Les premiers jours, il n'allait plus au lycée, préférant passer le plus de temps possible avec Tobio. Mais Kenma le rappela à l'ordre lorsqu'il passa lui rendre son sac. Étant resté au chevet de Tobio jusqu'à la fin des visites, le décoloré l'avait attendu longtemps, refusant de laisser son sac devant sa porte. Hinata avait paru étonné lorsque son ami lui avait tendu son bien, l'expression aussi détachée qu'à l'accoutumée.

« Shoyo, tu devrais revenir au lycée. Ne t'en fais pas, Kageyama se réveillera bientôt. »

Cette phrase l'avait entièrement surpris. Comment se faisait-il que Kenma connaisse Tobio ? Mais ce dernier n'avait pas dit un mot de plus et était simplement reparti, plantant le rouquin devant sa porte. Il avait alors suivi son conseil et s'était rendu tous les jours au lycée. Même si cela était très dur pour lui, étant donné qu'il trépignait sur place à chaque cours, fixant l'horloge avec un intérêt peu commun, désireux de se rendre au chevet de son ami.

Son père ne s'était jamais présenté. Il ne savait même pas s'il avait été mis au courant que son fils était à l'hôpital. Hinata s'en fichait un peu pour l'instant, tout ce qui lui importait était le réveil du lycéen à la peau pâle. Ce dernier se faisait attendre. Cela faisait bien deux semaines qu'il était plongé dans le coma, ne semblant pas vouloir émerger.

Hinata soupçonnait le fantôme de son père de le torturer. Il était sûr que c'était à cause de lui que Tobio ne souhaitait pas émerger. Il voulait rester le plus loin possible de la présence de son géniteur. Dans un sens, le roux le comprenait. Mais, il était tellement impatient de le voir se réveiller qu'il était prêt à vendre son âme au diable. Étant donné que le diable était le père de Kageyama en personne, il devrait donc aller le voir. Il n'était pas sûr que Tobio apprécierait la blague.

Tous les soirs, il se confrontait au visage trop juvénile de Tobio. Ce dernier avait perdu les traits sévères et fatigués qu'il possédait toujours au niveau des sourcils, le rendant plus jeune. On lui avait enlevé le masque à oxygène. Il s'est avéré que le jeune homme reprenait des couleurs et parvenait de nouveau à respirer normalement.

Hinata pouvait souffler de ce côté-là. Nombreuses étaient les fois où Tobio avait fait des crises, l'empêchant de respirer correctement et arrêtant son cœur éphémèrement. Lors de ses crises, Shoyo avait l'impression de mourir avec lui.

Le rouquin apportait souvent un livre avec lui, mais ne pouvait résister à l'envie de lever les yeux des mots toutes les cinq minutes afin de voir si le brun daignait enfin se réveiller. L'espoir l'étreignait durant ces moments-là, sitôt suivit par la déception. L'attente était longue et de plus en plus difficile à supporter.

Hinata ne dormait pas, ou très peu ; ses pensées toujours dirigées vers le plus grand. Cette fois-ci ne fit pas exception et c'est avec cette même allure de mort-vivant, devenue coutumière depuis deux semaines, qu'il se rendit en cours. La journée se déroula normalement, Shoyo jetant des coups d'œil frénétiques à l'horloge et bougeant nerveusement sur sa chaise. Le midi, il se rendait toujours sous le cerisier, passant toute l'heure à regarder dans le vide sans manger, ni même toucher à un livre.

Quand enfin, la sonnerie se manifesta, ce fût comme une délivrance pour Shoyo qui se précipita dehors, courant à moitié pour rejoindre l'hôpital le plus vite possible. La secrétaire avait pris l'habitude de le saluer, étant donné qu'il venait tous les jours à la même heure.

Ce n'est que lorsqu'il fût assis sur la chaise à côté de Tobio qu'il souffla de soulagement. Le corps de ce dernier se remettait doucement, certains hématomes persistaient et d'après les médecins, sa cheville s'était complètement remise ainsi que sa mâchoire. Ses côtes, en revanche, prenaient du temps pour guérir, mais elles se rétablissaient.

N'en pouvant plus, Shoyo délaissa son bouquin et préféra observer le visage détendu de son ami. Il voulait tant le voir s'animer et pouvoir le serrer dans ses bras sans craindre de lui faire mal. Il avança lentement sa main vers son bras, hésitant, avant de la poser dessus.

Sa peau était légèrement rugueuse contre ses doigts, mais malgré tout, elle conservait une certaine douceur. La douceur propre à Tobio. Il se mit à la caresser avec lenteur, se délectant de la chair de poule qu'il provoquait sur sa peau. Il avait lu quelque part que ceux qui étaient plongés dans le coma pouvaient entendre ce qu'on disait. Alors Hinata dit, simplement :

« Allez Tobio, réveille-toi. Je t'attends. »

Il ne prononça aucune autre parole, sachant que cela n'était pas nécessaire. Rapidement, la fatigue le rattrapa, rendant ses paupières lourdes de sommeil. Se disant qu'il arriverait certainement mieux à dormir à ses côtés, Hinata se pencha en avant et mit sa tête entre ses bras, sa main tenant toujours délicatement le poignet pâle de l'autre jeune homme. C'est ainsi que le sommeil l'emporta, son odorat chatouillé par la fragrance de Tobio.


Ce fût une main posée sur sa chevelure qui le réveilla. Sachant d'avance ce que cela signifiait, Hinata grommela un « pas déjà », avant de nicher un peu plus sa tête dans la chaleur de ses bras. Il sentait les doigts caresser ses cheveux, ce qui était très inhabituel de la part d'une infirmière. Encore endormi, il releva la tête, s'efforçant de garder les yeux ouverts.

Il tomba directement dans deux prunelles d'un bleu roi extraordinaire.

Croyant d'abord à un rêve, Hinata ne bougea pas, hébété. Il se fit la réflexion qu'il devait avoir l'air ridicule avec son allure de carpe et ses cheveux emmêlés, mais le doux sourire de Tobio chassa toute pensée rationnelle. Oubliant tout ce qu'il s'était passé, oubliant ses blessures, oubliant le monde ; Shoyo se jeta dans ses bras pour le serrer à l'en étouffer.

Sauf qu'il se figea dans son action en entendant le gémissement de douleur de son homologue. Affolé, il se retira immédiatement, se confondant en excuses. Tobio le regardait faire, une expression attendrie que Shoyo ne lui avait jamais vu sur son visage. Doucement, il se saisit d'une de ses mains et l'apporta à ses lèvres redevenues comme avant, embrassant délicatement ses doigts.

Hinata rougit furieusement, ce qui, en soit, ne lui était jamais arrivé et se leva précipitamment, prenant l'initiative de prévenir quelqu'un. Tobio le regarda faire avec amusement. Il ne le disait pas, mais il était heureux d'avoir trouvé le roux à ses côtés. Il s'efforçait tant bien que mal de ne pas penser à ce qui était arrivé pour qu'il se retrouve à l'hôpital.

La porte s'ouvrit de nouveau sur un médecin qui s'avança pour faire les contrôles habituels. Tobio trouvait ça extrêmement ennuyant et répondait machinalement, préférant contempler Hinata qui se trouvait dans un coin de la pièce, attendant impatiemment que le contrôle prenne fin.

Il était d'ailleurs consterné de voir Tobio sourire après l'épreuve qu'il avait dû traverser. Mais, il n'allait pas s'en plaindre, il préférait cette expression plutôt que celle sombre qu'il détenait à l'accoutumée. Le médecin, après s'être enquit de l'état psychologique du patient, qui n'avait heureusement aucune séquelle, l'informa de son état physique :

« Votre corps s'est plutôt bien rétabli durant votre... convalescence, si l'on peut appeler ça ainsi. Vous pourrez sans doute sortir dans trois jours, mais faîtes attention à vos côtes, ce sont elles les plus fragiles. »

Tobio acquiesça et le médecin prit congé, prenant l'initiative de laisser ces deux jeunes hommes seuls un peu plus longtemps, étant donné que l'heure des visites était déjà bien entamée. Il avait bien remarqué que le jeune homme aux cheveux roux était le seul à rendre visite à son patient.

De nouveau seuls, les deux ne savaient pas quoi se dire. Hinata, qui avait rêvé de ce moment si souvent, ne parvenait pas à trouver comment réagir. Il sursauta en surprenant le regard moqueur de Tobio posé sur lui. Fronçant les sourcils, il se demanda ce qui pouvait bien provoquer l'amusement chez son ami, lorsqu'il passa une main dans ses cheveux. Constatant qu'ils rebiquaient étrangement sur les côtés, il arrangea ça, les joues rosies. Pourquoi fallait-il qu'il ait l'air aussi ridicule au réveil de Tobio ?

Ce dernier rit doucement et Hinata ferma les yeux pour profiter de ce son si rare. Puis, le brun lui fit signe de le rejoindre, ce qu'il fit après s'être assuré que ses cheveux étaient revenus à leur état initial. Il reprit sa place sur la chaise et aussitôt, Tobio saisit ses doigts entre les siens, cherchant le contact.

« Tu m'as fait peur, lâcha finalement Hinata.

- J'ai cru le comprendre lorsque le médecin m'a appris que tu venais tous les soirs, répondit Tobio, sur le même ton. »

Légèrement gêné, Shoyo détourna le regard, une furieuse envie de dire ce qu'il pensait à ce médecin fourbe. Puis, il pensa à quelque chose qui lui serra le cœur. C'est avec une détermination nouvelle qu'il refit face aux saphirs de Tobio, ouvrant la bouche pour s'exprimer :

« Tu retourneras pas là-bas.

- Shoyo... commença Kageyama.

- Non, Tobio. Tu te défileras pas. Tu viendras chez moi et c'est non-discutable.

- Si mon père l'apprend, il va... »

Sa voix se brisa sur la fin et il détourna le regard pour le poser dehors. Il faisait sombre, le crépuscule n'était pas loin. C'était une rare nuit sans nuages, où les étoiles brillaient furieusement et la lune se montrait dans toute sa splendeur. Hinata serra la main de Tobio afin de ramener son attention vers lui et déclara d'une voix ferme :

« Je m'en contrefous. Qu'il vienne s'il le veut, il ne sera pas le bienvenu. Et si tu continus à camper sur tes positions, je te kidnapperai. Et crois-moi, j'en suis parfaitement capable, menaça Hinata.

- Je veux pas qu'il t'arrive quelque chose. Bon sang, pourquoi prendre autant de risques pour moi ?

- Parce que je t'aime. »

Ça lui était sorti naturellement. Se rendant compte de ce qu'il venait de dire et de l'impact qu'avait ses mots sur leur relation, Hinata retira sa main et se mit en position accroupie, ses joues le brûlant, les mains sur la tête. Alors c'était ça, ce sentiment qui lui enserrait le cœur ? De l'amour ? Il ressentait de l'amour pour le brun ? Cela lui fit autant plaisir qu'il en fût frustré.

« Shoyo, l'appela doucement Tobio.

- Non, je suis désolé, c'est sorti tout seul. Ah pardonne-moi, tu dois te sentir mal-à-l'aise. Je suis vraiment désolé, oubl...

- Moi aussi. »

Hinata se figea en entendant sa réponse. Il n'osait pas se retourner, ses joues le brûlant encore comme un feu ardent. Avait-il bien entendu ? Il ne parvenait pas à le croire. C'était impossible que le brun puisse ressentir le même genre d'amour que lui. De l'amitié, ça passait. Mais là, c'était beaucoup trop. Tobio était trop... trop... trop Tobio pour être amoureux de lui.

« Shoyo, viens par-là. »

La tendresse qu'il perçut dans sa voix fit frissonner Hinata, qui se mordit la lèvre pour empêcher de nouveau les larmes de couler. Il n'osait y croire. Si c'était une blague, elle lui bousillait le cœur. Néanmoins, il finit par obéir, la tête baissée. Il n'osait pas croiser le regard de Tobio, étant sûr que cela réduirait son espoir à néant.

« Regarde-moi. »

Il s'obstinait à garder la tête baissée. Il savait qu'il fondrait sur place s'il plongeait ses pupilles dans les siennes. Ses sentiments étaient tellement puissants qu'il ne se sentait pas bien. Son ventre le dérangeait, il avait peur de s'effondrer. Décidément, depuis qu'il côtoyait Tobio, il en voyait de toutes les couleurs !

Ce dernier allongea le bras et lui releva la tête, le forçant, d'une douceur extrême, à le regarder dans les yeux. C'était bien la première fois qu'il agissait ainsi et Shoyo serait bien le seul à le voir user d'une telle tendresse et d'une telle préoccupation à son égard. Il vit les yeux larmoyants d'Hinata et prononça les mots qui firent chavirer le cœur du petit rouquin :

« Je suis tombé amoureux de toi. »

Les larmes affluèrent sans qu'il ne puisse les retenir. Il enfouit sa tête dans ses mains et se mit à sangloter silencieusement. Il était tellement heureux qu'il en avait mal. Il n'aurait jamais pensé qu'un jour, il compterait tellement dans la vie de quelqu'un, s'étant résigné à vivre dans la solitude jusqu'à sa mort.

« Oh Shoyo, j'ai pas dit ça pour que tu pleures, s'attrista Tobio.

- Dé... désolé. Ça fait trop... d'un coup. »

Il ne parvenait pas à tarir ses larmes, les essuyant sans arrêts. Il avait tellement honte de se montrer aussi faible. Sa réaction aurait dû être de sourire bêtement, alors pourquoi pleurait-il ? Est-ce qu'il l'aimait déjà trop ? Ne supportant pas cette vision déchirante pour lui, Tobio fit de son mieux pour l'attirer dans ses bras.

« No... non, protesta faiblement Shoyo, tu n'es pas-

- Shh. »

Tobio le dissuada de s'en aller en calant sa tête sur le haut de son torse, son propre menton posé sur le haut de son crâne. Hinata se crispa légèrement mais, voyant que son ami ne manifestait aucune douleur, se laissa finalement aller. Il était encore plus épuisé qu'à l'accoutumée, sa petite sieste ne l'ayant pas rassérénée. La fatigue accumulée, en plus de ses pleurs, eut raison de lui.

Il sombra dans les bras de Morphée, bercé par les caresses et les quelques baisers de Tobio sur sa chevelure.


Hinata ne tenait pas en place. Aujourd'hui était l'équivalent de la sortie de Tobio. Bien sûr, cela ne se ferait que le soir, étant donné que le roux ne pouvait pas autrement. Il repensa avec amusement aux nombreuses plaintes de Tobio. Le brun avait vraiment envie de sortir de ce « trou à rats », comme il aimait le nommer.

Malgré cela, pendant les deux jours qui précédaient sa sortie, Hinata n'avait pu s'empêcher d'être légèrement angoissé à l'idée que son père ait pu réapparaître pour le tourmenter de nouveau. Mais il n'est jamais venu. Tout comme la police, que l'hôpital n'avait pas daigné contacter. Il est vrai que d'avoir un patient battu à mort sur les bras était tout à fait commun. Cela mettait en rage Hinata, mais il préférait se taire, ne voulant pas braquer le brun. Tout ce qui comptait, c'était de l'éloigner de cet enfer en l'emmenant dans ce qui sera son havre de paix : l'appartement du petit rouquin, promesse d'un endroit sûr et rempli de quiétude, sans violence.

Midi arriva très lentement au goût du roux, qui se rua vers la sortie dès la sonnerie, un bento en main. Depuis que son partenaire était sorti de l'inconscience, Hinata n'attendait plus seul sous le cerisier, mais courrait le rejoindre. Son petit-ami raffolait de ses bentos et cela rendait le rouquin extrêmement fier.

Cependant, à chaque fois qu'il s'empressait de lui rendre visite, Shoyo se faisait la réflexion qu'il ressemblait aux héroïnes niaises de ses romans d'amour, surtout lorsqu'il apparaissait rouge et essoufflé devant Tobio. Ce dernier le trouvait attendrissant mais ne lui avouait jamais. Il n'avait pas envie que le plus âgé ne s'éclipse car il était gêné.

Cette fois-là ne fit pas exception. Hinata s'installa à sa place habituelle et posa le bento entre eux, juste après avoir sorti deux paires de baguettes. Pendant qu'ils mangeaient, le rouquin se délectait de la voix de son ami qui se montrait bien plus bavard qu'au début de leur amitié. À chaque fois qu'un rictus déformait les traits de Tobio, Shoyo s'empressait de s'acquitter de son état. Cela agaçait le brun autant que cela l'attendrissait et lui faisait chaud au cœur.

Soudain, arrêtant de manger, Hinata posa ses baguettes et se mit à l'observer. Tobio faisait semblant d'ignorer son insistance pour ne pas le mettre mal-à-l'aise, mais il savait que lorsque le rouquin possédait cette expression, il voulait lui demander quelque chose. Cela ne manqua pas et le plus âgé finit par demander, hésitant :

« Tobio, est-ce que tu connais un certain... Kozume Kenma ?

- Hum ? Pourquoi ?

- C'est en quelque sorte mon meilleur ami, je voulais juste savoir comment ça se faisait que s'il te connaissait, il ne venait pas te voir, avoua Shoyo, gêné.

- On était dans le même club de volley au collège. Kenma n'est pas quelqu'un qui montre facilement ses émotions, ça doit être pour ça que t'as l'impression qu'il s'en fout, répondit avec nonchalance Tobio.

- Il est au courant ?

- ... plus ou moins, dit Tobio, détournant le regard.

- Et il a jamais rien fait ? Mais c'est quoi son problème ? s'énerva Hinata.

- Du calme Shoyo, tempéra le brun, je pense pas que ce soit de sa faute.

- Comment ça ? demanda suspicieusement le petit corbeau.

- Kenma est tombé amoureux d'un type, Kuroo Tetsurou, pendant le collège. Je pense que ce mec m'aime pas trop. Il a une telle emprise sur Kenma qu'il a dû lui recommander de ne pas s'en mêler. Dans un sens, c'est plutôt pas mal, ça a permis à Kenma d'éviter le danger.

- Mais ça l'a éloigné de toi, fit remarquer Shoyo. »

Un éclair de tristesse passa dans les iris bleu roi de Tobio, avant qu'il ne se remette à manger, devenu silencieux. Hinata posa sa main sur celle de son compagnon, en signe de soutien. Le reste du temps se poursuivit dans le silence tandis qu'une idée pour réunir ses deux amis germait dans le cerveau de Shoyo.

Tandis qu'il pensait, il ne vit pas le brun déposer un regard amoureux sur lui, le contemplant avec adoration. Kageyama n'en revenait toujours pas d'avoir la chance de l'avoir. Il avait envie de l'embrasser depuis qu'il s'était réveillé, mais se retenait, de peur de le brusquer. Pourtant, qu'il en mourrait d'envie.

Hinata salua son ami d'un baiser sur le front et quitta la chambre, fermant la porte derrière lui. Il n'osait pas l'embrasser sur la bouche depuis son premier baiser catastrophique au cimetière. La dernière chose qu'il souhaiterait, ce serait bien de le décevoir. Avant de sortir du bâtiment de soin, il demanda à une infirmière pour signer les papiers confirmant l'autorisation de sortie.

N'étant pas majeur, Tobio devait obtenir l'autorisation d'un adulte pour sortir. Même si Shoyo ne l'était pas non plus, sa condition d'émancipé lui permettait d'effectuer cette action. Sa besogne terminée, il s'empressa de rejoindre son lycée, une idée derrière la tête.


Cela avait été dur, mais il y était parvenu. Hinata regarda partir Kenma, un sourire sur le coin des lèvres. Il avait finalement réussi à convaincre le décoloré d'aller chercher Kageyama. Il lui avait dit qu'il avait quelque chose à faire ce soir et qu'il ne pouvait, par conséquent, pas aller récupérer Tobio comme prévu.

Kenma s'était montré méfiant et n'avait cessé de le questionner sur ce qu'il devait faire. Le roux avait finalement avoué qu'il comptait refaire le plein du frigo et des placards, étant donné que maintenant, ils allaient être deux à vivre sous le même toit. Kenma avait paru croire à son mensonge (qui n'en était pas vraiment un), mais l'avait de suite interrogé sur sa relation avec Tobio.

Hinata avait été forcé d'admettre qu'ils étaient, en quelque sorte, en couple. Et donc, de recommander à Kenma de l'amener à son appartement. Mais le plus grand l'avait étonné, c'était la première fois qu'il parlait autant. Il espérait que grâce à ce plan, les deux amis renoueraient leur lien.


Cela faisait dix minutes que Tobio attendait Shoyo et il commençait à être inquiet. D'habitude, le petit roux n'était pas en retard, préférant même venir en avance. Tout un tas de scénarios défilaient dans son esprit et cela ne tenait qu'à un fil pour qu'il parte à sa recherche. Ce fût lorsqu'une touffe de cheveux brune, tirant sur le blond, rentra dans son champ de vision qu'un voile de panique menaça de le faire sombrer.

Qu'est-ce que fichait Kenma ici, seul ? Était-il arrivé quelque chose ? Mais le plus petit marchait d'un pas tranquille et affichait le même air désintéressé qu'à l'accoutumée. Il s'arrêta devant la haute silhouette de Tobio et le salua :

« Bonjour, Kageyama.

- Salut... Kenma. »

Le plus grand semblait mal-à-l'aise. Comment se faisait-il que ce soit Kenma en face de lui et non Shoyo ? Il s'empressa de lui demander :

« Où est Shoyo ?

- Il est allé faire des courses. Au fait, félicitation pour vous deux, fit Kenma, l'air de rien.

- Bon, on y va ? grogna Tobio. »

Il voulait s'éloigner le plus vite possible de cet endroit et s'assurer que son ami allait bien. Kenma dut le sentir puisqu'il se mit en marche, ralentissant le pas pour que Kageyama puisse suivre. Les infirmières lui avaient recommandées de ne pas trop faire d'efforts, étant donné que ses côtes ne sont pas complètement remises.

Tobio ne s'étonnait même pas de ne pas voir Kenma réagir face aux hématomes qui persistaient sur sa peau claire. Il connaissait assez le faux blond pour savoir qu'il était suffisamment inquiet, même s'il ne le montrait pas par une expression faciale. Ils marchèrent en silence, parcourant le dédale de rues afin d'arriver à l'appartement de Shoyo. Tobio était autant soulagé qu'inquiet de vivre chez le rouquin. Il espérait que son père ne l'apprenne pas d'une quelconque façon et décide de venir répandre son venin.

« Kageyama, l'interpella soudainement Kenma.

- Ouais ?

- Je suis désolé. »

Le plus petit baissa les yeux, la culpabilité envahissant ses prunelles ambrées. Tobio s'arrêta, choqué. Il avait peur de comprendre où voulait en venir Kenma et attendait la suite, qui ne tarda pas à arriver :

« J'aurais dû réagir et t'aider dès que je m'en suis rendu compte, mais Kuroo m'en empêchait. Il disait que je ne pouvais rien faire sans être blessé et... »

Il s'interrompit, se mordant les lèvres, des larmes dans les yeux, maudissant sa faiblesse. Tobio le sondait de ses saphirs, ne comprenant pas pourquoi il se mettait dans un tel état pour lui. Après tout, il était d'accord avec Kuroo. Le brun posa sa grande main sur les cheveux décolorés de Kenma qui sursauta, mais ne se dégagea pas. Il déclara, d'une voix posée :

« Je t'en veux pas. L'autre crête-de-coq a parfaitement raison. Le mieux, c'est que tu sois loin des problèmes que je peux te causer. La seule chose que je regrette, c'est notre éloignement. »

Tobio eut un sourire triste en repensant aux bons moments qu'ils avaient passés ensembles. Les seuls moments qui lui permettaient de s'éloigner de son père. Kenma plongea ses ambres dans ses saphirs, une détermination nouvelle présente dans le regard.

« Remédions à ça, alors. »

Tobio regarda le poing tendu devant lui. Il réfléchit. Kenma n'était pas le plus en danger, Shoyo le surpassait largement (et Tobio se maudirait toute sa vie pour ça), il ne risquait rien. D'autant que ça lui éviterait de se faire tuer par Kuroo s'il apprenait qu'il était arrivé quelque chose à son protégé. Et puis, ça lui ferait du bien de retrouver son ami. Il cogna alors dans son poing, un sourire sur les lèvres.

« Ça marche. »


Hinata avait fini par se rendre compte, entre les rayons yaourts et fromages, que Kenma avait percé à jour son plan au vu du regard non-convaincu qu'il lui avait lancé avant de partir. Il espérait qu'il n'avait pas tout gâché et qu'il avait sauvé leur amitié. Il savait Tobio bien trop borné et têtu pour faire le premier pas.

Cette préoccupation revenant sans cesse dans son esprit, Shoyo était alors revenu près de son immeuble. Il fut surpris d'y trouver Kenma en train d'en sortir. Lui qui pensait revenir avant eux, c'était raté. Le décoloré l'informa que Tobio l'attendait devant sa porte avant de rentrer chez lui. Mais Hinata entendit tout de même son chuchotement :

« Merci, Shoyo. »

Il resta figé quelques secondes, regardant la silhouette s'éloigner. Un grand sourire prit place sur son visage, tandis qu'il comprenait ce que cela signifiait. Frémissant d'excitation, Hinata s'empêcha de monter quatre à quatre les escaliers et pensa plutôt à son pauvre bras qui souffrait du poids du sac de courses.

Une fois rendu à son étage, le roux expira profondément, avant de continuer son chemin vers son propre appartement. Avisant la grande silhouette qui se tenait adossée à un mur et la tête baissée, Hinata ne put réprimer un doux sourire de venir égayer son visage. Il fit comme si de rien n'était afin de ne pas brusquer son ami et chercha sa clé dans sa poche, avant d'ouvrir la porte, s'engouffrant à l'intérieur.

Il se savait suivit mais ne s'en inquiétait pas plus que ça. Ce serait plutôt si l'autre ne lui avait pas emboîté le pas qu'il se serait posé des questions. Dans un silence serein, Shoyo posa son sac de courses et en vida l'intérieur, rangeant les aliments dans les bons placards.

Il terminait par le frigo quand deux bras l'enlacèrent par derrière. Par un effort surhumain, Hinata s'empêcha de sursauter en pensant aux côtes de Tobio et attendit la suite, baissant la tête pour cacher ses pathétiques rougeurs. Une tête se colla la sienne et il entendit l'adolescent soupirer.

« Hey Shoyo, chuchota son ami, je sais que ça peut pas être une coïncidence pour que Kenma soit venu précisément ce jour-ci alors... merci. »

Le susnommé sentit ses joues le brûler un peu plus, si c'était possible. Qu'avaient-ils donc tous à le remercier ? C'est uniquement grâce à eux que les liens ont pu se refaire, Shoyo a juste amorcé l'action ! Il sentit le brun frotter doucement sa joue contre ses cheveux, le faisant fondre intérieurement. Il s'éclaircit la gorge afin de se donner contenance et demanda d'une voix rendue rauque par la gêne :

« T'as envie de manger quelque chose ?

- Pas faim. »

Shoyo devina que quelque chose n'allait pas au ton que Tobio avait employé. Mais, il n'osait pas se retourner, de peur de lui faire mal. Il le sentit se presser un peu plus contre lui et son souffle caressa ses oreilles tandis qu'il murmurait d'un ton fatigué :

« Shoyo, j'ai un gros coup de barre, je sais pas pourquoi. »

Hinata ne réfléchit pas plus et se défit légèrement de son emprise, lui prenant la main pour le guider parmi son modeste appartement. Il le sentit serrer doucement ses doigts dans les siens, le faisant sourire et rosir. Bien entendu, Tobio était déjà venu ici, mais il n'y était resté conscient pas plus de dix minutes et ne connaissait donc que le salon et une partie de la cuisine, qui était ouverte sur la pièce principale.

Une fois dans la chambre, Hinata amorça un geste pour le laisser seul, quand Tobio lui intima doucement de rester avec lui. Ce que le rouquin accepta, légèrement mal-à-l'aise à l'idée de partager son lit avec un homme dont il partageait déjà les sentiments. Cruelle vie.

Tobio l'enlaça fermement contre lui malgré ses protestations, ne pensant pas du tout à ses côtes encore fragiles. Le brun était bel et bien fatigué, mais par-dessus tout, la peur était revenue le tourmenter. Si Kenma n'était plus exposé au danger, qu'en était-ce pour Shoyo ?

Il ne se le pardonnerait jamais si son père s'en prenait à lui. Et s'il découvrait où est-ce qu'il était hébergé et qu'il décidait de passer ? Et si Shoyo était seul à ce moment-là ? Il savait très bien le roux capable de se défendre, mais son père s'entraînait sur un punching-ball taille réelle depuis près de trois ans et il ne voyait pas Shoyo s'avérer être un pro de la boxe.

Tobio se promit de ne jamais le laisser seul tant que l'épée de Damoclès trônait au-dessus de leurs têtes. Il l'enveloppait dans ses bras comme un cocon protecteur, empêchant n'importe quelle menace extérieure de lui faire du mal.