Petit cadeau pour Lassa, parce que je lui dois bien ça.
L'arrivée à Dorne :
La petite princesse royale de douze ans avait passé la majeure partie de son voyage pour Dorne à pleurer dans sa cabine. Ses deux dames de compagnie ne purent pas la tirer de son chagrin, et se contentèrent de veiller à ce qu'elle mange, dorme, et se lave. Quand elle arriva enfin à Dorne, aux Jardins Aquatiques, elle était trop épuisée pour se rendre compte de l'atmosphère enchanteresse du lieu, sous le soleil couchant. On la conduisit directement dans sa chambre, et on l'informa qu'elle aurait une audience avec le prince Doran Martell et son fiancé le prince Trystan le lendemain matin. Myrcella, abattue, mortifiée d'avoir quitté sa famille, et ne voulant certainement pas d'un fiancé, ne se rendit même pas compte de la magnificence de sa chambre. La pièce était meublée d'exquis petits fauteuils, banquettes et commodes en bois précieux ornés de bronze doré, rembourrés des plus beaux tissus. Les tentures qui séparaient vaguement la grande pièce et donnaient de l'intimité à celle-ci étaient de magnifique soieries transparentes dans des tons ocres et rouge très chauds et rassurants. Le lit à baldaquin en lui-même était le summum du confort, avec son matelas de plume et ses couvertures légères brodées d'or. Avec cela, il y avait des énormes coussins dispatchés un peu partout dans la pièce, sur des tapis aux motifs fins et colorés. La pièce s'ouvrait sur un petit patio encadré de plantes, avec du mobilier extérieur également, où en son centre jaillissait d'une fontaine un jet d'eau au doux bruit rassurant. Si elle en avait eut quelque chose à faire, la princesse aurait remarqué que sa chambre à Dorne était plus luxueuse que sa chambre au Donjon Rouge, mais voilà : sa mère lui manquait terriblement, son petit frère aussi, et toutes les personnes qui prenaient soin d'elle et qu'elle avait appris à apprécier au fil du temps… Seul son grand frère Joffrey ne lui manquait pas du tout. C'était pour le moment le seul avantage à sa situation : être débarrassée de lui et de sa perversion maladive.
Ses dames de compagnie la préparèrent pour la nuit avant de se retirer, un léger souper lui fut servi qu'elle picora à peine, et la petite princesse se mit au lit où elle pleura encore jusqu'à l'épuisement.
Le lendemain cependant, elle ne pleura pas du tout. Elle était une Lannister après tout, la seule princesse royale, et elle ferait honneur à sa maison. Elle petit déjeuna, et fit mander ses dames de compagnie pour qu'elles l'aide à se vêtir de la plus impressionnante et somptueuse parure qu'elle possédait.
Son choix se porta sur robe en satin rouge, brodée de fils d'or et de perles, formant le lion des Lannister sur sa clavicule gauche. Le bord des manches et de la jupe étaient magnifiquement ouvragés également. Le rouge éclatant faisait ressortir ses yeux émeraudes. Avec ceci, ses dames de compagnie peignèrent ses magnifiques cheveux dorés et lui firent une coiffure qui remontait en chignon une partie de la masse bouclée et laissait l'autre partie libre, flotter autour de ses épaules comme une cape dorée et lumineuse. Une parure de rubis montés sur des petites chaînes en or fut accrochée à son chignon, et seul le pendentif que sa mère lui avait offert, le lion des Lannister, compléta l'ensemble.
Elle était magnifique. Et elle serait digne et fière, comme son rang le voulait.
Elle marcha à travers le palais comme un mouton allant à l'abattoir, mais n'en montra rien. Le visage impassible, ses yeux émeraudes totalement secs et regardant fixement devant elle, le menton relevé.
Quand elle entra dans la salle du trône, elle vit tout d'abord la foule de courtisans rassemblés pour la voir. Elle entendit sur son passage des murmures admiratifs. Elle se dirigea sans les regarder, bien droite, fière, vers le prince Doran, assis sur son trône. Elle s'avança devant lui et fit la gracieuse révérence attendue.
-Ma chère enfant ! s'exclama le prince. Que vous êtes ravissante. Laissez-moi vous présenter mon fils et votre futur époux, le prince Trystan.
Myrcella exécuta une révérence moins profonde, et releva les yeux vers le jeune homme. Son cœur fit un bond dans sa poitrine : il était beau comme un ange. Il lui sourit et s'inclina également, les yeux brillants d'admiration, et son sourire était si doux, comme du miel, posé sur elle…
Soudain, une musique s'éleva dans la salle du trône. Des tambours, des flûtes, des instruments à cordes, mais nulle part en vue.
Les gardes se mirent à chercher les intrus, les princes Doran et Trystan Martell ordonnèrent en même temps que Myrcella fut protégée par deux gardes… Les courtisans s'affolèrent un peu. Quand enfin, ils virent tous arriver un pangolin depuis le couloir. Celui-ci avait une canne blanche en main, et une pancarte avec marqué "Félicitations" qu'il tenait à l'envers de l'autre.
-Trystan Martell ? Myrcella Baratheon ? demanda-t-il quand il fut arrivé devant le trône.
-Oui, répondirent les deux jeunes adolescents.
-J'ai l'insigne honneur de vous informer que vous êtes âmes-sœur ! déclara le pangolin avec une joie non feinte.
Myrcella et Trystan se regardèrent, choqués, quant au prince Doran, il se mit à applaudir. Aussitôt la foule fit de même, et le pangolin d'âmes-soeurs disparut avec un grand sourire.
Les deux jeunes gens se dévisageaient, rougissant. Le reste du monde n'existait plus pour eux. Ils avaient eu le coup de foudre, et apprendre qu'ils étaient âmes-soeurs rendait ce moment encore plus poignant.
-Nous apprendrons à nous connaître, Princesse Myrcella, la rassura Trystan d'une voix chaude et assurée.
-Puisqu'il en est ainsi, répondit la petite princesse.
Elle était ravie. Ses rêves de prince charmant s'étaient finalement réalisés. Oublié Port Réal, oublié son chagrin, oublié la petite fille qu'elle était. Le prince Trystan avait éveillé en elle la femme qu'elle devait devenir. A partir de ce jour, Myrcella et Trystan furent inséparables, et l'amour courtois dicta leur conduite.
