Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !
Quelques mots sur ce chapitre : J'attendais depuis longtemps d'écrire ce chapitre, depuis TRES longtemps, je suis contente que vous puissiez (enfin) le lire !
Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 3 : Première à mourir
My soul, I am broken by you Mon âme, je suis brisée par toi
One morning, I'll wake up renewed Un matin, je vais me réveiller, renouvelée
Don't go love Ne pars pas amour
I need you to stay J'ai besoin que tu restes
My soul, I am broken today Mon âme, je suis brisée aujourd'hui
Anna Leone - My Soul I
Chapitre 57 : Miroitement
Il était toujours là, se confondant entre la réalité et ses cauchemars. Il se trouvait dans son dos, la suivant comme un ombre. Il soufflait à son oreille, ce qui l'effrayait. Il la touchait, lui faisant du mal. Il trompait ses sens et s'imposait dans sa vie.
Il était toujours présent alors qu'elle l'avait tué de ses propres mains il y a des années de cela. Il la hantait chaque jour, chaque minute, chaque seconde. Il ne s'en irait jamais, elle avait appris à vivre avec mais parfois… elle aimerait être capable de l'oublier, celui qui lui avait arraché son âme.
Je quitte ma chambre encore à moitié endormie en m'étirant dans tout les sens, mon petit corps souffre des nombreuses transformations que je lui impose à l'entraînement en ce moment. Il faut que je fasse plus attention. Si je suis trop fatigué, je pourrai me perdre, encore. Je m'arrête devant la porte de Scarlet. Je reste plantée en face de cette planche de bois un peu trop longtemps en continuant d'étendre mes membres et en faisant tourner mes articulations.
Je suis inquiète pour Little One, hier… a été difficile.
Je ne sens pas sa présence dans sa chambre. Je tourne la tête vers les escaliers qui mène au dernier étage. Je suppose qu'elles ont encore dormi ensemble. Je souris satisfaite qu'elles aient pu trouver un moyen de se rapprocher. Elles méritent d'être heureuses, vraiment.
Je soupire. Je ravale mon instinct de protection. Je suis certaine que je m'inquiète pour rien. Scarlet est forte, elle l'a toujours été. Elle ne va pas s'effondrer parce qu'une déesse a… j'irai m'assurer tout de même qu'elle se porte bien dès qu'elle sera réveillée ! En vérité, ce n'est pas l'attaque en elle-même qui m'inquiète, c'est tout ce qui est arrivé après. Je descends pour rejoindre le rez-de-chaussée, pensive.
Melina a tellement de secrets. Je m'arrête net au milieu des escaliers alors que je me retrouve justement en face à face avec l'un de ses secrets : Yitzhaak, le frère de Melina. Il se tient bien droit, les mains repliées dans son dos, à quelque mètre de la dernière marche et il fixe l'étage. Il semble attendre quelque chose. Il n'y a aucune ressemblance physique avec Melina. Sa peau est métisse quand celle de sa sœur est blanche à outrance. Il est particulièrement grand à vue de nez, je dirais qu'il fait un peu plus d'1m90. Ses iris sont d'un vert très clair presque translucide. Ses cheveux sont très noirs, court et bouclés voir crépus. Il a une balafre sous l'œil gauche au niveau de sa pommette. Malgré sa grande taille il semble assez frêle et en même temps je devine qu'au moins ses bras sont musclés sous son pull noir à colle v uni. Ce qui m'intrigue le plus, c'est l'imposante cicatrice qu'il porte sur toute la longueur de son cou du côté gauche, depuis son oreille jusqu'à sa clavicule, il s'agit clairement d'un coup de mâchoire. D'où je me tiens je dirais celle d'un félin, un jaguar. La rune de protection recouvre ce stigmate.
J'arrive en face d'Yitzhaak et il ne bouge toujours pas, le regard continuellement fixé vers l'étage. Je me place à côté de lui pour essayer de comprendre ce qu'il regarde mais je ne vois rien. Je fronce les sourcils en fixant son profil. Il est bizarre. Je hausse les épaules en décidant d'aller me prendre un verre de lait. Je rejoins la cuisine en étouffant un bâillement et en continuant de m'étirer. Il faut vraiment que je ralentisse sur les métamorphoses. J'avale un rapide petit déjeuné et quand je veux revenir vers le salon, il est toujours là. Yitzhaak n'a pas bougé d'un cil, ça en est presque flippant. D'ailleurs, je le vois à peine respirer. Il parvient presque à tromper mes sens, on dirait une vraie statue.
- Hey, je l'interpelle, tout va bien ?
Il ne réagit pas, j'avance et subitement il tourne la tête vers moi ce qui me fait sursauter. Je n'arrive pas à le croire. Bordel ! Je porte ma main à mon cœur alors que je sens que mon corps devient instable. J'ai été si surprise que je me suis presque transformée. Merde ! Ce n'est pas normal ! Il parvient vraiment à tromper mes sens ?
- Je suis désolé, murmure-t-il, je ne voulais pas t'effrayer.
- Et bien, c'est raté ! Désolée, je reprends plus doucement en plaçant mes mains entre nous comme signe de paix, je ne voulais pas crier. C'était, je lève mes indexe, prend une forte inspiration, laisse-moi une minute.
- Tout va bien ? Demande-t-il avec une inquiétude certaine qui marque sa voix.
- Oui, je souffle en fermant les yeux.
Je dois rester concentrée. Je ne dois pas perdre le fil de la réalité. Je plie et déplie mes doigts en fermant mes paupières, je respire calmement. Je prends conscience de tout mon corps, dans chaque détail. Je ne dois rien perdre. Je me canalise et dans mes souvenir, je vois les coups de crayons habiles de Clarke, je sens l'odeur de fusons et je peux analyser tous les contours de celle que je suis. J'ai toujours pu trouver une forme plus facilement quand c'est dessiné, surtout si c'est Clarke qui la fait. Je trouve que c'est fascinant de pouvoir donner vie à certaine chose aussi facilement, de simple trait sur une feuille et absolument tout ce que l'on souhait peut exister. Je ne vais pas me perdre. Hors de question !
C'est bon, je souffle sur la longueur, tout est redevenu stable. Je l'ai échappé bel. J'ai bien failli perdre le contrôle pour quelque chose d'absolument ridicule. Cette situation ne doit plus jamais se reproduire. Plus jamais !
Je baisse mes mains en soupirant. C'est en relevant les cils que je remarque que durant toute mon introspection Yitzhaak ne m'a pas lâché des yeux. Etrange… je n'ai pas senti son regard sur moi. Est-il vraiment capable de tromper mes sens ? Il y a tellement peu de personne qui en sont capable. Et le peu que j'ai rencontré ont toujours essayé de me faire du mal. Est-ce que je dois me méfier de lui ? Est-il une menace ? Non. La réponse me vient si facilement, si naturellement, c'est purement instinctif.
- Tout va bien ?
Il m'interroge de nouveau avec une douceur incroyable et un sourire qui montre à quel point il est concerné par la réponse. Je suis surprise par sa finesse c'est comme si ces mots étaient mutés en des bras réconfortants. Je ne réponds pas immédiatement alors il penche légèrement la tête sur le côté et je crois voir ses iris se mouvoir. Cette façon qu'il a de me regarder… je me suis trompée un peu plus tôt, c'est le portrait craché de Melina. Ils ont exactement les mêmes mimiques, la même façon d'appuyer leur regard sur une personne, de sourire très légèrement et d'adoucir leurs traits pour apaiser et mettre en confiance la personne en face d'eux. Je secoue la tête pour me reprendre, cette ressemblance est déstabilisante.
- J'ai posé cette question la première, je rappelle.
-En effet, me répond-il poliment, j'attendais simplement que Melina descende. Je voudrais m'excuser. Je suis allé trop loin hier et je n'aime pas savoir que je l'ai mise en colère. Bien que, il se tourne de nouveau vers l'étage, que colère ne soit pas le mot qui définisse ce qu'elle ressent en ce moment. Je suis inquiet pour elle. Elle est, il fronce les sourcils, hors d'atteinte.
- Tu sais que tu peux tout aussi bien monter, frapper à sa porte et t'excuser à l'étage.
- Je préfère éviter, il sourit mystérieusement. J'ai pris l'habitude de ne jamais empiéter dans son espace et, son sourire s'élargit encore, elle est occupée.
- Comment tu sais qu'elle est occupée, je fronce les sourcils. Attends ! Tu l'espionnes ? Melina est avec Scar, ne les espionne pas ! Arrête de faire ton truc quoi que ce soit, arrête tout de suite !
- Je ne les espionne pas, il rit. Je peux simplement dire qu'au vu de ce qu'elle ressent en ce moment, sa priorité n'est pas de descendre.
- Pardon ? Mais qu'est-ce qui se passe là-haut ? Je vais chercher Little One, maintenant ! Ah non, je m'arrête sur la troisième marche, c'est vrai… elles ne peuvent pas se toucher.
- J'aurai peut-être dû préciser que ses émotions n'étaient pas très positives mais il est vrai que cette, il fronce les sourcils et cherche un instant le prénom de Scarlet, cette rousse semble énormément l'apaiser. Je crois pouvoir dire que personne n'a jamais réussi à calmer ma sœur de cette façon.
- Elles ont un lien très spécial toutes les deux, je réponds sans vraiment m'en rendre compte.
- Je suis étonné que Melina ne le fuit pas.
- Pourquoi, je me retourne vers Yitzhaak, elle voudrait le fuir ?
- Elle ne le voudrait pas, répond-il en haussant les épaules, mais Melina a passé sa vie à fuir ceux qu'elle aimait, il baisse les yeux et je devine une infinie tristesse, pour les protéger.
- Depuis quand tu n'as pas vu Melina ?
- Je l'ai vu hier.
Il sourit comme un gosse à qui on annonce qu'il aura le droit à une deuxième glace. J'écarquille les yeux devant la pureté et l'innocence de son sourire. C'est incroyable. Comment qui que ce soit peut renfermer une telle candeur en lui ? Je suis touchée par cette délicatesse que je remarque. Je devine aussi une grande honnêteté en lui, une transparence qui me rassure.
D'ailleurs… la façon dont il me parle est étrange. Il discute avec moi comme à une adulte pas du tout comme à une enfant de douze ans. Je trouve que c'est rafraichissant, mais c'est tout de même inhabituel. Serait-il capable de me voir au-delà de mon apparence ? Non, ce serait stupide, personne ne voit un polymorphe tel qu'il est encore moins quand il a été…
- Je voulais dire, je reprends pour ne pas me perdre dans d'horrible souvenir, avant hier, depuis quand tu ne l'avais pas revue.
- Oh, de nouveau cette tristesse, depuis très longtemps. C'était avant qu'elle, il serre les poings, avant qu'elle ne retourne aux Enfers, après la mort de notre mère. J'aurai dû faire plus pour essayer de l'en empêcher, nous aurions au moins, je devine des larmes se former dans ses yeux, il secoue la tête, mais Melina est comme lui quand elle a décidé quelque chose pour protéger les personnes à qui elle tient, rien ni personne ne peut l'arrêter, surtout pas si tu fais partie du cercle très fermé des personnes qu'elle aime.
- Tu n'as jamais voulu la retrouver ?
- J'ai toujours su où elle était. J'ai senti chacune de ses souffrances, de ses peurs, de ses doutes, tout en tout temps. Notre magie, ses doigts se plient et se déplient de façon nerveuse et je vois la manifestation de son pouvoir s'extraire de ses mains, nous lie, pour toujours et à jamais. J'aurai… ne pas l'aider quand elle en avait le plus besoin, il vient toucher la cicatrice sur son cou, était une véritable torture. Mais je suis là maintenant, son regard dérive encore vers l'étage, et je vais veiller sur elle, quoi qu'elle en dise. Moi aussi, je lui ressemble.
Je l'observe un long moment en fronçant les sourcils. Quelque chose m'alerte dans son comportement. Je n'arrive pas encore à saisir de quoi il s'agit mais je sens que c'est important. Cette façon qu'il a de se perdre dans la contemplation de l'étage, de s'égarer dans l'attente. Je crispe la mâchoire en comprenant enfin. Je clos les paupières pour éviter de partir au quart de tour en me demandant ce que j'ai bien pu faire pour mériter de subir encore et toujours ce genre d'attitude stupide.
- Tu es là depuis combien de temps ? Je soupire me doutant de la réponse.
- Pardon ?
- Depuis combien de temps tu attends que Melina descende ?
- Oh, son sourire revient, je n'ai pas bougé depuis hier, ses yeux pétillent d'impatience, de toute façon j'aurai été incapable de dormir alors autant l'attendre.
- Je m'en doutais, je roule des yeux agacés, tu t'es pris pour un loup ? Sérieusement, je redescends les quelques marches et me plante devant lui, bouge de là, j'ordonne, et va au moins avaler quelque chose.
- Je n'en ai pas besoin, il refuse cet idiot.
- Ce n'était pas une suggestion, je tranche fermement. Crois-moi, je m'y connais plutôt bien en abruti de première qui font passer leur instinct de protection avant tout le reste et il est hors de question que je te laisse rester ici, une seconde de plus, sans avoir dormis et manger depuis plus de quinze heures !
- Tu ne me connais pas et je ne…
- Mon toit, ma maison, mes règles !
- Je vois, il répond amuser, ici aussi, il se penche pour croiser plus facilement mon regard, on se prend pour un loup, il sourit, une alpha qui plus est.
- Tu ne me connais pas non plus et je ne suis pas du genre à céder.
- Très bien, il rit, je veux bien manger.
- C'est pas trop tôt, je désigne de mon indexe un point dans son dos, la cuisine est par-là.
Yitzhaak continue de sourire mais il ne bouge pas cet abruti. Il ne va tout de même pas m'obliger à le pousser jusque là bas. Il m'agace ! Et puis subitement, sa main droite s'active. Il ne prononce pas un mot mais je devine qu'il utilise la magie. Il se redresse complètement et je crois voir ses iris prendre vie comme ceux de Melina avant que de minuscules étincelles crépitent au-dessus de sa paume et qu'une pomme d'un rouge parfait tombe de nulle-part et qu'il la rattrape habilement. Il continue de me sourire, je crois deviner une certaine fierté dans son attitude et il croque dans le fruit.
- Tu te fous de moi ?!
- Je mange, il hausse les épaules alors que ses yeux retrouvent son point d'attache vers l'étage.
- Ça ne va pas le faire, je décrète de plus en plus irriter.
- Je ne comprends pas pourquoi, il sourit en continuant de manger sa pomme et sans m'accorder un regard, je mange, souligne-t-il de nouveau. C'est ce que tu attendais de moi, non ?
- Je voulais que tu arrêtes de rester planter là comme un idiot ! Melina ne va pas disparaître si tu t'assieds cinq minutes ! Alors, tu vas me faire le plaisir d'aller dans cette cuisine, maintenant avant que je décide de t'y emmener de force !
- Je n'ai pas l'intention de bouger d'ici, répond-il. Mais je veux bien continuer de discuter avec toi.
- Pardon, je grimace, je suis censée me satisfaire de discuter alors que tu es resté ici toute la nuit sans bouger. Hors de question !
- Je veux seulement m'assurer que c'est réel. J'ai l'habitude de la sentir mais la voir… quand je vais la voir, je saurai. Personne ne pourra m'enlever ce moment, pas même, il détourne les yeux pour me regarder, une jeune femme très déterminée qui se prend pour un loup.
- Une jeune femme, je répète choquer.
- C'est ce que tu es, il sourit, derrière tous ces artifices.
- Des artifices, je répète incrédule et avec une pointe de colère.
- Tous les polymorphes sont artificiels, c'est un fait, leur nature, pas un reproche.
- Je ne te permets pas, je hurle en serrant les poings, me rapprochant dangereusement de lui menaçante, retire immédiatement ce que tu viens de dire. Je suis tout, tout sauf artificiel !
- Pourtant, tu ne portes pas ton vrai visage, dit-il sans se démonter, encore une fois, ce n'est pas un reproche, il sourit de nouveau mais cette fois cet étirement me donne envie de le frapper jusqu'à ce que mort s'en suive, j'ai un très grand respect pour ceux de ton espèce, ils m'ont sauvé, accueilli, nourri, protégé, traité comme l'un des leurs. Je déplore que vous soyez aussi peu nombreux aujourd'hui.
- Tu as connu des polymorphes ? Je demande étonnée.
- C'est ce que je viens de dire, oui.
- Tu saurais où en trouver aujourd'hui ?
- Non, la communauté dans laquelle j'ai été accueil a été décimée. Je n'ai rien pu faire pour les aider. J'étais… à ce moment-là… j'étais… hors d'atteinte. Mais je suppose que s'il y en a d'encore en vie, Melina pourrait les trouver, surtout s'il reste des Driver. Tu cherches à rejoindre les tiens ?
- Non, je suis chez moi, les miens sont ici sur Hélys.
- Si tu le dis, un rire moqueur lui échappe alors qu'il croise les bras.
- C'est quoi un Driver ?
- C'est quoi un Driver, il répète en riant, tu, il écarquille les yeux en croisant mon regard, tu l'ignores vraiment ? Comment peux-tu ne pas savoir ce qu'est un Driver ? Les Driver, c'est comme les Samael ou les Hobbs chez les sorcières, voyant que je ne réagis pas il poursuit, les Lucas chez les lycanthropes.
- Ah, il fallait commencer par-là, je baisse les yeux attristés de ne pas connaître quelque chose d'aussi important, c'est donc une, j'hésite, famille importante.
Yitzhaak ne me répond pas. Je le fixe alors attendant de comprendre. Les expressions de son visage sont indescriptibles, il y a tellement d'émotions qui passent dans ses yeux que je n'arrive pas à en capter une seule avant qu'elle soit remplacée par une autre. Comment peut-on être aussi expressif ?
Il se tourne assez pour me faire face, oubliant son obsession pour sa sœur. Il me regarde, il me regarde vraiment. C'est particulièrement déstabilisant et lentement comme peut parfois le faire Melina, ses yeux dérivent légèrement au-dessus de ma tête. Il fronce les sourcils avant de croiser de nouveau mon regard, ses iris verts clair s'assombrissent subtilement par endroit, c'est comme les ombres dans une forêt. Ils prennent vie exactement comme celle de la faucheuse, sauf qu'il n'y a seulement deux couleurs qui se succède, des nuances infinies de d'emeraude et d'ombres.
Je n'avais pas réalisé qu'il appartenait aux ténèbres mais pourtant à cet instant il n'y a aucun doute possible. Je me suis assez souvent plongée dans les yeux de Clarke pour savoir à quoi ressemble l'affiliation à l'Obscurité. C'est tellement subtil chez lui, presque anecdotique. Je parviens à le distinguer, à le reconnaître mais je ne le sens pas. Encore une fois, il est exactement comme sa sœur, aucune nuance de malice n'existe chez lui et comme Melina il est très certainement beaucoup trop gentil pour ce monde.
- Depuis quand n'as-tu pas vu de polymorphes ? Me demande-t-il avec une douceur incroyable.
- Facile, je réponds tristement, jamais.
- Jamais, je devine de la douleur et de la tristesse dans ses yeux.
- J'ai été sauvé par Emily quand je n'étais qu'un nourrisson et Clarke et Lexa m'ont adoptées. Je te l'ai dit, je suis chez moi, les miens sont ici sur Hélys.
- Qui t'a appris à te métamorphoser ?
- Je suis entourée de métamorphes, je souris. Je les ai copiés. Lexa et Anya ont une maîtrise incroyable de leur loup, c'est fascinant d'apprendre avec elles. Harper est différente comme c'est une lionne, c'est plus subtil moins violent.
- Ce n'est pas comparable, les métamorphes sont des maudits, les polymorphes sont des affranchis. Tu ne peux pas te transformer comme ils le font.
- C'est tout ce que j'ai et je suis plutôt doué donc… je me passerai de tes conseils.
- Comment tu as fait pour la marque, j'ai un mouvement de recule quand il évoque la raison de tous mes maux. Tu la porte toujours ? C'est extrêmement dangereux pour toi. Es-tu seulement au courant que tu en as une ? Il faut t'en débarrasser.
- Ne parle pas de ça !
- Donc, il plisse les yeux, tu sais. Je suis rassuré, il sourit. Tu t'en es bien délestée ?
- J'ai dit : ne parle pas de ça !
Je commence à paniquer alors que d'horrible image de mon enlèvement me revienne. Je ferme les yeux pour contrôler mes émotions. Je ne dois pas perdre le contrôle. J'inspire profondément et je chasse toutes les images qui cherchent à s'imposer dans mon esprit. Je perçois encore mes hurlements de douleurs, mes supplications pour que cette souffrance s'arrête mais surtout… surtout son rire. Je pince l'arrête de mon nez pour contenir mes larmes. Je ne pleurerai pas, pas à cause de lui, plus jamais.
Yitzhaak prononce des mots dans une langue que je ne comprends pas. Je ne suis pas habituée à ne pas saisir un dialecte, c'est comme inné chez moi. Aucun lexique ne m'est étranger. J'ai toujours supposé que c'était un truc de polymorphe alors pourquoi je ne devine pas ce qu'il est en train de dire. En même temps, cette façon de s'exprimer et certains mots me sont familiers. Je cherche dans ma mémoire pour trouver un moyen de connaître ses pensées. Parce qu'à cet instant, c'est ce qu'il semble faire, Yitzhaak dit tout ce qu'il lui passe par la tête.
C'est Melina… encore. Je l'ai déjà entendu s'exprimer avec ce langage. Parfois certains mots que j'entends maintenant, lui échappe à elle. Et quand elle est blessée, dans un sommeil agité… j'en suis certaine, c'est dans ce dialecte qu'elle s'exprime ! C'est quoi cette langue que je ne suis pas capable de traduire ?
Subitement, il arrête de parler et ses yeux retrouve les miens. Un éclair de compréhension marque ses iris, qui est remplacer par de la colère avant que cette dernière ne soit complètement effacée par la tristesse. Il détourne les yeux, je le vois serrer les poings quand il dit :
- Je suis désolé. Je n'avais pas réalisé. Je n'aurai pas dû dire que tu étais artificielle sans savoir, c'était maladroit et arrogant de ma part.
- Mais de quoi tu parles ? Je prononce effrayée.
- Tu es tombée entre leurs mains, n'est-ce pas ? Tu n'utilises plus ton vrai visage parce que tu l'as perdu, à cause des naganiacz. Je suis vraiment désolé. Je n'aurai pas dû…
- Arrête ! Arrête tout de suite !
Je me retourne vivement et m'apprête à retrouver ma chambre, la sécurité. Loin très loin de ces propos et surtout des flashs terribles qui s'imposent. Son rire résonne, il me fait trembler. J'agrippe la rambarde d'une main tremblante. Je le vois s'approcher de moi. Un pas rapide, se précipite dans les escaliers. Il retire son masque et je découvre l'absence de peau, il n'y a que des muscles et des tissus. Je panique, le contrôle de mon corps m'échappe. Il prend un scalpel, en continuant de rire et rapproche la lame alors que je me débats comme une forcenée. Les bras de Thomas se referme sur moi, il me serre fort. Il me permet de reprendre pied.
- Mad's, il souffle, respire. Respire, je suis là.
- Tout va bien ? Demande doucement Jamie dans le dos de mon frère.
- C'est bon, j'entends mon frère sourire pour la rassurer, je la tiens. Je suis là Mad's, il caresse mes cheveux. Je suis là, tu n'es pas seule, tu n'es pas là-bas mais avec moi. Je suis là, il répète en serrant un peu plus ses bras, j'écoute son cœur, je suis là. C'est toi qui l'as mise dans cet état, il demande avec une irritation palpable. Qu'est-ce que tu lui as dit ?
- Madi n'a pas fait de crise depuis que nous sommes dans le passé, souligne Jamie soucieuse. Il faut que j'aille chercher Clarke ?
- Elle ne saurait pas quoi faire, assure Thomas en accentuant encore la pression de son étreinte. J'espère que je vais suffire, il souffle. Mad's reste avec moi. Je suis là. S'il te plait. Il faut que tu sois forte.
- On pourrait expliquer à Clarke quoi faire, suggère Jamie.
- Sauf que je ne sais pas du tout ce que 'ma fait pour la calmer.
- Je peux l'aider, assure subitement Yitzhaak.
- Nous ne voulons pas de ton aide, répond aussitôt Thomas. Tu es un inconnu. Je ne te fais pas confiance et tu as provoqué cette situation.
- J'ai vécu la moitié de ma vie dans une communauté de polymorphes. Je sais comment l'aider.
- Pourquoi un sorcier vivrait avec des polymorphes ?
- Parce que Melina a… disons qu'elle y tenait et elle s'est assurée qu'ils me gardent en sécurité jusqu'à ce que j'aie la morphologie d'un adulte.
- Melina s'y connait en polymorphes ?
- Pas vraiment alors que moi j'ai vécu, appris et grandi avec eux pendant un peu plus de mille ans. Je le répète : je sais comment l'aider.
Je sens que Thomas hésite. Je n'ai qu'une seule envie hurler pour qu'il accepte parce que je n'en peux plus de toute cette douleur. Et ces souvenirs… je veux que tout s'arrête, maintenant. Je sens que je pourrai pleurer et je refuse d'accorder à ces vieux cauchemar une seule autre larme. Mon corps mute mais dans l'ensemble, je parviens à garder le contrôle. J'utilise les corps de mon frère, ses bras, sa chaleur et sa présence comme un catalyseur. Il est mon point d'ancrage à la réalité, à celle que je suis.
Je ne me perdrai pas, ce n'est pas une option.
Ce ne sera jamais une option.
Je suis une Woods !
- Très bien, cèdes Thomas, mais avant, je préférais quand même que 'ma soit là. Je n'aime pas ce qui est nouveau pour ma sœur. Alors, je sens son loup s'abattre violemment contre son corps, s'il arrive quoi que ce soit à ma petite sœur, toi et moi, nous aurons un vrai problème.
- Je comprends, assure Yitzhaak, je ne suis pas non plus du genre à accepter que quelqu'un s'en prenne à ma sœur.
- Tu n'es pas un loup, grogne mon frère, tu ne peux pas comprendre !
Un rire échappe à Yitzhaak, je sens que Thomas s'agace de plus en plus. Le comportement du frère de Melina est incompréhensible. Est-ce qu'il veut que mon frère lui arrache la tête ?
- Je vais chercher Clarke, intervient Jamie, elle embrasse mes cheveux, ne vous entretuez pas tous les deux ! Je reviens tout de suite. Thomas…
- Je ne vais pas lui sauter à la gorge, Mad's a besoin de moi.
- Thomas, elle insiste.
- C'est bon, je t'assure.
- D'accord, je sens la magie et Jamie disparaît.
- Je vais porter Mad's jusqu'au salon.
- Nous pouvons rester ici.
- Je vais la porter jusqu'au salon, insiste-t-il.
- Très bien, Yitzhaak soupire.
- Un problème ?
- Non, il souffle, j'attendais seulement quelque chose de… réel. Je te suis.
L'attente est insupportable. Les interactions me permettaient de me détacher un minimum du cauchemar de mes souvenirs, mais maintenant il n'y a plus rien pour me tirer de l'horreur. Il n'y a plus que la douleur, la torture et le sang… tellement de sang. Je m'accroche un peu plus à Thomas. Je tremble comme une feuille alors que j'essaye de m'évader vers des souvenirs plus heureux. Un feu d'artifice, le rire de mes mères et les exclamations de mon frère, taché, souillé par de l'hémoglobine et il revient. Il est là, tout le temps. Il n'a pas le droit de gâcher ces moments. Il n'a pas le droit !
Son hilarité diabolique raisonne autour de moi. Il est partout. Je n'entends plus rien d'autre, pas même les battements du cœur de Thomas alors que j'ai l'oreille collée sur sa poitrine. Son ricanement se propage dans mon environnement comme un foutue parasite. Je me débats dans les bras de mon frère. Je plaque mes mains sur mes oreilles et je hurle pour essayer de faire disparaître ce gloussement si angoissant mais il ne disparaît pas… il est encore bien présent, il surpasse ma propre voix, l'effaçant même. Le rire continue, encore et encore, il me hante.
Le froid des instruments de torture qu'il faisait glisser sur ma peau avant de me charcuter, se baladent de nouveau sur mon corps comme le souffle d'un fantôme. Je m'agite de plus en plus. Je dois fuir ! L'odeur aseptisée, la rudesse du cuir, la lourdeur des chaînes, tout me revient dans le moindre petit détail. Je suis piégée. Il n'y a pas d'issue, seulement une austérité glaciale et la douleur. Je suis prisonnière avec lui. Mon pire cauchemar reprend vie.
Je suis de nouveau dans ce lit d'hôpital, le corps sanglé, en pleine mutation incontrôlable alors qu'il me charcute en se marrant. Je hurle à en perdre mes cordes vocales, jusqu'à ce que la douleur soit vraiment insupportable et que même crier deviennent impossible. Je me débats autant que possible, cherchant une forme qui pourrait me tirer de cette situation mais quoi que je choisisse, la torture ne s'arrête jamais. Il continue de me désarticuler, de me démembrer, de me découper en morceaux.
Subitement une lumière de jade irradie tout sur son passage, elle m'aveugle. Je ferme brusquement les paupières et quand j'ose de nouveau les ouvrir, tout à sombrer dans l'obscurité. Je suis encore plus inquiète, ne pas le voir m'angoisse. Il pourrait être n'importe où, me faire encore plus de mal. Des éclairs vif et éblouissant zèbrent mon environnement me révélant que je suis seule. Je me laisse tomber en arrière, je reprends une certaine constance en réajustant ma respiration. Il n'y a plus de douleur. Je tire sur mes bras et mes jambes mais je ne parviens pas à me libérer. J'essaye encore et encore. J'échoue toujours. Je jure entre mes dents en m'agitant de plus en plus. Je dois sortir d'ici. Quand je sens une main agripper mon bras, je hurle me débattant encore plus.
- Tout va bien, cette voix me rassure sans que je ne la reconnaisse nécessairement, je suis là pour t'aider. Je ne te ferais pas de mal. Je t'en donne ma parole et il n'y a rien de plus sacrée chez les YomiSin.
- Yitzhaak, j'hésite.
- Je vais te libérer, m'assure-t-il en commençant à tirer sur les chaînes.
- J'ai déjà essayé.
- Je suis peut-être plus déterminé, je le vois sourire à travers les éclaires.
- Plus déterminé, je réponds en retenant de plus en plus difficilement mes sanglots, que moi pour sortir de mon pire cauchemar, j'en doute.
- Tu veux savoir ce que disait toujours Melina sur la liberté ?
- Pas vraiment, non. Je veux juste sortir d'ici.
- Quand je faisais des cauchemars, elle m'assurait que la liberté c'était l'absence de limite. Le reflet de l'avenir et notre capacité à gérer le temps. Il m'a fallu des années pour comprendre. Un jour, j'ai été obligé de la regarder être prisonnière. Et contrairement à toi, il secoue mon bras toujours enchaîné, il n'y avait pas de chaînes. Tu es dans ta peur alors laisse-moi te demander : pourquoi te limiter à de simples chaînes ?
- Je ne te permets pas de réduire mes, je dégage violemment mon bras de son emprise et mes attaches cèdes en éclat comme du verre, peur…
- Melina disait aussi que la liberté est une statue qui bouge, il rit. Je te présente la statue, il me montre mon bras libéré de ses entraves.
- Combien de temps vous avez passé ensemble tous les deux, j'essaye de changer de sujet, je croyais qu'elle avait rejoint les Enfers et son père quand elle avait cinq ou six ans ?
- Son corps avait cinq ou six ans un peu près, notre morphologie est très différente. La vérité, c'est que nous avions tous les deux un peu plus de 500 ans quand nous avons été séparés.
- Et tu parles tout le temps d'elle comme ça ?
- Oui, il sourit, c'est ma grande sœur. Mais d'habitude, je ne prononce pas son prénom. C'est trop douloureux. Bon aller, il m'aide à me relever, je suis surprise, je suis beaucoup plus grande que d'habitude, je vais te ramener. Je te préviens, il est possible que ce soit douloureux. Je m'en excuse.
- Attends, je souffle en l'éloignant légèrement.
Je suis vraiment perturbée mon changement de morphologie. J'observe mes mains, je les tourne lentement. Je les reconnais, ce sont les miennes. Il n'y a pas de doute possible. Je les reconnaîtrais entre un milliard si c'était nécessaire. J'ai demandé à Clarke de les dessiner sur tout les angles, de centaine de façon différente pour qu'elles deviennent mon point d'attache. Ce sont elles qui m'assurent que je suis bien dans mon corps. Ce sont les miennes et pourtant… je les trouve différente.
- C'est parce que nous sommes dans ton dusza, intervient Yitzhaak, ici, il n'y a pas de place pour le mensonge.
- Tu veux dire… que… j'ai ma véritable apparence ?
- Hum, il acquiesce.
- Vraiment, j'éclate en sanglot, comment je suis ?
Il répond encore dans cette langue que je ne comprends pas alors je quitte mes mains des yeux pour le fixé. Il est difficile de bien le distinguer au milieu de cette pénombre zébrée d'éclairs vifs.
- Dis-moi comment je suis, je veux savoir !
- Ou alors quand nous sortirons d'ici, je pourrai t'apprendre à retrouver ton corps et tu le découvriras toi-même.
- C'est impossible, j'ai déjà essayé. Dis-le-moi, maintenant.
- Madi, il souffle mon prénom et il a une résonance étrange, tu veux bien me faire confiance ? Je t'aiderai, il me tend sa main, je t'en donne ma parole.
- Mais…
- Nous ne pouvons pas rester trop longtemps dans ton dusza, c'est dangereux.
- Mais…
- S'il te plait, je le vois de nouveau sourire.
Absolument tout me pousse à la défiance et pourtant, sans que je ne puisse l'expliquer, j'accepte sa main tendue. Pendant un instant je suis à nouveau submergée par des flashs et des souvenirs, mais cette fois ce ne sont pas les miens. Ce sont ceux de Yitzhaak, je vois beaucoup de rire, de sourires et d'amusement. Je découvre un lieu incroyablement beau, verdoyant et rester simple, je crois reconnaitre cet endroit c'est très semblable à la fresque sur le plafond de Melina. J'assiste aussi à sa rencontre avec Kuruk, puis celle avec Kamala et à la naissance de leur amitié. Je le vois s'effondrer, hurler, pleurer supplier et je ne comprends pas parce que malgré ses tourments il continue de sourire. Il n'arrête jamais de sourire, je le vois s'effondrer et souffrir mais il continue de sourire. Toujours.
Je reviens à moi. J'ai de nouveau conscience de mon corps. Je sens les bras de Thomas et j'entends son cœur. Je me sens soulagée et les souvenirs de Yitzhaak s'estompe jusqu'à disparaitre complètement. Des mains se faufile sur mes joues, je sursaute et un petit cri m'échappe.
- Désolée, c'est Clarke, je n'aurais pas dû…
- 'ma, je force Thomas à me lâcher et je fonce dans les bras de ma mère ce qui la fait basculer au sol.
- Okay, elle caresse mes cheveux, tout va bien. Elle va bien, n'est-ce pas, je sens son visage se tourner vers la gauche.
- Ouais, la voix de Yitzhaak est particulièrement faible.
- Et, cette fois c'est Lexa, tu vas bien aussi Yitzhaak, tu sembles particulièrement affaibli, je sens qu'elle nous aide à nous redresser mais je ne lâche pas Clarke, le visage enfouit dans ses cheveux comme quand j'étais enfant, nous n'avons pas besoin d'une deuxième Melina, elle soupire, c'est quoi votre problème ? Vous n'avez aucune notion du danger ?
- Vous auriez préféré que je laisse votre fille dans son dusza ?
- Bien sûr que non, grogne Lexa, même si j'ignore totalement ce qu'est un dusza. Je te remercie, mais il y avait peut-être un moyen pour ne pas te retrouver dans cet état.
- S'il est comme Melina, Clarke rit en continuant de me serrer dans ses bras, ma mère va l'exclure directe de l'infirmerie. Tu vas être recalé dès la première entrée !
- YITZHAAK !
Je me redresse légèrement, entendre Melina hurler n'est vraiment pas habituel. Je la vois arriver comme une furie dans le salon à peine habillé elle a enfilé un pantalon n'importe comment et simplement enfiler un gilet pas fermer par-dessus une brassière de sport. Elle est complètement essoufflée et je dois l'avouer peut-être légèrement furax. Je me tourne vers son frère inquiète pour sa sécurité et découvre que ses yeux brillent comme un ciel de 14 juillet et que son sourire est démesurément grand alors que, comme l'a souligné Lexa, il paraît à peine tenir debout et qu'un peu de sang c'est échappé de ses oreilles.
- Carrément réel, il rit aux éclats.
- D'où tu puises dans le Valaya śakti sans m'en parler ?
Leurs deux voix se mélangent parfaitement, ils prononcent les mêmes mots au même instant et si Melina paraît passablement énervée, Yitzhaak est clairement moqueur comme avec moi tout à l'heure.
- Pourquoi, Melina nous pointe du doigts, Madi et Clarke sont par terre ?
- Madi a eu une crise, répond Thomas en se levant du canapé. Tu te sens mieux Mad's ?
- Hum, je souffle en refusant toujours de lâcher Clarke.
- Quel genre de crise ? Veut savoir Melina avec une net inquiétude dans la voix.
- Pourquoi tu ne lui as jamais parlé des Driver ? Demande Yitzhaak.
- Pourquoi je lui aurais parlé des Driver ? Répond-elle.
- Parce que Madi ignore absolument tout de sa condition de polymorphe étant donné qu'elle a été élevée par une métamorphe et un semi-démon, qu'elle a été la victime des naganiacz et qu'apparemment il lui arrive d'être piégée dans son dusza.
- Okay, elle laisse traîner sur la longueur et je sens son regard sur moi, j'ignorais tout ça. Sauf pour le premier point évidement, je la vois s'accroupir devant moi. Tu veux bien me regarder Madi, elle demande avec une douceur incroyable, s'il te plaît, j'aimerai vérifier quelque chose.
- Je n'ai rien abimé, bougonne Yitzhaak.
- Rien à voir, lui répond immédiatement sa sœur.
- Où est Little One ? Je murmure en refusant encore de bouger.
- Éleusis dort encore, elle me répond en souriant, elle a eu du mal à s'endormir mais elle va bien, j'étais certaine qu'elle avait deviné mon inquiétude. Tu veux bien me regarder maintenant ?
-Tu appelles la rousse Éleusis, s'étonne Yitzhaak.
- C'est ce qu'elle est, assure aussitôt Melina.
- Sérieusement ?
Melina lui répond dans cette même langue étrange que Yitzhaak a utilisée à plusieurs reprises. J'ai maintenant la certitude que je l'avais bel et bien entendu de la bouche de la faucheuse. Ils semblent se disputer, c'est vraiment étrange de voir Melina agir de la sorte. Déjà, son comportement avec Jaliah m'a alerté à plusieurs reprises. C'est comme si elle était une autre personne avec la sorcière, mais avec son frère c'est encore une autre part d'elle qui ressort. Cet instinct de protection démesuré qui émane d'elle paraît être décuplé.
Je me détache lentement et prudemment de Clarke mais je garde une certaine proximité. Elle me sourit doucement en caressant ma joue. Je ferme les yeux, ces moments avec elle me manquent terriblement. Je lève les yeux pour découvrir Lexa qui se tient bien droite et qui soutient le dos de Clarke avec ses jambes. Elle me sourit avant de se pencher légèrement et de poser délicatement sa main sur le haut de ma tête, mon cœur bondit quand elle les ébouriffe légèrement. J'adore quand elle fait ça.
- Tu nous a fait peur, dit-elle doucement.
- Désolée.
- Tu devrais peut-être me dire ce que je dois faire si cette situation se reproduit, suggère Clarke.
- Ça ne se reproduira pas, je refuse, jamais.
- Madi, Thomas caresse mon dos, ce n'est pas quelque chose que tu dois prendre à la légère. Si c'est arrivé une fois…
- Ça n'arrivera pas, je hurle.
La discussion animée entre Yitzhaak et sa sœur se stoppe net après mon intervention. Je les vois échanger un étrange regard que je serai bien incapable d'interpréter. Puis toute l'attention de Melina revient sur moi, un simple sourire de sa part et je me sens en sécurité. Je ne sais vraiment pas comment elle parvient à produire un tel effet, c'est complètement insensé. Elle me demande de nouveau avec une douceur incroyable de la regarder. Je m'exécute sans lâcher la manche de la veste de Clarke.
Melina ferme les paupières, elle inspire profondément. Mon regard divague et sans le vouloir mes yeux s'arrêtent sur des traits que je devine sous sa brassière. Est-ce qu'elle a un tatouage ? Je le fixe longtemps et subitement d'autre trait apparaissent sur sa peau au niveau de ses côtes, et sur le dos de ses mains qui sont calés sur ses genoux. Je cligne des paupières et tout a disparu, mon regard revient vers le sien quand elle remonte ses lunettes sur le haut de sa tête. Ses iris ne sont plus de mille et une couleurs pastelles, mais d'un vert grisé étonnement normal.
- Melina, Yitzhaak paraît inquiet, qu'est-ce que tu fais ?
Evidemment, elle ne répond pas. Ce n'est pas vraiment étonnant. Je me perds quelque peu dans ses yeux. Je ne comprends pas du tout ce qu'elle fait. Elle est simplement en train de me regarder. Il ne se passe rien du tout.
- Melina, insiste son frère, arrête !
- Okay, elle ferme les paupières et replace ses lunettes sur son nez, j'ai eu le temps de voir ce que je voulais, elle sourit.
- Tu es complètement folle !
- Après ce que Madi a fait pour moi hier, elle se redresse, je lui dois bien ça.
- Est-ce que j'ai une chance de savoir ce qu'il vient de se passer ? Demande Lexa.
- J'ai ouvert une porte, répond Melina en s'étirant.
- Tu as conscience à quel point c'est dangereux pour toi, s'agace Yitzhaak.
- Pas tant que tu sembles le croire puisque tu as donné ta parole à Madi.
- Comment, il souffle, comment sais-tu que…
- Le Valaya śakti n'agit pas de la même façon sur moi, elle élude. Madi tu sais ce que veut dire : Fui Ibi, n'est pas ?
- J'étais là, j'acquiesce, en latin.
- Si, elle lève son indexe, et je dis bien si, un jour tu te retrouves de nouveau coincé dans ton dusza, prononce ces mots, Yitzhaak et moi seront immédiatement prévenus et nous viendrons t'aider.
- Pourquoi tu voudrais faire ça ?
- Nous sommes une famille, elle sourit, n'est-ce pas ?
- C'est vrai, je souris à mon tour.
Sans que je ne comprenne comment, plusieurs heures s'écoulent en un battement de cils et je me retrouve seule, avec mes pensées sur la balancelle. Je déteste cette sensation. Je suis triste, je me sens tellement faible. Je frissonne aux souvenirs de ce que j'ai pu ressentir… tout paraissait tellement réel. Je ne pensais pas pouvoir perdre pied de cette façon à nouveau. Je n'arrive pas à comprendre ce qui m'est arrivée. J'étais complètement piégée dans mon pire cauchemar, mes souvenirs…
Je sursaute légèrement en voyant apparaître une tasse fumante devant moi. Je lève les yeux pour découvrir Little One un sourire quelque peu incertain mais franc sur les lèvres et un plaid dans les mains. Elle n'a pas dit grand-chose aujourd'hui, mais ses regards insistants m'ont révélés son inquiétude. Je sais que par moment, elle se retrouve complètement frustrée de ne pas trouver les bons mots alors, elle ne dit rien mais elle agit.
Sa présence me rassure, pas autant que celle de Clarke, Lexa ou Thomas mais je me sens tout de même beaucoup mieux depuis qu'elle m'a rejoint. Je finis le thé qu'elle m'a apporté, dépose la tasse au sol et m'emmitoufle dans le plaid en levant les yeux vers le ciel pour regarder le ciel s'assombrir. Les étoiles vont bientôt arriver.
Alors que mes yeux ne quittent pas les Cieux, je me perds à nouveau dans d'horrible reconstruction. C'est tellement difficile. Je voudrais être capable d'oublier, mais quoi que je fasse il me poursuit où que j'ailles. Son souvenir, son rire et ses tortures. Peut-être que je devrais arrêter de vouloir l'effacer à tout prix et commencer à avancer avec, c'est comme arborer une cicatrice. Une polymorphe ne peut pas avoir de stigmate, la peau se renouvelle trop vite pourtant je porte bien une trace qui va rester à tout jamais indélébile et je crois qu'il est temps de l'accepter.
Je baisse lentement mon regard et je fixe mes mains en me demandant si ce serait plus facile à accepter si j'avais des marques sur le corps pour prouver tous les maux que j'ai subi. Je tourne et retourne mes mains en cherchant une réponse. Je me tourne assez pour observer Scarlet. Je ne connais personne d'autre qui porte autant de marques de l'horreur de son passé. Et, je ne suis pas certaine qu'elle s'en sorte mieux que moi mais nos blessures sont tellement différentes. Ce n'est pas comparable. Enfin… je crois.
- Il m'a vu, je souffle, Yitzhaak, il m'a vu.
- Tu as dit quelque chose ?
- Quand j'étais bloquée dans ce… truc dont j'ai oublié le nom, j'inspire profondément, Yitzhaak m'a vu.
- Je suis désolée Madi, réponde tout doucement Little One, je ne suis pas certaine de comprendre ce que tu veux me dire.
- C'est, je me frotte les paupières de mon pouce et mon indexe, il… il… j'étais… là-bas j'avais mon vrai visage.
- Mince, elle souffle, il a pu te le décrire ? Tu vas pouvoir le retrouver ?
- Non, il n'a… il a refusé de me dire à quoi je ressemblais.
- Tu veux que je m'occuper de le frapper jusqu'à ce que sa langue se délie ? Je peux y aller maintenant ! Tu n'as qu'un mot à dire.
- Non, je souris attendrie par son comportement.
- Tu en es certaine ? Elle fronce les sourcils, méfiante.
- Hum. Il a dit qu'il allait m'aider à retrouver mon corps. Il a donné sa parole.
- Sa parole, souffle Scarlet, il n'y a rien de plus sacré chez les YomiSin.
- Qu'est-ce que tu viens de dire ?
- Yitzhaak va t'aider, elle m'assure avec un sourire, parce qu'il n'y a rien de plus sacré que la parole d'un membre du Cercle YomiSin.
- Comment tu peux en être certaine ?
- Melina, elle souffle.
Je l'avoue, c'est un argument de taille. Je détaille Little One avec un peu plus d'attention, depuis quelque temps, elle est vraiment plus heureuse. Elle ne fait pas semblant, pas même une seconde. Elle se contrôle moins aussi, elle s'autorise beaucoup plus à être elle-même et je trouve que c'est rassurant. Bien que je dois avouer que de sentir son dragon prêt à sortir a été une expérience effrayante. J'ignore si les autres s'en sont rendus compte, mais Scarlet était vraiment à la limite. Je ne sais pas du tout ce qui se serait passé si Jeda était parvenue à atteindre Melina.
Ce lien étrange et inexplicable entre elles semble s'accroître de jour en jour. Elles se comprennent, s'attendent et s'apprivoisent. Melina met en lumière des caractéristiques chez Scar dont j'ignorais l'existence et la faucheuse se révèle un peu plus. C'est fou quand j'y pense. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un comme elle. Avant il n'y avait rien d'autre que la défiance et plus nous apprenons à la connaître plus il est évident que c'est juste la personne la plus incroyablement gentille qui puisse exister. Je peine à croire que nous ayons pu être aussi exécrables avec elle juste à cause de sa nature. Je m'en veux énormément.
Et plus j'apprends sur Melina, plus mes inquiétudes grandissent. Je l'ai vu de mes yeux se sacrifier dans le passé. J'ai assisté à son dernier souffle. Je n'arrête pas d'y penser. Une part de moi m'alerte. Plus le danger approche, plus cette guerre devient une réalité et plus je me dis qu'elle serait capable de recommencer. D'autant plus qu'elle n'arrête pas de dire que si le prix à payer pour nous sauver c'est sa vie, elle n'hésitera pas.
Je n'arrive pas à la comprendre. Je sais qu'elle aime Scarlet, pas besoin de lui demander, c'est une évidence. Alors, comment peut-elle aussi peu tenir à la vie ? Comment peut-elle concevoir de laisser la personne qu'elle aime seule ? Comment peut-elle prendre le risque de briser le cœur de Little One ? Je ne la comprends pas ! Et c'est pour cette raison que le jour où tout va imploser, je ne la lâcherai pas d'une semelle. Je ne la laisserai pas recommencer ! Ce ne sera pas sa vie, contre la nôtre. Hors de question !
Scar en mourrait…
- Comment, j'hésite, entre toi et Melina, je reprends, tout se passe bien. J'ai remarqué que vous vous êtes rapprochées, je lui souris.
- Elle a dit qu'elle m'aimait, Scarlet murmure tout bas.
- Eh ben…
- Moi, je ne lui ai pas dit. Je n'y arrive pas.
- Pourquoi ?
- Je… parce que c'est effrayant. Elle… Melina, il y a des moments où elle est… je ne sais pas… hors d'atteinte. Je crois que j'ai peur que… tu sais, qu'elle… disparaisse.
- Je comprends.
- Et… elle a tellement de secrets !
- Mais elle se confie à toi non ?
- Oui, elle souffle.
Je croise mes jambes en tailleur et penche la tête en arrière pour observer les étoiles. Je réfléchis à ce que je viens d'apprendre. C'est sans regarder Little One que je reprends :
- Je crois qu'il y a quelque chose que nous avons tous tendance à oublier à propose de Melina. C'est qu'elle vit depuis plus de 2000 ans et que plus de la moitié de sa vie a été une succession de tortures inimaginables. Je crois que nous ne pouvons pas lui reprocher de vouloir se protéger, en supposant qu'elle soit capable d'être assez égoïste pour penser qu'elle en ait le droit ou alors tous ces secrets sont encore là pour assurer la sécurité des autres. Sa réaction quand Yitzhaak est apparu… je n'ai jamais vu une réaction comme la sienne et pourtant, nous sommes entourés de lycanthropes, les êtres les plus surprotecteurs qui existent, mais sérieusement… ce regard qu'elle a eu… tu l'as vu toi aussi, n'est-ce pas ? Combien crois-tu qu'il existe de personnes à qui Melina voue sa vie ? Il y a nous, Jaliah, maintenant Yitzhaak… combien d'autre ?
- J'en sais rien du tout, répond Scarlet la gorge nouée. A l'écouter, il y a toujours quelqu'un qui a besoin d'elle. Elle part, les aide et revient blessée. Jusqu'au jour ou… et si elle ne revenait pas ?
- Je n'ose pas imaginer ce que tu ressens quand tu la vois partir.
- C'est horrible ! Je n'arrête pas de lui dire qu'elle est importante, mais elle ne m'écoute pas ! C'est… elle est tellement… c'est une emmerdeuse !
- Tu as raison, je ris, une vraie emmerdeuse. Mais cette emmerdeuse fait partie de la famille et nous prenons soin des nôtres. Je veille sur elle, moi aussi.
- Merci.
- Je ne permettrai pas qui lui arrive malheur, pas après ce que nous avons vu dans le passé. Melina a assez souffert.
- Et ce n'est que la partie immergée de l'iceberg…
- A quel point s'est-elle confié à toi ?
- Elle me parle beaucoup. Je… parfois, j'aimerai juste pouvoir la prendre dans mes bras et ne plus jamais la lâcher mais même ça c'est interdit. Ne pas la toucher, elle passe ses mains sur son visage en soupirant, je te jure que ça me rend folle !
- Tu arrives à la toucher, de temps en temps.
- Ce n'est pas assez, elle retire ses mains de son visage, tourne la tête vers moi, les larmes aux yeux, il n'y a pas de mots assez… après tout ce qu'elle a vécu aucun mot ne peut… je ne sais jamais quoi dire. Je me sens si démunie. Alors j'aimerai… je ne sais pas, lui montrer qu'elle n'est pas seule, qu'elle ne le saura plus jamais mais…
- Je comprends, je murmure. Je suis désolée Little One.
- Et il y a Bastian, elle grogne, sérieusement, je ne comprends pas comment elle peut ne serait-ce tolérer sa présence. A chaque fois que je le croise j'ai envie de lui arracher la tête mais elle… putain, elle continue de lui sourire, elle est tellement polie avec lui ! Sérieusement, comment nous pouvons vivre sous le même toit que ce… ce… tout le monde a envie de le tuer mais pas elle, pourquoi ?
- Tu lui as posé la question ?
- NON !
- Okay, je souris amusée.
- Parce que je suis sûre que sa réponse m'agacera encore plus !
- Je crois que tu n'as pas forcément tort, je grimace.
- Une emmerdeuse !
- Une vraie de vraie, je ris.
Un long silence s'installe entre nous et j'apprécie le moment. Ce voyage dans le temps foireux aura au moins eu le mérite de nous rapprocher. Je suis vraiment heureuse que nous puissions discuter comme aujourd'hui. C'est agréable et je sais que je peux aborder des sujets différents avec elle, je n'ai pas les mêmes réserves qu'avec Thomas.
- Je peux te poser une question difficile et personnelle ?
Scarlet se tourne vers moi, elle est attentive, son regard passe sur moi lentement avec une certaine méfiance. Elle baisse les yeux, un soupire lui échappe, ses paupières se ferme et elle inspire profondément. Je suis surprise en la voyant se lever de la balancelle. Mince… je suppose que j'ai été trop loin. Mais contre toute attente, elle s'assoie en face de moi, repli ses jambe contre elle et les serre de ses bras avant de coincer son menton entre ses genoux et de plonger ses yeux qui vacillent entre ses trois entités dans les miens. Je sursaute presque quand elle reprend :
- C'est à propos du jour, sa fragilité me touche en plein cœur, où mes parents sont morts ?
- Tu n'es pas obligée de répondre si c'est trop difficile.
- Si ma réponse peut t'aider…
- Je ne veux pas que tu te forces.
- Vas-y Madi. Je ne suis pas une petite chose fragile.
- Qu'est-ce qui te ramènes là-bas, quoi qu'il arrive ?
- Tu veux dire ce qui active le souvenir quoi que je fasse ?
- Hum… encore une fois, tu n'es pas obligé de répondre.
- Le froid, elle répond tout bas en baissant les yeux jouant avec les lanières de son sweat à capuche vert foncé, et la neige, elle revient croiser mon regard, je déteste la neige. C'est, elle fait tourner le fil autour de son indexe, fatale pour moi, je suis incapable de contrôler mes émotions quand… tout est blanc. Tu sais ce qui est perturbant, un sourire triste étire ses lèvre, Melina est tout le temps frigorifiée. C'est horrible, un rire sans joie lui échappe, je pensais ne plus jamais avoir froid après… ce jour-là.
- Je ne t'ai jamais vu péter un câble comme moi pourtant, je sais que tu fais des cauchemars, j'ai vu Thomas calmer plusieurs de tes crises d'angoisses mais tu as toujours cette, je grimace, maîtrise. Comment tu fais ?
- Anya, elle souffle, elle m'a appris à, elle fronce les sourcils, compartimenter. Tu sais, Anya n'est pas aussi forte qu'elle en a l'air, elle a énormément de failles, beaucoup, elle croise mon regard, vraiment beaucoup de peurs. Tu n'as pas idée de ce qu'elle doit faire pour garder la tête hors de l'eau et je n'utilise pas cette métaphore pour rien. Si pour moi c'est la neige, Anya c'est la noyade. Je l'ai réveillé tellement de fois alors que… je ne me maîtrise pas mieux que toi Madi, ni moi, ni Anya, elle force un sourire, je fais mieux semblant, c'est tout.
- Et si demain il neige, qu'est-ce que tu fais ?
Scarlet se tend, ses iris s'enflamment dangereusement. Elle déplie ses jambes en les croisant en tailleur, elle appuie ses coudes sur ses genoux et tape son poing droit dans sa paume gauche. Je m'en veux de l'avoir mis dans cet état. Je n'aurais jamais dû lui poser cette question, c'était idiot.
- Ou…
- Je suppose que je m'enferme dans ma chambre et que je pleure toute la journée, elle dépite ces mots à une vitesse incroyable. Ou alors, elle déglutit difficilement alors que ses yeux sont clairement ceux d'un dragon, je brûle tout, elle pleure, absolument tout.
Elle inspire profondément, resserre ses doigts de la main gauche sur son poing lui-même vigoureusement pressé. Ses jointures deviennent blanches et ses bras en tremblent. Elle clôt ses paupières, prend plusieurs grandes respirations avant d'ouvrir lentement les yeux, tout est redevenu à la normal dans ses iris.
- Anya n'aimerait pas ma réponse, elle soupire. J'ai tendance à, elle libère ses mains, en écartant les doigts, pouf, elle souffle, imploser quand je perds le contrôle. Ce qui est arrivé dans le passé avec la magie et tout le reste, elle secoue la tête, ce n'était pas la première fois. Toi, tu sombres dans un espèce de subconscient au nom imprononçable, moi… je détruis tout. C'est pour cette raison que je dois compartimenter, me contrôler. Parce que personne ne sait ce qui se passerait si je perdais vraiment le contrôle.
- J'aimerai pouvoir faire quelque chose quand ça arrive, même exploser parce qu'être complètement paralysé c'est, je secoue la tête, je déteste me sentir aussi vulnérable.
- Thomas m'a dit que tu n'en avais jamais parlé, de ce qui t'étais arrivé je veux dire.
- Et je ne veux pas en parler.
- Je peux très bien le concevoir, mais tu devrais peut-être trouver un moyen d'extérioriser… pas forcément avec des mots.
- Tu en parles toi ?
- Pas vraiment… mais pour moi, c'est différent. Tout le monde sait ce qui est arrivé.
- Ce n'est pas différent, j'assure aussitôt, personne ne peut savoir ce que tu as ressenti à ce moment. Ils… nous avons notre propre version de ce qui c'est déroulé ce jour-là et tu as la tien.
- Tu as sûrement raison.
- Tu arrives à imaginer, je reprends pensive, pour toi, c'était plusieurs attaques sur 5 ans, une journée ou tout à vraiment basculer et des mois de souffrance. Pour moi, 192 jours de… 192 jours, et toute la reconstruction qui a suivie. Pour Melina, c'était plus de 1000 ans… comment on fait pour vivre avec ça ?
- Melina souffre encore, répond Scar sans s'en rendre compte.
- Little One…
- Je suis très sérieuse. Elle se sent responsable pour quelque chose dont je ne peux pas te parler et ça la ronge de l'intérieur. Elle ne trouvera pas la paix tant qu'elle n'aura pas arrangé les choses. C'est justement ce qui me fait peur. Elle est prête à tout pour réparer son erreur. Donc ce n'est pas 1000 mais plutôt toute sa vie qui est un véritable tourment de chagrin et de peine. Melina est née au milieu de la douleur et de la mort.
- Comment tu penses qu'elle parvient à gérer ?
- Elle ne gère pas, soupire Scarlet. Elle ne gère pas du tout. Pourquoi est-ce qu'elle revient toujours blessée ? Elle dit que c'est parce qu'elle fait des trucs stupides quand les personnes à qui elle tient sont en danger. Je dis qu'elle se… punie, même si c'est inconscient. Et, elle tourne la tête sur la gauche, sourit avant de se relever, elle arrive, elle sourit.
Je regarde dans la même direction que Scar mais je ne vois, ni ne sens rien. Je m'apprête à lui en faire part quand je vois apparaître des jets de lumière arc-en-ciel. Sérieusement… comment elle a su ? Je veux bien qu'elles aient un lien mais là, ce n'est pas un peu trop ? Je n'ai jamais vu Lexa savoir avec exactitude où se trouvait Clarke. Je l'ai vu douter parfois quand 'ma utilise l'abscondam mais une telle précision, ça en devient presque risible.
Melina apparaît avec Yitzhaak à ses côtés, ce dernier se plie en deux et semble sur le point de rendre son repas. La faucheuse éclate de rire et je crois l'entendre le traiter de "petite nature". Le sorcier se redresse bombe le torse et lui répond encore dans cette langue incompréhensible avant de blêmir légèrement et de se pencher à nouveau et de prendre de forte respiration sous le regard amusé de sa sœur.
- On dirait deux gamins, je commente en plissant le nez.
- Oui, répond Scarlet avec un magnifique sourire sur les lèvres.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- La colère est enfin passée.
Voilà pour ce nouveau chapitre. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! J'ai hâte de savoir ce que vous avez pensé de ce chapitre. C'est un chapitre un chouilla moins sombre que les derniers… quoi que ?! Vous en avez appris plus sur le passé de Madi et vous avez appris à connaître un peu Yitzhaak (qui ressemble un peu trop à Melina pour le bien d'Abby et la tranquillité d'esprit de tout les autres). En tout cas, il va pouvoir aider Madi et ça c'est cool ! La relation de Madi et de Little One s'améliore encore, elles en deviennent presque sœurs à se faire des confidences de cette manière.
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
En espérant vous retrouvez pour le prochain chapitre !
GeekGirlG
