Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !
Quelque mot sur ce chapitre : Alors, après le chapitre de la semaine dernière riche en informations, un petit tour dans le futur, on revient bien s'ancrer dans le présent. Quels vont être les conséquence de la Raven du futur et surtout de la "bombe" qu'elle a laisser derrière elle : Anya va mourir.
Les personnages de la série The 100 ne m'appartient pas, seule l'histoire est à moi.
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 4 : Injustice des têtes coupées
How do we, how do we not fade...
Comment faisons-nous, comment faisons-nous pour ne pas nous effacer
How do we, how do we, how do we not fade away
Comment faisons-nous, comment faisons-nous, comment faisons-nous pour pas disparaître
How do we, how do we, ooooh
Comment faisons-nous, comment faisons-nous
LP – Intro The Wild
Chapitre 73 : Persister
Injustice. Elle avait énormément pensé à ce mot pour essayer de le comprendre. Elle l'avait étudié sous toutes les coutures. Parce que dès qu'une personne qui tenait à elle parlait de son passé, celle-ci hurlait ce terme avec véhémence. Pourtant, elle avait beau se le répéter encore et encore, il n'y avait rien à faire. Elle ne parvenait pas à concevoir que toutes ces horribles choses qui lui était arriver depuis l'enfance s'apparente à quelque chose d'aussi simple à résumer en un seul mot que celui qu'est : Injustice.
Et puis, il n'y avait pas eu que la tristesse et le malheur mais aussi l'amour qui à ses yeux était bien plus important que tout le reste. Elle ne changerait rien de son abominable passé pour la simple et bonne raison qu'il était inconcevable pour elle de renoncer à tout cette amour, d'abord celui d'un mentor, puis celui d'une mère et enfin le sien. Celui qu'elle avait fini par être capable d'offrir. Elle était parvenue à donner son cœur et peut-être que ceci était la véritable forme de l'injustice parce qu'au fond qui lui garantissait que son palpitant reviendrait indemne ?
Je me réveille en sursaut avant de soupirer en réalisant que j'ai seulement encore fait le même rêve étrange et que je suis en sécurité dans la chambre de Scarlet. Je referme les paupières en essayant de comprendre la signification de ces images qui me viennent chaque nuit depuis quelque temps. Un soupire m'échappe entre les insomnies de la rousse et mes songes de plus en plus violent, nous sommes épuisées. Depuis la mort de Thomas et de Jamie, notre lien s'est renforcé et s'il devrait l'aider à se sentir un peu mieux, il ne semble que plus nous affaiblir.
Je tourne la tête vers elle en remarquant qu'elle respire calmement. Je me redresse juste un peu pour constater qu'elle s'est finalement endormie. Je m'en veux un peu de m'être laisser sombrer avant elle mais encore une fois, je suis exténuée. Je me frotte les yeux en me redressant et en m'asseyant au bord du lit. Je passe ma main droite sur ma nuque pour la délier un peu avant de laisser glisser lentement mes doigts sur l'énorme cicatrice qu'à laisser l'épée de mon père sur ma peau.
Je grimace légèrement, la douleur est toujours présente. Quand j'entends Éleusis gémir et s'agiter, j'arrête immédiatement d'examiner ma blessure. Je m'installe en tailleur et je ne la quitte pas des yeux. J'observe ses longs cheveux ondulés se disperser dans tous les sens sur l'oreiller et les draps avec un sourire en coin. Je la trouve tellement jolie et pour la première fois depuis un très long moment, elle semble paisible.
Je m'approche assez pour embrasser doucement son front avant de sortir du lit. Je vais profiter de cette accalmie pour aller manger un bout, je ne saurai même pas dire quand j'ai pris le temps d'avaler un truc pour la dernière fois. Je sors de la chambre le plus discrètement possible. La maison est calme, d'une façon presque effrayante. D'une certaine manière, il n'y a plus que nous deux qui y vivons. Bastian a disparu durant la bataille, je lui fais confiance pour ne pas être mort, il va surement réapparait au moment le moins opportun. Aiden ne rentre plus depuis la mort de Thomas et Jamie, j'en ignore la raison et en toute honnêteté je m'en fiche un peu. En revanche, je suis inquiète pour Madi qui fait des sauts ici de temps en temps, ou même dans la maison principale que ce partage Anya, Raven, Lexa et Clarke mais elle se volatile beaucoup. Je pense même qu'elle nous évite. Et, j'en ignore la raison.
Au rez-de-chaussée, le parquet grince sous chacun de mes pas. Je me dirige en pilote automatique jusqu'à la cuisine. J'ouvre le frigo et j'ai un moment d'absence. Mon regard se vide comme mon esprit, il ne reste plus que la peur, une peur dévorante. Mes mains tremblent légèrement, je ne saurais l'expliquer mais depuis que mes rêves ont commencés, j'ai continuellement un mauvais présentiment qui m'assaille. Et cette terreur… je souffle sur la longueur, tout à prit de l'ampleur depuis que Clarke est revenu dans un sale état de chez les Normes.
-Qu'est-ce que tu fais l'emmerdeuse ? Tu essayes de créer un portail magique dans le frigo ?
-Madi, je sursaute en me tournant vers elle et constate qu'elle fixe le même point invisible que moi, je te retourne la question, tu as aussi le nez dans le frigo.
-J'essayais de comprendre ce qui avait tout ton attention, elle sourit. Tu es seule ? Où est Little One ?
-Elle dort, je l'informe en me redressant, enfin. Je n'ai pas eu le cœur de la réveiller et je meurs de faim. Tu as dormi ici ?
-Non, je viens d'arriver. J'avais envie de petit déjeuner avec vous deux, de prendre des nouvelles, elle ajoute en s'éloignant. Je… comment va Little One ?
-Elle ne dort clairement pas assez, je soupire en fermant le frigo après avoir récupérer le lait, et moi non plus, j'ajoute sans vraiment m'en rendre compte. Et toi, je souffle en croisant son regard, comment tu te sens en ce moment.
-Je suis un peu moins en colère, répond-elle rapidement. Pourquoi tu dors mal ? Je suis presque sûre d'avoir entendu 'ma et Abby dire que ta blessure était presque guérie. Il y a quelque chose que tu ne leurs a pas dit ?
-Physiquement, je vais bien, je confirme tout en passant une nouvelle fois mes doigts sur la cicatrice à travers le tee-shirt, et il faudrait être suicidaire pour avoir l'idée de mentir à Abby ! J'ai promis de ne plus jouer avec ma vie. Et cette fois, je compte m'y tenir.
-Alors quoi, elle insiste, tu dors mal à cause des insomnie Little One et c'est tout ?
Je m'éloigne juste le temps de me préparer un bol avec du lait, du chocolat et des céréales. Je reviens et je m'installe à la table en me massant les tempes. Je revois encore et toujours les mêmes images. Il y a une grande étendu d'eau, peut-être une rivière qui scintille de mille feux, pas à cause du soleil mais bien de ce qui se trouve au fond de son lit. Les pierres blanches qu'on y aperçoit billent d'une étrange manière. Je suis indéniablement attiré par cette singularité, j'ai simplement envie d'y plonger ma main pour récupérer une de ces petites merveilles mais à chaque fois, mes doigts ont à peine le temps de s'immerger dans l'eau qu'ils sont entourés de rouge. De sang.
-Melina, une main passe devant mes yeux, tout va bien ? Je t'ai appelé à plusieurs reprises.
-Désolée Madi.
-Qu'est-ce qu'il vient de se passer ?
-Des cauchemars, je murmure si bas que je suis incapable d'entendre ma propre voix. Je fais des cauchemars, je dis un peu plus fort. C'est pour cette raison que je ne dors pas bien.
-Quel genre de cauchemars, demande-t-elle concerné, en s'installant en face de moi. Tu en avais déjà fait avant, elle fixe mon cœur et je vois ses lèvres bouger légèrement, elle compte silencieusement les battements avec une grande attention, la fin de ta partie d'échec ?
-Pas vraiment, je soupire en portant mon bol à ma bouche. Et, je ne saurai pas décrire ce qu'il s'y passe. Si le début est semblable, le reste diffère et c'est de plus en plus violent.
-Tu en as parlé à quelqu'un ?
-Oui, je souris, à toi, elle roule des yeux, à l'instant.
-Sérieusement Melina, elle soupire. Tu devrais être plus attentive à ce genre de choses. Tu n'es pas n'importe qui. Et si ces cauchemars signifiaient quelque chose ? Si c'étaient des présages ?
J'emmène la cuillère remplie de céréales à ma bouche, mon geste se suspend et la peur s'immisce à nouveau. Elle me fait frissonner. Je ferme doucement les paupières pour tenter de mieux la contrôler. C'était une très mauvaise idée, je suis à nouveau piégé dans cette étendu d'eau devenue écarlate. Je suis parfaitement capable de sentir une poigne de fer m'agripper la cheville pour me faire basculer et m'attirer vers le fond sans que je ne puisse me débattre. Je ne me noie pas, c'est une autre sensation proche de la suffocation et puis sans explication, j'atterrit violement sur le dos. Je mets un temps fou à me redresser, mon corps est horriblement endolori et lorsque je suis enfin sur mes pieds, je découvre l'horreur.
Des corps sans vie, baignée de sang jonche le sol. Il s'agit clairement d'un massacre, encore plus violent et monstrueux que celui de mon Cercle. Au milieu de tout ces cadavres qui ont clairement été torturé il y a une petite fille d'à peine trois ans qui hurle et qui pleure. J'essaye de l'atteindre, je cours à toute vitesse mais il n'y a rien à faire, plus je me débats pour me rapprocher, plus je semble m'éloigner. J'ai envie de hurler, de faire quelque chose, n'importe quoi juste pour qu'elle cesse de regarder cet horrible tableau.
Je sens des larmes couler alors que j'arrive partiellement à me détacher de ces images. Cette enfant me touche au plus haut point. Je ne saurais l'expliquer mais c'est comme si nous étions liées sans que je ne comprenne comment. Je secoue doucement la tête, essuie les larmes sur mes joues tout en avalant enfin le contenu de ma cuillère alors que Madi prononce avec inquiétude mon prénom.
-Des souvenirs, je murmure. Je crois que ce sont des souvenirs que je vois dans mes cauchemars.
-Quels genres de souvenirs ?
-Terriblement violent, je baisse les yeux en prononçant ces mots, plus que tout ce que j'ai pu vivre. Mais je ne sais pas à qui ces réminiscences appartiennent.
-C'est inquiétant, répond doucement Madi avec une légère préoccupation qui marque sa voix, d'autant plus que tu as vécus énormément de violences. Trop. Beaucoup trop.
-Je sais, je souffle en repensant encore à cette petite fille. Mais ce ne sont peut-être rien de plus que des cauchemars.
-J'en doute, elle plisse le nez avant de s'installer en face de moi, plongeant sa main dans la boîte de céréales. Si tu penses au plus profond de toi qu'il s'agit de souvenirs, alors ce sont des souvenirs. Tu es très intuitive, parfois bien plus que certain shaman. N'oublie pas ton héritage, celui de ton géniteur, de ta mère et de ton père. Fais-toi confiance.
-Et qu'est-ce que je suis censé faire selon toi ?
-Trouver à qui appartient ses souvenirs, elle répond comme s'il s'agissait d'une évidence, et comprendre pour quelle raison, ils te parviennent. Quelqu'un a sûrement besoin de toi.
-Quelqu'un aurait besoin, je fronce les sourcils, de la Mort ?
-Tu n'es pas la Mort Melina, tout au plus une de ces facettes. La meilleure, si tu veux mon avis, elle sourit sincèrement. D'ailleurs, je la sens hésitant, elle arrête de fouiller bruyamment dans le paquet de céréales et me fixe avant de soupire, j'ai réalisé que je n'ai pas vraiment prit le temps de te remercier pour ce que tu as fait pour nous.
-Me remercier, je m'étonne en cessant de manger, mais pourquoi ?
-C'est évident, son regard se durcit. D'avoir pris le risque d'accompagner Thomas et Jamie jusqu'aux Enfers quand ils sont morts. Je sais que tu ne l'as pas simplement fait par amour pour Little One mais parce que nous somme une famille, ta famille. Alors merci, elle baisse les yeux alors qu'ils sont baignés de larmes, d'avoir veillé sur eux quand nous ne pouvions pas le faire.
Je ne suis pas certaine de savoir quoi répondre à ce qu'elle vient de me dire. Je baisse les yeux en me concentrant encore une fois sur mon petit déjeuné. Il est vrai que c'est la deuxième fois dans ma vie que je prends le risque de retourner aux Enfers avec des âmes pour les accompagner sans qu'elles ne croisent mes sœurs ou pire mon père. Et si la première fois, je l'ai clairement seulement fait par amour pour Éleusis, cette fois Madi a entièrement raison j'y suis aller pour cette étrange famille que nous sommes devenue.
L'idée même de la famille m'a soit terriblement manqué, soit effrayé au plus haut point. Pourtant, cette fois, je sens que c'est différent. J'ai retrouvé Bae, Yithaak, je suis enfin proche de Scarlet, j'aime énormément passer du temps avec Madi et il y a Anya. Je n'ai jamais été aussi proche du bonheur et par moment c'est plutôt déstabilisant. Et si… je perdais tous à nouveau ? Si à la place de Thomas et Jamie… je relève les yeux pour détailler avec attention Madi puis je me retourne vers le couloir avant de me concentrer sur notre lien pour me rassurer sur le bien être d'Éleusis… si c'était elles que j'avais perdu ?
Je crois bien que j'aurai été incapable de m'en relever. Cette terreur que je ressens depuis quelque temps, je l'aurai laissé m'emporter. Je ne me serai pas battu pour survivre. Je me serais laissé sombrer. Je ne sais pas trop vers où, vers qui. Mais je n'aurai pas pu continuer.
Honnêtement, j'ai déjà du mal à comprendre comment j'ai survécu. Je ne me plains pas, loin de là, je suis bien trop heureuse d'être en vie et de pouvoir la consacrer à me faire pardonner mon geste au près d'Éleusis. Seulement il y a quelque chose qui me chagrine. Tout le monde semble penser que c'est Skye qui m'a permis de trouver la force de revenir vers la vie, en vérité, je l'ai cru aussi. Mais…
Ces cauchemars, non ces souvenirs qui sont ancrés en moi raconte une tout autre histoire. Quand je repense à ce terrible combat que j'ai mené pour retourner vers la vie et retrouver Scarlet, je ne vois Skye nulle part seulement cette petite fille et… je ferme les paupières pour mieux assimiler ce sentiment de plénitude et d'appartenance qui m'a englobé quand j'ai finalement retrouvé le chemin de mon existence. C'était comme un lien fort et inébranlable qui m'a guidé tout du long. Quand j'ai compris qu'il n'avait aucun rapport avec Skye, j'ai pensé naturellement que c'était tout simplement mon amour pour Éleusis qui m'avait permis de surmonter cette épreuve. Mais depuis peu, je suis capable de sentir le lien de meute, de ressentir toute notre famille à travers le loup d'Anya. Et c'était ça ! J'en suis certaine c'est la meute qui m'a sauvé.
Seulement ce qui m'a guidé à ce moment là était bien plus fort que ce que je peux percevoir à travers le lien de meute. Il y avait plus, tellement plus d'amour. Je me suis sentie tellement attendu, tellement à ma place et tellement en sécurité que je n'ai pas hésité une seconde quand j'ai compris que ce sentiment d'absolu équilibre me ramenait vers la vie.
-C'était normal, je fini par répondre à Madi, la famille c'est fait pour ce genre de choses, se soutenir, s'accompagner dans la vie mais aussi dans la mort, non ?
-Tu t'es encore mit en danger, répond-elle avec un certain recule.
-Non, je réponds sincèrement, pas cette fois. Je… je savais exactement où je me rendais et comment revenir.
-Comment, je suis parfaitement capable de percevoir sa colère, comment allait Thomas ?
-Madi…
-Je ne peux pas croire que vous n'avez pas discutés ! S'il te plait. J'ai… besoin, des larmes tombent en torrent sur ses joues, de savoir.
-Qu'est-ce que tu as besoin de savoir, exactement ?
-Je ne veux pas que tu le protège, s'agace-t-elle.
-Je n'ai aucunement l'intention de le faire. Thomas a blessé deux des personnes que j'aime le plus dans ce monde par égoïsme et tout ça pour quoi ? Une vengeance qui n'avait absolument aucun sens. Ce qu'il reprochait à Octavia n'a jamais existé et au-delà de cette nouvelle réalité, il savait que nous ne la laisserions pas faire de mal à Éleusis et à sa famille.
-Tu, Madi est hésitante, tu lui en veux aussi.
-Evidemment que je lui en veux. Comment pourrait-il en être autrement ? Il vous a fait du mal à Scarlet et à toi.
-Comment tu fais pour passer au-dessus de cette… colère. Par moment c'est comme s'il n'y avait plus rien d'autre. Juste ce ressentiment qui me dévore tout entière.
-Je me concentre sur l'amour.
-Malheureusement, elle se penche légèrement en arrière faisant basculer sa chaise, je n'ai personne d'assez important dans ma vie pour contrebalancer cette rage qui bouillonne en moi.
-C'est faux. Tu as Scarlet, tu m'as, nous sommes une famille, n'est-ce pas ?
-Depuis quand, elle reprend sceptique, es-tu à ce point attaché à la famille ?
-C'est ta faute, je souris en hochant les épaules, avec un sourire, tu n'arrêtes pas de me rabâcher que nous sommes une famille, je rappelle, forcément, je fini par y croire.
-Non, elle fronce les sourcils, il y a autre chose, je le sens.
Je repense encore une fois à ce puissant et étrange lien qui m'a accompagné jusqu'à ce que je retrouver la vie et Éleusis. Je revois cette petite fille qui s'immisce dans mes rêves.
-Tu as peut-être raison Madi, je prononce doucement, il y a autre chose. Je crois. Toujours est-il que ça ne change pas les faits, nous sommes une famille, n'est-ce pas ?
-Oui, évidemment…
-Alors, je lui coupe la parole, tu dois pouvoir compter sur nous comme Éleusis et moi avons toujours pu compter sur toi.
-Toujours, un rire moqueur lui échappe, avec toi, je ne crois pas, emmerdeuse !
-Seulement quand ça comptait vraiment, je souris en répondant.
-Hum, elle semble profondément réfléchir, je crois, elle relève les yeux pour croiser mon regard, qu'il est temps que je rentre à la maison.
-Ce serait bien, j'acquiesce, en effet.
-Mais avant, je la sens hésitante, il y a une quelque chose que je dois faire et j'aimerai que tu m'accompagne sans essayer de m'en empêcher et il y a aussi une question que je tiens à te poser.
-Evidement, tout ce que tu veux. Mais tu ne préférais pas que ce soit Scarlet ?
-Pas cette fois.
-Je t'écoute.
-La question d'abord.
Un soupire lui échappe alors qu'elle ferme les yeux avant de secouer doucement la tête. Je l'ai rarement vu se mettre dans ce genre d'état. Madi sait pour ainsi dire toujours ce qu'elle veut et comment atteindre ces objectifs. Elle n'est pas du genre à passer par quatre chemins. Je n'ai aucun doute sur le fait qu'elle dira toujours ce qu'elle pense d'une personne.
-C'est à propose de ton frère.
-Yitzhaak, je demande étonnée. Il a fait quelque chose de mal ?
-Non enfin il m'agace mais… c'est pas vrai… je n'ai pas réellement quoi que ce soit à lui reprocher… juste… parfois, il est tellement agaçant. Ce n'est pas là que je voulais en venir, elle grogne. Ne m'interrompt plus ! Juste, je me demandais lorsque vous vous êtes séparés après la mort de votre mère pourquoi est-ce tu l'as envoyé auprès des polymorphes ? Il m'a confié que ce n'était pas ce dont vous aviez convenu.
J'écarquille légèrement les yeux surtout avec la précision à la fin. J'ignorais que mon frère discutait aussi facilement avec Madi. Il est plutôt du genre introverti, d'autant plus quand il s'agit de notre passé commun.
-Alors, elle s'impatiente, tu n'as rien à dire ? J'ai du mal à t'imaginer changer de plan au dernier moment sans raison, Madame je suis une emmerdeuse de première et je fini empalée sur l'épée de mon taré de père !
-Mon sang devait être versé. C'était la seule solution pour ouvrir le passage, je soupire. Il fallait que mon père souhaite ma mort pour qu'il s'affaiblisse assez et perd son immortalité.
-Evitons de revenir sur ce point, ça m'agace toujours autant ! Restons concentré sur Yitzhaak, veux-tu ?
-Pourquoi je l'ai emmené chez les polymorphes, c'est ce que tu veux savoir ?
-Oui.
-Parce que lorsque nous étions enfants, j'étais encore capable de le lire et je voulais qu'il soit heureux. C'est Yitzhaak, je souris attendrit en prononçant son prénom, tu sais comment il est, il mérite tout le bonheur du monde.
-Je ne comprends pas.
-J'ai toujours pu voir certaines choses, des lignes de vie si tu veux.
-Oui, je sais que tu en es capable. Ce que je ne comprends pas c'est en quoi être chez des polymorphes pourrait rendre ton frère heureux. C'est un sorcier. Tu as bien envoyé le plus jeune dans un Cercle. Je me trompe ?
-Peut-être que je savais qu'un jour il pourrait t'aider.
-N'importe quoi ! Et quand bien même, je ne vois pas en quoi m'aider pourrait le rendre heureux.
-Tu ne vois pas, je m'amuse gentiment en baissant juste un peu mes lunettes pour fixer avec une certaine tendresse cette ligne qui la conduit droit vers mon frère. L'âme de sœur de mon frère ou du moins la personne qu'il aimera plus que de raison sera un polymorphe. C'est pour cette raison que je l'ai envoyé là-bas et pas dans un Cercle. C'était une sorte de cadeau, j'ajoute en replaçant parfaitement mes lunettes sur mon nez, pour toutes les fois ou il a su me rendre le sourire.
-Qu'est-ce que je dois comprendre ?
-Il n'y a rien à comprendre Madi.
-Je reformule, qu'est-ce que tu viens de regarder sur moi ?
-Je crois que tu en a une petite idée, je souligne en me levant pour placer mon bol vide dans le lave-vaisselle.
-C'est ridicule !
-Tu voulais que je réponde à ta question, je l'ai fait.
-Je ne suis pas amoureuse de ton frère !
J'éclate de rire. C'est plus fort que moi. Je parviens à me calmer lorsque je vois Madi bondir vers moi d'un air menaçant. Je lève les bras en signe de paix en tentant de reprendre ma respiration.
-Il n'y a rien de drôle, espèce d'emmerdeuse !
-« Amoureuse », je souligne avec taquinerie, je ne serais pas allée jusque-là, j'aurai plus pensé à quelque chose comme « attirée » mais bon, je ris doucement alors que Madi écarquille les yeux au possible, si tu sors tout de suite l'artillerie lourde…
-C'est la même chose, baragouine-t-elle en rougissant.
-Si tu le dis.
-MELINA !
Mon prénom résonne dans toute la maison depuis l'entrée. Je me retourne en même temps que Madi vers la provenance de la voix. Je fronce les sourcils en comprenant assez rapidement qu'il s'agit d'Anya. En un regard, nous décidons de remettre notre discutions à plus tard et nous rejoignons assez rapidement le salon. Quand nous arrivons, l'alpha a déjà monter la moitié des escaliers, j'aperçois Lexa, Morgane et Misik'ilik'ili qui sont restés à l'extérieur. Je remarque instantanément l'inquiétude marquer leurs traits. Je fronce les sourcils sous le coup de l'incompréhension avant d'intervenir :
-Anya, elle se retourne vivement vers moi, je suis ici. Il y a un problème, je demande inquiète. Éleusis dort encore mais je peux la réveiller.
-C'est toi que je voulais voir, m'assure-t-elle en dévalant les escaliers.
-Fais attention, je m'avance et la rattrape in-extrémisme alors qu'elle manque une marche.
-Anya, hurle en même temps Lexa en me rejoignant, sérieusement ?! J'ai frôlé la crise cardiaque !
-Je ne suis pas en sucre, grogne la blonde. Arrêté de me traiter comme une enfant !
-Tu as faillis tomber, souligne à juste titre Lexa. Et c'est l'emmerdeuse qui t'a rattrapé, de mon point de vue, ça aurait pu très mal finir ! Qu'est-ce que j'aurai dit à Raven ?
-Ouais, s'amuse Madi, mieux vaut éviter de compter sur l'emmerdeuse pour tout ce qui est question de survie, elle a une certaine tendance à se faire poignarder sans raison.
-Tu es particulièrement agaçante aujourd'hui, je soupire. Qu'est-ce qui se passe Anya, je demande une fois qu'elle a les deux pieds au sol, je peux faire quelque chose pour toi ?
-Est-ce que quelque chose à changer, elle me demande de but en blanc.
-Quelque chose, je répète incertaine. J'ai bien peur d'avoir besoin de plus de détails.
-Anya parle de sa ligne de vie, précise Lexa.
-Foutue ligne de vie, s'insurge Madi, à quoi elles servent exactement à part nous mettre dans des situations impossibles ?
-Il y a un problème entre vous deux, demande Lexa inquiète.
-C'est rien, je réponds toujours amusée.
-Rien, tique Madi, c'est toi qui le dis !
-Est-ce que vous pourriez ne pas vous disputer, nous demande Morgane. Il y a plus important.
-Comme quoi, la polymorphe roule des yeux, lire des « lignes de vie » qui sont très certainement inexacte ?
-Je sais ce que je vois Madi…
-Les filles, nous arrête Anya, s'il vous plait. Melina, est-ce que tu peux juste me dire si quelque chose a changé sur moi ?
-Je ne peux pas, je réponds sans même la regarder sans mes lunettes.
-Et pourquoi exactement ?
-A cause de toi Morgane, je souligne en me retournant vers la sorcière. Tu l'as effacé avec un sort je te rappelle et plutôt bien, je dois l'avouer. Je la vois à peine. Je ne connais même pas son vrai prénom.
-Mais tu vois quand je vais mourir, m'interroge Anya.
-Euh, j'hésite, non ?
-Tu ne sembles pas certaine, ne peut s'empêcher de relever Lexa.
-Je ne sais pas exactement quand Anya va mourir mais, je baisse mes lunettes pour la regarder plus en détail, je saurai quand l'échéance se rapprochera et ce n'est pas le cas. Pourquoi est-ce que nous devons nous inquiéter de ce genre de chose ?
-Je vais mourir, répond tristement Anya.
-Oui, je grimace, c'est souvent de cette manière que se termine une vie.
-Raven est venu depuis le futur, annonce Misik'ilik'ili en se rapprochant de Morgane. Elle est venue chercher un petit garçon, Ethan.
-Notre fils, précise Anya toujours morose.
-Vous allez avoir deux enfants, interroge Madi sceptique. C'est deux de plus que dans notre futur.
-Notre futur n'existe plus, je rappelle avec douceur.
-Et Anya n'est jamais morte !
Je baisse les yeux à la fin de l'affirmation de Madi en me raclant nerveusement la gorge. Si j'en avais le pouvoir, à cet instant, je voudrais disparaitre. Je fais même un pas en arrière en passant nerveusement mes doigts dans mes cheveux.
-Melina, m'appelle Lexa, qu'est-ce que tu ne nous dis pas ?
-C'est, je ne sais pas trop comment leur annoncer cette nouvelle, il y avait quelque chose qui était entrain de la tuer. C'était… ce n'est pas encore présent, j'assure en remettant mes lunettes en place, et il est possible que ça n'apparaisse jamais.
-C'était différent, Raven n'était plus là, rappelle Madi.
-En fait, nous nous retournons tous vers la voix qui vient d'arriver, je ne suis pas certain que ce soit différent.
-Ash, interroge Anya.
-Après Ethan, j'ai senti ma Rae, il sourit tristement. Comment te sens-tu Anya ?
-Alors je suis vraiment morte, des larmes lui échappent.
-Pourquoi est-ce que tu dis que ce qui est arrivé dans notre futur n'est pas différent de ce qui est arrivé dans le vôtre, demande Madi.
-Parce que c'est une maladie qui a tué Anya, nous annonce Ash en baissant les yeux. Il est plus que possible que dans votre futur, Anya contractait les premiers symptômes.
Un silence s'impose après cette annonce. Nous dévisageons tous Ash qui s'approche lentement. Et c'est finalement Morgane qui brise cette atmosphère angoissante :
-Les lycanthropes ne peuvent pas mourir d'une maladie, hormis celle du Canis évidemment. Sauf si…
La sorcière de Sang laisse trainer ces deux mots en suspens. J'observe chacune de ses réactions. Je crois qu'elle ne s'en rend pas vraiment compte mais elle se rapproche assez de Misik'ilik'ili pour glisser ses doigts entre les siens. Ce geste inhabituel attire autant son attention que la mienne.
-Morgane, prononce-t-il tout doucement.
-Luna, elle murmure à peine. Je dois voir Luna, immédiatement.
-Rae a dit que Luna avait des réponses, semble se souvenir Anya.
-Je n'en doute pas, je souris en me souvenant de mes nombreuses discussions avec l'alpha dans l'Autre Monde, Luna a énormément de secrets.
-Et comment tu pourrais savoir que Luna a des secrets ?
-Parce que contrairement à toi, Morgane quand elle me parle, je l'écoute vraiment. Et, je baisse les yeux, avant de relever mon regard vers Anya puis de fixer son ventre arrondit, je sens certaines choses, je décide de rester évasive pour ne pas inquiéter la future maman, qui me pousse à aller la voir assez régulièrement.
Et alors que je pense à ce manque d'envie de vivre qui persiste chez la première femme loup garou depuis que je la connais et que je ne m'explique pas, je ressens une tristesse infinie. C'est comme si savoir que Luna préférait être morte avait la capacité de me briser le cœur en mille morceaux. Sans que je ne puisse le contrôler mes yeux se noient de larmes. J'ai un mal fou à prendre une simple inspiration. Je suis comme happé vers le sol emmené loin du moment présent, je suis de nouveau dans cette eau glacée et on m'attire vers le fond. J'observe lointainement la surface sans que l'envie de la rejoindre de m'effleure l'esprit.
J'entre dans un nouveau souvenir. Je suis en plein milieu d'un autre cauchemar. A la différence près que cette fois, je suis éveillée.
Je suis consciente de mon corps qui se trouve en dehors de cette étrange reconstruction. Je sens des larmes m'échapper. Pourtant, je ne suis plus entourée des personnes avec qui je discutais il y a encore un instant mais il y a de nouveau cette petite fille. Cette fois, elle est plus âgée. Elle a peut-être cinq ou six ans. Je fais un pas vers elle et sans que je ne puisse me l'expliquer je parviens à m'approcher. Je suis tellement surprise qu'une exclamation m'échappe, ce qui attire instantanément l'attention de l'enfant. Je me fige quand je comprends qu'elle est capable de me voir.
Ses grands yeux gris m'observent calmement, elle ne parait pas effrayée par ma présence ou même surprise de me voir. Je suis profondément touché par le chagrin que je devine dans son regard. J'ai expérimenté la souffrance et la douleur, je serai capable de la reconnaitre chez tout être qui à été marqué par cette cruelle tourmente. Elle penche légèrement la tête sur le côté gauche et je devine un tatouage qui commence derrière son oreille, qui poursuit sa course sur son cou et certainement au niveau de ses omoplate. Ses cheveux châtain clair sont ramenés au-dessus de sa tête dans un chignon de tresses très serrés avec quelques rubans de couleur rouge. Je continue de l'observer et je comprends rapidement qu'elle porte une tenue officielle principalement vermeille, avec quelques notes de noir qui suivent la continuité des lignes que je crois deviner sur sa peau et un blason doré représentant une flame très sophistiqué. Je ne saurais pas reconnaitre quel clan ou quelle espèce elle représente.
Puis dans son dos, je vois apparaitre Luna qui l'appelle mais son prénom me reste imperceptible. La petite fille ne me quitte pas des yeux alors que toute mon attention est happée vers la lycanthrope. Je sens encore plus mon cœur se serrer, la mort rode autour d'elle narquoisement et Luna l'accepte, en fait cette mort elle l'attend comme une amie. Je remarque alors seulement les bandages recouvrant toute la longueur de ses bras, marqué ici et là par du sang. Je ressens un terrible haut le cœur en comprenant enfin que Luna ne se contente pas d'attendre sagement son heure, elle a déjà tenté de la provoquer elle-même. Et de ce que je vois, ce n'est vraiment pas passé loin.
Luna fini par atteindre la petite fille, elle appose avec une grande tendresse sa main sur l'épaule de l'enfant qui elle ne me quitte pas des yeux. Je vois parfaitement les lèvres de la mère d'Anya bouger mais je ne perçois aucun mot. Je veux de nouveau me rapprocher pour essayer de mieux comprendre ma présence ici mais j'ai à peine surélevé le pied qu'en un geste de la tête, la petite me déconseille d'en faire plus. Intriguée par son intervention silencieuse, je m'exécute mais en même temps j'aimerai tellement en savoir plus. Pouvoir déchiffrer ses regards et cette étrange relation que je devine entre cette enfant et Luna.
-Tu n'es pas à ta place.
Une résonnance très désagréable suit la prononciation de ces mots. Chacun d'eux se répercutent comme de véritables coups de feu. Je plaque mes mains contre mes oreilles pour essaye d'atténuer les répétitions déplaisantes. Alors que je m'éloigne du souvenir, je crois apercevoir un homme que je suis incapable de décrire puisqu'il avance pile en face du soleil. Il s'approcher avec deux autres enfants, une autre fille et un jeune garçon, tous les deux ont les cheveux très noirs.
Je ressens quelque chose d'étrange en les observant tous les deux. C'est comme si je les connaissais. Mon attention à leur égard semble attirer celle du petit qui s'arrête net pour fixer Luna, l'enfant et puis moi. Comment expliquer qu'ils ne soient que deux à pouvoir me voir ? Ses yeux court sur moi et une étrange sensation d'appartenance ébranle toute mon âme. Je connais ce genre de regard, Anya a les mêmes, à la différence près qu'avec lui c'est encore plus fort. En une fraction de seconde, il se met à courir pour nous rejoindre, je reconnais parfaitement ses attentions, il veut protéger la petite fille, de moi.
-Tu ne peux pas rester Melina. Tu dois partir, maintenant.
Les mots de la fillette raisonnent d'une façon absolument insoutenable. Je plaque encore plus mes mains sur mes oreilles pour mieux le supporter. Je m'accroupis, comme si une rafale essayait de me balayer et je hurler. Je cri pour tenter d'effacer ce vacarme absolument insupportable.
-Melina, je crois percevoir la voix de Madi. Melina !
-Qu'est-ce qui lui arrive, s'inquiète Anya.
-Mais j'en sais rien du tout ! Melina !
-Qu'est-ce qui se passe, j'entends une porte claquer, puis un pas rapide dans les escaliers. Melina, les mains de Scarlet se fraye un chemin sur mon visage. Regarde-moi, je m'exécute j'aperçois à peine son visage à travers les larmes. Tu saignes, remarque-t-elle alors qu'elle éloigne mes mains de mes oreilles, tes mains tu… non, ce sont tes oreilles qui saignent.
-Je vais bien, je parviens à prononcer difficilement. Ne t'inquiète pas, je force un sourire, c'était, un grognement m'échappe alors qu'un acouphène plus puissant me coupe tout envie de parler.
-Ce n'était pas de la magie, élimine d'entrée de jeu Morgane.
-Pourtant il y a bien quelque chose qui s'en est prit à elle, s'agace Anya. Melina, elle s'accroupit et je comprends seulement que je suis moi aussi réellement dans cette position, respire calmement et essaye de nous dire ce qu'il vient de t'arriver.
-Ce n'est pas sa première absence ce matin, les préviens Madi.
-Qu'est-ce que tu veux dire ? Je n'ai rien sentie avant, s'inquiète Éleusis.
-Non, il n'y avait pas de… enfin tout ça. Mais vous êtes d'accord pour dire qu'elle s'est complètement figée avant de s'effondrer et de saigner ? Je parlais de cet état là. Celui où elle semble happée complètement ailleurs. C'est déjà arrivé au moins deux fois ce matin.
-Melina, je me force à quitter Scarlet des yeux pour me plonger dans ceux d'Anya. Madi dit vrai ? Ce genre de chose arrive souvent ?
-Elle fait des cauchemars, précise sans mon avale la polymorphe, enfin elle pense qu'elle voit des souvenirs.
-Et ce ne serait pas de la magie, interroge Lexa. Quoi d'autre pourrait la forcer à voir des souvenirs ?
-Ses propres pouvoirs, tente Éleusis, elle m'a expliqué que d'une certaine manière jusqu'à ce que son père la… essaye de… bref, avant l'ouverture du portail qui a ramené toutes ces personnes que la Mort voulait mais que Melina a sauvé, il… le Dieu de la Mort continuait de brider ses pouvoirs.
-Non, je secoue doucement la tête, en entourant mes oreilles de mes doigts plaçant mes indexes à l'arrière, ce n'est pas ça, je sens une étrange cicatrice rectiligne qui semble courir sur toute la longueur de l'arrière de mes pavillons, je pense que c'est lié à ce qui m'a guidé pour me ramener à la vie.
-Skye, demande Lexa avec méfiance.
-Non, je me plonge dans les yeux d'Anya, c'est bien là mais c'est… différent, autre chose.
-Je vais t'aider à te relever, propose tout doucement Scarlet en me tendant sa main. Ça va aller ? Je peux te toucher ?
-Hum.
-Okay, elle glisse ses doigts entre les miens et m'aide à me remettre debout. Voilà, elle sourit, c'est beaucoup mieux. C'est bon pour toi aussi Anya ?
-Arrêter de tous vous inquiéter pour moi, s'agace-t-elle. Je suis enceinte pas à l'article de la mort ! Attendez une minute, Anya se retourne brusquement vers Ash, toi, tu sais quand je meurs !
-Quand tu quoi, s'égosille Scarlet, c'est quoi cette histoire ?
-Je sais quand tu meurs, répond-il tristement, mais pas quand tu commences à mourir. Elle est là toute la subtilité, c'est pour cette raison qu'aucun d'entre nous n'est jamais parvenu à te sauver. Si tu te demandes pourquoi Skye est aussi… insensible c'est en grande partie parce qu'elle a dû grandir avec le Chaos et sans toi. Skye ne supporte pas l'idée de perdre une seule autre personne. Nous ne sommes pas comme vous, ajout-il, nous vivons en paix, les gens ne meurt pas de façon violente.
-N'utilise pas ma mort pour justifier le comportement de Skye.
-Anya, panique la rousse, arrête de dire que tu vas mourir !
-C'est pourtant la vérité, reprend Ash, notre réalité. Anya est morte il y a trois ans pour nous et Skye avait seize ans, il ajoute. La maladie t'a emporté lentement, il fait une pause et vient agripper le col de son pull, en l'étirant comme s'il ne parvenait plus à respirer, ça a duré presque dix ans. Parfois tu allais très bien et à d'autre moment tu t'effondrais complètement. Certain d'entre nous t'avons connu que malade, c'est le cas d'Ethan.
-Ça suffit, je m'étonne moi-même à répondre, il y a des choses qu'il est préférable de garder pour soi quand on voyage dans le temps.
Je vacille après mon intervention. Je sens que je suis à bout de force et que je pourrais m'effondrer à tout moment. J'ai horriblement mal aux oreilles, c'est comme si une bombe avait explosé juste à côté de moi. Je clos les paupières pour tenter de mieux assimiler cette douleur. Je réalise rapidement que c'était une très mauvaise idée. Je me sens encore plus étourdie et j'ai la nausée. Je m'accroche un peu plus à Éleusis. Je souffle sur la longueur. Je ne devrais pas me sentir aussi mal. J'ai déjà connu bien pire.
-Je me sens vraiment mal, je fini par avouer à voix haute en frottant mes tempes pour tenter de faire disparaitre le mal invisible qui me consume de l'intérieur.
-Je vais t'aider à t'asseoir, décide la rousse. Tu te sentiras peut-être mieux.
-Je peux faire quelque chose, s'inquiète Madi.
-Quelqu'un peu aller chercher Raven, demande Anya, Bae et son frère aussi. Ils savent peut-être comment l'aider.
Je n'ai pas la moindre idée de ce qui se déroule par la suite parce que je sombre. Je suis plongée dans le noir ou plutôt une Obscurité d'une densité peu commune. Pour une raison qui m'échappe, j'ai conscience de ne pas être éveillé. Je tends prudemment la main et je peux parfaitement toucher ces amas de ténèbres, c'est comme traverser un nuage.
Je tourne sur moi-même, à la recherche d'un élément qui pourrait m'être familier. Au milieu de toute cette dense Obscurité, je crois distinguer des iris de loup luirent. Je fais un pas en arrière d'abord effrayé avant de le sentir à nouveau, ce sentiment d'appartenance. Alors je me fige mais tout mon corps tremble. La peur, la vraie, celle qui nous cloue sur place et nous empêche de respirer m'étreint. Je n'ai jamais rien ressentie de telle et pourtant j'ai grandi au près du pire monstre qui soit. Je sens des larmes dévaler sur mes joues sans le moindre contrôle. Je ne crois pas avoir déjà été si démunie.
Je n'arrive pas à comprendre comment, en même temps je peux me sentir à ce point à ma place et si effrayé que je n'ai qu'une envie me rouler en boule pour pleurer comme une enfant.
Un bruit que je reconnais sans mal comme étant celui de deux mains qui s'entrechoque me fait sursauter. Je suis vraiment à fleur de peau pour être paralysée par quelque chose d'aussi futile. L'Obscurité se resserrent autour de moi, m'empêchant de respirer avant de s'éloigner à une vitesse folle, elle se transforme en corbeau et laisse entrer une lumière éblouissante. Je suis obligée de me protéger les yeux en plaçant mes deux mains devant eux, non sans lâcher un grognement de mécontentement.
Je réalise rapidement qu'hormis cette intense lumière blanche il n'y a rien de bien intéressant à distinguer. Cette dernière devient si soutenue que je pourrai en devenir aveugle. Puis une silhouette se place devant moi. Je suis incapable de percevoir quoi que ce soit d'autre qu'une sorte d'ombre noir.
-Que fait elle ici ?
La voix est presque fantomatique, quasi irréelle mais je reconnais fermement qu'elle appartient à un homme.
-Je ne sais pas. Mais regarde son poignet, elle porte sa marque.
Là aussi, l'intonation est masculine mais celui qui parle est sans aucun doute bien plus jeune. Et pour une raison qui m'échappe, je me sens incroyablement rassuré, encore plus que lorsque je suis proche d'Éleusis ou d'Anya. C'est absolument incompréhensible.
-REVEILLE-TOI !
J'ouvre brusquement les paupières en prenant une forte inspiration comme si je n'avais pas respiré depuis plusieurs minutes. Je tente de me redresser mais une poigne d'une force qui me semble colossale me retient par le front. Je ne distingue rien d'autre qu'une sorte de forme complètement difforme au-dessus de moi ainsi que les couleurs argenté et arc-en-ciel qui peuvent parfois s'échapper de mes mains. Je perds le contrôle et quelqu'un me touche. Il faut que j'arrête ceci immédiatement avant de tuer malencontreusement cette personne.
-Tu es vraiment unique en ton genre toi, je crois percevoir de l'amusement dans cette phrase.
-Ne me, je grimace, la douleur est encore présente, touche pas, je parviens tout de même à finir.
-Tu ne me feras pas de mal, il y a une telle douceur dans sa voix, que je parviens à me sentir rassurée, Melina-Yuseong, sœur du Cercle YomiSin, fille de Séléné-Lunae et petite-fille de Mawu-Mina. Tu es douce et bienveillante comme chaque femme qui est née au sein de ton Cercle. Le nom et l'héritage que t'a laissé ton père importe peu.
-Je suis la Mort, je parviens à prononcer difficilement.
-Qui a dit que la Mort devait être un mauvais présage, elle semble se moquer en prononçant cette question. Ce n'est pas parce que Yamakou-anami-atos à mal interprété le rôle qu'il s'est lui-même imposé qu'il doit influencer tout ce que tu es ou représentera. Hum, elle tourne légèrement ma tête sur le côté, je me souviens de la première fois que j'ai vécu un écho, elle passe ses doigts derrière mon oreille au niveau de la boursouflure que j'ai sentie tout à l'heure, tu ne devrais pas perdre l'ouïe, je parviens enfin à distinguée parfaitement Moëilla, parce que ce n'était qu'un accident. Il y a peu de chance que ce genre de chose arrive à nouveau.
-Qu'est-ce que tu fais ici ? Comment es-tu entrée ? Anya et Éleusis ne laisseraient personne m'approcher alors que je suis affaiblit.
-Raven a même protéger la pièce avec sa magie, me révèle-t-elle avec un sourire mystérieux en relâchant la pression sur ma mâchoire et sur mon front, mais je suis du genre à outre-passer ce genre de choses. Je connais trop bien la magie de Raven pour la laisser m'arrêter, conclut-elle en me faisant un clin d'œil.
-Qu'est-ce que tu veux, je demande en me redressant. Ah, un cri m'échappe alors que je prends réellement conscience de sa proximité, pourquoi tu es aussi près ? Qu'est-ce que tu fais accroupit sur mon matelas ?
-Melina, hurle en cœur Éleusis, Anya et Raven.
-Tout va bien, me demande la rousse en se jetant dans mes bras, traversant le corps de Moëilla sans la voir, tu m'as fait une peur bleue.
J'écarquille les yeux en dévisageant celle que je ne peux pas voir avec mes pouvoirs. Elle me fait un clin d'œil alors que l'amusement s'immisce un peu plus dans ses expressions. Je viens doucement serrer Scarlet contre moi alors que Moëilla se lève et disparait au moment même où Luna apparait dans l'embrasure de la porte.
Cette dernière aborde un sourire timide à mon attention, connaissant son histoire, j'ai toujours été surprise par sa bienveillance que ce soit ici ou dans l'Autre-Monde. Par moment, elle était même d'un bien plus grand soutient que Morgane. J'ai vraiment eu de la chance de l'avoir à mes côtés ces dernières années. Mais j'ai remarqué qu'elle reste toujours en arrière, elle n'impose jamais sa présence. Elle offre sa douceur et son aide en restant tapi dans l'ombre comme si elle ne voulait en aucun cas s'imposer. Plus je réfléchis, moins son comportement me fait penser à celui d'une alpha aigrit et dominé par l'appât du pouvoir.
-Par tous les Dieux, Morgane la bouscule, Melina !
La sorcière de Sang s'avance rapidement vers moi mais alors que Luna secoue la tête tristement, je comprends que le comportement de Morgane l'atteint bien plus qu'elle ne laisse paraitre. Pourquoi personne d'autre ne remarque qu'elle est aussi abattue ? C'est comme si elle portait toute la peine du monde sur ses épaules. Je réalise alors que d'une certaine manière elle a toujours été seule et accablée. J'ai un haut le cœur alors que son regard blessé se pose sur son amie et que je sens parfaitement la Mort roder autour d'elle.
Durant un court instant, je vois parfaitement comme des flashs me résumer toutes les souffrances desquels Luna a dû se relever. C'est tellement intense et si douloureux. Alors que son sourire persiste sur ses lèvres, je sens des larmes s'accumuler dans mes yeux. Je n'arrive pas à comprendre comment elle parvient aussi bien à faire semblant. Tous les êtres qu'elle aimait lui ont été arraché et cette… solitude c'est tellement déchirant. Pourquoi je n'avais jamais fait attention à cette souffrance avant ? Comment j'ai pu manquer tous les signes ?
La Mort s'engouffre un peu plus en Luna. Elle semble l'engloutir tout entière. J'écarquille les yeux alors que je vois se dessiner une longue et large plaie courir sur ses deux avant-bras. Le sang jaillit, il coule bien trop vite, emportant sa vie. Je me force à fermer les paupières pour éloigner cette vision et me reprendre. Je ne parviens qu'à moitié à mes fins puisque si je ne distingue plus cette image pas tout à fait irréelle puisqu'elle semble provenir d'un souvenir, je continue de sentir la Mort roder perfidement autour de Luna.
Et puis, sans aucune explication, en moins d'une fraction de seconde, puisque tout cet ascenseur émotionnel ne se dérouler que pendant un instant à peine perceptible, la Mort s'éloigne, la vie s'impose à nouveau alors seulement, j'ose ouvrir les yeux. Je prends cette décision juste à temps pour voir Moëilla apparaitre à ses côtés et c'est comme si sa seule présence donnait à Luna une raison au-delà de vivre, tout simplement d'exister. Tout prend un sens pour la première femme loup garou. Je comprends alors que son destin est étrangement lié à celui de cette… je ne sais même pas ce qu'elle est, certainement pas une lycanthrope lambda.
Et si le sang à disparu des avant-bras de Luna, je perçois parfaitement les énormes cicatrices quelque peu disgracieuses parcourir sa peau. Avant cette introspection, quelque chose m'empêchait de les voir mais elles sont bien là et elles expliquent tellement. Mon regard croise celui de Moëilla et je tique légèrement quand le noir de ses iris vacille légèrement pour laisser entrevoir un gri très clair. Pour le moment, je n'y fais pas plus attention parce que je comprends parfaitement ce qu'elle essaye de me dire silencieusement : maintenant tu sais.
-Ne me dites pas que l'emmerdeuse à encore des absences ? Elle va encore tomber dans les vapes ?
-Madi, s'offusque Éleusis en s'éloignant mais en prenant ma main dans la sienne.
-Une puissance à happé ton esprit bien loin de nous, m'explique Morgane. Je certifie à nouveau qu'il ne s'agit pas de magie. Et, elle semble hésitante, il y a, elle tend la main devant elle comme si elle était capable de voir quelque chose d'invisible, un autre pouvoir est intervenu pour te faire revenir à toi. J'insiste sur ce point, les deux fois ce n'était pas de la magie.
-Pour le moment, ce n'est pas important, assure Raven. Comment te sens-tu Melina ?
-Il faut que nous sachions ce qui l'a mis dans cet état, insiste sa mère. Comment pourrons-nous le combattre si nous ignorons tout de ce phénomène.
-Ça suffit, s'agace Raven, ce n'est pas le moment, tranche-t-elle à nouveau. Nous sommes tous inquiet pour Melina, nous plus que tout autre, elle désigne Anya, puis Éleusis et enfin sa personne, parce qu'elle fait partie de notre famille. Arrête de t'imposer !
Sans que je n'en comprenne la raison, alors que d'ordinaire Morgane aurait insister, je la vois baisser la tête puis reculer d'un pas. Je fronce les sourcils en dévisageant Raven qui parait bien plus agacée qu'à son habitude par le comportement de sa mère puis vers cette dernière qui pour sa part est mi-irritée, mi-effrayée par sa fille.
Sans que je ne la voie venir, Anya s'approche. Elle pose une main sur l'épaule de Scarlet et l'autre sur ma joue et plonge ses yeux dans les miens. Oui. Il n'y a pas de doute, c'est bien présent. C'est bien ça qui m'a tiré de ce sommeil sans rêve dans lequel m'a plongé la lame de mon père en transperçant mon cœur. Je reconnais ce sentiment d'appartenance, je suis presque capable de sentir la meute éveiller chacune de mes cellules. Pourtant, il manque quelque chose. C'est tellement subtil que je ne parviens pas à l'expliquer mais c'est bien absent.
-On avait dit plus de frayeur, me sourit Anya avec un regard débordant d'amour.
-Je suis désolée. Je ne sais vraiment pas ce qu'il s'est passé.
En arrière-plan, je vois que Morgane est sur le point d'intervenir mais elle se retient, se contentant de lâcher un soupire agacer. Anya secoue la tête captant certainement son comportement à travers mes yeux. Je remarque qu'elle semble plus apaisée que lorsqu'elle m'a demandé si sa situation avait changé. Un peu plus tôt elle paraissait bien plus chamboulée par le fait de savoir qu'elle allait mourir. Et puis, je comprends…
-J'ai été absente un certain moment, n'est-ce pas ?
-Seulement trois jours, répond Anya avec douceur.
-Seulement, répète Scarlet sur un ton qui me fait grincer des dents.
-Melina n'a jamais été en danger, semble lui rappeler Raven. Elle était simplement endormie, nous l'aurions sentie si c'était grave.
-Qui dort pendant trois jours hormis l'emmerdeuse, raille Madi non sans me faire un clin d'œil.
-Il ne faut pas oublier, l'intervention de Moëilla me surprend, sa voix est légèrement différente d'un peu plus tôt, qu'elle est restée coincé dans les Limbes un moment. Melina a dû faire du forcing pour revenir, je retrouve encore ses yeux le gris persiste par endroit et en m'imprégnant dans ses anomalies, je suis presque capable de ressentir encore plus distinctement cette appartenance qui me trouble depuis mon retour, ce genre de bataille reste un choc pour l'âme et le cœur, évidement il reste des traces.
-Comment tu…
Je me coupe en plein milieu de ma phrase. Je ne sais pas ce qui m'empêche de poursuivre. Je ne saurai comment l'expliquer mais j'ai la sensation que si je parle de son intervention, je pourrai la mettre en difficulté et une part profondément enfouis en moi s'y refuse. Je fixe alors ses mains et plus particulièrement ses étranges tatouages qui sont en mouvement. Je crois reconnaitre ce pouvoir qui réside dans ces inscriptions.
Mais… c'est… impossible.
Et comme si cette déduction, avait déclencher une aptitude endormie, je me retrouve soudainement capable de décrypter les mots inscrits par la magie. Je peine sans mal à lire ces inscriptions pleines de controverse. La traduction dans notre langue me semble assez bancale presque incorrecte mais ce qui s'en rapproche le plus serait sur sa paume gauche « Brûler la vie » et sur la droite « Tromper la mort ». Je connais cet adage. Je ne l'ai entendu qu'une fois quand j'étais enfant et que je vivais encore avec Bae, ma mère et mes frères.
Pourtant, ce n'est pas… possible.
Parce que cet homme que j'ai rencontré autrefois était le dernier. Il n'y avait plus personne comme lui dans le monde. Bae c'était efforcé de le chercher pour le mettre en sécurité comme nous l'étions tous sous la protection de la magie de ma mère. Quand il l'a finalement trouvé, il était particulièrement affaibli mais reconnaissant de pouvoir finir ses jours avec des amis et non au milieu de l'hostilité qu'imposait déjà mon père. Il prononcé ces mots si particuliers dans son dernier souffle. Et il a laisser un grand vide dans notre monde.
Parce qu'il était le dernier.
Du moins… c'est ce que j'ai toujours cru. Ce pourrait-il que Moëilla soit des leurs ? Dans ce cas, comment a-t-elle survécut toutes ces années ? Ou même échappée à mon père ? D'autant plus si elle vient du futur. Et puis, l'essence de ce qu'ils étaient ne se reflétait que chez les hommes alors même si elle était l'une des leurs. Elle ne pourrait pas user de leur pouvoir. Pourtant, ce que je viens de vivre avec elle un peu plus tôt. C'était de la projection astrale, n'est-ce pas ? Un pouvoir perdu, oublié avec la disparition du dernier de la lignée des Mages Bichnaneun, ceux qui ont créé les Multiversums. Aujourd'hui, les mages sont si peu nombreux qu'ils s'apprêtent plus à des légendes qu'autre choses mais il n'y a plus un seul Bichnaneun. J'en suis certaine.
Du moins… je fixe avec plus d'intensité Moëilla. Je pensais en être certaine.
-Melina, souffle Madi clairement inquiète ce qui m'amène a lui donner toute mon attention, d'autant plus que depuis quelque temps, elle use très peu de mon prénom, tu recommences.
-Non, je secoue la tête, je suis là. Tout va bien.
-Alors, elle se retourne, qu'est-ce que tu regardais ?
-Moëilla, je décide d'être honnête sur ce point. Je suis toujours perturbée de ne pas la voir.
En prononçant cette phrase c'est comme si une des barrières que Moëilla a construit autour d'elle pour m'empêcher de la percevoir s'effondrait. Ses yeux deviennent complètement gris très clair, ils sont semblables aux nuages orageux d'été quand les rayons du soleil sont encore capables de les transpercer. Ses iris sont tachetées de points noir par endroit, rendant son regard quelque peu hypnotique et c'est finalement dans ce maculage qui assombrit et durcit légèrement son regard que je le ressens à nouveau.
Le loup. Il ne vient pas d'elle. La malédiction n'est pas la sienne. C'est un lien bien plus fort qu'une simple empreinte, bien plus inexplicable que ce qui rapproche des Misó Psychí et plus dévastateur, bien plus dévastateur mais aussi indispensable que ce qui unit des Sálbrot qui fait d'elle ce que nous pension tous qu'elle était soit : une alpha née. Ce n'est pas Moëille que je reconnais mais le loup qui semble vivre en elle.
-Peut-être que je comprendrais bientôt ce que tu es, je dis à son intention.
-Tu es vraiment unique en ton genre toi, je tique quand elle prononce à nouveau cette phrase, me prouvant que le moment que nous avons passé en face à face était bien réelle. Les YomiSin ont toujours eu une certaine tendance à me fasciner.
-Ce n'est pas ce qui est dominant chez moi, je réponds.
-Je ne suis pas d'accord, elle sourit.
-Comment pourrais-tu connaitre les YomiSin, intervient à nouveau pour la première fois Morgane, tu n'as pas encore vingt ans ! Même moi, je n'ai pas eu cette chance.
-Et, je fronce les sourcils, comment…
Je m'arrête encore, en réalisant que si j'en dit plus je pourrais la mettre en difficulté. Alors, qu'encore une fois, je ne le souhaite pas. Je crois même que si je devais la mettre en danger par mégarde, je pourrais en souffrir. Ce serait comme trahir un membre de ma toute nouvelle famille : inacceptable.
Mais tout de même… je me demande comment elle peut connaitre mon prénom complet ma mère ne la prononcé en tout et pour tout une seule et unique fois : le jour de ma naissance. Je ne le connais que parce que cette information plane au milieu de la magie du Cercle.
-Melina, m'appelle doucement Anya. Si tu dois lui poser une question fait le. Nous avons décidé de lui faire confiance, pour le moment parce que, je sens qu'elle insiste sur ce mot, Raven, la douleur marque sa voix, celle qui venait du futur n'avait aucun mal à la lui confier. Mais à partir de maintenant, c'est donnant-donnant.
-Sauf, souligne Moëilla avec une certaine prestance, clairement celle d'un loup ou plutôt d'une alpha, si cette information doit vous mettre en danger. Et en aucun cas, son regard dévie vers la mère d'Anya, si ce que vous voulez savoir me ferait de nouveau renoncer à Luna. Elle passe avant, quoi qu'il arrive.
-Est-ce que je dois comprendre que vous n'avez pas parler à Luna de, je plisse les yeux avant de regarder tristement Anya.
-Il est hors de question que qui que ce soit lui en parle pour le moment, refuse Moëilla. C'est trop tôt et elle ne pourrait rien faire.
-Je ne me sens pas du tout exclus de la conversation, sourit avec compréhension Luna. Le principal c'est que tu te sentes mieux Melina. Les échos ne sont jamais faciles à vivre. Mais, elle lance un regard réprobateur vers Moëille, tu ne devrais plus en subir de sitôt.
-Des échos, répète méfiante Morgane, alors depuis le début tu savais ce qui la mettait dans cet état et tu n'as rien dit ?
-Je vois, soupire Luna, je vais encore subir ton hostilité, elle frotte ses paupières d'un air vraiment lasse et je ne peux m'empêcher de fixer les cicatrices sur ses bras, je ne suis pas d'humeur aujourd'hui. Je suis vraiment heureuse que tu ailles bien Melina, assure-t-elle avant de conclure avec des gestes que seule Moëilla comprend.
Je crois que nous la regardons tous partir mais nous ne sommes que deux à avoir un regard inquiet. Je fronce les sourcils en découvrant les poings serrés de Moëilla. Je serais prête à parier qu'elle est folle de rage mais elle ne laisse rien entrevoir. Elle maitrise parfaitement ses émotions. Cette capacité qu'elle a à se contrôler parfaitement me fait penser à Anya.
-Je vous interdis de parler de la mort d'Anya devant elle, sa voix est posée mais clairement menaçante.
-Pourtant Raven a dit qu'elle pourrait aider, insiste Anya.
-Evidemment. Elle le pourra, dans le futur. C'est peut-être une des seules personnes qui en a la capacité, mais pas pour le moment. Lui dire maintenant ne ferait que la détruire. Est-ce que vous êtes absolument tous aveugle pour ne pas voir qu'elle est au bord du précipice ?!
-Luna est forte, répond Morgane en roulant des yeux.
-Elle me semble aller bien, dit doucement Raven.
-Non, je secoue la tête de droite à gauche, vous avez tort, toutes les deux. Luna n'est pas forte et elle ne va pas bien.
-Qu'est-ce que tu veux dire, demande Anya inquiète.
-Je peux leurs en parler où ce sujet aussi est tabou, j'interroge Moëilla.
-Tu les vois, n'est-ce pas ?
-Maintenant oui. Je comprends mieux pour quelle raison la Mort s'acharne à tourner autour de Luna.
-Je ne suis plus capable de les voir depuis un certain moment déjà, murmure-t-elle tristement, mais je ne pourrai jamais oublier. Elle croit avoir une dette de vie envers moi à cause de ça.
-Mais de quoi est-ce que vous parlez, insiste Anya en plaçant une main inquiète sur son ventre arrondit. Il s'agit de… je… ne voudrais pas qu'il lui arrive du mal.
-Je pense qu'il faut en parler. Anya a le droit de savoir.
-Tu crois ? Tu pense vraiment qu'elle veut entendre ce genre de chose ?
-C'est important, j'insiste.
-Et, je veux savoir, assure Anya.
-Très bien, elle a une intonation étrange que je ne parviens pas fermement à identifier, actuellement, dans ce temps et parce que je ne peux pas me permettre d'être plus que Moëilla-mathemba. Tu es la seule qui l'empêche de basculer, tu es tout ce qui la retient à la vie. Anya, tu es sa seule raison de vivre.
-C'est stupide, répond Morgane.
-Vraiment, il y a clairement une menace dans cette interrogation. Et si a ton tour, tu partageais avec nous ce que tu as compris récemment à propos d'Anya.
-Qu'est-ce qu'il y a encore ?
-Rien du tout, répond un peu trop vite Morgane, c'était stupide.
-Maman, grogne Raven. Dis-nous.
-Je… je n'ai aucune certitude. Seulement, je crois… il est possible que Luna ait tenté de me faire comprendre qu'Alexander n'est pas le père d'Anya.
Tous les regards, le miens compris se tourne vers Moëilla pour avoir la confirmation. Cette information n'a absolument aucun sens. Comment expliquer qu'Anya n'ait pas le même père que ses six frères et sœurs. Je n'aurai jamais imaginé Luna du genre à aller voir ailleurs.
-Génial, soupire Anya, je vais ajouter « enfant illégitime » à la liste des choses pour lesquels je voudrais m'expliquer avec elle quand je serais prête.
-Je ne crois pas que, reprend Morgane avant de s'arrêter net.
-Le Haut Conseil, le ton qu'elle emploie ne laisse pas de place au doute, elle ne les apprécie pas du tout, a imposé Alexander à Luna, ce n'était pas son choix même s'il existait une forme de, Moëilla plisse le nez, respect entre eux, il n'y a jamais eu d'amour.
-C'est faux !
Un rire moqueur échappe à Moëille. Mais quand elle découvre les trait sérieux et franc de Morgane, son rire devient incontrôlable.
-Sérieusement, elle demande les larmes aux yeux. Tu as vraiment cru à ses faux-semblants ? Et tu dis être son amie ? S'il y en a une qui doit se sentir trahis, ce n'est pas toi mais elle.
-On a compris, tu es de son côté, répond Morgane blasé, et je suis la méchante.
-Je ne suis pas du genre à coller des étiquettes sur les gens ou à vivre dans le passé sans pardonner les erreurs de ceux qui m'entoure, elle ne hurle pas mais c'est du pareil au même, elle est clairement agacée qu'importe à quel point c'est difficile. Je m'efforce d'être quelqu'un de bien et là, je parle de la vraie moi mais je reste une tueuse. Je ne me considère pas pour autant comme quelqu'un de « méchant » et si je suis restée un minimum intègre, c'est entièrement grâce à, elle se racle la gorge avant d'inspirer profondément. Je suppose, elle reprend plus calmement, que si tu as été capable de prendre ce qu'il existe entre Luna et Alexander pour de l'amour c'est que tu n'y connais vraiment rien. Après tout tu restes une Sorcière de Sang, dans sa bouche ces mots s'apparentent à une insulte. Mais aussi certainement parce que tu n'as jamais eu l'occasion de voir les parents d'Anya ensemble. Personnellement, je m'efforce d'être ne serait-ce qu'à ça, elle laisse un espace de cinq ou six centimètres entre son pouce et son indexe, de ce qu'ils étaient l'un pour l'autre dans mon couple. Mais ce n'est pas à moi de vous parler de lui. Et Luna ne le fera pas. Elle n'a plus prononcé son prénom depuis qu'elle l'a quitté.
-Si Luna l'aimait vraiment elle ne l'aurait certainement pas quitté.
Ce que je vois dans les yeux de Moëilla à la fin de l'intervention de Morgane est terriblement dangereux. Je comprends instantanément tous le sens de ce qu'elle vient de nous avouer. Je vois parfaitement la tueuse en elle. C'est assez effrayant, en partie parce que je ne sais pas du tout de quoi elle est capable. Je ne sais toujours pas ce qui est dominant en elle puisque j'ai éliminé le loup. Il reste ce pouvoir de projection astral et cette étrange magie contenue dans ses mains.
-Tu n'es pas l'amie de Luna, Morgane. Comment le pourrais-tu ? Tu ne la connais pas.
-Je suis son amie, s'indigne la Sorcière de Sang.
-Crois ce que tu veux.
Je savais que Moëilla avait déjà prononcé ces mots avant mais l'entendre réellement et quasiment sur le même ton qu'Anya est quelque peu perturbant. Mais la ressemblance ne s'arrête pas dans le choix de l'expression, ni dans sa façon si particulière de la prononcer mais dans son sourire presque arrogent et dans son regard dure et déterminé. C'est du mimétisme pur.
Alors je le sens de nouveau, ce sentiment d'appartenance. Et cette fois, j'en suis certain : tout vient d'elle ou plutôt du loup que je devine parfaitement en elle. Mais qui, j'en mettrais ma main à couper, n'est pas le siens. J'ai déjà deviné la magie de Raven chez Anya ou perçu le loup chez la sorcière, ce serait quelque chose de semblable mais d'encore plus poussé. Pourtant, je sens au plus profond de moi qu'il ne s'agit pas de Sálbrot.
Avec cette certitude, j'ai maintenant la conviction que c'est elle qui m'a aidé à sortir des limbes quand j'y étais perdus. Je ne saurai expliquer comment elle a fait mais elle a tout de même trouvé le moyen de me guider à travers le lien de la meute. Qui dans le futur doit être plus fort qu'aujourd'hui. En revanche, comment elle y a eu accès ? Pas la moindre idée.
-J'ai encore beaucoup à faire, soupire-t-elle. Je voudrais retarder mon départ le plus possible mais, elle me fixe, je ne vais bientôt plus avoir le choix et devoir redevenir anhseubnida. Tout ceci, elle fait mouliner son poignet entre nous, n'est qu'une perte de temps et je suis tellement fatiguée. Mais laisse-moi te dire une dernière chose Morgane, si Luna est partie, ce n'est pas par manque d'amour. C'est justement parce qu'elle l'aimait qu'elle a prit ses distance, pour les protéger, lui et Anya.
-Tu ne crois pas que tu nous dois plus d'explication ?
-Je ne vous dois rien. Sauf peut-être à Raven, si je risque ma vie dans le passé c'est en partie pour elle, pour ses enfants, sa… notre famille. Parce qu'apparemment, si je ne me décide pas à dire que c'est notre famille, je risque gros.
-Si tu es ici en partie pour moi, pourquoi tu ne veux pas nous aider à sauver Anya.
-Petit un, parce que tu m'as ordonné de m'en tenir au plan. Petit deux, parce que j'ai bien trop peur de ce que tu pourrais me faire subir si j'ai l'audace de me mettre en danger. Et petit trois, parce que s'il ne doit y avoir qu'une seule chance, elle repose sur Luna mais pour ça, je dois le retrouver, lui. Sinon, Luna va juste purement et simplement s'effondrer à nouveau. Je refuse que ça arrive encore.
-Tu cherche mon… père ? Est-il seulement encore en vie ?
-Je l'espère sinon j'aurai monté toute cette mascarade pour rien. Parce que s'il est ta seule chance Anya, il est aussi celle de Man-Wol. Et c'est pour cette raison que je suis là.
-J'ai du mal à imaginer qu'elles aient quoi que ce soit en commun, intervient Madi.
-Après tout cette… Man-Wol a tenté de tuer Rae, rappelle Scarlet.
-Et c'est toi qui l'en as empêché, je me souviens.
-Parce qu'elle… Man-Wol ne peut pas me faire de mal. Elle ne pourra jamais. Je ne risquais rien.
-D'ailleurs, Anya fronce les sourcils en pleine réflexion, comment tu as su que Man-Wol s'attaquerait à Rae ? « Le plus grand espoir » pouvait être n'importe lequel d'entre nous.
-Pas quand on vient du futur, comme Man-Wol et moi. J'ai une question pour vous. Qui est… ou plutôt que veut dire Elpis-aasha ?
-C'était la Déesse de l'Espoir, je réponds. Elle a perdu la vie le jour du massacre du Cercle YomiSin.
-L'Espoir, elle sourit comme si cette réponse l'amusait. Vraiment ? Tu es sûre de toi ?
-Evidement !
-Elpis-aasha a toujours été la Déesse de l'Espoir, me soutient avec douceur Raven.
-Nous sommes des Sorcière de Sang, nous savons ce genre de choses.
-Oui, un petit rire lui échappe, et les Dieux ont toujours été Dix aussi. Je suis presque jalouse, elle soupire en penchant la tête en arrière, le MaletoMemorie de Man-Wol, est un chef d'œuvre. Je suis tellement fatiguée de devoir me battre contre lui en tout temps. Mais oui, elle roule des yeux, si ça peut vous faire plaisir Elpis-aasha a toujours été la Déesse de l'Espoir.
Et cette fois sans que nous puissions la retenir, elle sort de la chambre. Nous laissant avec encore plus de questions que lorsque nous avons commencé à l'interroger. Je réfléchis à tous ses sous-entendus, tous les messages qu'elle s'est efforcé de nous transmettre sans nous donner des réponses fermes.
Je suppose qu'elle essaye de nous mettre sur la voie, que le moment venu nous comprendrons toutes ces allusions mais pour le moment, c'est comme de vouloir résoudre une équation complexe alors qu'il nous manque l'élément principale : insoluble.
Je n'aime pas du tout cette situation, c'est comme si j'avais plusieurs coups de retard aux échecs et ce genre de chose ne m'arrive jamais. Pour me sortir de cette situation, il faut que je fonctionne par ordre. D'abord, comprendre ses souvenirs. Je sais qu'ils ont leur importance. Ensuite, protéger Luna. C'est devenu pour moi une évidence, s'il lui arrive malheur, nous pourrions perdre Anya et c'est à mes yeux inacceptable. Puis, résoudre les énigmes avec lesquels elle nous laisse gamberger, ce qui ne sera pas une mince affaire. Enfin, comprendre qui est véritablement Moëilla.
Je ne saurais l'expliquer mais je suis certaine que lorsque nous saurons réellement qui elle est, ce qu'elle est, tout deviendra bien plus facile.
Un nouveau chapitre se termine. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! Des suppositions pour la suite ? J'ai hâte de connaître vos réactions. Je mets toujours un peu plus d'une semaine à écrire un chapitre, c'est looong ! J'ai bloqué sur plusieurs passages, trop de révélations. J'espère toujours que ça ne se sent pas trop à la lecture. Vous avez aimé retrouver Melina. J'avoue… il n'y avait pas beaucoup de Scarlet, il faut dire que les échos qu'elle vivait depuis son réveille l'ont bien perturbé. L'étau se ressers autour de Moëilla, combien de temps encore pourra-t-elle se cacher ? Elle essaye d'aider sans trop s'exposer pour ne pas se mettre en danger et comme depuis le début, elle est très protectrice envers Luna. Si vous voulez creuser, essayez de comprendre ce que signifie les tatouages de Moëilla/Lyria « Brûler la vie. Tromper la mort », vous pouvez aussi chercher du côté de ce pouvoir de projection qui appartient aux mages Bichnaneun et qui n'est plus sensé exister et bien sûre, sur Elpis-aasha. Il y a pas mal de théories à faire normalement ! ;)
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre !
GeekGirlG
