Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !
Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 3 : Première à mourir
I waited for you Je t'ai attendu
I died inside my own head A l'intérieur je suis mort
And i'd die again for you Et je mourrais encore pour toi
I'm faded and tired Je suis fané et fatigue
Completely uninspired Complètement banal
And i'd die again for you Et je mourrais encore pour toi
Smile Empty Soul - For You
Chapitre 59 : (Sur)vivre
- Le soleil se couche, il est temps de rentrer à la maison, ton père t'attend. La nuit et la lune te sont interdites. Viens avec moi.
- Non.
Je regarde impuissante le bouclier se brise avec une facilité déconcertante. Je déteste le sentiment que me laisse mon incapacité à nous garder en sécurité. Je n'écoute pas vraiment ce qui se dit autour de moi. J'ai les poings serrés, ma magie s'accumule dans mes mains. Je pourrais riposter, renforcer la seule barrière qui nous tient encore éloigné de la bataille qui devient inévitable, mais je sais que ce serait inutile. Je ne ferais que perdre des forces et j'ai besoin d'être en possession de tous mes moyens.
Les échos de voix se rapprochent, ils se frayent un chemin et ça m'oblige à décrocher mon regard de mon obsession. J'ai échouée. Je n'ai pas réussi à créer une protection assez puissante. La mort s'immisce partout et en tout temps. Rien ni personne ne peut l'arrêter. Il n'y a pas que la magie qui crépite dans mon corps mais aussi l'obscurité de mon père. Je suis folle de rage, mais au moins il n'est pas là. Je ne vais pas devoir affronter le dernier membre de ma famille.
- Raven, mon prénom se répercutant en une répétition infinie.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Je demande en me tournant vers Clarke.
- Tout va bien ? Je la regarde mais sans vraiment la voir. Hey, elle passe une main devant mes yeux, Raven ?!
Je préfère accrocher mes yeux à Anya. Elle s'est isolée avec Lexa. En apparence elle est calme mais je sais que ce n'est qu'une façade. Elle est terrifiée. Pas pour les raisons qui paraissent évidentes, ce n'est pas pour elle qu'elle a peur, mais pour nous, ceux qu'elle aime. Pour une personne qui n'a jamais fait la guerre, son impassibilité m'impressionne. Je suis certainement la seule à percer à jour ses failles, même Lexa paraît bernée alors qu'elle est du genre attentive.
- Raven, insiste Clarke.
- Quoi ?
- Tu agis super bizarrement !
- Tu es trop calme Clarke, je soupire, alors que j'ai mille pensées à la seconde.
Je ne lui accorde pas un regard restant focalisée sur Anya. Tout implose autour de nous et tout ce que je souhaite, c'est être près d'elle. Je sais que je ne devrais pas être aussi pessimiste, mais ce sont peut-être nos derniers moments. Nous sommes clairement en sous nombre et notre force de frappe est plus que inférieur. Et si… si… ça doit être notre fin, je ne veux pas être loin d'elle. Pas même une seconde.
- Tu crois que si nous en avons besoin, je vais y arriver ?
- Tu es tout aussi inquiète que nous, je réalise.
- Evidemment, je ne veux pas tout perdre. Je ne suis pas sereine en sachant que le Clan Skaikru est présent. Autant de démons dans un même lieu n'augure jamais rien de bon.
- Rassure-moi, tes ténèbres sont indépendantes, je m'inquiète subitement, parce que sinon, tout notre entraînement n'aura servi à rien.
- J'étais seulement rattachée à mon père et maintenant, je l'entends sourire, il n'y a que Lexa.
- Tu vas y arriver Clarke, je lui assure. Tu as fait énormément de progrès.
- J'aurai aimé en parler avec Lexa avant.
Je sursaute en entendant une nouvelle couche du bouclier imploser. Je grimace en sentant la magie rejoindre violemment mon corps. Je détache mes yeux d'Anya pour analyser la barrière. Il ne nous reste vraiment plus beaucoup de temps avant que tout s'effondre, à peine cinq sorts nous protègent encore et ils sont loin d'être les plus puissants.
- Anya, Lexa, j'appelle, il faut nous préparer.
- Tous les lycanthropes sont en place, m'informe Lexa en rejoignant Clarke.
- Tout le monde sait ce qu'il a à faire, ajoute Anya. Nous n'avons plus qu'à tenir le plus longtemps possible.
- Je ne vois toujours pas Melina, je dis prudemment.
- Personne ne sait où elle est, Anya serre ses poings à leur paroxysme, pas même Scar.
- Je suis certaine qu'elle va bien, je tente de la rassurer.
- Je ne la sens pas Rae, c'est comme si elle c'était complètement volatilisée. Je n'aime pas ça, son loup s'impose dans ses yeux. J'ai un mauvais pressentiment.
- Je n'aime pas ça non plus.
Je souffle en parlant de son influence sur Anya. Il est trop proche, beaucoup trop proche de son humanité. J'appréhende qu'elle soit obligée de se transformer. J'ai peur qu'il l'efface. Je sais que c'est certainement stupide et qu'Anya a une grande maîtrise sur lui mais après ce qui c'est passé hier… je suis… et s'il devenait de nouveau violent, sauvage et qu'il me reconnaissait à peine. S'il m'enlevait Anya ?
Une nouvelle implosion me fait sursauter. C'est trop tôt ! Je ne peux pas croire qu'un nouveau sortilège ait déjà lâché. Pourtant, je ne ressens pas mon pouvoir me revenir et je ne distingue aucune autre faille dans la barrière. Il n'y a qu'une seule autre explication possible, quelqu'un est passé, une personne a forcé le passage.
- Je me transforme maintenant, demande Lexa, ou j'attends ?
- Attends, je souffle, les Cieux, je lève les yeux.
Il parcourt le ciel pendant un long moment avec aisance avant d'atterrir à quelques mètres de moi, mon père. Je sens ma mâchoire tomber légèrement alors qu'il me sourit. Il secoue ses ailes. Ses yeux me détaillent pour la première fois depuis très longtemps. L'amour et la fierté que je devine dans son regard me touche en plein cœur. Je crois que je pourrais en pleurer.
- Euh, souffle Clarke, allié ou ennemi ?
- Misik'ilik'ili, appelle Jeda, visiblement en état de choc, comment… tu es toujours en vie ?
- Mon frère, reprend aussitôt celui que nous avons identifié comme le Dieu de la mort, le père de Melina, tu as réussi, tu as passé ces stupides sortilèges, aide-nous à entrer.
- Ennemi, grimace Clarke tout bas.
- Je suis bien des choses Ænkhou mais certainement pas ton frère, répond mon père avec une prestance incroyable sans se retourner continuant de me regarder comme si j'étais la plus belle chose sur Terre, je t'ai déjà regardé orchestrer la mort de ma chaire et de mon sang, de l'amour de ma vie, ne pense pas que je vais rester impassible alors que tu t'en prends aujourd'hui à ma fille.
- Je suis certain de t'avoir fait tuer ce jour-là, assène Ænkhou, ce lien que tu as noué avec cette arrogante sorcière aurait dû t'achever. La mort était ta punition pour nous avoir trahis.
- Comme tu étais convaincue de la mort de ta fille, il sourit en me quittant des yeux pour les affronter, qui exactement crois-tu a été être capable de te berner sur quelque chose d'aussi important ?
- Meleina t'a sauvé, sa colère est palpable, comment a-t-elle osé ? Je suis la mort !
- C'est Melina, mon père souligne, et elle ne m'a pas sauvé. Il était trop tard pour ça.
- Ton immortalité, prononce Jeda les larmes aux yeux.
- Melina est beaucoup plus douée que toi pour jouer avec la mort Ænkhou. Elle la manipule avec bien plus de sagesse, si tu m'as cru mort c'est parce que je le suis, du moins une part de moi l'est.
- Tu n'es plus l'un des nôtres, comprend l'un des huit, tu n'es plus un Dieu.
- Où est ma fille ? Hurle le Dieu de la Mort. Où est cette enfant maudit ?
- La connaissant, mon père rit doucement avec une grande bienveillance dans le regard, certainement à faire quelque chose de stupide.
- Que Meleina ait pu te sauver en te faisant renoncer à ton immortalité, reprend Jeda sur un ton qui m'effraie, je peux le comprendre, mais que tu puisses lui survivre je ne peux pas le concevoir.
Un rire, je crois que c'est un rire puisque ce son n'a rien de vraiment reconnaissable s'abat sur nous. Je comprends immédiatement que cette manifestation provient de Baetan-ihm. Ses manifestations d'Obscurité se forment et se déforment suivant l'écho de cette tonalité étrange. Des amas d'une fumer de ténèbres lourdes et massives s'abattent à ses pieds. Il semble avoir du mal à maintenir son apparence en place et je crois même deviner un corps derrière tous ces frivolités.
- QQQQQqqqqquand penssssses-tu Ænkhou, de nouveau ce phénomène étrange qui pourrait être un rire, Mele… cccccet enfant est exactement comme sssssa mère ! TTTTTtttttu devrais faire plus attention, la prophétie est toujours d'actualité.
- Bae, prononce mon père avec une douceur que je ne comprends pas, il n'est pas trop tard, il tend sa main vers le monstre d'Obscurité, tu peux nous rejoindre. Ta place n'est pas avec eux, elle ne l'a jamais été.
- Baetan-ihm m'appartient, vocifère Ænkhou, vous m'appartenez tous ! Je suis le Dieu des Dieux ! La mort, l'inéluctable même !
- L'une de ses Ombres t'appartient Ænkhou seulement elle, pas lui.
- JJJJJjjjjje sssssuis à ma placcccce.
- C'est faux !
La voix de Yitzhaak nous fait tous sursauter, même mon père. Le frère de Melina s'avance calmement avec une démarche inébranlable. Depuis que je le connais, je ne l'ai jamais vu agir de la sorte. Il est plutôt du genre insouciant et joueur mais à cet instant son comportement est indéchiffrable. Il reflète un froid et une impassibilité qui me met presque mal à l'aise. J'ai déjà vu Melina agir de cette manière quelquefois, c'est comme si un masque tombait. Son regard… par tous les Dieux, son regard est glacial.
- Qui es-tu ? S'agace Ænkhou. Je ne te vois pas.
Le sourire du sorcier n'augure rien de bon. Un pouvoir ancien, archaïque et d'une violence inouïe s'écoule jusqu'à ses mains. Il libère une magie qui me paraît absolument hors de contrôle, d'instinct je recule légèrement assez pour trouver la main d'Anya et la glisser dans la mienne. Ma propre magie palpite dans mon corps, elle cherche à reconnaître celle qui s'écoule du corps de Yitzhaak. Je n'ai jamais ressenti quoi que ce soit de tel.
Le frère de Melina délie ses doigts libérant ce pouvoir prodigieux. Des mains apparaissent, s'enlaçant avec les siennes dans une danse féerique. Des couleurs de peau de toutes ethnies se mélangent, Yitzhaak se renforce. Il devient encore plus puissant. La magie des générations qui l'ont précédées s'accumule dans son corps. C'est comme s'il était la matrice de son Cercle, le catalyseur qu'a choisi la magie de tous les siens pour subsister après la mort du corps des sorcières. Il est comme Hélys pour les sorcières de sang, une terre consacrée. Je n'ai jamais rien vu de tel. Le fantôme d'une première femme apparaît, puis des milliers d'autre la suivent, chacunes des manifestations viennent consolider encore son pouvoir.
- Impossible, prononce d'une même voix tous les Dieux, mon père comprit.
- Ta place est avec nous, la voix de Yitzhaak est mélangée avec celles des spectres qui l'entoure, tu as fait un serment Baetan-ihm.
- Ils n'ont laissé aucun survivant, murmure mon père.
- Rae, m'appelle doucement Anya, tu trembles.
- Ça ne se peut pas, implose Ænkhou.
Il s'abat violemment sur le bouclier faisant exploser brutalement un des derniers sortilèges qui le maintenait hors d'Hélys. J'en ai le souffle coupé. Anya me maintient debout, je tremble. Cette fois la frénésie du Dieu de la Mort, m'a physiquement fait mal. Je tousse difficilement et du sang s'échappe de ma bouche que j'essuie aussitôt.
- Rae, s'inquiète Anya.
- Raven, mon père revient vers moi.
- Il faut croire que même l'inéluctable fait des erreurs, intervient une voix fantomatique avec une douceur incroyable, je te l'ai promis Yamakou-anami-atos, cette tonalité je ne dois pas être la seule à la reconnaître, mon père se retourne et la pression des doigts d'Anya s'accentue, je serai ta fin.
Mon père s'écarte, et au plus près de Yitzhaak je découvre une femme qui ressemble trait pour trait à Melina, bien qu'elle paraisse plus âgée.
- Je ne comprends pas, murmure mon père.
- Je te l'avais dit Misaël, Melina apparaît à côté de lui croisant les bras sous sa poitrine en souriant, qu'un jour tu comprendrais pourquoi j'ai orchestré tout ça et pour quelles raisons, je suis prête à tout, absolument tout pour sauver Bae.
- Qu'est-ce que tu as fait ? Demande-t-il horrifié.
- J'ai joué la plus longue et éreintante partie d'échec qui soit, elle sourit de plus en plus.
- Tu as trouvé Beck ? Interroge Yitzhaak en se tournant vers sa sœur.
- Pour qui est-ce que tu me prends ? Evidemment que je l'ai trouvé. Anya, elle se retourne vers nous, je suis désolée d'être sortie sans autorisation, elle rit, fait attention à Rae, je crains que ce soit particulièrement brutale pour elle, Melina se met à courir pour rejoindre son frère. Tu étais obligé de t'exposer autant ?
- Oui, tranche Yitzaak.
- Je comprends, elle sourit de plus en plus en laçant le Sira autour de sa main gauche. Tu la protégeras pour moi après.
- Je t'ai déjà donné ma parole.
Melina lui répond dans ce dialecte étrange qui semble tous les deux les seuls à comprendre. Elle se retourne vers nous. Ses iris passent de cette palette pastelle à une simple émeraude, ses yeux cherche Scarlet et la rousse arrive complètement essoufflée près de nous, accompagner de Madi. L'hybride paraît complètement paniquée, c'est comme si elle en savait plus sur la situation que nous.
- Ne le fais pas, demande-t-elle en sanglotant.
- J'ai donné ma parole, répond tristement Melina.
- Tu avais dit que ce ne serait pas difficile de passer cette barrière, se plaint une voix inconnue avant qu'un jeune homme métis se matérialise près d'Yitzhaak. Je n'arrive pas à croire que tu m'ais dit que ce ne serait pas difficile. Melina, il s'agace, tu m'écoutes ?
- Bien sûr, elle tend sa main vers son frère et des pentacles apparaissent sur leurs dos sans quitter Scar des yeux.
- Il faut que tu te concentre Melina, la rappelle à l'ordre Yitzhaak.
- Je le suis, souffle-t-elle.
- Depuis quand Melina nous ment-elle ? S'amuse le nouveau venu en prenant lui aussi la main du frère de la faucheuse.
- Je t'aime Éleusis, prononce Melina avec une infime douceur en approchant sa seconde main de l'inconnu.
- Je…
Tout le reste m'échappe, je suis violentée par une douleur inimaginable et je sombre dans l'inconscience. Trop de magie, beaucoup trop de magie ! Quand je reviens à moi, ouvrant difficilement les paupières, je découvre un carnage sans nom. Je clos fermement les yeux pendant de longues secondes mais lorsque je les ouvre de nouveau, c'est le même constat. Le combat a commencé, le ciel est inondé du feu des dragons, les grognements m'entourent, les coups de crocs, les hurlements aussi.
Je mets du temps à comprendre que je me déplace, beaucoup trop vite d'ailleurs. J'écarquille les yeux au possible en découvrant un loup gigantesque bondir vers moi. Je tente de me redresser pour le fuir, seulement je suis encore trop faible et ma magie est inaccessible pour le moment. C'est alors que je vois une autre lycanthrope s'imposer, faisant barrière entre moi et le monstre, lui sautant à la gorge. Ils se battent violemment avant que le loup noir qui a surgi pour me venir en aide arracher la carotide de celui qui voulait s'en prendre à moi. Il reprend forme humaine, crachant le sang qu'il a en bouche et je reconnais Bellamy.
Je me stabilise et me remets sur pieds difficilement. Je chancelle jusqu'à retrouver l'équilibre en m'appuyant contre un arbre. Un loup auburn secoue la tête en se redressant, je comprends seulement que j'étais jusque-là en sécurité sur son dos. Je plisse les yeux en demandant incertaine :
- Scarlet ?
- Tu vas bien Rae, Bellamy s'accroupit près de moi. Anya arrive, nous t'avons éloigné le plus possible.
- Que s'est-il passé, je demande alors que ma tête est sur le point d'imploser. Je ne me sens pas bien, j'ajoute rapidement avant de me pencher en avant nauséeuse. Quelque chose cloche avec ma magie. Je crois que…
Je n'ai pas le temps de finir ma phrase que Bellamy me plaque au sol, m'évitant d'être carbonisée au passage. Un dragon difforme et hideux passe au-dessus de nous. Le loup que je pense toujours être Scar grogne de façon menaçante. Je tente de me redresser mais mon meilleur ami me force à rester au sol. Le monstre revient dans mon champ de vision, j'appelle ma magie mais elle reste sourde à ma convocation. Le loup bondit, je suis subjuguée par sa détente, elle parvient à atteindre une aile avant de retomber violemment sur le dos. L'animal se secoue avant de se remettre sur ses pattes.
Le colosse ailé prend feu avant de s'écraser dans un carnage incroyable, détruisant absolument tout sur son passage. Bellamy me laisse enfin me remettre sur pied. Il me soutient mais je le repousse. Je ne suis pas une petite chose fragile. Je suis surprise en ne voyant pas le dragon reprendre forme humaine. Je me sens attirée par cette anomalie, je m'avance, mais le loup s'impose créant une barrière. Je n'insiste pas, consciente d'être dans un état second mais je n'apprécie pas que l'on m'empêche de faire ce que je souhaite.
- Rae, je me retourne aussitôt reconnaissant la voix d'Anya. Par toutes les lunes, elle ne s'arrête qu'une fois ses bras serrent fermement mon corps, tu m'as fait une peur bleue. Tu vas bien, elle s'écarte saisissant mon visage entre ses mains avant de vérifier méticuleusement toutes les parties de mon corps, finissant par mes mains. Tu vas bien, soupire-t-elle soulagée. Et ta magie ? Misaël a dit qu'elle avait été affectée par ce qui est arrivé.
- Mais, je ferme les yeux incommoder par des maux de tête foudroyant, qu'est-ce qui s'est passé ?
- Honnêtement, elle secoue la tête, je n'en sais rien du tout. Absolument tout à dégénérer quand ils ont joint toutes leurs mains, Baetan-ihm a, Anya fait des geste ample, implosé, il s'est abattu contre la barrière ce qui a fait céder tous les derniers sortilèges d'un seul coup, tu ne l'as pas supporté ce qui t'a fait perdre connaissance.
- Melina, je demande inquiète.
Anya ne répond pas, ce qui ne fait qu'accroître mes appréhensions au sujet de la faucheuse. En même temps, s'il lui était arrivé malheur Scarlet serait effondrée, à moins que je me sois trompé sur toute la ligne et que ce loup ne soit pas la rousse. Il faut vraiment que je trouve un moyen de les reconnaître quand ils se transforment, au moins pour ceux qui appartiennent à la meute d'Anya !
- Où est Melina ? J'insiste angoissée.
- Piégée, fini par dire Anya, dans cette chose, elle me force à me retourner.
J'écarquille les yeux au possible en voyant une sphère gigantesque de ténèbres purs s'imposer sous mon regard. Les Ombres s'agitent, grandissent, serpentent et ne laissent rien approcher. Je reste figé en voyant un dragon simplement survoler le dôme et disparaître se mutant en cendre.
- C'est, Anya fronce les sourcils, Baetan-ihm, je crois. Après avoir fait disparaître tes protections, il s'est rué sur Melina, Yitzhaak et… l'autre. Melina les a faits tous les deux disparaître avant qu'il ne puisse les atteindre. Cette chose est apparue, nous avons à peine eu le temps de dire ouf que… tous les autres ont attaqués.
- Anya, avertit Bellamy.
Elle s'éloigne, me fait passer derrière elle alors que trois individus apparaissent au loin. Elle étend son bras pour me protéger. Je tente encore d'activer ma magie mais elle est toujours hors d'atteinte. Je reconnais cette démarche, cette façon d'être, ce sont des démons. Des bras d'obscurité se forme à leurs pieds et attaquent. En moins d'une seconde, Bellamy reprend sa peau de loup et bondit pour l'éviter, alors qu'Anya saisit mon poignet pour nous faire esquiver l'attaque. Seul le loup roussâtre ne bouge pas comprenant qu'il est hors d'atteinte.
Quand les assauts cessent, il s'avance calmement vers Anya et moi qui sommes cachées derrière un arbre. Je ne suis pas certaine que cette barrière soit très efficace. Ma belle louve me force à me relever, le loup se couche, elle m'aide à monter sur son dos. Je suis obligée de me maintenir à son pelage quand il se redresse. Anya saisit doucement ma main, je croise son regard quand elle me demande :
- S'il te plaît reste avec Scar jusqu'à ce que ta magie revienne, elle te protégera.
- Et toi ? Je demande inquiète.
- Je vais aller arracher une ou deux tête, réplique-t-elle alors que ses yeux deviennent ceux de son loup, soyez prudentes toutes les deux.
- Anya, je hurle alors que Scarlet commence à courir, Anya ! Non, je crie à en perdre mes cordes vocales alors qu'elle se transforme, Anya ! Scarlet arrête toi, j'ordonne mais elle choisit pile ce moment pour accélérer, je ne peux pas la laisser !
Je suis obligée de m'accrocher fermement à l'encolure du loup pour ne pas tomber et supporter les accélérations, chocs ou autre. J'ai le souffle coupé à plusieurs reprises alors que Scarlet semble à peine essoufflé. Elle ne se contente pas de m'éloigner du danger, elle attaque aussi quand c'est nécessaire. Je n'aurai jamais imaginé qu'elle puisse être aussi forte. Je remarque tout de même que si, elle assène des coups puissants et violents, aucun d'entre eux ne sont mortelles. Je ne comprends pas pour quelles raisons elle retient ses coups.
Nous nous faisons violemment percuter par un autre loup. Scarlet valdingue, je tombe de son dos, roule sur peut-être un mètre. Je grimace en entendant le fracas du corps de loup s'écraser contre plusieurs arbres. Je me redresse non sans un rictus de douleur. Je passe une main sur ma tête toujours sensible. Je sursaute alors que des grognements menaçants se rapprochent de moi. Cette fois, un regard me suffit pour la reconnaître, c'est Lyssa. Je me remets rapidement sur mes pieds, je trébuche sur une racine. Je suis déséquilibrée mais heureusement, je ne m'écroule pas.
Je tends mes mains entre nous pour me protéger, c'est complètement futile quand on sait que je suis incapable d'utiliser ma magie. Evidemment, pour le moment Lyssa l'ignore. Je peux peut-être jouer avec ça, du moins pendant un temps. Son regard me déstabilise, j'ai toujours détesté qu'elle puisse avoir une telle influence sur moi. Je suis tout de même rassurée de ne plus sentir l'empreinte entre nous, je crois que je ne l'aurai pas supporté. Je suppose que la dernière fois que nous nous sommes croisés et qu'elle a arrêté mon cœur à définitivement brisé notre lien. Elle hésite à attaquer, elle avance puis recule, grogne de façon agressive et sans prévenir elle finit par bondir, je recule rapidement alors même que je sais que je ne vais pas être assez rapide pour l'éviter. Quand l'impacte devient inévitable, je ferme les yeux en même temps que je protège mes mains de façon instinctive derrière mon dos.
Une seconde, deux secondes, trois secondes et toujours rien. J'ouvre un œil, puis le deuxième et je reste complètement bouche bée en découvrant le loup de Lyssa bloqué dans son saut par de la magie. Ses crocs sont figés à quelques centimètres de mon visage. Je tremble, je ne parviens pas à prendre une simple inspiration. Je recule, terrifiée quand on saisit brusquement mon poignet, je hurle de surprise. Je n'ai pas le temps de réagir que je pars dans une course folle pour échapper au danger. Les cheveux roux de Scarlet flottent dans son dos, elle ne regarde pas une seule fois derrière elle, elle ne paraît pas du tout effrayée et je me demande combien de fois elle a été obligé de fuir de la sorte. Je suis encore une fois impressionnée par son endurance. Alors que je suis à deux doigts de cracher mes poumons, son corps ne reflète pas du tout l'effort excessif qu'elle donne.
Je suis à deux doigts de m'effondrer quand elle nous fait entrer précipitamment dans une maison. Elle claque violemment la porte, fait tomber une lourde armoire qu'elle pousse d'un coup de pied puissant contre cette dernière. Je comprends qu'elle connaît les lieux quand je la vois monter sur une chaise pour récupérer un carquois et un arc sur une des poutres apparentes du salon. Elle s'installe à la fenêtre, prête à me défendre au besoin. De mon côté, j'essaye toujours de réguler ma respiration en massant ma jambe gauche devenue horriblement douloureuse. Je ne l'ai jamais vu être aussi concentrer, personne ne pourrait croire qu'elle n'a même pas encore 18 ans. Plus je la détaille et plus la ressemblance me frappe. Elle est exactement comme Anya.
- Scarlet, je l'appelle entre deux respirations difficiles.
- La maison est construite sur un Buiss. Tu devrais retrouver ta magie plus rapidement.
- Comment sais-tu que les Buiss ont cette propriété ?
- Il m'arrivait de t'écouter quand tu essayais de m'enseigner la magie. Je n'ai jamais été douée, elle se tourne vers moi en souriant, mais je t'écoutais même si tu n'en avais pas l'impression.
- Figer de la matière organique n'est pas facile, je souligne, tu as stoppé net un loup particulièrement imposant, tu es peut-être plus douée que ce que tu crois.
-Hum, son regard retourne scruter l'horizon.
Je comprends qu'elle ne reprendra pas la parole avant un moment. Je me laisse donc tomber sur une chaise en soupirant. Je passe doucement ma main sur ma jambe avant de froncer les sourcils. Si je ne peux plus utiliser la magie, comment exactement mes arceaux peuvent tenir en place ? Je passe mes doigts sur le dispositif qui me permet de marcher en essayant de comprendre. Je fixe de nouveau la rousse en me demandant si ce tour vient d'elle mais très franchement, j'en doute. Ou alors, je fais un blocage, seulement à cause du choc. Ce n'est vraiment pas le bon moment !
- Mince, souffle Scar, je vais être obligée de sortir, je la vois monter à l'étage, surtout tu ne bouges pas d'ici.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Ne bouge pas de cette maison Rae.
- Scarlet !
Je m'approche de la fenêtre. Non. Scarlet atterrit avec aisance devant la porte d'entrée. Je suppose qu'elle est passée par une fenêtre à l'étage. Je serre les poings. Il faut que je retrouver mes pouvoirs et vite ! Je ne peux pas laisser Scar les affronter seule, surtout elle. Et puis mince, je vais la rejoindre ! Je me dirige vers la porte. Je tente de déplacer l'armoire mais je n'arrive à rien. Je suis vraiment inutile sans ma magie ! Il est évident que je ne peux pas sauter de l'étage. Il y a forcément un autre accès. Je cherche une autre porte mais il n'y a rien. Je me fige quand je perçois les premiers grondements et j'accours de nouveau à la fenêtre où les tumultes d'un combat se font entendre. Non, non, non !
Scarlet se bat seule contre trois autres lycanthropes qui, sans la moindre exagération, sont beaucoup plus impressionnants qu'elle. Mais ce qui m'inquiète vraiment, c'est elle. Elle est encore humaine et son regard n'augure rien de bon, elle est là pour tuer. La rousse perd l'avantage, c'est stupide comme constat, elle ne l'a eu à aucun moment et Octavia Blake sourit devant le spectacle. J'abat mon poing contre la vitre. Il faut que je sorte d'ici, que j'aille l'aider avant qu'il ne soit trop tard ! Je regarde ma main droite, mes doigts tremblent légèrement, je les referme en poing. Je ne vais tout de même pas aller jusque-là… un couinement du loup de la rousse, me fait perdre la raison, foutu instinct de protection, j'abats violemment mon poing contre la fenêtre. Les premières fissures apparaissent, je m'acharner encore et encore. Le verre se brise écorchant ma main, la magie purule des plaies, c'est un vrai supplice.
Ma magie…
Il ne m'en faut pas plus pour faire imploser tout le pan du mur en mille morceaux. Je m'avance en faisant de grands gestes pour faire valser l'adversaires de Scarlet qui a sa mâchoire solidement fermée au niveau de ses omoplates. Je le relâche alors qu'un autre loup bondit sur moi, je le stoppe net et d'un simple geste, je lui brise le cou. Son corps sans vie retombe à mes pieds alors que j'envoie ma magie s'occuper des deux autres. Je cherche Octavia mais elle a disparu. La rousse reprend forme humaine, son dos est en sang, elle accourt vers moi en s'exclamant :
- Rae ! Ta main !
- Ma main, je souffle toujours méfiante.
- Tu es blessée !
- Je vais bien, j'élude dans un état second à la recherche d'Octavia.
- Raven, insiste-t-elle en s'approchant.
- Je peux savoir ce qui t'a pris, je m'agace. A quel moment, tu as pensé que tu ferais le poids contre trois lycanthropes adultes et Octavia Blake ? Tu es complètement inconsciente, je hurle.
- Tu parles comme Anya, répond la rousse en fronçant les sourcils.
- Evidement que je parle comme elle, je m'énerve de plus en plus, elle m'embrouille l'esprit avec son foutu instinct de protection ! Je ne vais pas laisser un membre de sa meute se faire tuer sous mes yeux sans rien faire. Ce n'est pas parce que je ne suis pas un foutu loup que je ne m'inquiète pas ! J'ai ma place dans cette famille ! Et elle n'a pas le droit de m'envoyer loin de cette manière, je ne suis pas une petite chose fragile, moi aussi j'ai le droit de me battre pour elle !
Scarlet écarquille les yeux, sa mâchoire tombe légèrement et elle recule d'un pas. Elle croise mon regard, son loup danse dans ses yeux, c'est assez étrange ce que je lis dans son regard. Je n'arrive pas vraiment à déterminer de quoi il s'agit et puis, ça me frappe. Je crois que c'est de l'appartenance, Scar détaille Anya de cette façon, je l'ai déjà vu faire des millions de fois. Il est vrai que j'ai remarqué tout de suite la différence entre le lien qu'il existe avec la rousse et les autres membres de la meute. Je ne saurai pas l'expliquer mais c'est plus profond et pourtant, alors que les autres sont bienveillants et beaucoup trop tactiles à mon égard pour mon propre bien, Scarlet, elle, a toujours gardé comme une distance implicite avec moi.
Je n'ai jamais su me l'expliquer, pourtant à cet instant, avec ce regard, je comprends que ce fossé qu'elle nous imposait vient de disparaître. Elle baisse les yeux, sourit avant qu'un petit son amusé ne lui échappe. Je ne comprends vraiment pas sa réaction. Est-ce que c'est encore un truc de loup ? Pourquoi c'est si difficile pour moi de les comprendre ? Je partage pourtant ma vie avec Anya ! Je devrais être capable de les déchiffrer sans peine… sauf que plus je passe du temps avec ma femme - par tous les Dieux ma femme, je ne m'en remets toujours pas, qu'est-ce qui m'a pris d'accepter ? - plus elle me surprend.
C'est comme si Anya passait le plus clair de son temps à se demander comment me chambouler. Les sorcières de sang ne sont pas censées ressentir quoi que ce soit. Je sais que j'ai toujours été différente, que j'avais accès à mes émotions depuis mon plus jeune âge, mais tout de même. Je reste une sorcière de sang ! Alors j'aimerai comprendre comment elle fait. Comment Anya parvient-elle à me bouleverser aussi profondément, à me changer ?
- Tu es tellement différente de celle que j'ai connu, souffle Scarlet.
Qu'est-ce qu'elle veut dire exactement ? Est-ce que c'est en mal ou en bien ? J'aimerai lui poser plus de questions mais je perçois quelque chose s'approcher, Scar aussi puisqu'elle se tourne vivement vers le nord. J'appelle ma magie qui s'accumule directement dans mes mains, je grimace à la douleur avant de voir que la rousse se détend, elle m'annonce :
- Tout va bien, c'est Mad's.
Je me détends en soupirant et c'est seulement à ce moment que j'ose poser mes yeux sur ma main droite. Je grimace. Ce n'est pas joli. De toute ma vie, jamais mes mains n'ont été blessées. Qu'est-ce qui m'a pris ? Je ne comprends pas… à quel moment la seule solution qui me soit venu à l'esprit ait pu être de passer ma main à travers une vitre ? Je ne sais pas… j'aurai pu prendre une chaise, au moins me protéger avec un oreiller… qu'est-ce qui m'a pris ?
J'observe les multiples plaies, égratignures et l'énorme hématome. Je ressens une pression monstre enserrer mon cœur alors que la bile me monte. Des éclats de verre sont encore plantés dans ma peau. Je crois que je vais vraiment vomir. Ma main se met à trembler ce qui intensifie la douleur, les doigts de ma main gauche viennent serrer mon poignet pour arrêter ces spasmes. Je me suis invalidée toute seule, j'ai mutilé une des mes mains alors même que je ne supporte pas que qui que ce soit les touches, hormis Anya. Comment… comment c'est arrivé ?
Et si je ne parvenais plus à utiliser ma magie ? Si la souffrance devenait insupportable au point que je ne puisse plus jeter un simple sortilège ? Si je devais renoncer à tout ce pouvoir ? S'il s'avérait que je devienne un poids pour Anya ? Pire, si je devenais aussi inutile que tout à l'heure alors que Scarlet était en danger ? Non ! C'est inenvisageable !
- Raven, je sursaute alors que Yitzhaak apparaît dans mon champ de vision, tu ne dois pas laisser ça dans cet état. Il faut te soigner.
- Personne ne touchera à mes mains, je refuse en m'éloignant.
- Laisse-moi au moins retiré le verre, insiste-t-il, si ça s'infecte se sera pire.
- Personne ne me touchera, je réponds menaçante en sentant ma magie bouillonner dans tout mon corps.
- Okay, il recule, je suis désolé. Tout va bien, me rassure-t-il. Je n'approcherai pas sans ton consentement. Je sais ce que c'est, je suis aussi un sorcier je te rappelle et nous avons tous les deux les mêmes prédispositions à l'Obscurité. Regarde, il lève sa main gauche côté paume où je découvre une longue cicatrice qui commence au bas de son pouce et s'étend jusqu'à son poignet, je me suis fait ça quand j'étais encore enfant, comme toi, j'ai refusé l'aide que l'on me proposait jusqu'à ce que je comprenne que c'est si je ne faisais rien que les choses allaient dégénérer. Je ne te toucherais pas, souligne-t-il, laisse-moi juste… enlever les bouts de verre. Avec ma magie, il précise rapidement.
Je secoue la tête de droite à gauche refusant implicitement son aide. Rien, ni personne ne touchera mes mains, c'est interdit ! Hors limite ! Encore plus maintenant qu'elles sont dans cet état !
- Scarlet, appelle-t-il, tu sais où se trouve Anya ? Nous ne pouvons pas la laisser dans cet état.
- Je vais parfaitement bien, je ronchonne.
- Tu n'as pas l'air d'aller bien, grimace Madi.
Je suis toujours aussi surprise par son apparence. Je n'arrive pas à m'y faire, depuis quelque temps, elle parvient de plus en plus à garder son vrai visage. C'est assez déstabilisant de la voir passer des traits de cette gamine de douze ans à une jeune femme magnifique de dix-huit ans. En plus sa ressemblance avec Lexa n'en est que plus déstabilisante. On pourrait croire à s'y méprendre qu'elles partagent des liens de sang.
- Je ne préfère pas déranger Anya pour le moment, grimace Scarlet.
- Pourquoi, j'explose, elle est en danger ?
Une minute… je dois respirer. Je suis parfaitement capable de savoir si Anya est en détresse ou non. Il suffit que je me concentre sur notre lien. Je suis certaine qu'elle va bien. Je dois seulement arrêter d'être accaparer par le sort de mes mains. Anya est plus importante, elle l'a toujours été même si j'ai longtemps essayé de me mentir à ce sujet. Elle est tout mon monde, bien plus essentiel que tout le pouvoir de ce foutu univers, que cette obsession pour la magie, que ma dépendance aux Cieux, que le sort de mes mains. Anya est tout.
Ce n'est pas ce déchainement de violence qui nous entoure qui m'inquiète. Non. Ce qui me ronge de l'intérieur à cet instant alors même que tout s'effondre, c'est lui.
Par tous les Dieux… je ne supporterais pas qu'il me l'enlève. Cette façon qu'il a de l'effacer… je ne peux pas l'admettre et encore moins la laisser seule. Il est tellement différent d'elle. Avec lui je comprends que l'on puisse parler de malédiction. Mais il fait partie d'elle et je dois l'accepter. Ce n'est pas une raison pour le laisser gagner.
Je ferme les yeux, toutes mes pensées sont dirigées vers elle. Je voyage rapidement à travers les yeux de tout ce qu'elle est : chaque membre de sa meute. Je sens mon cœur se serrer en découvrant Echo se battre contre son ancienne reine, il n'y a rien de loyale dans cet affrontement puisque ses frères épaulent leur mère. J'éprouve une énorme fierté en me retrouvant quelques secondes dans le corps de Gaïa alors qu'elle poursuit à en perdre haleine un groupe de lycanthropes aux côtés de sa mère, elles ont toutes les deux clairement le dessus. Je ressens des angoisses terribles à chaque fois que j'entends un bruit intimident, quand je me fonds dans la personnalité de la petite Scalet. J'ai envie de pleurer en même temps qu'elle, mais Thomas s'approche et la prend dans ses bras. Je trouve ensuite la présence rassurante de Bellamy et je vois Anya a travers ses yeux, ce que je ressens à travers lui quand il la regarde… c'est vraiment incroyable, transcendant. Pour peut-être la première fois, je comprends ce lien de meute qu'ils essayent tous de m'expliquer depuis si longtemps.
Alors que je commence enfin à me sentir rassurer, le père de Melina apparait de nulle part. Anya reprend forme humaine. Mais qu'est-ce qu'elle fait ? Elle est devenue complètement folle ? Bellamy se met légèrement en avant pour la protéger. J'ouvre brusquement les paupières. Je ne laisserai pas Anya affronter ce personnage vicieux, pervers et malsain seule !
C'est sans réfléchir que je me précipite pour la rejoindre, je suis stoppée net par Scar qui me fait barrière. Je lui demande de me laisser passer, mais elle refuse en me rappelant qu'Anya lui a demandé de veiller sur moi. Je me renfrogne et ce n'est pas ma magie qui s'impose pour marquer mon état d'esprit de plus en plus instable mais le Chaos. Je ne l'ai jamais senti s'imposer de cette façon. Je me demande si la présence de mon père augmente mon accès aux ténèbres.
Quelque chose d'étrange, de lourd et poisseux s'écoule de mes bras, serpente jusqu'à mes mains et s'enroule autour de mes doigts. Je sens les bouts de verre s'extraire de mes plaies au passage de cette substance que je n'ose pas regarder. Je fais tout pour rester digne et je ne quitte pas le regard de la rousse malgré la douleur. Je ne vais tout de même pas flancher devant une gamine ! J'ai décidé de rejoindre Anya et je compte bien arriver à mes fins.
- Laisse-moi passer Scar, j'ordonne d'une voix que je ne reconnais pas.
- Non, je crois déceler une hésitation.
- Je ne pense pas que ce soit le moment de se battre entre nous, intervient Madi. Rejoignons tous Anya, propose-t-elle. Je peux ouvrir la voie, propose-t-elle, j'ai une idée ou deux.
Et avant même que je puisse refuser, ne voulant pas qu'ils se mettent en danger sachant qu'Anya est en face à face avec Ankou, Madi se transforme en une panthère noire aussi grande qu'un immeuble. Je quitte Scarlet des yeux à peine une seconde mais quand mon regard se porte de nouveau sur elle, elle a regagné sa peau de loup et se penche pour me donner accès à son dos. Je soupire. Je suppose que je n'ai pas le choix pourtant je recule, j'hésite. Non. Je ne peux pas la mettre en danger encore une fois.
- Veillez les uns sur les autres, je demande avant de me télétransporter.
Moins d'une seconde plus tard, je me stabilise sur la gauche d'Anya. Cette dernière se tourne vivement vers moi, je fixe le Dieu de la Mort en prenant une forte inspiration. Je sais que je n'ai aucune chance de l'intimider. D'un il est beaucoup trop mégalomane et de deux c'est une putain de divinité !
- Raven, souffle Anya, qu'est-ce que tu fais ici ?
- Nous ne nous quittons plus, je réponds en croisons sont regard. Ensemble pour toujours.
- Rae, elle secoue doucement la tête de droite à gauche.
- Je n'irais nulle part.
- Arrogante, peste Ænkhou, exactement comme ta génitrice. Raven Samael fille de l'insolence et de la trahison.
- C'est Raven Reyes, je tranche, à la limite Reyes-Lucas.
- A la limite, tique Anya.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, je balaye.
- Oui, mais tu l'as dit.
- Je suis désolée, tu ne crois pas qu'il y a plus important, je pointe notre ennemie du doigts, genre lui.
- Peut-être mais, il va falloir que nous reparlions de ce : à la limite.
- Et il va falloir que nous reparlions de ta foutue manie de m'éloigner du danger sans mon consentement.
- Tu n'avais plus de pouvoirs, hurle-t-elle.
- Ce n'était pas une raison, je cri encore plus fort.
- Donne-moi une seule autre raison qui aurait voulu le coup ?!
- Aucune ! Nous restons ensemble point !
- Arrête de me hurler dessus !
- C'est toi qui as commencé !
- Tu es une putain de maniaque du contrôle !
- Je suis une maniaque que contrôle, je m'égosille, moi ?
Anya s'apprête à me répondre sûrement de manière virulente quand je perçois une pouvoir néfaste et très certainement mortelle afflué à toute vitesse vers nous. Ce qui suit se déroule alors comme au ralentit, je saisis rapidement le haut de la tenue d'Anya pour l'attirer vers moi. Je vois une sorte de flèche d'Obscurité éviter son crâne de justesse, se faufiler au milieu de ses cheveux. Nous tombons trop vite et il y a au moins une dizaine d'autre projectiles qui fonce sur nous. Je tends ma main gauche vers l'attaque alors que je sens les doigts d'Anya se faufiler sous ma nuque pour me protéger de l'impact inévitable avec le sol. Et avant que nous rejoignons violemment la terre, je parviens à lancer un sortilège assez puissant pour contrer l'agression. Mon dos percute une racine et j'en ai le souffle coupé, puis Anya tombe de tout son poids sur moi. Nous échangeons un regard, à bout de souffle avant de sentir toutes les deux le Dieu de la Mort s'approcher. Ma magnifique louve se redresse sans le moindre mal en saisissant ma main pour m'aider à en faire de même.
- Oh, vous croyez que j'allais vous laisser finir votre petite scène de ménage, il rit, je frissonne, à quoi pensiez vous exactement ?
- Aussi incroyable que cela puisse paraître, intervient dans notre dos la voix de Kamala l'amie d'Yitzhaak, nous finissons par nous habituer à leurs disputes.
- Nous ne nous disputons pas, grogne Anya.
- Nous exposons seulement nos divergences d'opinion, je la soutiens.
- Mais je conçois que ce n'était pas le bon moment.
Anya inspire profondément et je sais que toute sa concentration est de nouveau bien ancrée dans le moment présent. Pourtant, son regard dévie et tombe sur ma main droite, la chute a rouvert les plaies qui commençaient à coaguler. Je la secoue en assurant sans quitter Ænkhou des yeux au cas où il s'en prendrait de nouveau à nous dans un moment d'égarement :
- Tout va bien, je gère.
- Je déteste quand tu me mens, se contente-t-elle de me répondre.
- Ne recommencez pas, nous arrête Kamala, Raven tu crois que deux Deknony Khongphra Dai peuvent arrêter un Dieu.
- Je ne suis pas n'importe quel Dieu, s'agace Ænkhou, je suis le Dieu des Dieux !
- Je sais qui tu es Yamakou-anami-atos, assure Kamala en faisant apparaître dans sa paume une sphère parfaite d'eau, je sais absolument tout de toi.
- C'est Ænkhou, hurle-t-il. Vous n'êtes que des enfants, stupides, insipides et faibles !
- Il y a longtemps que je ne suis plus une enfant Yamakou-anami-atos.
- Je crois que ce n'est pas le moment de l'énerver, souffle Anya entre ses dents.
- Ænkhou, explose-t-il en abattant sur nous des centaines de projectiles d'Obscurité.
Je me tourne vers Kamala horrifiée, j'espère qu'elle a un plan parce que je ne suis pas certaine que le sortilège de tout à l'heure fonctionne une seconde fois. Ænkhou a une certaine tendance à s'habituer et s'adapter un peu trop vite à mon goût. Avant même que je puisse commencer à vouloir envoyer ma magie en dehors de mon corps pour nous protéger, la sphère d'eau qui lévite toujours au-dessus de sa main grandit et tous les dards d'Obscurité y sont absorbés.
Kamala approche son visage de cette sphère devenue aussi lumineuse que le soleil. Elle souffle dessus et la boule éclate en des millions d'étincelles qui s'envolent comme si la sirène avait expiré sur un pissenlit. Elle se redresse, le regard qu'elle lance à Ænkhou est dénué de peur, elle sait exactement ce qu'elle fait. Je la vois sourire avant qu'elle ne reprenne d'un ton parfaitement calme :
- Est-ce que j'ai toute ton attention maintenant Yamakou-anami-atos ?
- J'ignorai tout de ton existence, la sérénité du père de Melina fait factice.
- Je crois que c'était le but.
- Ta mère était…
- N'ose même pas parler de ma mère, le coupe-t-elle. Tu la terrifiais, ce n'est pas mon cas. Ce que tu l'as obligé à… je vais te le faire payer Yamakou-anami-atos.
- Dois-je en déduire que s'il y a des survivants, c'est ta faute.
- Non, elle rit, nous avons rencontré Yitzhaak par hasard et pour les péchés de notre mère, ceux que tu as orchestré, nous vouons notre vie à le protéger.
- Nous, souligne-t-il.
Et, comme pour répondre à sa question, un ours gigantesque, bien plus imposant que le loup d'Anya, avance lentement vers nous. Il est clairement menaçant mais pas envers nous. Dans les yeux de l'animal je lis la même absence d'appréhension et la même disposition à un calme olympien que Kamala. Quand il s'arrête près d'elle, je déduis qu'il s'agit très certainement de Kuruk.
- Vous devriez y aller toute les deux, nous conseille la sirène, à moins que tu sois capable d'user de ton chaos Raven comme de ta magie.
- Nous ne vous laissons pas seuls, refuse Anya, vous êtes sous notre responsabilité.
- C'est personnel entre Yamakou-anami-atos, mon frère et moi.
Je tique. Je n'avais pas réalisé qu'ils étaient frère et sœur tous les deux. D'un, ils ne se ressemble absolument pas physiquement et de deux, ils ne sont pas du tout de la même espèce. A quel moment un métamorphe et une sirène peuvent être frère et sœur.
- C'est la guerre, je souligne, plus rien n'est personnel. Nous avons aussi nos comptes à régler avec lui.
- Pour Melina, précise Anya en grognant alors que son loup reprend le dessus.
- Pour Melina, je confirme alors que ma magie implose dans mes mains.
Le premier a attaqué est le colosse que représente en ce moment Kuruk. Ænkhou balaye cette tentative d'un simple geste, le balançant vers nous et si Anya bondit avec agilité pour éviter une collision avec la bête, je me contente d'un simple mouvement de poignet pour l'écarter de ma trajectoire. Je lance un regard à ma belle louve qui acquiesce et s'élance à son tour. Je suis chacun de ses mouvements et la protège, réduisant la densité de son corps quand c'est nécessaire, la faisant léviter ce qui la fait sourire à chaque fois ou simplement écarter les agressions ténébreuses en créant une sorte de bouclier impénétrable autour d'elle. J'arrive à l'accompagner jusqu'à ce qu'elle arrive assez près pour engager un corps à corps avec le père de Melina
Je ne la quitte pas des yeux alors qu'Ænkhou ne se contente pas de répliquer avec des coups physiques, mais aussi des attaques magiques que je pars toutes pour elle. Nous sommes loin d'avoir l'avantage et pourtant, je crois que nous parvenons à le déstabiliser puisque pour se défendre, il est obligé de reculer, de se mouvoir pour esquiver certains des enchaînements d'Anya. J'accentue encore ma concentration quand je remarque les premiers signes de fatigue chez ma belle blonde, c'est quasi imperceptible mais sa respiration devient un peu moins régulière et certain de ses gestes semblent avoir moins d'impact. C'est le moment que choisit Kamala et Kuruk pour rejoindre le corps à corps. Je commence à avoir du mal à anticiper les prochaine action de Ænkhou et il fini par écarter violement Anya en lui donnant un terrible coup au niveau du sternum qui nous bloque à toutes les deux la respiration. Il en profite aussi pour envoyer une action dans ma direction, des bras d'Obscurité fonce à toute vitesse vers moi alors que j'essaye encore de prendre une simple inspiration.
Anya atterrit brutalement sur le dos, ce qui encore une fois nous coupe la respiration. Alors que je ne peux m'empêcher de jeter un regarde vers elle pour m'assurer qu'elle va bien se relever, je sens de nouveau cette texture étrange se glisser jusqu'à mes mains. C'est sans réfléchir que je tends ma main vers l'attaque et que je libère cette chose en espérant que ce sera suffisant. Anya halète, elle se cogne la tête deux ou trois fois contre le sol avant de se redresser non sans une grimace. Elle observe le combat en essuyant son nez en sang d'un geste de sa main gauche, elle serre les poings alors que son loup prend encore plus de place. Son souffle se régule, elle se remet sur pied, je referme mes doigts et ose enfin regarder ce qui se déroule devant moi. Je ne sais pas exactement comment, mais je suis parvenue à stopper l'agression d'Ænkhou. Un soupire de soulagement m'échappe avant qu'Anya bondisse pour reprendre le combat.
Je déteste cette situation alors qu'Anya, Kamala et Kuruk gagnent en fatigue et que Ænkhou paraît se renforcer. Mon cœur se serre à chaque fois qu'Anya valse hors du corps à corps mais elle se relève toujours. J'ignorais qu'elle était aussi forte. Je l'ai déjà vu se battre, notamment contre Lexa, mais là c'est différent. Je l'ai rarement vu aussi concentrée et déterminée. Par moment, j'ai la sensation qu'elle est sur le point de se transforme mais ça ne dure jamais plus d'une seconde. Je sais qu'elle tient à rester humaine pour ce combat mais son influence est de plus en plus grande et j'ai peur qu'à trop le repousser, il puisse devenir vraiment instable. Mais ce qui m'inquiète vraiment c'est que s'ils sont tous les trois blessés par endroit, Ænkhou n'a pas une seule égratignure, rien du tout. Ils ne sont pas parvenu à l'atteindre une seule fois et moi non plus d'ailleurs.
J'ai la sensation que le combat a été engagé il y a des heures, alors que concrètement je ne pense pas que nous nous battions depuis plus d'une dizaine de minutes. Je commence moi aussi à faiblir. J'ai rarement dû utiliser ma magie de cette façon et dans de telles proportions, j'ai du mal à la réguler. Ma main droite est de plus en plus douloureuse, sans parler du fait qu'une partie de mon pouvoir s'échappe des plaies. Alors que je stoppe une énième insurrection mortelle dirigée vers Anya, celle-ci se faufile entre ma magie et le pouvoir destructeur d'Ænkhou et, par un concours de circonstance que je ne comprends pas ainsi qu'une agilité déconcertante, ma belle louve parvient enfin à atteindre le Dieu de la Mort. Le poing gauche d'Anya s'abat sur son visage, le sang s'écoule de son arcade, ses iris en deviennent fous de rage, une véritable tempête s'y joue quand, fou de rage, il saisit brutalement le cou de ma belle, sort une épée de son corps comme j'ai déjà pu voir Emily le faire et l'abat sur Anya.
Je hurle désespérément son prénom quand je comprends que je ne peux rien faire pour l'aider. Je suis incapable de regarder. Je sens la lame transpercer le corps d'Anya. Je cris encore plus mais cette fois de douleur. Je comprends qu'elle a dû réussir à se dégager assez pour éviter un coup fatal quand le mal se diffuse dans mon épaule gauche. J'ouvre les yeux pour le voir balancer le corps d'Anya comme si elle n'était qu'une poupée de chiffon. Je vois rouge, littéralement, un flot de magie incontrôlable s'échappe de chaque centimètre de ma peau. Mon regard se tourne vers Ænkhou je suis folle de rage. Il écarte violemment les deux autres, transperçant Kamala dans l'abdomen et Kuruk perd une partie de sa patte avant droite. Il essuie énergiquement le sang de son front en s'égosillant :
- Les Dieux ne saignent pas ! J'en ai assez de cette mascarade ! Je vais tout arrêter, maintenant !
Un sourire malsain étire ses lèvres alors qu'il approche ses mains. J'ai soudain une conviction, il ne faut pas qu'elles s'entrechoquent. Si elles entrent en contact, nous aurons mal, très mal. Je sens la mort nous entourer, c'est tellement différent des pertes de contrôle de Melina parce qu'elle… elle n'a jamais cherché à tuer.
- Non, je hurle en accourant vers lui pour l'empêcher d'accomplir son geste.
- Raven, panique Anya en essayant de se relever, arrête ! Merde, elle grogne alors que la douleur la fige sur place, Rae ! RAE !
J'y suis presque, je vais parvenir à l'arrêter. Il faut que j'y arrive, je n'ai pas le choix ! Ce même pouvoir étrange se mêle à ma magie alors que je tends ma main droite devant moi, je remarque que ce sont des amas d'obscurité, je crois que c'est mon chaos. Je décide de le libérer entièrement, de lui laisser toute l'indépendance dont il a besoin et au dernier moment je le retiens quand mon père atterrit lourdement entre nous. J'écarquille les yeux au possible en voyant une des mains d'Ænkhou tomber au sol. Mon père saisit le Dieu de la Mort et s'envole avec lui, ils se battent dans les airs. Je les suis des yeux. Ils se prennent un dragon et se séparent. Si mon père arrive à se stabiliser en un simple battement d'ailes, Ænkhou tombe du ciel sans contrôle. Je secoue la tête, décidant que son sort ne me concerne plus pour le moment et cours pour rejoindre Anya.
Je souffle son prénom en arrivant à sa hauteur. Je m'accroupis en approchant ma main de sa blessure. Je grimace, son épaule est vraiment dans un sal état. Anya saisit doucement mon menton, m'obligeant à quitter les dommages des yeux pour les plongés dans les siens.
- Ne me refais plus jamais ça !
- Désolée, je souffle.
- Tu m'as fait peur, elle souffle en pleurant doucement.
- Parce que tu crois que tu ne m'as pas fait peur, je réponds la voix tremblante en avançant ma main vers sa plaie sans oser la toucher, c'est passé très près du cœur.
- Un cœur pour deux, elle me rappelle doucement en venant toucher ma poitrine au niveau de mon palpitant, je ne t'abandonnerai pas, jamais. N'empêche, elle soupire, je ne l'ai pas vu venir le coup de l'épée, elle grimace, et ça fait un mal de chien !
- Je vais t'aider à te relever, je décide. Il faut te mettre à l'abri, je poursuis en la remettant sur pieds, le temps que tu te soignes. Tu es vulnérable.
- Ne dis pas que je suis vulnérable, elle grogne.
- Où est passé Bellamy ? Il a disparu au début du combat.
- Echo avait besoin d'aide, elle souffle alors que je sens la douleur irradier toute son épaule.
- Tout le monde va bien ? J'interroge inquiète.
- Dans les mesures du possible, oui. Quelques blessures mais rien de grave. Ils tiennent bon, elle sourit, je suis fière d'eux.
- Toujours rien du côté de Melina ?
- Non, elle se tourne vers le dôme d'Obscurité.
- Je devrais peut-être aller voir.
- Hors de question que tu approches ce truc ! Tu n'as pas vu les gens qui se volatilisaient en étant à proximité ?
- C'était juste une suggestion, ne t'énerve pas. Je suis inquiète aussi.
- Et vous vous disputez encore, soulève Kamala en s'approchant de nous, soutenant son frère à qui il manque une moitié de bras, vous n'arrêtez donc jamais ?
- Tu n'as pas été empalé ? Je demande incertaine. Non pas que je ne sois pas déçue que tu ne le sois pas, je reprends très vite, seulement j'étais certaine que…
- Il est très difficile de tuer une sirène avec des attaques physiques, répond-elle. Nous avons tendance à disparaître de façon importune, commente-elle alors que sa main se disloque pour devenir de l'eau. Tu as déjà essayé de tuer une vague Raven ?
- Okaaaaay, je laisse traîner, c'est super cool !
- Je te vois venir Raven Reyes, soupire Anya, tu n'as pas le temps d'essayer de trouver comment faire quelque chose comme ça.
- Pas aujourd'hui, je ris, c'est certain.
- C'est un truc de sirènes, se braque légèrement Kamala, pas de sorcière.
- Ouais, grimace Anya en s'accrochant un peu plus à moi, évite de dire à cette sorcière que quelque chose est impossible, elle a une certaine tendance à se précipiter pour te prouver le contraire.
- Tu fais exactement pareil, je tique.
- C'est pas faux, elle sourit en embrassant doucement ma joue.
- C'est sûrement parce que Raven est aussi une Deknony Khongphra Dai, commente Kuruk.
- Ouais, je me racle la gorge, je n'ai aucune idée de ce que ce truc veut dire.
- Littéralement, Kamala croise mon regard, les enfants des Dieux.
- Vous êtes tous les deux comme Rae, Melina et Emily, demande Anya.
- Pas tout à fait, répond Kuruk, nous appartenons à la Lumière.
- Elpis-aasha, la Déesse de l'Espoir était notre mère, complète Kamala.
- Et Yitzhaak ? Je ne peux m'empêcher de demander.
- Lui, ils sourient tous les deux, c'est un vrai mystère.
Nous décidons de nous séparer après cette discussion, rejoignant différents points sécurisés pour nous soigner. Dès que nous arrivons, Marcus accourt vers Anya. Elle essaye de le rassurer, mais il est tellement buté qu'il lui prodigue les premiers soins alors même qu'elle lui assure que ce n'est pas nécessaire. Je suis assise à côté du lit dans lequel il l'a obligé à s'installer à les regarder se disputer quand je frôle la crise cardiaque au moment où Blue saute sur mes genoux. Le chat m'observe étrangement pendant un long moment avant que son regard ne descende jusqu'à ma main droite.
- Blue a raison tu sais, reprend doucement Anya, il faut panser ta main ma belle.
- Personne ne touchera à ma main, je refuse en croisant mes bras cachant les dommages.
- Rae, elle souffle, s'il te plaît.
- Non, je secoue la tête de droite à gauche.
- Et si je le fais, juste du désinfectant et un bandage. Rien d'autre, je te le promets.
- Le bandage me gênera, je refuse à nouveau.
- Alors, juste le temps que nous restions ici. Rae s'il te plaît, tu souffres.
- Je vais bien, j'élude comme un dernier rempart.
Anya se redresse, du moins elle essaye puisqu'elle est à peine assise que Marcus la plaque de nouveau dans le lit en lui ordonnant de pas bouger jusqu'à la fin de la cicatrisation. Ma belle grogne en déclarant qu'elle n'a pas besoin d'être couvé comme un louveteau ce qui me fait sourire, puis elle ajoute :
- J'essaye de convaincre ma femme d'accepter mon aide.
- Ce sont ses mains Anya, lui rappelle-t-il, c'est à elle de choisir.
- Ne dis pas n'importe quoi, bougonne-t-elle, elle a mal.
- Je te rappelle que c'est une sorcière, répond avec amour Marcus.
- Et bien en attendant, si elle souffre, je souffre !
- Raven Reyes, explose son père adoptif, accepte tout de suite son aide ! Hors de question que ma petite fille souffre !
- Parce que tu crois que son épaule ne me fait pas un mal de chien, je réplique agacée d'avoir été ainsi prise au piège.
- Rae, murmure avec fragilité Anya, s'il te plaît, laisse-moi faire ça pour toi.
- Très bien, je soupire, mais je te préviens si je sens que quoi que ce soit me dérange, tu arrêtes tout de suite !
- Promis ! Je peux me redresser Marcus ?
- Pas plus de cinq minutes et je vais m'éloigner pour éviter de m'inquiéter.
Anya lui sourit en le suivant des yeux avant de s'installer au bord du lit en face de moi. Je baisse les yeux, refusant de desserrer mes bras. C'est avec lenteur et une infime douceur qu'elle m'oblige à le faire. Elle prend ensuite délicatement ma main droite dans la siennes. Je ferme les yeux en ressentant un terrible et dévastateur pincement au cœur. J'ai de nouveau la nausée, c'est horrible. Je la sens la tourner avec finesse certainement pour mieux analyser les dégâts.
- Je suis désolée, murmure-t-elle la voix gorgé de larmes, tellement désolée Raven.
- C'était pour aider Scarlet, je réponds en ouvrant les yeux pour croiser son regard, je ne regrette pas, des larmes m'échappent, mais je ne veux plus que nous nous séparions.
- Je te le promets, elle vient essuyer mes larmes avec une certaine pudeur, nous restons ensemble, elle m'embrasse avec amour sur les lèvres, je ne te quitte plus des yeux.
Anya commence doucement à s'occuper de ma main. C'est un vrai supplice. Je pleure de plus bel. J'ai envie de hurler, de tout envoyer valser et même de la frapper pour qu'elle arrête mais je me retiens. Anya me soigne avec tellement de finesse. Je sens qu'elle a peur de me faire mal ou même de me briser. Elle est incroyable et pourtant je ne me suis jamais sentie à ce point en colère et désemparée alors que je la regarde appliquer lentement les compresses sur mes plaies. Son touché est si léger que s'il ne s'agissait pas de mes mains, je crois que je ne le sentirais pas. Mon cœur se serre d'appréhension quand je la vois sortir le bandage. Instinctivement, je tire sur mon bras et m'éloigne de la menace. Je suis surprise qu'Anya ne cherche pas à me retenir, elle ne fait plus un geste avant de me demander avec prévenance :
- Regarde-moi Rae, moi pas ta main.
- Je ne peux pas, j'assure en secouant la tête, c'est trop difficile.
- Je le ressens tu sais, sa voix se brise, laisse-moi t'aider. Regarde-moi. Il n'y a que toi et moi, sa main gauche vient se poser avec subtilité sur ma joue, elle me caresse de son pouce et je ferme les yeux, rien d'autre, m'assure-t-elle, juste toi et moi.
- Je t'aime Anya mais…
- Non, elle refuse, il n'y aura jamais de « mais » entre nous après un « je t'aime ». Tu vas y arriver, la pression de sa main s'accentue sur ma peau, tu es forte, incroyable, merveilleuse et je suis là, toujours.
Après un certain temps et avec une lenteur qui frôle l'insolence, j'ouvre les yeux. J'ai un haut le cœur en découvrant à nouveau les nombreuses plaies sur ma main. J'inspire profondément avant de relever légèrement la tête, juste assez pour croiser son regard. Je me sens tellement rassurer par ce simple contacte visuelle.
- Okay, elle souffle.
- Okay, je répète les larmes aux yeux.
- Ne me quitte pas des yeux Rae.
- Je ne te quitte pas des yeux Anya.
Ses doigts quittent ma joue et saisissent de nouveau ma main. Je tremble. Tout en moi se révolte contre ce contacte. Je n'arrête pas de me répéter que c'est Anya, que je n'ai rien à craindre, mais ce n'est pas suffisante. Pas cette fois. Pourtant, je tiens bon et durant toute la manipulation, je tiens ma promesse et ne quitte pas son visage des yeux. J'ai le cœur qui bat à tout rompre et ma magie bouillonne en moi. Elle se révolte contre ce bout de tissu qui la bride. C'est difficile de la contenir mais à chaque fois que je sens que je suis sur le point d'imploser ou de perdre le contrôle, je me force à me concentrer sur un détail… comme le léger froncement de sourcils d'Anya alors qu'elle est concentrée ou son léger plissement de nez quand elle ressent ma torpeur. Elle est si belle, je l'aime tellement.
- Je l'ai sentie tu sais, je finis par dire pour tenter de me distraire, c'était la première fois, j'ai été un peu déstabilisé.
- Quoi donc, réplique-t-elle toujours focalisé sur sa tâche.
- La meute, je souffle.
- Vraiment, elle écarquille les yeux, relève la tête oubliant complètement de continuer de me bander, je… vraiment ? Pardon, elle secoue la tête, j'ai presque fini.
- J'ai senti tout le monde. C'est… étrange comme sensation. À un moment, j'étais à côté d'eux, à un autre j'étais eux. C'est… je ne saurai pas l'expliquer.
- Nous sommes unis, elle répond. Une meute c'est comme faire partie d'un seul et même ensemble. Je suis la tête et le cœur, ils sont le corps.
- C'est, j'hésite, normal que je puisse les sentir ?
- Je ne sais pas, m'avoue-t-elle. Voilà, elle sourit en retrouvant mon regard, c'est fini, elle porte ma main à ses lèvres et l'embrasse ce qui me fait chavirer, j'espère que je n'aurai plus jamais à te faire subir une telle chose. Tu veux t'allonger avec moi ?
J'acquiesce doucement, je me lève en déposant délicatement Blue sur la chaise que je quitte. Je m'installe à côté d'Anya qui s'est déjà allongée et ferme les yeux. Je pose doucement ma sur son épaule, celle qui n'est pas blessée. A mon tour, je ferme les paupières. J'essaye de ne pas faire attention aux bruits des combats qui raisonnent encore.
- Je peux te prendre la main ? Demande doucement Anya.
- Oui, je souris en lui tendant ma main gauche, mais ne serre pas trop fort.
- Merci, elle murmure en glissant ses doigts entre les miens. Je t'aime Rae.
- Anya, je l'appelle après un petit silence entre nous. Tu crois qu'il arrive aussi à Clarke de sentir la meute de Lexa ?
- Pourquoi est-ce que ça te perturbe à ce point ?
- J'ai adoré ça, j'avoue en embrassant son front.
- Vraiment ? Elle tourne la tête vers moi et me fixe en fronçant les sourcils. Ce n'est pas très, elle grimace, sorcière comme réaction.
- Je sais, je réponds pensive.
- Pour Clarke, elle reprend, c'est différent, elle fait partie de la meute. Je ne sais pas exactement dans quelle proportion mais oui, en théorie, elle peut sentir chaque membre de la meurtre Trikru au même titre que Lexa.
- Tu ne m'as jamais demandé de faire partie de ta meute.
- Je sais pertinemment que c'est hors limite Rae, elle sourit en roulant sur le côté pour me prendre dans ses bras.
- Hors limite, je répète en fronçant les sourcils.
- Je te connais et si je devais te le demander, il ne supporterait pas un refus. Ce serait très difficile pour nous.
Je réfléchis un instant. Je me replonge dans ce que j'ai pu ressentir un peu plus tôt. Hors limite… pour une fois, je ne suis pas certaine qu'elle ait raison.
Nous nous reposons jusqu'à ce que la blessure d'Anya disparaisse complètement. Quand elle est prête nous retournons dehors loin de l'accalmie du point de soin. Je retire mon bandage sans me faire prier. La première chose que je remarque en sortant, c'est l'absence du dôme de ténèbres et tout ce qui me vient c'est un :
- Bordel ! Où elle est passée Melina ?
Voilà pour ce nouveau chapitre. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! J'ai hâte de savoir ce que vous avez pensé. Cette fois, la guerre est bien là et tout le monde ne s'en sortira pas indemne à commencer par Raven qui se retrouve avec une main mutilée. Anya a aussi passé un sale quart d'heure. J'espère que les scènes d'action n'étaient pas trop « brouillons » à la lecture. Ce n'est pas forcément le genre de « décors » que j'ai l'habitude de décrire, c'est un sacré challenge pour moi. J'adore ! ^^
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
En espérant vous retrouvez pour le prochain chapitre !
GeekGirlG.
