Après le débat intérieur de Jim Beckett, voici le point de vue de Rick.

Encore une fois, ça n'a pas été évident de ne pas utiliser les dialogues (à l'exception d'une fois) pour faire parler les personnages.

J'espère que ça vous plaira.

Partie 2 : On se place du point de vue de Rick


Rick regardait la rue depuis les fenêtres de son bureau, ses pensées tournées vers Kate comme à presque chaque instant depuis plus de sept semaines. L'attente se faisait de plus en plus dure à supporter. Son esprit le torturait avec des images de sa partenaire baignant dans son sang, la vie ayant quitté ses traits délicats sans qu'il puisse faire quelque chose pour l'empêcher. Si seulement il savait comment elle allait. C'est tout ce qu'il demandait. Une preuve qu'elle était bien en vie et qu'il n'était pas en train de faire un rêve virant au cauchemar.

Avant l'enterrement, Rick avait cru que Kate et lui étaient à nouveau sur les rails, mais les quelques mots échangés à son réveil avaient remis en doute ses certitudes. Son silence n'avait fait que le conforter dans l'idée qu'elle devait être en colère contre lui. Peut-être même le pensait-elle responsable de sa blessure. Josh avait eu raison après tout, tout était de sa faute.

Rick avait eu envie de l'appeler un nombre incalculable de fois sans jamais oser le faire vraiment. Il avait bien trop peur que Kate ne lui réponde pas ou pire que ce soit son petit-ami qui intercepte l'appel. C'est pour cette raison qu'il avait opté pour une lettre et qu'il l'avait envoyée à Jim Beckett.

Ses chances qu'elle parvienne à Kate étaient plus importantes de cette manière. Rick doutait qu'elle ait tenue son père dans l'ignorance comme elle l'avait fait avec le groupe. Il ne savait même pas si Jim l'avait bien réceptionnée encore moins si elle était déjà entre les mains de Kate. Il craignait également que sa muse ne la lise même pas en voyant qu'elle était de lui ni même si cela la ferait sortir de son silence.

Rick fut tiré de ses pensées par le bruit de son téléphone qui vibrait contre la surface en bois de son bureau. Il alla le récupérer en se disant que c'était sûrement un des gars qui venait aux nouvelles. Il prit son téléphone en main et son cœur s'arrêta en voyant le nom de l'expéditeur. D'une main fébrile, il déverrouilla l'écran pour dévoiler sa partenaire en fond d'écran. Il reconnaissait volontiers qu'avoir mis Kate en fond d'écran avait un côté malsain, mais c'était l'unique moyen d'avoir un semblant de lien avec elle, aussi illusoire soit-il. Nerveux, Rick appuya sur la notification en se préparant au pire. Quand le message apparut, il resta interdit durant quelques secondes avant de comprendre ce que cela signifiait.

Avant même d'avoir eu le temps de réaliser ce qu'il faisait, son corps était déjà en mouvement. Rick atteignit sa chambre en quelques pas et fourragea dans le dressing pour en sortir un sac de voyage. Il y entassa quelques vêtements pris au hasard, courut dans la salle de bain récupérer sa brosse à dents, attrapa son pc portable et le mit par-dessus les vêtements avant de refermer le sac. Même s'il y avait des chances qu'il ne fasse qu'un aller-retour, il valait mieux prévoir. L'écrivain n'arrivait toujours pas à réaliser que Kate lui a donné l'adresse du lieu où elle se reposait durant sa convalescence. Juste son adresse sans aucune autre précision. Il espérait ne pas agir comme un fou en accourant là-bas sans même prévenir de son arrivée, mais il craignait trop qu'en lui répondant sa muse se rende compte de son erreur.

Rick sortit de sa chambre puis de son bureau et déposa son sac dans l'entrée avant de monter à l'étage pour prévenir sa fille. Dire qu'Alexis fut étonnée en apprenant où il allait aurait été un euphémisme. Depuis les événements du cimetière, elle l'avait vu partir à la dérive et il savait que l'absence de contact de Kate commençait à atteindre Alexis également. Il le voyait dans sa manière de le regarder avec un mélange de tristesse et de dureté dès qu'il faisait mention de sa partenaire. Elle lui dit de faire attention et de ne pas mettre ses espoirs trop hauts. Il lui promit de l'appeler dès qu'il serait arrivé et de la tenir au courant de son retour. Il s'apprêtait à sortir de sa chambre quand Alexis l'arrêta pour lui dire de passer le bonjour à Kate et de lui donner également des nouvelles de son état. Rick sourit à sa fille et l'embrassa une dernière fois avant de filer.

Un peu moins de trois heures plus tard Rick fit tourner sa Mercédès sur un chemin de terre entouré d'arbres et menant à un petit cottage. Une autre voiture était garée devant la maison et Rick pria pour que ce soit celle de Jim Beckett et non celle de Josh. Il doutait que Kate lui ait donné l'adresse s'il y avait eu un risque qu'il tombe sur le chirurgien, mais on ne savait jamais.

Maintenant qu'il était arrivé à destination, sa nervosité grimpa en flèche. Il se sentait également fébrile à l'idée de revoir Kate alors que la dernière fois qu'il l'avait vu elle venait de se réveiller de la chirurgie qui lui avait sauvé la vie. Prenant une grande respiration Rick coupa le moteur et sortit de la voiture. Il laissa son sac sur le siège passager et prit le temps de s'observer dans le reflet de la vitre pour s'assurer qu'il était présentable. Il avança ensuite à pas lent en regardant autour de lui. Le lieu respirait le calme et la sérénité, bien loin du bruit incessant de New York. Rick pouvait comprendre que sa muse ait décidé de se ressourcer ici.

Rick grimpa les trois marches du porche et s'arrêta devant la porte. Son cœur battait tellement fort dans sa poitrine qu'il avait l'impression qu'il risquait d'en sortir d'un instant à l'autre. Allez Rick, tu peux le faire se dit-il avant de frapper sur la porte en bois. Quelques instants plus tard, des bruits de pas se firent entendre de l'autre côté de la porte. Ses paumes devinrent moites et Rick se dépêcha de les essuyer sur son jean avant que l'entrée ne s'ouvre pour révéler Jim Beckett. Le père de Kate lui sourit chaleureusement et l'invita à entrer en lui demandant s'il avait fait bon voyage et s'il avait rencontré des difficultés pour trouver la cabane. Rick répondit tout en scannant la pièce des yeux. Sa phrase s'arrêta en suspens au moment où son regard se porta sur Kate. À sa grande honte, il en oublia totalement la présence de Jim, son attention entièrement focalisée sur la femme qui faisait battre son cœur. Elle avait les traits tirés, les cheveux attachés dans une queue de cheval lâche et elle portait un simple t-shirt et un pantalon de yoga. Pourtant, Rick la trouva plus belle que jamais. Elle était là devant lui, bien vivante. Il sentit la tension accumulée depuis tant de semaines refluer quelque peu.

Ses jambes se remirent en marche toutes seules pour le rapprocher d'elle. Sa muse se leva doucement et le regarda avec appréhension sans rien dire. Il s'arrêta à quelques centimètres d'elle et leva sa main dans l'intention de toucher sa joue avant de se stopper sans savoir quoi faire. Ils restèrent à se fixer sans bouger ni parler durant un moment. Il ne savait même pas quoi dire. Lui qui était écrivain ne trouvait pas les mots. Tout à coup des larmes apparurent aux coins des yeux de Kate qui ouvrit la bouche pour parler, mais dont un seul mot sortit 'Rick'.

Il n'en fallut pas plus pour sortir Rick de sa stupeur et pour qu'il la prenne dans ses bras. À son étonnement sa muse le laissa faire et passa maladroitement ses propres bras pour les refermer dans son dos. Il pouvait sentir les battements de son cœur, un peu rapide, mais qui lui montraient que sa partenaire était belle et bien vivante. Depuis sept longues semaines il n'avait aspiré qu'a une chose, la revoir et a présent elle était dans ses bras. Il resserra son étreinte avant de se rendre compte de ce qu'il faisait et de s'écarter précipitamment en s'excusant. La dernière chose qu'il voulait était de la blesser. Kate laissa retomber ses bras le long de son corps et baissa la tête en marmonnant qu'il n'avait aucune raison de s'excuser.

Le ton défait avec lequel elle parla n'échappa pas à Rick qui se retourna vers le père de son amie pour l'interroger du regard. Jim Beckett ne lui fut pas d'un grand secours. L'avocat se contenta de dire qu'il allait les laisser discuter tranquillement et il sortit de la pièce avant que l'écrivain n'ait eu le temps de comprendre. Lorsqu'il se retourna vers sa muse il constata qu'elle était assise et qu'elle refusait toujours de croiser son regard. Elle triturait son t-shirt avec ses doigts d'un geste nerveux. Ne sachant pas quoi faire, Rick prit place sur le canapé en s'assurant de laisser un espace suffisant entre eux. Laissant son regard dérivé autour de lui il avisa une feuille de papier posée sur la petite table à côté du canapé ou il y avait également une photo de famille. Il y reconnut la lettre qu'il lui avait écrite malgré le papier froissé et l'encre qui semblait avoir un peu bavé. Le silence s'éternisa et à mesure du passage des minutes l'air se fit plus lourd dans la pièce. Il fallait qu'il trouve quelque chose à dire vu que sa partenaire ne semblait pas encline à dire quoi que ce soit. Décidant qu'il valait mieux commencer sur un sujet neutre et sans risque, Rick se lança et commenta la destination choisie par sa muse pour se remettre de ses blessures. Cela eut le mérite de faire réagir Kate qui redressa la tête pour lui répondre même si elle refusait tout contact visuel avec lui. Rick se demanda si elle regrettait simplement de lui avoir dit ou la trouver et qu'elle se demandait peut-être comment faire à présent pour le faire partir. Bien vite la conversation s'épuisa et Rick se retrouva à nouveau face au silence. S'armant de courage il dit à sa muse qu'il pouvait repartir immédiatement si sa présence la rendait inconfortable. Face à son absence de réponse, l'écrivain se leva du canapé prêt à repartir, mais la main de Kate se referma sur son bras avant qu'il ne fasse un pas. Lorsqu'elle parla pour lui dire de rester cela ressembla plus à une question qu'a une affirmation, loin de l'assurance avec laquelle elle s'adressait d'ordinaire à lui.

Rick reprit donc place aux côtés de sa partenaire qui bien que décidée à ne pas le regarder ne retira pas sa main de son bras. Lorsque Kate se remit à parler, ce fut pour s'excuser d'avoir gardé le silence aussi longtemps. Elle lui expliqua n'avoir pas pensé une seule seconde qu'il puisse s'imaginer qu'elle lui en voulait qu'on lui ait tiré dessus. Qu'elle faisait une bien piètre amie et qu'elle s'en voulait énormément. Rick tenta de la rassurer sur le fait que sa lettre n'avait pas eu vocation de la faire se sentir coupable. Il comprenait parfaitement que Kate ait eu d'autres choses à penser bien plus importantes que ses états d'âme. Ses paroles, au lieu d'aider son amie, ne firent qu'aggraver les choses. Kate se leva avec quelques difficultés et se dirigea d'un pas lent vers la fenêtre en lui tournant le dos.

Rick resta assis sur le canapé sans savoir s'il avait dit quelque chose de mal et encore moins ce qu'il devait faire. Ce n'est qu'en entendant la respiration hachée de sa partenaire tandis qu'elle répétait qu'elle était désolée qu'il se mit en mouvement. En trois enjambées il l'avait rejointe. Il murmura son prénom, posant sa main sur son épaule dans un geste de réconfort. La voir ainsi lui brisait le cœur seulement il n'avait pas la plus petite idée de ce qu'il devait faire pour réconforter sa partenaire. Il avait beau se triturer les méninges, il ne parvenait pas à comprendre la réaction de Kate. À aucun moment dans sa lettre, il ne se souvenait avoir sous-entendu qu'il lui en voulait pour son silence. Évidemment, son silence était loin de l'avoir laissé de marbre, mais il n'était pas en colère contre elle.

Rick ne força rien, attendant simplement que sa muse soit prête à se confier. Il resta derrière elle, sa main toujours sur son épaule. Si à son approche, Kate avait baissé la tête afin de ne pas affronter son regard dans le reflet de la fenêtre, après quelques minutes, elle releva les yeux. Leurs regards se croisèrent dans la vitre et pour la première fois depuis son arrivée Kate ne tenta pas de s'en détourner. Ils restèrent ainsi sans bouger à se regarder à travers leurs reflets. Ce fut Kate qui brisa leur contact la première. Elle se retourna doucement pour lui faire face. Elle releva la tête afin de pouvoir le regarder. Elle fit ensuite remonter sa main le long de son corps, touchant le tissu de sa chemise dans un geste délicat. Ne sachant pas quoi faire, Rick resta sans bouger et attendit de voir ce qui allait se passer, le cœur battant à tout rompre dans sa cage thoracique. Sa muse stoppa son ascension en arrivant au niveau de son cœur. Elle laissa sa main à plat sur sa poitrine durant quelques secondes pour écouter les battements sous ses doigts. Jamais encore n'avaient-ils eu de contact aussi intime et pendant un instant, il se crut même en train de rêver. Ce n'aurait pas été la première fois qu'il se réveil, son corps et son cœur suppliant pour retrouver la sensation du corps de Kate contre le sien pour se rendre compte qu'il était dans sa chambre, seul, sans aucune idée d'où était sa muse. Cependant, la sensation était trop tangible, trop intense pour qu'il soit en train de rêver. Rick hésita à parler, mais il craignait trop de briser la bulle qui les entourait. La main de Kate reprit son exploration, remontant doucement vers son omoplate puis sa gorge avant de tracer le contour de son visage.

En arrivant ici, Rick pensait être celui qui avait besoin de se rassurer sur le fait que Kate était bien là et pas un simple mirage. Mais à en juger par la manière dont elle le touchait, Kate semblait chercher à se convaincre de la même chose. Que n'aurait-il pas donné pour simplement la prendre dans ses bras et ne plus jamais la lâcher. Ou à tout le moins la garder contre lui jusqu'à tant que lui comme elle soit rassuré sur la présence de l'autre. Semblant comprendre qu'il avait de plus en plus de mal à rester sans rien faire, Kate laissa sa main retomber avant de placer ses deux bras derrière son dos. Rick n'attendit pas plus longtemps et la serra contre lui en veillant à ne pas l'écraser. De par son absence de talons, la tête de Kate arrivait au niveau de son épaule. Sa partenaire resserra légèrement son étreinte et enfui son visage au creux de son cou, laissant échapper au passage un soupir de contentement. Pris d'une envie irrépressible, Rick embrassa le haut de son crâne avant de baisser la tête pour que son menton touche les cheveux de sa muse. Durant plusieurs minutes, aucun d'eux ne fit un geste pour briser leur étreinte jusqu'à ce que Kate tourne son visage afin de pouvoir parler.

« Tu m'as manqué.

— Toi aussi tu m'as manqué Kate. Tellement manquée, murmura Rick dans ses cheveux.