Hermione marchait toujours vers la Salle Commune des serpents, accompagnée de Zabini. Si on lui avait dit qu'elle serait encore dans cette situation, deux jours plus tôt, elle ne l'aurait tout simplement jamais cru. Mais pourtant, la voilà, portée par le sourire de Zabini pour retourner dans cette Salle qu'elle pensait ne jamais revoir. Il chuchota le mot de passe et la porte s'ouvrit, laissant entendre un brouhaha et de la musique. Si l'ambiance était plus "chill" pour Blaise, c'était probablement parce qu'il y avait un peu moins de monde, et que personne ne dansait. Tout le monde était assis, par terre ou sur des fauteuils, et discutait. Par contre, les tables étaient toujours remplies de bouteilles d'alcool, et cette fois-ci, des spots de couleur vert bougeaient sur les murs, comme une boule disco. Sur la pierre froide, cela faisait ressortir la couleur qui était néon, et éclairait parfois le visage de certaines personnes qui se trouvaient en dessous. Hermione balaya son regard sur la pièce, et elle vit Drago, qui ne l'avait pas vue. Il était assis à la même place que la veille, sur un canapé vert en face d'une énorme cheminée en granit. Il semblait perdu dans ses pensées, un verre dans la main. Il se fit resservir du xérès, qu'il avala en quelques gorgées, le regard vide. Hermione trouvait cette vision assez déplaisante, elle n'aimait pas trop le Drago triste et égaré, et surtout, alcoolisé. Pour la centième fois du week-end, elle se demanda ce qu'elle faisait ici. Soudain, Drago tourna la tête vers elle et croisa son regard. Au début, il fronça les sourcils, un léger pli barrant son front. Puis, un mélange de soulagement, d'admiration et de colère prit place dans ses pupilles, dilatées par l'alcool. Et là, il tourna la tête et vit Zabini à côté d'elle, et son regard s'assombrit.
"Zabini !" cria Pansy en traversant la foule.
Elle se rapprocha de lui. Elle portait un corset rose pâle qui lui comprimait la poitrine, et un pantalon blanc. Hermione se fit la réflexion qu'elle la trouvait assez jolie, peut-être parce qu'elle n'était pas habituée à la voir sans son uniforme. A cet instant, Pansy sembla remarquer la présence d'Hermione à côté de son ami.
"Et… Granger."
Cette dernière ouvrit la bouche, mais fut coupée par Blaise qui leva un doigt vers Pansy, pour la prévenir :
"Sois cool, Pansy."
"Mais je suis cool." dit-elle avec un sourire mielleux en regardant Hermione. "Je voulais dire, bienvenue Granger."
Son ton était clairement sarcastique, mais Hermione était soulagée de voir qu'elle ne se moquait pas d'elle. Elle la remercia d'un signe de tête.
"Vous tombez bien, on était en train de faire un action ou vérité."
"Encore ?" dit Hermione.
"Les jeux ici ne changent pas trop." rigola Blaise à côté d'elle. "Mais c'est marrant."
Ils s'assirent tous les deux sur le canapé, en face de Drago. Ils étaient pratiquement dans la même posture que la veille, sauf que Pansy était assise sur un fauteuil à gauche d'Hermione, et qu'elle était à côté de Blaise. Drago, lui, était seul. La fille aux cheveux châtains n'était plus là. Il ne regardait pas Hermione, mais quand elle l'observa en biais, la lumière verte du plafond éclaira un peu son visage, ses cheveux blonds, sa mâchoire contractée, avant de repartir à un autre endroit du plafond.
"C'était à qui le tour ?" demanda un garçon aux cheveux bouclés.
Ils se lancèrent plusieurs défis, presque identiques à ceux de la veille. En l'espace de cinq minutes, Hermione refusa huit verres de xérès. C'était une institution, ici ?
"Hermione, action ou vérité ?" demanda Pansy avec un air de défi.
"Vérité."
Pansy leva les yeux au ciel, mais demanda quand même en quelques secondes :
"As-tu déjà embrassé ou couché avec un Weasley ?"
Drago releva la tête, et malgré la distance qui les séparait, Hermione fut aspirée par son regard brûlant. Il la défiait de répondre.
"Hm, non."
Pansy n'insista pas, et posa une autre question à Blaise qu'Hermione n'entendit pas. Elle était fascinée par le regard de Drago sur elle. Il savait qu'elle mentait. Il sourit légèrement, peut-être était-il satisfait de savoir qu'elle n'avait pas dévoilé son secret aux Serpentards. Qu'il était le seul à le savoir dans cette pièce. Il but une longue gorgée de xérès et reposa son verre, vide, sur la table.
Au bout de plusieurs tours d'action ou vérité, ce fut à Drago. Une fille réfléchit à l'action qu'il avait demandé, et il attendait patiemment son gage. Le cœur d'Hermione cognait fort contre sa poitrine.
"Tu dois monter cinq minutes dans un dortoir avec la fille de ton choix, dans cette pièce."
"Et ça ne peut pas être Pansy." ajouta Blaise avec un sourire. Pansy lui fit un doigt d'honneur.
"Cinq minutes ?" demanda-t-il en arquant un sourcil, ce qui fit rire l'assemblée.
"Ou plus, si besoin."
Le cœur d'Hermione redoubla ses battements. Elle regarda Drago balayer son regard sur la pièce, et regarder derrière lui. Soudain, il fit un grand sourire, un faux sourire, qu'Hermione n'avait jamais vu.
"Daphné, tu me ferais cet honneur ?"
Cette dernière lui sourit et se leva. Des "ouhh" se firent entendre dans la pièce, et des applaudissements, tandis que Drago se leva à son tour et suivit la jeune femme dans les escaliers. Sans un regard en arrière.
Elle savait pertinemment qu'il ne l'aurait pas choisie. Elle le savait. Mais pourquoi une pique de jalousie venait de lui perçer le cœur ? Il devait avoir fait ça des millions de fois, elle ne savait pas pourquoi ça la touchait maintenant. Elle décida de ne plus vouloir y penser, et pour ça, elle se pencha vers Blaise :
"Tu me donnes un verre ?"
"Bah ? Ta résolution de ne pas boire ce soir s'est envolée ?"
"Ouais, c'est plus marrant quand on est ivre je crois." dit-elle avec un sourire.
Elle ne savait pas si son sourire était convaincant, mais en tout cas, Blaise lui tendit un verre de ce maudit xérès, qu'elle avala d'une traite. La brûlure désormais familière coula dans sa gorge, elle réprima un frisson et reposa le verre dans la main de Blaise qui la regarda, ébahi. Il lui en servit un autre, et cette fois, elle attendit un peu avant de le boire d'un coup. Les minutes passaient, et Hermione regardait tout le temps les escaliers du dortoir pour voir si Drago revenait. Mais il ne revenait pas. Tout le monde sembla avoir oublié qu'ils étaient montés, ils continuaient leur jeu sans se préoccuper de ce qu'ils faisaient, en haut. Pourtant, ça occupait toutes les pensées d'Hermione. Etait-il en train de coucher avec elle ? L'avait-il déjà fait avec Daphné ?
Elle réalisa qu'elle était vraiment stupide. Pourquoi était-elle venue ici ? Ce n'était clairement pas son environnement, elle, elle aimait la Bibliothèque, les livres usés et la chaleur du feu de bois dans la Salle Commune. Pas la pierre froide et les bouteilles d'alcool vides par terre. Elle avait voulu, encore une fois, prouver son courage en se mettant face à Drago, mais au final, il n'en avait rien à faire. C'était ça, sa vie, embrasser des filles par milliers dans des dortoirs, avec trop d'alcool dans le sang et sous une musique beaucoup trop forte. Comment avait-elle pu penser qu'il était, ne serait-ce que intéressé par elle ? Ok, il était plus gentil qu'avant, peut-être un peu plus attentionné, mais cela ne l'empêchait d'être toujours le Drago Malefoy énigmatique et attiré par les blondes aux yeux bleus.
Elle se fit cette réflexion en buvant un autre verre de xérès. Zabini, qui ne se doutait pas du tout que toutes ses pensées étaient tournées vers Drago, engagea la conversation avec un sourire :
"Est ce qu'on peut espérer te revoir enivrée en train d'embrasser un garçon dans quelques minutes, Granger ?"
"Hm, je ne crois pas pouvoir ingérer tout l'alcool que j'ai bu hier, même pas la moitié. Je ne sais même pas combien de verres j'ai pris, au final."
"Comment as-tu réussi à monter les 7 étages jusqu'à ta tour ?"
Hermione hoqueta de surprise, mais Blaise n'y fit pas attention.
"Euh, je… Je sais plus, honnêtement. J'étais à moitié somnambule."
Blaise lui sourit encore, un sourire compatissant. Elle espérait que ses sourires étaient sincères, et pas une manipulation typiquement Serpentard pour qu'elle l'apprécie.
"Qui veut jouer à un je n'ai jamais ?" cria Pansy, ce qui fut approuvé par le groupe autour des deux canapés.
Hermione avait un regard interrogateur, et Blaise se moqua un peu de son innocence.
"C'est un jeu à boire, le principe est de boire une gorgée à chaque fois qu'on a déjà fait un énoncé que quelqu'un vient de dire. Tu vas vite comprendre."
Hermione hocha la tête, faisant mine d'avoir compris sans vraiment avoir saisi toutes les règles du jeu. Elle tourna la tête vers Pansy qui devait dire le premier énoncé, mais son mouvement de tête s'arrêta net quand elle croisa deux yeux gris devant elle. Elle sursauta légèrement : elle n'avait pas vu que Drago était revenu. Hermione fit tout son possible pour montrer à son interlocuteur visuel qu'elle n'éprouvait pas le moindre intérêt pour sa personne. Elle écouta Pansy scander un "je n'ai jamais fait un suçon", et elle vit plusieurs personnes du groupe prendre des shots en riant. Elle ne vit pas si Drago avait bu, par contre, Blaise s'empressa de finir son verre :
"Je ne peux même plus les compter." dit-il en riant.
Elle écarquilla les yeux en entendant le commentaire de Blaise. Hermione était toujours aussi surprise de voir que la maison des Serpentards parlait de sujet aussi… tabous, pour elle. Pour eux, c'était totalement naturel de parler de ce genre de choses, alors que jamais personne ne le dirait de la sorte chez les Gryffondors. Hermione garda son verre dans sa main sans boire. Elle sentit le regard de Drago sur elle, mais elle l'ignora. Un autre spot lui éclaira le visage et le haut de sa chemise blanche quelques secondes avant de disparaître de nouveau.
Une autre fille, à qui c'était le tour, demanda à l'assemblée :
"Je n'ai jamais fantasmé sur un prof."
Pratiquement tous les élèves autour d'elle prirent un shot, et Hermione se raidit. Discrètement, sans que personne ne puisse le remarquer, elle prit une gorgée de la boisson immonde en pensant à Gilderoy Lockhart avec honte. Blaise, cependant, le remarqua et éclata de rire, mais heureusement, il ne lui demanda pas de s'expliquer.
"Je n'ai jamais couché avec quelqu'un le premier soir."
Hermione vit Drago basculer la tête en arrière pour finir son verre. Cela lui retourna l'estomac. Elle eut soudain envie de sortir de la pièce. Elle sentait que les gorgées de xérès lui faisait déjà tourner la tête, un peu trop fort. Peut-être qu'elle ne s'était pas encore remise de son ébriété de la veille, et que seuls quelques verres arrivaient à la faire tanguer de nouveau. Blaise, qui sentait qu'elle n'allait pas très bien, lui demanda comment elle se sentait, posa son bras sur les épaules d'Hermione et la serra contre lui. Étonnamment, cela lui fit du bien, elle put stabiliser un peu sa vision et se sentit un peu mieux. Il resserra son étreinte, toujours sans perdre le sourire communicatif de son visage.
Quand elle se concentra de nouveau sur la pièce, Hermione croisa le regard, furieux, de Drago. Comme la veille, quand elle s'était rapprochée de Graham, il lui jetait un regard plein d'éclairs, l'incitant à arrêter. Mais contrairement à hier, elle avait appris à connaître un peu plus Drago, en une journée, certes, mais elle savait comment l'énerver. Et vu ce qu'il avait fait avec Daphné, elle avait bien le droit. Comment pouvait-il lui lancer un regard pareil, alors qu'il vient probablement de coucher avec une autre fille cinq minutes plus tôt ? Que voulait-il ? Une minute il s'en fichait royalement d'elle, et la seconde il paraissait furieux qu'elle porte son intérêt sur quelqu'un d'autre.
Juste pour l'énerver, et se venger de son "action", Hermione se rapprocha de Blaise et posa une main sur son torse. Elle faillit sourire en voyant les yeux de Drago s'écarquiller encore plus. D'ici, elle voyait à sa poitrine qu'il avait du mal à contrôler sa respiration. Il était absolument furieux. Blaise, lui, parut tout aussi surpris que le blond, mais aima visiblement ce nouveau contact car il fit descendre sa main dans le creux des hanches d'Hermione et la colla littéralement contre lui.
Drago regarda quelques secondes la main de Blaise contre la hanche d'Hermione et faillit défaillir. Il ferma les yeux quelques secondes et essaya de contenir sa colère en inspirant très fort, la tête entre ses mains. Cette fois-ci, c'était sûr, il était jaloux. Jaloux de quoi, Hermione l'ignorait, mais elle aimait beaucoup ce petit jeu. S'il voulait lui faire du mal en montant avec Daphné, poser une main sur le torse de Blaise n'était que de la revanche. Elle bu quelques gorgées de son verre pour lui faire oublier sa gêne, et lui redonner du courage. En voyant ça, Drago se passa une main dans les cheveux, un geste de frustration.
Le jeu continua. A chaque fois que Drago buvait pour une question sexuelle, Hermione se surprenait à rajouter plus de contact avec Blaise. Ce dernier lui sourit et passa une main dans les cheveux attachés d'Hermione pour replacer une mèche rebelle derrière son oreille. Ce contact la fit frémir, mais elle ne savait pas si c'était par plaisir ou par gêne. Au fur et à mesure des minutes qui passaient, le groupe de jeu d'alcool se dissipa, certains allaient voir ailleurs dans la pièce, d'autres allaient se coucher ou rentrer à leurs dortoirs respectifs. Bientôt, il ne resta plus que cinq personnes dans le groupe autour des canapés, ce qui n'était plus assez pour jouer selon Pansy.
Cette dernière se leva, s'étira et déclara qu'elle allait partir se coucher. Elle avait l'air encore très soûle, son corset était mal mis et ses seins débordaient un peu, et elle avait une tâche d'alcool sur son pantalon blanc. Hermione se demanda comment elle pouvait venir ce rythme de vie tout en suivant les cours, elle en serait incapable. Mais, elle se rappela qu'elle allait devoir l'apprendre très vite, quand elle allait se rendre en cours le lendemain.
Les conversations avaient baissé de volume dans la salle, Hermione n'entendait presque plus la musique dans ses tympans tellement elle s'y était habituée. Par contre, elle avait mal à la tête.
"Blaise, quelle heure est-il ?"
"3h du matin."
Hermione faillit suffoquer en entendant l'heure. Elle avait cours dans 6h. Cela ne lui était jamais arrivé de veiller aussi tard, aussi loin de son lit. Elle décida qu'il était temps de rentrer et se leva, mais la pièce tangua et elle dû s'accrocher au canapé. Elle se souvint maintenant de sa résolution de ne plus jamais boire, et elle se rappela pourquoi. Cette sensation de perte de contrôle de son propre corps était insupportable. Blaise se leva à son tour et passa une main sur le bras d'Hermione, dans un geste réconfortant :
"Tu veux que je te raccompagne à ton dortoir ?"
"C'est très gentil Blaise, mais ça va aller."
"Tu es sûre ? Tu n'as pas l'air bien."
Cette conversation lui rappelait un peu trop celle qu'elle avait eue avec Graham, la veille, mais cette fois, l'éclat dans le regard de Blaise était sincère. Elle savait qu'il ne lui voulait pas de mal, mais elle voulait vraiment rentrer seule, cette fois.
"Non, ne t'en fais pas tout va bien. On se voit demain en cours de Potions."
Elle ne sait pas vraiment pourquoi elle avait dit ça, parce qu'ils ne s'étaient absolument jamais adressé la parole en cours, et que cela n'allait probablement pas changer demain. Cependant, il ne répliqua pas et hocha la tête, toujours un peu inquiet.
Pansy se dirigea vers son dortoir d'un pas morne. La fête était finie. Chaque élève sortirent un par un de la pièce pour se diriger vers leurs lits. Il ne restait que des Serpentards dans la pièce, elle était la seule personne venant d'une autre Maison. Sans un regard pour Drago qui était toujours assis dans le canapé, elle se dirigea vers la porte et sortit dans le couloir froid. Elle n'était pas très inquiète de se faire voir dans un couloir par un professeur, c'était un des avantages à être préfète, elle pouvait se balader comme elle voulait dans le Château. Elle espérait cependant ne pas croiser McGonagall ou Rogue, parce qu'elle devait probablement sentir l'alcool. Elle resserra sa cape contre elle pour contrer le froid, sans succès. Hermione était toujours en train de marcher dans le couloir des cachots quand elle entendit des pas précipités derrière elle. Elle se retourna pour dire :
"Blaise, je t'ai dit, pas besoin de me raccompagner je vais très bi-bien toute seule."
Mais ce n'était pas Blaise qui se rapprochait d'elle, c'était Drago.
"Non, ce n'est pas Blaise." siffla-t-il entre ses dents.
"Oh, Drago ! Que me vaut ce plaisir !"
Elle était visiblement ivre, moins qu'hier mais assez pour dire n'importe quoi. Il ne répliqua pas à son commentaire, mais l'incita à avancer sans la regarder.
"Viens, je te raccompagne."
Elle n'avança pas et Drago se retourna, visiblement exaspéré.
"Je n'ai pas besoin d'être raccompagnée."
"Oh, Granger, ne me fais pas vriller." dit-il, toujours aussi énervé.
"Granger ? Vraiment ?" dit-elle avec un sourire narquois. "Ok "Malefoy", merci mais je n'ai pas besoin de me faire raccompagner."
"Tu n'arrives même pas à marcher."
"Si, regarde."
Elle fit trois pas en avant sans tomber et lui fit un grand sourire. Il ne lui retourna pas.
"Granger, ne me le fais pas répéter deux fois. Je te raccompagne. Tu es bourrée, tu dois monter sept étages et Graham va pas tarder à rentrer."
"Qu'est ce que ça te fait, que je croise Graham ?"
Il se pinça l'arête du nez avec ses doigts, l'air impatient.
"Pour la centième fois, je ne sais pas, je n'ai juste pas envie que tu aies des problèmes."
"Tu es énervé contre tous les mecs que je croise ?"
"Quoi ?"
"Je sais pas, tu avais l'air énervé quand Blaise a posé son bras sur moi."
Elle vit un léger sursaut faire trembler Drago, le temps d'une seconde, avant qu'il ne repose son regard froid sur elle.
"Non."
Il mentait. Juste pour voir si elle réussirait à lui montrer le contraire, elle se rapprocha soudain de Drago et murmura :
"Ça ne t'énerve pas, de te dire que Blaise a posé sa main sur moi et m'a caressé la hanche ?"
"Non."
Elle ne le croyait pas. Elle avait vu son regard furieux tout à l'heure. Elle ne savait pas pourquoi il l'était, mais lui faire dire était la chose qu'elle voulait le plus, là, maintenant.
"Ok, alors ça ne t'embête pas si je retourne à son dortoir et que je lui demande de me prendre dans son lit ?"
Elle se choqua elle-même en utilisant ce langage, mais essaya de ne pas le faire paraître sur son visage. Drago fronça les sourcils et son regard s'assombrit considérablement. Il tremblait presque de colère. Mais comme il ne dit rien, Hermione fit mine d'avancer de quelques pas pour retourner vers la Salle Commune.
"Putain, arrête." dit-il en lui reprenant le bras.
"Quoi ? Ça t'embête ?"
"Ça me rend… complètement fou." avoua-t-il, la colère toujours dissimulée sous ses traits. Il ne parlait pas, il sifflait des mots entre ses dents serrées. Sa poigne était ferme contre le bras d'Hermione, elle ne pouvait plus bouger.
"Je ne te comprends pas, Drago."
"Je ne me comprends pas moi-même, je crois. Mais c'est comme ça. Depuis que je t'ai vue sortir de la chambre de Graham tremblante, je n'arrive pas à me contrôler, je ne sais pas pourquoi."
"Alors, c'est juste ça ? De la possessivité ? C'est pour ça que tu es énervé depuis deux jours dès que quelqu'un ose m'adresser la parole ?"
"Non, ce n'est pas ça." grogna-t-il, sans lui lâcher le bras. "Je ne sais pas pourquoi, ça me rend fou Hermione. Et il ne t'as pas juste adressé la parole, il t'as… serrée contre lui."
Cela sembla le faire doubler de rage. Son regard gris était brûlant.
"Et ce n'est pas ce que tu as fait, avec Daphné ?"
Cette question le déconcerta un petit peu. Il desserra sa prise et pencha légèrement la tête :
"Quoi ?"
"Quand tu es monté avec elle. Tu ne l'as pas juste serrée contre toi, je présume."
"Je.. Hein ? Tu parles du gage à la con ?"
"Oui, je parle du gage à la con."
"Hermione, Daphné est mon amie depuis la première année, je n'ai pas couché avec elle." dit-il, comme si c'était évident.
"Comment pourrais-je le savoir ? Je ne te connais même pas."
"Pourquoi es-tu jalouse, toi ?"
"Je ne suis pas jalouse."
"Menteuse. Ca t'as rendue folle, toi aussi, de me savoir en haut avec elle. Avoue-le."
"Non."
Cette fois, c'était au tour d'Hermione de faiblir. Il continua sur sa lancée :
"Si. Tu te plains que je sois énervé, mais tu es exactement pareille."
"Si tu sais que ça fait si mal, pourquoi tu me le fais aussi ?"
Drago ne sut quoi répondre. Il lui lâcha le bras, et se passa une main dans les cheveux.
"Je ne savais pas que tu étais jalouse aussi."
Hermione ne le savait pas non plus. C'était difficile de parler d'un sentiment qu'elle-même ne comprenait pas. Elle se rendit compte qu'il devait éprouver la même chose.
"Pourquoi as-tu continué de toucher Blaise devant moi alors que tu savais que je détestais ça ?" lui demanda-t-il.
Aïe. Touchée. Il avait vu clair dans son jeu, jeu qu'elle n'avait pas vraiment contrôlé parce qu'elle avait laissé parler le xérès pour elle. C'était tellement enivrant de voir Drago se décomposer devant elle, pour quelque chose qu'elle lui faisait.
"Je ne sais pas."
"On est complètement perdus, Hermione." murmura Drago en fixant la Gryffondor.
"Oui… Je crois. J'ai du mal à comprendre… ce que je ressens."
"Moi aussi."
Il fit les cent pas devant elle, au beau milieu du couloir des cachots.
Hermione se risqua à poser une question qu'elle avait sur la langue depuis deux jours :
"Drago ?"
"Hm ?"
"Ce n'est pas une sorte de jeu ?"
"Quoi ?" demanda-t-il, ne comprenant pas du tout la question. Hermione refomula :
"Ce n'est pas un jeu, de faire ça ? Un truc organisé par les Serpentards pour se moquer de moi." elle passa de lui à elle avec son index, pour désigner l'espace entre eux, et Drago se raidit :
"Tu crois que c'est un gage ?"
"Je ne sais pas."
Il semblait vraiment heurté qu'elle puisse poser la question.
"Comment peux-tu croire ça ?"
"Je vois à quel point vous aimez les jeux d'alcool, et je me dis que c'est probablement un jeu entre toi et tes potes pour déterminer lequel de vous arrivera à me rendre jalouse, ou un truc comme ça."
Il la regardait fixement, l'air abasourdi.
"Et si c'était le cas ?" demanda-t-il.
Un poids tomba dans le ventre d'Hermione. Et si c'était le cas ? Elle se sentirait stupide, bien sûr. Mais c'était la seule explication logique qui lui venait en tête quand elle essayait de comprendre les agissements de Drago de ces deux derniers jours.
"Je ne sais pas, je pense que je ne serais pas vraiment surprise."
"Vraiment ?"
"Oui. Ce serait bien ton style de faire un truc pareil, pour m'insulter. Et ça expliquerait pourquoi tu étais aussi énervé que Graham ou Blaise se rapproche de moi, parce que ça voudrait dire que tu perdais le jeu."
"Stop !"
Son son autoritaire l'arrêta net. Il se rapprocha d'elle et elle eut un sursaut quand il posa ses mains sur ses joues. Il chuchota en la regardant droit dans les yeux :
"Hermione, je ne sais pas ce que c'est, ça, depuis deux jours, mais crois-moi s'il te plaît quand je te dis que ce n'est pas un gage. Je ne ferai jamais ça."
Sans savoir pourquoi, Hermione le croyait. Peut-être parce qu'elle ne l'avait jamais vu si sincère, si déterminé à lui faire comprendre que ce qu'elle pensait était faux.
"Alors, c'est quoi, "ça" ? Pourquoi as-tu un intérêt envers moi comme ça, d'un coup ?"
Il s'éloigna d'elle, lui tournant le dos, et sa paume qui lui touchait la joue quelques secondes plus tôt agrippa ses cheveux, le geste nerveux qu'il avait fait une centaine de fois ce soir.
"Je ne sais pas, Hermione ! Pourquoi tu veux toujours tout savoir, tout comprendre, poser des étiquettes sur tout ce qui t'arrive dans ta vie comme ça !"
Elle employa le même ton pour lui répondre :
"Excuse moi d'être étonnée que du jour au lendemain tu sois devenu gentil avec moi ! Tu m'as insultée pendant des années, et maintenant je dois être d'accord avec le fait que tu me parles gentiment ? Que tu sois jaloux des autres garçons ?"
"Tu sais très bien que j'ai changé, je ne t'insulte plus."
"D'accord, admettons que depuis l'année dernière tu ne me harcèles plus, je dois penser que tu as le droit d'agir comme ça ? Je ne suis pas dans ta tête, Drago, je n'ai aucune idée de ce que tu ressens, ça me perturbe !"
"Moi aussi, ça me perturbe." dit-il, d'un ton beaucoup plus calme. "Je ne sais pas pourquoi je suis comme ça, mais te voir boire et te coller à un mec ça ne te ressemble pas, et ça m'énerve. Surtout quand c'est avec un mec avec qui je traîne tous les jours, et qui me raconte ses récits de cul tous les soirs, ça me rend malade d'imaginer qu'il puisse te toucher toi."
"Pourquoi est-ce que tu estimes que moi c'est grave, mais tu te permets de faire des remarque sur les filles qui ont déjà couché avec toi devant moi alors ?"
"Parce que moi c'est déjà trop tard."
Elle leva les yeux au ciel. Ce n'était pas très juste. Elle ne savait pas pourquoi ça la rendait jalouse, mais elle comprenait encore moins ses réactions à lui.
"Je ne sais pas, Drago… Je ne comprends pas très bien. En tout cas, je suis vraiment fatiguée de ces revirements, de ces changements d'humeur incessants… Il y a beaucoup de choses qui se passent dans ta tête, et je suis ravie d'en avoir fait partie pendant ce week-end, mais je vais m'arrêter là."
"Quoi ?"
"Je suis fatiguée, littéralement et moralement. Je vais aller me coucher. J'espère que tu seras toujours aussi amical pendant nos futures rondes, mais les soirées, l'alcool, les Action ou Vérité, la musique qui donne la migraine, ce n'est vraiment pas mon truc."
Elle prononça sa tirade en montant paresseusement les escaliers. Drago hocha la tête plusieurs fois et monta quelques marches à son tour :
"Granger, je te raccompagne."
"Non, Malefoy, rentre dans ton dortoir et vas coucher avec Pansy ou je ne sais qui." soupira-t-elle, et elle remarqua à quel point sa propre voix était presque éteinte.
Dans son dos, Hermione entendit Drago jurer. Cette réflexion l'avait visiblement énervé, mais elle ne voulait pas comprendre pourquoi. Elle en avait marre de ces allers retours étranges, et de son comportement, elle ne savait plus où donner de la tête. En plus, le xérès lui donnait le vertige, elle voulait aller se reposer. Elle regarda au-dessus d'elle et vit tous les escaliers qui tournaient, et elle soupira.
En regardant par-dessus son épaule, elle vit que Drago était parti.
Hermione avança précautionneusement dans les escaliers, priant pour qu'aucun de ceux qu'elle empruntait ne bouge et la dévie de sa destination. Il n'y avait plus aucun bruit dans le château, le silence calma Hermione. Elle était encore très alcoolisée, trop alcoolisée. Comment avait-t-elle pu boire autant en un week-end ? Et flirter avec deux garçons, deux Serpentards en plus ! Elle n'en revenait pas, et en même temps, ça faisait du bien de lâcher prise un peu. En tout cas, elle ne retournerait jamais dans cette Salle Commune.
Elle arriva au cinquième étage. Plus que deux. Elle était épuisée. La montée vers son dortoir était la plus longue depuis son arrivée à Poudlard, sans hésiter.
Soudain, le silence fut brisé par des éclats de voix dans un couloir à côté d'elle. Ils provenaient du couloir qui menait à la tour des Serdaigle. Hermione se demanda quelques instants s'il était judicieux d'aller réprimander les élèves qui se baladaient dans les couloirs du château à une heure aussi tardive, mais son rôle de préfète était un peu remis en question étant donné qu'elle avait bu quelques verres de xérès et qu'elle titubait un peu. Son hésitation prit fin immédiatement, quand elle reconnut la voix de Graham. Elle écarquilla les yeux et se faufila sans bruit contre le mur, juste à temps. Elle vit passer le Serpentard et une Serdaigle, une blonde de septième année qu'Hermione ne connaissait pas beaucoup. Les deux étaient hilares, et parlaient vraiment trop fort. La jeune femme cessa de respirer quand le couple s'arrêta à quelques centimètres d'elle, pour aller se mettre devant la rampe de l'escalier qu'Hermione venait d'emprunter. Ils se penchèrent au-dessus en discutant.
Hermione n'était clairement pas assez dans son état normal pour une altercation avec Graham, là, maintenant. S'il la voyait, elle pourrait être vraiment en danger. Pendant un instant, elle regretta de ne pas avoir suivi le conseil de Drago qui voulait la raccompagner.
Elle entendit les deux rire, et peut-être s'embrasser ? Elle n'était pas sûre, et ne voulait pas risquer de se faire voir en bougeant. Elle n'entendait pas très bien leur conversation, mais ce qui était sûr, c'est qu'ils lui barraient le chemin pour monter dans la tour des Gryffondors. Hermione était en train d'essayer de comprendre, à travers la voix de la jeune femme, si elle était d'accord pour être dans les couloirs avec Graham. Après son comportement de la veille avec elle, elle se méfiait de son faux air mielleux, mais la Serdaigle avait l'air normale, du moins, au ton de sa voix et des rires qu'Hermione entendait. Au bout de plusieurs minutes, qui parurent interminables pour la Gryffondor, la Serdaigle sembla s'éloigner et retourner dans sa tour. Elle entendait cependant toujours les pas de Graham, tout près d'elle. Hermione se fit la plus petite possible, ne voulant surtout pas se faire découvrir. Elle était clouée sur place, et elle entendait son propre cœur battre contre ses tympans. Elle aurait donné beaucoup pour avoir la cape d'invisibilité d'Harry, à cet instant.
Le Serpentard s'éloigna d'elle, ce qui rassura Hermione. Elle respira enfin, soulagée. Elle posa sa tête en arrière contre le mur en pierre derrière elle, mais elle ressentit un léger vertige à cause de l'alcool et elle trébucha un peu. Elle se redressa, mais le bruit de sa cape contre le mur avait brisé le silence de l'étage.
"Il y a quelqu'un ?" demanda Graham d'une voix forte.
Hermione était prise au piège. Dans quelques secondes, il tournerait la tête et la verrait, dans le coin du couloir. Elle ferma les yeux, priant pour qu'il la laisse tranquille, quand elle sentit une main lui agripper le poignet et l'emporter. Elle faillit lâcher un cri de surprise, mais fut rapidement propulsée sur le côté. Elle eut juste le temps de voir Graham plisser les yeux pour essayer de voir qui faisait du bruit dans le couloir, sans la reconnaître grâce à l'obscurité.
Elle fut emmenée dans une salle de classe, du moins elle pensait, car elle cru entendre le bruit d'une porte qui s'ouvrait. Bien que ça se passa en moins d'une seconde, Hermione était à bout de souffle. La salle de classe était très petite, étouffante, et plongée dans l'obscurité. Elle regarda enfin qui lui avait attrapé le poignet, qu'il tenait toujours, même si elle savait déjà qui c'était.
"Drago, je…" commença-t-elle.
Ce dernier ouvrit des grands yeux, pour l'empêcher de parler. La Gryffondor eut à peine le temps de protester que Drago posa une main contre sa bouche. Et elle comprit pourquoi. Les pas de Graham retentirent juste devant la salle de classe dans laquelle Drago les avait emmenés. Il se promena quelques secondes devant, cherchant visiblement la personne qui avait fait du bruit, et par miracle, il n'ouvrit pas la porte et s'éloigna, probablement pour rejoindre les cachots. Malgré les pas qui s'étaient étouffés, Drago garda sa main sur la bouche d'Hermione pendant plusieurs longues secondes, son autre main encerclant toujours son poignet. Son regard était plongé dans le sien, et Hermione eut un autre vertige, sans savoir si c'était à cause du xérès ou du gris brûlant en face d'elle. Enfin, il retira sa main, et il lui murmura :
"Pourquoi dès que je te laisse cinq minutes, tu arrives à te mettre en danger ?"
"Je ne sais pas." avoua-t-elle.
"Il a fallu que tu tombes sur lui, en plein milieu de la nuit." commenta Drago.
Elle ne savait pas s'il était furieux, ou amusé. Probablement un peu des deux. Hermione n'arrivait pas vraiment à protester ses dires, car il avait raison, et qu'elle était heureuse qu'il se soit trouvé là à cet instant pour l'aider.
"Qu'est ce que tu faisais là ?" demanda-t-elle.
"Est-ce que tu peux admettre qu'il aurait fallu que je te raccompagne, comme je te l'ai conseillé ?"
"Qu'est ce que tu faisais là ?" répéta-t-elle.
Il leva les yeux au ciel, et à contre-coeur, il lui répondit sans la regarder :
"Je voulais juste vérifier que tu étais bien rentrée. Et visiblement, j'ai bien fait."
"Merci."
Il parut surpris de son remerciement, il devait s'attendre à ce qu'elle s'énerve en lui disant qu'elle n'avait pas besoin de lui.
"J'ai l'impression que je ne peux pas te laisser toute seule sans que tu te mettes en danger."
"Ce n'est pas moi, c'est lui qui est descendu de la tour des Serdaigle au moment où je suis passée devant !"
Drago soupira en baissant la tête. Il sembla remarquer qu'il tenait toujours le poignet d'Hermione, car il le lâcha rapidement.
"Est ce que tu peux au moins admettre que j'avais raison ?" demanda-t-il.
"Tu avais raison. Je n'aurais pas dû rentrer toute seule."
Malgré son aveu, son ton borné résonna un peu trop dans sa voix, ce qui fit rire Drago. Heureusement, il lâcha l'affaire.
"Désolé d'être monté dans le dortoir de Daphné tout à l'heure."
Le fait qu'il soit aussi proche d'elle faisait augmenter le rythme cardiaque d'Hermione. Ils n'avaient jamais été aussi proches physiquement, elle pouvait sentir son odeur sur son pull et se surprit à vouloir se rapprocher encore plus. Cette proximité rendait leur échange plus sincère et intime, comme s'il lui déclarait ce qu'il n'avait pas osé lui dire plus tôt, dans les cachots.
"Pourquoi tu t'excuses ? Tu fais ce que tu veux."
"Je sais qu'au fond de toi, ça t'as blessée. Alors, je m'excuse."
Elle hocha la tête, pas sûre que ça la rassurait qu'il sache tout ce qu'elle pensait.
"Tu vas t'excuser aussi, pour Zabini ?"
Malgré sa demande, il était amusé.
"Je… Je ne sais pas pourquoi je devrais m'excuser ?"
"Tu t'es collée à lui devant moi."
Elle se mordit la lèvre quand il lui fit remarquer, elle se sentait un peu honteuse d'avoir agi de la sorte avec Blaise alors que c'était dans le but de rendre jaloux Drago. Ce dernier fit glisser son regard des yeux d'Hermione à sa bouche, et il inspira très fort :
"Arrête de faire ça."
"Faire quoi ?"
"Te mordre la lèvre, comme ça, ça me donne envie de te…"
Il ne finit pas sa phrase, qui resta en suspens dans la pièce étroite autour d'eux. Soudain, Hermione eut très chaud, et elle eut un léger frisson qui lui parcourut tout le corps. La tension entre les deux avait pris une autre tournure, qu'Hermione n'avait pas du tout anticipé.
"Envie de me…?" demanda-t-elle au bout de plusieurs secondes.
Drago plongea de nouveau son regard, ardent, dans celui d'Hermione. Il n'était pas du tout tremblant, comme Hermione l'était, mais elle voyait qu'il hésitait profondément, derrière ses pupilles grises.
"Tu ne veux pas savoir." dit-t-il pour clore la conversation.
Il détourna légèrement la tête. Et alors, comme poussée par un élan d'adrénaline, propulsée par la boisson, la tension de ce moment et irrationnellement, Hermione se hissa sur la pointe des pieds et posa ses lèvres sur celles de Drago. Ce fut un baiser furtif, d'une seconde à peine, qui les choqua tous les deux. Hermione se recula instantanément, sentant le rouge lui monter aux joues.
"Désolée, je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça…"
Mais Drago ne l'écoutait pas. Il fixait toujours les lèvres d'Hermione, puis, ses yeux, et, comme s'il avait pris une décision intérieurement, il posa ses mains sur les joues de la Gryffondor, et l'embrassa.
Ce n'était pas du tout le même baiser que celui qu'elle avait entrepris. Le baiser de Drago était pressé, fougueux. Il lui attrapa les lèvres et se rapprocha d'elle, elle sentait son haleine fraîche contre sa langue et elle faillit défaillir. Elle n'avait jamais ressenti ça avant, jamais embrassé quelqu'un avec autant de passion. C'était fulgurant, elle ne pensait à rien, juste aux lèvres de Drago contre les siennes, et ce moment était parfait, comme si tout revenait à sa place. Il enleva une main de sa joue pour la passer dans les boucles d'Hermione, et elle fit de même, mêlant ses cheveux à ses doigts et en tirant légèrement dessus. Drago sembla apprécier, car il soupira contre sa bouche, en resserrant sa prise. Soudain, sans qu'elle ne s'y attende, il posa ses mains sur ses hanches, juste au-dessus de ses cuisses, et la souleva sans peine, pour qu'ils puissent se retrouver à la même hauteur. Hermione mit ses jambes autour de lui dans un geste automatique, alors qu'elle n'avait jamais été dans cette position auparavant. Drago bougea pour la plaquer contre la porte de la salle de classe, et força la bouche d'Hermione à s'ouvrir encore plus pour y faire passer sa langue, qu'elle enroula autour de la sienne en gémissant.
"Putain, Hermione, ne fais pas ça…" souffla-t-il contre ses lèvres.
A la place, Hermione resserra ses jambes contre lui et se frotta un peu contre le haut de son pantalon, ce qui fit gémir le garçon à son tour. Elle avait toujours la main dans ses cheveux, elle voulait le sentir le plus près possible d'elle, se serrant encore plus dans leur étreinte. Elle sentait les mains de Drago s'enfoncer dans ses hanches, ce qui la rendait folle. Elle dut récupérer du souffle et décolla légèrement sa bouche de celle de Drago, qui caressa ses lèvres de sa langue en suivant les contours, puis, il l'embrassa de nouveau aux commissures de ses lèvres. Elle pensait qu'elle allait s'évanouir tellement les émotions qu'elle ressentait s'écrasaient contre elle, son cœur battait trop fort contre sa poitrine.
Ce fut lui qui arrêta le baiser en premier, bien trop tôt. A peine eut-il détaché ses lèvres des siennes qu'elle voulut regoûter au goût mentholé de sa langue, mais il se recula et la contempla quelques secondes. Elle réalisa qu'il la tenait toujours contre lui, le dos contre la porte derrière elle, et que ses jambes encerclaient toujours la taille du garçon. Cependant, il ne la lâcha pas.
"Hermione, je…"
Elle essaya de déchiffrer ce qu'il ressentait à travers ses pupilles, mais elles étaient seulement dilatées, et semblaient chercher une réponse dans ses propres yeux. Ils se regardèrent, essoufflés, pendant plusieurs secondes, avant que Drago ne la relâche finalement. Elle sentit son dos glisser le long de la porte tandis que le Serpentard cherchait visiblement quelque chose à dire. Hermione dut lever la tête pour le regarder. Finalement, il lui lâcha :
"Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça."
"Pardon, c'est... moi, qui ai commencé."
"Tu m'en veux ?" demanda-t-il, inquiet.
"Pourquoi je t'en voudrais ?"
"Et bien, tu as beaucoup bu, et la dernière chose que je voudrais faire serait de te forcer…"
"Tu ne m'as pas forcée, c'est moi qui t'ai embrassé en premier." fit-elle remarquer.
Il ne sembla pas satisfait de cette réponse. Il se sentait mal, stressé, elle le voyait bien car il hochait la tête pour la contredire :
"Je n'aurais pas dû continuer, je… ne sais pas pourquoi j'ai fait ça."
"Oui, tu l'as déjà dit."
Elle était un peu agacée par sa réaction. Elle comprenait qu'il avait peur qu'elle ne veuille pas, mais n'était-ce pas évident qu'elle voulait prolonger ce baiser ?
Il s'éloigna un peu d'elle, et la distance qu'il créa rendit Hermione mal à l'aise. Comme si la bulle dans laquelle ils s'étaient liés venait d'éclater, et que la réalité, la fatigue, et la honte, lui tombèrent d'un coup sur les épaules. Elle remarqua qu'il évitait son regard. Au bout de plusieurs secondes, il lui demanda, hésitant :
"Est ce que tu vas réussir à rentrer toute seule ?"
Sa question lui fit mal, mais elle acquiesça. Drago hocha la tête, plusieurs fois, voulut visiblement lui dire quelque chose, se retint et sortit rapidement.
Tout l'air comprimé dans les poumons d'Hermione s'échappa, elle n'avait pas remarqué qu'elle retenait sa respiration. Elle était perdue, et encore plus depuis ce baiser. Il avait l'air tellement passionné, était-il comme ça avec toutes les filles qu'il embrassait ? Probablement. N'empêche, elle se surprit à passer un doigt sur ses lèvres, comme pour se rappeler de la sensation de ses lèvres sur les siennes.
Elle sortit de la salle de classe, chancelante, mais elle ne savait pas si c'était à cause de l'intensité du baiser de Drago, ou de l'alcool qui lui cognait les tempes. Elle ne pensait à rien, Graham, les Serpentards, la fête, ses amis qui ne se doutaient de rien, tout s'était envolé, elle ne pensait qu'à Drago et ses gémissements contre sa bouche.
Elle finit par arriver devant la porte de sa chambre, sans qu'elle se souvienne du trajet pour y parvenir. Hermione retira son pantalon et sa cape de Gryffondor, qu'elle posa sur la chaise à côté d'elle, et s'enfonça dans sa couverture épaisse. Elle tremblait de tout son corps. Elle espérait que c'était à cause du froid, et s'endormit.
