Salut à tous ! :)

Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !

Quelque mot sur ce chapitre : ... qu'est-ce que je peux dire ? Accrochez-vous bien parce qu'il réserve quelque BOUM et la fin... la fin !

Les personnages de la série The 100 ne m'appartient pas, seule l'histoire est à moi.

Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)


Ne me regarde pas

Partie n° 3 : Première à mourir

You are the heart that beats inside of me Tu es le cœur qui bat en moi

You are the words I long to find Tu es les mots que je peine à trouver

You are the peace that gives me easy sleep Tu es la paix qui me permet de m'endormir facilement

You are the reason I don't mind Tu es la raison pour laquelle je ne m'inquiète pas

Waking up to another day Je me réveille un autre jour

Facing monsters Je me bats contre des monstres que je ne peux pas tuer

I cannot slay Playing the hero who can't feel pain Je joue l'héroïne qui ne peut pas ressentir la tristesse

When I'm in the desert, you are the rain Quand je suis dans le désert, tu es la pluie

You are the future that's worth fighting for Tu es le futur pour lequel je me bats

You are the song I long to write Tu es la chanson que j'ai mis du temps à écrire

You are the truth that keeps me wanting more Tu es la vérité qui me donne envie de me surpasser

You changed my heart, you changed my mind Tu as changé mon cœur, tu as changé mon cœur

I'm waking up to another day Je me réveille un autre jour

Facing monsters Je me bats contre des monstres que je ne peux pas tuer

I cannot slay Playing the hero who can't feel pain Je joue l'héroïne qui ne peut pas ressentir la tristesse

When I'm in the desert, you are the rain Quand je suis dans le désert, tu es la pluie

You are the rain Tu es la pluie

You are the rain Tu es la pluie

You are the rain Tu es la pluie

You are the rain Tu es la pluie

The Strange Familiar - Rain

Chapitre 48 : Imagine

Il existe un point de non-retour.

Cette fois, elle l'avait franchi.


Je suis assise au bord du lit médicalisé et je n'ose pas encore me lever. Je ne suis pas encore certaine que mes jambes vont parvenir à me porter. Il y a bien longtemps que je ne me suis pas sentie aussi faible. Cette fois, ce n'est pas passé loin. Je grogne en recevant un sweat noir à capuche en plein visage. Le rire d'Anya me fait soupirer. Elle m'ordonne de me dépêcher à m'habiller. Je m'exécute non sans quelques grimaces, mon corps est encore endolori.

Je finis par me lever en gardant appuie sur le matelas. Un nouveau soupire m'échappe. Je suis, soit encore un peu étourdie, soit le sol penche un peu trop sur la gauche et il faut intenter un procès contre celui ou celle qui a construit cet endroit. Je fais un premier pas quelque peu bancale quand une écharpe tombe à mes pieds. Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à me lancer des vêtements ? De toute façon, je ne me baisserai pas pour l'attraper. Je sais que si je le fais, jamais je n'arriverai à me relever. Les excuses de Lexa me font plisser le nez. Elle se penche à ma place et me la tend comme une personne normale.

Je commence à enrouler le vêtement autour de mon cou quand je vois Clarke arriver avec mon manteau. Son sourire n'augure rien de bon. Je la vois élancer son bras pour balancer ce qu'elle a entre les mains vers moi. Sérieusement ? Au dernier moment, elle se ravise et fait même quelque pas en arrière.

- Quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Pourquoi je me fais tuer du regard ?

- Melina est grognon ce matin, sourit Raven en fixant les arceaux sur sa jambe, mais vous devez l'excuser : elle a très mal dormi. D'ailleurs, combien de temps encore je vais devoir dormir dans cette foutue infirmerie.

- Aussi longtemps que Abby le jugera nécessaire, lui répond Anya en l'embrassant sur le front.

- C'est ridicule ! Je vais très bien.

- L'énorme cicatrice sur ton abdomen ne joue pas en ta faveur, grimace Lexa.

- Il n'y a plus de danger, s'agace Raven, ça fait trois jours ! Je veux rentrer chez moi !

- Prends exemple sur Melina, suggère Anya, elle ne se plaint pas, elle.

- Seulement parce qu'elle se la joue muette ! Elle ne dit pas un mot, pas un ! Je suis à court de monologue, j'ai achevé toute les discussions de moi à moi que je pouvais avoir. Il faut que je sorte, voir le monde, je suis sûre qu'il a changé en mon absence.

- Ta sorcière est une Drama Queen Anya, rit Clarke. Tiens Melina, elle me tend mon manteau. Quoi que j'aie fait, je suis désolée. Tu es certaine que tu es prête ?

Non.

- Mais oui, elle l'est, répond à ma place Raven, respirer du vrai air va lui faire un bien fou, sortons d'ici, maintenant !

Anya s'approche et d'instinct, je me replie sur moi. Je déteste quand elle m'analyse de cette façon. Je suis toujours terriblement mal à l'aise. J'ai à peine le temps d'esquiver quand sa main s'approche, elle rit de ma réaction avant de secouer la tête en m'assurant :

- Je n'allais pas te toucher, seulement te donner ça, elle déplie mes lunettes avant de me les présenter.

Je reste méfiante et je n'ose pas récupérer la monture. Depuis quelques temps, Anya et Raven s'amuse à me rendre complètement folle en me touchant par surprise afin de me prouver que je ne suis pas une arme de destruction massive. Je dois bien en venir à la conclusion qu'elles n'ont pas complètement tort. Il n'empêche, qu'elles ont été blessées à plusieurs reprises, que c'est beaucoup trop dangereux et plus important encore : je ne suis pas d'accord !

Alors que je commence à considérer mes options pour récupérer mes lunettes sans prendre le risque d'effleurer Anya, je me prends une petite tape derrière la tête. J'écarquille les yeux au possible avant de fusiller le dos de Raven du regard.

- Et en voilà une pour la route, s'amuse-t-elle, et tous mes doigts sont intactes !

- Rae, soupire Anya.

- Quoi ? Je tiens à mes mains !

- Melina nous a demandé d'arrêter.

- Par demandé, tu veux dire : nous a balancé violemment un plateau encore rempli de nourriture hier midi ?

- Je continue de penser que vous êtes complètement folles, grogne Lexa.

- Jusque-là, sourit Anya en s'approchant furtivement pour glisser mes lunettes sur mon nez, rien de grave n'est arrivé. Je suis sûre qu'avec un peu d'entraînement tout va rentrer dans l'ordre.

- Rien de grave, s'agace l'alpha des Trikru, tu as vu l'état de tes mains ?

- De simples cicatrices inoffensives.

- Mince, souffle Raven, maintenant que j'y réfléchis je n'aurai peut-être pas dû utiliser ma main. Anya tu crois que je vais avoir mal ?

- Je suis la seule à trouver effarant que votre plus grande peur est d'avoir simplement un peu mal et pas de mourir ?

NON !

- Théoriquement nous sommes déjà à moitié morte, répond Anya en hochant les épaules. J'y ai beaucoup réfléchis avant d'en parler avec Raven. Nous avons demandé conseil à plusieurs personnes dont Jeda et ils sont presque tous persuadés que nous allons réussir.

- Presque, souligne Clarke, c'est un peu bancal comme garantie.

- Enfin quelqu'un qui a les idées claires à ce sujet, explose Lexa, merci Clarke !

- Toujours rien à signaler pour ma main, sourit Raven avant de faire un clin d'œil dans ma direction, je pense que nous progressons.

Mon nez se plisse et je l'assassine du regard, elle se contente de hocher les épaules avec une moue satisfaite. Je déteste cette idée ! Je l'ai détesté dès la première fois ! Sérieusement, je ne veux pas avoir cette responsabilité. Qui va-t-on accuser s'il arrive un malheur ? Et par malheur, j'espère sincèrement que ce ne sera rien de plus que de simples cicatrices inoffensives mais je pourrai aussi bien nécroser tout un bras ou pire les tuer purement et simplement.

Au début seule Anya me provoquait en me touchant et c'est un doux euphémisme que de dire qu'il y a eu des ratés de gros ratés ! J'ai arrêté de compter le nombre de fois où elle se tordait de douleur, le nombre de fois où elle a demandé à Raven de lui amputer le bras. Après tout, d'après elle ce n'est pas grave : un bras repousse en quelques heures pour un lycanthrope. De mon côté, j'étais terrifiée, à chaque fois. Durant toute la durée de ses guérisons, je priais pour que tout redevienne dans l'ordre. J'espérais que mon aptitude ne condamne pas son bras définitivement et qu'il ne l'empêche pas de se reformer normalement.

Et puis, sans la moindre explication, il y a quelques semaines, mon pouvoir a arrêté d'essayer de la tuer en gangrenant perfidement chaques centimètres de sa peau et la douleur est devenue supportable. Anya m'a d'abord expliquée que c'était comme si elle se brisait seulement un bras. Quelques jours plus tard, c'était une douleur lancinante et irradiante semblable à celle que l'on ressent en se cognant le petit orteil contre un meuble. Et comble de l'horreur, il y a deux semaines, elle s'est mit à ressentir de simples fourmillements alors Raven est entrée dans la danse.

Depuis ma vie est un véritable enfer parce que si Anya est du genre mesurer et à prendre un minimum en considération mes émotions, Raven est… mon pire cauchemar ! Merde, je pensais qu'elle tenait à ses mains et que personne ne devait les toucher au risque de les violer. Mais là, allons-y gaiement et risquons de les perdre à tout moment, c'est n'importe quoi !

- Nous devrions y aller, suggère Clarke, nous avons beaucoup à faire et au moins deux d'entre nous avons encore besoin de repos.

- Qui a besoin de repos, s'exclame Raven, je suis d'attaque !

- Melina, la voix douce d'Anya me pousse à la regarder, tu te sens prête ?

Non.

Je n'ai absolument pas envie d'affronter cette situation et encore moins dans cet état. Pourtant, j'acquiesce doucement en guise de réponse. Anya secoue la tête amusée. Je suis presque sûre qu'elle a deviné que ma réponse était négative. Nous avançons lentement jusqu'à notre point de rendez-vous en grande partie à cause de moi. Je me sens encore très faible contrairement à Raven qui paraît complètement remise. Par moment, c'est à se demander si Anya et elle, ne sont pas faites en kit. Sérieusement, elles ont des pièces de rechange quelque part ? Comment elles font pour se remettre de blessures aussi graves aussi vite ? C'est anormal même pour des êtres comme elles.

Je reste en retrait quand Clarke frappe joyeusement à la porte d'entrée de la maison dans laquelle je vis depuis que je suis arrivée du futur. J'ai encore du mal à croire que tout le monde est revenu. Aiden ouvre prudemment avant de sourire en prononçant un :

- Enfin.

-Je ne serai pas si content de nous voir à ta place, lui signale Clarke avec un sourire assez flippant.

- Réunis tous le monde dans le salon, demande Lexa en entrant sans y être invité, nous avons à vous parler.

- Clarke est blessée, s'étonne Aiden, je ne me souviens pas qu'elle l'ait été.

- Ce n'est pas le sujet, souligne Lexa. Je t'ai demandé quelque chose Aiden et je m'attends à ce que tu t'exécutes.

Aiden fronce les sourcils alors que je baisse les yeux m'attendant à ce qu'il refuse de se soumettre comme il le fait depuis un certain temps avec Lexa, il retourne vers les escaliers. Je m'approche d'Anya, nous échangeons un regard et je sais qu'elle comprend mon inquiétude en s'avançant assez pour protéger Lexa en cas d'embrouille. Aiden hurle pour rameuter tout le monde au rez-de-chaussée puis il se retourne. Son regard s'arrête sur moi et contre toute attente, il me sourit. C'est bizarre.

- Vous voulez quelque chose à manger ? Comme nous sommes enfermés depuis trois jours, la cuisine s'est transformée en vraie concours culinaire. Jamie fait de supers cupcakes !

Aiden est beaucoup trop calme. Il n'est plus autant en colère qu'avant leur départ pour le passé. Il semble apaisé. Il me regarde encore après que les filles aient refusées son offre de collation. Je n'en suis pas certaine, mais je crois qu'il attend une réponse de ma part. Depuis quand s'intéresse-t-il à moi ?

- Melina, prononce-t-il avec une certaine douceur, tu veux quelque chose ? Je crois que Madi a fait ce smoothie super insolite que tu aimes bien, après un silence un peu trop long de ma part il reprend clairement inquiet, Melina ?

- La petite tête, répond à ma place Raven en me donnant un petit coup de poing sur l'épaule, ne va rien prendre.

- Est-ce que tu viens de…

Aiden n'a pas le temps de finir sa phrase qu'une porte claque avant que des pas pressés ne dévalent les escaliers. Il soupire en se retournant. Je suis son regard pour découvrir Madi. Je n'ai pas besoin d'analyser plus la situation pour constater qu'elle est surexcitée. Elle est à trois marche d'arrivée sur le seuil quand elle saute avant de se réceptionner parfaitement bien, un sourire aux lèvres. J'ai l'étrange sensation qu'elle paraît encore plus jeune que d'habitude.

- Nous pouvons enfin sortir, demande-t-elle à Lexa, parce que je suis sur le point de, elle poursuit en souriant à tout le monde en faisant un signe de la main pour les saluées quand son regard s'arrête sur moi, de… Melina ? Tu es là, son sourire s'élargit encore plus. Je le savais ! Bastian n'est rien d'autre qu'un sombre idiot et il ne sait rien faire d'autre que de répandre du poison.

- Où sont les autres ? S'impatiente Lexa.

- Oh… je viens juste de réveiller Thomas et Jamie. Ils arrivent, juste le temps de passer des vêtements. Scarlet est, les yeux de Madi me scrutent d'une façon qui me mets mal à l'aise, elle ne se sent pas bien. Mais elle va venir, se presse-t-elle d'ajouter quand elle voit Lexa se tendre. Melina, elle s'approche de moi, son regard me scrute à des endroits qui me fait comprendre qu'elle sait, pire encore Madi a certainement vu ce qui s'est passé ce jour-là, je suis désolée.

À ces mots, j'éprouve une sensation étrange. Il y a énormément de non-dits au milieu de ces excuses. Et puis, un souvenir se rappelle à moi. J'entends les hurlements, les pleurs. Je vois Scarlet se débattre pour me rejoindre alors que le sort de Morgane fondait sur Bae et moi. Jusqu'à cet instant, j'étais incapable de dire qui était la personne qui retenait la rousse que je considérais déjà comme Éleusis. C'était Madi, depuis le début c'était elle.

- Je suis désolée, répète Madi en baissant les yeux.

- Mad's, Aiden saisit ses épaules pour l'obliger à s'éloigner avant de murmurer quelques mots à son oreille que je ne parviens pas à entendre.

- Le principal c'est qu'elle soit là, acquiesce Madi. Le reste peut attendre, confirme-t-elle sans me quitter des yeux.

Nous nous installons dans le salon où Lexa fait les cent pas, de plus en plus agacée de devoir attendre. Clarke essaye de la calmer dès qu'elle passe près d'elle mais pour le moment c'est un échec cuisant. Je me suis installée sur une chaise, le plus loin possible de Raven et Anya. Il est absolument hors de question qu'une d'elles me touche encore une fois. J'ai replié mes jambes et mes talons sont en équilibre sur l'assise. Je relève légèrement la tête quand Thomas et Jamie arrivent, eux aussi m'observent d'une étrange façon avant de s'asseoir à côté d'Aiden sur le canapé.

Madi revient de la cuisine avec un grand verre de jus de fruit avec sur, ses talons, Bastian qui paraît encore plus penaud que d'habitude. Il s'arrête devant moi avant de me tourner le dos pour s'appuyer contre la baie vitrée. Je continue de l'observer, je triture mes lunettes et les abaisse juste assez pour voir et comprendre ce qui ne va pas. Il est blessé et pas qu'un peu. Puis en une fraction de seconde, je me rends compte de l'énorme changement. Les lignes de vie sont en constantes évolution, chacun de nos choix nous destine à telle ou telle mort. Je me suis toujours assurée, selon ma promesse que celle de Bastian se déroule exactement comme il le voulait. La vie de Bastian n'a jamais été vraiment fluctuante donc m'assurer qu'il obtiendrait ce qu'il voulait n'était pas difficile. Mais… cette ligne a disparue, elle a disparue.

Qu'est-ce qu'il a fait ? Comment je vais tenir ma promesse alors que je suis incapable de la voir ? Quel genre d'action peut effacer son âme-sœur de son existence ? Est-ce qu'il s'en est rendu compte ? Va-t-il encore trouver le moyen de me reprocher cette situation ? Et d'abord comment c'est possible ?

- Tu ne dis rien, me demande-t-il d'un air hautain. Tu ne veux pas savoir qui m'a fait ça, poursuit-il en me désignant son visage caché derrière son masque. Tu veux savoir ce que j'ai vu ?

- Bastian, aboie Madi avec une menace à peine voilé.

- Ne te donne pas trop d'importance, lui répond Anya avec un calme qui est loin de représenter son humeur. Melina n'a adressé la parole à personne depuis des semaines. Et à l'odeur, il n'y a pas trop de mystère, un sourire mauvais étire ses lèvres, c'est Scar qui t'a refait le portrait. Si j'avais été à sa place, tu ne pourrais même plus parler.

- Tout doux Anya, intervient Lexa, il est toujours sous ma protection.

- Hum… tu vas peut-être réussir à me convaincre de ne pas m'en prendre à lui mais sérieusement tu crois vraiment pouvoir retenir Emily ?

- E, la peur l'empêche de prononcer le prénom de ma sœur en entier, Emily ? Quelle Emily ?

- Je ne sais pas qui est cette Emily, intervient Thomas, mais nous l'aimons déjà.

- Pourquoi ta sœur serait-elle sur cette île ? Explose Bastian en avançant rapidement vers moi clairement menaçant. Qu'est-ce que tu as encore fait ?

- Tout doux, c'est Raven qui s'interpose entre nous pour l'empêcher de m'atteindre, je suis déjà super furax alors si tu oses encore manquer de respect à Melina, toi et moi nous allons avoir un vrai problème.

- Depuis quand vous la défendez, s'agace-t-il, on marche sur la tête !

- Celui qui marche sur la tête, c'est toi, cette fois c'est Clarke qui intervient. Reprends sagement ta place dans le rang et ne t'avise plus de menacer Melina.

- C'est n'importe quoi !

- Pourquoi tout le monde hurle dans cette maison, intervient Scarlet en arrivant dans le salon, alors qu'il est à peine neuf heures ?

Elle se frotte les yeux en avançant, retenant difficilement un bâillement avant de passer sa main droite dans ses sublimes cheveux roux. Je remarque immédiatement la rougeur de ses yeux. Je pourrais croire qu'elle est seulement fatiguée mais je suis persuadée qu'elle a pleuré, énormément. Elle porte un pantalon large de sport et un tee-shirt jaune canari qui fait ressortir un peu plus la blancheur de sa peau. Je ne l'ai jamais vu être si pâle, elle paraît malade.

- Sérieusement, reprend-elle d'une voix fatiguée, c'est quoi tout ce remu-ménage ?

- Nous aimerions vous parler, lui répond Anya, à tous les six.

- Oh, la punition est levée et nous avons le droit de sortir de notre chambre, ironise-t-elle. Je n'arrive pas à croire que tu m'ais, Scarlet se stoppe net, fronce les sourcils en regardant Anya avant de chercher une autre personne dans la pièce, je me fais toute petite, je ne suis pas encore prête à l'affronter, Raven a été blessée ?

- Ah, ne peut s'empêcher de remarquer Anya avec un sourire joueur pour sa sorcière, tu es blessée.

- Je vais très bien, soupire Raven excédée.

- Il y a encore l'odeur de sang, remarque Scarlet, celle des médicaments, de l'infirmerie et, de nouveau sa phrase est mise en suspens.

- Clarke aussi est blessée, ne peut s'empêcher de commenter Aiden. Qu'est-ce qui s'est passé ? Je suis absolument certain que nous n'avons subi aucune attaque de ce genre.

- Les choses ont changées, répond Lexa.

- En allant dans le passé pour savoir ce qu'il s'est passé le jour du bannissement du Dieu de la Guerre, vous avez brisé le temps, poursuit Clarke.

- Il n'y a plus aucune possibilité de voyager dans le temps, continue Raven, ni vers le passé, ni vers le futur.

- Nous pensions que vous étiez définitivement perdu, conclu Anya.

- C'est ridicule, ne peut s'empêcher de remarque Jamie, le temps ne peut pas se briser.

- Ce n'est pas ridicule, souffle Scarlet alors que son regard s'arrête sur moi. J'ai rencontré quelqu'un dans le passé qui m'a affirmé exactement la même chose.

La discussion sur notre situation se poursuit mais je n'entends plus rien. Je suis complètement absorbée par les yeux de Scarlet rivés sur moi. Ses iris sont instables, ils vacillent entre ce vert nacré de feu, son loup, son dragon et je crois même distinguer sa magie. Un océan de larmes les noie entièrement quand elle commence à s'approcher. Je comprends très vite que c'est de moi qu'elle cherche à rejoindre. Je bondis alors de ma chaise, j'ignore les étourdissements et la nausée avant de m'exfiltrer le plus rapidement possible du salon.

- Melina !

- Reste ici, ordonne Anya à Scarlet dans mon dos, je m'en occupe.

Je fonce le plus vite et le plus loin possible, ce qui pour le moment est la cuisine. Je m'appuie contre le plan de travail, mes mains tremblent sur le bois. Je cherche à reprendre une respiration normale alors que des larmes m'échappent. Je n'aurais pas cru que ce serait aussi difficile de la revoir, d'affronter les changements dans ses yeux. Éleusis ne me regardera plus jamais de la même façon.

C'est fini. Elle sait qui je suis dans tout ma complexité. Je ne pourrai plus jamais lui mentir sur qui je suis. Elle me verra toujours au-delà de ce que je voudrais bien lui laisser voir. Et il n'y a plus de doute possible, elle m'aime. Quand elle m'a détaillé avec cette intensité, j'ai compris. C'était tellement limpide. Thomas avait raison, je vais devoir me faire à cette idée.

- Melina, la voix d'Anya n'est rien de plus qu'un murmure.

Je relève les yeux vers elle, un sourire désolé marque ses lèvres. Elle s'approche mais garde une distance raisonnable avant d'aller chercher un verre et de le remplir d'eau. Je la sens hésitante, je suis surprise, ce n'est pas dans sa nature. Elle dépose le verre devant moi, je le fixe un long moment avant de réaliser que j'en avais vraiment besoin. Anya a cette façon bien à elle de toujours savoir ce qui peut nous rassurer.

- Nous avons besoin que tu sois là, reprend-elle quand je porte le verre à mes lèvres. Je ne sais pas ce que tu ressens, ni à quel point cette situation peut être difficile pour toi. Mais est-ce que tu te sens capable de rester ?

Je ne réponds pas. De toute façon, ce n'est pas comme si elle s'attendait vraiment à ce que je formule une réponse. Et je ne sais pas ce que j'aurai bien pu dire. Je ne suis même pas certaine de ce que je ressens en ce moment, de la douleur, énormément de douleur physique, de la tristesse, de la peur et je crois qu'il y a aussi de la reconnaissance ainsi que du soulagement. Je fini mon verre d'eau d'une traite. Je suis tellement rassurée de revoir Scarlet en vie.

- Melina, sans que je ne puisse l'empêcher Anya me touche de nouveau elle saisit mes épaules pour m'inciter à lui faire face, si la réponse est non, fais le moi comprendre et je te sors d'ici sans même essayer de discuter.

Ses yeux sont ancrés dans les miens. J'aurai mille et une façon de me sortir de cette situation. Je sais qu'Anya tiendrait parole et me permettrait de m'échapper. Seulement, je ne suis pas certaine de vouloir partir. Je suis restée jusque-là, ce n'est pas pour m'enfuir au moment le plus cruciale.

J'ai attendu Scarlet tout ce temps. Je l'ai attendu… je n'avais jamais attendu personne. J'ai toujours été celle qui part, jamais celle qui reste.

- Melina…

Anya reprend de nouveau alors que ses mains encadrent mon visage. Des larmes dévalent mes joues, j'ai beau penser beaucoup de mal de ce genre d'initiative. Il y a des moments où sentir de nouveau quelqu'un me toucher sans avoir peur des conséquences est très agréable et particulièrement rassurant. Je ne sais pas pour quelle raison Anya s'est mise en tête de m'aider avec ce problème mais je ne trouverai certainement jamais les mots pour la remercier.

Il y a des moments au cours de ces dernières semaines où je me suis sentie tout simplement normale et à ma place. Je ne m'étais jamais sentie nulle part chez moi, et pourtant, pour la première fois, ce sentiment s'est incrusté en moi. J'aime me réveiller dans ma chambre, aller me balader sur la plage avant de rejoindre Anya et Raven pour le petit-déjeuner, assister aux entraînements, regarder Echo voler, discuter avec Thomas quand c'est lui qui surveille Scarlet, m'endormir près de la petite rousse sans faire le moindre cauchemar et protéger toutes les personnes qui vivent sur cette île.

- D'accord, Anya fait glisser ses mains, je te sors d'ici, je la retiens et je suis la première surprise par mon geste. Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as besoin de quelque chose ? Je peux demander à Bellamy et Echo de venir te chercher si…

- Reste encore un peu, je souffle si bas que je peine à entendre ma propre voix.

- Autant de temps que tu le veux, m'assure-t-elle avec un grand sourire. Tu sais, je ne ressens presque plus aucun picotement. C'est génial, tu ne trouves pas ? Oui, elle roule des yeux, je sais ce que tu penses, je n'aurai jamais dû me mettre en danger dès le début mais tu sais que je suis du genre entière quand je veux aider une personne que je considère comme un membre de ma famille. Un membre de ma famille, elle reprend avec une certaine hésitation, je sais que tu n'aimes pas ce concept mais c'est ce que je ressens et ce que tu es à mes yeux. Tu es de ma famille avec Raven, Bellamy, Echo, Gaïa et, elle me sourit en resserrant ses mains sur mes joues, Scarlet. C'est pour cette raison que je t'ai aidé, que j'avais besoin de t'aider. Toi et moi, nous sommes identiques.

Je comprends ce qu'elle veut dire, nous avons toutes les deux été trahies par notre famille, nous lui avons survécu, nous avons été effrayé par ce que nous sommes devenues et nous nous sommes décidées à nous reconstruire, pas pour nous mais les autres. Pour Anya, se fut d'abord Marcus, puis Lexa et enfin Raven. Mais pour moi c'est différent, j'ai toujours su qu'il n'y aurait qu'Éleusis, depuis le début c'est ma seule option.

Mais le regard d'Éleusis, le seul qui compte a changé. Dans des proportions que je ne suis pas certaine de pouvoir accepter.

- Imagine, rien qu'une seconde que tu pourrais obtenir tout ce qui est capable de te rendre heureuse. Qu'est-ce que ce serait ?

Elle. Sans la moindre hésitation. La seule chose que je veux c'est Éleusis. Scarlet.

C'est effrayant pourtant, c'est la vérité.

- Maintenant imagine que tu puisses vraiment l'avoir. Comment tu te sens ?

Terrorisée. Angoissée. Chanceuse.

Chanceuse… de quoi exactement ? De pouvoir la revoir déjà. Je me sens tellement soulagée de constater qu'elle est toujours en vie. J'étais complètement désemparée depuis que je ne parvenais plus à sentir sa présence. Si j'avais dû la perdre, je me serai… éteinte. Mon cœur n'aurait vraiment plus aucune raison d'être.

Je me sens sourire alors que je laisse mes pensées divaguer sur les nombreuses possibilités que m'accorde son retour. Je vais de nouveau pouvoir parler avec elle, la taquiner et attendre ses sourires. J'aime tellement la voir sourire, encore plus l'entendre rire.

C'est exactement comme je l'ai réalisé il y a des mois de cela, après que je sois morte en même temps qu'elle. Depuis le début, ma vie lui est dédiée. Je ne vis que pour elle. C'est ma vie pour la sienne. Parce que Scarlet est Éleusis. Je ne m'étais pas trompée en pensant que c'était un endroit. Elle est ma maison avec tous les autres, ma famille et c'est bel et bien une échappatoire à la mort elle-même. Je ne me suis pas sentie aussi vivante depuis le jour où j'ai décidé de me sacrifier que durant ces derniers mois.

- J'en ai une dernière, murmure Anya, tu es prête ? Imagine qu'elle puisse être à ma place, que Scarlet puisse te toucher.

Éleusis, je lui expliquerais en détail ce qu'est Éleusis à mes yeux. Et, je pense que ça suffira pour que Scarlet comprenne à quel point je peux tenir à elle. Si la toucher devient véritablement une possibilité alors peut-être… peut-être que j'oserai enfin être honnête avec ce que je peux ressentir pour elle. Je ne suis pas très douée pour accepter mes sentiments, en grande partie parce qu'à chaque fois, ils ont fini par me trahir et me briser en mille morceaux.

J'ai perdu toutes les personnes que j'ai un jour aimé, ma mère, Bae, Morgane et même Jeda et Misaël d'une autre façon pourtant ils m'ont bien été arrachés. Je ressens une pression très désagréable au niveau de mon cœur, je frotte ma poitrine machinalement pour essayer d'apaiser cette douleur fantôme. Je me demande si Scarlet parviendra vraiment à apaiser les miettes qui reste de mon palpitant.

Je recule de quelque pas, m'éloignant du contacte pourtant apaisant d'Anya. Je vois que instinctivement, elle cherche à me retenir. Je me suis battue tellement longtemps contre l'idée que je puisse être amoureuse mais je le suis. N'est-ce pas ? Seulement est-ce que je suis prête à l'avouer ? Il n'y a rien de plus dangereux que l'amour dans cette vie. Il n'y a pas plus destructeur. J'ai vu à quel point l'amour peut ravager une personne.

Bae… Baetan-ihm… il ne serait pas devenu le monstre d'aujourd'hui sans l'amour.

- Melina…

Pourquoi est-ce que je donnerai à une personne la capacité de m'anéantir ? Mais voilà, ce n'est pas n'importe qui. Il s'agit d'Éleusis, de Scarlet. Je crois que je le veux ou non, elle est déjà capable de me briser si c'est ce qu'elle souhaite. Je me suis trop attachée à elle. Merde, j'ai même considéré le fait de retourner aux Enfers pour la sauvée après l'attaque d'Octavia. Je l'ai attendu, pour la première fois de ma vie, je suis restée.

Je l'aime, n'est-ce pas ? Et, quoi que je fasse, je n'arriverai pas à le changer. C'est pour cette raison qu'Anya m'a aidée, elle avait deviné mes sentiments. Elle savait qu'un jour ou l'autre, j'aurai ce besoin irrépressible de toucher Scarlet. Elle m'a offert cette possibilité. Mais pourquoi ? Je représente un danger pour Éleusis. Pourquoi m'aider alors qu'un seul moment d'inattention pourrait coûter la vie à un membre de sa meute, pas n'importe quel membre mais Scar.

- Tu réfléchis trop, reprend Anya. Il n'y a pas trente-six mille solutions. Il y a un lien entre Scarlet et toi, je l'ai deviné dès que je vous ais vu interagir ensemble la première fois mais j'en ai eu la certitude quand je t'ai vue t'éteindre au fil des jours de son absence. Je ne sais pas si c'est une empreinte ou autre chose mais… tu ne devrais pas avoir à te battre contre. Regarde-toi, en ce moment, tu ne parles même plus. Je te l'ai dit, je tiens à toi et comme toutes les autres personnes que je considère comme étant de ma famille, je ne vais pas rester les bras croisés à te regarder te détruire. Tu n'es pas un monstre et comme toute personne normale tu as le droit au bonheur, ne t'en prive pas. Laisse-toi une chance, s'il te plaît.

J'accepte d'un signe de tête. Je suis troublée de m'être laissée convaincre aussi facilement. Je crois que j'en ai assez de me battre sans cesse contre moi-même. Je veux atteindre moi aussi cette parcelle de bonheur que l'on me promet depuis mon plus jeune âge. Anya sourit, ma décision lui fait plaisir. Au-delà, elle en est même heureuse, voir peut-être soulagée. C'est grâce à ce sourire que j'ai la certitude que tout ce qu'elle a pu me dire aujourd'hui était d'une honnêteté sans pareil. Anya tient réellement à moi.

- Tu te sens prête à y retourner ?

Non. Pourtant, j'acquiesce doucement avant de la suivre. Quand nous sommes assez près du salon, je réalise que la discussion sur la situation a continuée sans nous. Je franchis le seuil de la porte après Anya qui rejoint immédiatement Raven. L'expression des autres voyageurs n'est pas difficile à déchiffrer, ils sont abasourdis, défaits, tristes et un air coupable assombri leurs traits. Je me réinstalle sur la même chaise qu'un peu plus tôt, non sans un regard pour Scarlet dont son visage a pâli d'une teinte.

Je suppose que nous en sommes arrivés aux règlements de compte, vis-à-vis de l'attaque d'Octavia. Le visage grave de Raven, le regard triste de Clarke et les remords à peine contenus de Lexa ne sont qu'une preuve de plus. Je vois Anya murmurer quelques mots à l'oreille de Raven avant que la sorcière détourne son regard plein de reproche pour les voyageurs vers moi. Elle me sourit avant de lever un pouce en l'air, ce qui me fait froncer les sourcils. J'ai la désagréable sensation qu'il se trame quelque chose et je n'aime pas trop cette situation incertaine.

- Donc, reprend Thomas d'une voix blanche, vous voulez dire que Scar, il ne parvient pas à finir sa phrase trop horrifier.

- Aurait dû mourir, tranche Lexa, sans l'intervention de Melina, elle serait morte.

- Je n'arrive pas à croire que tu ais fait quelque chose d'aussi inconsidéré et dangereux, m'accuse de nouveau Bastian.

- Les choses ne se sont pas déroulées de cette façon pour nous, balbutie Aiden.

- Où est Octavia ? La colère tonne dans l'intonation de Thomas, où est-elle ? Je vais…

La fin de sa phrase meurt sur ses lèvres grâce à l'intervention de Jamie qui le calme en déposant une main rassurante sur sa cuisse avant de souffler quelques mots à son oreille. Je suis surprise que Madi ne soit pas intervenue, je la cherche et découvre que son regard est rivé sur moi. Elle me détaille avec une telle intensité que je me sens immédiatement mal à l'aise.

- Nous avons bannie Octavia de l'île et mon frère a décidé de la suivre.

- Vous avez quoi ? Explose tous les voyageurs d'une même voix.

- Melina nous a expliqué, que cette attaque n'était que la première d'une très longue liste, ajoute Clarke. Nous ne voulions pas de nouveau jouer avec la vie de trois des membres de la meute d'Anya.

- Trois, souffle Scarlet incertaine.

- Octavia s'en est aussi pris à Bellamy, explique Anya.

- C'est incompréhensible, murmure Thomas.

- En fait, c'est plutôt logique, répond Raven, le temps s'est brisé. Il y a forcément des conséquences et nous avons eu huit mois pour nous y faire.

- Huit mois, s'étonne Jamie.

- Comme nous vous l'avons dit, reprend Clarke, nous ne vous attendiez plus.

- Et Melina est encore là, rit Bastian, tu n'avais nulle part où t'enfuir ?

Bastian valse à travers la pièce. Il se retrouve collé au mur par la magie de Raven. Des gémissements lui échappent alors que ses membres semblent se tordre dans des angles plus que douloureux. Un soupire échappe à Anya alors que sa sorcière ne regarde même pas ce qui se passe pour le shaman.

- Anya, prononce Lexa avec une certaine prudence, peux-tu demander à Raven de le relâcher, s'il te plaît.

- Je ne suis pas certaine d'avoir envie de m'engager sur ce terrain-là, refuse Anya en secouant la tête.

- Je l'avais prévenu que s'il manquait de nouveau de respect à Melina, nous aurions un problème. Il est temps qu'il assume les conséquences de ces actes.

- Il est toujours sous ma protection, insiste Lexa.

- Très bien, soupire la sorcière en roulant des yeux, mais s'il recommence, je l'expédie en coli exprès en dehors de cette île, en plein milieu des combats.

Clarke rit de son idée, Lexa la fusille du regard mais au lieu de la calmer, son hilarité redouble. La magie s'estompe assez pour libérer Bastian qui s'écroule violemment au sol. Il ne se relève pas tout de suite et je comprends que Raven est loin d'y être allée de main morte. Je le regarde, je le regarde vraiment et je me retrouve de nouveau confrontée aux changements. Je ne sais pas ce qu'il a fait mais toute sa ligne de vie a été modifié. Je vais avoir un mal fou à lui faire comprendre.

- Donc en résumer, c'est la première intervention de Madi et je remarque seulement qu'elle n'a toujours pas arrêter de me regarder, nous avons tout foiré et vous voulez nous mettre face aux conséquences de nos actes.

- Les conséquences, répond Anya avec calme, nous sommes en plein dedans. Dehors c'est la guerre, encore plus dévastatrice que la dernière. Quant à vous y confronté vis-à-vis de l'attaque d'Octavia, vous arrivez bien trop en retard. J'ai bien peur que ce soit Melina qui ait payé tous les pots cassés.

- Ouais, nous avons été, Raven grimace, je suis désolée pour ce que nous t'avons fait subir.

Je souris pour apaiser l'humeur de la sorcière avant de hocher négligemment les épaules. Je ne leurs en veut pas pour tous les reproches qu'elles ont pu me faire. Je comprends très bien même. Je m'en suis moi-même énormément voulu d'avoir bien pu attenter à la vie de Scarlet en restant loin de l'île afin d'être certaine qu'elle obtienne sa rose. Il est vrai que nous aurions certainement pu trouver une autre solution. Il aurait suffi de chercher un peu plus longtemps mais voilà, nous manquions terriblement de temps et pour la première fois de sa vie, Éleusis nous a demandé une faveur. Qui étions nous pour la lui refuser ?

Je tente un nouveau regard vers la jolie rousse. Je me perds quelque peu dans sa contemplation. J'ai une sensation étrange, comme si elle était encore plus belle que dans mes souvenirs. J'esquisse un sourire en suivant la sauvagerie de ses boucle couleur flame, ses cheveux sont complètement indomptables à cet instant. Je les adore et si je me laissais vraiment aller, je pourrai avoir envie d'y glisser mes doigts pour tenter de mettre un peu d'ordre dans cette complexité matinal.

Je baisse les yeux quelque peu mal à l'aise avec cette nouvelle convoitise. Avant son départ, j'étais de plus en plus tentée. Je désirais tellement la toucher que c'était sur le point de me rendre complètement folle. Seulement maintenant que c'est véritablement devenu une possibilité, grâce à l'acharnement que je qualifierais de irréfléchi d'Anya, je suis comme pétrifiée. J'ai peur de ce que je pourrai ressentir. Je n'ai pas souvenir d'avoir autant convoité quelque chose. Éleusis est mon seul but depuis toujours et maintenant qu'elle est à ma portée… qu'est-ce que je suis sensé faire ?

- Alors quoi, reprend difficilement Bastian, vous…

- Réfléchis bien à ce que tu t'apprêtes à dire, le coupe Raven immédiatement. Je détesterais mettre Lexa dans une position difficile. Mais si tu m'y obliges, il n'y aura aucun hésitation de ma part !

- Il y a vraiment des moments ou ta femme me court sur le système, soupire l'alpha des Trikru.

- Qu'est-ce que tu veux qu'j'te dise, lui répond Anya sur le même ton. Je suis d'accord avec elle. J'ai très envie de lui arracher la tête. Et, elle sourit un peu plus en glissant sa main dans celle de Raven, je l'aime.

- Il n'y en a pas une pour rattraper l'autre, se moque Clarke en s'approchant de Bastian. Pourtant, elle a ce sourire dangereux qui étire ses lèvres, elles ont raison, continu-t-elle en s'accroupissant pour être à la hauteur du shaman, tu devrais bien réfléchir à ce que tu veux dire quand tu prends la parole. Lexa et moi avons prévu de faire un grand ménage de printemps dans nos rangs, la menace n'est absolument pas subtile, nous refusons d'être menacées sur notre territoire, pas d'offense Raven, précise-t-elle en se tournant vers la sorcière, je sais que c'est ton île mais toujours est-il, ses yeux devenus azur marqués par ses ténèbres reviennent sur Bastian, que si tu es une menace pour nous ou pour n'importe quel résidant de cette île, que ce soit Melina ou Emily, que j'apprécie particulièrement malgré son manque de contrôle flagrant quand il s'agit de dompter ses sentiments, alors tu ne seras plus le bienvenu. Jamais.

- Si je pars, j'entends sans mal toute son orgueil dans sa voix, Melina me suivra, j'ai aucun mal à distinguer son sourire présomptueux derrière son masque, comme toujours.

- Je ne crois pas, non, réponde en cœur Clarke, Anya et Raven.

- Ce n'est pas pour toi qu'elle est restée, lui assure Lexa avec une prestance incroyable.

- Elle n'a qu'à me le dire elle-même.

Je sens son regard sur moi. Il attend ma réponse. Je peine à retenir un sourire moqueur. Je le détaille à nouveau. Je me souviens de ma promesse. C'est la seule raison qui me pousserai encore une fois à le suivre. Mais voilà, mon engagement a pris fin à la seconde même où les changements dans sa ligne de vie ont opérés. Mes obligations envers lui ont divergés comme son destin. Ce serait tellement agréable de lui faire comprendre qu'après tout ce temps, c'est à mon tour de l'ignorer alors qu'il hurle derrière une porte qui quoi qu'il arrive reste close.

De nouveau, je cherche Scalet des yeux. Je me sens attristée par ses yeux rougis, je déteste le fait que je sois certainement à l'origine de ces larmes. Je remarque que sa mâchoire est serrée, il ne me faut pas longtemps pour comprendre que si elle tremble c'est parce que ses doigts sont refermés dans un poing fort. Je suis choquée en ressentant son envie de sauter à la gorge de Bastian pour lui arracher la trachée. Je ne suis pas sensé avoir accès à quelque chose d'aussi personnelle. Je ne devrais pas savoir que son loup force le passage, qu'il meurt d'envie non pas de s'en prendre au shaman mais de le tuer.

Je dois faire quelque chose, n'importe quoi ! Je ne veux pas qu'elle ressente ce genre d'instinct primitif. Certainement pas à cause de moi. Il faut que je l'apaise.

- Je ne te dois plus rien, ma voix est faible, fragilisée après ne pas avoir été utilisé aussi longtemps, si je suis restée c'est pour Éleusis, seulement pour elle.

- Non mais c'est pas vrai, explose Raven, Anya !

- Quoi, panique cette dernière, qu'est-ce que j'ai fait ?

- Qu'est-ce que tu as dit à Melina ?

- Quand ?

- Dans la cuisine, i peine quelques minutes.

- Je l'ai seulement convaincu de rester, pourquoi tu es énervée contre moi ?

- J'étais sûre que j'allais être celle qui pourrait la convaincre de parler à nouveau ! C'était à moi de le faire, j'étais sur la bonne voie. À force d'acharnement, j'allais y arriver. Qu'est-ce que tu lui as dit ?

- Euh… mais je n'en sais rien, rien de particulier, je t'assure et j'ignorais que c'était un concours. De toute façon, le plus important c'est qu'elle parle, non ?

Je ris. Je ne peux pas m'en empêcher. Je trouve que le fait qu'Anya et Raven puissent toujours être elles-même, qu'importe la situation, est terriblement rassurant. Parfois, j'ai un peu de mal à concevoir à quel point elles peuvent s'aimer tout en se disputant à tout bout de champ pour un oui ou pour un non. Pourtant, je dois bien admettre que si elles arrêtaient tout leurs petits conflits, je me sentirais vraiment déstabilisée. Je ne compte plus le nombre de fois où elles ont pu se reprocher l'absence d'un aliment en particulier sur la table du petit déjeuner, la plupart du temps la meute les regarde avec un sourire amusé et j'en fais de même. Je me suis habituée à leurs présences. Anya a raison, je fais partie de leur famille.

- J'allais bien finir par dire quelque chose, j'assure en m'adressant à Raven, tes tirades étaient sur le point de me rendre complètement folle.

- Ah ! Tu vois, elle s'énerve de plus bel, j'étais à deux doigts d'y arriver ! Qu'est-ce que tu lui as dit ?

- Imagine, je souffle ce qui surprend vraiment Anya. Et, j'imagine très bien ma vie sans Bastian.

- Imagine, s'offusque Raven, qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? Hein ? Anya !

- Je… je, Anya fronce les sourcils avant de me regarder avec une intensité nouvelle, je voulais juste la faire rester.

- Anya trouve toujours les mots, intervient Lexa, ce n'est pas nouveau.

- Mais cette fois, c'était à moi d'y arriver, bougonne la sorcière.

-Non mais qu'est-ce qu'il s'est passé entre vous cinq pendant notre absence, ne peut s'empêcher de demander Aiden interdit. Vous… vous êtes différentes.

- Nous nous sommes adaptés à notre nouvelle réalité, sourit Clarke. Le monde est en train de s'effondrer autour de nous mais…

- … nous n'allons pas nous effondrer avec lui, conclut Lexa.

Quelqu'un frappe à la porte d'entrée, tout le monde se tourne vers cette dernière. Lexa et Anya s'avancent en soupirant. J'interroge Clarke du regard mais elle hoche les épaules pour m'informer qu'elle n'en sait pas plus que moi.

- Raven, demande Anya avec tout son sérieux.

- Il n'y a rien d'inquiétant du côté de la barrière.

-J 'espère que c'est important, reprend la blonde. Nous avions spécifiquement demandé de ne pas être dérangé.

- Si Indra s'est déplacée, c'est forcément important, lui répond Lexa. Clarke, quels sont mes chances de te convaincre d'aller à l'infirmerie au cas où les choses tourneraient mal et que ta mère ait besoin de plus de bras ?

- Avoisinant zéro, sourit la principale concernée.

- Tu es toujours blessée. Ce bras a vraiment besoin de repos, ça fait un mal de chien !

- Chochotte, s'amuse Anya, essaye de te faire empaler et on en reparle.

- Tu as conscience que je viens, moi aussi, intervient Raven.

- Je n'ai pas pensé une seule seconde que je pourrai t'en empêcher. Melina, est-ce que tu pourrais aller remplacer Echo ? Tu es trop faible pour venir avec nous mais je sais que tu les protégeras en cas de problème.

J'accepte d'un signe de tête. Je récupère mon manteau et mon écharpe. Je réussis sans mal à mettre le premier mais le second se trouve être une véritable épreuve. J'ai certainement un peu trop forcé pour une première journée hors d'un lit d'hôpital.

- Nous pouvons aider, demande Thomas timidement.

- Quelqu'un a des compétences pour prodiguer les premiers secours en cas de problème ? Demande Lexa.

Thomas, Jamie, Scarlet et Aiden lèvent la main, Lexa se tourne vers Anya. Elles se concertent silencieusement. J'arrive enfin à entourer mon cou de cette satané écharpe durant ce laps de temps. Je m'avance pour ouvrir à Indra qui me fait un signe de tête poli, je lui souris en retour avant de lui faire signe d'entrée.

- Je suis désolée de m'imposer Lexa, mais nous avons une urgence à la plage.

- Je m'en suis doutée. Très bien, tous les quatre vous allez à l'infirmerie. Je m'attends à ce que votre comportement soit irréprochable.

- Je préférai… reprend Scarlet.

- Il n'y a pas de discussion possible jeune fille, la coupe Anya, c'est l'infirmerie ou la punition enfermé dans la chambre.

- Très bien, souffle-t-elle en baissant les yeux.

- Bastian vient avec nous, décide Raven. Je veux le garder à l'œil.

- Je peux peut-être accompagner Melina, propose Madi. Je pourrais être utile.

Je plisse le nez à cette idée. Je ne sais pas ce qu'a Madi en tête mais je ne suis pas certaine que ce soit plaisant pour moi. Elle a vraiment une façon étrange de me regarder depuis qu'elle est apparue dans les escaliers tout à l'heure. Je ne sais pas… c'est comme si à ses yeux, je n'étais plus du tout la même qu'avant son départ.

Madi n'a jamais été la plus dure avec moi, comme Scarlet elle avait pris l'habitude de m'appeler l'emmerdeuse mais à part ce détail, elle ne m'a jamais pris à parti sur ma nature contrairement à tous les autres. En fait, je réalise que des voyageurs c'est celle que je connais le moins. Elle est particulièrement discrète et pourtant je retrouve beaucoup de ses mères en elle. Seulement, ce ne sont pas les parties les plus évidentes. Comme Lexa, elle est très réfléchie et observatrice, comme Clarke elle est capable de complètement se déchainer si une personne qu'elle aime est en péril, elle a une grande maîtrise de ses capacités. Depuis que je la connais, j'ai été profondément impressionnée par son contrôle, elle a tout appris toute seule.

- Melina, Anya me prend à parti. Qu'est-ce que tu en penses ?

- Nous sommes sûre qu'il n'y a pas de risque de paradoxe ? Interroge Clarke inquiète.

- Plus de temps, plus de paradoxe, élude Raven.

- Bon… si ce n'est pas dangereux alors moi, Clarke passe une main nerveuse dans ses cheveux comme à chaque fois qu'une décision concerne Madi ou Thomas, je suis d'accord. Mais Melina, je te fais confiance, s'il y a le moindre problème, tu les éloignes.

J'accepte de nouveau d'un signe de tête. Je suis attendrie par le comportement de Clarke qui ne sait clairement plus quoi faire entre accompagner Lexa ou me suivre. Elle est déchirée entre son âme-sœur et les enfants dont elle prend soin depuis huit mois. Je ne suis pas la seule à remarquer son comportement changeant. Lexa s'approche et embrasse délicatement son front avant de lui proposer de nous accompagner. Clarke refuse, assurant que sa présence sera plus utile à la plage.

Nous nous séparons, chacun pour rejoindre le lieu qui nous attend. Madi sur mes talons, j'avance aussi rapidement que possible, sachant que Echo m'attend déjà. Je remarque que la brunette est à l'affût. Il y a peu de chance qu'il s'agisse d'une attaque mais nous avons pris l'habitude de prévenir plutôt que de guérir. Les combats à l'extérieur sont tellement violents et intenses que nous savons qu'à un moment ou à un autre, ils finiront par nous atteindre.

Les boucliers de l'île sont particulièrement puissants, d'autant plus depuis que Raven les a renforcés pourtant je sais qu'un jour, ils vont céder. C'est obligé. J'aimerai croire que nous serons toujours en sécurité, que le havre de paix que nous avons construit ici ne s'effondrera jamais mais je suis loin d'être naïve. Un jour, quelqu'un parviendra à passer. Tout ce que j'espère, c'est que ce ne sera pas mon père.

J'arrive au point de rendez-vous, comme je m'y attendais Echo m'attendait déjà à l'extérieur. Elle me fait un signe de la main, agrémenté d'un clin d'œil avant de prendre son envole pour rejoindre les autres. Je la suis des yeux, j'aime particulièrement la voir voler. Je sursaute légèrement au son de la voix de Madi :

- Où sommes-nous ?

Je fais signe à Madi de me suivre vers la cabane en bois qui ne doit pas faire plus de dix mètres carrés. J'ouvre lentement la porte, c'est une question d'habitude. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai failli assommer quelqu'un en voulant entrer trop vite. J'entre d'une grande enjambée, frissonne en sentant la magie, cligne des yeux pour m'habituer à la grande luminosité et sourit en découvrant une très grande partie des enfants de l'île courir, s'amuser et crier ensemble.

Cet endroit à été entièrement façonné par la magie de Raven après que Echo ait eu l'idée de réunir tous les gosses dans une sorte d'école. Depuis qu'Emily et Guilhem sont arrivés avec Madi et les autres, il y a de plus en plus d'enfants toute espèce confondue sur l'île. Ce sont eux que nous cherchons à sauver quand nous sortons. Il fallait bien un endroit pour les accueillir. Je ne sais pas si Lexa arrivera à tous les gérer sur le long terme ou même si une fois adultes, ils choisiront de rester mais pour le moment, nous essayons de leurs apporter la plus grande stabilité possible et une éducation même si avec certaine nous sommes déroutés comme avec la petite Madi qui passe son temps à changer de forme.

- Sérieusement, souffle Madi, c'est quoi cet endroit ?

Je réalise seulement que nous n'avons pas encore trouvé de nom pour désigner cet endroit. Mais ce n'est pas la question, l'interrogation de Madi est bien plus générale. Je sais qu'elle n'a jamais été dans ce lieu parce que dans son passé, il n'y en a jamais eu besoin mais encore une fois, les choses ont changées. Avant que la guerre ne refasse surface, l'île comptait une cinquantaine d'enfants, tous ou presque à la charge de leurs parents. Aujourd'hui, le nombre avoisine plus les 200 et pour la plupart, ils sont orphelins ou ont été séparés de leurs parents. Quand Echo a suggéré que nous mettions en place cet endroit, il a été difficile de refuser, nous en avions plus que besoin. Plusieurs personnes s'en occupent de façon permanente. Je n'en fais pas officiellement partie mais j'aime passer du temps ici. Je peux toujours garder un œil sur Scarlet.

- Melina !

Je me tourne pour voir Thomas courir vers moi avec un grand sourire, par habitude je recule de quelque pas pour garder mes distances. Il ralentit, s'arrête net, accentue son sourire en cachant ses mains dans son dos. Ses yeux pétillent de malice avant qu'il ne me demande :

- Quelle main ?

- Droite, je murmure.

- Gagné, délicatement il m'expose son poing à peine formé avant de l'ouvrir, regarde Mad's s'est transformée en oiseau !

Il relâche sa petite sœur qui s'envole dans la peau d'un magnifique oisillon bleu. Thomas éclate de rire en la suivant du regard, tout de même prudent et protecteur. J'entends Madi avoir un hoquet de surprise dans mon dos, les yeux de Thomas s'arrêtent sur elle avant que sa bouche ne forme un grand O. Je vois presque les rouages tourner à plein régime dans sa petite tête avant qu'il me demande :

- Ce n'est pas dangereux qu'elle soit là ?

Je fais signe que non. S'il y avait dû avoir un paradoxe quelconque, nous serions déjà en plein dedans et j'aurais éloigner la Madi du futur comme je l'ai promis à Clarke. Thomas est soulagé par ma réponse et sourit à sa sœur toujours située dans mon dos avant de lui faire un signe timide de la main et de prononcer un timide :

- Salut.

- Euh… salut. Tu… tu as l'air d'aller bien.

- Oui ! Je m'occupe de Scar et toi ! Tu es difficile à surveiller, mais j'ai toujours un œil sur toi. Tu as vu Melina, il continue sans prendre le temps de respirer entre ses phrases, elle s'est transformée en oiseau, c'était génial ! Je sais à quel point tu les aimes. Oh et Scar est dans la salle d'à côté si tu veux la voir.

Je secoue la tête de droite à gauche en souriant, amusée par son comportement. Je me doute que Madi s'éloigne un peu trop de son champ de vision quand il part en courant. Je m'avance lentement pour retrouver Scarlet. Je m'appuie contre la chambranle de la porte et repère immédiatement la petite rousse au milieu des autres bambins à quatre patte. Je ne sais pas comment mais presque immédiatement, la petite sent ma présence et lève la tête vers moi avant de s'avancer rapidement pour me rejoindre.

- 'lina, prononce-t-elle en en s'asseyant devant moi et tirant ses bras pour que je la porte.

- Il va falloir que tu parles à Scarlet, commence Madi en s'accroupissant devant la petite, tu ne peux pas rester indifférente après ce qu'elle a vue et vécue.

Je suis étonnée que ça soit Madi qui puisse avoir ce genre de discours. J'ignorais qu'elle tenait à ce point à Scarlet. Evidemment, je sais qu'elles s'entraident quand c'est nécessaire mais elles n'ont jamais été proche.

- Tu m'as entendu ? Me demande-t-elle après mon silence certainement trop long à son goût. Melina, c'est très sérieux, reprend-elle en se levant pour être à ma hauteur. Scarlet ne va pas bien du tout. Tu aurais pu au moins lui dire quelque chose, n'importe quoi. Un simple : je vais bien. C'est vraiment si difficile ?

- 'lina, 'lina, m'appelle de nouveau la petite Scar en commençant à sangloter.

J'observe Madi un long moment. Je n'ai jamais pu bien la voir, c'est assez déstabilisant. Sa ligne de vie n'est pas comme les autres, unique mais d'une manière dont je ne suis pas certaine soit enviable. À chaque fois qu'elle s'approche un peu trop d'une personne qui pourrait apprendre à vraiment la connaitre, elle bifurque. Il y a quelque chose qu'elle cache, une chose si horrible que ça l'éloigne de tout le monde. Un secret qu'elle entretient même avec sa famille. Le genre de secret qui pourrait la détruire si elle ne fait pas attention.

Les pleurs de Scarlet me font renoncer à ma contemplation. Je tenterai une nouvelle fois de percer le mystère que Madi représente une autre fois. Je m'assieds devant la petite rousse qui arrête immédiatement ses jérémiades, applaudit avant d'avancer à quatre pattes vers moi. Je souris alors que ses iris s'enflamment légèrement avant que ses cheveux ne s'embrasent et qu'elle ne tend la main vers moi en babillant.

- Elle est trop prêt, s'inquiète Madi.

- Je n'ai pas l'intention d'ignorer Éleusis.

- Je crois que tu ne réalise pas à quel point… mais qu'est-ce que tu fais, hurle-t-elle alors que je prends Scar dans mes bras. Arrête !

- Tu veux qu'elle pleure ? Moi pas…

- Mais… tu peux… la toucher ?

- Hum… elle est toujours très faible, elle vacille entre la vie et la mort constamment. Je m'assure seulement qu'elle reste du bon côté. Ne le dit pas aux autres, je lui demande en sentant mes forces me quitter pour rejoindre Scarlet, ils ignorent que je continue à faire ça, je vois mes cheveux changer de couleurs, malgré la rose.

- Et qu'est-ce que tu fais exactement ?

- Quelque chose d'interdit.

Je me relève mon regard rivé sur la petite rousse qui sourit tellement que s'en est renversant. Je vais veiller à ce qu'elle n'ait jamais à subir tout ce qu'à été obligé de vivre Éleusis. Je vais la protéger et puisqu'elle ne sera jamais tout à fait la même que celle que j'aime, je vais continuer à la prendre dans mes bras de temps en temps pour m'assurer qu'elle reste cachée, que mon père ne puisse jamais la voir.

Scarlet parcourt mon visage de ses petites mains en babillant joyeusement. Elle glisse ses doigts dans mes cheveux, les tires légèrement avant de s'en désintéresser. Je crois qu'elle préfère quand ils sont nacrés. Elle parvient à me subtiliser mes lunettes, joue avec la monture avant de mâchouiller une des branches. Je soupire en m'avançant vers Madi, je lui demande :

- Prend-la.

- Je croyais que tu ne voulais pas qu'elle pleure, s'inquiète-t-elle.

- Toi aussi tu es un de ses pétales.

- Tu savais ? Tu savais que tu en étais un ? Pourquoi tu n'as jamais rien dit ? Comment tu as pu nous laisser te traiter de cette façon ?

- Prends-la, je soupire.

Cette fois Madi s'exécute sans discuter. Je me sens légèrement vaciller. J'aurai peut-être dû attendre d'être en meilleur forme avant de faire ça à nouveau. Je passe une main dans mes cheveux alors que mon univers commence à vaciller de haut en bas comme sur une balancelle. Je m'appuie contre le mur sur ma gauche en fermant les paupières pour tenter de me recentrer sur moi-même et oublier la nausée grandissante qui s'empare de mon estomac.

C'était définitivement trop tôt et je ne l'ai pas gardé dans mes bras que quelques instants. Je souffle lentement et prend de forte inspiration. Je commence à me sentir plus stable. Je prends le risque d'ouvrir les yeux et souris en ne me sentant plus nauséeuse. Néanmoins tout ce qui m'entoure reste flou, c'est seulement avec ce constat que je me souviens que Scarlet s'est emparée de mes lunettes. Je secoue la tête avant de m'avancer prudemment pour récupérer mon bien.

- Qu'est-ce qu'il vient d'arriver ? Tu es devenue livide, très livide. J'ai cru que tu allais tomber. Et pourquoi tes cheveux sont bruns comme dans le passé ? Tes yeux non plus n'ont plus la même couleur. Qu'est-ce qui se passe ?

- Melina, c'est Thomas, il y a quelqu'un devant ! Qu'est-ce qu'on fait ?

Je me précipite pour récupérer mes lunettes, je suis Thomas jusqu'à l'entrée. Je lui fais signe de rester en arrière quand je m'approche de la porte. J'inspire profondément afin de me préparer à affronter le danger quel qu'il soit avant d'aplatir ma main sur le bois qui vacille avant de disparaître pour me laisser voir ce qui se trame à l'extérieur.

- Je ne reconnais pas l'odeur, me prévient Thomas inquiet.

Et de mon côté, je ne vois rien du tout. Je ne le sens pas. Je me retourne assez pour croiser le regard de Thomas et lui demander silencieusement de passé au plan d'évacuation. J'ai demandé à Raven de créer un portail vers un lieu où tous les gosses seront en sécurité pour affronter ce genre de situation, juste au cas où. Je me suis contentée de lui donner les coordonnées sans lui dire, ni à elle, ni à personne d'autre où ce portail les emmènerait. Je me suis contentée de leurs assurer qu'ils seront en sécurité et c'était suffisant.

J'entends l'agitation dans mon dos. Je perçois Madi s'approcher. Je ne quitte pas l'extérieur des yeux. Quand le silence retombe, je sais qu'ils attendent mon signale pour partir s'il y a le moindre danger. Ils ont l'habitude de l'exercice pourtant, j'en entendant certain sangloter. D'habitude, Echo est là pour les rassurer et elle est vraiment douée dans ce rôle.

J'aperçois une forme humanoïde s'approcher, elle se fraye un chemin à travers les ombres de la forêt. Je serre mes poings, prête à donner le signale. Je remarque la nonchalance du pas qui approche. Je sens que quelque chose est anormal. J'écarquille les yeux en reconnaissant la carrure de la personne toujours cacher dans les ombres. Je tremble avant de reculer pour me protéger de ce qui arrive. Je secoue la tête, me sermonnant mentalement. Je ne peux pas me recroqueviller dans mon coin. J'ai promis de protéger cet endroit.

J'applique de nouveau ma main sur la porte. Il est sorti des ombres. Je distingue sans mal son sourire malsain. Mon cœur manque un battement ou deux. Je peine à respirer. Pourtant, il faut que je sois sûre. Je ne peux pas demander à des gosses de franchir un portail sans l'être.

- Madi, ma voix tremble, est-ce que tu le vois ?

Le silence qui suit ma question est sur le point de me rendre complètement folle alors qu'il continu d'avancer en me fixant. Je serai tentée de secouer Madi pour qu'elle me réponde plus vite. Seulement, je suis bien trop terrifiée. Je ne sais pas quoi faire. Je pense que me précipiter ne ferait qu'aggraver les choses. Je dois garder les idées claires, me calmer.

- Je ne vois rien, fini par m'avouer la petite brune. Qu'est-ce que je devrais voir ? Qui vois-tu ? Melina… tu n'as pas l'air bien.

- Personne, je souffle.

Il n'y a personne selon Madi. Et pourtant, je continue de le voir avancer avec sur ses lèvres un sourire figé, terrifiant. Madi ne voit rien, je me répète ce fait. Il est presque impossible de tromper les sens d'un polymorphe. Donc ce qu'elle voit est réel contrairement à moi.

Ce que j'ai sous les yeux n'est pas réel. Il n'est pas là. Je tremble comme une feuille alors que son visage se colle à la porte, il y frappe de toute ses forces et hurle pour que je lui ouvre. Je ferme les yeux mais mon supplice est loin d'en finir. Je peine à prendre une simple inspiration. Je secoue la tête alors qu'il continue à aboyer derrière une pauvre planche de bois qui pourrait céder à tout moment.

Sauf que non, la porte ne cédera pas. Puisque rien de tout ceci n'est réel. Je ne connais qu'une seule personne capable de jouer avec mes peurs de cette façon, de les créer et de s'amuser à me rendre aussi fragile.

Je recule un peu malgré moi alors qu'il assène un coup de poing bien plus fort contre la porte. Il va entrer. Il finit toujours par entrer et tout détruire. Je tente un regard vers Madi qui semble essayer mais pas pour les mêmes raisons que moi. Son regard n'est pas attiré par la porte où il y a pourtant un vacarme de tous les diables, il est vissé sur les gosses. L'inquiétude que je devine dans son regard me permet d'assez me ressaisir pour comprendre que je ne suis pas la seule à être piégée dans l'une de mes plus grandes peurs. Tout le monde hurle de terreur, recule ou cherche à se protéger.

Je confirme, il n'y a qu'une seule personne au monde capable de créer un tel désastre. J'ai besoin de me reconnecter à la réalité définitivement. Je ne veux plus l'entendre, ni le voir. Je dois me convaincre qu'il n'a rien de réel. C'est simplement un mirage, construit à partir d'une de mes peurs les plus viscéral. Je dois m'en détacher, me sortir de cette illusion tisser de terreur et alimenter par l'inquiétude qu'elle engendre.

- Melina qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'il leur arrive à tous, à toi ?

Quelque chose de réel. Je dois me raccrocher à quelque chose de réel, en tout cas bien plus que lui. Je sursaute alors que le tapage au niveau de la porte devient encore plus violent. C'est insupportable, je n'en peux plus. Je finis par me boucher les oreilles en y aplatissant violemment mes mains avant de m'accroupir, en lui demandant, le suppliant de me laisser en paix. Tous ces hurlements me ramènent dans mon passé quand je n'étais encore qu'une enfant. Je frissonne et pleure en entendant le crissement de ses pas s'approcher de moi. Je sens ses doigts dans mes cheveux, je serre un peu plus mes bras contre mon corps. J'ai envie de vomir, qu'il puisse s'octroyer le droit de me toucher me révulse.

Quelque chose de réel, de plus réel que lui… il me faut quelque chose, n'importe quoi avant que cette duperie cauchemardesque emporte ma raison. Je n'en peux plus de pleurer à cause de lui. J'en ai assez d'avoir peur de lui. J'ai prouvé à mainte reprise que je suis plus forte que lui. Je sais que si je le voulais, je pourrais l'exterminer. Seulement, je ne suis pas comme lui. Je ne suis pas lui. Qu'une personne lambda puisse penser que nous sommes semblables me rend complètement malade. Je ne suis pas lui !

Quelque chose de réel, de plus réel que lui… j'entends mon cœur battre. Il est plus rapide que d'habitude. Il a un rythme normal. Je l'écoute surprise que sa musicalité puisse être aussi juste. Scarlet… a cette seule pensée, il commence à s'effacer. C'est d'abord minime, la pression qu'il exerce sur mon cuire chevelu disparait. J'arrive à lentement me ressaisir alors que la régularité de mon palpitant qui frappe sur mes tempes me surprend. Ce n'est pas mon cœur mais celui de Scarlet, encore une fois il a pris le relai. Lentement, j'abaisse mes mains pour remarquer que je ne l'entends plus vociférer. J'appose précautionneusement mes doigts un peu au-dessus de ma poitrine. Je sens mon cœur cogner contre ma peau comme si c'était la chose la plus naturel qu'il soit. Scarlet est là.

Scarlet est réelle. Pas lui.

Je me redresse difficilement. J'ai un mal fou à respirer mais il n'est plus là. J'ai réussi à me détacher de cette prison de peur. J'inspire profondément en resserrant mes doigts sur le tissu de mon pull. Je suis surprise que le rythme ne soit pas redevenu quasi inexistant et qu'il continue à battre de façon ordinaire. Je me retourne pour m'assurer qu'il n'est plus là. Je ne le vois plus, je ne l'entends plus. Il a été remplacer par un battement de cœur qui frôle les fréquences conforme et les cris des enfants.

- Melina, tu as repris tes esprits. Qu'est-ce que je peux faire ? Ils ont tous l'air terrifié.

- Ne me touche pas, je lui demande alors qu'elle s'approche et que je me sens particulièrement instable.

- Je n'en avais pas l'intention.

Je passe ma main libre sur mon front. Je me sens lasse et fragile. Puis subitement, je réalise que nous ne sommes certainement pas les seuls à subir cette attaque. L'île doit être sans dessus-dessous. Il faut que j'apporte mon aide aux autres, en même temps je ne peux pas laisser les gosses. Et Scarlet… qu'est-ce qu'elle voit en ce moment ? Non ! Je ne peux pas rester à rien faire. Je dois agir, les aider.

- Madi, tu restes là et tu protèges les gosses. Je dois arrêter ça.

- Mais enfin ils sont…

- … terrifiés, je confirme, et si je n'arrête pas ça tout de suite, ils pourraient en mourir. C'est l'arme préférée d'Amber !

Je fonce hors de la cabane. Je n'ai pas à douter de Madi. Je sais qu'elle sera à la hauteur pour protéger tous les petits. En plus, elle est certainement une des seules à ne pas être atteint par le foutu maléfice de ma sœur. Je dois agir et vite, déterminer où ce trouve l'épicentre de toute cette peur et l'arrêter. Chacun de mes pas me fait un mal de chien pourtant, je continue de courir. Je ne m'arrêterais qu'une fois Amber hors d'état de nuire. J'ai déjà assisté à ce genre de chose, elle est capable de décimer une mégalopole en quelques heures grâce à son pouvoir. Mon père adore cette aptitude, il en use et abuse à sa guise.

J'ai conscience que si Amber est là, il y a des chances pour que lui aussi soit présent pourtant, je continue de courir. Je suis tétanisée à l'idée de les affronter aussi bien l'un que l'autre. Pourtant, je n'ai pas le choix. Je ne les laisserai pas s'en prendre à ma famille. Jamais.

J'arrive sur la plage, tous le monde est replié sur lui-même, marmonne ou hurle. Je m'approche d'Anya les larmes aux yeux. Elle ne semble pas aller bien du tout. Hors de question que je laisse cette situation se détériorer encore plus. J'approche doucement, avance ma main, hésite. Je ne peux pas les affronter seule. J'ai besoin d'aide. D'un geste tremblant, je saisi prudemment l'épaule d'Anya et la secoue. Un hurlement franchit ses lèvres et elle cherche à m'échapper. Je renforce ma prise et murmure :

- Imagine que rien de tout ceci ne soit réel. Imagine Anya rien qu'une seconde. Imagine s'il te plait. Imagine à ton tour. Imagine.

Je tremble en lui insufflant une partie de mes pouvoirs. Je pris de tout mon être pour qu'ils la réveillent et ne la tue pas. J'espère de tout mon être, de tout mon âme que je ne suis pas en train de faire la pire erreur de toute ma vie.

C'est son loup qui émerge en premier, je me sens profondément soulager. Il n'y a pas de cris ou de hurlements de douleur. Elle cligne des paupières un nombre incalculable de fois avant que ses iris ne se stabilise. Elle ne se meurt pas. Elle est profondément surprise de me voir. Je sens qu'elle a dû mal à se détacher de l'illusion dans laquelle elle était piéger quelle qu'elle soit. Un soupire de soulagement m'échappe, je suis parvenu à me contrôler pour la ramener.

- Raven, prononce-t-elle difficilement. Raven, hurle-t-elle en s'extirpant de ma prise pour rejoindre la sorcière, Raven !

Anya saisit le visage de Raven, elle cherche son regard qui est hors d'atteinte, piéger dans un autre monde. Anya est tellement paniquer à l'idée de ne pas pouvoir l'atteindre. Elle pleure. Je l'ai rarement vu aussi humaine.

- Regarde-moi, Raven, s'il te plaît. Regarde-moi !

- Elle ne peut pas t'entendre.

- Je ne peux pas la laisser dans cet état, me répond-elle la voix nouée par l'émotion. Tu m'as sortie de ce cauchemar, fait pareil avec elle, exige-t-elle et comme si elle venait de se rendre compte de son audace, des excuses silencieuses marque son regard, s'il te plaît Melina fait quelque chose.

- Je vais faire quelque chose mais j'ai besoin que tu viennes avec moi.

- Raven est…

- Je sais et j'en suis désolée.

- Tu peux faire la même chose qu'avec moi.

- Non. C'est trop dangereux, ma voix se brise. J'ai besoin d'aide. Je n'y arriverai pas toute seule.

Anya est sur le point de répliquer mais au dernier moment, elle se retient. Je suppose que comme toujours, elle a vu quelque chose qui se trouve bien au-delà du visible. Ses yeux parcourent la plage et c'est seulement après qu'elle prend conscience qu'il n'y a pas seulement Raven qui soit dans cet état lamentable.

- A quel point ce mal a-t-il ravagé l'île ?

- Tout le monde est atteint, sauf Madi.

- Et toi.

- Non pas moi, je souffle. J'ai simplement reconnu les signes de l'attaque.

- Qu'est-ce que c'est ? Je ne me suis jamais sentie à ce point… à ce point, elle pleure de nouveau, c'était horrible.

- Maledicto Mortis Metu, les trois M, c'est l'arme préférée de l'une de mes sœurs.

- Le maléfice de la mort par la peur, traduit Anya. Nous pouvons mourir de cette attaque ?

- En à peine quelques heures, je confirme.

- Il faut arrêter ça immédiatement !

- Je suis plutôt d'accord, me surprend la voix d'Emily. Je ne pensais plus jamais devoir affronter les trois M. Où est Amber ? Il faut que nous réglions ce problème au plus vite. En venant ici, j'ai croisé certaine personne en phase terminal.

- Donc toi non plus tu n'étais pas atteint.

- Si seulement, Emily serre les dents en prononçant ces deux mots. Amber, hurle-t-elle, montre-toi !

Notre sœur n'apparaît pas mais son rire me fait froid dans le dos. Je suis surprise qu'elle n'ait pas rameuter tout le monde à son exécution. Amber aime avoir des spectateurs. Pour elle, tuer est un art qui demande un public confirmé, la plupart du temps mon père. De mon point de vue, elle n'a plus toute sa tête. Elle est tout ce que je déteste le plus, l'incarnation de la mort de son plus mauvais visage. C'est en grande partie à cause d'elle que les faucheuses renvoient une si mauvaise image. Mes autres sœurs sont sans nul doute aussi des monstres mais Amber à quelque chose en elle qui la rend bien plus horrible que les autres. Elle a toujours pris un malin plaisir à tuer, comme lui, peut-être même plus que lui.

Quand je la vois arriver, complètement débrayée, habillée d'une robe noire déchirer ici et là, marchant de travers en s'esclaffant, ses cheveux noir collant à son visage à cause de l'humidité, mon estomac se retourne. Je peine à retenir un haut le cœur avant que ma respiration devient complètement désordonnée. Après lui, il n'y a personne au monde qui me fasse plus peur que Amber. Je porte ma main sur ma gorge et la frotte en me remémorant le nombre de fois où j'ai été égorger. Mon père faisait toujours en sorte que je me réveil près de ma sœur, elle me faisait alors vivre un véritable supplice. Si son arme atypique pour tuer est à ce point efficace, c'est qu'elle la tester, énormément de fois. En particulier sur moi.

- Ça c'est inattendu, s'amuse-t-elle, Emily, elle lève théâtralement ses bras, que fais-tu là grande sœur, avec cette traitresse de Melaina ?

- Elle préfère Melina, grogne Emily. Maintenant libère tout le monde, exige-t-elle en conjurant son arme, la sortant de son corps.

- Pourquoi je ferai une telle chose ? Père n'a pas voulu me croire. Je lui ai dit : Melaina est en vie, je l'ai vu, j'allais vous la ramener mais elle m'a échappé de peu. Et père a hurlé : "Melaina est morte !" Tout ce que je veux c'est qu'il la voit pour croire ce que je lui dis ce que Baetan-ihm lui dit. Père est tellement… changeant depuis que Melaina a disparu. Il est temps de rentrer à la maison, toutes les deux.

- Je suis à la maison, j'assure avec une détermination que je suis loin d'avoir.

- Melina, je crois qu'il est plus que temps que tu sortes ton arme, me chuchote Emily.

- Oh ! Tu perds ton temps Emily, un rire forcé clôture sa phrase. La dernière fois, j'ai bien faillis la ramener à père, un cœur qui bat en moins parce qu'elle a refusé de se défendre. Alors que va faire la petite Melaina maintenant, faire un tour de passe-passe avec ses mains et disparaître, elle crache, ou rester derrière cette foutu barrière, explose-t-elle en abattant une énorme fauche sur le bouclier magique.

Anya hurle de douleur en écho avec Raven alors qu'elles s'effondrent toutes les deux, la magie se brise comme un miroir au niveau de l'impact. Le bouclier vacille avant de se reconstituer difficilement et beaucoup trop lentement à mon goût. Amber s'apprête à abattre un nouveau coup sur la barrière alors même qu'Anya peine à trouver la force de se relever et même de respirer.

Non. Hors de question ! Je me précipite allant au-delà des limites de mon corps. Je me place en plein dans la trajectoire de l'arme blanche. Anya hurle mon nom alors qu'Emily est certainement plantée là, bouche grande ouverte, essayant de comprendre ce qui peut bien me passer par la tête. Juste avant qu'elle ne m'atteigne, je stoppe la lame en la coinçant difficilement entre mes deux paumes, elle s'arrête a à peine un centimètre de mon visage. Amber continue de forcer en riant comme une aliénée. Je ne résiste pas plus, pas avec mon corps en tout cas.

Je sens ce pouvoir si particulier qui réside dans mon corps depuis mon sacrifice s'agiter. Je ferme les yeux avant de décider de le libérer. Je le savais que je finirais par devoir utiliser cette part d'Obscurité. C'est pour cette raison que j'ai réveillé Anya, je voulais qu'elle me serve de point d'ancrage.

- Surtout Anya, je souffle en ouvrant les yeux libérant enfin tout cet anéantissement qui sommeillait, après ça ne me touche pas, sous aucun prétexte.

- Qu'est-ce que tu fais, panique Amber alors que sa lame se brise sous mes doigts, arrête tout de suite, il n'y a rien de pire pour nous, poursuit-elle alors qu'une fissure nette apparaît, tu es devenue complètement folle ?!

- Non.

Elle retire vivement sa lame de la prise de mes mains avant que je ne puisse faire plus de dégâts. La vitesse d'exécution de l'extraction de son arme me lacère les paumes. Je regard le sang s'écouler sans la moindre émotion. La mort plane autour de moi, en moi. A cet instant, je suis la mort.

- Dernière chance, je ne reconnais pas ma propre voix, libère-les.

- Plutôt mourir !

- Tout ce que tu voudras, je souris.

Je ferme mon poing droit, mes doigts sont baignés dans mon propre sang. Je fais un geste ample du bras en laissant mon poing s'ouvrir. J'aspire la vie d'Amber qui comme toutes les personnes que je tue par le toucher depuis mon réveil dans cette grotte commence à vieillir à vue d'œil, en quelques secondes, elle passe de la vingtaine à la soixantaine avant que les rides ne déforment complètement son visage, la rendant complètement méconnaissable. Je déteste faire ça. Je me déteste de faire ça.

Je ne suis pas une tueuse. Je ne suis pas la mort. Je ne suis pas mon père.

Et pourtant, à cet instant je le suis bel et bien.

- Ne t'en prend plus jamais à ma famille, je referme mon poing et juste comme ça, son dernier souffle de vie s'envole et son corps s'effondre, passe le message en bas pour moi.

Ce qui suit reste dans un flou artistique. Je sais que tout est rentré dans l'ordre. Je n'entends plus aucun cri. Je mets simplement du temps, beaucoup de temps à réaliser ce que je viens de faire. Je n'avais jamais laissé la mort m'envelopper de la sorte. C'est comme si nous n'étions plus qu'un, la mort était moi et j'étais la mort. Pour la première fois de ma vie, je n'en ai pas eu peur. J'étais même apaisée. Pendant quelques secondes, je suis devenue tout ce que j'ai toujours été censé être.

Je l'ai été et je n'ai pas eu peur parce que je n'ai pas senti l'ombre de mon père derrière moi. Il n'est pas la mort. Il ne l'est plus. Il n'a jamais compris ce qu'elle représentait.

La mort n'est pas le meurtre, ni la douleur et encore moins l'agoni. C'est une amie qui vient nous rendre visite en fin de parcours et qui nous emmène dans un lieu paisible, comme Éleusis.

Je détaille ma main, elle saigne encore. Je peine à réaliser qu'un simple geste à pu signer l'arrêt de mort d'une personne. J'ai simplement volé le temps qui lui restait en aspirant sa vie dans mon poing. Je ne comprends pas, depuis quand est-ce que je suis capable de faire une telle chose ? Est-ce que depuis le début… ce n'était pas le toucher.

- Melina, je sursaute en voyant Raven apparaître dans mon champ visuel, ne t'inquiète pas Anya m'a prévenu. Je ne te toucherai pas, parole de sorcière, elle sourit, ses yeux peine à suivre la tendance, je comprends sans mal que ce qu'elle vient de vivre l'a vraiment chamboulé, mais il faut soigner tes mains. Tu as déjà perdu trop de sang. Je… je peux ?

Je tourne mes mains pour fixer mes paumes, ce n'est pas jolie. Je suis encore sous le choc. Je n'ai pas encore mal mais je comprends l'inquiétude de Raven, il y a trop de sang. J'ose détourner les yeux, sortir de ma bulle et je découvre que encore une fois j'ai répandu la mort et le chao autour de moi. Il n'y a plus rien qui vive sur des kilomètres, si je continue cette île ne sera plus que poussière. Je dois trouver un moyen de me contrôler. Je ne peux pas continuer à tout détruire.

Le clapotis de mon sang me rappelle à l'ordre, mon regard s'arrête de nouveau sur mes mains. En second plan, à mes pieds une petite flaque de ce liquide rouge se répand. Je fronce les sourcils en suivant son serpentement partout où il se faufile, je vois la vie se propager.

Qu'est-ce que…

Mon pouvoir frétille, je le sens s'agiter dans mon corps, pas d'une manière désagréable comme quand il cherche à sortir à tout prix. Il exécute des sauts périlleux joyeux en me posant une question silencieuse : as-tu enfin compris ?

Je suis la mort, oui.

Mais je suis aussi la vie.

Je suis son cycle tout entier, le début et la fin.

- Je veux voir Scarlet.

- Et bien, c'est plutôt une bonne nouvelle puisqu'elle est à l'infirmerie.

- Tu peux, j'assure en lui tendant mes mains.

- Vrai… vraiment ?

- Hum.

Il ne faut que quelques secondes à la magie de Raven pour me soigner. La sorcière me recommande tout de même la prudence. Je me lève et remarque seulement que durant tout ce temps Anya était juste derrière elle. La brune se redresse à son tour et rejoint les bras fort et rassurant de l'alpha qui me sourit.

- Tu as dit que nous étions ta famille.

- La réalité a rattrapé mon imagination.

- Encore ce truc avec imagine, soupire Raven.

- Tu vas bien, je demande à son intention elle paraît encore plongé dans ses plus grandes peurs.

- J'ai encore besoin de temps, souffle-t-elle en poussant Anya a la serrer un peu plus fort. Je ne pensais pas que ce genre de chose pouvait, elle semble réfléchir alors que son esprit la ramène à ce qu'elle vient de vivre, encore m'atteindre.

- Tu es en sécurité, lui souffle Anya. Je suis là.

- Si le sentiment persiste, préviens-moi. Les choses peuvent s'aggraver très vite pour certaine personne.

- Je ne suis pas plus faible qu'une autre, grogne-t-elle en réponse.

- Non, seulement plus sensible avant leur pacte avec le diable, les sorcières de sang avec de grandes capacités sensitives. Il ne faut pas oublier que vous êtes les créatures créées par Jeda, la déesse de l'amour.

- Je te préviendrai, m'assure Anya ne laissant pas le choix à sa sorcière. Tu devrais te retourner, me conseille-t-elle en me faisant un signe de tête.

Je m'exécute et découvre Scarlet, paniquée et essoufflée. Son regard ne s'arrête sur rien, elle cherche quelque chose. Elle tire sur les manches de son pull alors que je sens sa peur redoubler. Je ne sais toujours pas comment je peux avoir accès à ses sentiments mais j'ai décidé de ne pas me sentir effrayée par ce point. Je m'avance lentement et quand son regard attiré par le mouvement s'arrête sur moi, je lui souris en lui faisant un signe de la main.

Mon cœur qui ne s'est pas figé de nouveau, bat à tout rompre. Je me demande s'il suit parfaitement l'écho de celui de Scarlet. Si elle ressent aussi ce petit pincement de soulagement en me voyant ainsi que cette attente douloureuse de savoir si les choses vont pouvoir s'arranger.

- Éleusis, je souffle une fois à sa hauteur.

- Tu vas bien, soupire-t-elle soulager. Je n'en étais pas sûre. J'avais dû mal à… qu'est-ce que tu fais ?

- J'imagine que j'ai le droit de faire tout ce que je veux, je souris en continuant de m'approcher.

Je saisis non sans une certaine hésitation le bas de son pull. Je regarde ma main en lui demandant de m'accorder ce moment sans tout détruire. J'inspire profondément en levant mon regard pour me plonger dans les yeux de Scarlet qui sont en plus de complètement interdits, légèrement effrayés.

- Et ce que je veux, je resserre un peu plus mes doigts, c'est te prendre dans mes bras, mon cœur fait des envolées inédites. Je peux ?

- Que… quoi ?

- Je peux te prendre dans mes bras ?

La fragilité dans ma voix à cet instant me surprend. Je crois que j'en ai assez de me cacher. Je veux que Scarlet me voit, qu'elle comprenne qu'à mes yeux elle est la plus importe. J'ai besoin de la prendre dans mes bras même si ce n'est que quelque seconde. Je veux croire même pendant un court instant que tout ce que j'ai attendu est réel.

- Ce… ce n'est pas dangereux ?

- Je ne crois pas.

- Mais et si…

- Je peux, s'il te plaît ?

- D'accord, souffle-t-elle en me détaillant comme si elle me voyait pour la première fois.

Je souris, les larmes au bord de mes yeux avant de m'approcher encore. Je croise son regard avant de fermer les yeux et de finir de glisser mon corps contre le sien. C'est d'un geste tremblant que je serre mes bras dans son dos. Je fonds en larmes quand elle me rendre mon étreinte.

Voilà, il est là. Mon point de non-retour. Je suis dans les bras d'Éleusis et je voudrais ne plus jamais les quitter. Pourtant, je m'éloigne ne voulant pas trop jouer avec ma chance. Scarlet continue de me détailler de cette étrange manière. Je vois que mille questions se forme à la seconde. J'essuie mes larmes.

Le moment est passé.

Pourtant, j'aurai aimé qu'il dure pour l'éternité.

- Je t'aime Éleusis.

Finalement, il est là mon point de non-retour.

Je l'ai franchi.

Et je ne veux pour rien au monde revenir en arrière.


Voilà pour ce nouveau chapitre. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! J'ai hâte de savoir ce que vous en avez pensé. Que j'aime les POV de Melina… j'aime sa personnalité et sa façon de constamment évoluer. Elle est sans nulle doute un des personnages de NMRP qui a le plus souffert mais pas à pas, elle se reconstruit. Elle a encore énormément à affronter mais grâce à sa nouvelle famille et à Scarlet, elle va s'en sortir. Et la fin : Je t'aime Éleusis... je vous avais promis une belle fin, non ?

Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

En espérant vous retrouvez pour le prochain chapitre !

Durant le confinement, je me suis constituée un programme d'écriture (pour m'occuper, franchement, les journée sont bien longue...) qui devrait me permettre de vous publier 1 ou 2 chapitres de "When I See You Tomorrow" par semaines. En parallèle, je continue de publier NMRP tous les vendredi et 2 ou 3 chapitres de "Les amis ne s'embrasse pas sous la neige" par semaine. Prenez soin de vous !

GeekGirlG