Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !
ACTUALITÉ : Suite à l'annonce le 28 octobre 2020 du gouvernement, la France se retrouve de nouveau confinée. Mon entreprise restera cette fois ouverte en espérant pouvoir garder la tête hors de l'eau, nous sommes déjà en difficulté depuis septembre. De mon côté, ma santé m'oblige à être en arrêt maladie comme pendant le premier confinement au moins les deux premières semaines.
Evidemment, j'encourage tout le monde en France et autre pays à suivre les recommandations de son gouvernement pour ralentir la propagation du virus. Comme la dernière fois, le petit avantage à cette situation c'est que je vais avoir plus de temps pour écrire.
Je vais donc pouvoir accélérer certains projets annexes et essayer de vous les proposer au plus tôt.
Je rappelle que comme chaque année je tente de travailler sur plusieurs fanfiction et OS pour Noël, le Clexa, le Swanqueen, le Supercorp... si vous voulez que je tente de nouveau ships, n'hésitez pas à m'en parler.
En ce qui concerne "When I See You Tomorrow", je n'ai pas encore repris l'écriture à cause des histoires de Noël sur lesquels je travaille en annexe, je pensais reprendre l'écriture début janvier mais avec le nouveau confinement mon calendrier sera certainement bousculé donc je vous tiens au courant. Est-ce qu'il a un projet qui vous emballe plus qu'un autre ? Des idées de projets ou de ship ? Comme toujours, je reste ouverte à toute communication.
Bon courage à tous, force, santé, honneur et cookies à vous ! 😷💪
Quelques mots sur ce chapitre : Je ne sais même pas quoi dire... j'attends depuis si longtemps de vous partager ce chapitre ou plutôt ce qu'il contient ! Je crois que j'ai réussie à garder pour moi, le retournement de situation qui l'habite.
Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 4 : Injustice des têtes coupées
Je me raconte des histoires pour m'endormir
Pour endormir ma peine et pour sourire
J'ai des conversations imaginaires
Avec des gens qui ne sont pas sur la terre
Est-ce que tu m'entends, est-ce que tu me vois ?
Qu'est-ce que tu dirais, toi, si t'étais là ?
Est-ce que ce sont des signes que tu m'envoies ?
Qu'est-ce que tu ferais, toi, si t'étais là ?
Louane – Si t'étais là
Chapitre 67 : Authenticité
- Si tu pars, tu ne reviendras pas. S'il te plaît, juste pour cette fois. Reste.
Elle avait été incapable de lui répondre avec des mots. Ils savaient tous les deux qu'elle ne pourrait pas accéder à sa demande, quand bien même elle en mourrait d'envie. Elle avait d'ailleurs déjà pensé à cette option. Perdre la vie semblait pour elle la seule solution pour enfin arrêter de faire semblant, arrêter d'être une personne qu'elle n'avait jamais été et surtout pouvoir rester avec lui. Elle étouffait, elle se noyait dans sa propre vie. Ils l'avaient modelé à leur image avec une telle détermination que parfois, la plupart du temps à vrai dire, elle oubliait la personne qu'elle était véritablement. Il était le seul à la voir telle qu'elle avait toujours été, le seul à connaître son véritable visage. Et elle savait parfaitement qu'en le quittant, elle n'aurait plus jamais le droit d'être elle-même. Jamais, c'était terriblement long. Pourtant, sans se retourner, elle recula sans le quitter des yeux, ses mains glissèrent loin des siennes et sans en avoir envie, elle s'en alla avec sur les lèvres un simple : désolée.
Je me suis éloignée le plus possible de la meute. Assez loin, pour que l'on me laisse tranquille et surtout assez près, pour que personne ne surgisse en me rappelant la longue liste de mes responsabilités. Voilà presque un mois que nous sommes revenus d'entre les morts et je me sens de nouveau écrasée par ma propre vie. Pour quelle raison est-ce toujours à ce point difficile ? Je ne demande pas grand-chose, seulement que l'on me laisse un peu d'espace pour être moi. Mais je suppose que je n'aurai pas ce genre d'occasion. Du moins, je ne l'aurai plus.
Il me manque. Chaque jour. Il me manque. Je relève assez les manches des vêtements que je porte au niveau de mon poignet gauche. Je sais que je suis la seule à encore pouvoir distinguer ces cicatrices. Il a veillé à ce que personne ne puisse les voir, à ce que personne ne puisse comprendre qu'à un moment j'étais prête à tout abandonner. Peut-être que si j'étais morte ce jour-là, je ne ressentirais pas ce vide si profond qui me tue lentement mais sûrement. Il me manque. Et, je dois bien avouer que voir Ana… Anya tous les jours ne m'aide pas à l'oublier.
Si j'étais morte ce jour-là, je ne l'aurais pas rencontré et je n'aurai jamais compris ce qui m'avait toujours manqué depuis que j'ai l'âge de réfléchir. Je sais que c'est à cause de lui, ou plutôt de tout ce que je ne dis pas sur lui, qu'il a été aussi facile pour l'Obscurité de m'atteindre. L'ombre de Baetan-ihm c'est nourri de mes secrets, de mon amour interdit et de ma peur irrépressible qu'un jour quelqu'un puisse comprendre qui il est et pour me punir d'avoir été avec lui, même un court instant, m'amène sa tête. Afin de me rappeler encore une fois où se trouve ma place.
J'ai été tellement modelé à leur image que pendant un long moment, j'ignorais même qui j'étais. Il m'a révélé. C'est pour cette raison que c'est à ce point douloureux de vivre de nouveau dans le mensonge. Je croyais que la mort me libérerait enfin de cette supercherie, mais il faut croire que je n'ai pas même le droit de mourir normalement. Alors, je suis là, de nouveau piégée dans une existence qui n'est pas la mienne et je n'ai aucun moyen d'en sortir. Aucun…
Je perçois le bruit des feuilles qui craquent sous le givre, des branches brisées sous des pas indiscrets. Un soupire m'échappe, quelqu'un arrive. Je ne souhaite voir personne pourtant je vais une fois de plus devoir porter un masque de faux-semblant et accueillir celui ou celle qui se dirige vers moi comme ils auraient attendu que je le fasse. Je peine à croire qu'après tout ce temps, après ma propre mort, je sois encore leur marionnette. J'aimerai être capable de me détacher d'eux seulement tout ce qu'ils ont pu me faire subir pour me modeler me hante encore. Autant arrêter immédiatement de me mentir, j'ai peur d'eux, de l'influence qu'ils peuvent avoir sur moi, de ce qu'ils pourraient encore m'obliger à faire et le fait de savoir qu'ils seront bientôt présents sur l'île me rend nerveuse.
Je préférais être morte. Tout était tellement plus paisible. Je ne ressentais plus ce terrible vide qui me foudroie depuis que je l'ai quitté. Je n'avais plus aucune obligation. Je ne devais plus subir le comportement dominant et envieux d'Alexander. Je m'étais enfin réconciliée avec Morgane. Je peine à croire que pour une simple erreur de jugement, je me retrouve une nouvelle fois sur la touche. J'étais complètement désorientée quand nous sommes apparus grâce, ou plutôt à cause, du sacrifice de Melina. Je peine à croire que mes instincts primitifs ont été les premiers à émerger, pourtant c'est ce qui est arrivé. Je sais que c'est un simple moyen de me protéger. Depuis que je suis enfant, dès qu'une situation m'échappe, que je suis effrayée ou que je souhaite me mentir sur ce qui peut se dérouler, je m'efface pour ne laisser la place qu'à mon loup. C'est simplement parce qu'il me dominait que j'ai eu ces propos absolument inacceptables envers Ana… Anya. Seulement, je ne sais pas comment je pourrai l'expliquer parce qu'aborder le sujet ce serait avouer une faiblesse et je ne peux pas me montrer fragile. Jamais. Question de survie.
Je me redresse légèrement alors que l'individu se rapproche de plus en plus. Je ne parviens pas encore à savoir de qui il s'agit. Mes sens sont quelque peu brouillés par mon état d'esprit. Une dernière fois, j'observe ma longue et disgracieuse cicatrice qui court sur une bonne partie de mon avant-bras. Je passe mes doigts sur cette imperfection. J'aime cette marque, par moment je souhaiterais qu'elle puisse être vu de tous parce qu'elle représente une des seules fois où je me suis émancipé. Lorsque j'estime que mon invité involontaire est trop proche, je remonte mes manches parce que malgré ce que je désire, personne ne doit être capable de comprendre qui je suis réellement. Ce serait trop dangereux, pas pour moi mais pour lui, si jamais il est encore en vie et aussi pour elle, mon plus grand secret de tous, ma douce et aimée Ana… Anya.
- Bonjour Luna.
- Morgane, je prononce étonnée de sa présence en me redressant complètement. Qu'est-ce que, je fais tout pour ne pas montrer à quel point je suis heureuse, tu fais ici ?
- Je pourrai te poser la même question, elle s'arrête à quelques pas de moi. Tu es bien loin de ta meute.
- J'avais besoin d'être seule, je souris tristement, de réfléchir. Est-ce que toi aussi tu as du mal à dormir depuis que nous sommes revenues ?
- Tu n'as jamais vraiment été du genre à t'isoler, j'entends parfaitement la méfiance dans sa voix, j'ai perdu sa confiance et je déteste cette situation. Qu'est-ce qu'il t'arrive au juste ? J'ai entendu dire que tu étais distante avec ta meute, que tu te disputais énormément avec Alexander et que tu passais énormément de temps avec cette Moe.
Moëilla. J'étais presque parvenue à oublier mon inquiétude à son sujet. Elle est partie il y a des jours. Je sais que je suis la seule qu'elle a prévenue et je suis aussi la seule à savoir où elle est allée. Evidemment elle ne m'a rien dit, mais je sais. C'est simplement évident. Il n'y a qu'un seul endroit où elle est capable de se ressourcer sans faire ce que Man-Wol attend d'elle. Je pense qu'elle ne devrait pas prendre autant de risques. J'ai du mal à accepter qu'elle puisse ainsi se mettre en danger. Je suis sur les nerfs en partie parce que je ne sais pas comment gérer ma dette envers elle. Pourtant, ce n'est pas cet engagement qui me trouble le plus, non c'est le fait de savoir que si je ne fais pas attention je pourrais trahir son identité puisque j'ai compris il y a bien longtemps qui elle était. Il est évident qu'elle fait tout pour cacher qui elle est véritablement et bien que j'en ignore les raisons, je ne serai pas celle qui révélera qui elle est et surtout ce qu'elle est.
- Je ne suis pas certaine de savoir ce que je dois te répondre.
- Pourquoi pas la vérité Luna ?
- A quel propos exactement ?
- Pour quelles raisons tu t'éloignes volontairement de ta meute ? Il n'y a rien de plus important pour toi.
C'est faux. Être proche d'eux m'a toujours provoqué des angoisses folles. Je faisais semblant. Être alpha me rend malade. Je suis obligée de tenir mon rôle tel qu'ils l'ont toujours exigé. Être moi-même est inenvisageable. Je ne pourrai plus jamais être celle que je suis au fond de moi, j'ai perdu ce droit le jour ou pour son bien je l'ai quitté alors que j'en avais aucune envie et qu'il me suppliait de rester.
- Tu me trouves distante avec ma meute Morgan ? Je ne m'en suis pas rendue compte.
Je viens masser mes tempes avec lassitude. Mentir est une seconde nature pour moi. J'ai tellement de secrets que parfois je parviens même à me tromper moi-même. J'oublie celle que je suis, mais abuser de Morgane a toujours été un exercice terriblement difficile. Je suis toujours particulièrement troublée d'avoir pu ficeler toute cette supercherie à propos d'Ana… Anya. S'il y en a une avec qui j'étais persuadée de ne pas pouvoir tricher, c'était bien Morgane. Parfois, je me demande encore comment j'ai pu elle aussi la faire tomber dans le piège. J'ignorais être devenue aussi bonne actrice, pouvoir cacher à ce point ce que je ressentais et déguiser mes véritables intentions envers mes filles. Qui aurait cru que d'agir avec elles en miroir, aurait aussi bien fonctionner ? J'en ai été la première surprise.
Analyssa n'a jamais été celle que je souhaitais protéger. Jamais. Si j'en avais eu l'occasion, j'aurais moi-même arraché son cœur. J'aurai annihilé ce monstre avant qu'elle ne devienne le pire cauchemar de bien des personnes. J'ai… j'ai voulu la tuer chaque jour après qu'elle ait voulu attenter à la vie de sa petite sœur. Mon propre sang… mon héritière… mon pire cauchemar. J'étais prête à tout pour sauver Ana… Anya même à lui faire croire qu'elle n'était pas aimée, même à rester auprès de sa sœur en lui faisant croire qu'elle avait gagné, même à regarder ma meilleure amie dans les yeux en lui disant que cet enfant était une erreur.
Ana… Anya ne pourra jamais être reléguée ou associée à des regrets. Elle est tout ce qu'il me reste de lui, mais aussi de celle que je suis véritablement. Elle est, puisqu'il m'est inaccessible, mon plus grand amour. Elle me ressemble tellement, ou plutôt elle est exactement celle que j'ai découverte être à ses côtés. Je suis tellement heureuse de pouvoir constater que personne ne l'empêche d'être elle-même, qu'elle puisse s'épanouir dans cet amour inconditionnel avec Raven et qu'elle soit sur le point d'être mère. Je dois avouer que j'ai longtemps été terrifiée à l'idée que, comme moi, elle puisse être bridée et qu'on l'empêche d'être simplement celle qu'elle est. Je suis soulagée de voir que mes peurs ont été infondées.
- Est-ce que, Morgane hésite, elle fronce les sourcils avant de reprendre incertaine, tu me mens Luna ? A moins que, elle continue, ce soit à toi-même que tu mentes. Regarde où tu te trouves. Tu n'es jamais aussi distante.
- Je te l'ai dit, je soupire pour donner le change, j'ai du mal à dormir. C'est étrange, je n'avais pas ce genre de problème avant. Je pensais que ce manque me rendrait agressive ou quelque chose du genre.
- Et ce n'est pas le cas ?
- Non, je réponds avec un petit sourire en coin, je crois que je suis simplement nostalgique.
- Nostalgique, elle répète incertaine. Par rapport à quoi ?
Je sais que je ne peux pas lui répondre : d'être morte. Elle ne comprendrait pas et cette réponse ne correspondrait absolument pas à l'image qu'elle s'est fait de moi avec le temps. Et, il faut garder le masque. C'est vital, comme depuis un certain temps plus pour moi. Je me fiche de ma propre vie mais pour Ana… Anya !
Pourquoi est-il si difficile de penser à elle avec ce prénom ? Je dois seulement m'y habituer. D'autant que je dois bien avouer que ce prénom lui va bien. Mais voilà, c'est lui qui avait choisi celui que je dois maintenant effacer de mon esprit. Je dois simplement me résoudre à perdre une des dernières parts de lui qu'il me reste mais il demeure l'essentiel et je le sais. Elle. J'inspire profondément. Anya.
- Il m'est déjà arrivé de m'éloigner de ma meute Morgane.
- C'est faux.
- Vraiment, un rire sans joie m'échappe, pas une once d'hésitation ? Pourtant c'est vrai. C'est arrivé juste avant que tu nous rejoignes. Pour être exacte, je suis revenue deux mois avant ton arrivée. Je suis partie Morgane, sans me retourner, sans une explication. Je suis juste partie et très franchement, je ne pensais pas revenir.
- Je l'ignorais.
- Je sais. Personne n'en parle jamais. Ce n'était pas une demande de ma part, seulement tout le monde à fait comme si de rien n'était, comme si je n'avais jamais disparu… je crois que j'aurai préféré que le sujet soit abordé, peut-être qu'alors les choses auraient été différentes.
- Pourquoi tu es partie ?
- Je ne répondrai pas à cette question Morgane.
- Je croyais que tu voulais en parler.
- Personne ne veut entendre cette réponse, pas même toi. Si tu savais, tu ne me verrais plus de la même manière. I ma connaissance seulement deux personnes qui savent quels étaient mes projets, machinalement je tire un peu plus les manches de mes vêtements du côté gauche, l'une est très certainement morte et je doute que Moëilla s'épanche sur la question.
- Tu connais cette Moe depuis aussi longtemps ? Elle paraît si jeune.
- C'est parce qu'elle l'est, je réponds avec une certaine douceur, jeune, je précise, mais elle vit en dehors du temps depuis toujours. La première fois que je l'ai vue, je crois qu'elle était un peu plus âgée que celle qui vit avec nous, je l'ai rencontrée à plusieurs reprises, à plusieurs âges mais jamais au-delà de ses vingt ans. Je suppose que c'est parce qu'elle meurt avant.
- Je ne comprends pas ce qu'elle est.
- Pour être honnête, moi non plus.
Encore un mensonge. Je sais exactement ce qu'elle est et c'est ce qui m'a fait comprendre qui elle est. Sauf que je n'ai aucun moyen de l'expliquer, pas sans parler de lui. Et l'évoquer à voix haute c'est… inenvisageable. Ce serait bien trop douloureux. Je ne pourrai pas le supporter. De plus, Moe ne veut pas que son identité soit révélée. Je vais donc garder cette information pour moi.
- Pourquoi tu es partie ? Insiste Morgane. Cette décision n'a absolument aucun sens.
- Elle en avait pour moi.
- Tu avais abandonné ta meute, elle commence à énumérer, Alexander, tes fils et surtout, elle plisse le nez répugné à l'idée de prononcer son prénom, Lyssa. Cette décision, j'insiste, n'a absolument aucun sens. Attends, elle hésite, elle se rapproche même, est-ce que c'est à cause de, elle secoue la tête de droite à gauche, non, quand je t'en ai parlé, tu as… tu savais ? Avant que je t'en parle, tu savais que tu avais une empreinte avec une autre personne qu'Alexander ?
- Je savais.
- Alors pourquoi tu as fait comme si tu l'ignorais ? C'était à cause de cette empreinte que tu es partie ? Tu l'as trouvé ? Non. Si c'était le cas, tu ne serais pas revenue. J'ai toujours cru… alors, tu as vraiment tout fait pour l'éviter bien que tu connaissais la vérité avant même de me rencontrer. Ce n'est pas étonnant que l'obscurité ait gagné ton cœur, fuir une empreinte. A quoi tu pensais Luna ?
Mince… Morgane a tellement d'aprioris, sur celle qu'elle croit que je suis. Par moment, je suis surprise d'être aussi bien parvenu à la berner. Un soupire m'échappe alors que je détourne les yeux. Je réfléchis. Qu'est-ce que je dois faire ? Puis-je me permettre de lui donner une part de la vérité ? Je suppose que oui. De toute façon, connaissant Morgane, il ne lui faudra pas longtemps pour comprendre certaines choses.
- Pour quelles raisons est-ce que tu crois que je subis autant les éclats de colère d'Alexander en ce moment ? Nous ne nous disputons pas, il me hurle dessus sans relâche. C'est à mon sens assez différent.
- Je ne…
- Ce n'était pas mon but mais je l'ai trouvé. La personne avec qui je partage une empreinte. Et pendant un temps, je l'ai choisi plutôt qu'Alexander qui je te le rappelle, on m'a imposé.
- Pourquoi es-tu revenue dans ce cas ? Je ne comprends pas, ça n'a aucun sens.
Parce que dès qu'ils ont compris que j'étais en vie, ils ont commencé à me pourchasser comme une vulgaire proie. Je savais exactement ce qu'il lui ferait s'ils me retrouvaient avec lui. Il le tuerait sans le moindre état d'âme, qu'importe l'empreinte. Il n'était pas celui qu'ils m'avaient choisi. Avec lui dans ma vie, ils ne pouvaient plus me contrôler. Il était une menace, c'était une évidence. Il le tuerait même si sa mort devait entraîner la mienne. Depuis qu'il y avait Lyssa, je n'étais plus indispensable même s'ils avaient rapidement compris que ma fille était bien moins modelable. Le principal était que je n'étais plus la seule femme loup-garou. Je n'étais plus essentielle. Il le tuerait. C'était inévitable.
C'est avec fatalité que j'ai pris la décision de partir après huit mois de pure accalmie. Il n'a pas essayé de me retenir. Il savait que ma décision était prise et qu'il ne parviendrait pas à me faire changer d'avis. Il avait seulement murmuré qu'il m'avait vu revenir. Il avait raison. Il avait cette mauvaise habitude, je souris au souvenir, il avait toujours raison. Dès que je le pouvais, je lui revenais. Je m'absentais pour des raisons officielles, des négociations ou autres, mais tout ce que je faisais c'était aller vers lui. De cette façon, je ne l'avais pas vraiment quitté, nous continuions de nous voir, de nous parler et de nous toucher. C'était la période la plus grisante, dangereuse et heureuse de toute ma vie.
Et puis, un jour… il y a eu ces battements de cœur. Quand je les ai entendus, j'ai su que c'était fini. Je ne pouvais pas continuer à jouer ainsi avec le feu. Parce qu'il n'y avait plus seulement nos deux vies en jeu mais aussi celle de ce futur enfant, le nôtre. Anya. Pour la protéger elle, nous avons décidé que nous ne devrions plus nous voir. Jamais. Pourtant, au moment de partir et c'est la seule fois où c'est arrivé, il a tenté de me retenir. Il a tout fait pour me convaincre que nous serions capables de protéger cet enfant. C'était la première fois qu'il me mentait. Pourtant, j'ai réellement voulu y croire. J'ai hésité. Mais pour le bien de notre fille, nous devions sacrifier notre amour et c'est exactement ce que nous avons fait. Personne, et je dis bien personne, ne doit un jour savoir qu'Anya n'est pas la fille d'Alexander mais la sienne. Ils voudraient la détruire.
Ils voudraient la détruire… encore aujourd'hui. Ils ne peuvent pas comprendre ce qu'elle est. Et ils ont une certaine tendance soit à contrôler ce qui leur échappe, soit à tout simplement s'en débarrasser.
J'ai fait ce que j'ai pu pourtant, je ne suis pas parvenue à protéger Anya de la bonne manière. J'ai été obligée de la tromper pour la sauvegarder. Je suis allée trop loin. Le prix était trop lourd et aujourd'hui je regrette simplement d'avoir dû lui faire croire qu'elle n'était pas aimée. Je doute pourtant qu'un jour un enfant ait été autant désiré. Alors j'ai pris une décision, qu'importe ce que cela me coûtera. Cette fois, je ferais en sorte que plus rien ne puisse atteindre et attenter le bonheur de ma fille et sa famille, pas même moi.
- Pourquoi je suis revenue, je répète pensive, les larmes aux yeux avant de sourire à Morgane et d'énoncer ma plus belle vérité, par amour justement.
- Je ne comprends pas.
- Je sais.
Je ne crois pas avoir un jour affronté ce genre de regard avec Morgane. Je la considère comme ma meilleure amie. A y bien réfléchir, elle est ma seule amie. Je n'ai jamais réellement compris comment notre lien s'est tissé, tout est allé très vite. C'était tout simplement évident. Pourtant, aujourd'hui, j'ai la sensation qu'elle me voit pour la première fois. Peut-être que si nous avons été aussi proches c'est parce que nous avions le même genre de secret. Nous voulions toutes les deux protéger notre fille en cachant au monde entier qui est leur père.
- Nos plus grands secrets ont trouvé un moyen de se rejoindre, je murmure avec nostalgie en pensant à Anya et Raven.
- Tu as dit quelque chose ?
- Rien. Ce n'est rien Morgane. Avant de me trouver isolée de tout, je reprends pour changer de sujet, tu étais venue pour me parler de quelque chose en particulier ?
- Oui. Evidemment. J'avais presque oublié. Sais-tu où sont Raven et Anya ? Il faut absolument que je leur parle et elles ne sont pas dans leur maison.
- Morgane, je fronce les sourcils incertains, est-ce que tu, j'hésite, comment dit Moe déjà ? Est-ce que tu les flics ?
- Les quoi ?
- Tu as conscience qu'elles sont mariées et qu'elles attendent un enfant ? Elles n'ont pas besoin que tu sois constamment derrière elles.
- Ce mariage est une énorme erreur !
- Je pensais que tu appréciais Anya.
- Mais je n'ai aucun problème avec Anya !
- Je suis, je claque les doigts en cherchant encore une expression de Moe, larguée.
- Pourquoi tu parles aussi bizarrement ?
- Tout notre entourage parle bizarrement, nous avons 500 ans à rattraper Morgane. Sérieusement, si tu n'as pas de problème avec Anya alors pourquoi est-ce que tu penses que leur mariage est une erreur ? Elles ont l'air vraiment heureuses.
- Elles passent leur temps à s'appuyer l'une sur l'autre comme si leur magie ou malédiction n'avait plus aucune importance. Et elles se disputent. Tout le temps !
- Je ne vois pas en quoi s'appuyer l'une sur l'autre est un mal.
- Évidemment ! Tu es un loup ! Meute ! Unité ! Famille ! Vous n'avez que ces mots à la bouche ! Mais nous les sorcières, nous sommes différentes ! Il n'y rien de plus important que notre magie ! Rien ! Nous sommes individualistes ! Le mariage est une prison et c'est mon devoir de libérer ma fille de ce supplice !
- Et, j'hésite parce que je distingue parfaitement la magie de Morgane sur le point d'imploser, tu as pensé à demander à Raven son avis. Parce que de ce que j'ai vu, son mariage ne semble pas la contrarier.
- Raven ne se rend pas compte qu'elle a besoin d'aide ! Elle a perdu l'esprit ! Elle a relégué sa magie au second plan. C'est n'importe quoi !
- Hum-hum…
- Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ? Ne soit pas condescendante Luna, exprime-toi avec des mots. Je déteste quand tu fais ça.
- Si tu es venue m'en parler pour que je te conforte dans l'idée que tu as raison, j'ai peur de te décevoir. J'ai connu Raven dans les pires moments de sa vie et je suis consciente que mon autre fille était responsable de sa déchéance mais est-ce que tu l'as regardée ? Je veux dire vraiment regardée ? Raven est véritablement épanouie. Tu as toujours fait passer ton rôle de mère avant celui de sorcière. Ça… toutes ces choses que tu viens de me dire, ce n'est pas vraiment toi. Il y a un autre problème. Le mariage, je hausse les épaules, ce n'est rien. Au fond de toi, tu sais pertinemment que Raven sait ce qui est le mieux pour elle. Elle est loin d'être idiote, c'est ta fille, je te rappelle. Alors, j'inspire profondément, laisse-moi te demander : quel est le vrai problème ?
- J'avais oublié que tu faisais toujours ce genre de choses.
- Les amis sont fait pour se parler franchement.
- Je ne sais toujours pas si je peux de nouveau te faire confiance.
- Anya, je réponds sans écorcher son prénom, je choisis Anya sans la moindre hésitation.
- Pour le moment, elle répond méfiante.
- Non, je me plonge dans ses yeux et cette fois il n'y a pas une once de mensonge, je lui laisse voir tout mon amour pour ma fille, à jamais.
Morgane fronce les sourcils. Je la vois même avoir un mouvement de recul, comme si ma conviction était parvenue à la frapper. J'esquisse un petit sourire en me disant que s'il y a une personne qui mérite véritablement de me voir, c'est bien Morgane. Je dois bien avouer que si elle était capable de distinguer celle que je suis réellement derrière ce masque de faux-semblants, ce ne serait pas si dérangeant. Je crois savoir que le Haut-Conseil n'a plus le même genre d'influence. Il se pourrait même qu'ils n'apprennent jamais mon retour d'entre les morts et que je sois enfin libre. Ce serait… tellement inespéré.
- Tu es, j'entends l'hésitation dans sa voix, différente.
Non, je ne le suis pas. Un sourire compréhensif étire mes lèvres. Je suis simplement un peu plus moi. Seulement, je ne suis pas certaine de pouvoir lui répondre une telle chose. J'inspire profondément en levant les yeux vers le ciel. La lune est pleine. Je reste le regard fixé sur cette sphère parfaite. Je ne sais plus quoi dire. Je suis hésitante. Je pense à lui encore. Je passe mes doigts de ma main droite sur mon poignet gauche, la cicatrice court sous la pulpe de mon indexe et mon majeur.
- Je trouve cet endroit paisible.
- L'île ? Tu as conscience que je déteste cet endroit ?
- Je comprends. Tu y as vécu des choses horribles. Seulement toute cette immensité, les bruits de la mer ou les crépitements du volcan, je ferme les yeux pour mieux les distingués, cette forêt avec ses odeurs. J'aime cet endroit.
- Tu agis vraiment bizarrement.
- Je vois, un soupire m'échappe, ta fille et Anya, je pointe une direction, arrivent. Elles ont dû sentir ta présence.
- Elles étaient ici depuis le début ?
- Je leur ai mis à disposition une maison pour qu'elles se sentent à leur place au sein de la meute même si elles n'en font pas partie. Je veux qu'elles sachent qu'elles seront toujours les bienvenues. Elles ont dormi ici la nuit dernière.
- Tu n'aurais pas pu le dire tout de suite ?
- En effet, je souris, j'aurai pu.
Le regard noir de reproches que Morgane me lance ne me fait ni chaud, ni froid. Je secoue seulement la tête amusée en abaissant mon bras en voyant le couple arriver. Quand elles sont presque à notre hauteur, j'ai un moment d'hésitation. Est-ce que je dois les laisser seules toutes les trois ? Je sens qu'Anya n'est pas du tout à son aise quand je suis proche d'elle.
Je n'ai absolument rien à exiger, bien au contraire, et même si son comportement me blesse, je ne dirais rien. Je n'en ai pas le droit, pas après tout ce que je lui ai fait subir. Qu'importe le fait que c'était pour son bien. J'ai mal agi et je mérite cette rancœur et tellement plus encore. Je suis d'ailleurs admirative de son contrôle. Je ne doute pas qu'elle puisse renfermer l'envie de m'arracher la tête pourtant, elle n'en montre aucun signe. Jamais.
- Bonjour maman, sourit Raven en arrivant à notre hauteur en tenant la main d'Anya, salut Luna ! Vous allez bien toutes les deux ?
- Vous aviez disparu, souligne immédiatement Morgane. Je voudrais une dernière fois parler de votre réunion avec le Haut Conseil aujourd'hui.
- C'était ça ton urgence, je m'étonne. Tu as un vrai problème Morgane.
- Tu sais mieux que personne que ne pas être préparé à affronter le Haut Conseil peut avoir des conséquences désastreuses.
- Tu as déjà eu à faire à eux, me demande Raven, tout conseil est bon à prendre. Lexa a insisté pour que nous fassions les choses bien afin d'éviter les problèmes. Mais même si nous ne le montrons pas, nous sommes véritablement effrayées à l'idée d'être séparées. Nous ne sommes peut-être pas une même meute mais une famille, c'est certain.
Tous les regards sont sur moi, je ne parviens pas à en soutenir un seul. Je suis tout sauf la bonne personne pour les aider à rester ensemble. Je suis certainement l'alpha qui a eu le plus souvent à faire à eux mais je n'ai jamais réussi à obtenir quoi que ce soit de leur part. Pas une fois. Je ne suis rien d'autre qu'une marionnette pour eux. D'ailleurs j'avais prévu de me faire toute petite durant leur présence sur l'île.
Je parviens finalement à trouver la force de plonger mes yeux dans ceux d'Anya. Elle ne doute pas. Une part d'elle sait que d'une façon ou d'une autre, elle obtiendra ce qu'elle veut. Et pour le moment, ce qu'elle souhaite c'est rester près de Lexa. Elle ne sait pas encore ce qu'ils sont capables de faire. Ils broient tous sur leur passage, espoir et rêves sont simplement anéantie. Après il ne reste plus qu'une âme tourmentée et le néant.
- Luna, Morgane est la première à m'interpeller.
- Vous savez, je secoue la tête de droite à gauche pour reprendre mes esprits, qui vient ?
- Évidemment, sourit Raven en se tournant vers Anya, un certain Kouznetsov et un Sobakine, un Beaunay, un Haas…
- … ils viennent aussi nombreux, je la coupe inquiète, pourquoi ? Ils vous ont donné une raison ?
- C'est étonnant ? Demande Morgane.
- Je dirais plutôt inquiétant, je réponds en réfléchissant à la raison qui pourrait les pousser à venir aussi nombreux. Combien exactement.
- Cinq, tranche Raven, j'avais presque fini ma liste. Lexa n'avait pas l'air de penser que c'était inhabituel et elle a déjà eu à faire à eux. A quoi, elle se tourne vers Anya, trois reprises c'est bien ça ?
Cinq… j'ai un très mauvais pressentiment. Cinq… comme la fois où j'ai demandé à rester avec Alyose, l'idée d'être seule, de diriger une meute me terrifiait. Mon frère était le seul capable de calmer mes pensées et mes angoisses. Et ils nous ont séparés sans le moindre état d'âme. Ce jour-là aussi, il était cinq. Cinq…
- Qui, je serre les poings alors que ma gorge se noue, je suis tétanisée, qui est le cinquième ?
- Est-ce que son nom à une véritable importance, me demande Morgane.
- Son nom, j'insiste en essayant de ne pas laisser transparaître ma peur.
- Olsen.
Raven prononce son nom avec une telle insensibilité. Mais il est vrai qu'elle ne peut pas savoir. Aussitôt la pression de mon poing s'accentue, ma mâchoire se serre à l'extrême, je grince des dents, mes ongles transpercent ma peau et le sang coule entre mes doigts. Je dois rester maître de mes émotions, je ne dois pas imploser dans une rage folle. Pourtant, je ne parviens pas à me calmer. Je ne supporte pas l'idée qu'il puisse s'approcher de ma fille. Il pourrait… non, il va la détruire, c'est certain.
Je fais tout mon possible pour ne pas sur-réagir et donner un conseil comme : Anya surtout, n'y va pas. Je ne sais que trop bien comment cet avertissement pourrait être interprété comme un ordre et il n'en est rien. Je cherche donc un moyen de l'avertir du danger sans me montrer intrusive.
- Mais qu'est-ce que tu fais, implose subitement Anya en se précipitant vers moi. Arrête tout de suite, elle me force à relâcher la pression entre mes doigts, le sang coule bien plus abondamment. Sérieusement, elle relève ses yeux vers moi, pourquoi tu as fait ça ?
- Luna, interroge avec un certain recule Morgane.
- Mince, grimace Raven, elle va bien ? Ses mains sont dans un sale état.
- Ce n'est rien, je tente de me libérer de la poigne d'Anya mais j'échoue lamentablement, d'ici quelques minutes, il n'y aura plus aucune trace.
- Ce n'est pas une raison pour te faire du mal, répond durement ma fille.
Est-ce que c'est de l'inquiétude que j'entends dans sa voix ? Non. Je me fais certainement des idées. C'est après coup qu'un détail me frappe comme une gifle. C'est la première fois depuis mon retour qu'Anya m'adresse directement la parole. Qu'est-ce qui a changé ?
Puis subitement mon cœur s'arrête net quand je sens ses yeux s'égarer sur la cicatrice de mon poignet. Son regard quitte le mien et tombe immédiatement sur mon bras. Evidemment… elle est bien la fille de son père et ce qu'il peut cacher au reste du monde, il ne peut pas le masquer à son propre sang. Anya relève lentement ma manche, je la vois pâlir à vue d'œil.
- Qu'est-ce que… quand est-ce que… tu as, ses yeux se plongent de nouveau dans les miens, tenté de te tuer ?
- Pardon, explose Morgane, elle arrive vers moi comme une tornade, bousculant ma fille au passage. Il n'y a rien du tout, elle soupire de soulagement, ne dit pas ce genre de chose Anya.
- Il n'y a rien du tout ? Mais enfin, explose-t-elle, la cicatrice est énorme, elle recouvre tout son avant-bras ! Cette blessure n'a rien d'accidentel, je lis parfaitement les reproches dans ses yeux, c'était voulu.
- Anya, je sens tout le calme de Raven quand elle prononce son prénom, il n'y a rien, rien du tout mon amour.
- Rien, son regard devient presque menaçant, pourquoi elles ne voient rien ?
- Parce qu'il n'y a rien, je réponds calmement.
- Vraiment ?! Répliqua-t-elle avec colère.
- Anya, tente une nouvelle fois Raven avec une douceur infinie.
- Non ! Je refuse qu'elle me mente ! Elle, son ton est froid, dénué du moindre sentiment, n'en a pas le droit !
- La vérité, je reprends, très bien voilà la vérité vous ne pouvez pas faire confiance à Olsen. Jamais. Il sera assurément l'instrument de votre perte. Si cette cicatrice existait, ce qui n'est pas le cas, il en aurait été la cause. Je ne pensais pas que tu serais capable de la voir Anya puisqu'elle n'existe tout simplement plus. Elle a été effacée.
Anya est comme son père… Je me demande si elle a d'autres aptitudes qui lui viendraient de lui. J'étais persuadée qu'il n'y avait que le loup. Mais ce regard… Elle est exactement comme lui. Je n'ai aucun doute. Bien évidemment, il y a alors une terrible question qui s'empare de moi : Est-ce que comme lui, vivre dans ce monde la met en danger ? Il était le dernier représentant de son espèce. Tous les siens ont été exterminés sans le moindre état d'âme par ceux qui après sont devenu les Dix. Lui, a été sauvé, protégé par l'un d'entre eux. Il ne saurait dire si c'était un homme ou une femme, mais cette personne l'a éloigné du danger et lui a appris à se cacher d'eux à jamais. Cet individu, ce sauveur n'a jamais donné d'explication sur son intervention. C'est quelque chose qui le perturbait encore quand nous nous sommes rencontrés.
- Je ne comprends pas, reprend Anya.
- C'est bien ce qui me fait peur, je souris tristement.
- Luna, je me force à quitter ma fille des yeux pour me concentrer sur Morgane, dis-moi que tu n'as pas essayé de te tuer. Ce n'est pas, elle fronce les sourcils, possible.
Je force Anya à lâcher prise, non sans lui sourire. Je suis perdue. Je ne sais pas si je dois dire la vérité ou tout simplement continuer à mentir. Je suis tellement indécise. Je me demande si être honnête sur ce point, pourrait leur donner un indice sur son identité à lui. J'en doute… même Morgane doit tout ignorer de son espèce. Aujourd'hui ce qu'il est n'est plus qu'une légende. Et tant qu'Anya n'a rien de plus que ses yeux, je n'ai pas à m'inquiéter. De plus, je suppose que ce ne sera pas Moëilla qui donnera un quelconque indice sur son appartenance et elle lui ressemble bien plus que ma fille.
- Comment tu dis déjà, j'inspire profondément, rien ne reste longtemps impossible. Personne ne m'a jamais vu telle que je suis Morgane et tu n'échappes pas à la règle. Si tu veux tout savoir, je laisse glisser mes doigts sur la cicatrice sous le regard horrifié d'Anya, j'ai utilisé de l'agent. Ce n'était pas une décision prise à la va-vite ou un appel au secours. Je voulais véritablement en finir.
- Tu as dit, la voix de Morgane tremble, que ce n'était pas ton but mais que tu l'avais trouvé.
- C'est exactement ce que tu penses, je souris tristement.
- Attend, je sais, rien qu'avec l'étincelle dans ses yeux qu'elle a compris, si c'était avant que nous nous rencontrions, donc c'était aussi avant, elle tourne son regard vers Anya, c'est pour cette raison que tu laisses impunément Alexander te hurler dessus ?
Je lui souris et je sais que ce dernier vaut toutes les réponses du monde. Morgane sait. Je n'ai pas besoin de confirmer. Elle sait.
- Je n'arrive pas à croire que tu ne m'en aies jamais parlé. Nous étions amies.
Et je n'arrive pas à croire que tu ais pu croire que je voulais la tuer. Voilà la réponse que j'aimerai formuler. Mais je ne peux pas. Parce que même si Morgane a compris qu'Anya n'était pas la fille d'Alexander. Je ne peux pas la laisser aller plus loin. Si elle savait que depuis la naissance de ma cadette, j'avais agi en miroir avec elle alors elle pousserait ses investigations plus loin. Je ne peux pas la laisser faire. Il s'agit de la sécurité d'Anya.
Je cherche donc un moyen de me sortir de cette situation. Je savais que de me révéler trop telle que je suis me mettrait en danger. J'en ai tellement assez de ne pas pouvoir être moi-même que je n'ai pas assez réfléchi. Et c'est sans parler de la véritable menace que représente Olsen. Je n'arrive pas à croire qu'il va s'approcher de ma fille, j'en suis malade.
- Luna, je sursaute alors que mon prénom est appelé, oh… tu n'es pas seule.
Je me retourne en fronçant les sourcils. Je ne m'attendais pas à revoir Moe aussi vite. C'est trop tôt, je sens qu'elle est encore extrêmement fatiguée. Si elle continue à tirer de la sorte, elle va finir par s'effondrer ou pire encore. Je n'ose imaginer ce qui se passerait si elle mourrait ici, aussi loin de chez elle. Quelles seront les conséquences ?
- Salut, elle lève sa main avec un magnifique sourire, pourtant il est faux, tout le monde.
- Tu as encore disparue, lui reproche aussitôt Anya, Lexa était folle d'inquiétude.
- Tu as remarqué, Moe se retourne vers moi, à quel point, tout le monde a toujours quelque chose à me reprocher ? Je dois aller me préparer pour la réunion avec le Haut Conseil. J'ai hâte d'y être, son sourire ne me dit rien qui vaille. Et avant que j'oublie, elle ouvre sa main gauche vers moi, j'ai quelque chose pour toi.
Je reste un moment interdite devant la pierre dans sa paume. A première vue, ce n'est rien de plus qu'un galet blanc et particulièrement lisse mais je sais qu'il vient de là-bas. D'un geste hésitant, je viens le prendre et dès que le caillou froid entre en contact avec ma peau, il se met à briller de mille feux comme un diamant en pleine lumière. Je ferme les yeux pas parce que je suis éblouie mais pour profiter de la sensation. Cette pierre vient du fleuve Ibis, la rivière des souvenirs et des souhaits. Lorsque le galet est bien choisi, il nous permet de revivre les meilleurs moments de nos vies et Moëilla a toujours eu un don pour distinguer les plus puissants.
A cet instant, je suis renvoyée dans ses bras. Je sens ses lèvres contre les miennes, sa main sur mon ventre alors que je viens de lui annoncer que j'attends son enfant. Je suis de nouveau aimée. Un sentiment profond qui frôle l'indécence jusqu'à ce que j'ouvre à nouveau les paupières. Moe me sourit alors et avec ses mains, elle signe un simple : de rien.
- Est-ce que tu t'es au moins reposée ?
- Bien sûr que oui, elle s'offusque. Je tiens debout alors que quand je suis partie je n'y arrivais plus.
- Il était là ?
Moe balaye son regard derrière moi, je sais qu'elle réfléchit à un moyen de me répondre sans que les autres ne la comprenne. Son visage se ferme complètement mais son regard continue de me sourire. Ce regard… ce même regard, c'est encore plus fort que ce que je viens de commencer à percevoir chez Anya. Moe a ses yeux, ses yeux à lui. Lentement, elle commence à signer pour me répondre :
- Oui il était là et toi aussi comme toujours.
- Merci, je souffle.
- Luna, je perçois l'inquiétude dans son geste, tu vas bien ?
- Olsen sera là, je réponds sans réfléchir.
- Je sais, elle reprend avec sa voix. C'est pour cette raison que moi aussi. Je ne le laisserai plus te faire du mal. Fais-moi confiance.
- J'ai déjà une dette de vie envers toi Moëilla, je souris amusée mais aussi soulagée à l'idée qu'elle soit présente, ne surenchérit pas trop s'il te plaît.
- Je continuerais de surenchérir tant que tu continueras à croire que tu as une dette envers moi.
- J'ai une dette de vie envers toi.
- N'importe quoi !
- Moëilla, je menace.
- Je dois aller me préparer, elle sourit plus que de raison en reculant, mais cette conversation n'est pas terminée et je, elle pointe son indexe vers elle, gagnerais ce débat.
Je ris doucement. Il n'y a pas à dire, elle sait comment m'apaiser. Je serre de nouveau le galet dans ma main en fermant les paupières, mon sourire demeure en le voyant de nouveau. Moe sait vraiment comment les choisir, c'est sans nul doute un de mes meilleurs souvenirs. Il va vraiment falloir que je la remercie pour ce cadeau inestimable.
- Tu agis encore bizarrement, la voix de Morgane me fait légèrement sursauter. Je ne comprends pas ta relation avec cette Moe.
- Pourquoi, je soupire, tu l'appelle toujours : cette Moe ?
- Parce que cette fille m'effraie et je n'ai pas l'habitude d'être intimidée. Je suis Morgane, la sorcière la plus puissante qui ait foulé cette terre. Je refuse d'être angoissée par une enfant.
- Dans ce cas, c'est une chance qu'elle soit de notre côté.
- Et si un jour, elle change de camp ?
- Moëilla ne changera pas de camp.
- Pourquoi ? Man-Wol l'a bien fait et Misaël dit que s'il y en avait bien une qui aurait dû rester dans le droit chemin c'est elle.
- Moëilla, je secoue la tête de droite à gauche, n'est pas Man-Wol.
- Comment, je sens la suspicion dans sa voix, est-ce que tu les connais toutes les deux ?
- C'est compliqué.
- Autrement dit, tu ne veux pas me répondre, s'agace Morgane.
- Luna, mince j'avais presque oublié Raven, tu savais où et avec qui Moe était. Tu aurais dû nous en parler. Elle est sous la protection de Lexa.
- Je n'arrive pas à savoir, je plisse les yeux pour fixer la sorcière, si c'est toi ou Anya qui parle.
- C'est moi, s'offusque-t-elle aussitôt, je sais ce que l'on éprouve lorsque nous nous inquiétons pour un membre de notre meute.
- Tu n'es pas un loup Raven, grogne Morgane.
- Moëilla ne fait pas partie de la meute de Lexa, je réponds en même temps.
- Mais elle est sous sa protection, insiste Anya.
- Très bien, je soupire, Moëilla était sur Rheen.
- Non, répond immédiatement Morgane, ce n'est qu'une légende.
- Oui parce que, je souris moqueuse, c'est vrai qu'un lieu qui s'implante dans le quatrième multivers ne peut pas exister. Est-ce que tu peux me rappeler où nous sommes Morgane ?
- C'est très différent, cet endroit a été construit par une déesse !
- Je suis la seule à ignorer ce qu'est Rheen, demande Anya.
- C'est un lieu, répond Raven, une vallée plus précisément avec un fleuve qui le parcourt ou seul le printemps existe, ou les souvenirs ne se tarissent jamais et ou ceux qui peuvent atteindre ce lieu deviennent intemporel.
- Vous pouvez oublier, je souffle comme une leçon en serrant un peu plus le galet dans mon point, mais l'Ibis lui ne le fera pas.
- C'est une légende, Luna, insiste Morgane.
- Pourtant, Raven semble réfléchir, quand il nous racontait cette histoire, les détails étaient si minimalistes, c'est comme s'il y avait été.
- Ton père est un Dieu Rae, il a dû décrire un endroit qui n'existe plus pour te faire rêver toi et ton frère.
Oui, surtout qu'avec les neuf autres, ils ont ravagé cette magnifique vallée et assassiné tous ses habitants. Il n'y a eu qu'un survivant et il a passé toute son existence à reconstruire cet endroit merveilleux. Il est le dernier représentant de son espèce. Du moins, il le croyait avant que Moe ne fasse son apparition. Quand elle est apparue pour la première fois sur Rheen, j'étais là. Il a pleuré. Pendant si longtemps il avait été seul mais à partir de ce jour, ils étaient deux à tout jamais. Et peut-être… Je me plonge dans les yeux d'Anya, je cherche cette étincelle que j'ai devinée toute à l'heure. Peut-être que maintenant, ils sont trois.
Je me demande si Anya pourrait atteindre Rheen. Si c'est le cas, elle pourrait certainement retrouver son père. À condition, évidemment, qu'il soit toujours en vie. Moe a essayé de le trouver dans cette temporalité mais elle m'a dit que pour le moment, elle n'arrivait pas à l'atteindre.
Subitement, j'ai une idée. En théorie, les chances que celle-ci fonctionne avoisine le néant. Il faut avoir déjà posé le pied sur Rheen pour voir à travers les pierres d'Ibis mais Anya a été conçue sur cette terre. Alors peut-être… juste peut-être…
Je range la pierre dans ma poche. Je ne veux surtout pas l'égarer, c'est un souvenir trop précieux. Je viens jouer avec mon collier, une simple chaîne avec un pendentif représentant la lune pleine avec en son centre, la constellation des Gémeaux. Tout le médaillon a été conçu à partir de matériaux trouvés dans le fleuve Ibis. Il me permettait de rejoindre Rheen au début puis de ne pas l'oublier quand j'ai dû partir définitivement.
J'ignore ce que verra Anya si je le lui confie ou même si elle sera capable d'entrevoir quelque chose. Mais je suis prête à prendre le risque. Elle a le droit de connaître le monde d'où elle vient même si je ne lui dirais pas.
Connaître, sans savoir… Je détache précautionneusement mon médaillon. Dès qu'il s'éloigne de mon cou, il se met à briller de la même manière que le galet un peu plus tôt. Je le fixe avec une certaine nostalgie. J'inspire profondément avant de le tendre vers Anya.
- Tiens, je souffle, je crois que tu seras capable de voir Rheen.
- Qu'est-ce que c'est ? Morgane tente de prendre le collier mais d'un geste rapide je l'en empêche.
- Je suis désolée Morgane mais il est absolument hors de question que tu y touches. C'est personnel. De toute façon, magie ou non, tu ne verrais rien.
- Je n'avais jamais vu ce collier briller avant aujourd'hui. D'ailleurs, je crois qu'il ne quitte pas ton cou, pas même quand tu te transformes.
-Oui, je sais parce que ce n'est pas à proprement parler un objet mais un souvenir. N'y touche pas, ta magie pourrait l'altérer. Anya, je l'appelle avec douceur, tu veux essayer ?
Ma fille acquiesce lentement, alors je place le médaillon au creux de sa main gauche. Je lui murmure de fermer les yeux. Il ne me faut pas plus d'une seconde après que ses cils se soit rabattus pour savoir que le souvenir fonctionne avec elle. La pierre irradie un peu plus, des larmes coulent sur les joues d'Anya alors qu'un grand sourire étire ses lèvres.
Rheen est son héritage, elle aurait dû y naître. Elle doit le sentir, l'appartenance à une terre. Je ne sais que trop bien ce que l'on ressent. Je ne me suis jamais sentie à ma place dans ce vaste monde, sauf quand j'étais là-bas, avec lui.
- Ça suffit, je souffle, il ne faut pas s'éterniser, elle ouvre les yeux et je devine une multitude de questions, maintenant, tu sais à quoi ressemble Rheen, je souris en repassant le médaillon autour de mon cou, peut-être qu'un jour comme moi, tu auras besoin de cet endroit et il t'apparaitra.
- C'était magnifique, murmure Raven.
- Tu l'as vu aussi, sourit Anya, c'était incroyable.
Je ne m'attendais pas à ce que sa sorcière puisse atteindre ce souvenir. Leur lien est vraiment plus important que tout ce que j'imaginais. Je suis déjà étonnée quand elles parviennent à savoir ce que pense l'autre en un simple regard, à comprendre les angoisses ou les joies de leur compagne alors qu'elles sont éloignées. Et, je ne parle même pas de cet enfant qui grandit dans le ventre de ma fille. Je sais que Raven est l'héritière de Morgane, en soit une sorcière aux pouvoirs démesurés, la fille d'un Dieu et très honnêtement, je ne sais pas trop ce que ces deux éléments font d'elle. Un être à la puissance inimaginable mais je ne pense pas que ce soit sa force qui ait permis cette conception, seulement l'amour.
Un amour qui me paraît être infini et capable de surmonter n'importe quelle épreuve.
Je suis incroyablement heureuse pour elles. Un tel amour, c'est tellement rare, si transcendant. Qu'elles se soient trouvées malgré toutes les épreuves, est une véritable bénédiction. Quand je me suis fait aspirer par les ténèbres, le rôle que je m'incombais de jouer est devenu ma seule nature. Je n'étais presque plus capable de distinguer Anya au milieu de l'Obscurité et pourtant, je n'ai jamais cessé d'espérer qu'elle soit heureuse. Il faut croire que pour une fois, un de mes vœux les plus chers a été exaucé.
- Tu, j'entends l'hésitation dans la voix d'Anya, tu as vécu là-bas ?
- Un certain temps, oui. Et si j'avais pu, je ne l'aurai jamais quitté, je souris en imaginant mon bonheur de la voir naître sur cette terre, non jamais.
- Pourquoi, l'incertitude marque aussi les mots de Raven, être partie dans ce cas ?
- Par amour, je donne la même réponse qu'à Morgane un peu plus tôt alors que mon regard s'accroche à celui d'Anya, la plupart des gens restent par amour, j'ai choisi de partir, je baisse les yeux, pour protéger, je ne l'ai pas seulement fait pour lui, je ne veux plus mentir, les deux êtres que j'aimais le plus au monde.
Je relève les yeux, d'abord vers Anya en lui souriant puis vers Morgane et cette fois, je sais qu'elle comprend, qu'elle comprend vraiment. S'il y avait encore un doute qui subsistait, il s'est complètement effacé. Elle sait qu'Anya n'est pas la fille d'Alexander. Elle ne dit rien mais je le comprends dans sa façon de me regarder. Je suis soulagée de ne plus être obligée de lui mentir à ce sujet. C'était trop lourd à porter. Maintenant, quand je vais lui dire que j'ai choisi Anya, elle saura que c'est la vérité puisqu'elle est tout ce qui me reste de mon amour interdit.
- Je n'arrive pas à le croire, elle murmure.
- Je ne suis peut-être pas aussi prévisible que ce que tu pensais, je réponds.
- Okay, sourit Raven, nous avons manqué quelque chose ?
- Rien du tout, répond à ma plus grande surprise Morgane. Nous devrions vraiment parler de l'arrivée du Haut Conseil maintenant. Je veux être présente.
- Tu ne peux pas Morgane, répond blasée Anya, nous te l'avons déjà dit une bonne centaine de fois.
- Ce sont mes terres !
- Mais c'est moi qui les invite, rappelle Raven, et je ne suis même pas certaine qu'ils m'acceptent dans leur réunion. Ni moi, ni Clarke ne seront les bienvenues alors toi encore moins.
- Il faut bien que quelqu'un représente les sorcières sur cette île, s'agace Morgane.
- Et bien, soupire sa fille, si j'ai un droit de passage par mon lien avec Anya, je serai la voix des sorcières et si je ne peux pas entrer, ce sera Anya qui parlera en notre nom. Nous avons fait un point avec Jaliah pour être certaine de ne rien oublier.
- Pourquoi avec Jaliah et pas moi ?
- Parce que tu es une vraie emmerdeuse, murmure trop bas Anya pour être entendue par les sorcières, ce qui me fait doucement rire.
- Anya, gronde gentiment sa femme, pourquoi est-ce que j'ai la sensation que tu n'as pas été très gentille dans tes propos ?
- Certainement parce que tu as raison, elle sourit avant de l'embrasser sur la joue. Sérieusement Morgane, elle s'éloigne de Raven, nous devons vraiment de nouveau avoir cette conversation, elle sort une pomme de sa poche, nous t'avons déjà expliqué que les membres du Haut Conseil sont du genre hyper conservateur, elle croque dans le fruit, rien que pour ça, de base je ne les aime pas et je vais certainement très mal le prendre s'ils osent me dire que Rae n'a pas sa place à mes côtés.
- Mais pour éviter tout incident diplomatique, sourit Raven, tu n'arracheras aucune tête en représailles.
- Hum…
- Tu as promis Anya !
- Je sais…
- Il n'y a que les alphas et leurs égaux soit, ceux qui partagent l'empreinte qui sont admis aux réunions, rappelle Raven à sa mère comme une leçon. Lexa et Anya sont d'office conviées puisqu'elles sont à l'origine de la demande, ma fille grogne en continuant de manger, d'accord, soupire sa sorcière, seule Lexa a fait cette requête et Anya la subit, mieux mon amour ?
- Beaucoup mieux, elle sourit.
- Ensuite Moe a demandé à être présente, comme c'est une alpha, nous n'avons aucune raison de lui interdire l'accès à cette réunion. Nous avons demandé à Bellamy d'être présent pour égaliser les forces en cas de problème.
- Mais, reprend Morgane, si ni toi, ni Clarke n'êtes acceptées, vous serez en infériorité numérique. Tu devrais aussi y aller Luna, je me fige de torpeur à cette demande, pour représenter ta meute, inviter Alexander à vous rejoindre ainsi, vous serez plus nombreux.
- Je ne sais pas comment ce genre de choses fonctionnent chez les sorcières, je reprends hésitante, mais chez les lycanthropes, être menaçant envers le Haut Conseil n'est pas très bien vu.
- Nous sommes plus puissants et plus nombreux qu'eux, s'agace Morgane, ils devraient le savoir !
- Surtout pas Morgane ! Je crois que tu ne réalises pas, je tente de me calmer, quel genre de pouvoirs ont ces hommes !
- Tu, elle plisse les yeux, as peur d'eux.
- Je ne le cache pas.
- Je ne suis pas certaine de trouve cette information rassurante, grimace Raven.
- Anya, je prononce hésitante, est-ce que tu souhaites que je sois présente ?
Sa réponse déterminera si oui ou non, je serai présente. Je n'irai pas de moi-même, d'abord pour ne pas m'imposer et ensuite parce que l'idée de me retrouver enfermée dans une pièce avec Olsen me rend malade. Mais si c'est ma fille qui me le demande alors les choses seront très différentes.
Je voudrais la protéger de la perfidie de ses hommes mais la vérité, c'est que j'en suis incapable. Du moins, je m'en suis convaincu toute ma vie. Après tout, je suis tout de même parvenue à leurs faire croire qu'Anya était la fille d'Alexander, puis comme tout le monde qu'elle était morte, assassinée par sa propre sœur. Ils n'ont jamais douté de moi, pas une seule fois.
Seulement, en rencontrant Anya, ils sauront que je leur ai tenu tête et ils voudront me le faire payer. Je préfère que leur colère tombe sur moi plutôt que sur ma fille. S'ils osent ne serait-ce que la menacer, je les tuerais, qu'importe les conséquences. S'ils veulent s'en prendre à elle, je ne répondrai plus de rien. Mais je sais qu'ils n'oseront pas, ils vont comprendre sa puissance, à quel point elle est exceptionnelle et comme ils l'ont fait pour moi, ils vont vouloir s'imposer dans sa vie, la contrôler.
Et je crois que cette fois, ils vont tomber sur plus déterminé qu'eux. Anya n'est clairement pas du genre à accepter de se faire brider. D'autant plus qu'elle est adulte. Ils ont commencé à me modeler dès l'enfance. De plus, si Anya doit se battre, ce ne sera pas seulement pour elle mais pour sa sorcière et l'enfant qui grandit en elle. Je sais que s'ils m'avaient atteint plus tard, quand j'étais avec lui et avec cet enfant, je n'aurais pas perdu la face devant eux. Mais je n'ai pas eu cette chance.
Voilà quel a été le véritable héritage de la première femme loup-garou, n'être qu'une marionnette entre les mains des plus puissants de notre monde. Ils m'ont élevé dans la peur des représailles. Ils m'ont obligé à m'éloigner de mon frère. Ils m'ont imposé un compagnon. Ils m'ont ordonné d'enfanter, de leurs donner plus d'héritières. Ils m'ont interdit d'aimer. Toute ma vie a été dictée par leurs volontés.
Sans eux, je ne sais pas du tout qui je suis. Le Haut Conseil a dicté toute ma vie. Il est absolument hors de question que je les laisse en faire de même avec ma fille.
Parce qu'Anya n'est pas leur héritage, elle ne le sera jamais. Elle n'appartient à personne. Elle est libre.
Son père et moi avons sacrifié notre amour pour qu'elle ne soit jamais leur chose. Alors bien qu'elle ne soit plus une enfant, si Anya me le demande, je continuerai de la protéger. Bien que je crois bien que je n'ai plus rien à leur abandonner si ce n'est ma propre vie.
- Oui, souffle Anya, je veux que tu sois là, s'il te plaît.
Simplement avec cette réponse, je m'apprête à affronter tout ce que je m'étais promis de ne plus jamais braver. Mais c'est elle qui me le demande alors soit.
Je serai là.
Pour toutes les fois où je me le suis interdit.
Je serai là.
Un nouveau chapitre se termine. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! Des suppositions pour la suite ? J'ai hâte de connaître vos réactions. Il se passe pas mal de choses dans ce chapitre ! J'aimerai bien savoir ce que vous pensez de Luna maintenant que vous en savez véritablement plus sur elle. Elle n'est en rien le monstre que j'avais jusque là dépeint. Je crois en avoir trompée plus d'un… mais en revanche, pour la plupart, vous aviez raison : Alexander n'est clairement pas le père d'Anya !
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre !
P.s. : Pour information, je viens de boucler le chapitre 2 d'une fiction de Noël, je suis trop contente ! Il réunie le Ranya en principale aves le Clexa en second plan. J'ai trop hâte de pouvoir partager cette nouvelle aventure avec vous!
GeekGirlG
