If we hold on togetheri
C'était une belle journée de printemps, le ciel était bleu avec juste quelques petits nuages.
Mieux que tout, c'était aussi une journée de repos, largement méritée qu 'Albafica attendait avec beaucoup d'impatience.
Pendant toute cette semaine, il avait travaillé d'arrache pied, surtout à savoir viser et être précis.
Bien que ses lancers soient encore très maladroits et qu'il rate souvent la cible, il avait quand même le sourire.
Son maître lui disait toujours avec bienveillance que c'était normal, et que c'était quelque chose d'aussi difficile que de savoir lire et écrire. Qu'un jour il manierait ses pointes de bois et plus tard les roses avec autant de précision que lui.
Alors, Albafica à ces instants se sentait soulagé et souriait, se promettant de plus s'appliquer, pour que son maître soit fier de lui. Du haut de ses cinq ans, sa résolution restait la même et rien ne pourrait le dévier de son but.
Ils étaient tous les deux comme un père et un fils. Il avait été élevé par cet homme depuis qu'il était un nourrisson. C'était lui qui veillait sur lui quand il faisait un cauchemar, qui l'aidait à enfiler ses vêtements, lui faisait découvrir les légumes, mais aussi qui le grondait quand il était impoli.
Et Albafica aimait lui montrer les nuages, venir sur ses genoux, ou enfouir au creux du cou de son maître sa petite tête lui offrant toute la tendresse possible.
Que pouvait il faire à présent ? Lugonis l'avait emmené près d'un champ bordé de figuier. Des fleurs y fleurissaient par milliers. Multicolores, de toutes sortes, petites ou grosses, un véritable plaisir pour les yeux.
- Veux tu rester un peu ici sagement Albafica ?
-Oui ! Avec plaisir, maître !
Lugonis nota les yeux pétillants de bonheur de son élève, ce ne serait pas trop cette réunion.
Resté seul, Albafica regarda les anémones, les jonquilles les narcisses et aussi les petites primevères sauvages. Il avait eu immédiatement une idée, pour faire plaisir au Grand Pope et à son maître. Et ça leur ferait très très plaisir, il le savait.
Absorbé par sa cueillette, Albafica cherchait activement de jolies anémones et des crocus, les amassant dans une main.
Puis, il les posa soigneusement sur une pierre. Ça c'était fait, maintenant si il prenait des jonquilles ? Avec des crocus ça serait très joli, et ce serait la plus belle surprise du monde !
-Tu es tout seul petit ? Rasgado observa avec curiosité l'élève du chevalier des Poissons.
- Oui, seigneur Aldebaran. Maître Lugonis m'a demandé de l'attendre ici, et j'ai dit oui.
Il avait hésité un court instant avant de répondre, mais même si il ne le connaissait pas bien, cet homme était aussi un chevalier d'or. Alors il pouvait lui faire confiance et être poli, au minimum bien sûr !
-Vu l'importance de la réunion qui se joue, il risque de ne pas revenir avant un bon moment. Peut être même qu'il risque de rentrer très tard.
A cette annonce, Albafica se demandait si il devait ou non le croire, ce n'était peut être pas vrai et il aurait bien aimé qu'ils soient ensemble ce soir, pour lui offrir son bouquet.
-Mais… Mais je voulais le voir. Et puis… donner ces fleurs à lui et… au Grand Pope, murmura il désappointé en triturant son collier, comme quand il était confronté à une situation difficile.
A sa grande surprise, le taureau éclata d'un rire tonitruant.
- Comment Lugonis a pu avoir un apprenti aussi gentil que toi ? Il a de la chance, tu peux me croire ! Si tu veux, je peux t'aider.
- Vraiment ? Albafica était à présent enchanté bien que surpris.
-Évidemment, allez viens !
Rasgdo souleva du sol le gamin pour le mettre sur ses épaules, avant de lui tendre les bouquets.
-Il ne faudrait surtout pas les oublier, ils sont très jolis, tu as du goût. Si tu t'entraînes bien, tu deviendras sans doute un chevalier d'or remarquable toi aussi.
Le petit poisson aimait bien être sur les épaules de ce géant, il voyait tellement de choses et aimait ce moment de complicité.
Il avait même ordonné aux gardes devant la salle du Grand Pope de remettre le précieux cadeau immédiatement une fois la réunion finie. Et de sa grosse voix, il leur avait rappelé de dire que c'était l'élève de Lugonis qui y avait pensé tout seul.
Au lointain, le ciel commençait à être orangé, le soleil déclinait.
- Comme ils ont l'air toujours aussi occupés, il vaudrait mieux que tu agisses comme un grand, tu ne crois pas Albafica ?
- Je veux bien. Mais comment je peux faire ? Demanda il en fronçant les sourcils.
- Je te ramène chez toi, après avoir mangé. Tu te mets au lit, et tu poses tes fleurs sur la table, tu verras ton maître les verra.
- Non. C'est pas la peine. J'ai pas très faim, refusa doucement Albafica. Par contre, je voudrais bien rentrer, s'il vous plaît, Seigneur Aldébaran.
Il se frotta les yeux de fatigue, essayant de rester concentré pour ne pas lâcher son bouquet sans écraser ses précieuses fleurs.
Une demie heure plus tard, Albafica était pelotonné dans son lit, dormant du sommeil du juste après cette journée bien remplie. Le cœur en fête, il pensa au sourire de son maître quand il trouverait la surprise, et son élève aussi obéissant, un vrai grand garçon.
Il revoyait les fleurs, entendait le rire du Taureau alors qu'il s'aventurait au royaume des songes.
Peut être demain avant de s'entraîner, ils auraient droit à un moment rien qu'ensemble à eux.
Le lendemain, incapable de tenir plus longtemps en place, réveillé par les premiers rayons de l'aube, Albafica sauta de son lit. La porte à côté de la sienne était ouverte, ça ne signifiait donc qu'une chose…
- Maître ! Il se moquait bien de courir pieds nus et en chemise de nuit en cet instant. Cependant, un détail cessa brusquement sa course : les jonquilles et les crocus étaient entièrement flétris.
Timidement, il prit une fleur. Elle était fanée, ses pétales étaient ternes et fripées, morte. Tout comme les autres, pourquoi ? Alors qu'hier elles étaient dans un vase, étaient si belles, c'était injuste !
En prenant la jonquille morte dans ses mains, il se mit à trembler et les larmes lui montèrent aux yeux, immédiatement.
- Hier en rentrant, j'ai trouvé ta surprise. Merci Albafica, c'était très gentil de ta part.
- Mais. Mais…. Maiiiiiiiss je voulais pas qu'elles soient mortes ! Elles étaient pas comme ça hier et là… Pardoooon maître ! Je suis désolé…
- Tu n'y es pour rien mon enfant. C'est l'effet des roses démoniaques.
- Mais je voulais juste que vous ayez de jolies fleurs et que vous soyez content, cria Albafica inconsolable.
- Je le sais. Il faut que tu saches que ces roses sont empoisonnées et ne tolèrent pas la présence des autres fleurs ou des autres êtres vivants, comme les oiseaux.
Tu n'y es pour rien, mon enfant, continua il essayant de calmer ce gros chagrin.
Sache que le plus beau cadeau que j'ai jamais eu. Depuis que je t'ai trouvé dans ce champ de roses, tu as rempli ma vie de bonheur, de joie. Chaque jour qui passe, tu me rends un peu plus fier.
Pas d'effet, son fils reniflait toujours et observait la jonquille dans ses petites mains.
- Tu sais, Albafica, si nous restons ensemble, je sais que nos rêves ne mourront jamais.
Et c'est un très beau cadeau que tu m'as fait. Je vais quand même le garder.
A cet instant, Lugonis crut voir l'ombre d'un sourire, sur le visage de cet adorable enfant.
Quel dommage qu'il ait découvert le pouvoir des roses empoisonnées d'une façon aussi triste.
Fin
