Salut à tous ! :)
ACTUALITÉ : Suite à l'annonce le 28 octobre 2020 du gouvernement, la France se retrouve de nouveau confinée. Mon entreprise restera cette fois ouverte en espérant pouvoir garder la tête hors de l'eau, nous sommes déjà en difficulté depuis septembre. De mon côté, ma santé m'oblige à être en arrêt maladie comme pendant le premier confinement .
Evidemment, j'encourage tout le monde en France et autre pays à suivre les recommandations de son gouvernement pour ralentir la propagation du virus. Comme la dernière fois, le petit avantage à cette situation c'est que je vais avoir plus de temps pour écrire.
Du coup, pour ceux et celle qui n'ont pas vu, j'ai commencé un calendrier de l'avant interactif (uniquement sur Wattpad) où vous pouvez me lancer de défi. Si ça vous intéresse, il y a un OS avec le POV de Blue.
En ce qui concerne "When I See You Tomorrow", je n'ai pas encore repris l'écriture à cause des histoires de Noël sur lesquels je travaille en annexe, je pensais reprendre l'écriture début janvier.
Bon courage à tous, force, santé, honneur et cookies à vous ! 😷💪
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !
Quelques mots sur ce chapitre : Nous allons rester sur des personnages que vous connaissez bien et en apprendre plus sur les conséquences des attaques des Dieux et leur impacte sur ce dernier mois.
Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 4 : Injustice des têtes coupées
People keep changin' Les gens changent constamment
Faces why I'm so jaded De visages, voilà pourquoi je suis si désabusé
Face it, I feel like I'm fadin' L'affronter, j'ai l'impression de disparaître
Takin' back, na-ah-ah-ah Me retirer
Alicia Keys – So Done
Chapitre 69 : Repos
En la voyant chaque jour se réveiller juste avant l'aube, il avait fini par lui demander ce qu'elle espérait voir apparaître. Elle avait répondu attendre le lever du soleil. Il avait froncé les sourcils, observé, elle choisissait toujours le même point de vue. Il tourna sur lui-même, d'abord incertain, avant de lui signaler qu'elle se tenait vers l'est. Elle avait souri et murmurer :
- Justement.
Je me réveille en sursaut, laissant tomber mon roman sur le tapis au pied du canapé dans un bruit sourd. Je passe mes mains sur mon visage avant de me redresser pour m'appuyer contre le dossier du canapé. J'inspire profondément pour tenter d'effacer les idées noires qui me hantent depuis la fin des combats. Je n'arrive plus à dormir normalement, je somnole une poignée de minutes et je suis constamment sur les nerfs. Je me penche assez pour récupérer le livre que je lisais avant de m'assoupir. Je grimace en réalisant que j'ai perdu la page où je me suis arrêtée avant d'être absorbé par l'obscurité. Si seulement il n'y avait que le noir. Mais non, il y a ces angoisses qui m'oppressent, qui m'empêchent de me reposer et même de respirer normalement.
Je tourne la tête, pour scanner les environs. Il n'y a plus personne. Quand j'ai commencé à sombrer, il y avait encore de l'animation dans la maison. Du bruit, de la vie... ce silence est propice à la mélancolie. Je fais de mon mieux pour ne pas rester seule parce que c'est dans ces moments que mes craintes surgissent et me figent sur place. Parce que ce n'est pas un cauchemar. Non c'est la réalité. Et c'est bien ce qui est le plus difficile. Quand je suis éveillée, la peur ne disparaît pas, bien au contraire.
Je sursaute quand la porte d'entrée vole en laissant passer Morgane. Je roule des yeux en la voyant accourir vers les escaliers sans fermer derrière elle. Je secoue la tête de droite à gauche. Je ne sais pas comment Anya et Raven supportent ses intrusions constantes. A leur place, j'aurai fini par lui coller mon poing dans la figure ou pire encore. Je jette un rapide regard à la grande horloge à balancier présente dans le salon, il est tout juste 21h. La nuit va encore être interminable. Je soupire en me levant pour refermer la porte avant que le froid ne s'introduise dans la maison. J'ai à peine apposé ma main droite sur la planche en bois que j'aperçois une forme approcher.
Avant même de pouvoir distinguer avec précision de qui il s'agit, je la reconnais. Je n'ai pas passé une seule nuit à la maison depuis la fin des combats, préférant sentir la présence de Clarke et Lexa à proximité. Mais depuis que Melina est sortie de l'infirmerie, elle vient chaque soir à la tombée de la nuit et demande si je souhaite qu'elle me raccompagne chez nous. Parfois, elle ne dit rien. Un simple regard suffit. Parfois, nous parlons pendant plusieurs minutes. Mais à chaque fois, elle repart seule.
Je n'arrive pas à savoir si elle s'inquiète pour moi et que c'est pour cette raison qu'elle s'acharne à ce point ou si elle souhaite seulement que je revienne pour Little One. Je sais que l'isolement et le silence de cette dernière l'inquiètent énormément, mais il n'y a rien que je puisse faire. J'ai conscience que je me suis rapprochée de Scarlet, mais je ne la connais pas assez bien pour la sortir de cette solitude. Je ne connais que deux personnes capables de la forcer à se reprendre, une est dans le coma, l'autre dans le futur. Un futur qui apparemment n'existe plus.
J'ai discuté un peu avec Skye, Miles et Ash. Leur monde paraît si éloigné du notre que par moment, je peine à croire qu'ils appartiennent aussi à l'avenir. Quand ils nous racontent leur quotidien en restant encore plus vague que nous l'avons pu être. Je ne reconnais rien ou presque de ce que j'ai pu connaître. Je dois avouer que c'est assez déroutant. Prenons un seul exemple : Ash. Le deuxième enfant de Bellamy et Echo, le frère de Scarlet. C'est complètement insensé ! Little One a toujours été enfant unique. Ses parents étaient censés mourir avant les trois ans de la petite Scarlet sans qu'il n'y ait jamais eu d'autre enfant, Ash apparaît et nous apprenons qu'Echo est enceinte de quatre mois, mais aussi qu'elle nous cachait sa grossesse pour que personne ne l'empêche de se battre le moment venu.
Notre présence dans le passé a véritablement engendré des changements que nous n'aurions jamais pu imaginer. Il n'y a plus rien qui nous attend dans le futur, il reste seulement ce présent et rien d'autre. Dommage que tout semble aussi effrayant. J'ai la sensation que l'état de Thomas s'aggrave un peu plus chaque jour, entraînant avec lui Jamie. Aucun des deux n'a ouvert l'œil depuis des jours. Le loup de mon frère s'affaiblit et par moment, je suis incapable de le sentir. Il va mourir. Je me bats encore et encore contre cette idée mais dès que j'y réfléchis un peu trop longtemps j'arrive à chaque fois à la même conclusion : Thomas va mourir.
- Bonjour Madi, Melina sourit en arrivant à ma hauteur.
- Salut, je réponds, tu veux entrer ?
- Bien sûr. Morgane est encore là ? Elle fronce les sourcils. Anya va vraiment finir par lui arracher la tête.
- Je suis étonnée que ce ne soit pas déjà fait.
- Pour dire la vérité, Melina grimace, moi aussi. Je n'aurai jamais imaginé qu'entre Luna et Morgane, ce serait cette dernière qui serait ingérable. Peut-être qu'en fait, c'est moi qu'Anya va choisir de sacrifier après tout, sans moi Morgane ne serait pas constamment sur leur dos.
- Ouais, je parviens à rire et ça me fait un bien fou, à ta place j'irai me cacher dans un trou et je ne réapparaîtrai plus jamais ! Comment tu vas, je poursuis en fermant la porte d'entrée derrière elle, tu as moins mal ?
- J'ai connu pire, elle élude comme toujours.
- Pas sans être immortelle, je lui rappelle la mine sombre. Il faut que tu fasses plus attention à toi. Comme toujours ton corps est aussi faible que celui d'un humain. Abby dit que ta cicatrisation est passée par plusieurs incidents et que ton cœur est affaibli.
- Est-ce que tu demandes des rapports quotidiens à Abby ?
- Pas moi, je hausse les épaules, Clarke. Elle s'inquiète énormément pour toi, comme nous tous. Quand tu seras remise, je compte te frapper en plein visage en te hurlant dessus pour que tu te décides enfin à m'expliquer en quoi te faire transpercer le cœur par ton père était une bonne idée.
- Je n'ai jamais dit que c'était une bonne idée, m'assure-t-elle avec un calme qui m'agace légèrement en s'asseyant sur le canapé, mais en revanche, c'était la seule solution.
- C'est du pareil au même, je soupire en me laissant tomber à côté d'elle. Je n'arrive pas à croire que je n'ai rien pu faire pour t'en empêcher. Si tu y étais passée, je n'aurais jamais pu me le pardonner.
- Mais je vais bien.
- Ose me dire qu'au moment où tu as agi tu savais que tu allais t'en sortir !
- J'avais fait une promesse.
J'inspire profondément. Je sais que je lui lance un regard noir, mais je fais en sorte de ne pas lui hurler dessus. J'ai conscience que cette situation n'a pas dû être facile pour elle. Melina nous a dit que si son père n'avait pas versé son sang dans le but de la tuer, le portail pour libérer Morgane et les autres ne se serait pas ouvert. Nous aurions alors perdu, c'est une évidence. Depuis le début, nous n'avions aucune chance contre son père, d'autant plus quand il a commencé à agir avec Jeda. Melina nous a sauvé, mais le sacrifice qu'elle était prête à faire pour nous permettre de vivre n'aurait jamais dû être une option.
Une promesse. J'ai remarqué que les membres de la famille de Melina n'en brisent aucune. J'en suis une observatrice privilégiée. Yitzhaak s'est engagé à m'aider à mieux contrôler mes capacités et il s'y est consacré chaque jour. Je pensais être prisonnière d'une image enfantine de moi-même à jamais, une reproduction imparfaite qui parfois s'effaçait que je parvenais à reconstituer simplement avec une photographie. Mon bien le plus précieux. Mais aujourd'hui, grâce à Yitzhaak, à sa promesse, je suis enfin entièrement moi. Il m'a rendu mon corps. Je lui en serai à jamais entièrement reconnaissante.
C'est la raison pour laquelle je ne suis pas certaine des sentiments que je peux éprouver pour lui. Par moment, je me surprends à avoir envie de passer tout mon temps libre avec lui-même, peut-être de faire quelque chose de complètement insensé comme l'embrasser. Et puis, subitement, il fait quelque chose de complètement stupide et agaçant alors j'ai simplement envie de trouver un moyen de lui faire payer. Il y a tellement de morts douloureuses qui me viennent à l'esprit... tellement de venin, de crocs ou autre en ma possession.
- J'aimerais te parler de quelque chose, reprend Melina.
- Je ne rentrerai pas.
- Je sais, elle sourit. Rien à voir. Je voulais savoir où en était Clarke avec les autres dans les recherches pour trouver les Normes ?
- Pourquoi ? Je demande étonnée. Je croyais que nous avions décidé de les laisser gérer seuls. De toute façon, ce n'est pas comme s'ils essayaient de nous impliquer. J'ai rarement rencontré des personnes aussi avares en informations et pourtant, je souris prête à la taquiner, je te connais.
- Je sais. Encore une fois, je suis désolée. Les informations ne sont pas ce qui m'inquiètent ou me manquent. Je vois sans mal ce qu'ils projettent.
- Sauver Jessica, je réponds ironiquement, si ça on ne le sait pas, on ne sait rien ! Mais qui est Jessica ? Houlà... ce serait donner beaucoup trop d'informations.
- Tu arrives à concevoir que Skye soit la fille d'Anya et Raven ?
- Evidemment. Je ne comprends peut-être pas comment c'est arrivé, mais Anya est clairement enceinte. Ce serait stupide de croire le contraire.
- Et, elle hésite, tu parviendrais à concevoir que Skye ne soit pas, elle fronce les sourcils avant de poursuivre, le seul incident.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Ne joue pas avec moi en composant des énigmes.
- De ce que je vois et de ce que j'ai pu comprendre de la situation, Jessica serait la sœur de Skye. Je suis certaine de ce point. C'est pour cette raison que "sauver Jessica" est aussi important pour ces trois-là.
- Je comprends, j'assure, en me redressant subitement bien plus concernée par la mission de ces nouveaux voyageurs. Tu veux que malgré les conseils de Lexa et Anya, nous nous en mêlions pour les aider ? Si c'est de la famille dont il s'agit, ça nous concerne. Qu'importe que ce soit un membre de la famille qui n'existe pas encore.
- Non. De toute façon, je doute qu'ils nous laissent intervenir. Mais je suis inquiète, pour Clarke, elle précise et je me sens aussitôt touchée, s'ils mettent ma mère en danger, ils auront à faire à moi, les Normes, elle secoue la tête, elles sont dangereuses.
- Tu sais où les trouver ? Tu as, j'hésite, menti ?
- Je ne sais pas où elles se trouvent. Je ne l'ai jamais su. Mais je les ai déjà affrontés. Elles sont, un long silence suit ces deux mots, terrifiantes. Je ne suis pas rassurée à l'idée que Clarke y aille. Je n'ose pas en parler à Lexa, elle a déjà beaucoup à gérer et il est possible que je m'inquiète pour rien.
- Qu'est-ce qu'elles sont exactement ?
- Exactement, Melina soupire, il est si rare qu'elle semble à ce point incertaine, exactement, elle répète plus bas, je ne sais pas. Elles sont, encore une pause, différentes. Mon père a peur d'elles. Tu sais combien de personnes sont capables de l'effrayer ?
- Tu veux dire à part cette Man-Wol ? Avant de le voir de mes yeux, j'ignorais que ton père pouvait savoir à quoi ressemble la peur.
Un étrange silence suit ma remarque. Je sais à quel point, comme nous tous, Melina a été perturbé par l'apparition de cet étrange personnage qu'est Man-Wol. Nous avons tous pu constater que les personnes les plus puissante que nous connaissions instaurait une distance étrange avec cette femme, que je n'ai personnellement vu qu'avec des bandages qui recouvre toutes les parcelles de son corps. Elle dégageait quelque chose de terriblement angoissant. C'était comme si un simple regard sur elle parvenait à réveiller toutes mes peurs, même celles profondément enfouies, celles dont même moi j'ignorais l'existence. J'ai rarement été aussi déstabilisé.
A défaut de comprendre cette étrangère, j'ai passé énormément de mon temps libre à observer la seule personne qui semble la connaître : Moe. Je suis assez frustrée de n'avoir rien découvert depuis que j'ai commencé ma surveillance. Mais pour ma défense, elle passe le plus clair de son temps à disparaître de l'île. C'est une Melina mais en pire. Et quand elle est présente, elle est avec Luna. Je ne peux pas espionner leurs conversations puisqu'elles n'utilisent presque jamais leur voix. J'ai commencé à comprendre certains schémas de leur langage. Des mots ne me sont plus inconnus, mais je suis très loin de pouvoir saisir une conversation dans son ensemble.
La façon dont elles interagissent m'intrigue. Luna agit avec Moe d'une façon que je qualifierais de maternel pourtant, elles ne semblent pas avoir ce genre de lien. Il n'y a aucune ressemblance physique. Bien qu'étant adopté, ce genre d'aspect n'est pas ce que je devrais souligner. Pourtant, tout me pousse à penser que si elles ont un lien, ce n'est pas celui de mère et fille. Alors que parfois, leurs réactions pourraient nous tromper. Non. C'est autre chose, j'en suis certaine. Elles se protègent mutuellement. Le regard de Luna sur Moe attriste Anya et dérange Lexa. Mais celle qui est plus attentive à la sécurité de l'autre, contrairement à ce qui paraît au premier abord n'est pas l'alpha des Thomas, mais bien la plus jeune. Cet intérêt dans les iris noir de Moëilla, cette dispersion de tout ce qui l'entoure pour être complètement absorbé par un seul objectif : ici sauvegarder la première femme lycanthrope. Il y a quelque chose d'incroyablement pur, de ne jamais vu. Cette prévenance me touche en plein cœur.
J'ai entendu Lexa dire à Clarke que Moe avait sauvé la vie de Luna dans le passé, selon elle, par égoïsme. Après ce que j'ai pu constater. Après ce regard d'une absolue intégrité. Je ne peux pas le croire, pas même une seconde.
- J'ai du mal à comprendre ce qu'est Man-Wol, reprend Melina, de ce que je vois elle pourrait être une des Dix, mais elle ne l'est pas. Quand nous l'avons vu pour la première fois, Misaël à parler d'une ascension qu'elle n'avait pas faite. C'est peut-être pour cette raison qu'elle paraît à ce point... incontrôlable. Man-Wol n'a pas d'addiction comme celles des Enfers ou des Cieux, et elle peut s'adonner à ce qu'elle représente sans en subir les conséquences.
- Et qu'est-ce qu'elle serait ? Après le chaos, la mort, l'amour, l'espoir... qu'est-ce qu'il reste ?
- C'est ça le problème. Je ne sais pas.
- Et Moe ?
- Comment ça Moe, demande incertaine Melina.
- Qu'est-ce que tu penses d'elle ?
- Je ne la vois pas, répond-elle les yeux dans le vague.
- Je ne comprends pas. Qu'est-ce que tu veux dire par : "je ne la vois pas" ?
- Si je te prends, par exemple, tu es devant moi donc j'ai conscience que tu existes. Mais comme je suis une faucheuse, je vois plus. C'est comme si j'avais une fiche récapitulative sur chaque personne. Evidemment, ce ne sont pas des informations réelles, ce sont juste des choses que je sais, c'est comme ça, c'est tout. Au début, c'était seulement ce qui concernait la mort mais au fur et à mesure, les choses ont évolué me permettant d'avoir une vue d'ensemble quasi parfaite sur n'importe quel individu.
- Donc le fait que tu ne vois pas Moe veut dire...
- J'y ai beaucoup réfléchi. Il y a selon moi trois options. Un, elle est protégée, mais je n'ai jamais été complètement rejeté de la sorte, je ne vois pas qui pourrait faire quelque chose d'aussi énorme peut-être Man-Wol. Ces inscriptions sur le dos de ses mains, elle secoue la tête, je n'ai jamais eu affaire à quelque chose de tel. Deuxième option, elle a trouvé un moyen inédit d'échapper aux yeux de la Mort. Ce qui est hautement improbable. J'ai un mal fou à voir les immortels, mais en forçant je parviens à déceler quelque chose. J'ai réussi à percer à jour mon père, alors qu'il est la Mort avec un grand M. Et, troisième option...
- Troisième option, je l'incite à continuer après un silence un peu trop long.
- Moe, Moëilla, Moëilla-mathemba, elle récite avec une certaine absence, n'existe tout simplement pas. Elle serait juste déjà morte. Mais le seul problème c'est qu'exister et être en vie n'est pas exactement la même chose.
Je ne suis pas certaine de comprendre cette troisième option. Je fixe le profil de Melina, je la vois froncer les sourcils et réfléchir profondément. Elle soupire sur la longueur avant de reprendre :
- Peut-être que nous devrions arrêter de nous poser des questions sur Moe. Je crois, elle passe une main dans ses cheveux, il est possible que ce soit le seul être capable de tuer mon père.
J'écarquille les yeux au possible à cette annonce en me demandant si elle est sérieuse. A bien l'observer, Moe ne paraît pas si puissante, ni particulièrement impressionnante. Elle ne semble pas beaucoup plus âgée que Little One ou moi. Qu'est-ce qui peut bien faire croire à Melina qu'elle aurait la capacité d'en finir avec l'ancien Dieu de la Mort ? C'est vrai, elle est rapide. Nous avons tous pu le constater quand elle s'est interposée entre la lame de Man-Wol et Raven, mais la vitesse suffit-elle ? Y aurait-il autre chose ?
Je m'apprête à l'interroger un peu plus sur cette dernière annonce quand je distingue subitement ses traits changer, son teint pâle se ternit et ses iris pastels se figent. Je n'ai pas besoin qu'elle dise quoi que ce soit. Je sais que quelque chose ne va pas. Je m'assure immédiatement que son cœur ne soit pas en détresse, je le sais encore fragile. Une fois rassuré sur ce point, j'analyse un peu plus précisément ses réactions. Je pense à Scarlet et je me sens horriblement frustrée de ne pas avoir de lien avec elle, nous ne faisons pas partie de la même meute donc, je ne peux pas l'atteindre pour m'assurer de son bien-être.
Et puis, pour la seconde fois en très peu de temps, une porte claque. Je me retourne et lève les yeux vers l'étage. Ma première pensée est que Morgane a fini par être renvoyée avec violence de la chambre de Raven et Anya par cette dernière. Mais très vite des pas rapides, je dirais même affolés, descendent les escaliers. Il n'y a pas une mais deux personnes. Je me lève en comprenant qu'il s'agit de Lexa et Clarke. Serait-il possible qu'il y ait un danger qui m'échappe ? Je redouble d'attention et me prépare à me transformer en cas de besoin. Je dévie le regarde pas plus d'une seconde pour tenter d'interroger silencieusement Melina sur la situation mais elle n'est plus là.
Soudain, je le perçois comme une bombe à retardement, ce qui a fait perdre son éclat à Melina, fait dévaler les escaliers à mes mère, tout implose en une compréhension lugubre. Je ne sens presque plus la présence de Thomas. Il s'efface. J'en ai l'estomac retourné alors qu'une forte nausée titille mes lèvres, mes jambes chancellent et mon cœur s'emballe alors que les larmes s'accumulent dans mes yeux. Je suis complètement paralysée alors que j'ai la sensation que tout autour de moi va à mille à l'heure.
Non. Voilà, la première pensée cohérente que je parviens à formuler dans mon esprit étourdi par l'anéantissement de la réalité. Non ! Je hurle intérieurement. Je refuse de perdre mon frère. Ce n'est pas possible ! NON ! Je supplie alors que des larmes dévalent sans contrôle mes joues. J'ai envie de courir, de détaler à toute vitesse, de fendre l'air mais... je reste là. Figée. Incertaine. Pétrifiée. Anéantie.
Subitement mon corps immobilisé par la terrible réalité se retrouve protégé par des bras fort. C'est seulement à ce moment que je réalise que ma tristesse n'est en rien silencieuse, je sanglote et renifle. Mes respirations sont saccadées. Brusquement la statue que j'étais devenue s'écaille et je suis secouée par des tremblements incontrôlables. L'étreinte s'accentue, d'un geste incertain, tressaillant, je viens m'accrocher fermement au pull en émail que porte la personne à l'origine de cette accolade si rassurante. C'est quasiment imperceptible mais je parviens à légèrement me calmer, assez du moins pour assimiler qu'il s'agit de Yitzhaak.
C'est alors qu'une lumière bleue, très claire, irradie l'environnement. Je plisse mes paupières à leur paroxysme pour ne pas voir cette intensité céruléenne. Je déteste vraiment cet éclat azur. Je ne sais que trop ce qu'il signifie.
Je me force à relever les cils, cette lueur d'un cyan délavé me rend complètement malade. Je ne veux pas que l'horreur qu'il signale se produise. En réalité, c'est certainement déjà trop tard. Simplement avec cette pensée, je finis par me reprendre. Je m'éloigne non sans trembloter. Je garde un certain appuie sur le torse de Yitzhaak. J'ai la désagréable sensation qu'un seul faux pas, même un coup de vent trop fort me ferait m'effondrer.
Little One... je dois la rejoindre. Je fais partie des rares personnes à savoir comment la gérer quand elle perd un pétale. Mes larmes redoublent d'intensité. Je suis maintenant la seule personne. Les autres sont perdus dans un futur qui n'a plus aucune existence et Thomas... Thomas...
- Madi, souffle avec une douceur infinie Yitzhaak en cherchant à me rapprocher. Je suis tellement désolé.
- Que se passe-t-il, je reconnais la voix de Morgane, sommes-nous attaqués ?
- Rien à voir, répond un peu plus fort mon seul rempart, c'est Thomas, il...
Je m'éloigne brusquement. Je manque de tomber en arrière, mais je ne m'en soucie pas. Je me contente de plaquer fermement mes mains sur mes oreilles pour ne surtout pas entendre la suite. Je ne veux - peux - pas le croire. C'est inconcevable ! Je cherche à toute vitesse un moyen d'échapper à cette réalité. Si je ne peux pas l'entendre, je peux encore me mentir un peu. Pourquoi est-ce que tous les animaux avec ou sans oreille entendent aussi bien ? La meilleure solution serait de me changer en reptile, ces derniers ne font que percevoir les vibrations, il ne saisisse pas à proprement parler les sons.
Mais je ne peux pas agir de la sorte. Je n'ai pas le droit de me replier sur moi-même. Il est absolument hors de question que je m'apitoie sur mon sort. Parce qu'il y a au moins une autre personne qui souffre autant voire même plus de cette situation.
Little One... il faut que je la rejoigne. Quoi qu'il m'en coûte... je ne la laisserai pas affronter seule ce qui est ce déroule en ce moment.
C'est sans plus réfléchir, alors même que Yitzhaak venait tout juste de déposer sa main gauche sur mon bras que je me mets à courir à une vitesse folle. Je n'espère pas atteindre Thomas, pour lui... il est déjà trop tard. Mais Scarlet... Scarlet a besoin de moi. Pour elle, je ne vais pas m'effondrer. Pour elle, je vais tenir le coup. Parce que pour elle, il n'y a plus que moi.
En arrivant devant la chambre de la rousse, je ne suis pas étonnée de trouver Aiden devant la porte close. Il se tourne vers moi avec un air désolé. Il s'apprête à prendre la parole mais en un regard, je le décourage. Je m'avance. Je pourrai croire que je vais m'effondrer à chaque pas. Je lui demande ou plutôt sanglote d'une façon ridicule de s'écarter, de nous laisser seules. Sans un mot, il s'exécute. J'appose ma main sur la planche de bois qui me sépare de Little One. J'inspire profondément, tentant de me calmer, mais je me contente de hoqueter, ma respiration s'effrite entre l'essoufflement créé par ma course et les sanglots intarissables.
Il n'y avait que Thomas et Anya qui savaient quoi dire. Je ne faisais qu'assister à ces moments privilégiés de complicité. Je ne saurais quoi murmurer pour la rassurer, encore moins quoi faire. Je ne me suis jamais vraiment soucié de ce genre de choses parce que jusqu'à récemment, Little One ne me laissait pas approcher suffisamment et il y avait toujours Thomas. Mais voilà les choses ont changées. Il m'arrive d'aborder des sujets avec Scarlet que je n'oserais jamais évoquer avec d'autres et je pense que la réciproque est vraie. Nous sommes une famille. Je peux peut-être... non, je sais que je peux l'aider.
- Little One, je peine à prononcer.
Je suis complètement prise au dépourvue quand, contre toute attente, Scarlet ouvre brusquement la porte, m'obligeant à faire quelques pas en arrière pour retrouver l'équilibre. J'ai à peine le temps de voir les ravages qu'ont produit les larmes sur son visage que pour la deuxième fois en très peu de temps, je me retrouve à partager une étreinte. Je ferme lentement les yeux en comprenant que je n'ai rien à dire. Nous sommes tout simplement toutes les deux dans le même état lamentable. Nous n'attendons rien en particulier, juste la présence rassurante de l'autre. Ses bras frissonnent contre ma nuque et pourtant, elle m'agrippe avec une telle force que je plaindrais celui ou celle qui oserait vouloir nous séparer. Je place lentement mes bras dans son dos, je ne la serre pas. Je me contente d'essayer de la rassurer en passant ma main droite le long de sa colonne vertébrale.
- Je suis là, je murmure tout bas.
Scarlet se crispe. Je sais que mes mots n'ont rien à voir avec sa réaction, même avec mes paupières closes, je distingue l'intensité de la lumière bleutée s'accentuer. Elle meurt avec lui. C'est la malédiction de la rose. La magie a toujours un prix, j'ai toujours trouvé le sien trop élevé. Vivre grâce à ceux qu'elle aime, à leur battement de cœurs, pour s'éteindre en même temps qu'eux avec leur souffrance pour s'éveiller une fois le pétale arraché et finalement survivre avec ceux qu'il reste.
Le corps de la rousse s'effondre complètement dans mes bras. Il n'y a plus aucune vie en elle. Je peine à nous maintenir debout toutes les deux alors avec lenteur, j'avance jusqu'à ce que son dos rejoigne le mur. Je la laisse glisser, la plaçant dans une position qui ferait croire à n'importe qui qu'elle est simplement assoupie. Je m'installe près d'elle et vient apposer doucement sa tête sur mon épaule. C'est fini. Thomas est... Mes yeux se remplissent à nouveau de larmes, rendant mon environnement terriblement flou. Je tourne la tête vers Scarlet au milieu de cette image dégradée par ma tristesse, je distingue quelques mèches de cheveux qui barrent son visage, je les coince alors lentement derrière son oreille. Son visage ressemble à celui d'une poupée. Il n'y a plus aucune trace de vie. Thomas est mort.
Je sais qu'il faut un certain temps à Little One pour revenir après une mort. Au moins, celle-ci n'a pas été violente comme d'autres. Je ne sais pas exactement combien de minutes il s'est écoulé depuis qu'elle s'est effondrée, peut-être plusieurs heures à bien y réfléchir. Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas.
J'entends l'escalier craqueler. Je réagis à peine. Je suis trop fatigué émotionnellement pour ne serait-ce qu'envisager vouloir bouger d'ici. De toute façon, je ne laisserais pas Little One seule. Elle a besoin de moi. Je ne peux pas l'abandonner. Et, je suis certaine qu'ici, nous sommes en sécurité, personne ne s'en prendra à nous.
- Madi, je perçois le soulagement dans la voix d'Anya, personne ne savait où tu étais, je relève les yeux, il était évident que je ne pouvais être nulle part hormis ici, tu vas bien ?
- Je ne suis pas morte, je tranche quelque peu amère, contrairement aux deux personnes auxquelles je tiens le plus dans ce monde.
- Je peux, elle semble hésitante, je ne crois pas avoir déjà vu Anya incertaine avant cet instant, rester, jusqu'à ce que Scar se réveille ?
- Tu es son alpha, tu n'as pas besoin de demander l'autorisation.
- Madi, elle prononce avec une telle délicatesse, tu as, j'entends encore l'incertitude dans sa voix, besoin de voir Lexa ?
- Lexa est occupée, j'élude. Elle souffre, elle aussi.
- Clarke alors ?
- Je vais bien, je sanglote en évitant son regard. Jamie est... elle aussi, n'est-ce pas ?
- Pas encore, mais nous doutons qu'elle puisse survivre à l'empreinte. Rae est avec elle.
- La magie ne la sauvera pas, ma lucidité me fait presque horreur, et survivre à une empreinte n'est vraiment pas enviable, il n'y a qu'à voir comment souffre Aiden, je relève mon regard nappé de larmes, ce monde n'est pas assez injuste et horrible pour infliger cette épreuve à Jamie.
- Madi, tu es certaine que ça va aller ?
- Comment va la petite Scarlet ?
- Elle n'a pas du tout été affectée.
- C'est plutôt logique, ce n'était pas son Thomas. C'est une bonne chose. Elle est trop jeune pour connaitre une telle douleur.
- Madi, insiste Anya en s'asseyant au bord des marches, la main gauche sur son ventre qui commence légèrement à s'arrondir, pour qui est attentif, est-ce que ça va aller ?
Je ne réponds pas. Je ne veux pas lui manquer de respect. Seulement, je ne sais tout simplement pas quoi répondre. Je n'aurai jamais cru qu'une question aussi simple me poserait autant de problème. Je me sentirais déjà bien plus rassurée, quand Little One se réveillera. Je n'avais pas souvenir que c'était aussi long. Peut-être tout simplement parce que ça ne l'était pas. Je me demande si c'est normal et si ça va aller.
Si ça va aller...
- Je ne sais pas, je murmure.
- Tu ne devrais pas rester seule.
- Je ne suis pas seule, Little One est là et, je relève les yeux, toi aussi.
- Tu sais ce que je veux dire, répond-elle avec une grimace avant de prendre une forte inspiration, tu devrais être avec Lexa.
- Je ne suis pas un loup Anya. Qu'est-ce qui t'arrive ?
- Des foutues nausées, elle appuie sa tête contre la rambarde des escaliers, je vais juste respirer calmement et elles vont passer et puis, je n'ai rien à rendre. Je n'ai pas encore mangé. Toi non plus je suppose, elle reporte son attention sur moi, tu as déjà sauté le dîner. Tu devrais avaler quelque chose pour le petit-déjeuner.
- C'est déjà le matin, je demande paniquée en tournant mes yeux vers Scarlet, elle ne devrait pas mettre autant de temps à se réveiller !
- Tiens, elle me lance quelque chose que je peine à rattraper, mange un peu. Si tu t'effondres quand Scar se réveillera, elle t'en voudra. C'est des spéculoos, j'ai aussi deux clémentines, des cookies et une sucette à la fraise.
- Je n'ai pas faim.
- Mange ! Je suis très sérieuse Madi. Tu t'affaiblis à vue d'œil et Scar puise aussi sa force en toi. Elle a besoin que tu ailles bien.
- Où est Melina ? C'est d'elle dont Little One a vraiment besoin.
- Elle est restée avec Jamie pour, elle fronce les sourcils, l'accompagner. J'ai cru comprendre qu'elle n'aimait pas du tout jouer ce rôle, mais elle a crié haut et fort qu'il était hors de question qu'ils tombent entre les mains de son père. Emily s'est proposée, mais Melina a dit que c'était à elle de le faire. Je crois que c'est sa manière d'être présente pour Scar, en les aidant eux, elle l'aide aussi.
- Tu penses, je réfléchis, que si Little One ne se réveille pas c'est parce que Jamie est toujours en vie ?
- Une part de Thomas vit toujours en elle. C'est une possibilité. Mais je ne suis pas l'experte en... Oh purée ! Elle grimace à nouveau, place sa main sur ses lèvres, ferme les yeux avant de finir sa phrase. En magie.
Je l'observe un peu plus attentivement. Je ne l'avais jamais vu dans cet état, paraître aussi faible. En même temps, ce n'est pas comme si j'avais déjà eu l'occasion de la voir enceinte. Je me rends subitement compte à quel point Anya a confiance en moi et pas seulement elle, mais aussi son loup. Il ne faut pas oublier que c'est un alpha, je ne sais que trop bien à quel point ces derniers ont tendance à se replier sur eux même quand ils ont un problème.
- Tu ne manges toujours pas, constate-t-elle.
- Hum, je murmure en ouvrant le paquet de gâteau, tu es malade depuis longtemps à cause de ta grossesse ? Je demande en grignotant plus qu'en mangeant.
- Je préfèrerais éviter le sujet. Je dois avouer que ça m'agace à un point inimaginable.
- Je me dis que tu es certainement bien moins désagréable que ce que Raven pourrait être, je souris doucement en imaginant la sorcière dans cette situation.
- Ne parle pas de malheur ! Je sais qu'elle serait insupportable et encore le mot est faible ! Qu'est-ce qui est pire que l'insupportable ? Invivable ? Non, ce n'est pas encore assez fort comme terme.
- Merci Anya, je ris tout doucement presque timidement.
- Oh ! Mais j'étais très sérieuse, je ne cherchais pas à te réconforter.
- Je n'en crois pas un mot même s'il est évident que dans ta situation Rae serait : intenable, irritante et terriblement fatigante.
- Tu sais que dans une autre situation, je te frapperais pour avoir tenu de tels propos sur ma femme ?
- Je n'en doute pas.
- Même si, elle soupire, tout est vrai. Mais ça, elle ne doit jamais le savoir.
- Jamais, évidemment.
Le silence retombe et je me rends compte que j'ai finalement englouti les six gâteaux du paquet. Je croise le regard d'Anya qui me sourit et je comprends parfaitement son silence : bien mieux. Nous ne parlons plus, moi caressant les cheveux de Little One, elle en se dandinant pour trouver une position où elle serait plus à l'aise.
Alors que je commence presque à m'endormir, épuisée émotionnellement parlant, j'entends la porte d'entrée s'ouvrir. Je sursaute légèrement et retiens la tête de Scarlet qui allait tomber en avant. Un pas de course s'élance dans les escaliers et avant même de la voir de mes yeux, je reconnais sans le moindre mal Melina. Elle ne s'arrête qu'une fois accroupie devant celle qu'elle aime. Je réalise que si elle est ici, c'est que Jamie n'a plus besoin d'elle. Elle aussi, elle est morte. Le regard de la faucheuse revient vers moi et elle demande les yeux remplie de larmes et la voix nouée :
- Comment elle va ?
- Je ne sais pas, je réponds honnêtement, elle ne s'est pas réveillée. Jamie, j'interroge tout doucement.
- Elle ne voulait pas que je l'aide à rester alors je l'ai accompagnée pour partir.
- Tu as été aux Enfers ?
- Oui, répond-elle la mine sombre.
- Melina, j'insiste.
- Les Enfers sont vastes. Je n'ai croisé personne d'indésirable. Ni mon père, ni Jeda, ni aucune de mes sœurs.
- Et Man-Wol, j'appuie en comprenant que si elle ne l'a pas citée, ce n'est pas anodin, qu'en est-il d'elle ?
- La deuxième fois, elle m'attendait.
- Melina, j'explose en même temps qu'Anya.
- Qu'est-ce qu'elle a encore fait l'emmerdeuse, demande Raven en arrivant à son tour au second étage.
- Rien du tout, se défend la principale concernée, et puis, elle soupire, elle est différente des autres fois.
- Comment ça, laisse traîner Anya, différente ?
- De qui on parle exactement ? Demande sa sorcière.
- Man-Wol, je réponds.
- Et bien, je sens une sorte de panique émaner de Raven, quoi Man-Wol ?
- Elle attendait Melina aux Enfers à son deuxième passage, explique sa femme.
- Il ne s'est rien passé, insiste Melina, elle s'est contentée de rester debout devant moi, à me fixer. Elle n'a rien dit ou fait. D'ailleurs, un petit silence suit ce mot, elle semble réfléchir, qui a dit qu'elle s'appelait Man-Wol ? Parce que ce n'est pas son prénom.
- Mon père, l'informe Raven, c'est mon père qui nous a dit qu'elle s'appelait Man-Wol.
- Étrange.
- Qu'est-ce que tu as vu, je demande en me souvenant de notre dernière conversation.
- Autre chose, répond-elle vaguement, mais une chose est certaine, son lien avec Moe est encore plus fort que celui qui existe entre vous deux, peut-être parce qu'elles se connaissent depuis plus longtemps.
- Des Sálbrot ?Interroge Raven. Si c'est vraiment le cas, comment Moëilla peut-elle supporter d'être ici avec nous ? Et pourquoi s'est-elle jetée sur sa lame quand Man-Wol a voulu me tuer ? Ou même pour quelle raison est-ce qu'elle ne passe pas chaque seconde de sa vie à chercher à la retrouver ? Moi si j'avais ce genre de problème avec Anya, je remuerais ciel et terre ! Littéralement !
- Oh, sourit l'alpha, tu es un amour.
- Mais c'est vrai ! Pas toi peut-être ?
- Je me trompe peut-être, souligne Melina, comme je le disais à Madi, je ne vois pas Moe. Peut-être que cette lacune m'affecte dans la lecture de ce qu'est ou non Man-Wol.
-Depuis quand est-ce que tu fais des erreurs, je demande, toi ?
- J'en fais Madi, tout le temps mais j'agis en conséquence pour éviter que ça s'aggrave.
- Et c'est parce que tu fais des erreurs, je poursuis, que tu es parvenue à détruire l'immortalité des Dieux ?
- Il m'a fallu plus de 500 ans pour arriver à ce résultat. J'ai fait des erreurs, s'acharne-t-elle, sans quoi ça n'aurait pas été aussi long.
Je considère son point de vue, à dire la vérité, je n'y avais jamais réfléchi sous cet angle. Puis je réalise, que de toute façon, je suis beaucoup trop fatiguée émotionnellement pour véritablement considérer ce genre de chose. Je soupire et le silence nous entoure à nouveau. Je ne réalise pas immédiatement que je me suis remise à pleurer. C'est quand Raven s'approche de moi et qu'elle me tend un mouchoir avec un sourire compatissant et des encouragements que j'en prends conscience.
Je me sens tellement perdue et seule. Je ressens un tel vide. Thomas c'était... toute ma vie. Clarke et Lexa nous ont adopté au même moment, nous avons grandi ensemble, évolués grâce à l'autre, nous nous sommes reconstruits en nous appuyant sur l'autre. Je n'arrive pas à croire qu'il soit mort par orgueil, à cause d'une blessure passée qu'il refusait de fermer. Je lui avais pourtant demandé d'arrêter. Je l'ai même supplié pour qu'il s'éloigne d'Octavie. Mais il ne m'a pas écouté. Je pensais que j'étais assez pour lui.
Ce n'était pas le cas.
Je lui en veux. Je suis tellement en colère contre lui. Je serre les poings. Il m'a abandonné et il l'a fait consciemment. A partir du moment où il a rejeté mon aide et m'a demandé de laisser tomber sa vendetta, il n'avait plus aucune considération pour moi. Il n'y avait plus que la vengeance. Un poison terriblement mortel.
Je n'étais pas assez.
J'avais prévu de lui hurler dessus à son réveil, peut-être même de le frapper. Qu'est-ce qui me reste maintenant ? Une colère qui comme de la corrosion va me dévorer tout entière. Je gère mal les sentiments négatifs. Je ne sais pas comment je vais réussir à surmonter toute cette douleur. Non, pas douleur... rancœur.
Je ne suis pas triste. Je suis furieuse !
Parce que je n'étais pas assez. Il ne m'a pas laissé une seule chance. Il exigeait toujours que Scarlet comme moi, nous nous contrôlions. Lorsque nous étions sur le point d'imploser, nous devions aller le voir. Il était toujours là. Mais la seule fois où il avait besoin de nous, il a refusé notre aide. Comment je suis censée vivre avec ce constat ? Qu'est-ce que j'étais exactement pour lui ?
Pas assez, c'est certain.
- Madi, intervient Melina, je crois d'abord qu'elle a senti toute ma morosité, je crois qu'Éleusis se réveille.
Aussitôt, je rejette tout ma rage et je me concentre sur l'autre personne que mon idiot de frère à tout simplement abandonné pour une vendetta complètement inutile. Sans surprise, Octavia est encore debout. Je me redresse légèrement mais en prenant garde de ne pas éloigner la tête de la rousse de mon épaule avec surprise, je vois Melina prendre délicatement le visage de Little One entre ses mains. Elle reste toujours très frileuse à l'idée de toucher qui que ce soit, encore plus Scar.
C'est seulement à ce moment, en voyant son regard que je comprends à quel point la situation l'inquiétait. Elle n'a pourtant rien dit ou laissé paraître. Je n'arrive pas à croire qu'elle ait pu me berner de la sorte. Et alors que les paupières de Scarlet commencent à tressauter, je décèle une infinie tristesse dans les iris pastels de Melina. Elle souffre, bien plus qu'elle ne le montre. Je n'ai aucun doute, c'est la distance que leur impose Little One qui la brise à l'intérieur. Dans ce cas, pour quelle raison ne dit-elle rien ? Pourquoi la laisse-t-elle se renfermer de la sorte ?
- Hey, murmure-t-elle à la seconde même où Scar ouvre les yeux, nous sommes tous là pour toi, sa voix est si douce, ses gestes paraissent tellement attentionnés alors que ses pouces caressent ses joues, je suis tellement désolée Éleusis. Je pensais être capable d'éloigner la mort plus longtemps et même définitivement. Je n'ai pas été assez forte.
- Tu es allée là-bas, les larmes dévalent des yeux de Little One, je t'ai vu, sentie avec lui.
- Je ne pouvais pas laisser ton frère entre les mains de mon père ou de l'une de mes sœurs, il aurait souffert.
- Merci, elle vient prendre Melina dans ses bras et sanglote bruyamment.
La faucheuse s'est complètement figée, elle n'ose plus bouger et certainement de peur que son pouvoir mortel ne lui échappe. J'échange un regard avec elle pour être certaine qu'elle est capable de gérer la situation. Quand elle me confirme silencieusement qu'elle ne va pas perdre le contrôle, je m'approche et passe délicatement ma main droite dans les cheveux de Little One.
Je réalise un peu à retardement que je n'ai pas pris le temps de remercier Melina quand j'ai compris qu'elle avait accompagné Thomas et Jamie aux Enfers. J'avais complètement oublié à quel point cette épreuve pouvait être éprouvante pour elle. Je me suis contentée de la sermonner parce qu'encore une fois, elle s'est mise en danger. Mais cette fois, c'était différent. Elle l'a fait par amour, pour Scarlet évidemment mais aussi pour mon frère et Jamie. Elle ne voulait pas qu'ils souffrent plus.
- Merci, je répète donc à retardement, merci d'être allée aux Enfers pour eux.
- C'est normal, assure-t-elle.
- C'est la famille, je conclue à sa place.
- Exactement. Ça va aller Éleusis ? Anya est là si tu veux.
- Je crois que ce qu'elle veut, je reprends alors qu'elle ne répond pas se contentant de pleurer silencieusement, c'est surtout rester avec toi.
- Mais elle ne me parle plus depuis presque un mois.
- Reste avec elle, je me lève, si tu la laisses seule, tu auras affaire à moi. Tu t'es déjà faite écrabouiller par un éléphant, dévorée par un alligator ou chargée par un hippopotame ?
- Pourquoi tu me menaces ? S'inquiète-t-elle, je n'ai rien fait du tout.
- Simplement pour que tu restes avec elle, même si elle ne te parle pas. Little One a besoin de toi.
- Je suis d'accord, me soutient Anya. Rester un peu toutes les deux. En cas de besoin Rae et moi ne serons pas loin.
- Madi, Melina essaye de me retenir, tu ne peux pas rester seule. Thomas était ton frère.
- Je ne serais pas seule, j'assure en souriant. Prends soin d'elle, je lui demande en embrassant les cheveux roux de Little One, je reviendrai un peu plus tard. Parlez. Vous en avez besoin.
Je descends les escaliers et soupire sur la longueur en franchissant la dernière marche. Je ferme les paupières. J'ai du mal à assimiler tous ses ressentiments que je ressens. J'essaye du mieux que je peux de chasser tout cette révolte intérieure. Je préférais m'effondrer de tristesse comme Scarlet, mais je suis beaucoup trop en colère.
Je passe la porte. L'air froid me remet un peu les idées en place, mais je sens toujours la rage bouillonner en moi. Je ne me souviens pas avoir un jour ressenti un tel emportement. Pourtant, j'en ai des gens à détester, un tas à vrai dire. Mais cette fois, ce n'est pas pareil. Parce que la personne qui m'a blessé était plus importante que n'importe qui à mes yeux. Et je ne peux même pas lui dire ce que je ressens parce qu'il est mort.
Qu'est-ce que je peux bien faire de toute fureur maintenant ? A part peut-être pleurer ou alors frapper quelque chose ou quelqu'un jusqu'à ce que je le détruise entièrement. Pendant un instant, je pense à aller voir Octavia dans sa cage et à lui faire des choses qui ne me permettaient plus de me regarder dans la glace. Mais je rejette rapidement cette idée. Ce n'est pas moi. Je ne suis pas comme ça. Je ne laisse pas un déchainement aussi négatif s'emparer de moi.
- Madi, je sursaute en entendant Anya m'appeler, tu ne dois pas rester seule.
- J'en ai pas l'intention.
- Tu veux que je t'accompagne jusqu'à Lexa.
- A cet instant, mes larmes dévalent sans contrôle, elle n'est pas ma Lexa et elle ne suffira pas. Exactement comme je n'ai pas suffi à Thomas, je serre les poings, mon cœur me fait si mal, je ne veux pas voir Lexa parce que je refuse d'avoir ce genre de regard sur elle. Elle est ma mère, une des personnes les plus importantes de ma vie. Je refuse d'être indignée contre elle, simplement parce qu'à mes yeux aujourd'hui, elle n'est pas elle et que ça fait un mal de chien !
- Madi, souffle Anya en s'approchant.
- Je vais bien, je hurle en reculant alors qu'elle s'apprêtait à poser sa main sur mon bras. Je ne veux pas de cette compassion. Je ne suis même pas triste.
- Je l'ai remarqué, m'assure la sœur de cœur de ma mère, tu es folle de rage. Ce n'est pas mieux Madi.
- C'est même pire, je confirme. Comment je suis censée faire mon deuil alors qu'à cet instant je le déteste ?
- La colère va passer, tente-t-elle avec douceur.
- J'en doute, pas cette fois !
- C'est pour cette raison, comment elle fait pour être aussi calme alors que je lui hurle dessus, que tu ne dois pas rester seule. Tu as besoin d'être entouré, peut-être plus que Scar.
- Pas plus que Scar, je secoue la tête de droite à gauche. Vous n'avez pas conscience d'à quel point nous avons déjà perdu. Je peux le supporter. J'ai vécu pire, mais pas Little One. Il ne lui restait que Thomas parce que tu n'es plus là, comme pour Lexa, tu ne lui suffis pas, tu étais sa mère, j'essuie mes larmes, et celle que tu étais pour elle, n'existe tout simplement plus. Qu'importe le nombre d'efforts ou d'attentions que tu pourrais faire, tu ne seras jamais elle. Parce que dans le futur, il n'y avait que toi et elle. Personne d'autre.
- Madi, elle tente de me retenir alors que je m'éloigne.
- Je ne resterai pas seule.
Je suis rassurée en réalisant qu'elle ne me suit pas. Je n'aurais pas dû lui dire toutes ces choses. C'était horrible et ça ne me ressemblait pas. Mais la rage est un monstre et pour le coup, je n'ai pas su le contrôler. Il faut que je trouve un moyen, n'importe lequel pour étouffer cette violence qui sommeille en moi. Il est évidemment hors de question que je devienne une meurtrière alors je dois à tout prix éviter de rejoindre Octavia. Quelque chose me dit que si je le faisais je n'arriverai pas à me retenir.
Alors, je n'ai qu'une seule autre chose à faire.
Je m'arrête juste devant une toute petite maison en bois. Je ne cherche même pas à entrer ou à aller frapper à la porte. Je reste juste plantée là. Et comme je m'y attendais, il apparaît comme par magie. Il me sourit, mes larmes en deviennent plus abondantes. Il s'approche lentement, sans aucun mouvement brusque ou hostile. Il sait. Il sait pertinemment ce que je suis : soit un animal effrayé en boule, soit un déchaîné qui montre les dents. Il s'arrête à une distance tout à fait respectable, penche légèrement la tête sur le côté et tout doucement il me tend la main en me demandant :
- Tu veux aller quelque part ?
- N'importe où sauf ici Yitzhaak.
- J'ai un tas d'endroits comme celui-ci, sourit-il.
Je glisse ma main dans la sienne. Il s'approche un peu plus. J'ai la sensation de respirer normalement pour la première fois depuis une éternité. Il dépose ses lèvres sur mon front. Je ferme les yeux. Il prononce des mots que je ne comprends pas. Je n'essaye même pas de les assimiler. Il me rend si sereine. Je suis certaine que dans peu de temps, il m'agacera de nouveau. Mais pour le moment j'ai besoin de lui.
Simplement de lui.
D'Yitzhaak.
Un nouveau chapitre se termine. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! Des suppositions pour la suite ? J'ai hâte de connaître vos réactions. J'ai eu tellement de mal à écrire ce chapitre, je pleurais en écrivant, c'était tellement dur. Pauvre Madi...
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre !
GeekGirlG
