sais qu'à la fin, je serai en mille morceaux.
Je sens qu'une main inquiète parcourt mon corps et je hurle. Je suis toujours dans le noir, confuse mais je suis capable de crier. La pression des doigts s'accentue, je commence à me débattre, chaque mouvement fait naître une nouvelle souffrance, c'est insupportable. Je n'en peux plus. Je veux que tout ceci s'arrête, plus d'élancement insupportable et par pitié plus d'amertume, ni de triste et encore moins de deuil.
Il y a trop de malheur, de désespoir et de déchirement. Je veux que tout ceci s'arrête. J'en ai assez de me sentir aussi démunie, de ressentir tout court. Je suis exténuée. J'aimerai arrêter de respirer, juste quelques secondes, sans qu'il n'y ait la moindre conséquence. Tout mettre sur pause, observer, assimiler et faire en sorte de trouver une solution à tout ce qui rend ce monde triste et moche pour que je puisse enfin être heureuse.
Comprendre… pourquoi tout semble à ce point compliqué depuis quelque temps ? Je me souviens qu'à un moment, tout était plus simple. Je me demande quand tout a fini par dérailler. Et pourquoi je n'arrive pas à l'arrêter ? Rien ne s'arrange, tout s'aggrave.
- Clarke !
Je plaque mes mains sur mes oreilles. Un cri de douleur m'échappe. C'est trop fort, trop vif, trop douloureux et trop tôt. L'inquiétude dans la voix qui m'appelle est bien des choses mais tout sauf rassurante. Les maux dans mon corps se réveillent en crescendo, c'est insupportable. Je n'ai rien à quoi me rattacher pour mieux assimiler tout cette souffrance. Je ne peux plus. Je veux que ça s'arrête.
- Clarke, il faut que tu te lèves, maintenant !
Je secoue la tête, refusant d'obéir. C'est trop difficile. Je perçois la voix pester. J'entends parfaitement la peur. Je ressens les sursauts de son corps alors que ses doigts s'accrochent à moi d'une façon que je qualifierais de désespérer. Puis subitement, je sens que mon corps endoloris est soulevé. Je hurle de plus bel. Je ne veux pas bouger. Rester. Ce cocon de douleur parvient à faire flancher ma volonté de vivre. Je suis épuisée.
Je fais un effort considérable et mes paupières lourdes se soulèvent, je suis éblouie par une luminosité qui pourrait rendre aveugle n'importe qui. Je referme donc les yeux pour éviter une cécité prématurée. C'est après coup, que le choc m'électrise. Les couleurs qui m'entouraient n'avaient absolument rien de naturelles. Je relève donc mes cils, ce que je découvre alors me paralyse alors que les souvenirs me reviennent.
Une palette de couleurs infini est venue peindre le ciel. Je peine à respirer alors que les cieux se confondent douloureusement avec les iris si particuliers de Melina.
Melina… où est Melina ?
S'il lui ait arrivé quoi que ce soit, ce sera ma faute. J'avais promis à Raven de faire plus attention, de rester concentrée et de laisser mes problèmes sur Hélis avec Lexa. Je me débrouillais parfaitement bien. Je n'avais fait aucune erreur et… quelque chose de plus c'est fracturé.
J'ai perdu Lexa, cette sensation n'a pas durée plus d'une seconde ou deux mais ce que j'ai ressenti m'a complètement broyé. Je me suis effondrée. J'ai perdu le contrôle de mon corps. J'ai parfaitement vu l'attaque fondre sur moi. Je n'arrivais pas à bouger. J'étais trop fracassée par cette absence aussi inéluctable. J'ai réalisé que cette fois c'était plus… définitif. Lexa s'efface. Et cette réalité me disloque de l'intérieur, elle annihile tout sur son passage, ne laissant derrière elle que les Ténèbres.
Durant cette perdition, il n'y avait plus aucune Lumière, que l'Obscurité et elle a bien failli m'emporter toute entière, me faire succomber définitivement.
Melina s'est interposée entre le sort et moi. Elle m'a sauvé la vie mais à quel prix ? Où est-elle ? Raven… j'ai un haut le cœur, elle aussi est intervenue. Je ne pourrai jamais me le pardonner s'il leurs ait arrivé malheur, ni à moi, ni à Lexa. Sérieusement, qu'est-ce qui cloche chez elle en ce moment ? Je ne la comprends plus. C'est effrayant et particulièrement déstabilisant. Je ne sais plus quoi faire.
On dépose mon corps, je me replis sur moi-même pour atténuer la douleur. Je ne serai pas dire où j'ai mal exactement. Je suis à bout de force, aussi bien physiquement que moralement. Quelqu'un me force à me redresser, je grimace et fait tout pour retenir une plainte de s'échapper de mes lèvres. Je reconnais les gestes qui analysent mon état, je me décide à enfin ouvrir les yeux. Je vois terriblement flou alors que la luminosité irréelle continue de me brûler la rétine. Je sens les doigts passer sur mon front, un liquide chaud et poisseux vient alourdir mes cils.
- Je crois qu'elle en état de choc, mais à part son bras rien ne semble grave.
Pourquoi je ne reconnais pas cette voix ? Pourquoi ce n'est pas la même que tout à l'heure ?
- Clarke, Raven, c'est Raven, Clarke tu m'entends ?
- Je t'ai dit qu'elle était en état de choc.
- J'en ai rien à faire, je ne la laisse pas. Clarke !
- Tu es aussi blessée alors…
- Je ne t'ai rien demandé Guilhem, rends-toi utile et va aider Emily.
- Tu perds beaucoup de sang Raven.
- C'est une égratignure, élude-t-elle. Je peux très bien gérer ici, va aider Emily, maintenant.
- Tu ne me fait pas peur sorcière de sang. En tout cas, précise-t-il alors que la magie de Raven implose tout autour de nous, pas quand tu es dans cet état.
- Je te répète que c'est une égratignure, elle se lève, s'éloigne de moi, je sens que je panique à nouveau, je me suis retrouvée dans des état bien plus lamentables que ça alors va aider Emily avant que je ne m'énerve vraiment et que je conjure un sort de solaris pour un vampire aussi vieux que toi, il ne sera pas fatale mais je pense qu'il peut-être très douloureux, pendant quoi… trois à quatre ans.
- Raven Reyes, il rit, il n'y a pas de doute à avoir tu es bien la fille de Morgane. Quoi que solaris est bien plus clément que terrenias et toi, tu me préviens avant de jeter le sort.
- Seulement parce que j'ai besoin de toi pour le moment, réplique-t-elle avec colère. Mais si tu me laisses un peu de temps, je suis certaine de pouvoir combiner ces deux sorts pour n'en faire qu'un et je ne te donnerai aucun avertissement.
- Aucune sorcière ne peut faire ce genre de chose.
- Aucune sorcière n'est comme moi.
Un silence terriblement angoissant s'impose après cette phrase. Je plisse des yeux pour essayer de mieux voir mais je continue de distinguer rien de plus que des formes. Une ombre devant moi finit par s'éloigner et je place ma main droite devant mes yeux pour me protéger de la luminosité. C'est à ce moment que je remarque l'étendue des dégâts sur ma main, je ne pensais pas un jour la voir en plus piteux état que le jour où le Dieu de la Guerre les a charcutées en emprisonnant mes ténèbres dans mon corps.
Pourquoi je n'ai plus mal ? Je devrais être en train de hurler de douleur. Je me sens comme anesthésiée. Les maux de mon corps se sont comme volatilisés. Il ne reste plus que cette foutue sensation de vide qui ne m'a pas quitté depuis que j'ai sentie Lexa disparaître. Évidemment, la sensation n'est pas restée pourtant, je me sens toujours abandonnée.
- Clarke, je perçois enfin le visage de Raven, vas-y doucement. Tu veux bien reposer ton bras, je m'exécute. Okay, elle pose ses mains sur mes joues ce qui est plus que inquiétant, elle ne touche personne avec ses mains mis à part Anya. Elle m'oblige à tourner la tête, je crois que tu n'as rien de grave. Tu m'as fait une sacrée peur.
Raven replie ses doigts encore sur mes joues avant d'éloigner ses mains. Elle les place en face d'elle et je remarque qu'elle tremble. Je suppose que ce geste lui a bien plus coûté que ce que je peux imaginer. Elle se redresse assez pour se traîner à côté de moi, elle s'assied à ma droite. Je tourne le regard pour continuer de l'observer. Elle appuie tellement sa tête contre le mur derrière elle qu'à un moment, je me dis qu'elle va fusionner avec. Je vois à ses traits et à sa respiration qu'elle souffre.
Je me mets à chercher où elle est blessée quand un bruit tout droit sortit des enfers réveille une migraine insupportable. Je plaque de nouveau mes mains sur mes oreilles pour supporter cette agression. Qu'est-ce que c'est ? On dirait les cloches d'une putain d'église. Je ne suis tout de même pas dans un bâtiment consacré. Non, si je l'étais, je serai en train de me tordre de douleur avant d'essayer de m'arracher la peau tout en faisant tout mon possible pour sortir de cet endroit maudit.
- Arrête de bouger ce bras, s'il te plaît. Je n'ai presque plus de magie.
- Rae, je m'arrête aussitôt quand du sang s'accumule dans ma bouche.
- Ne parle pas non plus, je crois que ta mâchoire est cassée. J'arrangerai ça dès que nous seront de retour sur Hélis, mais pour ton bras nous allons avoir besoin de ta mère. Merde, grogne-t-elle en s'agitant, qu'est-ce qu'ils font ? J'en peux plus.
C'est seulement après sa remarque que je découvre le sang. Il provient de son abdomen qu'elle maintient fermement. Je sursaute de nouveau quand j'entends les anneaux de sa jambe tomber. Un flot d'injures lui échappent alors qu'elle se redresse assez pour les récupérer.
- Je vais continuer à te parler parce que je commence à avoir envie de dormir et ce n'est pas bon. Tu n'as qu'un mot à dire et je botte les fesses de Lexa en rentrant. Je lui ferai passer le pire quart d'heure de toute sa vie et je me contrefiche de ce que pourrait dire Anya. Je vais me la faire ! D'ailleurs si j'apprends qu'Anya ne lui a pas parlé, elle aussi va avoir de gros problème !
- Ra…
- Je t'ai dit de ne pas parler. Arrête de faire des trucs qui affaiblissent ma magie. J'ai encore besoin de nous ramener. Mais pour ça, elle hurle, il faut que ces idiots de Guilhem et Emily reviennent ! Qu'est-ce qui leurs prend autant de temps ? Plus sérieusement, ce qui t'es arrivée… ce n'était pas ta faute. Je ne sais pas ce qui se passe entre toi et Lexa mais ça t'affecte vraiment et… je suis désolée. J'aurai dû faire plus attention à toi.
- Hey Raven, je crois reconnaître la voix d'Emily, c'est bon, nous sommes tous là, ramène-nous !
- Je veux la voir, exige Raven en essayant de se relever. Et merde, pesta-t-elle, foutue jambe !
- C'était déjà assez difficile de l'amener jusqu'ici, lui répond la sœur de Melina. Je ne la laisserai pas, pas après ce qu'elle a fait. Tu peux me faire confiance.
- Tu lui ferais confiance toi, demande-t-elle à mon intention. Ne réponds pas, elle m'arrête avant que j'essaye. Très bien on rentre, si elle m'a menti, je la tue. Accroche toi Clarke, ça va secouer.
Je me sens tournoyer d'une façon très désagréable. Je me fais la réflexion que de se retrouver aspirer dans une tornade doit être moins violent que ce voyage. Je n'ai jamais ressenti un tel malaise en étant transporter par la magie. Si Raven n'arrive pas à nous stabiliser, elle doit vraiment être à court de pouvoir. J'espère que nous n'allons pas atterrir n'importe où.
Je m'écrase violemment, mais sur quelque chose qui me semble moelleux et moue. Je me redresse très légèrement pour découvrir que je suis dans l'infirmerie de ma mère. Je me relaisse tomber en arrière, soulagée. Des picotements se répandent dans le bas de mon visage, je touche ma mâchoire avant de me redresser à nouveau. Raven est assise à côté de moi et me fait un clin d'œil. Je lui souris en guise de remerciement, je manque de fondre en larmes en voyant ma mère débarquer avec urgence dans l'infirmerie. Elle court vers moi mais Raven l'arrête :
- Je veille sur elle, va voir Melina, c'est beaucoup plus grave !
- Mais…
- S'il te plaît Abby ! Je te promets qu'il n'arrivera rien à Clarke.
- D'accord mais au moindre changement…
- … je viens te chercher.
Ma mère me couve d'un regard protecteur, je la vois hésitante. Je déglutis difficilement. J'aperçois Melina dans son dos. Elle respire à peine, son bras gauche est en bien plus piteuse état que ma main, son visage est maculé de sang et ses vêtements sont tellement déchirés que je pourrai croire qu'ils sont passé dans une broyeuse.
- Je refuse d'être soignée tant que tu ne l'as pas sauvé.
- Clarke…
- Si je suis en vie c'est grâce à elle. Je ne me fais pas soigner, je répète déterminer, pas tant que Melina n'est pas sauvée.
- Très bien, je vais m'occuper d'elle.
Je suis ma mère du regard jusqu'à sa salle d'opération. Je ne la quitte pas des yeux alors que son équipe installe Melina. Ils portent des combinaisons spéciales pour éviter tout contact avec la peau mortelle de la faucheuse. Ma mère observe aussi cette mise en place en se lavant les mains.
- Toi aussi, je reprends sans quitter ma mère des yeux, toi aussi Raven tu dois te faire soigner.
- Je vais bien, soupire-t-elle en déposant dans un bruit qui me fait grimacer les arceaux magiques qui lui permette de marcher, c'est une égratignure. Anya va arriver, je le sens alors tout ira beaucoup mieux.
- Je ne veux pas voir Lexa.
- Pardon ?
- Je ne veux pas la voir, je répète avec détermination en détournant les yeux pour éviter d'avoir à affronter les questions dans le regard de la sorcière.
- Clarke, j'entends le reproche dans sa voix, il faut que les choses s'arrangent entre vous.
- Pas, je retiens un sanglot, pas maintenant.
- Clarke…
- Je refuse de lui parler tant que Melina n'est pas sortie d'affaire. Je suis trop… en colère. C'est parce que je ne veux pas aggraver les choses que je te le demande. Retiens-la, je ne veux pas la voir.
- Merde, elle soupire épuisée, vous faites vraiment chier toutes les deux en ce moment. Je ne sais pas ce qui vous arrive mais il va vraiment falloir que vous régliez ça, elle continue de grogner contre ma relation avec Lexa tout en replaçant les anneaux sur sa jambe, et si tu veux mon avis, elle ne va pas me laisser l'éloigner, c'est un loup à la fin. Je sais ce que c'est, je vis avec une emmerdeuse de première qui serait capable de mettre des protections pour enfants sur tous les meubles pour éviter que je me blesse. Ce putain d'instinct de protection est une vraie calamité, elle n'arrête pas de pester alors que sa magie se propage autour de nous, elle retient mal, très mal un gémissement de douleur quand j'entends les arceaux se resserrer. Je n'avais pas besoin de ça, grimace-t-elle. Tu te rends compte que toi et moi allons avoir de graves problèmes, n'est-ce pas ? Anya et Lexa vont encore plus nous couver après ça. T'es sûre que je dois aller parler à Lexa ?
- S'il te plaît.
- Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? Okay… j'y vais mais tu m'en dois une Griffin ! Parce que je n'avais aucune intention de quitter cette chaise.
- Ou alors tu peux aller te faire soigner.
- Putain de manipulatrice ! Je m'occupe de Lexa !
Raven prend une forte inspiration avant de se lever, aussitôt elle devient livide. Elle ferme les yeux en se mordant la lèvre inférieure. Elle appose sa main sur le bas de son ventre et appuie, je distingue sans mal le sang qui a complètement gorgé son haut. Elle souffle sur la longueur en faisant un premier pas. Mes yeux suivent son avancée, ce n'est pas difficile, un liquide rouge la suit à la trace.
Bien… dès qu'elle la verra, Anya la forcera à se soigner. Mission accomplie.
J'attends que Raven franchisse la porte principale de l'infirmerie avant de prendre mon courage à deux mains pour me redresser. Je retiens difficilement un hurlement. Mon bras recommence à me faire un mal de chien. Je suppose que Rae n'a plus assez de magie pour endormir la douleur ou qu'elle en a besoin pour autre chose. Je ne sais pas ce qui est le plus inquiétant.
Je m'extirpe du lit. Je suis obligée de me maintenir au matelas pour ne pas tomber. Absolument tout ce qui m'entourent tangues à côté de moi alors que le sol veut m'avaler. J'ai la nausée. Je me force à respirer tranquillement, mon corps à besoin d'oxygène. Je me demande si je suis capable d'utiliser mes ténèbres pour m'emmener devant la vitre teintée de la salle d'opération. Je tente de l'appeler mais aussitôt, les étourdissements s'aggravent.
- Okay, je murmure difficilement, mauvaise idée. Avance doucement et surtout, ne vomis pas. Doucement, j'ai la sensation de tomber dans le vide à chacun de mes pas, doucement, ma main gauche, celle qui n'est pas blessée, trouve le mur. Je le longe jusqu'à la porte, doucement, j'entre dans la salle d'observation et me laisse tomber sur un fauteuil alors que des larmes inondent mes joues, je peux gérer… allez respire, ce n'est rien de plus qu'un peu de douleur, je renifle bruyamment en ravalant mes larmes, je me redresse assez pour assister à l'opération de Melina, ne meurs pas. S'il te plaît, ne meurs pas.
J'observe ma mère et les autres travailler. J'ai vu bien des blessures en l'assistant mais je ne pense pas avoir déjà vu autant de sang. Elle est vraiment mal au point, c'est pire que ce que je m'étais imaginée. Je m'en veux tellement… tout est ma faute. Je ne supporterai pas qu'elle passe l'arme à gauche à cause de moi. À cause de… Lexa.
Ma jambe tressaute nerveusement réveillant un peu plus la douleur dans mon bras. Mais je l'ignore, ce n'est pas important. C'est moi qui devrais être dans cette salle d'opération entre la vie et la mort, pas Melina. Je ne veux pas qu'elle meurt, pas à cause de quelque chose d'aussi stupide.
Melina ne mérite pas une telle fin, pas après tout ce qu'elle a vécu. J'ai encore du mal à concevoir tout ce qu'elle a pu subir, à cause de son père, de ses sœurs, de Bastian et tout le reste. Après sa crise quelques jours après la naissance de Scarlet, le coma, son réveil violent et la révélation qu'elle était l'élément indispensable pour le bannissement du Dieu de la Guerre selon Morgane, Melina nous a tout raconté. Tout… j'ai du mal à le croire. Elle n'a abordé que ce qu'elle nous croyait capable d'assimiler. Je n'ai aucun mal à l'imaginer embellir les choses, arrondir les angles, faire n'importe quoi pour nous faire croire que sa vie a été moins tragique que ce qu'elle a véritablement été.
Je comprends beaucoup mieux les ténèbres qui lui tournent autour, comme des foutus abeilles autour d'un pot de miel. N'importe qui d'autre aurait sombré. Il m'en faudrait bien moins que ça pour leurs succomber.
- Raven, la voix d'Anya est tellement teintée d'inquiétude que j'en frissonne. Je suis tellement désolée, j'entends ses larmes, tu…
- Calme-toi, je vais bien. Je te le promets.
- Il y a beaucoup trop de sang, tu…
- Où est Clarke, l'intervention de Lexa me fige sur place. Où est-elle ?
- Lexa attend !
- Quoi ?
- Elle, je sens Raven hésitante, Clarke ne veut pas te voir.
- Clarke, Lexa hurle mon prénom en fracassant la porte principale de l'infirmerie, j'utilise les bras de mes ténèbres pour verrouiller la salle dans laquelle je me suis réfugiée et je leurs demande de ne pas la laisser passer. Où est-elle ? Clarke !
- Je crois qu'elle savait que je n'arriverai pas à te retenir. Mais Clarke ne veut pas te voir Lexa, c'est très sérieux.
- Arrête de dire ça !
- Ne t'en prends pas à Raven, la menace est à peine teintée mais je ressens grâce à mon lien fragiliser avec Lexa qu'elle se calme. Ce n'est pas sa faute si tu es dans cette situation. Calme-toi.
- Parce que tu te calmerais à ma place ?
- Certainement pas, je perçois un calme inhabituel chez Anya, elle devrait être en plein pétage de câble à cause de l'état de santé de Raven. Moi, j'aurai déjà réduit toute cette infirmerie en cendre, ah… je me disais bien aussi, mais c'est une chance que tu te contrôles bien mieux que moi.
- Clarke est blessée, aboie Lexa, je le sens ! Je dois l'aider.
- Et bien…
- Raven !
Je me redresse vivement en entendant pour la seconde fois en très peu de temps les arceaux de la jambe de la sorcière tomber dans un fracas insupportable. J'utilise mes pouvoirs pour voir à travers le mur, un soupir de soulagement s'échappe en voyant qu'Anya la rattrape avant qu'elle ne tombe. La sœur de cœur de Lexa dépose Raven avec toute la délicatesse du monde sur le sol.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? Raven, je perçois sans peine la panique dans son intonation, je ne ressens rien qui puisse te mettre dans cet état. Parle-moi.
- C'est à cause du sort, explique difficilement Raven, j'ai senti qu'il m'avait éloigné de toi.
- Comment c'est possible ? Où as-tu mal ?
- Je suis désolée, je la vois lutter pour parler, je suis fatiguée et j'ai froid.
- Raven ! Non, non, je t'interdis de mourir encore une fois, l'effroi qui me foudroie à la fin de cette phrase ne doit être en rien comparable à ce que doit ressentir Anya à cet instant. Raven !
- Anya…
- Si c'est pour me dire quelque chose de désobligeant, ce n'est pas le moment Lexa, elle grogne en arrachant les vêtements de la sorcière, par toutes les lunes… il faut aller chercher Abby, tout de suite !
- Je… j'y vais, intervient Lexa.
Je me mets légèrement sur la pointe des pieds pour apercevoir les dégâts. En voyant la racine qui a empalé son abdomen, je me sens de plus en plus coupable. Ça ne serait jamais arrivé si j'étais parvenue à me contrôler mais non, il a fallu que je m'effondre. Melina et Raven se sont mises en danger à cause de moi et elles pourraient bien le payer très cher, trop pour que je puisse me le pardonner.
- Non, Raven parvient à arrêter Lexa, laisse Abby s'occuper de Melina.
- Ce n'est pas une égratignure, explose Anya, tu as besoin d'un médecin !
- Je vais tenir le coup, répond la sorcière difficilement. Laisse Abby soigner Melina.
- Tu ne vas rien tenir du tout, tu es…
- Anya, elle la coupe en venant caresser sa joue et en lui souriant, je vais tenir le coup. L'état de Melina est bien plus grave que le mien. Tu comprends, n'est-ce pas ? Je ne vais pas mourir, je te le promets.
- Ne fais pas de promesse que tu ne peux pas tenir, le visage d'Anya est ravagé par les larmes.
- Ma magie va maintenir mes constantes vitales. Je passerai juste après Melina et Clarke après moi.
- Donc elle est bien blessée, s'inquiète Lexa.
- Je me suis occupée de la plupart de ses blessures, il n'y a plus rien de grave.
- Je dois la voir.
- Lexa, je vois Raven se redresser, je ne dis pas ça pour te faire souffrir mais Clarke ne veut vraiment pas te voir. C'est… elle se sent coupable à cause de ce qui est arrivé, mais celle à qui elle en veut vraiment, c'est toi. Laisse-lui du temps, je te jure qu'il n'y a rien de grave.
- Si c'est pour apprendre qu'elle va bien comme toi, je préfère la trouver, maintenant.
- Une plaie à la tête qui a besoin de suture et je le conçois son bras droit est plus que endommagé, mais il n'y a rien de vitale.
- Son bras, elle prononce d'une voix blanche, sa main est touchée ?
Raven ne répond pas et je n'arrive pas à savoir si c'est parce qu'elle refuse de lui mentir ou si c'est parce que ça devient trop difficile.
- Sa main est touchée, n'est-ce pas ?
- Lexa, reprend doucement Anya, ça suffit, Raven est sur les rotules.
- Je vais chercher Clarke !
- Ce n'est pas une bonne idée, essaye de l'arrêter sa sœur en soulevant Raven pour l'installer sur un lit.
- Je croyais que tu voulais que je lui parle.
- Il faut que tu lui parles, rien n'a changé, mais je ne pense pas que maintenant soit le bon moment.
- Peut-être que si j'avais plus de temps, le bon moment se ferait moins rare.
- C'est absolument hors de question Lexa. Sois-tu parles à Clarke, soit je le fais.
- Donc je vais la chercher.
- Fais comme tu veux, j'abandonne.
- Est-ce que tu dis ça pour que je reste ?
- Non. J'abandonne. Tu n'écoutes pas, je n'ai aucune envie de gâcher mon énergie pour rien.
Lexa en reste bouche bée. Je souris malgré moi, il n'y a vraiment qu'Anya pour lui rabattre le clapet de la sorte. J'aimerai être aussi forte qu'elle, être capable de tenir tête à Lexa plutôt que de la regarder s'éloigner encore et encore sans aucune raison. Cette distance qu'elle nous impose c'est… invivable.
Je n'arrête pas de me demander ce que j'ai bien pu faire de mal. Je croyais que nous étions unies, que nous étions fortes à deux et que rien ne pourrait nous séparer, jamais. J'étais persuadée que nous étions en train de façonner notre famille. Je pensais que notre amour suffirait. Je crois que je me suis lourdement trompée.
J'aurai dû écouter mon père et l'accepter quand il m'a assuré que Lexa n'était pas pour moi. Je me demande à quoi va ressembler mon avenir, à chaque fois que je l'imaginais, Lexa était là mais depuis quelque temps, elle s'efface de mes possibilités. Je ne sais plus quoi faire. Je n'ai jamais connu une situation qui m'ait autant fait souffrir. Je me meurs à petit feu, pas d'une maladie mais d'un cœur qui se brise lentement, perfidement et douloureusement, très douloureusement.
Je me laisse retomber sur le fauteuil. Je me sens mal, pas à cause de ma condition physique. J'en ai seulement assez de me morfondre sans trouver de solution. Je suis juste tellement fatiguée à cause de cette situation. Je devrais peut-être tout arrêter moi-même. Arracher le pansement vivement avec courage plutôt que juste attendre que Lexa m'explique qu'elle ne m'aime plus, qu'elle s'est lassée de moi. Parce que c'est forcément ce qui est en train d'arriver, n'est-ce pas ?
Est-ce que nous pouvons arrêter d'aimer une personne avec qui nous partageons une empreinte ? J'ai la sensation que je ne pourrai jamais. C'est comme si Lexa faisait partie de moi. Quand je suis loin d'elle, je me sens déboussoler et apeurer. C'est pour cette raison que je ne comprends pas qu'elle puisse m'éloigner. Est-ce que ce n'est pas pareil pour elle ? Elle ne sent pas cette main qui essaye de m'arracher le cœur dès que nous sommes contraintes d'être séparées ?
- Emily, c'est la voix de ma mère. Je ne comprends pas, elle devrait être en train d'opérer Melina. Oh les filles, j'ai besoin de vous ! Il faut trouver Emily de toute urgence, je n'ai presque plus de sang. J'ai stabilisé Melina mais… où est Clarke ?
- Je suis là, j'apparais seulement pour éviter tout retard inutile dans les soins de Melina. Emily est souvent à la plage nord, je vais la chercher.
- Hors de question, ce n'est pas une, pas deux mais trois voix qui m'empêchent de faire un pas de plus.
- Je vais envoyer ma garde la chercher, décide Lexa, je sens son regard sur moi mais je fais en sorte de l'éviter.
- Je n'avais pas vu que Raven était dans cet état, je sens l'inquiétude dans l'intonation de ma mère.
- Elle m'a assuré qu'elle allait tenir le coup jusqu'à ce que tu finisses avec Melina, lui répond Anya en serrant les mains de Raven, ne l'a fait pas mentir.
- Clarke…
- Je passerai après Raven.
- Mais…
- Je n'ai rien de grave, j'insiste.
- Lexa, ma mère se tourne vers elle, ma fille me dit la vérité ou elle prend encore sur elle pour ne pas m'inquiéter ?
- Je, son regard me brûle le bras, je fais tout pour ne pas resserrer mes doigts et inonder mon corps de douleur, je pense que ça va aller.
- Il s'agit de ma fille alors si j'apprends que vous avez embellit la…
- Maman, je vais bien. Retourne avec Melina, elle a besoin de toi.
Je suis tellement apeurée par la situation que je sens les ténèbres, qu'il m'était jusque-là difficile d'atteindre, se précipiter contre les parois de mon corps pour en sortir. J'ai un mal fou à les contenir, ils sont prêts à déborder mais je ne peux pas les laisser faire. Nous n'avons pas besoin d'un autre malheur.
Alors, je me raccroche à la seule chose capable de les éloigner en ce moment, les maux de mon corps. Malgré le fait que je sache à quel point le prochain geste sera douloureux, je n'hésite pas une seule seconde avant de replier les doigts de ma main droite en un poing fort et serrer. La douleur qui se propage aussitôt dans mon bras me donne la nausée, certains endroits encore fragilisés se remettent à saigner et je fais tout pour ne pas hurler.
Le principal c'est que j'arrive à obtenir l'effet escompté, mes ténèbres battent en retraite.
Evidemment, c'est aussi à ce moment que mon lien avec Lexa choisit de se restaurer, aussi instable soit-il, il est de nouveau complet. Alors que j'aurai cru qu'elle allait crier pour que j'arrête immédiatement de me faire du mal, elle se contente d'avancer vers moi. Je reste concentrer sur ma mère qui sort de l'infirmerie et quand elle ferme la porte, je me détourne de Lexa pour l'empêcher de m'atteindre.
Je me réfugie près d'Anya et Raven, la blonde me dévisage sans se cacher. Je m'installe sur la chaise près du lit de la sorcière. Je dirige mon regard vers sa cage thoracique et je surveille sa respiration. Je sens que sa magie me quitte pour rejoindre son corps. Je crois qu'elle devrait tout reprendre d'un seul coup plutôt que de me ménager de la sorte, elle a bien plus besoin de sa magie que moi. Je suis capable de supporter ce qui est en train d'arriver.
- Clarke, souffle Lexa en s'arrêtant près d'Anya.
- Je suis désolée Anya, je relève les yeux pour l'affronter, tout est ma faute. Raven a été blessé en me protégeant.
- Je crois que la faute est partagée, m'assure-t-elle en resserrant sa main dans celle de Raven. Je crois qu'avec ce que je sais et ce que m'avait dit Raven à ton sujet, j'aurai dû t'empêcher de partir.
- Mais je voulais partir ! C'est important !
- J'aurai tout de même dû essayer, ce n'est pas ta faute, pas entièrement.
- Clarke, la voix de Lexa se brise, regarde-moi.
- Non, mes yeux retrouve la cage-thoracique de Raven.
- Mais enfin, c'est ridicule !
- Ne lui cris pas dessus, lui conseil Anya.
- Elle m'ignore complètement ! Qu'est-ce que je suis censée faire ? Sauter de joie ? Elle est blessée, je suis inquiète pour elle. J'aimerai seulement… Clarke, s'il te plaît c'est insupportable !
Je me décide à la regarder, mes yeux se jettent sur elle comme un rapace sur un rongeur au milieu de la nuit et ils lui transmettent toute la colère que j'essaye de retenir, celle que j'éprouve contre elle mais aussi contre moi. Je suis envahie par tellement de ressentiments que mes ténèbres s'éveillent à nouveau s'abattant avec violence contre mon corps, exigeant leurs liberté. Je n'arrive pas à croire que je sois capable de les retenir. Jusqu'ici quand ils voulaient sortir, je les laissais faire. Je ne savais même pas que c'était possible sans me faire du mal.
L'Obscurité bouillonne en moi et pour la première fois depuis très longtemps, je ne trouve pas cela effrayant.
Lentement, les ténèbres parviennent à trouver un chemin jusqu'à l'extérieur. Ils serpentent entre mes doigts, me caressent innocemment pour m'amadouer. Je pourrai tout lâcher, me libérer de ce poids énorme qui pèse sur mon cœur depuis des jours, des semaines, non… des mois entiers. J'étouffe et c'est comme si elles étaient la seule solution pour que je puisse de nouveau respirer.
Le regard émeraude de Lexa d'ordinaire si apaisant n'a aucun effet. Ma rancœur est en train de ruiner tout ce qui était encore un minimum stable entre nous. C'est pour cette raison que je voulais l'éviter. J'aurai aimé me calmer avant de l'affronter parce qu'à cet instant je crois… oui, je crois que je la déteste.
- Insupportable, je crache presque, je ne te permets pas de dire que ce que je te fais subir est insupportable. Cette empreinte, elle est à double sens et tu me fais souffrir depuis des mois avec ton ignorance. Alors excuse-moi mais là, maintenant, tout de suite, tu n'es pas ma priorité.
- Clarke…
- Non, je prononce difficilement en retenant de justesse les ténèbres dans mes mains, non, je dis plus doucement, pas maintenant.
Pour lui certifier que c'est sans appel, je romps le contact visuel pour me concentrer entièrement sur Raven. Je grimace en remarquant qu'elle semble aller de plus en plus mal. Je suis de plus en plus inquiète pour elle. J'ose un regard rapide vers Anya dont le calme n'a rien pour me rassurer. La dernière fois que quelqu'un a été blessé, elle s'est transformée et si Raven n'était pas intervenue, elle aurait pu tout décimer sur son passage. Et cette fois-là, ce n'était pas quelqu'un d'aussi important pour elle, même si Echo et Scarlet le sont. Elles sont juste bien moins vitales pour Anya que l'est la sorcière.
Est-ce qu'un contrecoup nous attend ? Est-il possible que l'état de santé de Raven ricoche sur elle ? Ou alors Anya ressent quelque chose qui l'apaise ?
Les portes de la salle d'opération s'ouvrent en grand laissant passer un lit sur lequel Melina se trouve. Je me redresse, scanne rapidement les écrans et soupire, soulagée quand je remarque qu'elle est stable. Je m'approche une fois que ma mère a fini de l'installer. Je sais que je n'en ai pas besoin que je vérifie après elle en lisant la fiche de soin que tout est bien en place.
- Elle va s'en sortir, m'indique ma mère, cette emmerdeuse est une sacrée coriace. Je vais m'occuper de Raven, poursuit-elle en embrassant mon front. N'en fais pas trop Clarke, toi aussi tu es blessée.
- Hum…
- Hey, ma mère prend mon visage en coupe pour plonger ses yeux dans les miens, tu n'as plus à t'en faire pour Melina, elle va vivre.
- Et pourtant, je reconnais la voix d'Emily, je me suis acharnée à vous dire que mourir n'est pas un problème pour nous. Je n'arrive toujours pas à croire que vous m'ayez convaincu de vous donner mon sang.
- C'était une urgence médicale.
- Il s'agit de ta sœur, je me tourne vers elle en la menaçant, tu l'aurais laissé mourir ?
- Nous ne pouvons pas mourir, c'est autre chose qui nous arrive et c'est moins, elle semble chercher le bon mot, définitif.
- Oui mais, cette fois c'est la voix faible de Raven qui lui répond, elle aurait fait un aller simple aux Enfers, vers votre père.
- Raven, souffle Anya, s'il te plaît, ne parle pas. Tu es trop faible.
- Attendez, Emily fronce les sourcils et semble réfléchir à toute vitesse, vous voulez dire que depuis ce jour-là, elle n'est vraiment jamais retournée aux Enfers ?
- D'après ce que Melina nous a dit, jamais, je confirme.
- Mais c'est impossible.
- Nous n'aimons pas trop ce mot ici, sourit tristement Anya alors que ma mère éloigne Raven pour l'emmener dans la salle d'opération, rien ne reste bien longtemps impossible, poursuit-elle en se mettant légèrement sur la pointe des pieds pour continuer de suivre l'avancée de sa sorcière, et même si ça l'est vraiment quelque chose ou quelqu'un finit par le contourner ou le briser. Conclusion : tout est toujours possible. Il suffit d'être assez large d'esprit et inventif.
- Non mais là, c'est vraiment impossible. Je me suis libérée de l'emprise de mon père il y a un peu plus de deux cents ans et j'ai été obligé d'y retourner six fois pour ne pas devenir complètement folle. La dernière fois, j'ai même demandé à Guilhem de me tuer pour arrêter la douleur. Il m'a fallu trois semaines pour revenir. Qu'importe à quel point c'était difficile parce qu'il est hors de question que je redevienne la marionnette de mon père.
- Et bien, c'est la première fois que j'entends Lexa depuis mon pétage de câble, peut-être que Melina a trouvé un moyen de contourner les Enfers.
- On ne contourne pas les Enfers quand on meurt, c'est direct la case Enfers, il n'y a pas d'échappatoire.
- Qu'est-ce que tu fais des limbes ?
Emily reste bouche bée à la question d'Anya qui traîne une chaise derrière elle pour s'installer en face de moi. Je me sens obligée de la fixer alors qu'elle détaille avec un peu trop d'intensité mon visage. Je peine à déglutir avant de faire gonfler mes joues d'air, nerveuse.
- Qu'est-ce qu'il y a, je demande incertaine, j'ai fait quelque chose de mal ?
- Cette plaie, elle montre mon front, a besoin d'être recousue. Tu permets ?
- Euh… Anya, je…
- J'ai besoin de m'occuper alors je te serai très reconnaissante de me laisser te soigner.
- Je ne veux pas être…
- Tu me rendrais service, me coupe-t-elle.
- Bon… d'accord.
Si Anya était dans son état normal, j'aurais été certaine qu'elle serait en train de me manipuler. Seulement, il y a des choses qui ne trompe pas et je vois parfaitement la détresse dans ses yeux. Je sais qu'elle dit la vérité en affirmant qu'elle a besoin de s'occuper. Je sens que si elle reste passive plus longtemps quelque chose de mal pourrait arriver alors je la laisse faire.
Qu'importe à quel point je me sens encore coupable, si Anya se sent mieux en m'aidant, je ne peux pas lui refuser. Ce qui m'étonne le plus, c'est l'étonnement qui provient de Lexa. Elle est véritablement surprise par le comportement de sa sœur de cœur, c'est de cette manière que je sais qu'elles ne se sont pas concertées avant. Ce n'est pas une demande de Lexa, Anya agit de son propre chef. Je ne m'offusque donc pas quand je sens Lexa être profondément soulagée quand je me laisse enfin soigner.
En quelques minutes, je me retrouve bandée presque de la tête aux pieds. Je suis surprise que le travail d'Anya soit aussi appliqué. J'ignorais qu'elle savait prodiguer des soins. Je me demande pour quelle raison je ne l'ai jamais vu aider à l'infirmerie.
- Tu veux quelque chose pour la douleur ? Ton bras, elle s'arrête, se tourne vers Lexa en s'humectant les lèvres avant de laisser de nouveau ses yeux tomber sur mon membre, c'est vraiment moche.
- Ça va aller.
- Tu en es certaine parce que…
- Oui Anya, je la coupe, j'en suis certaine.
- D'accord.
Anya s'éloigne assez pour que son dos retrouve le dossier de la chaise, ses doigts tapotent nerveusement ses genoux. Elle jette des coups d'œil nerveux vers la salle d'opération en se mordant la lèvre inférieure. Elle passe une main dans ses cheveux, les attachent dans un chignon décousue avant de les relâcher et de recommencer.
Mince, je ne l'ai jamais vu se mettre dans cet état.
Je sursaute en voyant une main agripper son épaule. J'étais tellement concentrée sur elle que je n'ai pas vu Lexa s'approcher. Anya se tourne assez pour accorder son attention à sa sœur qui lui sourit avec un certain recule et je crois déceler une sorte d'hésitation. Les doigts de Lexa se resserrent un peu plus quand elle propose :
- Tu devrais peut-être prendre l'air.
- Je vais bien, répond Anya alors que sa jambe gauche tressaute.
- Okay, Lexa sourit plus sincèrement, je vais prendre l'air et m'assurer que tout va bien.
- N'entre pas dans la maison seule, je n'ai pas confiance en eux.
- Je vais juste m'assurer qu'ils ont obéis et ne sont pas sortis.
- D'accord, préviens-moi si… préviens-moi.
- Je peux gérer et crois-moi, ses yeux reviennent sur moi, ils me dévorent tout entière, il y a bien longtemps que Lexa ne m'a pas regardé de la sorte, mieux vaut ne pas m'énerver aujourd'hui. Fais-moi appeler dès que tu as des nouvelles, d'accord ?
- Hum…
- Anya, j'entends toute l'inquiétude dans la prononciation de son prénom.
- Ça va aller, je sens qu'elle est déjà plus stable depuis un moment.
- Non mais attendez, je prononce en réfléchissant à toute vitesse. De quelle maison vous parler ? En qui tu n'as pas confiance Anya ?
- C'est vraiment une sale journée, soupire-t-elle en se penchant assez pour faire basculer la chaise sur deux de ses pieds, une sale journée.
- Les voyageurs sont revenus, m'annonce Lexa son regard toujours visser sur moi. Nous avons à peine eu le temps de leurs parler avant qu'on… vous sente revenir, blessées. Alors nous les avons enfermés dans leur maison avec ordre de ne pas bouger.
- Les voyageurs, c'est Emily j'avais complètement oublié sa présence, elle sait être très silencieuse quand elle le souhaite devenant presque invisible, c'est assez flippant, vous voulez dire que Bastian est de retour ?
- Faut-il que je te rappelle la seule règle qui t'incombe tant que tu vis sur cette île ?
- Pas la peine Lexa, la haine dans sa voix me fait frissonner, pas de meurtre, de tuerie ou quoi que ce soit qui impliquerait une personne décédée avec moi comme coupable.
- Alors oublie Bastian.
- Tu n'as rien dit sur la torture, son sourire fait froid dans le dos. J'ai des comptes à régler avec cette enflure !
- Tu feras la queue, le calme d'Anya est encore plus flippant que les ressentiments d'Emily, comme tout le monde.
- Je le déteste depuis plus longtemps que n'importe qui d'autre dans cette pièce.
- Non, c'est faux, cette fois c'est moi qui interviens, la personne qui le déteste le plus et depuis le plus longtemps, c'est Melina. Et si elle a réussi à se contenir toutes ces années, je suis certaine que tu y arriveras aussi.
- Vous savez quel est son problème, elle pointe sa sœur du doigts. Elle est beaucoup trop gentille !
- Je ne vois pas en quoi c'est un problème, déclare Anya en se levant. Je pense qu'il n'y a pas assez de personne comme Melina.
- Les gens comme ma sœur se font bouffer. Elles souffrent inutilement et à la fin leurs cœurs ne ressemblent plus à rien ce sont de foutus lambeaux que personne ne peut recoller ! Il est inutile, stupide et douloureux de souffrir ainsi.
- N'empêche, sourit Anya en se penchant un peu trop vers le visage de Melina, que si ta sœur n'était pas exactement comme tu viens de la décrire, tu ne serais pas ici aujourd'hui.
Anya conclut sa phrase avec un geste que je ne parviens pas à arrêter malgré ma proximité. Elle dépose la paume de sa main sur le front de Melina. Je hurle pour l'arrêter mais il est trop tard, elle la touche déjà.
- Anya, j'explose, retire ta main tout de suite !
- Elle est fiévreuse…
- Anya, la sermonne plus vigoureusement Lexa.
- Quelque chose ne va pas…
- Bordel Anya, si tu ne retires pas ta main tout de suite, je te l'arrache !
- Okay, elle s'exécute.
Sa main est brandie devant nous et je mets un certain temps à constater qu'il n'y a aucun dommage. Comment c'est possible ? La peau d'Anya n'est en rien gangrénée par la mort et pourtant elle a eu un contact plus que prolongé avec celle de Melina. Sa main devrait être en train de se désagrégée mais il ne se passe rien. Pourquoi ?
- Tu es devenue complètement folle, continue de crier Lexa. Tu veux te tuer ? Si Raven t'avait vu elle t'aurait arraché le bras sans le moindre avertissement. Attends… pourquoi Melina se met à briller ?
- D'habitude, je reprends effrayée, quand ses mains font ça c'est qu'elle va disparaître, non ?
- Melina ne va pas disparaître.
Mon regard et celui de Lexa dévie immédiatement sur Anya qui est toujours aussi calme. Sa main gauche est coincée dans l'autre et masser par son pouce comme si elle avait une crampe ou une douleur. Melina se débat comme lors d'un cauchemar, elle est en nage et murmure des mots incompréhensibles. Anya recule avant de pointer la perfusion de sang qui elle aussi reluit d'une étrange manière.
- Je crois que son corps a du mal à assimiler le sang d'Emily.
- C'est insensé, répond Lexa, elles sont de la même espèce et sœurs.
- Si Raven devait recevoir le sang d'une autre sorcière, il y aurait des problèmes. Clarke, coupe la perfusion.
- Ma mère pense que Melina a besoin de sang.
- Sauf que ce sang est en train de l'empoisonner, coupe la perfusion.
- Mais…
Anya se précipite pour exercer une pression sur le tube de la perfusion. L'écoulement s'arrête brusquement. Je m'apprête à lui ordonner d'arrêter immédiatement mais l'absence de gémissements de Melina l'emporte sur ma curiosité. Tout est redevenu à la normal, la faucheuse ne paraît plus souffrir et ses mains ne génèrent plus de lumière.
- C'est complètement insensé, constate Emily bouche bée.
- Je pense que quand Melina s'est sacrifiée ce jour-là, elle est vraiment morte et quand elle est revenue c'est pour devenir autre chose. Vous n'êtes plus pareilles désormais, conclu Anya en se tournant vers la sœur de Melina.
- À quoi tu as vu qu'il y avait un problème ? Je demande en lui retirant la perfusion.
- Quelque chose a changé dans les battements de son cœur.
- N'empêche, Lexa est en colère, tu n'aurais pas dû la toucher, c'était inutilement dangereux.
- Instinct primitif de protection, Anya hoche les épaules.
- Elle ne fait pas partie de ta meute, grogne Lexa, si tu avais fait ça avec un membre de ta meute, je n'aurais rien dit mais là c'est…
- Je suis désolée. Désolée Lexa, vraiment.
Il y a quelque chose d'étrange dans sa façon de s'excuser. Concrètement, c'est comme s'il y avait un sous-entendu et qu'elle voulait nous faire comprendre que même si c'était terriblement dangereux, elle n'aurait pas agi autrement dans une autre situation. Lexa s'avance un peu plus pour saisir violemment la main d'Anya et l'analyser sur toute les coutures. J'ai rarement vu Lexa aussi attentive c'est comme si elle connaissait par cœur chaque ligne, petite cicatrice et parcelle de peau qui compose la paume d'Anya. Elle la retourne pour observer le dos de la main avec la même attention avant de froncer les sourcils.
Lexa relève les yeux, elle fixe Anya d'une étrange manière. Je suis subjuguée par cet échange silencieux. Elles se connaissent si bien qu'elles n'ont pas besoin de parler. Je n'ai aucun doute sur le fait qu'à ce moment, elles sont au beau milieu d'un règlement de compte. Je crois que d'une certaine manière, je suis un peu jalouse de cette relation.
Après tout, Lexa n'a jamais repoussé Anya, pas une seule fois alors que moi, je suis obligée de me battre quotidiennement pour qu'elle m'accorde un peu d'attention. Je ne comprends pas. Je sais qu'elle m'aime. Je le ressens. Je le vois. Alors pourquoi elle nous impose cette distance douloureuse ? Pourquoi ?
- Combien de fois, les mots semblent exploser de la mâchoire serrée de Lexa, combien de fois exactement ?
Pas de réponse. Rien de plus qu'un silence écrasant et angoissant.
- Anya, le ton tranchant me fait frissonner, quand j'ai dit qu'il fallait éviter de m'énerver aujourd'hui, j'étais très sérieuse.
Toujours aucune réponse de la part d'Anya mais peut-être une sorte de provocation. Elle sourit, je dirai qu'elle est amusée. Elle fait glisser sa main loin de celle de Lexa. Elle a ce genre de regard que peu de personne peut avoir en la présence de l'alpha des Trikru, de Heda. Un regard qui dit simplement : je n'ai pas peur de toi.
- Anya !
- Ce n'est ni le lieu, ni le moment.
Ce calme qui habite les mots et l'attitude d'Anya en impose presque plus que la colère de Lexa. Je ne les ai jamais vu s'affronter et j'espère que je n'aurai jamais à assister à une véritable querelle entre elles. Pourtant, je n'ai pas souvenir d'avoir ressenti une telle tension entre elles. Je ne comprends pas. J'étais persuadée qu'elles se parlaient d'absolument tout. Est-ce que je me serais trompée ?
J'ai du mal à imaginer qu'il puisse y avoir des secrets entre elles.
- Et dire que tu me reprochais d'être…
- Je te déconseille, Anya coupe la parole à Lexa, de finir cette phrase.
- Je peux savoir en quoi c'est différent ?
- Je ne joue pas avec ma vie, encore moins avec celle de Raven et je ne serai jamais à l'origine de quelque chose qui puisse nous détruire.
Anya parle de notre empreinte, de moi, de notre lien. Je ressens une violente nausée alors que je comprends ces mots au ralentit comme un brutal contre coup dans l'estomac. Comment Lexa peut-elle nous détruire ? Cette question aurait dû être celle que je me pose en première surtout dans l'état émotionnel dans lequel je me trouve depuis des mois maintenant. Pourtant il n'y en a qu'une seule qui s'impose.
Une qui me terrifie. Une qui me brûle les lèvres. Une qui va me faire valser mes résolutions. Une qui va m'empêcher de garder le silence plus longtemps. Une qui va me faire adresser la parole à Lexa.
- En quoi est-ce que tu joues avec ta vie ?
- Pas maintenant, me répond-elle sans même se tourner vers moi.
- Apparemment ce n'est jamais le bon moment mais j'en ai assez d'attendre, je réponds aussitôt avant de perdre le courage d'intervenir. Je veux savoir Lexa, maintenant.
- Ah parce que toi tu ne joues pas avec ta vie en refusant les soins, s'agace-t-elle.
- Ce n'est pas pareil, j'explose alors que la voix calme d'Anya se mélange à la mienne.
- Je crois qu'une discussion t'attend, sourit Anya.
- Parce que tu penses que je vais oublier ce que je viens de voir ?
- Aucune chance, non. Mais tu dois parler avec Clarke, c'est urgent.
- Je vais gérer ça comme je le souhaite.
- Hum-hum…
- Tu n'as pas d'ordre à me donner !
- Non, en effet, Anya continue d'agiter sa main certainement pour la soulager, juste un ultimatum que je viens d'avancer étant donné la, elle me regarde, situation.
- Je t'interdis de…
- Disons avant demain, s'amuse la sœur de Lexa.
En moins d'une fraction de seconde, le loup de Lexa emerge. Il est prêt à sortir. Je l'ai rarement vu à ce point hors de lui, encore moins prêt à s'en prendre à Anya. Pourtant, il est bien là, imposant et particulièrement violent. Je sens que Lexa a dû mal à le contenir et qu'elle est même tentée de le laisser sortir. À mes yeux cette situation n'a aucun sens, jamais Lexa ne s'en prendrait volontairement à sa sœur.
Et pourtant…
- Lexa, j'essaye d'intervenir paniquer.
- Reste en dehors de ça.
- Tu as raison, rit Anya tristement, éloigne-la encore. Continue.
- Euh… Anya, je crois qu'il faut que tu arrêtes de l'énerver.
- Vraiment ? Moi qui commençais à peine à la titiller, je sens que son calme agace de plus en plus Lexa. Je pourrai continuer toute la journée. En plus, je suis assez… instable donc je pourrai dire n'importe quoi sans m'en rendre compte.
Les poings de Lexa se resserrent alors que ses yeux émeraudes disparaissent derrière ceux de son loup. Elle exerce une telle pression de ses doigts que tout son corps en tremble. Je grimace en sentant l'intensité de sa force dans ma propre paume, mélangée avec mes propres douleurs. C'est insupportable. Des lumières vives, célestes apparaissent devant mon regard faisant disparaître tout le reste. Je trébuche dans un vacarme qui m'étourdit encore plus mais qui n'attire pas l'attention de Lexa. J'use alors de mes dernières forces avant que je ne m'effondre pour fondre sur elle.
Je me faufile entre Anya et Lexa, d'instinct la blonde recule légèrement mais l'idiote qui me fait tant souffrir en ce moment campe sur sa position. À cet instant, je ne me contrôle pas entièrement. Je suis l'esclave des maux de mon corps et plus important encore de ceux de mon cœur. Je pousse Lexa assez fort pour qu'elle recule, en vérité même assez pour qu'elle trébuche et ne se stabilise qu'après que son dos ait violemment percuter le mur.
- Ça suffit !
Je suis la première surprise par l'intonation de ma voix. J'ai la même que lorsque Lexa s'adresse à des membres réfractaires de sa meute. J'en impose. Je ne m'en savais pas capable, pas avec elle. Je parviens même à faire disparaître son loup qui est complètement effacé par son étonnement.
- J'en ai assez de toute cette colère. Que tu sois sur les nerfs à cause des problèmes de la meute, je peux comprendre. Je me suis habituée à ta morosité, même quand nous sommes que toutes les deux. Je sens qu'un truc cloche, qu'il y a quelque chose qui te tracasse. Je n'en peux plus ! Je suis fatiguée Lexa, mais j'arrive à gérer parce que j'ai conscience que tu as beaucoup de responsabilités. Mais il y a des limites à ce que je peux te laisser faire. Et, t'en prendre à Anya c'est hors limite ! Très largement, je conclu à bout de souffle.
- Je…
- C'est insupportable, je lui donne le coup de grâce.
- Clarke, écoute je…
- Pourquoi ? Pourquoi tu m'éloignes ? Pourquoi tu agis comme si tu étais seule au monde ? Pourquoi tu ne me laisses pas t'aider ? Pourquoi, je sens les larmes dégringoler, tu me laisses imaginer à quoi pourrait ressembler ma vie sans toi ? Pourquoi notre lien disparaît pendant quelques secondes sans prévenir en me faisant un mal de chien, me faisant perdre tous mes moyens, jusqu'à la motricité de mon propre corps ? Pourquoi tu me fais vivre un tel supplice ? Pourquoi Melina et Raven ont dû prendre à ma place un sort qui m'aurait certainement tué ? Pourquoi Lexa ?
Je savais que mes interrogations allaient avoir de l'impact. Je ne pensais seulement pas que ce serait à ce point. Lexa est complètement interdite. Je ressens sans mal sa torpeur et ses nombreuses incertitudes. Emily lâche un long soupire avant de sortir de l'infirmerie. Anya déplace le lit de Melina dans la seconde salle avant de fermer la porte. Je tente un regard vers cette dernière, surprise de ne pas la voir revenir. Quand mes yeux reviennent sur Lexa, sa tête est assez penchée en arrière pour s'appuyer contre le mur, ses paupières sont fermées et ses lèvres plissées. Elle souffre, bien plus que j'aurai pu l'imaginer.
Je ressens comme un électrochoc en réalisant que ce sentiment de grande détresse n'est pas celui de Lexa mais le mien. D'une manière ou d'une autre, Lexa bridait notre empreinte et elle vient de la libérer entièrement. Mes émotions ricochent entre nous, elles font mal bien plus maintenant que je le ressens à travers notre lien. J'essayais de le cacher mais je n'ai jamais rien vécu d'aussi douloureux que de sentir Lexa s'éloigner. La retrouver est tellement salvateur que j'en ai peur. Je m'interroge en me demandant ce qui va arriver quand elle décidera à nouveau de s'éloigner.
- Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ? Je ne peux m'empêcher de demander. J'ai besoin de savoir Lexa.
La seule réponse que j'obtiens, ce sont des sanglots. J'écarquille les yeux même après tout ce temps, je n'ai vraiment pas l'habitude de voir Lexa pleurer. Elle est tellement forte, insubmersible qu'elle ne laisse personne la voir faible, pas même moi ou très rarement. Elle se laisse glisser contre le mur, les doigts accrochés à son haut l'arrachant presque au niveau de son cœur jusqu'à être accroupie. Ses pleures redoublent et je me retrouve paralysée.
Je n'ai pas la moindre idée de ce que je peux faire ou dire. Je suis toujours terriblement en colère contre elle pourtant la voir dans cet état me dévaste. Je ne veux pas qu'elle souffre. J'aimerai la protéger, encore plus si ce sont mes peines qui la submergent de la sorte.
- Lexa, je souffle en m'abaissant pour être à sa hauteur.
- Ce n'est pas toi, sanglote-t-elle, depuis le début, c'est moi. Je suis, elle passe ses mains dans ses cheveux, tellement, tellement, tellement désolée. J'ignorais… je ne me rendais pas compte à quel point c'était difficile pour toi. Je, sa main droite passe sur ses lèvres, agrippe sa mâchoire, ses yeux retrouve les miens et pour la première fois depuis terriblement longtemps je me sens vue, pardonne-moi.
- Il y avait très longtemps que tu ne m'avais pas vraiment regardé, je ne peux m'empêcher de sourire.
- Je suis mortifiée et je n'oserai peut-être plus jamais le faire, me répond-elle en détournant les yeux. J'avais conscience du mal que je m'imposais mais jamais je n'aurai cru qu'il… je ne pensais pas que ça allait t'atteindre à ce point.
- Plus jamais, je refuse en saisissant son visage pour l'inciter à me regarder de nouveau, ne t'avise plus jamais de ne plus me regarder. C'est trop douloureux.
- Je voulais te protéger, sa voix tremble. Je n'aurai pas pu plus échouer. Je suis désolée, s'excuse-t-elle à nouveau en fermant les paupières alors que de nouvelle larmes s'en échappent.
- Tu n'as pas besoin de toujours me protéger. Je suis forte moi aussi.
- Clarke…
- Peut-être pas autant que toi et dans des proportions différentes mais je le suis, je souris de nouveau, en grande partie grâce à toi.
- Clarke…
- D'accord, un truc que je ne t'ai jamais dit. Après la mort de mon père, j'aurai dû sombrer dans les ténèbres, me perdre définitivement et ne jamais revenir.
- Tu as sombré.
- Pas définitivement et encore moins à jamais. Les semi-démons ont besoin d'un réceptacle, mon corps à moitié humain n'a pas la capacité de contenir toute cette Obscurité et le comble de l'ironie c'est que la partie démon en génère beaucoup trop, c'est un dysfonctionnement dû au métissage. Si les semi-démons sont à ce point puissants et dangereux c'est qu'une fois le réceptacle détruit, il n'y a plus rien pour les raccrocher à la raison. Il ne reste plus que la destruction. Le rôle du réceptacle est très important, c'est un engagement, une responsabilité parce que sans lui, le semi-démon n'a pas d'avenir, ce n'est plus qu'une machine à tuer, un monstre.
- Ton réceptacle c'était…
- … mon père, oui.
- Je suis devenue ton réceptacle ?
- Non. Il ne peut y avoir qu'un seul réceptacle. Maintenant, il n'y a que moi, je fais glisser ma main droite loin de sa joue pour faire apparaître sous les yeux de Lexa l'Obscurité, les ténèbres et toi. Je suis forte Lexa.
- Mais si tu as trop de ténèbres et que ton corps ne peut pas les supporter, comment tu fais ?
- Exactement comme toi quand tu ne peux plus garder ton loup enfermé dans ton corps, je les laisse sortir. De préférence sur des personnes que je n'aime pas des masses ou des méchants, je viens essuyer les larmes de Lexa, j'adore les balancer sur les méchants. Moi aussi, je baisse les yeux, j'ai peur de perdre le contrôle et de te faire du mal par accident.
- Comment tu… Anya t'a parlé, s'agace-t-elle.
- Non. J'ai fini par deviner. Tu voulais me protéger, hein ? De quoi à part toi ? L'éloignement… c'était toi. Tu avais peur de me faire du mal mais par rapport à quoi ?
Lexa secoue la tête de gauche à droite comme pour se battre contre une idée qui la fait souffrir. Ses yeux m'évitent pendant de longues seconde avant de s'ancrer dans les miens. Ses mains viennent prendre les miennes sur ses joues. Elles me serrent fort mais avec une tendresse infinie. Lexa se rapproche lentement, mon cœur bondit dans ma poitrine.
Est-ce qu'elle va m'embrasser ? Je ne suis plus certaine de me souvenir quel goût ont ses lèvres. Je meurs d'envie de les retrouver.
C'est dans ses yeux que le changement m'alerte. Ses iris émeraudes se voilent derrière une noirceur inconnue. Je me demande comment elle a pu masquer une telle part d'elle aussi longtemps. Au-delà de cet éclat qui habite son regard, son désir pour moi me percute comme un train à grande vitesse. Mon estomac se noue d'appréhension alors que ma peau paraît s'embrasser, malgré moi je suis obligée de resserrer un peu mes jambes pour ne pas me laisser consumer tout entière par les envies toutes sauf chaste de Lexa.
Je ressens parfaitement la dualité entre les deux parts de Lexa. Le loup veut me posséder d'une façon très bestiale, je dirai presque effrayante. L'humaine veut m'aimer sans aucune retenue, de la plus belle manière qui soit.
- Mais tu n'as jamais, je souffle, fait un geste vers moi.
- Je sais.
- Lexa…
- Je ne veux pas te faire de mal.
- Comment tu pourrais ? J'en ai tout autant envie que toi. Je pensais que tu ne le voulais pas.
- Clarke, je suis un loup, une alpha de surcroît.
- Et moi un semi-démon, je ne vois pas le rapport.
- Nous n'en avons jamais parlé mais tu es… tu n'as jamais…
- Oui, c'est vrai. Il faut dire qu'entre le fait que j'avais 17 ans, la surprotection de mes parents et l'isolement je n'ai pas vraiment eut l'occasion de sauter sur le premier venu pour perdre ma virginité, j'ironise.
- Ce n'est pas drôle Clarke. C'est important. Parce que moi, je suis loin de l'être. Il peut m'arriver d'être habitée par des pulsions, des envies qui ne sont pas les miennes, son désir. Tu comprends ? Il pourrait prendre le contrôle, te mordre pour te marquer, chercher la domination par tous les moyens, te faire sienne dans des proportions qui ne me conviennent pas.
- Et, je souffle en m'approchant de plus en plus de ses lèvres tentatrices, qu'est-ce qui peut bien te faire croire que je le laisserai faire ?
J'ai à peine le temps de finir mon interrogation que le regard de Lexa s'assombrit encore. Je n'ose plus rien dire ou faire. J'ai oublié tout mes ressentiments, la douleur. Il n'y a qu'une chose que je veux, c'est qu'elle m'embrasse, qu'elle me ramène vers elle, qu'elle me prenne dans ses bras et me rappelle à quel point elle m'aime. Je sais que j'ai pu douter pourtant ce que je ressens à cet instant, ce que révèle notre lien que je pensais briser. Il y a de l'amour, bien plus que ce que ce dont je me souviens.
Lexa nous détruisait par amour…
- Ne me laisse plus jamais croire que je ne suis pas importante, je murmure alors qu'elle s'approche encore en pleurant.
- Que je sois damnée si j'ose encore une seule seconde te le faire croire, elle conclut en scellant ses lèvres aux miennes.
J'implose en un festival de sensations uniques. Les mains de Lexa quittent les miennes, elles glissent sur mes bras, effleurant à peine celui qui est blessé faisant naître un feu d'artifice sous ses doigts. J'appréhende la suite avec impatience. Ses lèvres quittent les miennes, mon premier réflexe est de chercher de l'air mais je suis incapable de trouver un nouveau souffle alors qu'elle commence à embrasser ma mâchoire, puis mon cou, avant de s'égarer sur mes clavicules, mes épaules, toutes les parcelles de peau auxquelles Lexa a accès deviennent siennes.
Sans que je ne comprenne comment, ses doigts viennent soulever mon haut pour se faufiler sur mon abdomen remontant dangereusement vers ma poitrine. Je peine vraiment à respirer. Je me perds entièrement sous les gestes de Lexa. Pourtant avant de perdre totalement la raison, j'arrête l'avancée de sa main. En une fraction de seconde, Lexa s'éloigne horrifiée, elle m'observe rapidement avant de demander :
- J'ai fait quelque chose de mal ?
- Non.
- Okay, un soupire de soulagement lui échappe. Je suis rassurée. Tu veux qu'on arrête ? Tu as mal ?
- Et tu avais peur de te faire consumer par ton loup, je souris. Je vais bien. J'en ai très envie. Je suis consentante à 1110% mais…
- J'arrête, elle s'éloigne en brandissant ses mains loin de moi.
- Je n'ai aucune envie que tu arrêtes, je ris, je me laisse porter par la sensation de bien-être, mais je tiens à te rappeler que nous sommes sur le lieu de travail de ma mère et qu'elle peut débarquer à tout moment.
- Oh… oh !
- Ouais, ça pourrait être gênant et j'aimerai vraiment m'assure que Raven va bien.
- Je comprends, elle m'attire vers elle jusqu'à ce que ma tête repose sur sa poitrine, son cœur bat si vite, nous avons le temps.
- Parle-moi Lexa.
- De quoi ?
- N'importe quoi, je ferme les yeux pour me faire bercer par son cœur, tu m'as manqué.
Alors Lexa se met à parler, de tout et de rien en caressant mes cheveux. Je ferme les yeux, grisée par la sensation d'enfin la retrouver. Il n'y a nulle part ailleurs où je me sente à ma place. Parfois, je l'entends encore s'excuser, elle vient m'embrasser les lèvres ou le front mais elle n'arrête jamais bien longtemps de me parler et je n'ai jamais rien connu d'aussi rassurant.
Je me laisse bercer par sa voix, mes ténèbres ne ressemblent plus à une tornade, ma colère s'apaise. Il n'y a plus que l'inquiétude pour l'état de santé de Raven, tout le reste à été éradiqué par l'amour.
Finalement il restait assez de lumière autour de moi pour chasser l'Obscurité. J'avais peur que la seule étincelle qui ait vraiment de l'importance ait entièrement disparu mais elle c'était simplement mit en retrait pour se transformer en nova. Lexa est tout ce qui me rattache à la vie, sans elle… sans elle je n'ai aucune raison de contrôler mes ténèbres.
Je peux m'effacer, disparaître…
Je deviens un monstre.
Je suis complètement vidée, sans vie.
Je me retrouve dépourvue de lumière.
Je m'évanouie dans l'Obscurité qui devait diriger toute ma vie.
J'oublie l'amour.
Mais je me raccroche à une idée, une idée toute simple. Lexa m'a promis de ne pas me laisser sombrer. Elle m'a donné sa parole et je la crois.
Voilà pour ce nouveau chapitre. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plus ! J'ai hâte de savoir ce que vous avez pensé de ce chapitre. Ce POV a été particulièrement difficile à écrire, me mettre dans la tête de Clarke dans des moments si éprouvants n'était pas une promenade de santé. Elle était blessée, délaissée et perdue. Lexa a bien failli la perdre, définitivement. Pour ce qui en est de Melina et Raven, elles sont encore en sursis mais devrait s'en sortir. Vous avez des attentes pour la suite ? Des idées ?
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
Durant le confinement, je me suis constituée un programme d'écriture qui devrait me permettre de vous publier 1 ou 2 chapitres de "When I See You Tomorrow" par semaines. En parallèle, je continue de publier NMRP tous les vendredi et 2 ou 3 chapitres de "Les amis ne s'embrasse pas sous la neige" par semaine. Prenez soin de vous !
En espérant vous retrouvez pour le prochain chapitre !
GeekGirlG
