Salut à tous ! :)

Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !

Je suis désolée pour le retard, je n'ai pas l'excuse du boulot avec la publication du dimanche... mais j'ai quand même réussie à oublier... désolée ! Je ne sais pas ce que j'ai en ce moment, je suis tête en l'air, c'est pas Dieu possible ! Mais une bonne nouvelle si vous n'avez pas eu le temps de regarder, les handballeuse française sont en quart de final au JO ! Et oui, j'ai regardé le résumé du match avant de réaliser que je vous avait encore oublié !

Pour dimanche prochaine et celui d'après je pars en vacances et je ne sais pas comment sera la connexion donc ma publication dépendra de ce point.

Quelque mot sur ce chapitre : Ce chapitre a été pour moi un des plus difficile à écrire depuis très longtemps. J'aborde un sujet compliqué sur lequel il ne faut pas faire de vague.

Les personnages de la série The 100 ne m'appartient pas, seule l'histoire est à moi.

Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)


Ne me regarde pas

Partie n° 4 : Injustice des têtes coupées

I've been missing yesterday Hier me manquait

But what if there's a better place? Mais s'il y avait un meilleur endroit ?

Cover me in sunshine Je me couvre de soleil

Shower me with good times Me baigne de bons moments

Tell me that the world's been spinning since the beginning Me dis que le monde tourne depuis le début

And everything will be alright Et que tout ira bien

Pink – Sunshine

Chapitre 74 : Rester

Elle réfléchissait depuis un moment pour trouver une réponse à la question que l'on venait de lui poser. Pour dire la vérité, elle n'y avait jamais véritablement pensé avant aujourd'hui. C'était inutile puisque de toute façon, elle vivait avec depuis toujours et que quoi qu'il advienne cette malédiction ou qu'importe comment les autres voulait l'appeler serait en elle jusqu'à la fin. D'ailleurs, elle n'appréciait vraiment pas ce terme : "malédiction". Ce mot était stupide. Il n'avait absolument aucun sens. Est-ce qu'elle avait fait quelque chose pour mériter de vivre tel un catalyseur pour cette chose ? Non ! Mais c'était ainsi et ce, depuis le jour de sa naissance. D'ordinaire, ce fléau était celui de tout un peuple, mais voilà où était le problème. Elle était la dernière, la seule qu'il restait et tout ce qui pouvait encore retenir ce monstre. Ce descriptif aussi était étrange, elle doutait fortement qu'il était vraiment capable de le définir. Qu'est-ce qu'ils attendaient d'elle exactement ? Pourquoi voulaient-ils absolument tout nommer ? C'était quoi au juste cette obsession ? Mais cette fois c'était différent, parce qu'aujourd'hui, c'était lui entre tout autre qui la lui posait et c'était important qu'elle réponde. Elle le lui devait après tout, il l'avait sauvé de toute les façons possibles et imaginables. Et bien plus encore.

-C'est comme ne plus pouvoir respirer, tout en sachant pertinemment que c'est vital. Tu t'accroches à cette idée abstraite, sans ne jamais pouvoir l'atteindre. Tu es continuellement en sursis, à un battement de cœur de l'agonie. Voilà, ce que c'est que de vivre avec lui. Et… c'est pire quand je dors parce qu'il… il m'avale tout entière et me recrache dans des endroits où je ne suis jamais en sécurité. Il veut se débarrasser de moi mais en même temps il a besoin de moi alors il me teste constamment pour savoir où se trouve exactement ma limite, tenter de me force à la franchir pour se déverser sur le monde sans contrôle. Ton monde. Devoir vivre avec lui c'est être en constante apnée, au bord de l'asphyxie sans ne jamais pouvoir reprendre sa respiration. Voilà. C'est ça être une… non, la dernière Pyria encore en vie.


Je vois le soleil se lever et je comprends que je suis réveillée et debout depuis bien trop longtemps. Je ne suis même pas certaine de savoir quand exactement j'ai pris le temps de dormir la dernière fois. Je suis bien trop inquiète pour penser à me reposer. Il y a quelque chose qui me perturbe, le fait de ne pas savoir exactement de quoi il s'agit me rend d'autant plus nerveuse. Je me sens terriblement agité depuis quelques jours ou plutôt semaines. Je pense que c'est depuis la visite de ce petit garçon, Ethan et de Raven qui sont venu tout droit du futur.

Il faut dire que depuis ce jour-là, les choses ont énormément changé. D'abord dans le comportement de Moëilla, c'est infime mais je vois parfaitement qu'il y a un élément qui la perturbe. C'est comme si elle c'était lancé dans une véritable course contre la montre. J'aimerai pouvoir l'aider mais j'ai la sensation qu'elle m'éloigne. Ce constat me fait très mal même si je suppose qu'elle a ses raisons.

Et c'est sans parler du regard de Melina qui a complètement évolué sur ma personne. Je connais les échos. J'en ai vécu quelques-uns. J'ai donc une petite idée de ce qu'elle a pu voir bien que je ne comprenne pas les raisons qui ont pu pousser son esprit à se concentrer sur moi. Je suis assez mal à l'aise à l'idée de savoir qu'elle ait une connaissance un peu plus approfondit de mon passé.

Je n'aime pas cette sensation, celle de perdre le contrôle. Je me sens de plus en plus piégé. Par moment, je voudrais être n'importe où sauf sur cette île, n'importe où à partir du moment que je m'éloigne de mes responsabilités et de ma meute. Tout ce qui me fait tenir, qui me pousse à rester c'est Anya. Je suis véritablement heureuse d'avoir la chance de pouvoir apprendre à la connaitre en étant presque moi-même.

Presque… il est là, tout le problème.

Je frotte nerveusement mon avant-bras gauche. J'ai un moment d'absence en remarquant que je suis capable de ressentir plus précisément les différentes stries de ma cicatrice. Je fronce les sourcils. Je place alors mon bras de telle façon que je puisse le détailler. Je me demande si ce qui protégeais une part de celle que je suis vraiment, perd de son ascendant. C'est très peu probable. Il faudrait que plusieurs personnes me voient enfin tel que je suis.

Et si ce serait inespéré, je doute que ce jour arrive à nouveau. Il n'y a que trois personnes qui ont eu à cœur de véritable apprendre à me connaitre au-delà des apparences. Trois... trois...

Je ferme doucement les paupières en me demandant pour quelle raison à chaque fois que je pense à ces trois personnes depuis que je suis revenue à la vie, je me sens aussi perplexe. Trois... est qu'ils étaient vraiment trois ? Trois... trois... seulement trois ?

Il manque quelqu'un, je le sens c'est indéniable.

Je serre les poings. Je commence vraiment à être agacée par cette situation. Je sais parfaitement qu'une information me fait défaut. Je le sais. J'en ai la certitude parce que c'est comme si on m'avait arraché une partie de mon cœur et c'est de plus en plus douloureux chaque jour.

Je perçois les premiers bruits qui révèlent que l'île se réveille lentement et les angoisses reprennent. Je vais devoir remettre mon masque et me contente d'accepter ce que les autres veulent bien voir de moi. J'en ai la nausée rien que d'y penser. Je voudrais simplement pouvoir me libérer de toutes ces entraves, une bonne fois pour toute. Encore une fois, les veilles cicatrices me démangent et je passe mes ongles sur ma peau abîmée encore et encore, créant une rougeur qui va devenir visible si je continue. Mais je ne peux pas m'en empêcher, alors je laisse des traces se former sous la pression et la persistance du geste. De haut en bas, de haut en bas, de haut en bas, encore, encore et encore.

Mon cœur s'accélère alors que le frottement peau à peau en font de même. Mon palpitant semble imploser alors que ma respiration se coupe net. Et puis le sang jaillit alors mes doigts se figent puis ma main tremble, l'odeur du mon sang titille mes narines. Je n'ose pas regarder. Je me sens encore plus enfermée dans mes angoisses. Je frôle la tétanie. La douleur irradie mon bras et pendant une fraction de seconde, je me sens infiniment mieux même si ce sentiment va de pair avec un profond sentiment de culpabilité.

Puis, parce que je suis maudite, parce que je suis condamnée à vivre avec un loup dans mon corps, tout s'efface. Alors seulement mes yeux trouvent la peau de mon avant-bras redevenu complètement intacte ou presque parce qu'il reste encore du rouge. Rien à voir avec une agression cutanée quelconque c'est seulement mon sang qui est resté cloitré à l'extérieur de mon corps. Pendant une seconde, je repense à cette lame d'argent, celle qui m'a permis d'entailler mes avant-bras sur toute la longueur. Je repense à ce choix que j'ai fait, à ce seul moment de liberté qui m'a été accordé et alors j'ai terriblement envie de retrouver ce souffle d'indépendance qui m'a porté ce jour-là.

Mais je ne peux pas.

J'ai donné ma parole. Je lui ai promis de ne plus me faire du mal. Je n'ai pas l'intention de briser ce serment. Et puis, je n'ai pas le droit de laisser Anya seule. Je lui ai déjà fait bien assez de mal. Pourtant, c'est de plus en plus difficile. Je déteste vivre. Vraiment.

D'autant, que je suis de plus en plus persuadé qu'il… il est forcément mort, n'est-ce pas ? Pour quelle autre raison Moëilla ne parviendrait pas à le retrouver ou même à l'atteindre. Je dois me faire une raison. Celle que je suis seule et que je le demeurais pour le reste de ma vie. Je peine parfois à croire que je puisse ressentir à ce point un tel sentiment d'isolement alors que je suis continuellement entouré. C'est justement toute cette attention, toutes ces personnes qui sont incapable de voir au-delà de ce que je laisse entrevoir, qui m'enferme et m'isole toujours plus. Je me suis cachée d'abord parce que je n'avais pas le choix, que c'était une simple question de survie puis, pour le protéger lui et enfin Anya. C'est mon amour infinie pour eux qui me pousse à rester en retrait. Je nous protège en tentant d'exister le moins possible.

Si je m'efface petit à petit peut-être que les autres me libérerons enfin de ces terribles chaines qui m'empêche de vivre depuis le jour même de ma naissance.

-Luna, mon prénom est hurlé de façon désespérée avant que ma main s'éloigne définitivement de mon bras avec une grande force, mais qu'est-ce que tu fais ? C'est… du… sang ? Qu'est-ce que tu as fait ?

Je tente d'abord de me libérer mais à cet instant, je n'ai aucune force. Je suis tellement fatiguée. Je ne suis même pas capable de voir distinctement le visage de la personne qui se tient devant moi et je suis encore moins dans la capacité de reconnaitre la voix de la personne qui vient de m'arrêter. A cet instant, si je me laissais aller, je ne pourrais faire qu'une seule et unique chose : m'effondrer.

Je crois sentir des larmes silencieuses dévaler mes joues. J'en ai assez. Je n'en peux plus de maintenir ce masque. Je veux simplement pour une fois être moi. Je me fiche de pouvoir paraitre faible. Je suis fatiguée, tellement fatiguée. J'ai le cœur brisé en mille morceaux. J'ai perdu toutes les personnes que j'aimais et la seule qui me reste me déteste alors j'estime que pour une fois, j'ai le droit de pleurer. Qu'importe ce que peuvent penser les autres… je prends ce droit. De toute façon, je ne vais pas parvenir à faire semblant plus longtemps.

Je crois simplement que l'éloignement de Moëilla même s'il est certainement justifié est… comment dit-elle déjà ? La goutte d'eau qui fait déborder le vase. Oui. C'est bien cette expression si imagée, à laquelle je pensais. Voilà comment je me sens. Comme un stupide récipient à qui l'on en demande trop et qui doit trouver un moyen de se vide.

Je dois faire le vide. Arrêter de me voiler la face. Parce qu'il est certainement mort et que je n'aurais plus jamais l'occasion d'être moi-même. Je suis seule. A jamais.

-Luna ! C'est pas vrais, mais qu'est-ce que tu… Luna !

Sans comprendre ni comment, ni pourquoi, je me prends une gifle monumentale. Ma tête est violement envoyer de l'autre côté, je me sens reprendre une forte inspiration comme si durant toute mon introspection j'avais été incapable de respirer. La rage devrait m'envahir après ce geste plus que déplacé mais je suis bien trop reconnaissante d'avoir pu échapper à ces idées moroses. Les larmes continuent de couler quand je pose mes yeux sur la personne qui vient de me réancré douloureusement dans la réalité.

Mon regard se durcit alors que j'appose mes doigts sur ma joue endoloris. Je découvre aussitôt les regrets marqué le visage de celle qui m'a tiré de cette mauvaise passe. Ses mains s'agitent, essayant tantôt de se protéger, tantôt de se justifier alors que ses lèvres s'agitent sans qu'un seul mot ne sorte. Puis, ses deux index se dressent quand elle prononce des excuses avant d'enchainer aussitôt :

-Tu perdais le contrôle. Je suis désolée mais c'est tout ce que j'ai trouvé de sensé à faire. Ne me bouffe pas pour le petit déjeuner s'il te plait. Quoi que… ton loup semble plutôt éloigné maintenant, elle grimace, encore désolée. Je ne savais pas quoi faire.

-Clairement, un soupire m'échappe, frapper un lycanthrope alors qu'il perd le contrôle n'est pas une bonne idée. En général la violence l'agace encore plus. Il n'y a rien de mieux pour qu'il parte en frénésie.

-Oh merde ! Je ne sais pas pourquoi j'ai trouvé que c'était logique. Je suis désolée ! Vraiment !

-Tout va bien Raven, je masse encore ma joue, elle a une sacrée force, je ne suis pas n'importe quel loup. Tu m'as réancré, merci.

-Ce sont de vrais remercîments, demande-t-elle en s'éloignant légèrement, parce que sincèrement tes yeux ont l'air de vouloir m'assassiner.

-Je ne te ferais jamais de mal, je réponds en fronçant les sourcils. Qui t'as appris à frapper comme ça ? Tu as utilisé la magie ? Ma mâchoire a bien failli s'arracher.

-Je n'ai pas utilisé ma magie, m'assure-t-elle, j'ai utilisé la bonne vieille méthode, poursuit-elle en brandissant sa main droite, remplis de cicatrice, et je… je ne sais pas, j'ai simplement frappé, je ne suis pas du genre à utiliser mes mains pour, elle mime un coup de poings, me défendre. Anya déteint vraiment sur moi, elle soupire. Encore désolée.

-Ce n'est rien, je baisse les yeux. Tu m'as aidé, merci.

Je continue de masser ma joue non sans un soupire. Je me demande si Anya a conscience que Raven se définit de plus en plus comme étant un membre à part entière de sa meute et que c'est justement ce point qui effraye Morgane.

Morgane... sans vraiment m'en rendre compte les démangeaisons reprennent et je leurs cède. Je recommence à faire des vas et viens sur ma peau alors qu'une forte nausée secoue une bonne partie de mon corps. J'ai vraiment du mal à accepter la méfiance de mon amie à mon égard, d'autant plus que nous avions fini par nous réconcilier. Je ne comprends pas son changement de cap, encore moins son éloignement. Mais j'essaye aussi de ne pas oublier qu'avant tout elle est et restera à jamais une sorcière de Sang.

Morgane a toujours été si mal avisée dans ses relations. Elle était si maladroite, ce qui rendait absolument toutes notre relation bien plus vraie à mes yeux que tout autre. Je savais qu'elle était incapable de faire semblant, que lorsqu'elle appréciait quelqu'un c'était toujours sincère. Je me sentais terriblement privilégié de faire partie de ce cercle très fermé. Mais j'ai perdu ce privilège il y a très longtemps et je doute sincèrement que j'aurais le droit à une seconde chance. Qu'importe à quel point c'est douloureux, il est temps que je l'accepte avant de lui donner plus d'opportunité de me blesser.

Morgane n'est plus mon amie. Enfin... je la considérerais toujours comme tel mais je sais que de son côté, les choses ont changé et c'est définitif.

-Luna, l'inquiétude dans la voix de Raven me semble beaucoup plus présente qu'un peu plus tôt. Tu... tu recommences ?

-Pardon ?

-Ton bras, elle semble hésiter en prononçant ces deux mots, tu recommences. C'est... qu'est-ce qui t'arrive ? Ce genre de choses... sont fréquentes ? Je n'ai jamais vu Anya faire quoi que ce soit de semblable ? C'est à cause de mon intervention, panique-t-elle, parce que j'ai empêché ta transformation ? Je sais... enfin... c'est douloureux n'est-ce pas ?

-Raven...

-On devrait aller voir Abby ! Ouais clairement, elle écarquille les yeux en s'approchant rapidement me forçant à nouveau et éloigner ma main droite de mon bras, on va voir Abby, tout de suite !

-Je vais bien. Je n'ai pas besoin...

-Tu saignes ! C'est non négociable !

Avant même que je puisse avoir l'idée de protester à nouveau, je me sens être happée par la magie et transporter à une vitesse folle. Quand mes pieds semblent être à nouveau stable sur le sol, je me sens que peu étourdie comme si je m'étais pris un gros coup sur la tête. Je vois parfaitement les amas écarlates de la magie de Raven se dissiper dans l'air mais la sorcière est loin de mon champ de vison. Je me souviens m'être déplacé à plusieurs reprises grâce à la magie, avec lui, Morgane ou même Moëilla mais je ne m'étais jamais sentie à ce point en sécurité tout en étant complètement malmené.

Mon loup n'a pas du tout apprécié ce moyen de transport. Encore moins alors que nous n'avons pas été prévenu mais comme moi, il se sent étrangement apaisé.

-Abby, hurle la voix éloignée de Raven. Abby ! On a une urgence, rapplique immédiatement !

-Une urgence, je répète incertaine alors que je recommence à gratter les contours de ma cicatrice, n'exagère pas la situation, je demande alors que mon cœur se compresse comme dans un étau, je vais bien.

-Ma fille va bien, arrive complètement paniquer l'humaine, en enfilant assez maladroitement sa blouse, ce n'est pourtant pas toi qui dois veiller sur elle aujourd'hui. Que se passe-t-il ?

-Clarke va parfaitement bien, prononce en douceur Raven et je comprends parfaitement à son comportement qu'elle chercher à rassurer le médecin. Clarke n'a pas eu de perte de contrôle depuis un petit moment et aujourd'hui c'est Lexa qui veille sur elle.

-Dans ce cas, elle reboutonne la blouse parfaitement blanche alors que mes démangeaisons redoublent, c'est Anya ? Le bébé est en avance ? Skye a eu la gentillesse de me communiquer la date exacte de sa naissance et c'est trop tôt. Mais peut-être que le simple fait qu'elle ait voyagé dans le temps a modifié ce…

-Abby, la coupe Raven. Anya et le bébé vont bien. Enfin, elle soupire, Anya a encore passé une sale nuit. Elle a fini par s'endormir il y a peut-être une ou deux heures et j'avais besoin de prendre l'air.

-Tu veux quelque chose pour t'aider à dormir, demande sceptique le médecin.

-Non, répond blasée la sorcière, si je voulais dormir, j'utiliserais ma magie. Je ne me goinfrerais jamais de pilules.

-Dans ce cas où est l'urgence ? Si c'est encore Melina, je jure que je vais tuer cette gamine. J'en ai plus qu'assez de devoir constamment recoller les morceaux !

-C'est Luna, la sorcière de ma fille se retourne vers moi avec un franc sourire avant de se décomposer en à peine une seconde et de bondir pour séparer encore une fois mes deux membres, il faut vraiment que tu arrêtes de faire ça !

-Qu'est-ce qui se passe exactement ? Je peux, demande le médecin en pointant mon bras du doigts.

-Rien d'inquiétant, je soupire. Je suis désolée pour le dérangement.

-J'ignorais que les lycanthropes pouvaient avoir des lésions cutanées dans ce genre, poursuit pourtant Abby. A mon sens, il faudrait trouver rapidement d'où provient ce problème et le résoudre. C'est peut-être dû à votre retour parmi les vivants. Il ne faut pas ignorer ce genre de symptômes, imaginez que votre meute soit atteinte par le même mal. Vous devriez me laisser regarder. Pour votre meute.

Je dévisage un moment Abby. J'ancre ensuite parfaitement mon regard dans le siens. Je suis forcé de constater qu'elle est douée. Elle sait exactement quoi dire à un loup pour qu'il écoute. Prendre à partit la meute pour qu'un alpha ouvre les oreilles est très malin. Dommage que ce genre d'argument ne fonctionne pas avec moi.

Je dévie mon regard vers Raven qui parait sincèrement inquiète et je refuse que ce trouble se répercute jusqu'à Anya. D'autant plus si elle vient tout juste de parvenir à s'endormir après une mauvaise nuit. Je secoue doucement la tête. Je déteste devoir abandonner aussi vite mais si je peux rassurer la sorcière et par extension ma fille alors je vais me plier à cet examen parfaitement inutile.

-Le coup de la meute fonctionne vraiment d'ordinaire, je ne peux tout de même pas m'empêcher de demander.

-Avec Lexa, Abby fronce légèrement les sourcils, toujours. C'est le seul moyen de l'arrêter assez longtemps pour qu'elle nous écoute, ses responsabilités d'alpha l'oblige à prendre le temps qu'il faut pour être soigné. Et vous êtes une alpha, n'est-ce pas Luna ?

-Pas par choix, je réponds sans vraiment y faire attention en tendant le bras, lui donnant implicitement l'autorisation de l'inspecter. Ce n'est rien de grave, j'ajoute quand elle enfile d'étrange gants sur ses mains. Ce genre de choses arrivent fréquemment, j'ai l'habitude.

-Donc, elle reprend en analysant ma peau sous tous les angles, rien à voir avec votre retour dans le monde des vivants.

-Cette conclusion me parait un peu hâtive.

-Que voulez-vous dire ? Cette marque, je frisonne et manque de retirer fermement mon bras quand je réalise que ses doigts parcourent ma cicatrice, est étrange. Vous l'avez déjà vu auparavant ? Tu as déjà vu quoi que ce soit de semblable Rae ? Ce pourrait-il que ce soit de la magie ?

-Ça suffit, je dis gentiment en retirant mon bras, le repliant jusqu'à ce que mes doigts touchent mon épaule et en le protégeant de mon autre bras. J'insiste sur le fait qu'il n'y a rien de grave ? C'est tout à fait normal. Encore une fois, j'ai l'habitude.

-Tu as l'habitude d'avoir des démangeaisons si intenses que tu te retrouves en sang.

-Oui, je souffle. Et ce n'est pas parce que ceci ne m'était plus arrivé depuis que j'étais soi-disant morte qu'il faut s'inquiéter. Je vais parfaitement bien. Je vais juste, je cherche des yeux une porte, partir dès que je saurais par où passer.

-Je suis désolée Luna, reprend Raven en se plaçant devant moi, mais c'est tout sauf normal. Et Abby a raison, cette marque est inquiétante. Et si quelqu'un t'avait jeté un sortilège. Le Haut-Conseil veut peut-être te faire du mal. Ils n'ont pas récupéré Lyssa pour rien. Et s'ils voulaient t'affaiblir avant de te forcer à t'impliquer dans un combat pour la domination de la meute ? Si tu perdais…

-Ils n'ont pas besoin de se donner tant de peine pour me faire du mal, je ne peux m'empêcher de répondre. Ils ont déjà détruit tout ce qui avait un semblant d'importance à mes yeux.

-Luna, s'il te plaît, je suis parfaitement capable de voir Anya à travers les yeux de Raven, laisse-nous t'aider, nous ne pouvons pas te laisser dans cet état.

-Ton lien avec Anya est très agaçant, je soupire les dents serrées.

-Quoi ? Je croyais que contrairement à ma mère, tu nous supportais à 100% !

-C'est le cas, j'assure sans la moindre hésitation.

-Vous avez besoin de prendre vos distances, je me retourne brusquement vers Abby à la fin de sa phrase. Jack m'a souvent parlé de vous et aussi de Morgane, énormément, elle roule des yeux en ponçant ce mot. Heureusement que je vous savais tous les deux six pieds sous terre, sans quoi j'aurai été horriblement jalouse.

-Je suis vraiment navrée pour la mort de Jack, je baisse les yeux attristés en pensant à lui, c'était quelqu'un de bien malgré son penchant pour l'Obscurité.

-Ce n'est pas là que je voulais en venir, élude Abby un peu rapidement. Vous savez comment il était. Il remarquait les détails, je fronce les sourcils en entendant ce mot, il m'a souvent dit que vous étiez différente des autres alphas, vous aviez l'habitude de disparaitre sans laisser de trace, parfois pendant des jours, des semaines et même… presque une année entière.

Instinctivement, je serre les poings pas parce que je refuse de penser à toutes ces fois où j'ai tenté de m'enfuir alors que le Haut Conseil me rattrapait à chaque fois. Mais parce que les démangeaisons reprennent et que c'est quasi insupportable. La cicatrice me fait tellement mal. Je sens mon regard s'obscurcir de larmes. Je force encore la pression de mes doigts. Je n'ai aucune envie de me souvenir de la douleur… l'horrible souffrance qui m'habitait chaque jour : celle indescriptible de devoir vivre.

Je veux éloigner le plus possible, ce profond désespoir qui avait pris toute la place dans mon cœur et dans mon âme la fois où je suis partie en étant certaine que cette fois, personne ne pourrait me rattraper. Jamais. Ou alors, quand ils finiraient par me retrouver, cette fois ce serait trop tard parce que je ne serai plus de ce monde. Je suis presque capable de sentir de nouveau la lame d'argent transpercer ma peau. Une part de moi sait que j'aurais dû avoir peur mais tout ce que j'étais capable de ressentir c'était un profond sentiment de liberté. Je faisais enfin mes propres choix et cette fois personne ne serait assez rapide pour m'empêcher d'être moi-même. Je m'étais persuadée que j'avais vécu dans l'ombre de toutes les personnes qui m'avait entouré depuis le jour maudit de ma naissance mais j'allais mourir dans la lumière de celle que j'étais vraiment. J'étais prête à tout abandonner, cet homme que je n'aimais pas mais qui partageait ma vie, mes enfants, ma meute, tout.

Pour la première fois de ma vie, je faisais un acte égoïste et ce serait le dernier.

-S'éloigner, répète Raven sans que je ne l'entende vraiment, vous vous ressemblez bien plus que ce l'on pourrait croire avec Anya.

-Anya ne disparait pas, contre Abby.

-Je suis littéralement dans sa tête. Anya a constamment envie de fuir. Elle accepte enfin d'être alpha, d'autant plus depuis que j'ai officiellement rejoint la meute mais, il y a une pause un peu trop longue, qui me laisse divaguer, je n'avais jamais pris en considération qu'Anya pouvait tout comme moi avoir des idées noires au point de se faire du mal, elle reste assez mal à l'aise à l'idée d'être au-dessus des autres. C'est pour cette raison que nous ne parlons pas de meute mais de famille. Si tu as besoin de prendre l'air Luna, reprend aussitôt Raven, tu n'as qu'un mot à dire et je t'emmène loin de cette île, elle me sourit sincèrement, évidemment, je ne resterais pas trop loin pour être certaine qu'il ne t'arrive rien parce que nous nous protégeons les uns les autres, assure-t-elle, et qu'il est hors de question que tu risques ta vie mais une balade est plus qu'envisageable. Tu veux que je t'emmène quelque part en particulier ?

-Je ne suis pas certaine que ta proposition l'aide avec cette éruption cutané, reprend Abby alors que je n'ose pas répondre à Raven. Comment disait Jack déjà ?

-Je ne veux pas entendre ce que Jack avait à dire à mon sujet, je la coupe. Il avait certainement raison, comme toujours mais je ne veux pas l'entendre. Je vais parfaitement bien, tout ceci n'est qu'une perte de temps.

-Luna, cherche de nouveau à m'arrêter Raven d'une voix très douce.

-Si vous mettez votre vie en danger, je me dois d'intervenir.

-Comment ça ? Pourquoi Luna mettrait-elle sa vie en danger, panique la sorcière.

-Parce qu'elle toujours eu un comportement autodestructeur.

Je fusille Abby du regard. Comment peut-elle dire ce genre de chose devant Raven ? Cette dernière est clairement inquiète, elle n'a donc aucune compassion ? Je conçois que ce soit la vérité mais je ne le crierais pas à qui veut bien l'entendre. Et j'aurai préféré que ceci ne soit pas ébruitées. Pourtant avec cette bombe qui vient d'être lancé, je suis forcée de constatée que je m'étais trompée. Au moins une personne me voyait durant toute ces années : Jack. Je me demande seulement comment il a pu ne rien faire pour m'aider. Est-il aussi effrayé que moi par le Haut Conseil ? C'est une possibilité.

-Autodes… qu'est-ce que… Luna c'est… Abby a tort, n'est-ce pas ? Moëilla a dit que tu n'allais pas bien mais… ce n'est… par tous les Dieux, je vois la panique briller de mille feux dans les yeux de Raven, la… la mort rodent autour de toi. Anya est vraiment ta seule raison de vivre ?

-Qu'est-ce que Moëilla a dit d'autre ?

-C'est tout ce que tu as à dire ?

-Qu'est-ce que je pourrais dire d'autre Raven ?

-Mais que c'est faux, évidemment, que nous avons toutes les deux torts, n'importe quoi.

-Je peux le faire, j'assure calmement, mais ce serait un mensonge et je crois savoir qu'Anya n'apprécie pas ce genre de chose et à mon sens, te mentir, c'est lui mentir à elle.

-Mince, elle se décompose avant de reculer pour trouver appuie sur une table. Alors l'autre point est vrai aussi ?

-Quelle autre point, veut savoir Abby.

-Alexander ne serait pas le père d'Anya.

-Alexander n'est pas le père d'Anya, je réponds aussitôt. Ce n'est pas comme si j'essayais de le cacher depuis que nous sommes revenus, absolument toute nos disputes tournent autour de ce sujet

-Alors, je vois parfaitement que Raven est complètement perplexe, qui est le père d'Anya ?

Par reflexe, je viens prendre doucement mon médaillon entre mes doigts. Je baisse les yeux avant de clore mes paupières. J'inspire profondément alors que je revois ses iris marrons très clairs, avec une couronne grise presque argenté qui les encerclais. Je me suis perdue tellement de fois dans cette profondeur que je serais capable de les décrire de mille et une façon possible, de les dessiner ou si j'avais accès à la magie de recréé ce regard si particulier. Je ne me suis pas simplement sentie belle ou aimé dans ses yeux mais tout simplement exister.

J'ai conscience d'avoir passé les plus beaux moments de toute mon existence à ses côtés. Je sais pertinemment que je devrais me contenter du peu de temps qui nous a été accordé et être reconnaissante. Mais j'en suis incapable parce que je l'aime et je voudrais que chacune de mes secondes se passe à ses côtés. Il me manque tellement. Je sacrifierais tout pour le revoir, rien qu'une fois. Je donnerais n'importe quoi pour simplement repasser mes doigts dans ses cheveux blonds, ondulé et toujours emmêlés. J'éclatais toujours de rire quand je finissais finalement par être obligé d'utiliser mes deux mains pour me défaire de l'emprise de sa chevelure. Je damnerais mon âme aux Enfers rien que pour toucher à nouveau sa peau, enlacer ses doigts avec les miens, poser mes lèvres sur les siennes.

Je secoue la tête pour repousser le souvenir du moment où nous nous sommes quittés pour protéger notre enfant. Je suis encore capable de sentir sa main sur mon ventre. Je me souviens parfaitement des mots qu'il a prononcé à Anya. J'aurais peut-être un jour le courage de les transmettre à notre fille, de lui dire à quel point elle était aimée, désiré et attendu et que s'il n'y avait pas eu cette menace qui planait constamment au-dessus de notre amour, nous serions tous les deux rester avec elle.

Je suis capable de me remémorer chacune des sensations qui a électriser mon corps alors qu'il m'a doucement embrasser le front avant de me serrer dans ses bras en usant pour la première fois du mensonge à mon égard en m'assurant que nous pourrions leur résister, qu'ils ne nous retrouverons jamais alors même qu'ils étaient à notre porte, qu'il pourrait tout aussi bien venir avec moi sans que personne n'ait rien à redire, après tout il y avait l'empreinte pourtant nous savions que s'il se confrontait à Alexander, au Haut Conseil et il ne leur survivrait pas. Il était puissant, autrefois. Il aurait pu tous les renverser d'un revers de mains, mais c'était avant que les Dix ne s'en prenne à lui et au siens. Il avait lui-même bridé ses pouvoirs pour être certain de ne pas attirer l'attention et aux yeux de tous, il n'était plus qu'un sorcier, tout juste médiocre. Il ne pouvait être lui-même, laisser tout sa puissance s'imposer seulement sur Rheen, aux abords du fleuve Ibis.

J'ai eu l'occasion de le voir utilise ses pouvoirs, ses vrais pouvoir. Et il est incroyable. J'ai rarement rencontre un être débordant d'une telle puissance, même Morgane ferait pale figure à côté de lui. Je comprends qu'en dehors de cet endroit il soit obligé de se brider. Je jouais souvent de façon nostalgique avec le bracelet qui réprimait son pouvoir. Je sentais que parfois les retenir de la sorte lui faisait mal physiquement alors j'aurai simplement voulu l'arracher de son bras pour le libéré. Mais tant que le Dix demeurait… il ne pourrait pas se libérer de cette entrave. Jamais.

-Je ne veux pas en parler, c'est à peine un souffle. C'est beaucoup trop douloureux.

-Luna…

-La discussions est close !

Je coupe Raven un peu trop brusquement mais je ne veux… peux pas en parler. Ce serait un peu comme m'arracher le cœur pour le piétiner. Il est absolument hors de question que je m'impose une telle ignominie. Je peux en supporter beaucoup, vraiment. J'ai déjà surmonté plus d'épreuve que la plupart mais il y a certaine ligne que je refuse de franchir.

Je n'ai aucun doute. Si par malheur, je devais ne serait-ce que prononcer son prénom, si je devais expliquer qui il est, le décrire ou simplement évoquer notre histoire. Je m'effondrerais et cette fois, je ne suis pas certaine que je serai capable de me relever.

Je suis forte, parce qu'il me la demander, parce que je devais protéger Anya. Mais ce n'est qu'une façade, sous le masque, je suis encore cette petite fille à qui on a tout arraché parce qu'elle a eu le malheur d'avoir la capacité de se transformer en loup.

-Je suis désolée, je murmure. Je ne devrais pas crier sur toi Raven. Tu as été plus que gentille jusque-là et je t'en remercie. Ce sujet est simplement… hors limite.

-Moe avait dit que tu ne prononçais même plus son nom.

-Moëilla me connait très bien, c'est une des très rare personne à m'avoir connu avec lui.

-Tu sais qu'elle le cherche ?

-Je sais. Oui.

-Et, la sorcière semble hésitante, tu ne penses pas qu'il serait important que tu nous en parle avant que Moe ne le trouve, surtout à Anya ?

-Les chances qu'il… ait, je me racle la gorge, en sentant des larmes m'échapper, survécu sont très faible. Tant qu'il n'y aura que des « si » pour me conforter je n'en parlerai pas. Parce que si je le fais, je viens toucher douloureusement ma longue cicatrice, si j'ai trop d'espoir et que tout s'effondre, je ne parviendrais pas à me relever.

-Vous savez, sourit Abby, celle-ci, elle pointe Raven du pouce, est plutôt douée pour retrouver les gens. Dois-je vous rappeler, qu'elle est allée chercher votre fille dans le passé ?

-Je peux peut-être aider, confirme cette dernière.

-Je ne te demanderai jamais de faire une telle chose. Je refuse que tu te mettes en danger. Tu es tout le monde d'Anya, s'il t'arrivait quelque chose, je ne me le pardonnerai jamais. Tu as déjà bien assez souffert à cause de Lyssa. Je n'aurai pas assez de toute une vie pour nous faire pardonner cet affront. Une empreinte est sacrée, la dénaturé est inacceptable.

-Vous avez une empreinte avec le père d'Anya, semble comprendre Abby.

-C'est pour cette raison que tu ne crois pas à sa survie, parce que… tu es morte.

-Quand je l'ai quitté, je réponds tristement en continuant de faire les contours de ma cicatrice, il m'a dit que nous ne nous reverrions dans cette vie, pas si nous voulions préserver notre enfant. Nous étions d'accord, c'était pour nous une évidence et si nous devions le refaire, je sais que nous ferions exactement le même choix : sacrifier notre amour pour qu'Anya puisse vivre.

Le silence qui suit m'indique que les deux femmes en face de moi, assimile peu à peu la personne que je suis véritablement. Elles commencent à me voir. J'ignorais que ce serait possible, d'autant plus avec Raven. Je sais que la sorcière à une image peu reluisante de moi. Elle ne m'a connu qu'après l'avoir quitté. Je n'étais déjà plus que l'ombre de moi-même et je sais que comme sa mère, comme Anya, elle pense que je l'ai sacrifié pour protéger Lyssa. C'est entièrement faux mais c'est bien de cette façon que la fille de Morgane me voit. Comment pourrait-il en être autrement ?

Des picotements assez désagréables me brûle les avant-bras. J'ai vécu quelque chose d'assez semblable il y a quelques jours quand Melina s'est réveillée après l'écho. J'ai senti son regard sur moi changer et par la suite, je suis quasiment sûre qu'elle a été capable de voir mes cicatrices. Je ne comprends pas ce phénomène pourtant, il me semble bien réel. D'autant plus quand je vois les yeux de Raven s'écarquiller alors qu'elle fixer mes anciennes blessures.

En moins de temps qu'il faut pour le dire, elle se redresse et comme l'avait fait Anya quand elle les avait aperçus momentanément elle prend mes deux bras entre ses mains. Je la sens trembler légèrement. Son regard revient sur moi et je comprends qu'elle a du mal à assimiler ce qu'elle voit. Je vois des larmes dans ses yeux alors je tente de me dégager. Je n'ai pas envie de la rendre triste. Je sais que ses émotions se répercute jusqu'à Anya et je ne veux pas que ma fille soit perturbée à cause de moi.

-Qu'est-ce que… quand as-tu… Luna ?

-C'était il y a très longtemps, je tente de récupérer mes bras mais Raven ressert ses doigts pour m'empêcher de bouger, arrête de t'inquiéter. Je ne recommencerais plus.

-Je comprends mieux les démangeaisons, je perçois à peine la voix d'Abby.

-Quand, insiste Raven. Quand est-ce que tu…

-Bien avant la naissance d'Anya. Arrête de t'inquiéter.

-Arrête de me dire ça !

Les hurlements de Raven me font sursauter. Pendant un instant sa réaction, me fait penser au comportement de… de…

Je tourne vivement la tête vers l'extérieur. Je fronce les sourcils. Je crois entendre Raven m'appeler ou plutôt crier mon nom à en perdre ses cordes vocales mais je reste focaliser sur ce sentiment qui m'englobe. La pression des mains de la sorcière s'accentue et durant un court instant, je suis presque capable de sentir le sang s'échapper de mon corps à nouveau, ma vie s'envoler jusqu'à… jusqu'à…

Je suis perdu entre l'instant présent et le passé. Je ne suis plus qu'à un ou deux battements de cœur d'enfin trépasser quand quelque chose arrête le saignement. Je me débats contre cette idée. Je refuse que l'on puisse m'arracher ce moment qui aurait dû n'appartenir qu'à moi. Mais qu'importe à quel point je veux mourir, je reprends des forces. Je fini même pas ouvrir les paupières à nouveau et je me perds instantanément dans deux grands yeux gris. Je suis profondément choqué par tout le chagrin que je suis capable de lire dans son regard. C'est à peine possible et pourtant elle a encore plus souffert que moi.

« S'il te plait, il a besoin que tu restes en vie. » Je perçois encore parfaitement ces mots et même sa voix. J'ai suivi son regard. Il y avait d'étrange tissus rouges qui me barrait légèrement la vue et pourtant, j'ai fini par le distinguer. C'était la toute première fois que je le voyais. Un seul regard et nos destins étaient liés à tout jamais par l'empreinte. « Reste en vie. »

-Luna, je cligne des yeux alors que la voix de Raven semble me transpercer les tympans.

-Moë…

Je me stop net Moëilla n'est pas son prénom et encore moins ce qu'elle est. Je me souviens. Je me souviens enfin. Je ne comprends pas comment j'ai pu oublier quelque chose… non… quelqu'un d'aussi important à mes yeux. Je ne peux m'empêcher de me demander ce qui s'est passé parce que Lyria… par toutes les lunes, qu'il est bon de penser à elle par son véritablement prénom. Lyria. Je pourrais presque en pleurer. C'est comme si cet énorme vide dans mon cœur depuis mon retour se comblait enfin. Je le savais depuis le début, il n'y avait pas que lui qui me manquait mais elle aussi… Lyria.

Et puis, je sens comme un terrible coup au cœur. J'ai la certitude qu'elle est en danger. Je ne sais pas si c'est le fait que je me souvienne qui mets tous mes sens en alerte mais soudainement, je ne me concentre plus que sur elle : Lyria. Je n'ose imaginer comment elle a dû se sentir ces dernières semaines. Je ne peux pas croire que même avec moi, à ses côtés elle ait pu à nouveau se sentir complètement seule. Je m'en veux terriblement d'avoir été capable de l'oublier. Pire de…

Une migraine colossale fait imploser cette barrière qui de toute évidence emprisonnait… non, ce n'est pas le bon therme, trompait mes souvenirs. Quelqu'un à jouer avec ma mémoire. Je pensais que c'était Moëilla, pour me protéger mais… de tout évidence, c'est bien plus complexe. Et Lyria, la Lyria que je connais ne se serait jamais infliger ce genre d'épreuve. Elle ne s'imposerait pas une telle douleur. Je sens Moëilla s'effacer, il ne reste presque plus aucune trace d'elle, juste Lyria. Mon palpitant s'accélère de plus en plus alors que mes vrais souvenirs réapparaissent un à un, remettant tout en place.

Je commence à me transformer. Il est fou de rage d'avoir été abuser de la sorte. Mais pas contre elle, il ne pourrait jamais être en colère contre Lyria. Nous savons qu'elle n'a rien à voir dans cette manipulation. Elle en aurait été incapable. Elle a toujours détesté que l'on puisse les confondre, elle ne l'aurait jamais accepté. Alors, elle a forcément subi cette manipulation comme chacun d'entre nous. Elle a subi… elle souffre encore. Je laisse sans la moindre hésitation le loup prendre les rennes pour cette reconstitution.

Subitement tout ce qui m'entoure devient plus sombre. Je connais ce phénomène. Je force Raven à lâcher prise alors que mon loup s'écrase et se révolte contre l'étroitesse de mon corps bien trop chétif à son gout. Je m'appuie sur le rebord de la fenêtre, penche assez la tête pour voir le soleil disparaitre sous une épaisse couche d'obscurité. Je reconnais fermement le phénomène quand les ténèbres se dissolvent ne laissant derrière elles qu'une succession de dessins.

-Luna, m'appelle à nouveau la sorcière, qu'est-ce que tu regardes ?

-Tu ne vois rien du tout, je m'étonne, comment c'est possible ? Ly, je me stop net, mon instinct me souffle que ce n'est pas encore le moment, Moëilla doit préparer quelque chose d'énorme. La dernière fois que j'ai vu quelque chose de semblable, c'était, je réfléchis intensément.

-Je ne vois rien du tout. Est-ce que c'est inquiétant ? Faut-il que je réunisse du monde ? Moe a-t-elle besoin d'aide.

-Je crois qu'elle… par toutes les lunes, je souffle tristement, elle doit être en train de redevenir anhseubnida.

-Anhseu, quoi ? Je ne comprends pas un mot !

-Je dois y aller.

-Hors de question !

-Je ne laisserait pas L, encore une fois je m'arrête juste à temps, grimasse avant de reprendre, Moëilla seule. Je suis incapable de la laisser seule ! Je tiens beaucoup trop à elle ! Laisse-moi y aller Raven. Je refuse qu'elle soit seule.

-Je ne comprends pas.

-Il n'y a rien à comprendre. Il n'y a pas de logique. Parfois, il faut faire les choses simplement parce que tout le reste nous semble insignifiant à côté.

Je comprends rapidement qu'avec ces mots, j'ai fait céder Raven. Elle va me laisser partir. Je lui souris pour la remercier. Et parce que c'est bien plus mon loup aux commandes que moi-même, je saute par la fenêtre plutôt que de perdre inutilement du temps à trouver une porte. Je repousse tout ce qui me parait inutile le plus loin possible de mon esprit. Je suis plutôt douée pour ce genre de chose. D'autant plus quand je dois aider une personne qui me tient à ce point à cœur. Je ferme les yeux une fraction de seconde pour être certaine qu'il est un minimum canaliser.

Alors, je fais un pas puis un autre avant de me mettre à courir. Le loup prendre totalement le contrôle pour cette course-poursuite même si je reste tout de même humaine. Nous sentons Moëilla s'effacer de plus en plus et nous commençons vraiment à croire que nous allons la manquer, que nous avons atteint nos limites. Et puis nous l'apercevons. La jeune femme se superpose aux images de Lyria qui s'imprègne de nouveau dans ma mémoire. Je reprends entièrement possession de mon corps, repousse au plus loin mon loup et je ne m'arrête qu'une fois mes bras fermement serre contre son corps, complètement essoufflé avec le cœur qui raisonne jusque dans mes tempes et les larmes qui dévalent mes joues.

Je perçois son corps se disperser comme de l'encre noir qui tomberait d'un encrier avec une gravité inversé.

-Luna, elle souffle.

-Pourquoi tu ne m'as pas prévenue que tu allais redevenir anhseubnida aujourd'hui ?

-J'ai atteint mes limites. Il faut que je sois entièrement moi.

-Je suis tellement désolée… je t'ai confondu avec…

-Tout va bien Luna.

-Non, je m'éloigne pour secouer la tête, non, je répète les larmes aux yeux, non, je prends doucement ses joues entre mes mains tremblantes, tout ne va pas bien, je meurs d'envie de prononcer son vrai prénom mais mon instinct continue de me souffler que je dois m'en tenir au « Moëilla ». Je suis désolée, j'embrasse avec délicatesse et beaucoup d'amour son front, je suis tellement désolée.

-Luna…

-Moëilla reste un avantage, n'est-ce pas ?

-Oui. Moëilla reste un avantage, elle confirme calmement. Je vais revenir Luna, elle murmure avec les larmes aux yeux, et cette fois, je serais moi-même, son sourire franc me fait chaud au cœur. Plus de faux-semblant.

-Plus de faux-semblant, je souffle à mon tour, quelque peu soulagé.

-Elle a utilisé un MaletoMemorie extrêmement puissant tout en n'étant pas anhseubnida, en me donnant cette explication, la colère redouble encore une fois, pas contre Lyria mais contre elle. Il y a vraiment des fois où elle est très agaçante.

-Luna, hurle Raven alors je me retourne. Moe, elle se stop net, mais qu'est-ce qui t'arrive ?

-Je rentre.

-Dans le futur ?

-Non, rit-elle moqueuse, à Nanda Parbat ! Evidement dans le futur ! Je n'ai pas d'autre « chez-moi ».

-Mais pourquoi ? Man-Wol, je grince des dents en entendant ce nom, il n'a subitement plus du tout la même connotation, court toujours !

-Je sais, elle soupire, mais comme je viens de le dire à Luna : Moëilla a atteint ses limites. Il faut que je redevienne anhseubnida. Je reviendrais régler des comptes seulement après.

-Tu comptes t'exposer ? Le MaletoMemorie sera toujours d'actualité.

-Je ne reviendrais pas seule Luna, elle sourit et je reconnais sans mal l'étincelle dans ses yeux. Tous les deux, nous avons toujours été plus forts, ensemble, n'est-ce pas ?

Rien qu'avec cette phrase, de nouveaux souvenirs surgissent. J'ai l'étrange sensation que ni son sourire, ni son regard a changé. Lyria a toujours exactement les mêmes réactions quand elle parle de lui. Je ne saurais dire exactement quand elle a commencé à tomber amoureuse de lui, peut-être entre huit et dix ans. Mais à mes yeux, c'était une évidence qu'un jour ils seraient ensemble. Enfants, ils étaient toujours collés les uns aux autres tous les trois… tous les trois…

-Trois, des larmes dévalent à nouveau mes joues, il y avait lui et vous trois. Je suis enfin capable de combler les vides. Il… il va bien ? Je… je ne me souviens pas l'avoir vu après ses treize ans.

-Oui, elle sourit en baissant légèrement les yeux alors que ses pommettes se colore, il va bien, du moins quand je suis partie, il allait bien. Il me manque, elle avoue à demi-mot. Je déteste être loin de lui trop longtemps. Il est tout mon monde.

-Et si mes souvenirs sont bons, je souris attendrie, tu es le siens. Sois prudente et reviens-nous vite.

-Toujours.

-Quoi, panique Raven, tu l'as laisses partir ? Juste comme ça ?

-Je la laisse partir, je confirme alors que l'amas étrange qui ressemble à de l'encre noir vient se figer sur son corps, recréant chacun de ses tatouages. Mais elle va revenir. Elle n'a qu'une parole.

-Et qu'est-ce que nous ferons si Man-Wol nous attaque à nouveau ? Si elle s'en prend à moi ? Je peux gérer cette situation, j'en suis certaine. Anya… un peu moins, elle est clairement à fleur de peau ! Et je vais bientôt devenir mère ! Je n'ai aucune envie de claquer avant de voir mon enfant naitre ! Et non, elle continue de déblatérer à une vitesse incroyable, la Skye adulte ne compte pas ! Je n'ai presque aucun lien avec elle. Alors que cet enfant, je l'attends avec impatience et… je l'aime déjà. Par tous les Dieux, je suis complètement flippée ! Et si j'étais une mauvaise mère ? Quelle horreur ! J'ai tendance à tout foiré. Sauf avec Anya évidemment… mais clairement j'ai des problèmes à gérer mes sentiments… et si mes enfants doutaient de mon amour pour eux ? C'est une catastrophe, Skye n'est pas encore née que je m'inquiète déjà pour elle et ce petit Ethan qu'Anya a eu la chance de rencontrer !

-Rae, l'arrête avec une douceur incroyable Lyria.

-Quoi ?

-Tu es dans le futur la meilleure des mamans, elle lui sourit avec un mixe de respect et de reconnaissance. Tu es un roc pour tes enfants et il n'y a aucune chance pour qu'ils puissent un jour douter de ton amour pour eux.

-Comment tu peux en être certaine ?

-Je le sais, encore ce même sourire, c'est tout.

-Je me demande à quel point il a changé, je souffle sans vraiment m'en rendre compte, déjà gamin, c'était quelqu'un d'incroyable.

-Je ne comprends pas…

Je recule légèrement, observe un moment Lyria avant de me tourner assez pour accorder toute mon attention à Raven. Je suis capable de le reconnaitre en elle, même si une part de moi est forcé de constater qu'il ressemble bien plus à Anya dans son comportement. Mais j'ai la sensation, qu'il a pris le meilleur chez chacune de ses mères. C'est je crois ce qu'il le rend à ce point si exceptionnel.

Pourquoi, je ne parviens pas à me rappeler de son prénom ? Tout est en train de me revenir comme en cascade mais pas quelque chose d'aussi simple que son prénom… c'est insensé ! Je me souviens de ses cheveux noirs comme ceux de Raven, très légèrement ondulés comme peuvent l'être ceux d'Anya. De son regard curieux, attentif et compréhensif mais surtout qu'il était incapable de perdre Lyria des yeux trop longtemps, d'aussi loin que je m'en souvienne, il l'a toujours observé avec un amour transcendant.

-Je ne comprends vraiment pas ce qui se passe, reprend la sorcière de plus en plus perplexe.

-Parfois, il ne s'agit pas de comprendre ou non une situation seulement d'avoir confiance.

-Comment je pourrais avoir confiance après…

Raven laisse trainer ce mot un long moment avant que je ne comprenne qu'elle ne va pas finir sa phrase. Je descelle une grande tristesse en elle. En fait non… c'est bien au-delà. Je ne saurai l'expliquer mais ses yeux implorent clairement quelque chose. J'essaye de comprendre la scène qui est entrain de se jouer entre la sorcière de Sang et Lyria mais c'est à n'y rien comprendre. Je suis absolument certaine qu'il me manque une information et pas des moindre.

Et puis, subitement je me pose la bonne question. Je me demande pour quelle raison, je ne l'ai pas revu après ses treize ans. Je suis absolument certaine qu'il continuait de venir la voir mais il nous évitait. Pourquoi ? Enfin, je sais pour quelle raison il continuait d'apparaitre dans un temps qui n'était pas le siens. Je me demande seulement pour quelle raison, il s'est éloigné de nous. D'autant… qu'elle non plus, je ne l'ai jamais vu au-delà de cet âge.

Un nœud se forme dans mon estomac. La peur, la vraie peur m'envahie et je la connais plutôt bien. Je dévisage alors Lyria en espérant me tromper. Je déteste devoir comprendre quelque chose d'aussi important de cette manière. Je sais exactement pour quelles raisons Lyria a choisi de ne pas m'en parler. Je sais ce qui l'effraie à mon sujet mais maintenant que je sais qu'elle est tout simplement… elle. Je saurai gérer. Non. C'est faux. Mais j'arriverai à le surmonter.

-Il, j'hésite tellement, ma voix se brise, il est arrivé quelque chose à Anya dans le futur. Quelque chose de grave !

Je commence à paniquer et pas qu'un peu. J'imagine tous les horribles choses qui aurait pu arriver à ma fille dans le futur. Je passe par un tas de scénarios tous plus probants les uns que les autres. Mais finalement il n'y a qu'une unique conclusion qui puisse expliquer que Lyria ait laissé les choses tel quel dans le futur. Anya est morte c'est une certitude et c'est ça qui la tué, cette horrible chose, cette terrible maladie qui ne laisse aucune chance aux personnes qui la contracte. Il m'avait prévenu que c'était une possibilité, que notre fille comme lui devrait peut-être lutter contre ce virus. Si un jour c'était le cas, je devais lui ramener Anya mais pas avant et si elle n'était pas malade, jamais.

Le seul problème c'est que je ne sais pas où il se trouve aujourd'hui. Je n'ai pas la moindre idée d'où se trouve Rheen. Je n'ai aucune certitude sur sa survie. Et je ne peux pas l'emmener où je sais qu'il était parce que s'il nous voyait toutes les deux en sachant qu'il ne pourrait pas nous garder dans un avenir proche le détruirait. Je refuse de lui faire du mal.

Et Anya a tellement peu de lui en elle. C'est clairement le loup qui domine, tout le reste est comme endormie et même si ses regards ressemblent aux siens, c'est terriblement infime en comparaison de ce qu'il était. Je ne peux pas concevoir qu'elle puisse mourir à cause de quelque chose complètement latent, qui n'a aucune parcelle d'existence chez elle. Son père serait complètement anéanti s'il devait apprendre que notre enfant allait perdre la vie à cause de lui.

Deux bras forts viennent me serrer, d'un geste tremblant je viens enlacer Lyria. Je laisse mes larmes tomber alors qu'elle prononce des excuses. Aucun autre mot n'a besoin d'être prononcé nous savons toutes les deux ce qu'il en est. Après un temps, certainement très court, elle vient embrasser ma joue avant de croiser mon regard. Je ne comprends pas la force et l'assurance que je lis dans ses yeux. Puis elle s'approche à nouveau pour murmurer à mon oreille :

-Je l'ai retrouvé.

Avec ces simples mots, absolument toute mon existence reprendre un sens. Il est en vie. Il est quelque part. Je ne suis plus seule. Je ne le saurais plus jamais.

-Je n'arriverai pas à l'atteindre tant que je ne serais que Moëilla, elle souffle avant de s'éloigne assez pour plonger ses yeux dans les miens, ils sont noyés de larmes et les miens aussi, est-ce que tu comprends ?

J'acquiesce en grande partie parce qu'à cet instant, je ne fais absolument pas confiance à ma voix. Lyria me sourit et je sens mon cœur bondir dans ma poitrine. Je suis tellement heureuse de l'avoir retrouvé. Je suis aussi déchiré à l'idée de la perdre pour pouvoir le retrouver. A mes yeux, elle est tout aussi importante que lui et Anya. Elle fait partie de ma famille.

-Je dois vraiment y aller maintenant, elle reprend avec douceur, redevenir anhseubnida va attirer l'attention de certaine personne que je préfère largement éviter tant que je reste encore un peu que Moëilla.

-Tu n'as qu'un mot à dire, je sens de nouveau la colère se répandre et éveiller mon loup, et je le tue pour toi, sans la moindre hésitation.

-Tu ne peux pas, elle sourit je suppose tout de même attendrit par ma proposition, il est le grand amour de Morgane.

-Vous voulez faire du mal à mon père, s'étonne Raven, pourquoi ? Apparemment la moi du futur avait aussi une dent contre lui. Qu'est-ce qui se passe à la fin ?

-Ne t'en fais pas Rae, la rassure Lyria, dans la famille, nous sommes du genre à croire aux secondes chances, elle lui fait un clin d'œil, Anya n'est pas la seule à être terriblement agaçante sur ce point.

-Pour Misik'ilik'ili, je prononce son prénom avec beaucoup de rancœur, je suis prête à faire une exception.

-Non Luna, Lyria rit doucement, tu ne l'es pas.

-Il a…

-Je sais pertinemment ce qu'il m'a fait, elle se retourne et je le vois apparaitre. Je ne pourrai jamais l'oublier. Un jour, je lui ferai payer mais pas comme il peut l'imaginer. Je n'ai pas besoin de vengeance, juste d'être heureuse et je le suis déjà.

Son visage commence à se dissoudre à travers le vent comme si l'air qui frôlait sa peau l'effaçait. J'ai déjà été témoin de son éveil mais il n'a jamais eu un tel impact sur moi. Cette fois, c'est différent. En grande partie parce que je sais que là où elle va, elle ne sera pas seule, effrayée ou en danger. Lyria sera avec lui.

D'un geste de la tête, j'intime à Misik'ilik'ili de ne pas faire un pas de plus. Mais évidement il se fit de moi et s'avance, prenant même de la vitesse pour l'atteindre avant qu'elle ne disparaisse. Je ne sais pas quelles sont ses intentions envers elle maintenant qu'il sait certainement qu'elle est Lyria mais une chose est certaine, je ne le laisserai pas l'approcher. Pas après tout le mal qu'il lui a fait par le passé. Il ne mérite pas de ne serait-ce avoir le droit de lui demander pardon.

J'ai rarement eu l'occasion d'utiliser toute la force de mon loup, je crois qu'aujourd'hui je vais avoir une petite idée de ce dont il est vraiment capable. Je n'ai absolument aucune envie de le contenir alors que j'ai enfin l'occasion de protéger une personne que j'aime vraiment. Alors je le laisse grapiller un peu plus de place. Je ne tente pas une seule seconde de le maitriser. S'il veut se déchainer, qu'il le fasse.

Contre toute attente, alors que je suis sur le point de me transformer en ne lui laissant aucune limite, un bouclier en forme de dôme se crée me sécurisant ainsi que Lyria. Je me retourne assez lentement, l'animal très certainement encore présent dans mes yeux pour découvrir que Raven a dressé ses bras et que la magie bouillonne dans son corps et déborde des cicatrices de sa main droite. Misik'ilik'ili lui n'a pas dû voir le phénomène arriver puisqu'il s'écrase violement contre la manifestation écarlate crée par sa fille et est projeté violement en arrière.

Je fronce les sourcils en observant la sorcière, ne comprenant pas son réflexe. Rapidement, je remarque qu'elle est particulièrement étonnée par sa réaction. Son regard détail avec insistance le bouclier qu'elle vient de concevoir de façon purement instinctive avant de scruter ses mains comme si elle découvrait ce qu'elles étaient capables d'engendrer avec leur aide pour la première fois. Je réalise seulement après, quand je vois son père se relever difficilement que son intervention à permit à Lyria de partir sans encombre. Cette dernière a complètement disparu. Je me rapproche de Raven en prenant garde à ne pas la toucher je lui assurer en douceur qu'elle a fait exactement ce qu'il fallait si nous voulions protéger notre avenir et avoir l'occasion de sauver Anya.

Une détonation nous fait sursauter toutes les deux. Je prends le temps de lui sourire encore une fois pour la rassurer avant d'accorder toute mon attention à Misik'ilik'ili. Il est méconnaissable, toute cette haine et cette rancœur que je lis dans ses yeux me rappelle narquoisement combien avant de rencontrer Morgane, il était semblable ne serait-ce à Jeda-osso-klia qui est sa sœur mais aussi et surtout à Yamakou-anami-atos.

-Tu t'en ais prit à moi Raven ?

Je constate que même sa voix n'est plus tout à fait la même. Je sens que mon loup est toujours aux aguets et malgré la présence du bouclier, je me place en avant pour protéger la sorcière au besoin. Si Misik'ilik'ili était dans son état normal, je ne douterais pas de sa bienveillance envers sa fille mais à cet instant, il représente un danger, même pour elle.

-Sais-tu au moins qui tu as osé protéger ?

-Mais qu'est-ce qui t'arrive, murmure à peine Raven inquiète. Reprends-toi avant que ma magie ne te fasse vraiment du mal.

-Parce que tu crois que maintenant que l'effet de surprise est passé que tu es capable de me surpasser, il demande hors de lui. Il me semble que tu as oublié qui je suis !

Il conclu en assenant un nouveau coup à main nu au bouclier d'une violence inouïe. La magie se fissure sous son poing mais dès qu'il s'éloigne, le bouclier se reconstitue. Je vérifie en un coup d'œil que Raven ne va pas flancher, je peux alors constater que la magie s'agglutine entre ses mains, que ses pupilles son écarlate et le fond de son œil profondément noyé dans l'Obscurité. Je n'avais jamais eu l'occasion de la voir ainsi. Je pensais qu'elle serait plus comme Morgane, dans l'impulsivité et la démonstration mais à cet instant, elle me fait penser à un loup, elle observe et attend avec une grande attention de comprendre la situation pour mieux agir.

D'ailleurs, en parlant de loup, je suis parfaitement capable de ressentir celui d'Anya en elle. C'est assez étrange. A cet instant, si je ne la connaissais pas, je pourrais presque croire que Raven est aussi une lycanthrope et pas des moindre : une alpha née.

Je me demande si c'est grâce à cette ruse que Lyria est parvenu à nous faire croire aussi longtemps que Moëilla était un loup-garou. Maintenant que je sais exactement qui elle est et surtout ce qu'elle est, j'ai conscience que si sa présence parmi nous avait été de courte durée, elle n'aurait eu besoin d'aucun stratagème mais Lyria a été Moëilla bien trop longtemps… seulement, il y a un problème elle n'a aucun lien avec lui. Alors comment pourrait-elle avoir les mêmes capacités que des Sálbrot ?

-Luna, m'appelle Raven, tu sais ce qui arrive à mon père ?

-Il se souvient, je réponds pensive, exactement comme moi.

-Tu ne t'es pas transformée en folle dingue qui veut me tuer !

-Parce que ce que je veux c'est protéger la personne qui se cache derrière Moëilla alors que Misik'ilik'ili ne cherche qu'une chose : la détruire.

-Vous ne pouvez pas protéger cette chose, hurle le père de la sorcière, ce n'est rien d'autre qu'une calamité ! Raven, il prononce encore son prénom avec véhémence, laisse-moi entrer immédiatement avant que sa trace ne s'efface complètement. Je dois retrouver cette menace ambulante et la détruire, définitivement !

-Mais enfin…

-Rien ne pourra le raisonné Raven, j'assure.

-Je n'ai jamais vu mon père dans cet état.

-Parce que tu ne l'as connu qu'après qu'il ait tourné le dos aux… Dix. Ne le laisse pas entrer Raven, je demande avec une certaine fragilité, s'il est vraiment capable de la suivre, il la tuera.

-C'est bien le but, confirme-t-il. Si nous avons anéantie les siens, ce n'est pas pour rien. Je regrette beaucoup des choix que j'ai pu faire avant ou même après mon ascension mais pas celui-là.

A peine a-t-il fini sa phrase que je sens de nouveau mon loup se fracasser violement contre mon corps. Il y a tellement peu de personnes pour qui nous somme prêt à nous battre corps et âme mais Lyria en fait partie, c'est une évidence. Ce n'est pas parce qu'elle nous a sauvé alors que nous étions à l'agonie après mon geste certes emplie d'un sentiment de liberté mais tout de même désespéré. Ce n'est pas non plus parce que le père d'Anya l'avait pris sous son aile et qu'il la protégeait depuis des années avant même mon arrivée. Ce n'est pour aucune de ces raisons… mais parce que nous aimons Lyria autant qu'Anya et son père. Encore une fois, elle est notre famille.

-Luna, murmure Raven. Essaye de te contrôler. Je veux bien maintenir cette protection en place mais je préfèrerai éviter de me retrouver en face à face avec un loup en frénésie.

-Sauf que tu ne vas pas maintenir ce bouclier Raven ! Tu vas me laisser entrer immédiatement.

-Si, je reprends alors que la rage bouillonne en moi, pour une raison ou une autre, tu parviens à passer Misik'ilik'ili avec les mêmes intentions, qu'importe ton lien avec Morgane. Je te tue.

Il éclate de rire. Je sens Raven frissonner. Je sais à quoi elle pense. Elle aussi a remarqué la ressemblance avec le Dieu de la Mort.

-Parce que tu te crois vraiment capable de me tuer Luna ? Aurais-tu oublié qui je suis ? J'ai peut-être perdu mon immortalité mais je suis encore largement capable de me débarrasser d'un petit loup trop encombrant !

-Luna n'est pas seule, assure Raven. Je suis là, moi aussi.

-Et pourquoi voudrais-tu protéger cette chose ?

-Elle m'a sauvé la vie, rappelle-t-elle calmement, et, elle laisse planer ce petit mot un peu trop longtemps, semblant réfléchir.

-Et quoi exactement ? Tu fais plus confiance à la mère de ta femme, il mime des guillemets en prononçant ces deux mots, qui d'ailleurs a préféré faire croire à la mort de cette dernière plutôt qu'à ton père ? C'est ridicule Raven, laisse-moi passer !

-Tu n'es pas dans ton état normal, souligne la sorcière avec un calme qui me fait presque frissonner. Il ne s'agit pas d'avoir plus confiance en Luna, en toi ou même en maman mais d'Anya qui en effet est ma femme ! Et je suis fatiguée de devoir me battre avec vous deux a ce sujet. Vous êtes sensé m'aimer et me soutenir, des larmes dévalent ses joues, mais depuis que vous êtes revenu, vous ne faite que nous étouffée et celle qui nous a soutenue, s'est soi-disant celle qui n'avait aucun amour pour sa fille. Si vous n'êtres pas capable d'accepter Anya, vous auriez aussi bien fait de rester morts.

-Raven, je murmure choqué par ses propos.

-Je refuse de perdre du temps à me battre contre eux, alors qu'Anya est sensé mourir dans un futur proche. C'est trop me demander, sa magie redouble en puissance, et comme je l'ai dit, il ne s'agit pas de confiance mais d'Anya, au moment même ou elle prononce son prénom ma fille apparait avec à ses côtés Melina et son père d'adoption, je protégerai la meute envers et contre tout, même de toi.

-La meute, il répète certainement tout aussi surprit que moi par cette information.

-Evidemment, je murmure.

-Tu savais que Moëilla faisait partie de notre meute Luna ?

-Pas vraiment…

-Ce n'est pas ce que pourrait faire croire ton : évidemment.

-Désolée, je… je suppose qu'elle la rejoint après… ce qui est arrivé à Anya et qu'il est devenu alpha. Donc oui, c'est évident qu'elle fasse partie de la meute.

Si les conclusions que j'ai faites un peu plutôt sont exacte alors Anya est… a… été dépassé par cette maladie quand il avait treize ans. J'ai très peu, voir aucun souvenir de Lyria au-delà de ses seize ans, je peux donc supposer qu'elle la rejoint un peu près à ce moment-là. Ce qui expliquerait que Skye ne l'ai jamais connu et qu'elle ne soit pas apparu comme par magie elle aussi.

Si l'ainée d'Anya et Raven vient du futur avec les deux autres, ils ne viennent pas du même que Lyria, plus éloignée.

-Mais c'est qui ce « il » à la fin ?

-Je suppose qu'avec Anya vous en avez assez de connaitre vos enfants avant même qu'ils n'existent. C'est pour cette raison que je ne dirais rien de plus.

-Tu veux dire que cette chose est liée à un de mes petits-enfants ? Inacceptable ! Je ne le permettrais jamais !

-C'est déjà fait, je le défis du regard en ponçant ces mots. Ils se sont rencontrés il y a un peu plus de cinq cents ans, je m'en souviens parfaitement, je souris, j'étais là.

-Ce qui a été fait peut-être défait !

-Est-ce que tu t'entends parler ? Je ne te permets pas de menacer nos futurs enfants et leur bonheur !

-Sérieusement, grimace Anya, ce genre d'accident, elle caresse doucement son ventre, va arriver combien de fois ?

-Laisse-moi entrer Raven, Misik'ilik'ili se retourne vivement, s'avançant vers Anya clairement menaçant, où je m'en prends à elle.

-Misaël, un soupir de soulagement m'échappe quand je vois Baetan-ihm s'interposer, calme-toi, tu n'es pas dans ton état normal.

-Aurais-tu oublié ce qu'est cette chose ?

-De toute évidence, contrairement à toi, je n'ai pas oublié le nom qu'elle portait avant que nous décimions tout âme qui avait ce pouvoir, avant que nous ne réalisions qu'il y en avait une qui nous avait survécu, avant que tu ne la traque comme une vulgaire proie, avant que tu ne finisses par la rattraper, que tu abuses de sa confiance et bien avant que tu la ramène à Yamakou-anami-atos et qu'il ne lui donne un autre nom.

-Mais nous l'avons vu, elle n'était pas…

-… aussi effrayante que dans nos souvenirs, complète Baetan-ihm. Il faut croire que cette fille qui accompagne Ænkhou n'est pas Man-Wol.

J'échange un regard avec l'ancien Dieux de la Guerre. Il acquiesce légèrement et je comprends rapidement qu'il n'en dira pas plus. Qu'il va tout comme moi, la protéger. Si mes souvenirs son exacte, il avait refusé, comme Elpis-aasha de participer au massacre des Pyria. Mais celui qui était en première ligne ce jour-là et qui a fait le plus de victime ce n'est pas Yamakou-anami-atos mais bien Misik'ilik'ili. Il était terrifié et encore ce mot est faible par ce que ce peuple matriarcal était capable de faire et encore plus de ce qu'ensemble elles étaient capables de retenir.

Aucun des Dix présent ce jour-là n'avait imaginé qu'une seule Pyria leur échapperait et pourtant après leurs avoir survécu une petite fille d'à peine trois ans est parvenu à s'enfuir. Lyria n'en parle jamais. Je sais seulement que quelqu'un est intervenue et l'a envoyé dans le seul endroit que les Dix ne pouvait pas atteindre : Rheen. C'est là-bas qu'elle a rencontrer bien avant moi le père d'Anya, qu'il lui a apprit à contrôler ce pouvoir si particulier que possède les Pyria.

Mais Rheen ne la protégeait pas aussi bien que lui. Misik'ilik'ili a fini par retrouver sa trace. Il était si proche de les atteindre qu'elle a fini par se montrer, c'est à partir de ce moment que sa vie est devenue un véritable enfer. Yamakou-anami-atos a voulu faire d'elle, la onzième. Il a tenté de brider ses pouvoirs, de la manipulé et bien pire encore. Il l'enfermait dans ses peurs, voulant faire d'elle la Peur. Il l'a nommé Man-Wol pensant que comme les autres, elle finirait par s'oublier pour n'être plus que la onzième, la Peur.

Seulement, il n'avait pas prévu une chose que Lyria attirait les deux derniers candidats parfaits pour accomplir enfin sa vision des Treize. Un jour, ils étaient tous les deux apparus pour l'aider, elle. Ils étaient différents, ils apparaissaient et disparaissaient ensemble et seulement quand la nouvelle nommée Man-Wol souffrait. Alors Yamakou-anami-atos commença à lui faire endurer mille maux, l'enfermant, la torturant et plus encore. Jusqu'à ce que la situation devienne intenable pour eux et qu'ils acceptent de devenir la douzième et le treizième.

Tous les trois n'étaient que des enfants mais aucun de Dix n'a jamais tenté de ne serait-ce les aidé une fois. Le Dieu de la Mort avait prévu l'ascension pour qu'ils deviennent enfin des Dieux immortels, quand les plus jeunes eurent sept ans.

Ils ne nous ont jamais dit comment ils ont échappé à cette dernière mais quand ils se sont enfuit, ils ont perdu cette trace si particulière que Misik'ilik'ili avait pu suivre alors Lyria est retourné sur Rheen avec lui et les deux autres sont aussi rentrés chez eux. Peut-être qu'il aurait été plus sage pour eux de ne jamais se revoir mais c'était plus fort qu'eux, ils finissaient toujours par se retrouver sur Rheen, ensemble, Lyria, lui et elle. Ils étaient tellement heureux quand ils n'étaient rien que tous les trois. J'ai tellement de souvenir les concernant.

Avant aujourd'hui, je n'avais jamais compris pour quelle raison ils ont arrêté de venir au-delà de leurs treize ans. Mais maintenant, c'est une évidence, ils voulaient nous protéger tous les deux de la mort de notre enfant. Je ne sais pas quel genre de réaction j'aurais pu avois si j'avais su que ma fille allait mourir avant même qu'elle ne naisse, j'avais déjà un mal fous à concevoir qu'ils, quelque soit leurs prénoms, étaient notre avenir, rien de moins que nos petits-enfants.

-La trace est partie, je souffle alors que la présence de Lyria disparait complètement.

-Tu en es certaine ? Je ne veux pas risquer qu'il puisse lui arriver du mal.

-Je ne risquerai jamais sa vie, je confirme.

Sans la moindre hésitation, me faisant une confiance aveugle qui me touche, Raven fait tomber la barrière. En moins d'une fraction de seconde, Misik'ilik'ili fonce vers nous, il nous bouscule sans ménagement. Je garde mon équilibre sans mal mais je vois que la sorcière est en plus mauvaise posture, sans réfléchir je l'attrape par la main. Je fais en sorte qu'elle reste sur ses deux pieds avant de réaliser ce que j'ai fait. Je m'éloigne d'autant plus rapidement quand je vois Anya s'avancer vers nous.

-Je suis désolée, j'assure. Je ne voulais pas toucher tes mains. C'était un reflex, je n'ai pas réfléchi.

-Tout va bien, grimace-t-elle tout de même en agitant ses doigts, merci. Mon père est vraiment étrange.

-Rae, Anya se place entre nous, tout va bien ?

-Je l'ai complètement perdu, explose Misik'ilik'ili. C'est entièrement votre faute ! Toi, il me pointe du doigt, dis-moi immédiatement où et quand je peux la retrouver !

-Tu es plus stupide que ce que je pensais, si tu penses vraiment que je te donnerais un seul indice qui te permettrait de l'atteindre.

-Je ne me souviens pas t'avoir laissé le choix !

Un amas d'Obscurité s'accumule dans ses mains avant que le Chaos à l'état pur ne se dirige à une vitesse folle vers moi. Je m'attends à être fracasser par cette manifestation en me disant que lorsque je me redresserais, je n'aurai plus rien d'humain, ce sera mon loup qui prendra les commandes. J'ai le temps d'entendre hurler Raven et Anya. Et au moment où je m'apprête à fermer les paupières pour mieux accuser le coup qui sera sans aucun doute d'une très grande violence, je le vois s'effondrer au sol comme une poupée désarticulée.

Je cligne des yeux un nombre incalculable de fois, essayant de comprendre la situation. J'observe son corps inerte, complètement interdite. Quand les voix des trois personnes qui m'entoure s'offusque avec un simple :

-Melina !

-Quoi, demande la principale concernée, j'étais sensé regarder Misaël s'en prendre à Luna sans rien faire ?

-Tu… tu as tué mon père ?

-Bien sûre que non !

-Il est tout de même bien amoché, grimace Baetan-ihm.

-Quelles sont les chances pour que Morgane nous tue une fois qu'elle verra Misaël dans cet état ? Je vote pour qu'elle passe ses nerfs sur la femme enceinte en dernière !

-Anya, laisse trainer sa femme avec un sourire au coin des lèvres.

-Sérieusement Melina, soupire ma fille, tu n'aurais pas pu trouver mieux ?

-Mieux comme quoi ? Misaël était hors de contrôle ! Tu vas bien Luna ?

-A quel point tu en sais sur, j'hésite, baisse les yeux, Moëilla ?

-Depuis l'écho, elle frissonne légèrement, bien plus que ce que je devrais, je crois. C'est aussi pour cette raison que j'ai agi aussi vite et sans réfléchir. Pour la meute, elle croise mon regard, n'est-ce pas ?

-Pour la meute, confirme calmement Raven.

-Comment ça pour la meute, s'étonne Anya, Moëilla ne fait pas partie de la meute.

-Elle n'en fait pas encore partie, confirme Melina, mais tu sais… elle vient du futur.

-Comment j'ai fait pour ne pas le sentir ? Je suis l'alpha !

-Calme-toi Anya, lui demande avec douceur sa sorcière, j'ai commencé à le sentir seulement quand elle disparaissait et c'est pour cette raison que je l'ai protégé de façon purement instinctive. Moëilla a dit qu'elle allait revenir, n'est-ce pas Luna ?

-Une fois qu'elle sera anhseubnida, je confirme.

-Eveillé, traduit Baetan-ihm. Alors elle ne sera plus Moëilla et s'il, il pointe le corps inerte de Misik'ilik'ili, l'a reconnu, tout comme moi, il en est de même pour Ænkhou et Jeda. J'ai bien peur qu'elle ne soit plus en sécurité.

-Sauf que le MaletoMemorie est toujours d'actualité, la sensation va disparaitre.

-Un MaletoMemorie, s'étonne Melina, ce sont des sorts particulièrement complexes, à quoi a servie celui-ci ?

-Pour faire simple, je réfléchis à tout ce que j'ai pu oublier, à effacer deux personnes, seule Man-Wol existe aux yeux des Dix, les deux autres sont inexistant.

-Les deux autres, balbutie Baetan-ihm. Nous étions Treize, il semble terrifié, comme le voulait Ænkhou. Je ne m'en souviens pas, pas du tout. Comment… aucun MaletoMemorie ne peut-être aussi puissant.

-Celle qui a pris la place Man-Wol en usant de ce sort l'est, je souffle, puissante, au-delà du raisonnable.


Un nouveau chapitre se termine. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! Des suppositions pour la suite ? J'ai hâte de connaître vos réactions. Pfiou… ce chapitre était riche en émotion. Vous en savez beaucoup plus sur Luna, ses blessures, son passé, sa relation avec Moëilla ou devrais-je dire Lyria. Sa relation avec Raven est bien plus paisible qu'au premier abord, la sorcière apprend à la connaitre et est un peu effrayé par ce qu'elle découvre. Le mystère « Moëilla » se désépaissit de plus en plus, alors qu'elle redevient anhseubnida. Plusieurs personnes comprennent qui elle est vraiment, dont Misaël… il n'a pas une réaction très… gentil dirons-nous, heureusement Raven était là !

Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre !

GeekGirlG