Cœur Vermeil

Chapitre 3


La journée se passa, rythmée par les réunions entre les membres de l'escadron, la gestion des retombées de la guerre, et la prévision de l'attaque contre le quartier général des Serpents des Ténèbres. La plus grande difficulté était l'ignorance totale de leurs effectifs ou de l'agencement de leur base, impossible de prévoir une stratégie précise, il allait falloir s'y rendre et agir en conséquence. Si ce sujet avait occupé la majorité des discussions au cours de la journée, l'ambiance entre les anciens élèves avait rapidement changée dès que la fin d'après-midi approchait. Afin de maintenir le moral de tous et de s'accorder une véritable pause après des mois de combat, la soirée était placée sous le signe de la célébration. Une petite fête s'organisait au réfectoire, les cuisines s'affairaient pour offrir un repas complet pour tout le monde, et des musiciens se préparaient, pour se réjouir ensemble que la guerre soit officiellement terminée.

Byleth de son côté, était retournée dans sa chambre, occupée à ranger tout un tas de documents, principalement des rapports sur les réunions qu'elle avait manquée pendant son séjour à l'infirmerie. Son bureau semblait très petit compte tenu de toute la paperasse et les livres qui l'encombrait. La porte grande ouverte pour faire circuler l'air, le professeur pouvait déjà entendre les habitants du monastère exclamer leur engouement.

Plusieurs toc-toc contre sa porte attirèrent son attention. L'ancienne mercenaire tourna la tête, remarquant Dorothea l'attendant sur le seuil de sa chambre.

– Professeur, la fête va bientôt commencer, vous joindriez-vous à nous ?

– Certainement, assura la dénommée en laissant ses travaux.

Les deux jeunes femmes prirent alors la directions du réfectoire, d'où montaient déjà des voix et des exclamations enthousiastes. Une légère brise fraîche s'était levée, annonçant le lent déclin du soleil.

– Oh, je vous ai vu avec Edie, ce matin. Vous aviez l'air de deux tourtereaux en train de roucouler, si vous me permettez l'expression, ria la chanteuse.

– À ce propos, je pense lui faire ma demande ce soir, lâcha sans prévenir l'ancienne mercenaire.

Après une seconde de surprise, le visage de Dorothea s'illumina.

– Vous... réellement ?

– Oui. Je l'aime et je ne veux pas la quitter. Si je ne fais qu'attendre par pudeur ou par crainte d'un refus, et qu'a cause de ça, il est trop tard, je le regretterais le reste de ma vie.

Ce n'était clairement pas habituel de la part de Byleh de tenir ce genre de discours. Et bien que la jeune femme gardait un air mature et sérieux en déclarant cela, étant parfaitement assurée, elle ne pouvait empêcher son cœur de stresser en pensant au moment ou elle se retrouverait en face d'Eldegard. Au moment ou elle devrait lui faire part de ses sentiments, exercice auquel elle ne s'était jamais livrée. Bien que Dorothea lui avait soutenue que l'Empereur y répondrait favorablement, cette histoire de mariage politique lui trottait dans la tête... elle connaissait Edelgard. Toujours à faire passer son devoir avant ses propres envies.

Remarquant le doute presque imperceptible de son interlocutrice grâce à son œil aiguisé, la chanteuse s'empressa de lui apporter son soutien.

– Vous avez tous mes encouragements, professeur ! Si je puis me permettre un conseil, essayez d'être un peu plus expressive... non, soyez même audacieuse ! Vous êtes toujours si difficile à décrypter.

Byleth hocha la tête. Elle ne comprenait pas exactement ce que sous-entendait son ancienne élève en parlant d'audace, mais demeurait certaine qu'il devait s'agit d'un conseil important, puisqu'il venait de nulle autre que Dorothea en personne.

– Je garderai cela à l'esprit, affirma la jeune femme aux cheveux bleus.

Dorothea sourit en pensant à cela. Leur professeure était une génie en matière de combat et de stratégie, personne ne pouvait dire le contraire. Sans son aide durant les batailles, sans sa vivacité d'esprit et son sérieux, la guerre aurait prit une toute autre tournure, et ils ne seraient pas ici, vivants, à pouvoir célébrer leur victoire. Si elle n'avait pas son pareil pour mener les troupes et élaborer des stratégies, Byleth semblait pouvoir en apprendre encore beaucoup concernant les sentiments.

Sur le chemin du réfectoire, elles croisèrent Caspar et Petra, qui venaient tout juste de réussir à convaincre Bernadetta de participer à la fête avec eux. Cette fête n'avait rien d'un grand événement, il s'agissait avant tout de manger tous ensemble tout en écoutant les musiciens. Il aurait été malvenu de dilapider les réserves de nourriture alors que le continent sortait à peine de la guerre.

Le groupe arriva dans le réfectoire. Une belle foule était déjà présente, bruyante et pressée de commencer le repas. Heureusement pour eux, l'arrivée de l'Empereur indiquait que les festivités pouvaient réellement commencer. Edelgard avait laissé sa couronne dans sa chambre arborant une queue de cheval à la fois simple et élaborée. Après un discours acclamé, elle s'assit en bout de table, Byleth à sa droite, et fit signe aux serveurs de commencer les réjouissances culinaires.


La vue depuis la Tour de la Déesse était toujours aussi magnifique. Malgré l'heure avancée, les derniers rayons du soleil luttaient encore contre la tombée de la nuit, offrant une lueur bleue-rouge au ciel. Même d'ici, au balcon de la tour, on entendait les clameurs de la fête se déroulant en contrebas, des voix et de la musique accompagné d'un léger écho. Byleth attendait là, observant le paysage, à côté d'un mur couvert de lierre. Ses doigts tapotaient nerveusement la pierre du rebord. Plusieurs fois durant la soirée elle avait tentée de se concentrer sur les bonnes phrases à dire, sur les bons mots à sortir dans ce genre de situation histoire d'être un minimum préparée, mais à chaque fois, une distraction avait réduit ses efforts à néant. Alors elle se retrouvait là, cachée au reste du monde, le temps de mettre ses pensées au clair et trouver le courage de faire mander Edelgard.

– Professeur ? On m'a dit que vous me cherchiez.

L'ancienne mercenaire retint un sursaut en entendant la voix de l'Empereur résonner. Elle avait dû marcher à pas de loup dans les escaliers, afin d'arriver jusqu'ici sans que sa présence ne soit trahit par le bruit de ses talons sur les marches de pierre. Bien que prise au dépourvue, Byleth se retourna sans démontrer la moindre once d'angoisse.

– Oui. Venez, il y a un splendide crépuscule, l'accueilli t-elle d'un signe de la main.

Edelgard était éternellement magnifique dans son costume rouge, et s'approcha du rebord, posant ses mains sur la roche froide aux côtés de Byleth. Cette dernière se doutait qu'une certaine chanteuse devait avoir vue son professeur entrer dans la tour, et avait prit l'initiative de lui envoyer l'Empereur dans crier gare. Au final, ce n'était pas plus mal. L'occasion et l'ambiance étaient parfaites.

Alors que Byleth était occupée à mettre au clair son esprit et savoir comment commencer, ce fut Edelgard, visiblement nerveuse, qui brisa en première le silence.

– Professeur... j'aimerais vous poser une question, si vous me le permettez, dit-elle d'une voix hésitante.

– Je vous écoute.

L'ancienne mercenaire laissa le temps à son interlocutrice de ressembler ses idées. Manifestement, la conversation qu'elle comptait lancer lui tenait à cœur... ou elle s'apprêtait à exprimer quelque chose de difficile pour elle.

– Que... comptez-vous faire ? Nous avons gagné la guerre. Certes nous allons bientôt commencer le combat contre les Serpents des Ténèbres, mais... si vous ne souhaitez pas y participer, si vous souhaitez continuer votre vie, je... je ne vous obligerai pas à combattre. Vous en avez déjà tellement fait pour nous... pour moi.

La tête légèrement tournée à l'opposée, Edelgard fuyait son regard, redoutant la réponse.

– Souhaitez-vous que je m'en aille ? reformula Byleth.

– Non ! Ce que j'essaye de dire c'est... que je me sentirais coupable si vous vous sentiez obligée de rester à mes côtés, tout en aspirant à autre chose.

Byleth se retourna vers le paysage, les yeux perdus dans l'horizon. Elle ne comprenait qu'une chose dans les paroles de l'Empereur : elle souhaitait son bonheur. Même dans l'hypothèse ou ce bonheur ne l'incluait pas. L'ancienne mercenaire ne fit pas durer le silence plus longtemps que nécessaire.

– J'ai beaucoup réfléchi à cette question, répondit-elle. Et je suis toujours parvenue à la même conclusion.

– Et... quelle est cette conclusion ?

La main d'Edelgard se serrèrent. Byleth ne laissa pas passer cette occasion, et plaça sa propre main par-dessus, entremêlant ses doigts. Avec une discrète inspiration pour se donner du courage, elle lui fit face, un sourire sincère sur les lèvres.

– C'est pour vous l'annoncer que je vous ai demandé de me rejoindre ici. El, je vous aime, et je veux rester avec vous. Je suis désolée, j'aurais voulu vous offrir un long et magnifique discours sur ce que je ressens, mais tous les mots du monde n'y suffirons pas, et... je dois malheureusement avouer mon inexpérience dans cette matière. Vous êtes la seule personne qui fait battre mon cœur ainsi, et, si vous l'acceptez, j'aimerais continuer ce chemin à vos côtés, peu importe où il mène.

Edelgard ne lâcha pas le regard de l'ex-mercenaire, pas une seconde. Elle bu chacune de ses paroles, ses doigts se serrèrent contre ceux de Byleth. Son cœur s'accélérait à chaque mot. Des mots qu'elle avait, jusqu'ici, toujours imaginés, voire fantasmés. Elle ne savait comment réagir, trop d'émotions se bousculaient, impossible de trouver une réponse à la hauteur de l'euphorie qu'elle ressentait. Elle repensait à ces derniers mois, à tous ces regards en coins, fuyants, les petits gestes et attentions. Ce n'était pas le fruit de son imagination. Son professeur bien-aimé venait de se confesser, à voix haute et claire, sans une once d'ambiguïté. Un immense chagrin de joie lui bloquait la gorge, si bien qu'elle dû inspirer lentement pour tenter de calmer la tempête rageant dans sa poitrine.

Byleth pouvait observer tout le bouleversement qu'elle avait provoqué sur le visage d'Edelgard. Si elle savait à quel point ses joues rougissaient... De sa main libre, la jeune femme fouilla dans sa poche, et en sorti la bague de son père.

– Si vous me l'accordez, j'aimerais vous poser officiellement la question : Edelgard Von Hresvelg, Empereur du nouveau Fódlan unifié, me ferez vous honneur de m'accepter comme votre épouse ?

L'Empereur avait du mal à croire ce qui lui arrivait. C'était tellement inespéré. Et pourtant, Byleth la demandait bel et bien en mariage. C'était à un tout autre niveau qu'une déclaration d'amour, cela signifiait qu'elle était prête à s'engager pour la vie et à rendre ceci officiel.

Sans prévenir, Edelgard se pressa contre Byleth, ses bras entourant son cou.

– Oui ! Bien sur que oui ! s'exclama l'Empereur. Je...

Elle appuya son visage contre l'épaule de l'ex mercenaire.

– Je... je vous aime aussi, chuchota t-elle contre le tissu.

Byleth lui offrait la bague de sa mère, objet qui comptait tellement pour elle. Edelgard connaissait parfaitement l'importance qu'avait ce bijou aux yeux de son professeur. Elle ferma les paupières, sentant ses yeux devenir humides sous les émotions. Une demande en mariage venant de la personne qu'elle aimait, dans le passé seuls ses rêves lui auraient autorisé cela. Elle n'avait pas besoin d'y penser à deux fois. Le problèmes des nobles et leurs lettres ne lui traversa pas l'esprit.

En revanche, l'ex mercenaire y pensa.

– Est-ce que... ça ira pour les propositions de mariages des nobles ? questionna t-elle.

– Oui. À mes yeux vous valez bien plus que n'importe quelle armée.

Byleth sourit, et passa ses bras autour des épaules d'Edelgard, et appuya sa joue contre la chevelure blanche, se laissant porter par l'odeur florale qui émanait de la queue de cheval de l'Empereur. Cette dernière songea que ceci n'allait pas plaire à Hubert. Mais après tout, elle était l'Empereur en personne. Se marier par amour sera le premier coup de pied qu'elle mettrait dans cette fourmilière de nobles.

Après une poignée de secondes, Edelgard reprit calmement ses esprits, et s'écarta de l'étreinte, juste assez pour pouvoir fixer l'expression de Byleth. Elle avait les yeux mit-clos et lui rendit son regard.

Le professeur se souvint des mots de Dorothea. Mais elle ne se posa pas la question de comment être « audacieuse » ni s'il fallait l'être à ce moment. Un sourire rassurant et sincère sur les lèvres, elle pencha légèrement la tête vers la jeune femme en face d'elle, ne laissant pas de doutes sur son intention. Edelgard retint sa respiration un instant, se préparant mentalement. Sa pudeur la poussa presque à refuser le baiser, c'était la première fois qu'elle se retrouvait dans cette situation, le visage de quelqu'un d'autre aussi près du sien, et elle se sentait toute embarrassé. Mais rapidement, elle écarta sa timidité. Ils n'y avait qu'elles deux, ici, et Edelgard en avait tout aussi envie que... sa fiancée. Byleth était sa fiancée à présent. La jeune femme rougit en réalisant ce que cela signifiait. Plus besoin de retenue... Il n'y avait personne, tout ce qui se passait ici resterait entre elle et sa bien-aimée pour l'éternité.

Toutes ces pensée ne durèrent qu'une seconde, avant que l'Empereur ne ferme les yeux, inclinant légèrement la tête pour laisser Byleth capturer ses lèvres avec les siennes. Cette dernière l'embrassa délicatement. La douceur et la chaleur de cet instant n'avait rien de comparable. Elle fit glisser ses mains le long du dos d'Edelgard, jusqu'à la taille, la serrant contre elle comme le ferait une amante. Ce geste si simple fit naître de forts sentiments au sein du cœur de l'Empereur. Elle se sentait réconfortée, protégée. Ses bras ayant connu tant de batailles, ayant gagné tant de combats, s'étant battu pour elle, l'a tenaient maintenant comme la chose la plus précieuse du monde. La rougeur de ses joues se propagea jusqu'à ses oreilles lorsque Byleth approfondi l'embrassade. Elle suivit les mouvements de ses lèvres, un peu surprise de la facilité avec laquelle l'ex-mercenaire menait le baiser. Est-ce qu'elle avait de l'expérience, ou était-elle simplement douée à ce genre de chose ?

Les deux jeunes femmes se séparèrent doucement, reprenant leurs souffles respectifs. Byleth eu à peine le temps de rouvrir les yeux qu'Edelgard avait déjà enfoui son visage dans le creux de son cou, masquant la couleur pivoine de ses joues.

Byleth ne regretta pas un instant d'avoir ouvert son cœur. Jamais elle ne serait pardonné un manque de courage. En repensant aux lettres des nobles, elle ne put s'empêcher de se sentir victorieuse. Elle se refusa néanmoins à penser aux conséquences de ce choix, laissant les problèmes pour demain. Pour l'instant elle profitait entièrement de la présence de sa bien-aimée, de cette bulle de tendresse que rien en pourrait percer.


Le soleil avait complètement disparu derrière l'horizon lorsque Dorothea s'appuya contre l'un des nombreux murs de pierre du monastère. Le ciel demeurait encore clair, assez pour y voir sans lumière. De là ou elle était, il y avait une parfait vue sur l'entrée de la tour de la Déesse. Planquée à l'ombre, elle observait longuement, pressée de savoir si tout se passait bien la-haut. Elle aurait presque pu grimper les marches et aller écouter pour savoir, ayant trop hâte de connaître le dénouement de l'histoire. Mais hors de question de déranger les deux personnes... la chanteuse ne manquerait néanmoins pas de demander les détails à Edie et Byleth évidemment.

Des pas feutrés se rapprochèrent d'elle. Petra avait repérée son amie sortir du réfectoire, et l'avait suivie de loin, curieuse.

– Dorothea ? Pourquoi es-tu-

– Ssshhhtt ! la coupa la chanteuse.

Petra se planqua à son tour derrière le mur, et se pencha pour regarder dans la même direction que son amie.

– Que se passe t-il ? Nous guettons une proie ?

Dorothea lui offrit un sourire malicieux, et s'apprêtait à s'expliquer, quand du bruit lui parvint. Reportant immédiatement son attention vers la tour de la Déesse, elle vit les deux personnes qu'elle attendait sortir du bâtiment. Et malgré la pénombre grandissante, elle pu distinguer le visage radieux de Edelgard, et l'éclat de ses yeux, brillant autant que la bague à son doigt.


Merci d'avoir lu j'espère que vous n'avez pas l'impression d'avoir perdu votre temps.
J'ai fait de mon mieux pour conserver le caractère des persos, sinon dites vous que c'est mon headcanon (l'excuse)
A plus !

ps: merci pour vos reviews!

ps2: pour répondre à la review de Mijoqui : je crois que je n'ai pas de raison particulière d'utiliser "empereur" plutôt que "impératrice", c'est peut-être une déformation due à l'empereur des flammes... ou peut-être parce que j'ai l'habitude de lire "emperor" dans les fanfic anglais. A l'écriture ça ne m'a pas choqué, mais c'est vrai qu'en y repensant, le terme Impératrice aurait été plus approprié ! merci pour ton commentaire :) !