Salut à tous ! :)

Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre ! Excusez-moi pour le "petit" retard, d'habitude je poste entre midi et deux mais... je n'avais pas capté qu'aujourd'hui on était vendredi... je commence à perdre la notion du temps avec ce confinement ! ^^ J'espère que vous vous portez bien, vous et votre famille et que vous vous protégez comme il faut. Force et courage et à tous ! :D

Quelques mots sur ce chapitre : On suit la chronologie, Jaliah, Anya, Melina et Scar vont-elles pouvoir sauver Raven ou est-il trop tard ?

Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.

Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)


Ne me regarde pas

Partie n° 3 : Première à mourir

Le cœur sur le sol

Relève-toi faut pas déconner

J'ai ces bruits dans ma tête et j'aimerais que ça cesse mais en vain

J'ouvre un peu les yeux, des couleurs, des photos me reviennent

Tous ces bruits dans ma tête faut que ça cesse

J'ai perdu la tête

Où est le chemin de ma maison ?

Quoi qu'il advienne

Je retrouverai les clés d'la raison

J'ai perdu la tête

Où est le chemin de ma maison ?

Yseult - Corps

Chapitre 50 : Détacher

La peur est ancrée en chacun de nous. Elle peut nous permettre de nous dépasser, d'affronter une situation ou alors, elle nous paralyse. Certaine fois, elle nous empêche même de respirer, d'avancer. Elle nous empoisonne et si nous la laissons faire il arrive parfois que ce soit-elle qui nous tue, à petit feu. C'est douloureux et particulièrement difficile de se trouver en face de nos plus grandes frayeurs et de se dire : "non cette fois, je ne te laisserai pas tout ruiner sur ton passage. C'est ma vie et je ne te laisserai plus guider chacune de ces minutes".

Il faut beaucoup de courage et si d'aventure quelqu'un nous tend la main, l'accepter.


Tout, absolument tout ce qui m'entoure et comme teinté de flou. J'entends à peine quand quelqu'un s'adresse à moi. Je fixe des personnes que je connais, mais elles me semblent si peu familière que s'en est effrayant. Il me manque quelque chose. Je n'arrive pas à savoir quoi mais plus j'y pense, plus je me sens mal. Un gouffre profond aspire tout mon bas ventre alors qu'une boule énorme se forme dans ma gorge, m'empêchant de déglutir et j'ai même les larmes aux yeux.

C'est vital. C'est absent et inconnu mais quoi que ce soit, c'est vital. Je le sens. C'est inexplicable. Je ne crois pas m'être déjà sentie à ce point démunie. Je me sens perdue et seule. En réalité, je suis seule, n'est-ce pas ? Tous ceux qui m'entoure me semble tellement hors d'atteinte. Qui sont-ils ? Qui sont-ils vraiment ?

Parfois j'entends mon prénom être soufflé à mon oreille, mais quand je me retourne il n'y a personne. Cette voix m'est plus familière que tout ce qui m'entoure. Je frissonne alors que je l'entends à nouveau. Je ferme les yeux. Je la connais. Je sais qui m'appelle alors pourquoi je ne parviens pas à associer cette intonation à un visage ou même à un nom. Cette personne qui qu'elle soit me manque. J'essaye de fouiller dans ma mémoire un indice, n'importe quoi mais plus je fais d'effort plus ce que je cherche disparaît.

Et en un claquement de doigts, je ne l'entends plus. Un vide profond et inexplicable s'empare de moi. Il y a quelque chose qui ne va pas. Je suis seule et je ne devrais pas l'être. Seule, perdue au milieu d'une marée d'autres personnes qui m'entoure que je connais mais qui pourtant me paraissait irréel.

Une main se pose sur mon épaule. Je sursaute. J'ai un mal fou à me détacher de ce sentiment étrange qui m'habite. C'est comme si… non, c'est impossible. Je dois oublier cette idée farfelue. Je fais face à une femme que je connais parfaitement. Glorianna Samael, ma grand-mère. Pourtant, je suis encore habitée par ce sentiment plus qu'étrange alors que ma famille, mon sang est là. Je secoue la tête pour l'oublier. Ce n'est pas normal. Je me force à sourire. Pourquoi je suis à ce point effrayée ?

- N'oublie pas ma belle Raven, dans le Cercle tu es à ta place. Tu es en sécurité.

Un mal de crâne foudroyant s'empare de moi alors qu'elle prononce ces mots. C'est comme si tout en moi se battait contre ces doctrines. Je sais que je devrais me sentir à ma place et en sécurité. Pourquoi ce n'est pas le cas ? Je recherche sans cesse un autre endroit, une autre personne. Et le simple fait que cette femme puisse me toucher me révulse alors qu'elle est ma famille, mon aïeule. C'est elle qui a créé le Cercle des Sorcière de Sang. Il n'y a personne au monde en qui je pourrais avoir plus confiance.

De nouveau cette voix qui m'appelle, qui m'apaise et qui m'enlace comme des bras rassurants. Elle me manque. Elle… mais qui ? Pourquoi je ne parviens pas à me souvenir d'une personne qui a un tel pouvoir sur moi ? Je la cherche autour de moi mais encore une fois, tout ce qui m'entoure paraît masquer par le brouillard, je ne distingue personne avec exactitude. Je me rends compte que même ma grand-mère qui est juste en face de moi et qui me touche est comme à mille année lumière de moi. Je suis bien plus attiré par cette voix que par tout ce qui m'entoure.

Mais la voix n'est nulle part alors qu'ici, je suis à ma place. Je suis en sécurité. Un étrange frisson s'empare de moi alors que je ressens comme une craquelure dans mon cœur. Je suis peut-être à ma place pourtant, il me manque toujours quelque chose. Et si je suis en sécurité pour quelle raison est-ce que j'ai à ce point peur de l'aïeule de mon Cercle ?

Je recule. Je m'éloigne d'un danger qui je veux bien l'admettre n'a aucun sens. Les doigts de ma grand-mère se resserrent sur mon épaule. Je me sens oppressée, comme si un poids énorme écrasait mes poumons et m'empêchait de respirer. Ma magie se met à crépiter alors que mon cœur cogne dans ma poitrine à une vitesse folle rendant tout ce qui m'entoure assourdissant.

Ma magie… là aussi, il y a quelque chose d'anormal. J'observe mes mains comme si elles avaient pu me trahir. Non. Le problème ne vient pas de là. C'est autre chose. Encore ce manque qui m'étreint douloureusement. Je suis foudroyée par une toute autre peur qui fait bien plus que m'empêcher de respirer. Je suis sur le point de m'écrouler. Je me retrouve violentée par un sentiment que je ne devrais pas éprouver de l'angoisse alors même que je suis dans mon Cercle avec ma famille.

Ma famille… je regarde ma grand-mère, je ne ressens aucune affection pour elle. Rien du tout, c'est le néant total. La famille, la vraie famille nous fait ressentir quelque chose d'autre. C'est un sentiment agréable d'appartenance qui nous permet de nous sentir presque euphorique. J'ai déjà ressenti quelque chose de semblable mais pas ici, pas avec ces personnes qui se confondent parfois avec le paysage.

On dirait un rêve. Un songe rempli de mensonge.

Des larmes dévalent mes joues. Je suis maintenant persuadée que ce qui m'entoure n'est pas la réalité. C'est un cauchemar. Mais pourquoi je n'arrive pas à me réveiller ? Je le veux mais je suis piégée. Je devrais déjà être réveillée. Je sais qu'elle veille sur moi. Elle ne me laisserait pas m'engouffrer dans mes plus grandes peurs sans réagir. Mais… qui est ce : elle ?

Ce manque me martèle de nouveau le cœur, c'est terriblement douloureux. Je me sens déstabilisée et fragile. Je veux retrouver cette personne. Je la cherche partout. J'ai besoin de la voir. Je sais au plus profond de moi que si mes yeux la trouvent tout ira mieux. Je me rends compte que mon désir de la trouver est encore plus grand que de comprendre ce qui me perturbe avec ma magie. J'ai conscience que c'est anormal et pourtant, je n'arrête pas de la chercher. Je ne pourrai pas suspendre mes recherches pour trouver un indice, n'importe quoi qui pourrait m'indiquer qu'elle est là, quelque part parce qu'elle m'est indispensable et je suis certaine qu'elle ne m'abandonnera jamais.

Je me retourne vivement me détachant enfin de ma grand-mère. Je m'éloigne le plus possible. Je vais la trouver, même si je dois sillonner cette île de fond en comble, en soulever chaque pierre ou même passer absolument tous ses grains de sable au tamis. Je sais qu'elle n'est pas loin. Je n'aurai de repos que lorsque mes mains seront dans les siennes. Mes mains… dans les siennes, cette idée devrait me révulser pourtant elle m'apaise. Je vais la retrouver, je le sais, un échec est inenvisageable.

Alors que je suis plus déterminée que jamais, je suis de nouveau arrêtée par un membre de mon Cercle. Je ne suis pas certaine de même connaître le nom de cette sorcière. Bien entendu, elle m'est familière mais cette apparition illusoire appartient au passé alors qu'elle, elle… elle est mon avenir, tout ce que je désir, tout ce qui me manque, tout, absolument tout.

Anya… j'ai à peine le temps de retrouver son prénom que la sorcière en face de moi me demande :

- Où vas-tu Raven Samael ? Tu n'as aucune raison de t'éloigner. Ton Cercle est ici, regarde, elle me force à me retourner pour me montrer toutes mes sœurs dont les visages sont comme dissimuler dans les nuages, tu es à ta place. Tu es en sécurité.

- Non, je souffle.

- Je te sens confuse. Je vais demander de l'aide. Le Cercle est là pour toi.

- Je ne veux pas d'aide, je proteste.

- Rae, je frissonne en entendant la voix de mon frère, calme-toi, tu es agitée.

- Raphaël, je prononce incertaine.

Je le détaille comme si je le voyais pour la première fois. Il est tellement beau. Il me ressemble évidemment mais c'est à ma mère qu'il est le plus semblable. Je m'avance vers lui. Je suis hésitante. Et encore une fois, alors que j'ai absolument tout ce qui devrait m'être indispensable sous les yeux, il y a comme une alarme qui raisonne dans ma tête. Je sens au plus profond de mon être que quelque chose ne va pas.

J'ai comme un flash, une vision d'horreur, une magie cruelle qui s'abat sur mon frère. Je suis prise d'une nausée terrible alors que je cherche Glorianna du regard. Je viens de me souvenir pour quelle raison elle me terrifie. C'est tellement évident, comment j'ai pu oublier. Je sens les vices d'une crise d'angoisse méprend. Je ne suis pas en sécurité et pire que tout, Raphaël l'est encore moins. Je dois le sortir d'ici avant qu'on lui fasse du mal.

- Raphaël, où sont tes ailes.

- Tu sais bien que grand-mère me les a enlevées. Je suis un sorcier pas un monstre de foire. Viens avec moi, il me tend la main, les autres nous attendent. Nous sommes à notre place malgré nos impuretés, le Cercle nous protège.

- Non, je pleure, tu te trompes.

- Rae s'il te plait, il me tend un peu plus sa main, viens avec moi. J'ai besoin de toi. Ensemble pour toujours, il sourit tristement, tu me l'as promis.

- Je suis désolée, je secoue la tête en reculant. Rien de tout ceci n'est réel. Personne n'aurait dû t'arracher les ailes. Ni moi, ni maman ne les aurions laissé faire.

- C'était mon choix Rae. Je voulais trouver ma place et elle est au sein du Cercle, comme toi.

- Ma place n'est pas ici, je hurle, je veux retrouver Anya !

- Qui ?

Sa question me fait l'effet d'un poignard enfoncé en plein cœur. La douleur que je ressens à cet instant est bien au-delà de la tolérance.

- Raphaël, je sanglote. Je t'en supplie ne joue pas avec moi.

- Je ne sais pas de qui tu parles.

- Arrête ! Tu me fais du mal.

- Rae, il s'approche et je sais qu'il veut me prendre dans ses bras.

- Non, je refuse.

- Mais enfin qu'est-ce qu'il t'arrive ?

- Tu le sais ce qu'il m'arrive. Tu le sais, je répète désespérer. J'ai besoin d'elle.

- Tu es une sorcière de Sang, la petite fille de Glorianna Samael et la fille de Morgane Samael, tu n'as besoin de rien, ni de personne. Tu es Raven Samael et si tu as un besoin, tu le trouveras dans le Cercle.

- Reyes, je grince des dents, mon nom c'est Reyes. Je refuse de porter le même nom que cette… cette… Samael n'est pas mon nom, je le révoque.

- Mais enfin Rae… tu ne peux pas révoquer ton propre nom.

- Ce n'est pas mon nom, je hurle. Je porte un nom que je me suis choisie, qui n'appartient qu'à moi et qui n'a pas été sali par des monstres comme Glorianna !

- Fais attention à tes propos, c'est de ta famille dont tu parles.

- Je n'ai jamais eu de famille dans ce Cercle, ma famille c'est Anya. Toi et maman vous l'étiez mais aujourd'hui, il n'y a plus qu'Anya.

Je dois voir Anya, la trouver. Elle est forcément ici quelque part. Je sais qu'elle ne m'abandonnerait pas, jamais.

- Anya, je hurle en m'en décrocher les cordes vocales. Anya, je pleure toutes les larmes de mon corps. Anya, ma voix s'étrangle alors que je m'effondre.

Je l'appelle, l'appelle et l'appelle encore mais elle ne vient pas.

Le temps s'écoule dans cette chimère cauchemardesque sans que je ne trouve la moindre présence d'Anya. Je ne la sens pas, elle est introuvable pour ma magie. Je suis complètement désemparée. Je vis au milieu de fantômes qui m'attirent chaque jour un peu plus dans leur réalité et je commence à leurs céder, à m'effacer. Je ne me sens ni à ma place, ni en sécurité mais par moment je m'effraie à oublier pour quelles raison, pire encore délaisser mes souvenirs avec Anya. Elle s'efface. J'ai de plus en plus de mal à me souvenir de certain point qu'il y a encore un moment me paraissait essentiel.

Quelle est cette phrase qu'elle s'amuse à me dire depuis le premier jour et qui m'agace tellement ? À quoi ressemble son sourire quand elle est vraiment heureuse ? Quelle est la couleur de ses yeux ? Il y a cet animal qui la suit partout mais à quelle espèce il appartient ? Est-ce que je l'aime vraiment ? Pourquoi elle préfère toujours m'observer plutôt que de me parler ? Qu'est-ce qu'elle mange au petit-déjeuner ? Pourquoi j'ai accepté de vivre avec une personne qui ne supporte pas le désordre ? Parfois quand je me réveille, elle n'est plus dans le lit, où disparaît-elle ? Comment elle a réussi à me convaincre de l'épouser ? Et… quel est son prénom déjà ? À qui je pensais ? Elle était blonde, je crois, non ? Elle… qui est ce : elle ? Pourquoi je réfléchis autant ?

Le Cercle m'attend, je dois y aller, rejoindre ma famille. Je me sens à ma place. Je souris à tous ceux qui m'entourent. Raphaël me prend dans ses bras en murmurant qu'il m'aime, ma mère me caresse les cheveux en m'assurant qu'elle est fière de moi. Je suis en sécurité.

À ma place et en sécurité, il n'y a rien de tel que ce sentiment pour se sentir planer et accéder au bonheur. Rien sauf peut-être usé de la magie et je peux le faire comme bon me semble sans aucune limite. À ma place et en sécurité, c'est tellement agréable. J'aime me laisser porter par ce sentiment. Je me complais dans une béatitude exaltante. Je suis en paix.

- Ne m'oublie pas.

J'ouvre brusquement les paupières en entendant ces mots comme chuchoter à mon oreille. Je regarde autour de moi. Je souris en voyant mon frère user de ses pouvoirs. Je secoue la tête en chassant ce sentiment étrange qui m'a envahie lorsque j'ai entendu cette voix. J'ai cru la reconnaître. Je dois être fatiguée, j'ai certainement trop pratiquer la magie. Je me rallonge. Je scrute le ciel. C'est étrange. Je penche la tête sur le côté. Où est passé ce foudroyant sentiment de manque ? Je devrais… ma mère s'assoit à côté de moi, elle resplendit. J'aime la voir heureuse. C'était quand la dernière fois ? Il y a très, très…

- Raphaël a fait beaucoup de progrès.

- Le Cercle le renforce, je réponds.

Pourquoi j'ai la sensation d'agir comme un automate ? Est-ce que…

- C'est vrai je suis tellement fière, de vous deux. Vous êtes à votre place, en sécurité.

- Oui, je souffle.

- Vous êtes digne du rang dû à votre naissance, à votre sang. Vous avez votre place à part entière dans le Cercle.

Je me redresse assez pour observer mon frère. Il s'entraîne toujours. Il est heureux ou du moins c'est ce qu'il reflète et pourtant… pourtant il y a quelque chose qui me gêne. Je sens comme une douleur au niveau de mes omoplates, une gêne, un manque viscéral.

- Où sont les ailes de Raphaël ?

- Mais enfin Raven, nous lui avons arraché. Il n'en avait pas besoin pour être un sorcier.

Je suis horrifié par cette réponse. J'observe ma mère comme si elle venait de me poignarder dans le dos. Et, en une fraction de seconde ma conscience est comme foudroyée par des milliers d'images, toutes plus violentes les unes que les autres. L'assassinat de mon frère. Ma fuite avec ma mère. La violence de Lyssa. Le massacre de la meute Lucas. La noyade. La guerre. L'exécution de ma mère. Ma jambe broyée. La guerre, encore et toujours la guerre. La violence de Lyssa, encore et toujours la violence de Lyssa. Le temps qui m'arrache… qui m'arrache… qui…

- Raven, tout va bien ? Que t'arrive-t-il ?

- Ma tête me fait mal, je me plains, des images, il y a tellement d'images que je n'arrive pas à comprendre.

- Tout va bien, m'assure ma mère, tu es à ta place. Tu es en sécurité.

- Arrête ! Arrêtez tous de dire ça ! Je ne me sens pas du tout à ma place et encore moins en sécurité !

- Calme toi ma belle Raven. Tu fais une crise d'angoisse comme quand tu étais enfant après que tu te sois presque noyée.

La noyade… quelle noyade ? Je n'ai jamais… je ne suis pas celle qui a failli se noyer c'était… c'était… qui c'était déjà ? Quelqu'un d'important. Pourquoi je ne parviens pas à m'en souvenir ? Et, d'où me vient cette sensation désagréable ? C'est comme s'il me manquait quelque chose de viscéral. Mais… quoi ?

Plus j'essaye de me souvenir, moins j'arrive à respirer. Je ressens comme des multitudes d'aiguilles qui transperce mon crâne. C'est douloureux, insupportable. Je voudrais que tout ceci s'arrête mais je ne sais pas comment, même ma magie ne parvient pas à éloigner ce mal.

- Raven, concentre-toi sur ta respiration, me demande ma mère.

- Rae regarde-moi, souffle encore cette voix.

Je ne comprends pas d'où vient la provenance de cette voix. Je la cherche partout autour de moi mais il n'y a personne d'autre que ma mère.

- Rae, c'est comme si elle m'implorait, regarde-moi.

Je crois sentir la douceur de deux mains sur mes joues. Je frissonne. Je regarde bien fixement en face de moi. Je me délecte de ce toucher plus doux que la caresse d'une plume. Je me concentre et pourtant, je ne distingue personne, ni avec mes yeux, ni avec ma magie. Mais mon cœur, oui mon cœur sait. Elle est là.

- Raven, m'appelle ma mère en tendant sa main vers moi, viens, rejoignons le Cercle, il va t'aider. Tu y es à ta place, en sécurité.

- Arrête de dire ça, je sanglote alors que je sens le contact fantomatique des mains disparaître comme emporter par le vent.

- Reste, je supplie, reste.

- Je suis là Raven, tente de me rassurer ma mère.

- Pas toi, ma voix se brise, pas toi, je replis mes mains vers mes joues pour tenter de la retenir. S'il te plaît, ne pars pas, ne m'abandonne pas.

- Attends-moi, j'arrive. Ne m'oublie pas ma belle sorcière, je sens comme un souffle sur mes lèvres, je ferme les yeux pour mieux apprécier ce que j'imagine être un baiser. Je t'aime.

- Anya, je hurle alors qu'elle disparaît encore.

Une seconde. Deux secondes. Trois secondes. Et le sentiment d'abandon disparaît complètement, faisant place à un vide monstrueux qui encore une fois se retrouve inexplicable. Elle a disparu, encore. Mais qui ? Pourquoi cette sensation me rend si nostalgique ? Qu'est-ce que j'ai perdu et pourquoi ? C'était là, il y a encore un instant comment j'ai pu l'oublier si facilement ?

Je regarde ma mère, je la détaille longuement. Je penche la tête sur le côté en analysant un peu plus longtemps sa main tendue. Je lui souris comme si je ne me sentais pas à ce point incomplète et je la suis sans pour autant exposer mes mains aux siennes. Je m'avance vers les autres, l'épicentre même du Cercle. Je me retourne une fois, deux fois, trois fois. Je m'arrête.

Il y a quelqu'un. Je fronce les sourcils en m'arrêtant. Je crois entendre ma mère me dire que je dois continuer d'avancer. Je ne l'écoute que d'une oreille, cette personne est différente de tous les autres qui m'entourent. Elle semble plus… réelle. Il n'y a aucun flou autour d'elle. Pourtant, une lumière étrange l'entoure qui reflète la couleur de ses iris. Je ne pense pas avoir déjà rencontré une personne avec autant de nuances dans ses yeux ou peut-être que si, justement.

Absolument tout le monde vient m'entourer. Je crois qu'il cherche à me protéger. Est-ce qu'il s'agit d'une menace ? Non. Je ne crois pas. Je la connais. Je sais que je la connais. Alors pour quelle raison je ne parviens pas à accéder à quelque chose d'aussi simple que son nom.

Elle sourit, aussitôt, je me sens en sécurité. Elle lève sa main droite qui ruisselle d'une lumière qui réfléchit toutes les couleurs de l'arc-en-ciel avant de me faire un signe. De façon absolument mécanique, je lui réponds. Subitement, son sourire devient moins sincère, plus amusée comme si elle avait fait une énorme bêtise et qu'elle attendait sagement de se faire prendre. Je connais cette attitude. Je la connais.

Je sens la magie frétiller autour de moi, elle est hostile. J'observe avec plus d'attention ceux qui m'entoure et je comprends que mon Cercle s'apprête à attaquer cette encore inconnue sans la moindre raison. Je ne comprends pas, je ne ressens aucune menace provenant d'elle. Pourquoi vouloir l'attaquer ?

J'ai à peine le temps de me dire qu'il faut que je trouve un moyen de les raisonner, qu'ils attaquent. Une pluie de magie déferle sur elle et elle ne bouge pas. Elle me fait un clin d'œil avant de disparaître sous les nombreux sorts invoqués. J'en ai le souffle coupé. Je ne crois pas avoir déjà vu une telle déflagration de pouvoirs s'abattre sur une seule personne. La poussière rouge du sable créé par l'attaque à former un épais nuage, derrière lequel on ne distingue absolument rien. Je fais un pas mais un membre de mon Cercle me retient.

Le brouillard se désépaissit et je crois distinguer une forme humanoïde. Non. C'est impossible. Personne ne peut résister à une telle violence. Je tente de nouveau une avancée mais je suis de nouveau maintenu sur place. Et sous mes yeux ébahis, elle réapparaît sans la moindre égratignure, bien droite avec sur les lèvres un sourire que je qualifierais de hautain pourtant il reste joueur.

- Il va falloir faire mieux que ça, elle rit. Aller, venez je vous attends.

- Excusez-moi, une voix dans mon dos s'impose, je vais m'occuper de ce problème, c'est Jeda. Tu n'as rien à faire ici Melaina, le soleil va bientôt se coucher.

- Ah, son sourire disparaît et absolument tous les traits de son visage deviennent sérieux, je me disais bien aussi que c'était un peu trop facile. Ton subconscient va m'en faire baver Raven, n'est-ce pas ?

- Tu n'es pas à ta place, aboie Jeda. J'ai créé les Sorcières de Sang, puis Hélis, pour éviter les problèmes. Pars avant que le soleil ne se couche.

- Ouais, elle soupire, je suis du genre à être à ma place nulle part. Je ne sais pas encore à quel point tu te rapproches de la réalité Jeda mais sache une chose. Je ne laisserai pas Raven s'enfoncer plus loin. Tu me connais. Tu sais que je suis prête à tout pour les personnes à qui je tiens.

- Raven Samael est à sa place et en sécurité mais ce n'est pas ton cas Melaina, pars.

- Non.

Pour accentuer son refus, elle avance vers nous, vers moi. Je l'ai enfin la révélation. Je venais pourtant d'entendre son prénom mais jusque-là je n'avais pas réalisé de qui il s'agit vraiment. Melina. Je souris, évidemment qu'elle est venue. Elle n'a absolument aucun instinct de survie. Mais si elle est là, je me redresse un peu plus. Serait-il possible qu'elle ne soit pas venue seule ?

Je ferme les yeux. Je me concentre. J'aimerai tellement que Melina soit accompagnée. Je me demande tout de même comment elle a pu franchir les barrières impénétrables d'Hélis. Tout à l'heure, elle a parlé de subconscient. Je ne suis pas certaine d'avoir compris de quoi il s'agit exactement. J'ouvre brusquement les paupières alors qu'un fracas effroyable raisonne. Je grimace alors que je perçois des acouphènes assourdissants occultant tous les autres sons sur leur passage.

Jeda attaque Melina et elle n'est pas la seule, absolument tout le monde s'en prend à elle. Je comprends qu'ils veulent l'éloigner de moi mais je pense sincèrement qu'ils ne connaissent absolument rien de la détermination de cette fille. La violence qui se déchaîne sur elle me déroute. Je ne veux pas que qui que ce soit lui fasse du mal. Melina a déjà beaucoup trop souffert. Comment je connais une telle information ? Jeda ne devait pas s'en prendre à elle mais la protéger. J'en ai la certitude. Et ma mère… par tous les Dieux, ma mère ne lui ferait jamais le moindre mal. Elle aime Melina, je le sais, elle me la confié. Alors pourquoi aujourd'hui elle s'attaque à elle comme s'il s'agissait d'une inconnue ? Je m'avance pour les arrêter. Je ne supporte pas l'idée qu'ils continuent de lui faire du mal.

- Raven, je me fige sur place.

Je quitte tout de même à regret la scène du combat des yeux. Je suis inquiète pour Melina. Mais il m'est impossible de résister à cette voix. Je me retourne, comme au ralenti. J'ai les larmes aux yeux en découvrant Anya.

- Tu ne peux pas être là, je souffle inquiète qu'elle aussi soit prise pour cible.

- Crois ce que tu veux, elle sourit.

- C'est vraiment toi.

- Oui, m'assure-t-elle en tendant sa main vers moi.

J'ai un moment de doute. Je ne suis pas certaine. Est-ce que je dois saisir cette main ? Absolument tout le monde veut m'attirer à le suivre. J'hésite. Je ne sais pas quoi faire.

- Raven, mon prénom n'est qu'un souffle, regarde-moi, je m'exécute, il n'y a que dans ses yeux que j'ai ce sentiment unique d'être à la maison, je peux m'approcher ?

- Tu n'es pas du genre à prendre des pincettes d'habitude, je me méfie.

- C'est vrai, elle lance un regard inquiet dans mon dos, vers le combat qui y fait toujours rage, mais Melina m'a demandée d'être prudente, de ne surtout pas attirer leur attention.

- Ils ne sont pas réels, je souffle.

- Je n'ai pas vraiment compris ce qu'ils étaient, m'avoue Anya. Mais tu me crois si je te dis qu'ils sont là pour te faire du mal ?

- Et toi ?

- Je veux juste te ramener à la maison.

C'est avec cette phrase que je remarque toute sa tristesse et son inquiétude. Je ne sais pas comment elle a pu m'échapper avant. J'ai rarement vu Anya dans cet état. Ses yeux sont rougis et sa main toujours tendue vers moi tremble. Je n'aime pas la voir dans cet état. Je ne supporte pas que quelqu'un ait pu la rendre aussi apeurée… dévastée. Et puis, je comprends. C'est moi. C'est moi qui suis à l'origine de toute cette détresse.

- Anya, je souffle.

- Par pitié, ne m'abandonne pas.

Cette fragilité dans ses yeux, il n'y a qu'avec moi qu'elle se permet de se révéler de la sorte. C'est Anya, c'est vraiment Anya. Un profond soulagement m'envahit. Des larmes de joie et de soulagement inonde mes yeux. Je fais un premier pas vers elle et je crois que je pourrais courir jusqu'à ce qu'elle soit dans mes bras mais avant que je m'élance elle se détourne de moi. Son inquiétude redouble et je sens son loup s'imposer.

- Melina, elle appelle la voix tremblante, il y a un problème avec Scarlet !

- Scarlet, je souffle me souvenant lentement de qui il s'agit. Tu… tu dois y aller.

- Non, elle refuse. Je reste avec toi.

- Mais, je à peine le temps de protester qu'elle me coupe la parole.

- Melina va s'en occuper. J'ai confiance en elle.

- Dis à ta sorcière que son subconscient craint, hurle Melina avant qu'une lumière argentée aveuglante se propage autour de moi m'éblouissant complètement.

Quand je retrouve la vue, je remarque aussitôt qu'il n'y a plus qu'Anya et moi. Je ressens une profonde inquiétude pour Melina mais aussi Scarlet.

- Ne t'inquiète pas, Anya sourit, ces deux-là ont la tête dure, elles vont s'en sortir comme toujours.

- Tu ne devrais pas…

- Je reste là, avec toi.

- Mais Scarlet fait partie de ta meute et…

- Je suis avec toi, elle me coupe de nouveau, je ne bouge pas d'ici, elle glisse ses mains sur mes joues, regarde-moi Raven, ne regarde que moi. Rien d'autre n'existe. Il n'y a que toi et moi.

- Où étais-tu ? Je demande alors que les larmes dévalent de nouveau mes joues. Tu n'étais nulle part…

- Je sais. Je suis terriblement désolée. Quel est ton dernier souvenir ?

Je réfléchis sérieusement à sa question, me plongeant dans mes souvenir. Quand je réalise que je ne trouve pas de réponse, je me réfugie dans ses yeux.

- Je… c'est terriblement flou.

- Ce n'est pas grave, je vais t'aider.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Nous avons été attaqué mais pas physiquement.

- Je m'en souviens, je souffle. Je me souviens de ça, de la… peur.

- Et bien, tu n'as pas arrêté d'avoir peur et un matin, je ne suis pas parvenue à te réveiller.

- Je suis désolée.

- Tu aurais dû me dire que tu n'allais pas mieux. Melina t'avais prévenu.

- Je n'avais pas la sensation que c'était hors de contrôle. Je…

- Tu es en train de mourir Raven.

- Pourtant, je me sens bien.

- Rien de tout ceci n'est réel, balaye-t-elle.

- Pas même toi ? Je demande inquiète.

- Rien, sauf Melina, Scarlet et moi. Quand tu étais au plus mal, "l'autre emmerdeuse" pour reprendre les propos du plus grand nombre à disparu. Je te jure que si je n'avais pas été aussi inquiète pour elle quand elle est réapparue, je lui aurais tordu le cou ! Mais elle avait un argument de poids donc… je l'ai écouté.

- Tu aimerais que Melina fasse partie de la meute.

Anya me lance un regard interloqué comme si elle était vraiment surprise que j'ai pu comprendre quelque chose d'aussi spécifique à son loup.

- Ce que je souhaite ou non n'a pas d'importance, nous devons nous concentrer et rentrer à la maison. D'accord ?

- Je ne comprend pas pourquoi tu ne te contente pas de lui demander.

- Melina est plus compliquée que ça, j'entends presque un reproche, mais nous pourrions nous concentrer pour sortir de là ?

- Sortir de là… quand Melina parlait de mon subconscient tout à l'heure.

- Exactement ! Et tu n'imagines pas tout ce que nous avons dû faire pour t'atteindre, quand ce ne sera plus une question de vie ou de mort, il faudra que nous parlions de toutes ces barrières mentales que tu t'imposes.

- Si je suis la dernière Sorcière de Sang encore en vie, ce n'est pas pour rien. Je n'ai jamais eu peur des attaques physique. Je sais me défendre mais Anya, tu ne sais pas de quoi sont capable les femmes qui sont à la tête de notre espèce.

- Je crois que j'en ai une vague idée.

- Non. Tu ne sais pas et c'est très bien comme ça. Elles ont assassiné ma mère parce qu'elle me protégeait. Elles ont appelé ça une "exécution" mais elles n'avaient absolument aucune raison de s'en prendre à ma mère hormis le fait qu'elle n'était pas contrôlable. Devine qui d'autre est dans ce cas ?

- Raven…

- Ma propre grand-mère a tué mon frère et elle a essayé de faire de même avec moi, c'est pour cette raison que j'ai quitté Hélis avec ma mère. Les Sorcières se tanne d'être les plus sages mais elles se trompes, la différence les terrifie. Quand je suis dans un Cercle, je suis obligée de me brider, de me cacher. C'est insupportable. Je n'ai jamais été moi, véritablement moi avant… avant…

- Avant l'échange avec les Trikru.

- Avant toi.

Anya ne répond pas. Ses yeux se remplissent de larmes alors que la pression de ses doigts sur mes joues s'accentue légèrement. Sans que je ne puisse rien faire pour les arrêter des larmes s'échappent et dévalent son visage.

- C'est quelque chose comme ça que tu aurais dû dire à notre mariage.

- Les sorcières ne se marient pas.

- Je sais.

- Je t'aime Anya plus que ce que tu peux imaginer, plus que ce que je te le dis, plus que tout.

- Alors, ne m'abandonne pas, par pitié.

- Je n'ai pas l'intention de t'abandonner, je lui assure en me rapprochant.

- Tu es en train de mourir, sa voix se brise et son regard me fuit.

- Tu ne vas pas me perdre, jamais.

- C'est déjà arrivé, elle secoue la tête essayant de me cacher ses larmes de plus en plus abondante, à cet instant elle est si fragile que si je le voulais, je pourrai la brisée en mille morceaux, dans le passé et dans le futur.

- Le temps est brisé, je lui rappelle. Il ne reste plus que le présent. Et je suis là, avec toi.

- Prisonnières dans ton subconscient, ironise-t-elle. J'avais imaginé bien mieux comme avenir.

- Tu arrives à t'imaginer l'avenir avec tout ce qui nous arrive. La guerre est à notre porte Anya. Comment tu peux envisager un avenir ?

- Tu ne le fais pas ?

- Pas vraiment, j'avance un jour à la fois.

- Je te veux toi tous les jours que fera ma vie. Je veux que notre famille résiste à toutes les épreuves qui nous attende. Je veux devenir cette alpha que tu vois en moi, même si c'est effrayant. Je veux, elle baisse les yeux ses mains glissent lentement de mes joues, j'agis assez vite pour les retenir.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Là, tout de suite, que tu vives.

- Et après ?

- Je te connais Rae, tu n'es pas prête à entendre ce que je veux vraiment.

- Tu m'as convaincu de t'épouser alors crois-moi après ça, je suis prête à tout en…

- Je veux des enfants, me coupe-t-elle.

- Ouais, je grimace, il n'y a pas de doute, tu es bien Anya. Il n'y a que toi pour me bousculer de cette manière.

- Je savais que tu n'étais pas prête, elle sourit tristement. Ce n'est pas grave, je parviendrai à te convaincre, un jour.

- Et pourquoi, je ne serai pas celle qui te fait renoncer pour une fois.

- Je suis désolée ma belle mais tu n'as aucune chance. D'aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours su qu'un jour, je rencontrerai une fille, qui deviendrait la fille, que je l'épouserai et que j'aurai avec elle au moins deux enfants.

- Tu ne penses pas que la deuxième principale concernée devrait être d'accord avec ce plan ? Je refuse d'avoir des enfants dans ce monde. Est-ce que tu as un peu regardé autour de toi ? Il n'y a que la guerre et la destruction.

- Tu devrais le savoir depuis le temps, Anya soupire avant de me défier du regard, je crois en la paix, la seule raison pour laquelle je me bats c'est pour arrêter cette guerre, pas la prolonger.

- Tu sembles oublier que nous nous battons contre l'entité même de la guerre !

- C'est une raison pour abandonner tout espoir ?

J'écarquille les yeux au possible à sa question. J'avais presque oublié à qui je parlais. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un comme Anya qui ne s'est jamais battue pendant la grande guerre. Et si quand je l'ai appris j'ai été plus que surprise, aujourd'hui je comprends parce que j'ai appris à la connaître. Anya est une idéaliste, elle pense que ce monde à encore une chance, qu'il ne va pas sombrer dans les ténèbres que c'est peut-être même nous, pauvres fous que nous sommes qui allons le sauver.

Le pire, c'est qu'une part de moi est devenu comme elle, gorgée d'espoir. Ce monde, mes peurs, mon subconscient me la fait oublier. Pas cette façon qu'elle a de me rassurer en me promettant que dans un futur proche, les choses vont s'arranger. Non, ce qu'il m'a fait oublier, c'est elle tout entière, Anya. Et sans elle, je ne suis rien.

- Je suppose que non.

- Tu ne vas pas m'abandonner, n'est-ce pas ?

- Jamais, je te l'ai déjà promis. Ma vie tout entière t'est dévouée.

- J'espère, elle me tend sa main dans l'espace restreint entre nos deux corps, que mes rêves ne seront pas trop ambitieux pour toi.

- Tu as encore combien de rêves exactement ?

- Si tu savais, elle sourit tellement que ses iris en sont irradiées, pour toi et moi, des milliers.

- Je t'aime tellement, je me rue sur ses lèvres en saisissant sa main, je t'aime, je susurre entre deux baisers.

Une chaleur étrange se dégage de nos mains liées. Je m'éloigne de ses lèvres à regret. Je baisse les yeux pour découvrir une étrange lumière verte se propager entre nos paumes. Instinctivement, j'essaye d'éloigner ma main de celle d'Anya mais elle me retient. Je retrouve ses yeux paniqués. Qu'est-ce qu'elle fait ? Pourquoi me retenir ?

Il s'agit de mes mains, Anya ne devrait pas me forcer à… elle n'oserait jamais. C'est…

- Regarde-moi, je perçois comme une supplication dans sa voix, regarde-moi Raven.

- Il faut que tu me lâches.

- Je ne peux pas.

- Anya ! Tu dois me lâcher, je tire de plus en plus sur ma main, essayant de la faire glisser en dehors de son éteinte de plus en plus puissante. Lâche-moi tout de suite.

- Je suis désolée, elle se rapproche et me serre de son bras libre, je suis désolée, c'est la seule solution pour te ramener avec moi. Je passerai tout le reste de ma vie à me faire pardonner s'il le faut mais je ne te lâcherai pas, pas cette fois.

Je vois avec horreur des runes se dessiner sur ma peau. Je n'ai qu'une envie : les chasser. Je souffre. Je ne supporte pas qu'une de mes mains soit maltraité de la sorte. Je dois me libérer, au plus vite. Une douleur vive, insoutenable implose dans ma tête me faisant valser. Anya m'accompagne dans ma chute, elle continue de s'étendre en excuses inutiles. Je lui en veux, je suis horrifiée qu'elle puisse se permettre de me faire subir un tel supplice.

J'entends et je sens la magie. Ce n'est pas la mienne. J'ai envie de me battre contre cette intrusion. Je dois repousser ce pouvoir qui n'est pas le miens. Je suis en danger. Et subitement la main d'Anya s'éloigne de la mienne, elle disparaît simplement. J'ai à peine le temps de vouloir la chercher que je me sens tomber dans le vide avant d'être tirer violemment vers le haut. Mon corps joue au yo-yo dans un espace irréel, des centaines de voix s'immiscent dans ma tête, hurlant, effaçant mes propres pensées. Et j'entends des psaumes, une voix qui s'impose plus que toute les autres qui me guide. J'essaye de me concentrer sur les mots. Je ne reconnais pas cette forme de magie.

Subitement, je suis brutalement projetée en arrière. J'ai l'horrible sensation que mon dos percute de plein fouet une structure dense. Je n'arrive plus à respirer. Je me redresse abruptement. Je m'étouffe dans mes propres poumons. Je pleure. Je tremble. Je sens une main rassurante caresser mon dos. Je tousse pour tenter de prendre une inspiration salvatrice, un liquide visqueux au goût métallique s'échappent de mes lèvres. Je me retourne sans réfléchir agrippe la taille d'Anya et la serre aussi fort qu'il m'est possible. Je ne l'ai pas vu mais je sais que c'est elle, je le sens dans toutes les parcelles de mon corps. Ses doigts viennent se glisser dans mes cheveux. Je continue de presque cracher mes poumons. Je sens les tremblements d'Anya. Elle pleure, elle aussi.

Lentement, je fini par retrouver le contrôle, ma respiration se calme et la douleur s'estompe. Mes mains tremblent dans le dos d'Anya. J'ai replié mes doigts fragiles sur son tee-shirt noir. Elle m'oblige à lâcher prise, elle embrasse mes mains au passage avant de saisir délicatement mon visage. Je n'ose pas encore la regarder. Je perçois un mouvement, elle doit certainement s'accroupir. Elle caresse mes joues, mes lèvres, mon menton, s'emmêle dans mes cheveux avant de m'embrasser. Le baiser à un goût de sang, mon sang.

- Je suis désolée, souffle-t-elle encore contre mes lèvres.

- Anya, intervient une voix que je ne reconnais pas, il faut que je m'assure que tout va bien. Tu veux bien me laisser vérifier.

- Elle va bien, assure Anya refusant de s'éloigner.

- Je voudrais en être certaine, si elle fait une rechute cette fois, je ne pourrai pas la ramener. Je n'ai plus assez de magie et Melina est dans un piteux état, pour changer, ironise-t-elle, au moins cette fois, elle n'est pas mourante seulement plus qu'amocher.

- Je… je ne veux pas m'éloigner.

- Je comprends, je t'assure, mais il faut que je le fasse avant d'être vraiment à sec.

- D'accord, je la sens se reculer, aussitôt je la retiens, tout va bien Raven. Je… je vais m'asseoir à côté de toi. Je peux rester, n'est-ce pas ?

- Oui. Je suis désolée que tu ais été forcé de faire quelque chose d'aussi cruelle pour elle.

- C'était la seule solution, grimace Anya. Je suis désolée pour ce qui est arrivée à tes mains. Je n'ose imaginer, je sens qu'elle s'installe à côté de moi, je me penche pour retrouver son contacte si rassurant en appuyant ma tête contre son épaule, elle glisse son bras dans mon dos et fait jouer ses doigts sur ma peau d'une façon rassurante, comment fais-tu pour pratiquer encore la magie ? Je… je suis trop indiscrète ?

- Oui et non. Une autre sorcière t'aurait envoyé balader mais tu partages un lien exceptionnel avec l'une des nôtres. Alors, elle reste silencieuse un moment et apparaît sous mes yeux, je découvre une jeune femme noire dont les traits ne me sont en rien familiers, j'utilise une magie ancestrale, oubliée de tous.

- De tous, sauf de toi apparemment.

- Non, de tous sauf de Melina. Raven, je me concentre difficilement sur elle, tu veux bien me regarder, je sais que c'est difficile.

Elle fait apparaître un bout de papier coincé entre son indexe et son majeur dans mon champ de vision. Je suis horrifiée en découvrant ses mains mutilées. Je m'accroche un peu plus aux draps sous mes propres doigts. Comment fait elle ? Je n'ose imaginer la douleur, le supplice quotidien. Elle retourne la feuille, je distingue des sigles mais je ne les comprends pas. Elle sourit, je crois qu'elle est rassurée.

- Très bien, elle plie son bout de papier, créant un renard en origami, je vais vous laissez ça, il me préviendra si les choses empire, elle tourne la tête et souffle sur son pliage. Je vous laisse.

J'observe la feuille de papier s'envoler. J'écarquille les yeux en la voyant s'agrandir. Je n'ai jamais rencontré qui que ce soit capable de créer un Universa Vita d'une telle perfection. Avant de se stabiliser au sol, un renard grandeur nature en papier se roule en boule et s'endort au pied de mon lit.

- Anya, ma gorge me fait mal.

- Shhh, ne parle pas, pas encore mon amour. Viens, elle s'allonge en me poussant à venir près d'elle. Je suis là, je m'installe contre sa poitrine, je me concentre sur sa respiration et les battements de son cœur. Je suis là, elle continue de me caresser les cheveux. Et tu vas bien, elle embrasse mon front. Je suis désolée pour tes mains, je n'avais pas le choix. Je devais te ramener. Tu mourrais et je… pardonne-moi.

Mes mains… je me souviens du sentiment terrible que j'ai éprouvé alors qu'elle les avait emprisonnés. J'ai détesté ce que j'ai pu ressentir. Je ne supporte pas d'éprouver des émotions négatives quand il s'agit d'Anya parce qu'elle est toute ma vie. Je sais au plus profond de moi que jamais elle ne me fera du mal, jamais. Et la réciproque est vraie, d'une certaine manière, j'ai eu bien plus d'occasion qu'elle de la blesser, elle a tendance à laisser toutes ses barrières voler en éclat quand nous ne sommes que toutes les deux. Anya me permet de voir tout d'elle, ses failles, ses faiblesses, ses insécurités, tout.

Alors, pourquoi je ne lui ai pas parlé de cette peur qui a continué à me ronger de l'intérieur pendant des jours après l'attaque ? Je n'arrête pas de me répéter que si Anya avait eu un problème, elle me l'aurait immédiatement confié sans la moindre hésitation. Alors, pourquoi pas moi ? Je ne comprends pas cette réserve que je peux parfois continuer à avoir, même avec elle. C'est absurde.

Je crois que je finis par m'endormir et je sombre dans un sommeil sans rêves. Quand je me réveil c'est en sursaut. Je ressens immédiatement un profond sentiment d'insécurité avant que ma première pensée cohérente ne se forme et que je réalise que je ne suis pas en danger et qu'Anya est toujours là. Son étreinte est un peu moins forte, sa respiration calme et régulière, elle a dû rejoindre Morphée en même temps que moi. Je ne peux qu'imaginer à quel point ma situation a dû la chambouler. Elle doit être éreintée. Je me blottis un peu plus contre elle pour continuer à me sentir rassurée quand je remarque du mouvement près de nous.

Je m'attends au pire, j'appelle ma magie pour nous protéger mais je la sens à peine. Je sursaute légèrement en entendant le bruit caractéristique d'un livre que l'on referme. Une silhouette se penche vers nous, mon cœur bat la chamade, je suis mortifiée et puis tous les sentiments négatifs s'efface en un instant quand je reconnais Melina.

- Tout vas bien, murmure-t-elle certainement pour éviter de réveiller Anya, c'est seulement moi et Scar, elle précise, qui se sont endormies dans le fauteuil à vos pieds.

Je détaille son visage qui est tuméfié de part et d'autre. Un pansement recouvre entièrement sa joue gauche quand son arcade est maintenue par des straps. Ses lunettes sont au-dessus de sa tête perdue dans sa chevelure nacrée. Elle dépose son livre sur l'accoudoir de sa chaise, s'avance légèrement pour être plus proche et sourit.

- Tu sembles aller bien. Je suis rassurée. Je suis désolée pour tes mains, elle baisse les yeux, c'était mon idée. Anya refusait de le faire mais c'était le dernier recours, le seul électrochoc assez puissant pour te ramener. Ton subconscient est un sacré terrain miné.

- Depuis quand, je ferme les paupières pour assimiler toute cette douleur, tu parles autant ?

- Ouais, elle passe une main dans ses cheveux, récupère ses lunettes et sourit encore plus, il faut croire que je me transforme en vrais moulin à parole quand je suis inquiète. Comment tu te sens ? Je veux dire… je sais que physiquement ce n'est pas la joie mais tu as la sensation, elle hésite se mordille la lèvre, je ne crois pas l'avoir déjà vu tergiverser de la sorte avant cet instant. Je pense que ma question ne va pas te plaire. Mais il faut que je sache, j'ai besoin de savoir pour être certaine que nous t'avons ramené en un seul morceau. Tu es prête, j'acquiesce, voulant éviter d'user de ma voix. Est-ce que tu te sens à ta place ? En sécurité ?

Je me sens aussitôt vaciller. Je ne crois pas m'être un jour sentie à ce point déstabiliser et perdu. Pourquoi cette question ? Pourquoi les mots sont dans cet ordre ? Je suis complètement paralysée par la peur. Melina doit sentir mon insécurité mais elle ne fait rien pour me rassurer comme si elle attendait quelque chose de moi. Je ne comprends pas. Comment peut-elle savoir ? Comment est-il possible qu'elle comprenne sans mal à quoi peut ressembler ma plus grande peur ? Est-ce qu'Anya aussi… Anya !

J'arrête de gamberger dans tous les sens, je ne sais pas si c'est vraiment possible mais je me glisse un peu plus contre elle. Je ressers mes doigts sur ses vêtements. Je m'accroche à elle pour ne pas perdre la raison. A ma place et en sécurité, je le serai toujours tant qu'Anya sera près de moi.

- Okay, je crois entendre un soupir de soulagement, je suis rassurée. De toi à moi, nous avons eu de la chance que ta plus grande peur ait été le Cercle et non, un silence étrange s'installe, je tente un regard vers elle, elle joue avec la monture de ses lunettes, et non ce manque viscéral qui peut nous consumer parfois.

J'ai une certaine tendance à oublier que comme moi, Melina est l'enfant d'un Dieu. Je ne réalise pas toujours qu'elle peut comprendre cette solitude qui m'habite par moment et surtout, oui surtout cette privation. Je ne sais pas exactement ce qu'elle ressent en s'abstenant de retourner aux Enfers mais j'imagine sans mal que c'est cent fois pire que ce qui peut me tourmenter parce que contrairement à moi, elle a la capacité d'y retourner. Elle se l'interdit par peur de son père. Elle doit se sentir tellement déchirée par moment, tellement… comment fait elle pour le supporter ?

- Tu devrais en parler à Anya, me suggère-t-elle, de ce sentiment que tu éprouves par rapport aux Cieux, elle précise comme si ce n'était pas évident. Si tu ne le fais pas, un jour ce non-dit pourrait vous détruire.

Je ne ferais jamais rien qui pourrait nous détruire, c'est absurde. Puis, j'ai comme une révélation. J'observe un peu plus Melina qui se tortille sur sa chaise, j'en déduis qu'il n'y a pas que son visage qui est blessée. Elle tapote doucement sa pommette en grimaçant. Je ne l'avais pas remarqué avant mais elle paraît extrêmement fatiguée.

- Melina, je reprends difficilement.

- Tu ne devrais pas parler, m'arrête-t-elle aussitôt avec son sourire avenant et rassurant. Repose-toi, tu n'as plus rien à craindre. Tu dois reprendre des forces, elle se masse les mains comme je pourrai le faire après un sort particulièrement difficile, ta magie ne doit pas plus s'affaiblir.

- Melina, je reprends malgré ses recommandations et la douleur, dans le futur, je nous ai détruit, Anya et moi ?

Melina écarquille les yeux, je crois y lire une certaine torpeur. Elle se tourne sur la gauche certainement pour vérifier que Scarlet dort toujours. C'est infime pourtant, je mettrais mes mains en gage que de simplement observer la rousse, l'apaise et la calme. Il y a un lien très fort entre elles et je n'ai pas besoin qu'Anya le souligne pour le constater. Seulement, je ne comprends pas de quoi il s'agit. Ce n'est pas une empreinte, j'en suis absolument certaine. Il ne s'agit pas non plus du Misó Psychí le lien qui uni Maya et Jasper et je ne crois pas reconnaître le Sálbrot.

En même temps, si un Sálbrot peut exister entre Anya et moi c'est bien parce que je suis la fille de mon père, d'un Dieu alors peut-être… juste peut-être qu'un tel lien existe vraiment entre Melina et Scarlet mais qu'il est différent de celui que je connais. Après tout, la révélation c'est fait dans le chaos pour nous alors peut-être que pour Melina, il a fallu un déclencheur comme la mort, sa mort. Sálbrot, fragments d'âme. J'ai besoin de me plonger dans les yeux de la faucheuse pour constater si oui ou non, il y a la même complexité dans ses yeux que celle que je peux deviner chez Anya. Est-ce qu'en la détaillant bien, j'y trouverais Scarlet ?

- Dans le futur, elle semble hésiter, tu… tu leurs, elle tourne son regard vers moi, tu leurs a succombé.

- Les ténèbres, je comprends tristement.

- Non, pas les ténèbres.

Un long silence suit sa réponse. Son regard est plongé dans le mien, ses iris pastels défilent à une vitesse incroyable. Je ne crois pas avoir déjà assister à une telle tempête dans ses yeux. Je cherche des réponses mais aussi un signe qui me prouverait que ma théorie sur le lien entre Melina et Scarlet est la bonne. Seulement au milieu de l'anarchie totale, des couleurs qui se succèdent les unes après les autres, créant un tableau presque apocalyptique, je ne vois aucun signe de la rousse. Il n'y a que la mort.

La mort dans son ensemble.

Je crois comprendre alors. Je ne pensais pas que ce serait possible. Pourtant, j'en ai la preuve. Je le vois et le constate de mes yeux. Melina n'est plus une simple faucheuse, la fille de son père, l'instrument de la mort. Non. Elle est devenue la mort.

- Ce n'est pas aux ténèbres, ni à l'Obscurité que tu as succombé mais aux Cieux, me révèle-t-elle. Tu as laissé ce manque insupportable prendre toute la place. Tu es devenue aigri, instable, incontrôlable. Ta magie est devenue impossible à assimiler et… cette insoutenable privation a tout effacé, même Anya. Tu es partie sans un mot, sans laisser la moindre trace et quand tu l'as fait, tu as brisé ton lien avec Anya. Tu l'as presque tuée. Elle, Melina pointe Scarlet du doigts, et tous les autres pensent que ce sont les ténèbres qui t'ont rattrapés que c'est encore une conséquence des actions de Bae et de Lyssa, mais moi je sais. Je l'ai sentie quand c'est arrivé. Sans même te connaître, j'ai su et maintenant que je te vois, je comprends que tu aies pu sombrer. Tu ne fais pas assez confiance à Anya, à votre lien, tu… tu ne peux pas lui cacher tes peurs, elles font partie de toi au même titre qu'Anya.

- Parce que tu confierais tout ce que tu es à Scar ? C'est une attaque gratuite.

- Non, elle sourit, mes secrets ont des secrets. Mais en ce qui me concerne les chances que je succombe aux Enfers avoisine zéro, donc…

- Pourquoi ?

- Parce que je suis moi, elle sourit.

- Tu as conscience que cette réponse n'a absolument aucun sens.

Melina sourit encore plus, c'est peut-être la première fois que je le trouve aussi sincère. Je crois qu'elle est véritablement heureuse d'avoir trouvé un moyen de me sauver mais aussi qu'elle me taquine, comme je l'ai parfois vu faire avec Scarlet. Je secoue la tête mi-amusée, mi-agacée. Je commence à comprendre pourquoi tout le monde la surnomme l'emmerdeuse, même Anya s'y est mise.

- Tu as énormément changé depuis notre première rencontre, je ne peux m'empêcher de remarquer.

- Je sais. J'aime bien être ici. Je crois que tu connais bien le sentiment de ne se sentir à sa place nulle part et puis un jour tu te rends compte que tu aimes rentrer dans une maison, que tu commences à l'appeler chez toi et que les personnes qui t'entourent pourraient bien t'être indispensable.

- Alors, tu vas vraiment rester.

- Hum…

De nouveau, Melina se tourne assez pour observer Scarlet. Un sourire plus discret mais mille fois plus sincère étire ses lèvres. Instinctivement, je me redresse légèrement pour m'assurer qu'Anya va bien, son sommeil semble profond et paisible. Je me sens rassurée.

- Pourquoi tu partais toujours ? Je demande sans quitter Anya des yeux.

- Ce n'était pas une question de partir mais de ne pas rester, c'est différent.

- Absolument pas ! C'est exactement pareil.

- Pas pour moi. Si je ne restais pas c'est parce que je ne me sentais pas en sécurité. Je n'ai jamais voulu partir mais la plupart du temps, c'était une question de survie même si ceux qui m'entourent ne le comprenait pas.

- Mais cette fois, tu vas rester, j'insiste.

- Où je pourrais aller ? Le monde est à feu et à sang.

- Alors si nous gagnons, tu partiras.

Ce n'est pas une question mais une affirmation. Je crois commencer à la connaître et je pense que si depuis toujours, Melina est celle qui ne reste pas, ce n'est pas près de changer. Ce constat me rend étrangement triste. Je me suis attachée à elle. Je sais qu'Anya aimerait qu'elle fasse partie de la meute et plus largement de la famille, alors j'aimerai trouver les mots pour la convaincre de ne pas partir. Sans oublier Scarlet… c'est étrange, par moment, je suis submergée par un instinct de protection démesuré. Je sais qu'il provient de la part alpha d'Anya mais je continue à être déstabilisé par ce sentiment. Je n'y suis pas habituée.

Et pourtant… il est absolument hors de question que Melina brise le cœur de Scarlet en disparaissant. Anya et moi feront tout pour qu'elle choisisse de rester près de la rousse. Si je le pouvais, je lui jetterais un sort pour que l'idée d'être loin de l'hybride lui soit insupportable. Seulement, je ne suis pas cruelle. Je ne me permettrais jamais d'ôter le libre arbitre d'une personne, encore moins d'une qui vient de risquer sa vie pour la mienne.

La porte de la chambre s'ouvre doucement. Une jeune femme d'un peu plus d'un 1m70, à la peau couleur chocolat et qui est sans le moindre doute une sorcière entre discrètement. La nouvelle venue sourit à Melina et cette dernière lui fait un salut militaire, cent fois trop exagérer, un sourire moqueur au bord des lèvres. Je sursaute en voyant du mouvement sur ma gauche, je suis l'avancée de cette chose que je n'ai pas su identifier quand il s'arrête au pied de la sorcière, je reconnais le renard en origami. Je l'avais complètement oublié.

Je fixe l'Universa Vita quelque peu perplexe alors que j'étais à moitié dans les vapes, j'avais déjà remarqué la perfection du sort mais en vérité, c'est bien au-delà de ce que j'avais constaté. C'est absolument incroyable. Je suis subjuguée. Le sort a été exécuté avec une maîtrise et une précision qui relève certainement d'un travail plus que assidue. Je suis véritablement impressionnée. Je n'ai à ma connaissance, pas encore eu l'occasion de rencontrer une sorcière qui soit à ce point carré dans l'exécution de sa magie. J'adorais partager et échanger des connaissances avec elle, je suis certaine que j'apprendrais beaucoup.

Et puis, les prochains gestes se passent comme au ralenti. La sorcière sort les mains des poches de son jean. Je suis alors profondément choquée par leurs états catastrophiques. J'en ai la nausée. Je constate que la magie s'échappe des cicatrices les plus profondes. Ses mains sont purulentes de son pouvoir qui s'échappe de son corps sans le moindre contrôle.

- Par tous les Dieux…

- Je me passe sans mal de l'intervention des Dieux, s'amuse-t-elle. Melina, tu devrais aller te reposer. Je vais veiller sur elles.

- Je ne penses pas pouvoir dormir. Je vais rester.

- Tu veux vraiment jouer à ça avec moi, la menace-t-elle. Je veux bien mais tu perds toujours.

-Seulement parce que je te laisse gagner, marmonne Melina. Tu veux bien réveiller Scar s'il te plait, je me sens encore trop instable pour la toucher.

-Tu me demandes de réveiller une lycanthrope ? Tu as vu l'état de mes mains, grogne-t-elle en les exposants, je ne veux pas en plus perdre un bras.

- Jaliah, s'il te plait…

- Très bien, soupire-t-elle.

- Jaliah, je tique, votre prénom m'est familié… est-ce que je vous connais ?

- Nous ne nous sommes jamais rencontrées, me répond-elle en s'approchant de la rousse. En revanche, j'ai eu l'occasion de travailler avec Morgane à plusieurs reprises. Je crois qu'elle m'aimait bien et j'ai eu la chance d'apprendre quelque tour de la meilleure.

- Jaliah, je me souviens maintenant. Tu es une Prima Vera, je poursuis méfiante.

- Tu n'as rien à craindre de moi Raven Reyes. D'abord parce que je ne ferais jamais rien qui ferait du mal à Melina. Ensuite parce que j'avais bien trop de respect pour Morgane. Et surtout, elle me montre ses mains, parce que je ne dois plus rien au Conseil. En ce qui me concerne, toutes ces vieilles peaux peuvent bien crever la bouche ouverte dans un caniveau que je ne lèverais pas le petit doigt pour les aider. Elles n'auraient pas même le droit à un pauvre battement de cils de ma part.

Le rire moqueur de Melina me surprend. Je vois Jaliah lui répondre en levant les yeux au ciel avant qu'elle n'exécute une grimace. Sa langue claque contre son palet avant qu'un soupire lui échapper.

- D'accord, d'accord… en théorie je ne ferais rien et je les regarderais se tordre de douleur mais, un soupire désespéré fend l'air, en vérité, je suis beaucoup trop gentille pour agir de la sorte et c'est entièrement ta faute, elle pointe Melina du doigts. Scarlet, souffle-t-elle en secouant doucement son épaule.

- Hum, soupire la rousse en se calant un peu plus dans le fauteuil.

- Okay, grogne la sorcière, je vais réessayer. Melina s'en va.

- Quoi ? Où ?

Jaliah éclate de rire en s'éloignant. Melina secoue la tête d'un air désespéré. Scarlet est sur le qui-vive et je n'aimerai pas recevoir le regard menaçant qu'elle adresse à la faucheuse. Cette dernière replace ses lunettes sur son nez, non sans une grimace. Je vois à sa démarche que son corps est certainement plus amoché que ce que je peux imaginer. Elle place sa main droite sur sa nuque et penche légèrement sa tête sur la gauche.

- Tu n'étais pas obligée de lui faire peur, soupire Melina.

- La méthode douce n'a pas fonctionné, se dédouane-t-elle.

- Et dire que tu avais peur qu'Éleusis t'arrache le bras.

- Les peurs sont faite pour être surmonter. Maintenant, va dormir !

- Nous rentrons à la maison, comprend Scarlet. Comment va Raven ?

- Je vais bien, je réponds doucement.

- Rae, elle bondit pour me rejoindre, j'ai eu tellement peur. Tu… mince, je suis tellement soulagée. Ne recommence plus jamais, ton subconscient est, elle plisse le nez, comment je peux dire ça ?

- Il craint, complète sans hésiter la faucheuse.

- Melina !

- Quoi ? C'est vrai.

- Je confirme, la soutient Jaliah, vous maintenir là-dedans, elle pointe ma tête du doigts, était un vrai parcours du combattant. Allez Melina, je me suis reposée, c'est ton tour.

- Comment vous vous connaissez toutes les deux, je demande intriguée par leur relation. Je n'imaginais pas Melina agir et parler de cette manière avec qui que ce soit.

- En fait…

- Melina, Jaliah montre la porte du doigt, ne cherche pas d'excuse et va dormir !

- Très bien, elle soupire. Scar nous y allons ?

- Je…

- Jaliah nous préviendra si quoi que ce soit ne va pas, assure Melina.

Scarlet hésite, son regard passe sur moi, s'arrête sur Anya toujours endormie. Ses iris s'enflamment alors que ses deux poings se resserrent à leur paroxysme. Quand ses yeux reviennent sur moi, tout est redevenu normal. Elle acquiesce, fait un pas en arrière. J'entends la porte s'ouvrir.

- Je vais bien, j'assure pour finir de la convaincre.

Elle ne prononce pas un mot, fait volte-face et rejoint Melina. Je l'observe s'éloigner et disparaître au bout du couloir. La faucheuse me fait un petit signe de main avant de refermer la porte que je continue de fixer un long moment. Je me blottis un peu plus contre Anya.

Jaliah s'installe sur la chaise que vient de quitter Melina, elle ouvre un livre avec un sourire discret. Je fronce les sourcils en remarquant qu'il s'agit d'un ouvrage destiné aux enfants. Elle le referme et subitement, elle commence à me parler.

Durant ces quelques minutes, j'en apprends beaucoup plus sur Melina que durant ces derniers mois. Je remarque tout de même que pas une seule fois, elle n'aborde leur rencontre. Je n'ose pas lui en demander plus à ce sujet. Je suis surprise qu'elle ait pu apprendre l'essentiel de sa connaissance de la magie grâce à Melina. Je comprends aussi sans qu'elle n'ait besoin de le préciser qu'elles ont un lien très fort, comme celui de deux sœurs. Elles paraissent avoir la même complicité que Lexa et Anya mais sous une autre forme.

Jaliah me raconte un de ses souvenirs avec ma mère quand Anya se réveille. Je ne remarque pas tout de suite qu'elle s'est éclipsée pour nous laisser de l'intimité. Je profite de chaque microseconde avec elle. Je lui rappelle un bon million de fois que je l'aime. Je l'embrasse encore plus. Anya sourit, ses yeux brillent de cet amour qu'elle me porte. Je me vois à travers son regard et ce que je devine est incroyable. Je n'aurai jamais pu croire que je prendrais une telle importance pour une personne.

- D'accord, je souffle après un long silence, je veux bien essayer d'imaginer à quoi pourrait ressembler mon… notre avenir.


Voilà pour ce nouveau chapitre. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! J'ai hâte de savoir ce que vous avez pensé de ce chapitre. Raven est saine et sauve ! Une bonne nouvelle, non ? Est-ce que vous aviez imaginé qu'Anya désirait des enfants ? La discussion avec Melina vous a plu ?

Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

Durant le confinement, je me suis constituée un programme d'écriture (pour m'occuper, franchement, les journée sont bien longue...) qui devrait me permettre de vous publier 1 chapitre de "When I See You Tomorrow" en générale en début de semaines. En parallèle, je continue de publier NMRP tous les vendredi et 2 ou 3 chapitres de "Les amis ne s'embrasse pas sous la neige" par semaine. Prenez soin de vous !

En espérant vous retrouvez pour le prochain chapitre !

GeekGirlG