Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !
ACTUALITÉ : Suite à l'annonce le 28 octobre 2020 du gouvernement, la France se retrouve de nouveau confinée. Mon entreprise restera cette fois ouverte en espérant pouvoir garder la tête hors de l'eau, nous sommes déjà en difficulté depuis septembre. De mon côté, ma santé m'oblige à être en arrêt maladie comme pendant le premier confinement au moins les deux premières semaines.
Evidemment, j'encourage tout le monde en France et autre pays à suivre les recommandations de son gouvernement pour ralentir la propagation du virus. Comme la dernière fois, le petit avantage à cette situation c'est que je vais avoir plus de temps pour écrire.
Je vais donc pouvoir accélérer certains projets annexes et essayer de vous les proposer au plus tôt.
Je rappelle que comme chaque année je tente de travailler sur plusieurs fanfiction et OS pour Noël, le Clexa, le Swanqueen, le Supercorp... si vous voulez que je tente de nouveau ships, n'hésitez pas à m'en parler.
En ce qui concerne "When I See You Tomorrow", je n'ai pas encore repris l'écriture à cause des histoires de Noël sur lesquels je travaille en annexe, je pensais reprendre l'écriture début janvier mais avec le nouveau confinement mon calendrier sera certainement bousculé donc je vous tiens au courant. Est-ce qu'il a un projet qui vous emballe plus qu'un autre ? Des idées de projets ou de ship ? Comme toujours, je reste ouverte à toute communication.
Bon courage à tous, force, santé, honneur et cookies à vous ! 😷💪
Quelques mots sur ce chapitre : Alors est-ce que vos théories sur Moe étaient les bonnes ? Allez vous en apprendre plus sur elle ou les autres ? Que va-t-il se dérouler maintenant...?
Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 4 : Injustice des têtes coupées
I've been to heaven J'ai été au paradis
I've been to hell J'ai été en enfer
I've been to Vegas and God knows where J'ai été à Vegas et Dieu sait où
But nothing feels like home Mais rien n'est comme à la maison
Like you babe Comme toi bébé
I love you more than you will ever know Je t'aime plus que tu ne le sauras jamais
Than you will know Que tu ne le sauras jamais
I love you more than you will ever know Je t'aime plus que tu ne le sauras jamais
Never Shout Never - I Love You More Than You Will Ever Know
Chapitre 66 : Primeur
La première fois qu'elle l'avait vu, elle avait cru à un songe.
La dernière fois que ses yeux se sont posés sur elle, elle su qu'elle avait eu raison désormais, il ne restait plus que le cauchemar. Un mauvais rêve dont elle ne se réveillerait pas.
Je suis installée dans le lit, le dos bien droit appuyé contre le mur, la tête penchée en avant, des cheveux devant les yeux et pourtant mon regard ne se détache pas de ce même point depuis plusieurs minutes. Je suis tellement obnubilée par cette contemplation que je ne la sens pas arriver dans la chambre. Je ne suis même pas capable de sentir son regard sur moi et encore moins de deviner son sourire attendrie. Il n'y a que sa voix qui parvient à me détacher de ce moment en suspens.
- Anya, elle prononce mon prénom avec une telle douceur, tout va bien ?
- Oui, je réponds distraite.
- Tu n'oserais pas me mentir, demande Raven avec une légère pointe d'humour avant de s'asseoir près de moi. Dis-moi, elle me demande en venant me caresser la joue, qu'est-ce qui te tracasse ?
- Rien. Je pense que c'est simplement de la fatigue.
- Anya, elle insiste.
- C'est stupide.
- Pas si ça te rend aussi, elle fait une pause, semble chercher le bon mot avant de conclure, nostalgique.
Instinctivement, je viens placer ma main gauche sur mon ventre comme pour protéger l'être qui y grandit. Je quitte Raven des yeux pour fixer de nouveau ce même point. Je me sens froncer les sourcils. J'en arrive toujours à la même conclusion.
- Je pense que c'est la fatigue, j'insiste.
- Tu ne la sens pas, comprend Raven.
- Comment as tu deviné ? C'est toi qui, je fais des gestes vagues autour de mon ventre, fait quelque chose ?
- Jamais, elle s'offusque presque, je ne t'empêcherai jamais de sentir sa présence.
- Désolée, je souffle. Ce n'est pas ce que je voulais dire.
- C'est sa propre magie, me révèle Rae. C'est de cette manière que j'ai compris. Elle se protège toute seule.
- Déjà ?
- Je pense, Raven vient doucement poser sa main sur la mienne, ce qui accentue la pression de ma paume sur mon ventre, la magie s'écoule lentement entre nous et cette fois je les perçois enfin, les minuscules battements de cœur, que cette petite a de l'instinct, la survie est inscrite dans son ADN. Elle est forte, à n'en pas douter.
Des larmes s'écoulent sur mes joues sans le moindre contrôle. La main de Raven vient s'entrelacer avec la mienne sur mon ventre. Elle ne dit pas un mot. Elle me laisse profiter de l'instant. Je ferme les paupières pour mieux percevoir chaque preuve de l'existence de notre fille, que je suis enfin capable de ressentir. Je sais que la voir adulte devrait me rassurer mais ce n'est pas le cas, bien au contraire. J'ai été capable de sentir notre lien au sein de la meute. Je sais que Skye est de mon sang. Pourtant, je ne parviens pas à concevoir que cet être minuscule qui grandit en moi et cette jeune femme qui me ressemble énormément physiquement soit la même personne.
Les lèvres de Raven se déposent sur mon front. Le baiser chaste mais d'une douceur infinie accentue encore plus la pression que j'exerce sur mes paupières. Il y a tellement d'amour. Je pleure de plus belle. Depuis que j'ai demandé à Rae de faire partie de ma meute, je discerne ses sentiments d'une façon bien différente, c'est comme si son amour pour moi n'avait ni début, ni fin. C'est assez déconcertant, enivrant aussi. J'étais tellement persuadée de tout savoir d'elle mais désormais, je sais que lorsqu'elle m'assure avec une certaine tristesse que je ne saurais jamais à quel point elle m'aime, elle a raison. Tout simplement parce qu'elle-même en ignore certainement toute l'intensité.
Pour une sorcière de Sang qui aurait dû rester étrangère à toute émotion durant l'intégralité de sa vie, tout cet amour est un véritable privilège. J'espère en être digne, pour toujours. J'ai son cœur, littéralement, à jamais.
Raven vient d'une caresse effacer mes larmes avant d'embrasser tendrement mes joues. Tous ces gestes sont remplis d'affection. Je me noie presque dans toute cette douceur. Je m'oublie dans cette dévotion. Mes instincts les plus primaires s'endorment complètement. Il n'y a plus qu'elle. Je connais sa maladresse avec les mots. En toute honnêteté, dans ce genre de moment, il n'y a pas besoin de construire la moindre phrase, de formuler le moindre son. Sa présence et ses attentions suffisent amplement.
J'ai été rongé par la peur ces derniers jours. De l'instant où j'ai perdu le contrôle sur lui, à celui où la barrière est tombée, en passant par celui où la main de Raven a été mutilée, ou encore durant le court moment où ma survie à été incertaine quand cette épée s'est figée de justesse dans mon épaule. Mais je crois que le moment qui m'a le plus terrifié c'est quand j'ai vu apparaître Morgane. Parce qu'à partir de ce moment, celle que je craignais le plus de perdre, ce n'était pas Melina, bien que j'étais terriblement angoissée par son état d'autant plus quand ses maux se sont répandus jusqu'à Scarlet. Non. Ce qui me terrorisait, c'était d'imaginer, même pendant un court instant, Raven m'abandonner en choisissant sa mère ce qu'évidemment, j'aurai compris. Son choix m'aurait dévasté mais… j'aurai compris. Pas une seule seconde, j'ai pensé que je serais celle qu'elle choisirait. Plus j'y réfléchis, plus je me dis que sa décision n'a aucun sens.
C'est quand Raven m'a demandé de la revendiquer que j'ai commencé à comprendre que l'amour de ma femme était bien plus profond et infini que ce que j'imaginais. Puis de nouveau, j'ai été tétanisé. Son comportement a été tellement changeant. C'est quand j'ai compris qu'elle me cachait quelque chose que j'ai cru que c'était fois, il n'y avait plus d'espoir. J'ai cru que Raven était simplement revenue à la raison, qu'elle allait me demander de la libérer et m'annoncer qu'elle préférait sa magie à la meute. Encore une fois, je n'aurais pas hésité, cette décision m'aurait brisé le cœur mais je l'aurai délivrée. Mais…
J'ouvre les paupières et sans surprise je trouve immédiatement ses yeux. Je m'y perds. C'est fou. Comment j'ai pu douter d'elle ? Même durant quelques instants, c'était trop. Je ne comprends pas comment autant de détails ont pu m'échapper. Je pensais que rien ne pouvait se soustraire à mon sens de l'observation, encore plus à son sujet. Je ne me suis rarement autant trompée. Un enfant. Nous allons avoir un enfant.
- Je t'ai déjà dit, je reprends en un souffle, à quel point je t'aime ?
- Jamais, elle répond avec un sourire moqueur.
- Raven, je m'offusque faussement en riant.
- Non, non, elle poursuit toujours amusée, je t'assure : jamais. Ce n'est pas arrivé, pas une fois ! Tu dois être beaucoup plus fatiguée que ce que tu pensais, ses yeux pétillent de bonheur. J'ignore même à quoi peuvent ressembler ces mots alignés les uns derrière les autres prononcés par ta bouche, elle vient délicatement embrasser mes lèvres. Non, elle murmure en s'éloignant, définitivement, je m'en souviendrais.
- Tu n'es pas possible.
- Si ne pas être possible te rend le sourire alors je le serais chaque jour.
- Je t'aime tellement Rae.
J'ai à peine fini ma déclaration que je me jette sur ses lèvres. Dans ma précipitation, nos dents s'entrechoquent. Un grognement mécontent échappe à Raven après cette agression, d'instinct elle tente de s'éloigner mais je la retiens en glissant ma main libre derrière sa nuque. Je glisse mes doigts dans ses cheveux en approfondissant le baiser. Un doux gémissement lui échappe quand je parviens à m'installer sur ses genoux, passant mes jambes de chaque côté de ses hanches et l'allongea délicatement sur le matelas.
Je quitte ses lèvres pour parsemer sa mâchoire et son cou de baisers en déliant nos mains afin de glisser mes doigts sous son haut. Je ne trouve pas les mots. Je ne sais vraiment pas comment m'exprimer. Je ne saurai lui communiquer ce que je ressens alors j'ai besoin de la toucher pour qu'elle comprenne d'elle-même. J'ai conscience que nous avons besoin de parler mais pour le moment, tout ce que je veux c'est son corps contre le mien, son souffle qui se mélange avec le mien et sentir notre cœur battre dans une parfaite harmonie.
- Anya, elle me repousse légèrement, non, sa respiration est déjà hors de contrôle, arrête.
- Je n'ai aucune intention de m'arrêter, je lui assure en lui retirant vivement son pull avec un sourire triomphant. Je ne t'ai pas sentie contre moi depuis trop longtemps, je remonte dangereusement son débardeur, j'ai besoin de toi.
- Anya, elle m'empêche de retirer plus son vêtement en me lançant un regard noir. J'ai dit : non.
- Ose me dire que tu n'en as pas envie, je la défie. Et avant de répondre, n'oublie pas que je ressens tout ce qui te passe par la tête et là, je viens embrasser son point sensible juste derrière son oreille, tu as exactement le même désir que moi.
- J'en meurs d'envie, me confirme-t-elle, mais…
- Il n'y a pas de mais, je refuse qu'il y en ait un.
- Dois-je te rappeler qu'à chaque fois que nous essayons de nous, elle se racle la gorge avant de chuchoter, rapprocher, je fronce les sourcils en la voyant regarder vers la porte, quelqu'un nous interrompt. Je refuse que ça recommence. Je vais atteindre un stade de frustration beaucoup trop élevé.
- Ta mère, je soupire dépitée en me laissant presque tomber sur elle, Morgane tombe toujours comme un cheveu sur la soupe. J'avais presque oublié. Sérieusement comment fait-elle ?
Le silence de Raven me fait me redresser vivement. J'écarquille les yeux en la pointant d'un indexe accusateur. J'ouvre la bouche mais aucun son n'en sort. Je recommence et toujours rien. Le troisième essaie est enfin le bon :
- Ne me dis pas que c'est ta faute !
- Je crois, elle soupire, mais je n'en suis pas certaine, elle précise, qu'elle ressent un infime changement dans ma magie à chaque fois que nous, elle fait tourner sa main dans le vide, enfin que nous, elle ferme les yeux, sérieusement Anya j'aimerai vraiment éviter d'évoquer ma mère de ce genre de situation.
- Il faut que tu règles ça Raven et vite ! Parce qu'il est absolument hors de question qu'elle vienne frapper à notre porte, je balance mon indexe vers cette dernière, à chaque fois que j'ai envie de te faire l'amour.
- Je conçois parfaitement que ma mère soit un problème.
- Tu as plus de 500 foutue années, tu devrais pouvoir vivre ta vie comme tu l'entends avec ta femme sans qu'elle ne vienne s'immiscer.
- Je suis entièrement d'accord.
- Alors fait quelque chose !
- Le seul problème, elle se redresse, passa sa main droite dans mes cheveux sans me quitter des yeux, c'est que de son point de vue, tu n'es pas ma femme. Je suis désolée, elle souffle en évitant mon regard, ma mère a toujours été surprotectrice. Je ne sais pas… ou plutôt, je n'ai jamais su comme lui imposer des limites. Pendant très longtemps, elle soupire par le nez, ses doigts tremblent avant qu'elle ne relève la tête pour m'affronter de nouveau, elle était tout ce que j'avais. Tout mon univers tournait autour d'elle.
- Très bien, je vais lui parler.
- Anya !
- Quoi ?
- Ce n'est pas possible, elle répond légèrement paniquer.
- Il faut bien que l'une de nous le fasse !
- Ou peut-être, elle grimace, que les autres fois étaient une simple coïncidence.
- Je n'arrive pas à le croire, je ris en lui volant un baiser. Tu n'y crois pas toi-même.
- Anya, elle laisse tomber sa tête sur mon épaule gauche en soupirant. Je ne veux vraiment pas avoir ce genre de conversation avec ma mère. On peut juste, elle relève les yeux, rester tranquille pour ce soir. Je te promets de lui parler demain.
- Ou alors, je lui parle, je propose à nouveau.
- Hors de question !
- Rae, si tu ne le fais pas, je le ferai. Tu en as conscience, n'est-ce pas ?
- Hum…
- Rae, j'insiste.
- Pourquoi j'ai la sensation que si je vous laisse toutes les deux avoir cette conversation, aucune n'en ressortira vivante ?
- Tu rigoles j'espère ? Je serais celle qui s'en sortira !
Raven me lance un regard plus que sceptique en secouant la tête de droite à gauche certainement amusée. Son regard tombe lentement, et comme souvent depuis qu'elle m'a parlé de ma condition, sur mon ventre. Je n'arrive pas tout à fait à comprendre ce qui naît dans ses iris quand elle porte toute son attention sur notre avenir. Je suis tellement heureuse de cet accident et Raven est tellement parfaite avec moi depuis ces derniers jours que par moment, j'oublie qu'à l'origine, elle ne veut pas de cet enfant.
- Tu vas bien ? Je ne peux m'empêcher de demander en glissant mes doigts sous son menton pour attirer son regard. Je n'arrive pas à savoir exactement comment tu te sens par rapport à cet enfant.
- Skye, elle souffle en détournant le regard, c'est clairement moi qui aie choisi ce prénom, non ? Cet enfant, elle se mordille la lèvre inférieure en m'accordant de nouveau toute son attention, à un moment ou à un autre, elle sera certainement tout aussi importante que toi. Mes nouveaux Cieux, elle murmure tout bas, mais pour le moment, elle hésite, je n'arrive pas à me faire à l'idée. Je sais que tu es heureuse mais je n'arrive pas à l'être totalement. Je suis désolée, elle baisse encore les yeux. Je suis tellement désolée Anya. Je sais que c'est une bonne chose, je sais que nous serons heureuses. Je l'ai vu, pourtant… de façon égoïste j'aurai aimé, elle glisse ses doigts des deux mains entre les miens, t'avoir rien qu'à moi pour toujours. Désolée, je l'entends à peine s'excuser une énième fois, encore.
- Rae, regarde-moi, elle s'exécute. Tu n'as pas à me demander pardon. Tout ceci, c'est nouveau, pour toutes les deux et nous allons devoir apprendre à vivre avec ensemble. Je suis à toi pour toujours. N'en doute jamais s'il te plaît.
- Mais je vais devoir te partager.
- Tu me partages déjà Raven, je passe ma main gauche sur son front rabattant quelques mèches de ses cheveux derrière son oreille, avec la meute, avec Lexa.
- Ce ne sera pas pareil et tu le sais. Mais au-delà de ça. Si je ne voulais pas d'enfant, c'était pour une raison. Toute cette magie, elle secoue la tête pour essayer de se détacher de l'idée qui s'y forme, c'est loin d'être une bénédiction Anya. Tu ne l'as peut-être pas senti comme moi mais pendant un moment Skye a perdu le contrôle et sa puissance, elle inspire profondément, c'est exactement ce que je craignais. Je ne voulais pas que ceci, elle fait apparaître des étincelles écarlates dans la paume de sa main droite qu'elle peine à stabiliser à cause de ses blessures, devienne un fardeau.
- Ni la magie, ni la malédiction du loup ne deviendront un fardeau pour cet enfant. Je te le promets.
- Tu ne peux pas me faire cette promesse Anya.
- Bien sûr que si puisque que nous serons toujours là pour cet enfant. Ensemble.
- Ensemble, elle sourit attendrit avant de m'embrasser sur les lèvres, toujours.
- Toujours, je lui confirme en souriant en lui volant un autre baiser.
Je m'éloigne doucement et sourit en constatant que Raven a toujours les paupières fermées. Elle est encore profondément ancrée dans notre baiser. Sans ouvrir les yeux, elle inspire profondément et la commissure de ses lèvres se soulève dans un magnifique sourire.
- Je t'aime Anya, elle murmure alors que ses cils se soulèvent, merci pour tout.
- Merci, je caresse lentement et précautionneusement sa main droite, je serai toujours là pour toi, j'ai dû mal à m'habituer aux cicatrices qui se forment sur sa peau et qui vont certainement la marquer jusqu'à la fin, tu es ma priorité. Tu es tout, mon univers.
- Tu arrives à t'imaginer un monde où nous n'aurions plus à nous battre, jamais. Où il n'y aurait plus que l'amour.
- Je crois même que ce monde est à portée de main.
- Tu penses que nous pouvons le construire ici ?
- Oui.
- Nous allons réussir à convaincre le Haut Conseil de laisser notre meute et celle de Lexa vivre sur Hélys, n'est-ce pas ?
- Notre meute, je souris plus que de raison, qu'est-ce que je peux aimer entendre ces mots franchir tes lèvres. J'ai encore du mal à y croire.
- Ne doute pas mon amour. Je suis à toi entièrement. Tu as peur que le Haut Conseil t'oblige à te séparer de Lexa ?
- Je ne les laisserai pas faire, j'affirme en le sentant s'éveiller à l'idée que l'on puisse m'arracher ma sœur, et toi ?
- Quand ils seront là, ils seront mes invités et s'ils deviennent déplaisant je pourrai facilement m'en débarrasser.
- Vraiment, j'aime l'imaginer les congédier avec fermeté, j'adorerai voir ça mais je ne suis pas certaine que Lexa apprécierait, je soupire, elle tient vraiment à faire les choses dans les règles. A croire qu'elle aime me contrarier. J'ai du mal à concevoir que notre avenir puisse dépendre de leur décision à ces maudit et stupide mâle alpha egocentrique.
- D'ailleurs, Raven prononce ce mot avant qu'un long silence ne le suivre, tu as une idée de la raison qui pousse Moe à absolument vouloir être présente à cette réunion ?
Moe… cette fille est un véritable mystère. Personne. Je dis bien : personne ne comprend qui ou encore ce qu'elle est. Nous sommes une communauté gigantesque avec des êtres qui ont foulé cette terre il y a si longtemps qu'ils ont vu l'aube du monde, d'autres qui viennent du futur et aucun de nous n'est foutu de comprendre une fille d'à peine 20 ans. Pourtant, après qu'elle ait sauvé la vie de Raven et ait eu une longue discussion avec Lexa, mon instinct me pousse à avoir confiance en elle. Seulement… seulement…
- Anya ?
- Cette fille me rend indécise. Je ne sais pas… je n'ai pas l'habitude que tant de choses m'échappent. Et ce jour-là, je viens placer mes doigts sur la fine cicatrice sur le cou de Raven, à peine une égratignure grâce à Moe, il s'est passé tellement de chose, ce vêtement étrange qu'elle a enlevé pour t'atteindre plus vite, cette langue incompréhensible qu'elle peut comprendre, son interaction avec ton père et…
- … son "crois ce que tu veux", complète Raven.
- Hum… il est évident qu'elle nous connait. Cette façon qu'elle a de prononcer ces mots.
- J'ai cru t'entendre, me confirme-t-elle.
- Donc, tu es d'accord avec moi pour dire qu'à un moment ou à un autre, Moe nous a côtoyé.
- Elle a assuré à Lexa qu'elle venait du futur.
- Mais rien de plus, j'ai du mal avec toutes ces énigmes, d'autant qu'aucun des voyageurs ne la connait que ce soient les anciens ou les nouveaux. Melina ne la voit pas. Je ne sais pas. Il y a quelque chose qui me gêne chez elle. Instinctivement, tout me pousse à avoir confiance en elle mais c'est comme si tous ces secrets qui planent autour d'elle m'empêchait de me fier à mon intuition. C'est… inhabituel. Je suis curieuse. Qu'est-ce que tu en penses ?
- C'est son comportement avec mon père qui m'alerte le plus. Moe n'a aucune appréhension envers lui. Il reste un Dieu, qu'importe tout ce qui a pu arriver ces derniers jours. Elle le traite, elle réfléchit, je ne sais pas… d'égale à égale. Et je ne peux m'empêcher de me demander : qui ? Qui peut se permettre d'avoir ce genre de comportement sans craindre des représailles ?
- Peut-être qu'elle ne craint pas les représailles, je suggère.
- A cause de ce pouvoir étrange qui s'est échappé de ses mains ? Non. Mon père nous a assuré que ce pouvoir n'était pas le sien.
- Justement, je souffle.
Oui, c'est justement parce que ce pouvoir n'est pas le sien qu'elle peut se permettre d'affronter un Dieu sans crainte. C'est parce que Moe a la certitude que si elle se retrouvait en danger cette personne qui s'en est prise à Raven viendrait pour la protéger. C'est aussi pour cette raison qu'elle s'est jetée sur sa lame sans la moindre hésitation. Moe savait pertinemment que jamais elle ne lui ferait de mal. Pourtant, je suis absolument certaine d'avoir sentie un moment de flottement. J'ai vraiment pensé que Moe allait se sacrifier pour Raven.
Notre plus grand espoir… évidemment, je suis d'accord. Rae est mon plus grand espoir. Mais le notre… Pourquoi ? Pourquoi Raven ? Je n'arrive pas à croire que j'ai failli la perdre parce que j'ignore la réponse à cette question.
- Qu'est-ce que tu as compris Anya ?
- Cette fille, je grimace, celle qui a essayé de te tuer. C'est elle, la réponse à toutes nos questions. C'est parce qu'elles sont liées que Moe peut se permettre certaines choses et qu'elle reste dans l'ombre, que nous ne parvenons pas à la comprendre.
- Dommage, soupire Raven en se laissant tomber sur le matelas, dépitée.
- Je vois, je souris attendri, tu as encore essayé d'interroger ton père sur elle et il a refusé de te dire quoi que ce soit.
- Exactement !
Je souris un peu plus, me penche et vient tendrement l'embrasser. Quand je m'éloigne, mon regard se noie dans le sien et durant une seconde, je me dis que d'être interrompue une énième fois en vaut la peine. Qu'est-ce que je risque ? Peut-être que finalement ces interruptions intempestives ne sont qu'une coïncidence. Peut-être…
- Anya, je vois que Raven a compris le cheminement de mes pensées.
- Quelles sont les chances que ce ne soit qu'une coïncidence que nous soyons à chaque fois interrompues ?
- Honnêtement ?
- Non, je secoue la tête de droite à gauche, soit optimiste.
- Même en étant optimiste, elle rit doucement, je crois que les chances avoisinent zéro.
- Je prends le risque, je décide en m'emparant encore une fois de ses lèvres. Au pire, je te rappelle que tu as déjà bousillé la main de Lexa quand elle a voulu nous arrêter.
- Je ne l'ai pas fait exprès, s'insurge-t-elle.
- Et bien, je souris de plus en plus, je te suggère de perdre de nouveau le contrôle si qui que ce soit s'approche de cette porte durant les prochaines minutes.
- Anya, elle soupire, ce n'est pas une bonne idée.
- Une idée foireuse, je souffle en passant mes mains sur ses côtes lui retirant lentement son débardeur, de temps en temps ne fait de mal à personne.
- Depuis quand ? Elle rit.
- Depuis que je viens de le décréter, je conclus en passant son vêtement par-dessus sa tête avant de venir l'embrasser, et c'est le meilleur décret de tous les temps, mes lèvres parcourent sa peau, de sa joue, à son cou, en passant par son épaule droite, en virant vers sa clavicule, qu'est-ce que tu en dis, je demande en plaçant ma main gauche sur le fermoir de son soutien-gorge, on tente le coup ?
Le silence de Raven me fait d'abord croire qu'elle n'est pas prête à prendre le risque mais c'était avant qu'elle ne m'attire de nouveau à ses lèvres pour un baiser fougueux. Avant qu'elle agrippe de sa main gauche la ceinture de mon jean pour me rapprocher. Et bien avant qu'elle n'enlève d'elle-même avec sa magie la dernière rempart qui recouvrait ses seins. C'est sans quitter ses lèvres que je laisse mes deux mains rejoindre cette offrande. Je les caresse en tentant d'étouffer les soupire de Rae dans des baisers emplis de désir et d'envie. Je commence à faire glisser les doigts de ma main gauche vers le bas quand subitement, quelqu'un frappe à notre porte.
Je décide d'abord de l'ignorer en retirant le bouton de son slim mais les coups persistent. Je grogne frustrée. Seulement je tente une dernière fois d'aller contre la volonté de cet intrus en refusant catégoriquement de quitter les lèvres de Raven qui de son côté aussi paraît encore plus me rapprocher.
- Raven, la voix de Morgane m'irrite au plus haut point, c'est urgent.
- Je vais la tuer, je grogne en me laissant tomber dépitée sur ma femme, je vais vraiment la tuer.
- Je vais peut-être t'aider, soupire Raven en passant doucement ses doigts dans mes cheveux, je vais peut-être vraiment t'aider.
Un rire nerveux m'échappe alors que les coups sur la porte s'accentuent. Je soupire. Je n'ai aucune envie de bouger. Pourtant, je me redresse légèrement en lançant un regard envieux au corps de Raven. Je sais que je fais une moue boudeuse quand je demande :
- L'envoyer valser avec ta magie, c'est vraiment hors de question ?
- Je vais d'abord essayer de lui parler si ça ne te dérange pas.
- En fait, je soupire, si ça me dérange.
- Ne joue pas à l'enfant, elle me sourit en caressant ma joue.
- Ah parce que ce que je m'apprêtais à te faire était enfantin peut-être ? Et pourquoi elle n'arrête pas de frapper, je m'agace.
- Je vais aller ouvrir, elle me dit ces mots en se redressant.
- Hors de question ! Tu es à moitié nu !
- Je comptais me rhabiller.
- Maaaais, je laisse traîner, pourquoi ? Tu ne veux pas que je m'assure qu'il y a une vraie urgence avant ?
- Comme tu veux, elle se recouche, va ouvrir si ça te chante, je me lève aussitôt, mais interdiction de montrer les crocs !
- Tu n'es pas drôle, je ris en lui faisant un clin d'œil.
- J'aimerais surtout éviter de te retrouver en lambeau.
- Pourquoi as- tu si peu confiance en moi ? Je suis parfaitement capable d'affronter ta mère, je ne laisse pas Rae me répondre et ouvre brusquement la porte. Oui, Morgane. Nous pouvons faire quelque chose pour toi ?
- Où est Raven ? Elle n'a pas disparu au moins ?
- Pourquoi aurait-elle disparu ?
- Parce qu'elle n'ouvre pas la porte, suggère Morgane.
- Je suis là maman, je sens Rae se glisser dans mon dos, ouvrir un peu plus la porte et je la vois enfiler son pull, qu'est-ce qui se passe ?
- Encore, je grogne entre mes dents en forçant un sourire quand le regard de Morgane revient sur moi.
- Ton père a senti la présence de cette femme sur l'île. Il serait plus prudent que tu restes avec nous pour éviter qu'elle s'en prenne de nouveau à toi.
- Anya peut parfaitement me protéger.
- Exactement !
- Lexa, précise Morgane, préférait que vous veniez avec nous.
- Et bien, je lance un regard à Raven, c'est peut-être Lexa qui aurait dû venir nous chercher.
Un petit rire échappe à Rae et je suppose qu'elle comprend ce que je suggère à demi-mot. Elle vient m'embrasser sur la joue en soufflant à mon oreille :
- Ce genre d'accident n'arrive pas deux fois. Je vais chercher mon manteau, reprend-elle plus fort. Tu veux une veste Anya ?
-Non merci, je fusille Morgane du regard.
Et pendant un instant, l'idée de lui claquer la porte au nez me frappe. Je considère cette option avant de réaliser que là, je "jouerais à l'enfant" et je détesterais donner raison à Raven sur ce point-là.
- J'ai fait quelque chose pour mériter ce regard noir de reproche, s'informe Morgane.
- Si peu, je force un sourire.
- Anya, si tu as un problème avec moi. Je t'invite à m'en parler.
- Ce ne serait pas une bonne idée.
- Pour quelle raison ?
- Je pourrai dire des choses que je regretterais certainement.
- Certainement, j'entends parfaitement la connotation moqueuse dans sa voix et je serre les poings, j'ai la désagréable sensation que Morgane joue avec moi. Où Raven est-elle allée chercher son manteau exactement ?
- Elle en a profité pour resserrer ses arceaux, je réponds sans même m'en rendre compte.
- Elle n'a rien dit.
- Je le sens, je précise en relâchant la porte pour jouer nerveusement avec l'anneau à mon annulaire gauche, c'est douloureux.
-Nous ne devrions pas la laisser seule, décrète Morgane en essayant de se faufiler dans notre chambre.
Je réagis sans réfléchir quand je plaque rapidement ma main droite sur l'encadrement de la porte, lui faisant une barrière et l'empêchant de passer. J'ai les yeux baissés. J'inspire profondément. Je ne dois en aucun cas m'énerver. Je le sens se fracasser contre mon corps. Il n'apprécie pas du tout la façon de s'imposer de la sorcière, moi non plus d'ailleurs. Nous sommes rarement d'accord mais cette fois nous sommes en parfaite harmonie.
- Je peux savoir ce que tu fais Anya.
- Je suis désolée Morgane. Tu sais à quel point je t'apprécie et je te respecte. J'ai bien conscience de tout ce que tu as fait pour nous. Je sais que sans toi, je ne serais plus en vie et que mes chances de rencontrer Raven aurait été nul et non avenu. J'ai assez de lucidité pour savoir qu'en aucun cas tu as fait ces sacrifices pour moi mais pour elle. Mais, je relève les yeux pour que mes mots aient plus d'impact, je sens qu'il y est présent, maintenant, nous sommes toutes les deux adultes et il y a des limites à ne pas franchir. Cette chambre, c'est notre espace alors à moins que l'une de nous t'y invite, je suis obligée de te dire que tu n'y es pas la bienvenue.
- J'ai compris Anya et…
- Je n'ai pas fini, je la coupe. Raven n'est plus une enfant. Elle prend ses propres décisions. Elle n'a en aucun cas besoin que tu émettes un jugement sur tout ce qu'elle fait ou sur sa façon d'utiliser ou non sa magie. Et je sais qu'elle t'a demandé de ne plus critiquer notre relation devant moi mais tu devrais vraiment éviter de le faire aussi avec elle parce qu'à chaque fois, tu lui brises un peu le cœur et ça ce n'est pas acceptable.
- Pas acceptable, répète incertaine Morgane.
- Pas acceptable du tout, je confirme.
- Raven est ma fille, je sais ce qui est bon ou non pour elle.
- Raven est ma femme et je ne sais pas ce qui est bon ou non pour elle, c'est pour cette raison que je fais en sorte de toujours être à l'écoute, que nous passons des heures à discuter. Je suis terrifiée Morgane, terrifiée d'un jour trop lui en demander. Je sais à quel point les sorcières de Sang tiennent à leur indépendance. Alors je fais perpétuellement attention à ce que je dis ou fait. Je l'aime. Je l'aime tellement que j'ai choisi de vivre enfin. J'ai arrêté de me cacher, j'ai admis mon héritage, j'ai accepté mon loup et si j'ai fait tout ça c'est pour la protéger. La protéger en prenant garde à ne jamais l'étouffer parce qu'en vérité, Rae n'a pas besoin que je la protège. Elle sait parfaitement se défendre toute seule.
- C'est à mon tour d'être désolée Anya parce que je n'accepterais pas que tu puisses lui suffire. La magie est plus importante.
- La magie est sa plus grande peur, je réponds en un souffle. Raven, je reprends plus fort, a survécu à un Maledicto Mortis Metu et sa plus grande peur, c'était vous et votre magie. Alors sa magie sera toujours importante mais elle ne sera plus la plus importante. Parce que si c'était le cas, ça la détruirait.
Je perçois les larmes de Raven, d'un geste tremblant et hésitant je viens toucher ma joue droite. Elles ne se sont pas répercutées jusqu'à moi et pourtant, je les sens parfaitement. Evidemment depuis le début elle entend tout. J'aurai dû y penser. Est-ce que j'ai dit quelque chose de mal ? Pire… quelque chose que je vais regretter ? Je comprends que ce n'est ni l'un, ni l'autre quand son sourire est pour moi une évidence.
Je me retourne assez pour fixer la porte close de la salle de bain. Je me mets à sourire moi aussi quand je l'entends rire très doucement. Le son est à peine perceptible. Elle doit avoir mis sa main devant sa bouche pour l'étouffer.
- Rae, je l'appelle doucement.
- Il y a un problème, panique aussitôt Morgane.
La porte de notre salle de bain vole presque, Raven accourt vers moi à toute vitesse. Quand elle arrive à ma hauteur, elle saute sur moi, ses bras s'accrochent à mon cou et ses jambes s'emmêlent un peu au-dessus de ma taille. C'était si inattendu que j'en ai le souffle coupé et je suis obligée de faire quelques pas en arrière pour retrouver l'équilibre. Elle rit plus librement, elle attire mon visage vers le haut, vers elle. Ses cheveux tombent en cascade sur mon visage quand elle se penche pour m'embrasser. Encore… encore cette douceur, cette tendresse infinie et cet amour incommensurable.
- Je t'aime tellement Anya.
Quand elle finit par rejoindre le sol, je remarque qu'elle resplendit. Je suppose donc que j'ai dit exactement ce qu'il fallait. Pourtant, je ne peux m'empêcher de rester prudente. Morgane est toujours présente, tout ceci ne pourrait être rien d'autre qu'une provocation envers sa mère. Bien que, je dois bien l'avouer, ce comportement ne ressemble pas à Raven. Elle ne jouerait pas avec moi, jamais. Alors que je suis encore plongé dans mes pensées à tenter de comprendre ce qu'il vient exactement de se passer, elle glisse sa main dans la mienne en demandant :
- Nous y allons ?
- Raven, j'entends à l'intonation de sa mère un fond de reproche, après le danger passé, nous devons parler.
- Je ne pense pas que ce sera nécessaire, je la sens se tourner vers moi, Anya, elle sourit tellement que ça me déstabilise, a tout dit.
Je suppose que Morgane est de nouveau sur le point d'intervenir puisque Rae tire sur mon bras et nous fait passer en force devant sa mère. Je ne peux m'empêcher de me retourner quand nous descendons les escaliers. Le regard que je capte chez Morgane est figé dans l'incompréhension. Je ne parviens pas à savoir si ce sont mes mots qui l'ont mis dans cet état ou le comportement de sa fille à mon égard. Un tendre baiser est déposé sur ma joue alors je la quitte des yeux pour accorder toute mon attention à ma femme.
- Enfin, tu me regardes, elle sourit encore plus que tout à l'heure si c'est possible, merci, elle vient de nouveau embrasser mes lèvres avec une douceur infini, je n'aurai pas eu le courage de lui dire avec tant d'aplomb que la magie n'est plus aussi importante pour moi.
- Essaye de ne pas mourir ce soir et nous serons quitte, je réponds en l'embrassant à mon tour.
- Vous êtes enfin là, la voix de Lexa me fait légèrement sursauter et quitter les lèvres de Rae, qu'est-ce qui vous a pris autant de temps ? A l'origine, si j'ai envoyé Morgane c'était pour que ce soit rapide.
- La prochaine fois, viens toi-même, je grogne.
De nouveau Raven éclate de rire ce qui attire mon sourire et un regard surprit de Lexa. Ma sœur de cœur se rapproche alors que je me force à m'éloigner de ma belle sorcière. Je lâche un énième soupire en pensant que j'étais à deux doigts d'avoir son corps pour la nuit.
- J'ai manqué quelque chose ? Demande tout bas Lexa.
- Non, pourquoi ?
- Il est rare de voir Raven rire de cette façon. Non pas que ce soit un mal, se justifie-t-elle quand je me tourne vers elle certainement avec un regard noir, bien au contraire. C'est simplement inhabituel.
- Pour toi, peut-être, je détaille Rae, elle est rarement aussi belle que lorsqu'elle rit.
- Hey, Clarke franchit la porte d'entrée, j'ai manqué quelque chose, elle sourit alors que Raven reprend son souffle en cherchant à se rapprocher de moi. Je ne veux pas gâcher l'ambiance ou quoi que ce soit mais Raven, ton père l'a trouvée.
- Dans ce cas, je remarque seulement la présence de Morgane, allons-y immédiatement.
Nous sortons donc à l'unisson de la maison. Je remarque que Maya et Jasper sont venus en renfort ainsi que Jaliah. Je suis rassurée de ne pas voir Scarlet et Melina, elles sont encore particulièrement faibles, plus en danger bien heureusement, mais elles ont encore besoin de temps. En revanche, une absence me surprend. J'observe un peu plus les alentours pour la trouver, il est très peu probable qu'elle ait décidé de rester en retrait.
- Ta mère, intervient Morgane dans mon dos, n'est pas là.
- Pour quelle raison, je ne peux m'empêcher de demander.
- Je ne l'ai pas prévenu.
- C'est inhabituel, constate Raven sa main toujours dans la mienne, il y a un problème dont tu as oublié de nous parler maman ?
- Je ne suis pas certaine que ce soit un problème. Luna se dispute encore avec Alexander. Ceux qui sont le plus proche de Luna dans la meute m'ont bien fait comprendre qu'il fallait lui laisser un peu d'espace pour cette fois.
- Encore, souligne Raven, c'est habituel pour Luna de se disputer avec son compagnon ? Dans mes souvenirs, ils étaient plutôt proches. Tu as une idée de ce qui se passe entre eux ? C'est plutôt inquiétant de savoir qu'un couple aussi puissant qu'eux puisse être en froid. Si ça tourne mal, qu'est-ce qui va se passer ? Ils vont détruire l'île ?
- Je ne dirais pas que c'est habituel, en effet ils communiquent plutôt bien d'ordinaire mais depuis que nous sommes revenus, leurs disputes sont quotidiennes.
- Tu devrais peut-être t'en inquiéter, suggère Raven, c'est ton amie, non ?
- Et pourquoi, ce ne serait pas à sa fille, je frissonne en entendant ce superlatif pour me qualifier, de s'en inquiéter ?
- Anya n'est pas prête, balaye aussitôt ma belle sorcière. Pour le moment les mettre dans une même pièce, seules, reviendrait à mettre deux chiens de combat qui ont la rage sur un ring et croire qu'ils ne vont pas s'attaquer.
- Tu t'en prendrais à ta mère Anya ?
- Moi, non, je réponds en un souffle, mon loup, c'est moins sûr.
- Il veut récupérer sa meute.
- Ce n'est pas notre meute, je m'insurge en pilant, et nous n'en voulons pas !
- Anya, murmure Raven en prenant mon visage en coupe, tout va bien, personne ne t'obligera à revendiquer cette meute. Nous avons la nôtre et elle nous suffit amplement. Respire mon amour. Ne dit pas ce genre de choses, le regard de Rae devis vers sa mère, devant elle s'il te plait, un peu plus et elle partait en vrille. Notre meute c'est notre famille, pas des inconnus qui pensent qu'Anya leur doit quelque chose. Ils ne la connaissent même pas. Anya, elle revient vers moi, calme ton loup, tu veux bien. Je suis là. Tu n'as rien à craindre. Personne ne t'obligera à faire quoi que ce soit qui ne te convienne pas, à toi ou à lui.
- Je ne veux pas de cette foutue meute.
- Je sais, elle vient embrasser ma joue et je me sens un peu mieux. Tu es de nouveau avec moi, elle me demande tout doucement, ou as-tu besoin de plus de temps ?
- Je vais bien, j'élude.
- Ne t'avise pas de me mentir Anya, la menace passe presque inaperçu à cause de son ton toujours semblable à une caresse mais son regard me dissuade clairement, je n'aime pas non plus cette situation et la façon dont ça te perturbe m'atteint bien plus que ce que tu ne le crois.
- Rae, pour le moment, c'est pour toi qu'il faut s'inquiéter. Je te promets que si je perds pieds tu seras la première au courant. Il est même possible que tu t'en rendes compte avant moi, je souris, alors tu n'as rien à craindre.
Son regard me fait parfaitement comprendre que je ne l'ai pas convaincu. Ses yeux tombent comme très souvent ces derniers temps au niveau de mon abdomen. Un soupire lui échappe. Je ne peux m'empêcher d'être attendri par son comportement. J'ai conscience que pour le moment, elle ne veut pas de cet enfant et pourtant, elle s'inquiète constamment pour lui et veille tout le temps sur lui.
- Très bien. Restons concentrées, je sens l'étrange présence de cette femme.
- Je ne la laisserai pas t'approcher, j'assure avec aplomb.
- C'est une évidence.
C'est seulement quand Raven me pousse à avancer à nouveau que je remarque que Morgane n'est plus à nos côtés. Je note que c'est un progrès, elle nous a laissé régler cette situation seules. Nous rejoignons les autres. Je capte immédiatement le regard inquiet de Lexa. Je suppose qu'elle a parfaitement sentie mon trouble. Je lui souris pour la rassurer avant de remarquer que notre groupe est agglutiné mais que je ne la vois pas.
- Qu'attendons-nous ? je demande tout bas.
- Je réfléchis à la meilleure approche, répond Misaël.
- Il semble inquiet, je murmure pour que seule Raven puisse entendre.
- Ce n'est pas un semblant. Il est inquiet.
- Pour toi ?
- Non, elle fronce les sourcils, c'est autre chose.
- Je vais y aller seul, décrète-t-il subitement.
- Misaël, intervient aussitôt Morgane, c'est hors de question !
- Je veux lui parler, essayer de comprendre et, un long silence suit, si elle avait voulu nous faire du mal, nous ne l'aurions pas vu venir.
- Si tu crois que je vais te laisser y aller seul c'est que tu me connais très mal.
- Morgane, il tranche, j'y vais seul.
L'échange de regard entre ces deux-là me met légèrement mal à l'aise. Il y a une animosité à peine descriptible entre eux. Raven soupire en secouant la tête en soufflant :
- Ils n'ont pas changé. J'ai peu de souvenirs d'eux ensemble mais à chaque fois ça finissait de cette manière.
- Nous devrions le laisser y aller seul, suggère à notre plus grande surprise Clarke, c'est la meilleure stratégie, le regard assassin de Morgane dévie vers la blonde, même si cette idée ne te plait pas Morgane, je crois que Misaël est le seul à pouvoir l'atteindre sans qu'elle ne se sente menacée.
- Clarke, tente d'arrêter Lexa qui a bien senti le danger, arrête, elle souffle ce mot, s'il te plaît.
- Ce que nous voulons Lexa, c'est savoir pourquoi, pas nous battre, de toute façon je doute fortement que nous survivons à, elle tourne la tête et je suppose qu'elle la regarde, ça. Alors le plan d'aller lui parler, est le meilleur et le plus logique.
- C'est, reprend Morgane, hésitante, pas croyable, je vois sa mâchoire se serrer, tu es exactement comme Jack ! C'est très agaçant !
- Merci, sourit la principale concernée.
- Clarke, aboie presque Lexa, je ne pense pas que c'était un compliment, reprend-elle plus doucement.
- En effet, confirme Morgane, c'était tout sauf un compliment. Mais Jack avait rarement tord donc et je précise que c'est seulement pour cette raison, je te laisse y aller seul Misaël.
- Merci.
- Mais je te préviens si je sens que tu es ne serait-ce que sur le point de perdre un cheveu, j'interviens.
- Elle va t'adorer, il rit en prononçant ces mots. Raven, juste au cas où je me tromperai reste en arrière.
- Bien sûr, elle confirme. Anya, je me tourne lentement vers elle, s'il te plaît, ne le quitte pas des yeux.
- Rae, je secoue la tête pour refuser.
- Anya, elle m'empêche d'argumenter, celui qui est en danger pour le moment c'est mon père. Alors ne le quitte pas des yeux. Si la tendance change, elle s'approche pour souffler à mon oreille, j'irai là-bas, qui que soit cette fille, elle ne pourra pas m'y suivre. Fais-moi confiance, elle s'éloigne et son regard croise le miens.
Je fais un signe de tête pour accepter. Je ne fais pas confiance à ma voix. Je déteste devoir mettre Raven au second plan, même quand c'est elle qui me le demande. Pourtant, je sais qu'elle a raison. Mon sens de l'observation nous a sortis de plus d'une situation cocasse et nous sommes conscientes toutes les deux que s'il y a le moindre problème, je serais certainement la première à le voir.
Alors parce que j'y suis obligée, ma main quitte la sienne. Je fais quelques pas en arrière. Je refuse de me retourner, de la perdre de vue. Son sourire est confiant. Je n'ai aucune raison de douter d'elle. Comme je l'ai rappelé à Morgane i peine quelques minutes, Raven est parfaitement capable de se protéger seule. Pourtant, je suis incapable de calmer mon inquiétude. Ces derniers jours ont été rudes, au-delà ma vie entière a été sans dessus-dessous, ma seule accalmie c'est cette magnifique sorcière.
Je ne veux pas la quitter des yeux. J'ai besoin d'elle. Je ne veux pas risquer de la perdre. Malgré tout, je fini par me retourner et pose mon regard sur Misaël pile au moment où il l'atteint. Il est distant, hésitant, incertain et elle… elle, elle ne bouge pas. Elle semble complètement figée, absente. C'est à ce moment précis que ça me frappe. Elle n'est pas vraiment là. Enfin, je crois.
- Que fais-tu ici ? Je ressens la peur dans la voix de Misaël. Man-Wol, que fais-tu ici ?
Dans un geste lent, elle tourne la tête vers lui et pour la première fois, je découvre son visage. Ses traits sont très jeunes, aucun des autres Dieux ne paraît aussi juvénile. J'ai la conviction qu'elle n'est alors pas plus âgée que Scarlet ou alors juste de quelque mois. Son regard est absent, comme si elle n'était pas vraiment là. La noirceur de ses iris est pourtant parfaitement calme. Elle ne fait rien de plus, juste tourner la tête pourtant, Misaël recule aussitôt tétanisé, balayé par une peur viscérale, incontrôlable et dévastatrice.
Je fais un pas en avant, juste au cas où je devrais intervenir mais à la seconde même pour Misaël perd tout intérêt pour elle et qu'elle se recentre sur le même point invisible qu'un peu plus tôt, la terreur du père de Raven se dissipe. Je ne comprends pas ce qu'il vient de se passer. Lui non plus, je crois puisqu'il continue de l'interroger sur la raison de sa présence sur l'île. Dans un geste elle se retourne brusquement vers nous, ce qui fait faire plusieurs pas en arrière à Misaël. Je perçois de nouveau sa torpeur, c'est comme si chacun des gestes de cette fille pouvait être une menace. Les iris sombres passent lentement sur chacun de nous pourtant, j'ai la certitude inexplicable qu'elle ne voit aucun de nous.
- Que fais-tu ici ? Insiste à nouveau Misaël.
- Ici, prononce-t-elle lentement et d'une voix incroyablement douce. Ici, répète-t-elle d'un air absent en penchant la tête sur le côté en tendant la main et en semblant saisir un objet. Ici, elle paraît vraiment réfléchir à la question. Où se trouve ce "ici" exactement ?
- Man-Wol, la voix du père de Raven est particulièrement marquée par l'inquiétude, tu ne sembles pas dans ton état normal, où crois-tu être ?
- Où je suis, elle souffle alors que je suis absolument certaine qu'elle repose quelque chose bien que je ne voie rien dans sa main. Où je suis d'après toi Misik'ilik'ili ? Question idiote, dit-elle sans la moindre émotion en croisant le regard de l'ancien Dieu, qui de nouveau est figé dans une angoisse que je ne m'explique pas, réponse simple, poursuit-elle avec une infinie tristesse dans les yeux, exactement où tu m'as laissé. Ma mère vient de mourir, tu m'as demandé de te suivre, d'avoir confiance en toi, tu m'as fait une promesse mais tu ne l'as pas tenue. Où je suis, reprend-elle de plus en plus attristée, dans cette armoire où tu l'as laissé m'enfermer. Je hurle, je pleure, je tape des poings jusqu'au sang mais personne ne vient m'ouvrir, pas même toi. Tu es un menteur.
- Tu n'es pas là-bas, répond Misaël tout de même mal à l'aise en s'éloignant d'elle, tu y es restée un moment mais tu n'avais pas plus de cinq ans.
- Où je suis, elle poursuit en tournant la tête vers la gauche. Dans une forêt, effrayée, je cours le plus vite possible. Je le fuis. Il veut m'obliger à faire quelque chose d'horrible. Je veux aller plus vite mais j'ai mal, son regard tombe sur ses jambes, elle fronce légèrement les sourcils en penchant légèrement la tête sur la gauche, je suis blessée mais je refuse de m'arrêter, si je le fais il m'obligera à devenir comme lui et je m'y refuse. Où es-tu toi, de nouveau elle croise son regard, tu avais fait une promesse mais tu n'es pas présent.
- Mais enfin, le père de Raven paraît de plus en plus déconcerté, non, tu es sur Hélys. Vas-tu de nouveau t'en prendre à ma fille ?
- Où je suis, c'est à peine un murmure, dans une maison, elle tend encore une fois la main et saisit un objet qui m'est invisible, correction, je suis dans sa maison. Je n'arrive pas à croire qu'elle m'ait dit la vérité. Pourquoi ? Je doute qu'elle soit devenue négligeante. Non, cette fois son regard atteint l'un d'entre nous et pas n'importe qui : Raven, Moëilla ne fait jamais d'erreur. Je comprends enfin pour quelle raison j'ai choisi Raven Reyes comme plus grand espoir. C'est tellement évident. Je devrais donc la voir. Elle devrait être ici mais le temps refuse que je l'atteigne, il continue de la cacher et il refuse qu'elle devienne réelle. Le temps, il va finir par la tuer. Le temps n'épargne personne, pas même nous. Elle est mourante. C'est pour cette raison que je suis ici.
- Qui est mourante, demande d'une voix de moins en moins assuré Misaël. Qui est en train de mourir ? Est-ce que c'est ta faute ?
- Il manque quelque chose, répond-elle encore une fois à côté de la plaque, pas quelque chose, elle plisse les yeux et cette fois, elle nous dévisage tous, quelqu'un. Il manque quelqu'un. Quelqu'un d'important.
- Moe n'est pas ici, l'informe Lexa, si c'est elle que tu cherches, elle n'est pas là.
- Moe n'est pas ici, elle répète comme un perroquet, comment le pourrait-elle ? Elle n'est pas réelle. Moe n'est pas ici, subitement, elle semble paniquer, je suis seule dans le noir, je suis enfermée depuis des jours, je n'ai même plus la force de hurler, je refuse de manger, je préfère être morte. Moe n'est pas ici, ses yeux sont noyés de larmes, je suis seule… non, justement c'est le problème, je ne suis pas seule. Il me menace, il la menace alors je pars avec lui pour l'épargner. Moe n'est pas ici, elle sert les poings, ça commence toujours par des petites choses, d'abord la couleur de ses yeux, l'intonation de sa voix, la douceur de ses gestes, la concentration dont elle fait preuve quand elle apprend quelque chose de nouveau, la détermination inébranlable qu'elle déploie pour me révéler et la douce mélodie de son rire. Moe n'est pas ici et parce qu'elle n'est pas réelle, parce que le temps ne m'aide pas à la trouver, je l'oublie.
- Qui est en train de mourir ? Insiste de nouveau le père de Raven.
- Il manque quelque chose, elle reprend exactement les mêmes mots, pas quelque chose, c'est vraiment déroutant comme comportement, son regard vacille de nouveau entre nous, quelqu'un. Il manque quelqu'un. Quelqu'un d'important.
Elle fait un pas vers nous, certainement pour mieux observer chaque personne présente. Je recule de quelques pas. En partie parce que j'ai parfaitement compris qu'elle est dangereuse, mais aussi parce que je la trouve instable et imprévisible. Je n'aime pas du tout son comportement. Je ne le comprends pas. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi déstabilisant. Je suis bien obligée de me rendre à l'évidence, cette fille n'est pas dangereuse à proprement parler mais elle est clairement instable.
- Prépare-toi à nous sortir de là, je murmure à Raven quand mon épaule touche la sienne.
- Tu crois qu'elle va s'en prendre à nous ?
- Justement, je n'en sais rien. Je n'arrive pas à la comprendre.
- J'ai trouvé, elle sourit, je sais qui il manque, conclut-elle. Moëilla ne fait jamais d'erreur, elle se retourne vers le nord, vers la plupart des logements, mais ce jour-là, elle a pris un risque inconsidéré pour une personne qui n'était clairement pas une inconnue. Moëilla a dit qu'elle lui confierait sa vie. Sa vie, elle murmure plus bas, c'est là-bas que tu es Moëilla, avec elle. Je t'ai trouvée. Je vais t'empêcher de mourir, te rendre réel à nouveau, et elle disparaît.
- Où est-elle passée ? Demande aussitôt Clarke. Personne ne se volatilise juste comme ça ! Je ne la sens nulle part.
- Je vais au village, nous prévient Jasper en disparaissant presque aussitôt.
- Il nous faut un périmètre de recherches, intervient aussitôt Jaliah alors qu'elle sort de la poche de son manteau plusieurs oiseaux en papier, je couvre le ciel.
- Je ne suis pas certaine que se séparer soit une bonne idée, je suis la première surprise en réalisant que je suis celle qui a énoncé cette phrase.
- Anya, m'appelle prudemment Lexa, qu'est-ce que tu as ?
Un mauvais pressentiment. Un très mauvais, tel que je n'en ai jamais eu auparavant. Un si perturbant que j'en ai la nausée. Oui, je crois bien que je pourrai en être malade. C'est lui qui comprend avant moi d'où me provient cette sensation. Je mets un temps fou à avoir accès à cette conclusion. En partie parce que j'ai du mal à accepter ce que cela peut signifier. Ce malaise… Je suis inquiète mais pas seulement, je sais que j'ai raison et au-delà de ces deux sentiments, je refuse qu'on lui fasse du mal. Pourquoi ?
Pourquoi ?!
- Anya, reprend avec douceur Raven, ton loup est…
- Je sais où elle est, je lui coupe la parole.
- Vraiment, demande Misaël, nous devons immédiatement intervenir.
- Anya, m'appelle de nouveau Rae après ce que j'imagine un long silence. Je sens ta colère. Qu'est-ce qui se passe ?
- C'est Luna.
Je n'arrive pas à croire que je puisse être inquiète pour Luna. C'est inadmissible ! Je devrais simplement voir cette situation comme une opportunité de la voir souffrir. Mais là est le problème, ce n'est pas dans ma nature. Je ne souhaite pas qu'une personne lui fasse du mal. Je ne veux pas non plus qu'elle puisse être heureuse pour toujours mais voilà quand j'ai appris qu'elle s'était disputée avec Alexander déjà, je n'ai pas pu m'empêcher de m'en faire pour elle et me demander si elle allait bien. Pourquoi ?
Sérieusement… pourquoi ?!
Après tout ce qu'elle m'a fait subir, je serai parfaitement en droit d'exiger réparation. Je serre les poings, de plus en plus agacée. J'aimerais être capable de l'ignorer, mais je ne peux pas. Je n'y arrive pas. Depuis qu'elle est revenue d'entre les morts en même temps que Morgane, je ne compte plus le nombre de fois où j'ai dû me dissuader d'aller à sa rencontre. Je fais tout pour l'éviter. Je me dis que si je ne la croise pas, je finirai par oublier sa présence. Le déni ne fonctionne pas très bien. J'y pense tout le temps. Depuis qu'elle est revenue, il y a quelque chose d'étrange. Dès que je la regarde, j'ai la désagréable sensation qu'il me manque une information. Alors fidèle à moi-même, je me pose mille et une questions. Pourquoi ?
Vraiment… pourquoi ?!
- Anya, je sens les mains de Raven se frayer un chemin sur mes joues, il faut vraiment que tu te calmes, si tu n'y parviens pas, il va prendre le dessus.
- C'est normal qu'elle soit déstabilisée, intervient Morgane, sa meute est peut-être en danger.
- Je t'ai déjà dit de ne pas dire ce genre de chose devant Anya, s'agace Rae en élevant la voix, je suppose que mon état émotionnel l'atteint elle aussi, cette meute n'est pas la nôtre.
- J'ai rarement sentie An' autant en colère, intervient prudemment Lexa, qu'est-ce qui lui arrive ?
- Pas la moindre idée. Anya, ça va aller ? Je vais nous transporter jusqu'à Luna. D'accord ?
Oui ! Dépêchons-nous ! Je veux que rien de mal ne lui arrive. Allons-y tout de suite ! Il n'y a pas une minute à perdre ! Nous devrions déjà y être !
Mais… pourquoi je suis dans cet état ? C'est ri-di-cule !
- Ne perdons pas plus de temps, je parviens à répondre et j'espère que mon inquiétude ne s'entend pas dans ma voix. Si quelqu'un doit en faire baver à Luna, je poursuis pour me justifier juste au cas où, c'est moi et personne d'autre.
Le froncement de sourcils de Raven me fait rapidement comprendre qu'elle ne marche pas dans ma combine, mais tous les autres semblent convaincus. J'ai sauvé les meubles. Je suppose que j'arriverai à m'expliquer avec ma belle sorcière. Les autres… non, je ne pense pas en être capable. Je ne supporterai pas de devoir justifier cette inquiétude dévorante et inexplicable.
Raven nous emmène à la lisière de la forêt Nord, là où la meute Lucas a décidé de s'installer. Je la vois immédiatement. Je ne contrôle absolument pas mes impulsions et juste comme ça, parce que je suis morte d'angoisse pour la sécurité de Luna. Je fonce dans la gueule du loup, sans le moindre plan. D'ailleurs, où est-elle ? Je ne la vois nulle part, simplement des membres de la meute qui évite du mieux qu'ils peuvent la menace qu'elle représente en s'éloignant dès qu'elle s'approche de l'un d'eux. Elle cherche quelque chose, son regard ne s'arrête sur rien en particulier, elle tourne sur elle-même et s'arrête quand elle me voit. Et moi, je suis toujours en pilote automatique et j'espère trouver Luna avant elle.
C'était avant que la main de Raven ne se referme sur mon poignet, avant qu'elle ne me tire en arrière, avant qu'elle ne me plaque violemment contre un arbre, avant que je me plonge dans son regard rempli d'incompréhension, avant qu'elle ne dise :
- Je peux savoir ce qu'il te prend ?
- Il faut que je la trouve avant elle.
- Qui ?
Raven sait, alors pourquoi est-ce qu'elle m'en demande la confirmation ? C'est déjà assez douloureux de l'avoir admis en mon fort intérieur. Pour quelle raison veut-elle m'obliger à le dire à haute voix ? Je refuse de le faire. Si je m'exécute, mon inquiétude deviendra réelle et je ne suis pas certaine de pouvoir l'accepter. Pas encore.
- Rae, je reprends avec fragilité, s'il te plaît.
- Je le ressens, elle peine à prononcer ces mots, mais je ne comprends pas.
- Moi non plus, j'avoue à demi-mot.
- Je vais t'aider, décrète-t-elle, tu n'es pas seule.
- Je sais que je ne suis pas seule.
- Alors pourquoi tu es partie sans moi ?
- Je… je n'ai pas réfléchi, je baisse les yeux, honteuse, c'était seulement, je réfléchis au bon terme, instinctif.
- Et bien, là, maintenant, tout de suite, ton instinct craint un max mon amour alors si tu le veux bien, pour cette fois, nous allons suivre le mien.
- Celui qui consiste à dilapider ta magie sans contrôle et à foncer dans le tas sans réfléchir ?
- Anya Lucas-Reyes, ferme-là ! Je vais réfléchir comme toi, espèce d'idiote !
Je m'amuse légèrement de son comportement avant de voir tout le sérieux se dépeindre sur son visage. Qu'il est bon de pouvoir compter sur elle dans ce genre de moment. J'aime pouvoir me reposer sur elle. Je sais sans me poser la moindre interrogation que je peux lui faire confiance. Alors que j'attends patiemment qu'elle nous trouve un plan digne de ce nom, je la dévore des yeux. Je ne prends pas assez de temps pour la regarder. Par moment, j'oublie à quel point elle est belle. Et juste avec ce constat, j'ai de nouveau envie de l'embrasser.
- Arrête, soupire-t-elle, tu me déconcentres.
- Je n'ai rien dit, je souris.
- Tu es infernale, reprend-elle alors que son regard revient sur moi. Comment veux-tu que je reste attentive aux menaces qui nous entourent si toutes tes pensées sont obnubilées par quelque chose d'aussi déstabilisant ?
- Je ne sais absolument pas de quoi tu parles, je m'amuse alors que l'étirement de mes lèvres s'agrandit de plus en plus.
- Tu m'empêches d'être attentive à la situation qui est, je te le rappelle, plus que inquiétante.
- Et, tu me déstabilises et ceci, depuis le premier jour.
- Nous ferions mieux de, Raven coupe brusquement sa phrase avant de poursuivre avec un, mince, Luna.
- Quoi Luna ? Qu'est-ce qu'il y a, je panique en me retournant pour suivre le regard de Rae. Mais qu'est-ce qu'elle fait ? Elle n'a pas conscience du danger ?
J'observe sans pouvoir intervenir Luna s'approcher d'elle sans la moindre inquiétude. Elle s'arrête tout de même à une bonne distance mais elle reste bien plus proche que Misaël tout à l'heure. Est-ce qu'elle a perdu la tête ? J'essaye d'avancer mais Raven me retient. Toutes les deux échange un regard et si le sien est fort et déterminé, celui de Luna est surtout fatigué et triste. Après un moment, Luna expire par le nez avant de prendre la parole :
- Qu'est-ce que tu veux ?
Pour quelle raison Luna n'a pas peur d'elle ? C'est insensé ! Elle devrait être terrifiée comme le père de Raven ! Et surtout, en aucun cas, elle devrait prendre cette situation à la légère. Pourquoi ne s'inquiète-t-elle pas plus pour sa vie ? Je ne comprends pas. Et j'exècre toutes les situations qui peuvent m'échapper.
- Elle est ici, répond-elle toujours avec un certain égarement. Je sens sa présence. Elle n'a jamais été aussi proche de la réalité. Où est-elle ? Où est Moëilla ? Je sais qu'elle est ici. Dis-moi où elle est ? J'exige de savoir. Je dois la voir. Je dois comprendre, la comprendre, enfin.
- Tu sais parfaitement, ce calme chez Luna m'alarme de plus en plus, que je ne te donnerais pas cette information.
- Je la trouverai, avec ou sans ton aide. Je la trouverai, même si elle s'est presque effacée. Je la trouverai, pour la sauver. Je la trouverai, et la forcerai à retourner là-bas avant qu'il ne soit trop tard. Je la trouverai, je n'ai pas le choix. Je la trouverai, elle poursuit en avançant, bousculant l'épaule de Luna en passant, comme si elle ne la voyait plus, avant que sa vie lui échappe.
- Moëilla, je sais que Luna l'appelle quand sa voix porte beaucoup trop, en fait elle crie, réveille-toi, maintenant !
Elle se stoppe net après cette intervention. Je peux lire, l'incompréhension et la colère sur son visage. Elle se retourne brusquement vers Luna qui en fait de même mais bien plus calmement pour lui faire face de nouveau. Pourquoi est-elle si lasse ?
- Si proche, dit-elle, j'étais si proche. Elle était presque réelle. Maintenant, elle est partie. Qu'est-ce que tu as fait ? Comment as-tu osé ? Elle se meurt !
- Je sais, assure Luna avec calme, je sais que Moëilla meurt à petit feu mais elle m'a fait promettre que si tu venais ce soir, de ne pas te laisser l'approcher.
- Je te connais, reprend-elle de nouveau avec cet air absent. Je te connais, elle répète comme si elle cherchait un souvenir particulier dans sa mémoire. Je te connais, cette fois c'est une affirmation. Je t'ai rencontré, vivement, elle s'approche de Luna et d'un simple geste du poignet, elle la pousse, et ce jour-là, tu tombais, Luna s'effondre, tu tombais, elle penche la tête sur le côté gauche comme si elle essayait de faire concorder ce qui se déroule sous ses yeux et ce dont elle se souvient, tu tombais, dans un grimace Luna rencontre le sol, une grande partie de la meute accourt pour la protéger, tu tombais mais elle t'a rattrapée.
- Je vous interdis de vous en prendre à elle, hurle Luna avec une prestance incroyable.
- Mais enfin Luna, aboie Alexander.
- Si un seul d'entre vous, elle reprend en se levant, lui fait ne serait-ce qu'une égratignure, il aura à faire à moi, son loup apparaît dans ses yeux alors qu'elle se tourne vers Alexander, vous ne pouvez pas lui faire de mal.
- Elle te provoque, s'agace Alexander, et nous ne devrions rien faire ?
- Reste à ta place. Je ne suis pas en danger. Elle ne me provoque pas. Elle est seulement désorientée.
- Tu la connais ? S'étonne-t-il.
- Non, Luna hésite, enfin, je l'ai déjà rencontré mais je connais bien ce genre de comportement, d'absence… Moe est pareil par moment. Et, la suite de sa phrase ne vient jamais.
Je cherche ce qui a pu la couper dans son élan quand je la découvre porter sa main droite à son nez, l'essuyer pour ressortir de cette action les doigts maculés de sang. Si Luna se tourne de trois-quarts vers la gauche, elle est absorbée par cette vision et effrayée aussi, je crois.
- Moëilla saigne, elle dit alors que ses mains commencent à trembler. Elle saigne. Elle ne devrait pas saigner ! Elle n'est pas réelle et ce qui ne l'est pas ne saigne pas ! Elle saigne… pourquoi ?
- Moe, je sursaute légèrement en entendant Luna appeler la jeune lycanthrope, je n'ose même pas te demander comment tu te sens, je la vois apparaître, tout en elle montre un état de fatigue quasi indescriptible. Comment tu dis déjà, Luna réfléchit un instant, nous pourrions croire que tu es passée sous un bus.
- Ce n'est pas drôle Luna, répond-elle d'une voix épuisée mais tout de même avec un sourire en coin, je suis exténuée.
- Au moins, je ne crois pas avoir déjà vu Luna agir de cette façon, sa lassitude semble être passée, je crois qu'elle apprécie vraiment Moe, tu avais raison sur un point, quand elle est là, tu entends. Heureusement d'ailleurs sans quoi, elle t'aurait atteint avant que je ne puisse intervenir.
- Hum, la jeune fille place sa main droite derrière son oreille et exécute des gestes répétitifs de haut en bas, j'ai remarqué qu'elle avait souvent ce tic, d'ailleurs, je déteste ça. Alors c'est elle, un éclat de tristesse fait briller son regard. J'aurai préféré l'autre option.
- Je suis désolée. Elle paraît particulièrement déstabilisée. Elle te cherchait. Elle voulait que tu deviennes réelle.
C'est seulement quand Moe pose les yeux sur elle que je comprends qu'elle continue de déblatérer sur la présence du sang de cette dernière. C'est déroutant mais pendant une seconde, je jurerai que la colère de Moe se répercute jusqu'à moi. Elle est dévastée par ce sentiment pourtant, elle ne laisse rien paraître, rien de plus que des poings serrés à l'extrême et des larmes qui lui échappent. Une telle rage… c'est déstabilisant.
- Anya, murmure Rae à mon oreille, pourquoi j'ai une subite envie de meurtre ?
- Tu le sens aussi, je demande étonnée.
- C'est limpide. Est-ce que ça vient de Moe ?
- Je crois bien que oui.
- Comment pouvons-nous le sentir ?
- Pas la moindre idée.
- Moe, elle sursaute légèrement quand la main de Luna frôle son épaule.
- Je ne vais rien faire de stupide, seulement tenter de la ramener un minimum à elle.
- Tu es certaine que ce n'est pas dangereux ?
- Elle ne me fera pas de mal.
- Moe…
- Ça n'arrivera pas Luna. Jamais.
Alors, Moe s'avance et durant un instant,elle ferme les yeux. Quand elle les ouvre à nouveau, sa fatigue semble avoir disparu. Mais ce n'est qu'un paraître, je le sens. Contrairement à Misaël ou Luna, elle s'approche bien trop. Elle n'a pas une once de peur. De là où je me trouve, je n'aurai pas pu croire que cette jeune femme ait une telle force en elle. Elle est encore tellement jeune. Je ne m'explique pas qu'elle puisse avoir un tel courage à moins bien sûr que ce soit de la bêtise. Non, elle bien trop sûre d'elle pour ne pas avoir réfléchi à la situation.
- Tu pleurs, sont les premiers mots qu'elle prononce en voyant Moe devant elle.
- En effet.
- Tu n'es pas réelle, dit-elle comme un automate.
- Ce n'est pas très gentil.
- Tu n'es pas, elle fronce les sourcils. Il n'y a pas de mot dans cette stupide langue. Tu n'es pas anhseubnida.
- Ça, c'est la réalité.
- Je, elle hésite, t'ai déjà vu pleurer auparavant.
- En effet.
- Tu n'es pas réelle.
- Ce n'est pas très gentil.
- Tu n'es pas anhseubnida.
- Ça, c'est la réalité.
- Et tu pleures, je crois déceler une certaine inquiétude alors qu'elle réfléchit et poursuit. Je t'ai déjà vu pleurer, tu as quinze ans, Moe a un infime mouvement de recule après qu'elle a prononcé ces mots, tu es dévastée, ton visage est rempli de larmes, tes yeux fatigués, elle tend la main alors que l'impuissance et la désolation marque ses traits, rien de ce que je dis ne parvient à te consoler. Tu pleures en étant recroquevillée sur toi-même, tu ne me parles pas, tu t'éloignes même de moi et tu dis vouloir être seule. Je sais que tu mens, ses yeux se plongent dans ceux de Moe, je sais toujours quand tu mens. Si tu cherchais vraiment la solitude, tu ne serais pas venue vers moi. Plus important encore, tu serais restée réelle. Le temps passe, les larmes ne tarissent pas, tu trembles comme une feuille, pas une fois, je t'ai vu dans cet état et comme tout en ce qui te concerne, je ne l'ai pas vu venir. Je ne sais pas comment réagir. Et puis, tu finis par dire ces mots : elle est morte. Je ne saurai pas qui c'est : elle. Parce qu'alors même que tu es ravagée par ce deuil, que tu pleures toutes les larmes de ton corps et que tu es clairement épuisée. Tu ne fais pas d'erreur. Tu ne fais jamais d'erreur. Alors, elle demande après un petit silence, dis-moi Moëilla ?
- Ça, la voix de Moe tremble légèrement comme si avoir revécu ce souvenir l'atteignant encore, c'est, ses poings se serrent avec une telle force que ses bras en tremblent, la réalité.
- Tu pleures, elle reprend aussitôt, clairement insensible à l'état émotionnel de sa vis-à-vis, pourtant, tu n'es pas réelle.
- Ce n'est pas très gentil.
- Tu n'es pas anhseubnida.
- Ça, c'est la réalité.
- Et tu pleures, cette fois l'inquiétude marque sa voix. Je t'ai déjà vu pleurer, elle tourne ses mains devant ses yeux comme si elle y voyait quelque chose alors qu'elles sont immaculées, tu as cinq ou six ans, tes paupières sont pressées fortement l'une contre l'autre, tu tentes de retenir tes larmes pourtant, elles coulent quand même, son regard ne quittent pas ses mains, tu es blessée, tu as mal, tu es tombée, elle réfléchit, elle cherche dans sa mémoire, d'où es-tu tombée ? Je le savais. Je le sais. D'où es-tu tombée ?
- Je ne suis pas tombée, corrige Moe.
- Tu n'es pas tombée, elle répète calmement comme pour se faire à cette idée, alors qu'elle quitte enfin ses mains des yeux pour la regarder, tu n'es pas tombée, elle poursuit comme une ritournelle, tu n'es pas tombée. Alors qu'est-il arrivé ? Je t'ai posé cette question. Ta réponse est floue. J'ai du mal à l'atteindre. Tu n'avais pas peur, elle reprend alors que ses réflexions semblent aller dans tous les sens, tu étais en colère. Tu es souvent en colère. Tu es en colère en ce moment. Tu es différente des autres personnes qui m'entourent, les autres laissent leur colère imploser et tout détruire. Toi… toi, tu l'intériorises, tu l'accumules et tu ne la laisses pas sortir. Tu pleures parce que tu as mal, mais surtout parce que tu es en colère, parce qu'il t'a poussé. Il voulait te faire du mal. Alors tu voudrais lâcher sur lui ce monstre de colère, lui faire connaître ta douleur mais tu n'en feras rien. Parce que tu es trop gentille. Qui est-ce : il ? Je ne l'ai jamais su. Parce que même presque effacée par la rage qui bouillonnait en toi, même déstabilisée par ce sentiment qui t'atteignais peut-être pour la première fois et même alors que tu n'es qu'une enfant, tu ne fais pas d'erreur. Tu ne fais jamais d'erreur.
- Ça, c'est la réalité.
- Je t'ai déjà vu pleurer auparavant.
- En effet.
- Tu n'es pas réelle.
- Ce n'est pas très gentil.
- Tu n'es pas anhseubnida.
- Ça, c'est la réalité.
- Et tu pleures, cette fois, c'est l'incertitude qui marque sa voix. Je t'ai déjà vu pleurer, elle penche la tête sur le côté en faisant un pas en avant, c'était, il n'y a pas si longtemps, elle tend la main vers Moe et l'arrête à quelque centimètre de sa joue. Non, elle souffle. J'ai beau retourner cette scène dans tous les sens, je ne comprends pas. Pourquoi tu pleures ? Tu n'es pas triste. Tu n'as pas mal. Tu n'es pas en colère. Il n'y a aucun sentiment qui puisse saccager ton âme et ton cœur. Je suis avec toi. Nous sommes ensemble depuis un certain temps. Tu m'as sauvé, de lui, de mon destin, de la fatalité de mon existence. Par moment, tu disparais mais tu reviens toujours. Tu es en face de moi. J'ai dit quelque chose. Et je t'ai fait pleurer. Je ne t'avais jamais fait pleurer avant. Tu me déstabilises. Qu'est-ce que j'ai dit de mal ? Je ne comprends pas. Moëilla, elle est vraiment désemparée, dis-moi pourquoi tu pleures ? Je, elle ferme brusquement les paupières et je crois qu'à son tour, elle retient ses larmes, je ne veux pas te faire pleurer. Je n'en ai pas le droit, pas après tout ce que tu as fait pour moi. Tu m'as sauvé, de moi-même, de mes peurs, du monstre que le sort avait décidé que j'allais devenir. Moe, elle souffle à peine son prénom, pourquoi tu pleures, elle finit par poser sa main sur la joue de la jeune lycanthrope, explique-moi pour que je ne puisse plus te faire de mal.
Je pense d'abord que Moe ne va pas répondre à sa question. Je crois vraiment que c'est le silence qui va remporter cette bataille. J'étais persuadée qu'il n'y allait plus avoir aucun mot entre elles. Et puis :
- Tu n'as rien fait de mal.
- Pourtant, tu pleures.
- Je pleure parce que je suis heureuse. C'étaient des larmes de joie.
- De joie ? Ce genre de larmes existent ?
- Elles existent.
- Pourquoi ? Je ne comprends pas.
- Pourquoi j'étais heureuse ?
- Non, pourquoi ces larmes existent ?
- Elles existent, un point c'est tout.
- Comme toi.
- Comme moi.
- Qu'est-ce, elle tourne sur elle-même et semble enfin nous voir, qu'est-ce qui m'arrive Moëilla ? Je ne suis pas dans mon état normal. Je ne pense pas avoir été aspiré par un souvenir. C'est différent. Le temps me paraît tellement inflexible. Je ne devrais pas être ici, elle fait cette conclusion alors que son regard s'arrête de nouveau sur Moe, pas avec toi. Je devrais…
- … partir.
- Pardon ?
- Tu devrais partir.
- Mais, elle est profondément choquée par ces propos et aussi attristée, tu ne veux jamais que je parte. Tu fais toujours tout pour que je reste. Tu veux, sa voix tremble, que je m'en aille, vraiment ? Tu sais que si c'est ce que tu souhaites, je le ferai. Je, elle hésite, je ferais tout pour toi.
- Je veux que tu partes.
- Pourquoi ? Son regard est voilé par des larmes qui ne coulent pas. Je ne comprends pas. Tout ce que je fais, c'est pour te protéger et quand je dis que je sacrifirais tout ce que je suis pour toi, elle lance un regard noir à Misaël, ce ne sont pas des paroles vides. Je veux seulement, elle regarde de nouveau Moe, que tu sois en sécurité, que tu vives, elle penche la tête sur le côté gauche, que tu redeviennes réelle.
- Je n'ai pas besoin que tu me protèges.
- Il t'a menacé.
- Il ne peut rien contre moi.
- Tu as perdu l'ouïe à cause de lui ! Qu'est-ce que je pouvais faire d'autre ?
- M'attendre.
Ce mot claque dans l'air comme un coup de tonnerre. Moe pince l'arrête de son nez en soupirant. Elle se retourne, échange un regard avec Luna qui lui sourit avec une douceur que j'ignorais qu'elle puisse posséder. Est-ce qu'une part de moi est jalouse de cette complicité que je devine entre ces deux-là ? Non, ce serait stupide.
- Moe, elle tente de la retenir.
- Pars, exactement comme cette fois-là.
- Je ne…
- J'ai fait en sorte que tu sois de nouveau ancrée dans la bonne temporalité mais je suis exténuée et tu nous fais du mal. Alors pars.
- Il faut que tu… Je déteste cette langue ! Mainn k haussi anhseubnida, Moëilla.
- Jamais, pas sans toi.
- Moe, elle l'appelle alors que cette dernière s'éloigne, Moe, elle hurle pourtant sans faire un geste pour la retenir, Moe, elle souffle quand la jeune lycanthrope ne peut plus l'entendre. Luna, elle reprend après un long silence, tu dois faire quelque chose, elle va mourir.
- Si tu ne parviens pas à la faire changer d'avis, je ne vois pas comment je pourrai en avoir le pouvoir.
- Tu es importante pour elle.
- Moins que toi.
- Une vie pour une vie, elle dit plus abruptement, tu as une dette envers Moëilla.
- Pourquoi crois-tu que j'ai empêché ma meute de s'en prendre à toi ?
- Tu avais énormément d'autres raisons de les retenir. Tu sembles oublier Luna que nous sommes les seules à connaître ton vrai visage.
- Presque, un rire triste qui se répercute dans ses yeux lui échappe, les seules.
- Les morts n'ont pas un droit de regard dans cette conversation.
- Je vois, Luna est de plus en plus accablée, donc en plus d'être devenue idiote, le jour où tu as choisi de le suivre, tu es aussi devenue méchante. Je ne te reconnais plus. Tu as trop changé. Je n'ose même pas imaginer à quel point Moe doit souffrir à cause de toi.
- Je veux seulement la protéger.
- Parfois, sa douleur se répercute jusqu'à moi et je sens parfaitement la fissure de son cœur, ça n'en vaut pas la peine. Je sais de quoi je parle.
- Ce n'est pas parce que tu as trop sacrifié que je ferai les mêmes erreurs.
- Tu as fait pire, tu n'éprouves aucun remords alors que je donnerais tout, absolument tout ce que j'ai pour revenir à cet instant précis et je changerai cette décision que j'ai prise et qui a purement et simplement gâché ma vie. Alors que toi, tu referais exactement la même chose, tu laisserais Moe seule, avec rien d'autre qu'une stupide lettre.
- Je… je devrais partir.
- Tu devrais en effet.
- C'est vraiment déstabilisant, elle a un sourire mauvais. Je préférai quand tu avais peur de moi.
- Me faire du mal, c'est en faire à Moe. Faire du mal à une seule personne sur cette île, c'est en faire à Moe. Nous n'avons rien à craindre de toi.
- Je trouverai une faille, j'en trouve toujours une.
- Tu n'en as pas trouvé chez Moe.
Après ces mots, un rire moqueur lui échappe, elle secoue la tête, se retourne et disparaît. Un soupire de soulagement échappe à Luna. Serait-il possible que toute cette assurance n'ait été rien d'autre qu'un faux semblant ? Elle demande à sa meute de se disperser. Tout le monde s'exécute en quelque minute mais je n'arrive pas à me décider à bouger à mon tour. Après coups, je remarque que tout le monde s'est éloigné, même Lexa. Il ne reste plus que Rae, moi et Luna qui se tourne vers nous.
- Vous pouvez rester, si vous le souhaitez.
- Nous allons rentrer chez nous, lui répond poliment Raven, mais merci.
- Anya va bien ?
Pourquoi je n'irai pas bien ? Je me porte comme un charme ! Seulement… je ne comprends pas son comportement. Elle est si différente de celle que j'ai apprise à connaître par les histoires de Morgane, si différente de celle que j'ai rencontré dans le passé, si différente…
- Anya est simplement fatiguée, sourit Rae en embrassant ma joue, nous le sommes tous, je crois.
- Je vois, elle tente de capter mon regard mais je baisse aussitôt les yeux, si vous changez d'avis, la maison en bois la plus excentrée à l'est est pour vous. Je tenais à ce que vous ayez un endroit ici, même si ce n'est pas votre meute. Vous serez toujours les bienvenues, j'y veillerai.
- Notre meute, s'étonne Raven à voix haute en même temps que moi alors que je reste silencieuse, comment… Ma mère refuse de concevoir que ce soit possible.
- Ce genre de chose se sent. Je suis heureuse que vous vous soyez trouvées. Et je n'ai pas eu l'occasion de vous le dire avant mais félicitations, pour l'enfant. Je, elle fronce les sourcils, se retourne vers la maison dans laquelle Moe a disparu un peu plus tôt, nous reprendrons cette conversation plus tard, j'espère, elle souffle. Je dois y aller.
Je n'avais jamais eu l'occasion de voir l'inquiétude marquer le visage de Luna avant aujourd'hui. Cette fois, j'en suis certaine. Une part de moi est jalouse de cette relation. Je réalise que je ne connais pas du tout… ma… mère. Par toutes les lunes… que c'est douloureux de penser à elle, en ces termes. Douloureux et difficile.
- Anya, murmure Rae.
- Pourquoi je ne peux pas juste la détester comme une personne normale.
- Ce n'est pas dans ta nature. Tu n'abandonnes personne et tu crois aux secondes chances.
- Mais, je réplique avec fragilité, je ne veux pas. Je déteste qu'elle puisse être aussi gentille, attentive et prévenante. Pourquoi elle ne l'a pas été avant ? Quand j'avais besoin d'elle ?
- Je ne sais pas mon amour et il n'y a qu'une seule personne qui puisse répondre à tes questions, elle se tourne assez pour regarder la porte derrière laquelle Luna a disparu, et c'est elle.
- Je ne veux pas lui parler !
- Anya, Raven tente de me temporiser.
- Je ne suis pas prête.
- Et bien, quand tu le seras, je serai à tes côtés.
- Merci.
- Toujours, elle vient m'embrasser en souriant. Tu sais à quoi je pensais ?
- Qu'il ne nous reste que deux ou trois heures de sommeil à tout casser, je soupire fatiguée.
- En effet mais surtout qu'il y a peu de chance que ma mère vienne nous chercher ici.
- Pourquoi tu… oh.
Alors je la suis dans cette maison qui est étrangement accueillante. Bien qu'il y ait peu de chance que je m'y sente un jour chez moi. Je l'embrasse, lui répète encore et encore que je l'aime, en lui retirant ses vêtements avant d'enfin pouvoir l'aimer comme je l'entends, sans la moindre interruption.
Un nouveau chapitre se termine. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! Des suppositions pour la suite ? J'ai hâte de connaître vos réactions. Il se passe pas mal de choses dans ce chapitre qui est encore particulièrement long !
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre !
GeekGirlG
