Hello!

Merci beaucoup pour vos retours sur le chapitre 4, je suis trop contente! J'espère que la suite vous plaira autant!

Je vous laisse avec ce chapitre 5 sous le POV de Drago! Bonne lecture :)

La première chose que Drago ressentit en se réveillant, ce fut un violent mal de tête. Un mal de tête qu'il n'avait pas eu depuis tellement longtemps qu'il en avait oublié la sensation. Il lâcha une plainte à demi-mots, à moitié réveillé, et essaya de se masser les tempes, sans succès. C'était tellement ancré en lui qu'il se demanda s'il allait réussir à ouvrir les yeux.

Il tâtonna maladroitement la place à côté de lui, dans l'espoir de tomber sur des boucles étalées sur l'oreiller, mais à la place sa main tomba sur le matelas froid. Il ouvrit les yeux brutalement, et malgré la pénombre de sa chambre au sous-sol, il n'eut aucun mal à voir que le lit était vide. Il se retourna, à moitié conscient, mais Hermione n'était nulle part.

Il vit sa chemise blanche parfaitement pliée à l'endroit où elle s'était endormie et il jura entre ses dents. Il reposa brutalement la tête dans son oreiller et plongea sa main dans ses cheveux par frustration.

Elle était partie ?

Il ne l'avait pas du tout entendue se lever. Il ne savait pas vraiment si c'était une coïncidence, mais les deux fois où elle avait dormi avec lui, il avait dormi d'une traite, sans cauchemar, sans réveil brutal. C'était peut-être l'alcool qui l'avait assommé. Oui, ça devait être ça.

Il grogna encore une fois et attrapa sa baguette à côté de lui, mais il ne l'a reconnue pas au toucher. Il ouvrit encore une fois péniblement les yeux, son mal de tête ne faisait que s'empirer à chaque seconde qui passait. Il tenta d'habituer sa vue à l'obscurité, et une fois qu'il put identifier la baguette, une nouvelle plainte s'échappa de sa mâchoire serrée. Ce n'était pas sa baguette, c'était celle d'Hermione ! Il toucha le bois entrelacé et doux. Il était sûr que quand il tournerait la tête vers la table de nuit, de l'autre côté du lit, sa baguette ne serait plus là.

Il tourna la tête, et évidemment, elle était vide.

Super, putain ! Il fixa le réveil, 8h45. Il sortit rapidement du lit et pointa la baguette d'Hermione sur sa tête en murmurant plusieurs sorts pour annuler l'effet gueule de bois. La baguette fut tellement réactive qu'il faillit la lâcher de surprise : elle était puissante ! Hermione honorait bien sa réputation de sorcière brillante, il le savait déjà, mais la rapidité de sa baguette lui prouvait encore une fois.

Drago prit une douche rapide, profitant seulement quelques secondes de l'eau chaude dans ses cheveux, avant de prendre les premiers vêtements qu'il voyait en guise de tenue. Malgré les sorts de guérison qu'il s'était infligé à lui-même, il se sentait encore dans les vapes. Il essaya de se souvenir de la dernière fois qu'il avait mangé quelque chose, il fut incapable de dire quoi. Il avait encore le temps de prendre un petit déjeuner à cette heure-ci un samedi, et ferma la porte de son dortoir.

En montant les escaliers, il ne fut pas étonné de l'état de la Salle Commune des Serpentards. Des bouteilles d'alcool traînaient par terre, pratiquement toutes vides ou dégoulinant sur la pierre grise des cachots. Certains élèves dormaient encore par terre ou dans les canapés verts. Il vit une fille en soutien-gorge allongée sur l'accoudoir, elle tenait toujours une bouteille de xérès à bout de doigts. Il se demanda ce qu'Hermione dirait en voyant ça, et ricana.

Il n'avait pas énormément de souvenirs de la soirée de la veille. C'était souvent le cas, elles se confondaient toutes dans sa tête, mais cette fois-ci c'était en grande partie à cause de l'alcool. Il n'avait pas bu comme ça depuis des années. Il avait accepté tous les shots qu'on lui proposait, et au fur et à mesure que l'alcool brûlait sa gorge, il en voulait encore plus. En réalité, il voulait effacer toutes les images d'Hermione qui apparaissaient dans son esprit mais il ne l'aurait jamais avoué à personne. Après, tout était flou, il se souvenait du visage de Pansy en face de lui qui lui proposait encore la bouteille, son maquillage dégoulinant de ses yeux et ses cheveux tout décoiffés. Il se souvenait vaguement d'une fille sur ses genoux, une blonde, il aurait été incapable de dire de qui il s'agissait. Il se rappela de ses mains sur lui et qu'il n'avait pas aimé, ses yeux étaient trop clairs, et ses cheveux trop raides… Il n'avait pas aimé comment elle lui parlait, trop doucement, il l'avait enlevée de ses genoux un peu trop violemment et elle l'avait insulté, mais il s'en foutait. Il préférait boire, boire pour supprimer le sourire d'Hermione dans sa tête qui avait pris beaucoup trop de place ces derniers temps.

Après, par contre, il s'en souvenait. De tout. Il se souvenait d'Hermione qui s'approchait de lui en sortant du portrait et de la joie qu'il avait ressenti en la voyant arriver, elle. Il était monté exprès, juste pour la voir froncer les sourcils. Juste pour l'énerver, encore et encore, qu'il se sente important à ses yeux, égoïstement. Il se souvenait parfaitement de la courbe de ses hanches à travers sa chemise, de ses cuisses qu'il avait pris à pleines mains pour la sentir contre lui. Il se souvenait des petits sons qui sortaient de sa bouche et qui l'avait rendu complètement fou, qu'il voulait entendre de nouveau comme si sa vie en dépendait, de ses yeux grands ouverts pendant qu'il la caressait.

"Tu es le seul Drago, je suis à toi, il n'y que toi…"

Il avait du mal à respirer rien qu'en se rappelant de cette phrase, prononcée entre ses lèvres serrées, sa tête en arrière, ses yeux fermés, sa poitrine offerte…

Il secoua la tête et sortit de la Salle Commune prestement, sans se soucier de faire du bruit en ouvrant la porte. Il se retrouva dans les cachots, qu'il traversa rapidement. L'image d'Hermione qui gémissait et qui tremblait sous ses doigts ne cessait de lui revenir.

Pourquoi était-elle partie, ce matin ?

Elle avait dû partir tôt. Il se rappelait qu'elle s'était endormie, dans ses bras, et qu'il avait sombré dans le sommeil en sentant l'odeur citronnée de ses cheveux, la même que dans la potion d'Amortentia. Est ce qu'elle s'était réveillée pendant la nuit ? Avait-elle… regretté ?

Son ventre se tordit rien qu'en imaginant ça. Et si elle avait été prise de remords après l'avoir fait ? Il ne se le pardonnerait jamais. Il essaya de rembobiner tout depuis le début, étrangement, toute la partie de la soirée où il avait été avec Hermione était claire dans sa tête… lui avait-elle jeté un sort pour qu'il soit plus lucide ? Il essaya de se souvenir d'un moment où elle aurait pu douter, où il aurait abusé d'elle, mais rien ne lui vint. Elle avait l'air consentante tout le long… non ?

Quel con ! Elle devait regretter, c'était sûr. Pourquoi il avait fait ça ? Pourquoi avait-il cédé à ses pulsions ? Il pourrait rejeter la faute sur l'alcool, mais au fond de lui, il savait que ce n'était pas le cas. Même parfaitement sobre il aurait craqué, rien qu'en la voyant dans sa chemise. Elle avait eu l'air partante, elle lui avait rendu son baiser avec encore plus d'ardeur que la dernière fois…

Il décida d'arrêter d'y penser, du moins, essayer. S'il y avait bien un truc qu'il avait appris pendant sa scolarité à Poudlard, c'était d'arrêter d'essayer de comprendre les pensées d'Hermione Granger. Il avait l'impression qu'elle avait toujours un train d'avance sur lui. Il lui demandera plus tard s'il a l'occasion. Il espérait qu'il l'aurait, et en même temps, il se promit pour la centième fois en deux semaines d'arrêter de lui parler. Il avait bien réussi la semaine dernière, il avait fallu qu'elle le regarde après avoir senti cette maudite potion pour lui faire oublier toutes ses résolutions et qu'il se retrouve devant le tableau de cette horrible dame.

Il entra dans la Grande Salle, et se dirigea vers la table des Serpentards. Elle était encore remplie du buffet du petit déjeuner, il sentait d'ici la tarte à la myrtille devant sa place habituelle. Pansy n'était pas là. Cela ne l'étonna pas, elle assistait rarement aux petits déjeuners du week-end, généralement à cause de la soirée de la veille. Pansy était la personne qui buvait le plus autour de lui, chaque soir il était impressionné par la quantité astronomique d'alcool qu'elle pouvait ingurgiter sans sourciller. Le lendemain, par contre, même les sorts les plus puissants pour contrer la gueule de bois avaient peu d'effets sur elle.

Il s'assit et regarda autour de lui. Blaise lui fit un rapide signe de tête en guise de bonjour, auquel il répondit mécaniquement. La Grande Salle était presque vide, seuls quelques professeurs étaient assis et les trois tables en face de lui étaient à peine occupées.

Il risqua, évidemment, un regard vers la table des Gryffondors. Il se demanda si elle serait là, et sans surprise, elle se trouvait à sa place habituelle. Elle discutait avec Potter, tandis que Weaslaid était penché sur la Gazette des Sorciers. Ils étaient plongés dans une conversation et Hermione ne releva pas du tout la tête pour croiser son regard. Ça l'énerva. Comment faisait-elle pour ne pas remarquer qu'il la regardait ? Dès qu'elle posait son regard sur lui, il le sentait. Instinctivement, il pouvait sentir son regard chocolat le transpercer, même quand elle pensait qu'il ne la voyait pas.

Potter arrêta quelques secondes de parler à Hermione pour manger ce qu'il y avait dans son assiette. Drago la regarda choisir ce qu'elle voulait manger, perdue dans ses pensées. Ses cheveux étaient attachés dans un chignon un peu ébouriffé, et quelques mèches encadraient son visage. Elle ne laissait transparaître aucun indice d'où elle se trouvait hier soir, en la voyant comme ça, aussi détendue, il se demanda presque s'il n'avait pas tout imaginé.

Soudain, elle leva la tête vers la porte d'entrée, et ses joues devinrent rouges. Elle écarquilla grand les yeux et même si Drago se trouvait loin d'elle, il pouvait voir la teinte cramoisie qu'avait pris sa peau en l'espace de quelques secondes. Elle recula instinctivement, Potter la regarda, surpris.

Drago fit coulisser directement ses yeux vers l'endroit qu'elle regardait, et il comprit pourquoi elle s'était figée sur place. Graham approchait de la table des Gryffondors, et fonçait même sur elle en particulier, les yeux pleins de rage et les poings serrés. En seulement quelques enjambées, il se retrouva face à elle, pointant un doigt accusateur en sa direction. Hermione le fixait, tétanisée, et même Potter et Weaslaid levèrent la tête vers lui sans comprendre.

"Toi !" hurla-t-il.

Quelques visages se tournèrent vers eux, mais Graham restait fixé sur Hermione. Toujours en la pointant du doigt, il continua :

"Je t'avais dit de rester loin de mes affaires, putain ! Je t'avais prévenue, je t'avais dit que tu le regretteras, et tu continues !"

Hermione était désormais complètement livide. Elle bafouilla des mots incompréhensibles, à voix basse. Beaucoup d'élèves les regardaient maintenant, intéressés par le conflit, et même certains professeurs jetaient des regards étonnés dans leur direction.

Drago remarqua qu'à cet instant qu'il marchait vers eux. Il ne s'était pas rendu compte qu'il s'était levé, et encore moins qu'il fonçait sur Graham de la sorte, mais il ne s'arrêta pas pour autant. Graham continua sa tirade, insensible aux regards autour d'eux :

"Ne fais pas comme si tu ne savais pas, Granger. J'en ai rien à foutre de tout balancer moi. C'est toi qui a raconté à Léah ce que j'ai fait, elle vient de me rembarrer et je suis persuadé que c'est toi qui lui a donné des idées dans la tête pour te venger."

"Je n'ai rien fait du tout !" coupa Hermione.

Elle n'était pas aussi insolente que quand Drago avait surpris leur dispute dans le couloir. Elle n'en menait pas large du tout, même. Potter et Weaslaid échangeaient des regards d'incompréhension. Quand Drago se trouva à côté de Graham, il lui empoigna l'épaule férocement et le retourna de force pour qu'il lui fasse face. Son regard était enragé.

"Graham, recule." dit-il d'un ton sec, pas trop fort pour ne pas se faire entendre par toute la Grande Salle qui écoutait maintenant toute la conversation.

"Toi, tu dégages. Comment ça se fait que tu sois toujours dans les parages quand je lui parle ?"

"Ne m'emmerde pas aujourd'hui Graham. Je t'ai dit de reculer."

Il tenta de l'éloigner de force mais ce connard ne bougea pas, fixant toujours Hermione :

"Tu veux que je leur raconte ? Ce que tu as fait il y a deux semaines ? Quand tu t'es presque jeté sur…"

Drago le bouscula au moment où il allait prononcer ces mots, il ne voulait pas qu'il mette mal à l'aise Hermione devant tout le monde en disant ce qu'elle avait fait, et surtout, il ne voulait pas entendre de nouveau ce qu'elle lui avait fait lors de cette soirée. L'image d'Hermione qui embrassait Graham devant lui hantait déjà ses pensées suffisamment pour qu'il le lui rappelle.

"Graham, je te conseille de fermer ta gueule."

Graham posa finalement ses yeux sur Drago et arrêta de parler, mais son visage était toujours déformé par la rage. Il remarqua que le poing de Drago était encore en train de lui serrer l'épaule et il se dégagea d'un mouvement sec :

"Lâche-moi, Malefoy ! Tu ne sais pas à qui tu parles, je fais ce que je veux. Si j'ai envie d'hurler sur Granger, je peux le faire tout seul."

"Continue et je te remets un coup de poing dans la gueule. Le premier ne t'as pas suffi ? Tu veux essayer l'autre oeil ?"

Drago montra son poing, menaçant. La rage s'infiltrait dans son corps sans qu'il le veuille. Il n'avait pas ressenti cette montée d'adrénaline depuis longtemps, et la dernière fois, il s'était retenu qu'à un coup de poing. Cette fois-ci, il voulait balancer Graham sur le sol et lui bousiller le visage avec ses poings, juste pour se défouler, pour voir le sang couler de sa bouche. Ce connard jaugea Drago, légèrement inquiet de se reprendre une raclée, mais bien déterminé à humilier Hermione aussi :

"Quoi ? Tu ne veux pas que je dévoile les secrets de ta petite salope ?"

"Hé !"

Contre toute attente, Weasley se leva et s'interposa entre Drago et Graham, si vite que Drago ne l'avait pas vu arriver. Drago recula légèrement en arrière par surprise et Weasley en profita pour attraper le col du pull de Graham et l'agrippa furieusement.

Les trois garçons faisaient tous la même taille, mais pourtant, Graham avait l'air ridiculement petit face à Weasley qui le tenait dans son poing serré comme un enfant.

"Ecoute, toi. Je ne sais pas ce qu'il se passe, j'en ai même aucune idée. Mais c'est la dernière fois que tu parles d'Hermione comme ça. Tu la gênes, et tu me gênes."

Le Serpentard essaya de parler mais Ron le tira plus en avant et l'empêcha presque de respirer. Son regard était noir. Drago n'avait jamais vu Weaslaid aussi énervé et menaçant. Il risqua un regard vers Hermione qui le fixait, ahurie, les mains sur la bouche comme pour taire un cri. Ron continua en sifflant entre ses dents, si bien que personne autour d'eux ne puisse entendre :

"Pour la première fois de ma vie je suis du côté de Malefoy, ça montre à quel point tu dois être mauvais pour que lui-même vienne t'agresser. Maintenant tu dégages de là, et si je te revois trop près d'elle je te flanquerais moi-même mon poing dans la figure après celui de Drago. C'est clair ?"

Graham tenta de se dégager de la poigne de Ron, mais il le tenait bien trop fort et il ne put que gesticuler quelques secondes avant de capituler, les yeux pleins de haine. Weasley finit par lui lâcher le col, lui lança un dernier regard menaçant et se rassit en face d'Hermione.

Graham se tourna vers Drago, qui lui asséna d'un ton sec :

"Tu veux vraiment continuer ta scène là ? Les profs te regardent."

En effet, certains professeurs se levaient même pour aller à leur rencontre.

"J'en ai rien à foutre." dit calmement Graham.

"Ah bon ? Tu veux vraiment te battre avec la petite chouchoute de McGo ? T'es sûr de toi ?"

Drago abattait sa dernière carte, celle de la menace. Il savait que Graham aimait faire le malin, mais au fond de lui, il aimait trop paraître comme un élève modèle aux yeux des professeurs et éviter de se faire remarquer de la sorte.

Cela sembla convaincre Graham qui tourna les talons et sortit rapidement de la Grande Salle, suivi par deux professeurs confus. Drago se rendit compte qu'il se trouvait toujours à côté de la table des Gryffondors, et croisa des mines interloquées de la part d'élèves Rouges et Or. Il eut juste le temps d'entendre une partie de la conversation entre Potter, Weaslaid et Hermione avant de retourner à sa table :

"Non, Harry, je n'ai aucune idée de ce qu'il s'est passé…" mentit Hermione, toujours aussi livide.

"C'est à cause de ça que tu as des cernes ? Et que tu ne manges plus ? Parce que ce mec t'emmerde ?" demanda Weasley, visiblement inquiet.

Cernes ? Elle ne mangeait pas ? Drago fronça les sourcils en marchant jusqu'à la bonne table. Il n'avait pas remarqué qu'elle semblait plus fatiguée, et encore moins qu'elle ne mangeait plus. Il n'eut pas le temps d'entendre la réponse d'Hermione avant que le chahut habituel de la Grande Salle ne résonne de nouveau. Il fallait qu'il lui demande comment elle allait. Il savait que cette confrontation devant tout le monde devait l'avoir troublée énormément. Il lui demandera juste comment elle va, si elle tient le coup, et ensuite, il l'ignorera. Voilà, ça sera facile.

Le sang cognait toujours contre ses tempes quand il s'assit de nouveau à sa place habituelle. La dose d'adrénaline pas prévue l'avait mis dans un sale état, il était à peine remis de sa gueule de bois. Qui agresse des gens à 9h du matin ? Il leva les yeux au ciel et but d'une traite son jus. La tarte aux myrtilles ne lui semblait plus du tout aussi appétissante, désormais.

Il essayait de déchiffrer l'expression d'Hermione, au loin, mais c'était compliqué. Elle était toujours aussi pâle, et faisait mine de lire un article du journal que Potter lui avait donné, mais Drago voyait bien qu'elle feignait. Son cerveau devait tourner à mille à l'heure, cherchant une justification plausible à donner à ses précieux amis pour qu'ils ne se posent pas de question. Drago imagina un instant la tête de Weaslaid et de ce connard de Potter s'il racontait ce qu'il avait fait à Hermione dans son lit, la veille. Weasley aurait-il la même tête enragée qu'avec Graham ? Probablement. Il esquissa un sourire en coin en imaginant la scène. Évidemment, il ne le ferait pas, Hermione ne lui pardonnerait jamais, mais c'était tentant.

Le "Trio d'Or" se leva et quitta la Salle peu de temps après. Drago finit rapidement son petit déjeuner, et décida de retourner dans son dortoir. Mais au moment où il passa la porte de la Grande Salle, il tomba nez à nez avec Potter, qui sembla aussi surpris que lui. Ils échangèrent un regard. Étrange. Potter sembla vouloir lui dire quelque chose, se ravisa, et traça sa route.

Drago continua quelques pas, et il entendit la voix de Potter dans son dos :

"Malefoy, attends."

Surpris, le blond se retourna. Potter revenait vers lui, toujours l'air aussi hésitant. Il lui fit signe de le laisser parler :

"Je ne sais pas pourquoi tu as pris la défense d'Hermione aujourd'hui, et honnêtement, je préfère ne pas le savoir, ce sont ses affaires et pas les miennes. J'imagine que ce mec, Graham ? Ça doit vraiment être une ordure et tu as voulu protéger Hermione."

Drago voulut le couper mais Potter ne lui en laissa pas l'opportunité :

"Je sais que tu la détestes, ce n'était probablement pas ton but, mais je voulais simplement te remercier. Elle avait l'air d'être reconnaissante envers toi, donc je voulais te le dire pour ne pas qu'elle ait à le faire."

"C'est rien, Potter." lâcha Drago.

Le concerné haussa vaguement les épaules, et continua finalement son chemin, sous le regard ahuri du Serpentard. Non mais, c'est quoi ce truc ? D'abord Hermione qui s'échappe de son lit, ensuite Graham qui l'agresse devant lui, Weasley qui s'interpose, et maintenant Potter en personne qui vient le remercier ? C'était encore un cauchemar ?

Il secoua la tête. Il n'était absolument pas assez en forme pour gérer ce genre d'embrouille maintenant. Il retourna d'un pas assuré vers son dortoir, traversant tous les couloirs et la Salle Commune sans adresser le moindre mot à personne, et retourna s'allonger dans son lit en grognant.

Quelques heures plus tard, Drago décida de sauter le repas du midi. Il n'avait toujours pas digéré la scène du petit déjeuner. Il préféra s'asseoir à son bureau et commencer ses devoirs. Il était en avance, mais de toute façon, il n'avait que ça à faire. Il n'allait certainement pas aider à ranger la Salle Commune, ce n'était pas son travail, il préférait s'atteler à ses différents parchemins pour ne pas que son esprit vagabonde trop. Il s'appliqua à écrire plusieurs leçons, résoudre quelques calculs d'Arithmancie, et enfin, trouva les antidotes correspondants aux potions du manuel. Malgré sa concentration, il n'arrivait cependant pas à faire taire complètement ses pensées : est ce qu'Hermione faisait ses devoirs, elle aussi ? Est ce qu'elle s'était autorisée une sieste après avoir si peu dormi hier ?

Est ce qu'elle allait lui adresser la parole de nouveau ?

Une fois qu'il eut fermé son manuel, son esprit ne cessait de tourner et ça le rendait fou. Il s'allongea dans son lit et ferma les yeux quelques secondes, essayant de faire le vide dans sa tête, et il s'endormit.

Il se réveilla en sursaut, mais à peine ouvrit-il les yeux que son cauchemar s'évapora. Il essaya de se souvenir ce qui venait de lui faire peur mais il n'avait que des images vagues et insensées. Il se redressa dans son lit et soupira. Son esprit ne cessait de le tourmenter, que ce soit lorsqu'il était éveillé ou endormi, il n'avait jamais la paix, comme si le monde entier voulait le voir souffrir en continu.

Drago sentit que ses pensées commençaient à partir de nouveau dans tous les sens, alors il prit le premier truc qui lui tomba sous la main : son livre de potions, qu'il ouvrit à une page aléatoire et commença à lire. Ça fonctionna, il arrivait à se concentrer suffisamment pour ne pas penser à quelque chose d'autre et s'intéressa rapidement au livre devant lui.

Quand il eut déjà lu une centaine de pages, quelqu'un frappa à la porte de sa chambre, et entra sans attendre de réponse. Pansy s'approcha de son lit, et se jeta dedans avec un soupir de dédain.

"Je m'ennuie." dit-elle avec une moue boudeuse.

Elle avait les lèvres légèrement gonflées et des traces de son maquillage de la veille étaient encore visibles sur ses joues. Drago remarqua qu'elle avait les yeux rouges et devina qu'elle avait pleuré, mais il ne lui demanda pas pourquoi. Il ne lui demandait jamais pourquoi, parce qu'après elle lui expliquerait, et il ne voulait pas savoir.

Pansy disait très souvent ça, "je m'ennuie". Généralement, Drago prenait ça pour une invitation et ils couchaient ensemble, mais aujourd'hui, il n'avait pas envie de le faire. Du moins, avec elle. Il s'éclaircit la gorge et lui répondit sèchement :

"Qu'est ce que ça peut me faire ?"

Elle ne répondit rien, habituée à ses piques de méchanceté qui ne lui faisaient plus aucun effet. Drago reposa son livre sur la table de nuit et regarda quelques secondes Pansy qui était allongée sur le ventre, au pied de son lit. En réalité, il aimait bien quand elle était là, elle arrivait à lui changer les idées et c'était bien de parler avec quelqu'un.

"Tu n'étais pas là au petit déjeuner." fit remarquer le blond.

Pansy haussa un sourcil, visiblement surprise qu'il ait remarqué son absence. Elle sortit une cigarette de sa poche avec un briquet et la mit entre ses lèvres.

"Ouais, j'avais la gueule de bois."

Elle appuya plusieurs fois sur le briquet avec ses ongles parfaitement manucurés pour essayer d'en faire sortir une flamme. Quand le bout de la cigarette s'alluma, elle prit une grande taffe et expulsa la fumée dans un geste habitué. Drago la regardait faire, légèrement amusé : pour quelqu'un qui aimait beaucoup se moquer des moldus, Pansy était une des seules personnes qu'il connaissait à utiliser autant de leurs inventions. Quand il lui avait reproché ça, en troisième année, elle avait simplement levé les yeux au ciel en inspirant la fumée et lui avait recraché à la gueule en riant.

"Je t'ai perdu de vue hier. T'es retourné ici ?" demanda-t-elle, coupant court à ses souvenirs.

"Ouais."

"T'avais pas bu comme ça depuis, quoi, deux ans ?"

"Ouais." répéta lassement Drago.

"T'étais complètement mort. Théo et Blaise aussi, ils n'ont même pas réussi à atteindre leurs dortoirs avant de s'écrouler par terre." Pansy éclata de rire, mais son rire sonnait faux. Elle prit une nouvelle taffe.

"Je ne me souviens pas de grand chose de la soirée mais je me souviens t'avoir vue rouler une pelle à un Gryffondor de 7ème année."

Il ricana à ce souvenir qui venait de lui revenir, et les joues de Pansy rosirent légèrement.

"Ta gueule. J'en étais déjà à mon quatrième shot, ça compte plus." asséna-t-elle.

Mais il vit bien qu'elle évitait son regard. De honte ?

Pendant une fraction de seconde, il hésita à lui dire ce qu'il avait fait avec Hermione, mais il écarta cette pensée aussitôt. Elle ne comprendrait absolument pas, et s'énerverait sûrement. Et pire, elle raconterait à tous les Serpentards ce qu'il ressentait, elle aimait beaucoup trop les ragots pour ça. Il préféra se taire.

Pansy se retourna dans le lit de Drago et contempla le plafond.

"Je m'ennuie." dit-elle de nouveau.

Drago soupira et se pencha pour prendre la cigarette entre les doigts de Pansy, qu'il mit entre ses lèvres. Il aspira doucement et sentit la fumée lui traverser la gorge.

"Tu sais ce que j'ai envie de faire ?" demanda Pansy avec un ton enjoué.

Drago leva la tête vers le plafond pour recracher la fumée et redonna la cigarette à Pansy qui la garda dans ses doigts.

"Quoi ?"

"Et si on allait raconter à Potter et Weasley les aventures de Miss-Je-Sais-Tout ?"

Elle ricana à cette idée tandis que Drago fit de son mieux pour ne pas tousser sous le choc.

"Non."

"Pourquoi ? Ça pourrait être super drôle. On raconte l'Action ou Vérité, ils deviendraient fous à imaginer leur précieuse Hermione se bourrer la gueule, et embrasser un incon…"

"J'ai dit non."

Elle tourna son visage vers Drago en fumant de nouveau. Il ne cacha pas sa colère, et elle parut vraiment étonnée de sa réaction.

"Pourquoi ?"

"Parce que ça va lui donner des problèmes."

"Ça ne t'as jamais empêché de le faire avant."

Il ne répondit pas. C'était vrai. Avant, il aurait adoré avoir cette information et l'aurait balancé dès qu'il aurait eu l'occasion, pour voir le visage de Granger, Potter et Weasley se vider de leurs couleurs. Il aurait jubilé, aurait ajouté des détails pour la mettre au plus mal.

C'était inenvisageable pour lui désormais. La première raison était que si elle tombait, il tombait aussi. Elle avait autant de trucs à dire sur lui que lui sur elle. La seconde raison, c'était qu'Hermione en souffrirait énormément. Cette raison lui fit serrer le poing rien qu'en imaginant sa réaction, elle serait honteuse, il ne pourrait jamais se pardonner. Bon, c'était peut-être la première raison.

"En tout cas, je suis sûre que Graham pourra témoigner. J'ai entendu dire qu'ils étaient montés tous les deux dans son dortoir, la première soirée."

Elle sourit effrontément et Drago ne put s'empêcher de rétorquer d'une voix dure :

"Arrête."

Elle tourna de nouveau les yeux vers lui et fronça franchement les sourcils :

"C'est quoi ton problème Drago ?"

"Je n'en ai pas. Je n'ai juste pas envie de parler de ça, c'est tout. J'en ai rien à foutre de Granger."

Elle ne parut pas complètement convaincue. Il fallait dire que sa réaction devait paraître un peu déroutante, mais il s'en foutait. Elle pouvait penser ce qu'elle voulait de lui.

"En plus, Graham est déjà venue l'emmerder ce matin, au petit déjeuner. Il est allé tout balancer à Potter et Weasley." dit-il d'une voix blanche.

"C'est vrai ?"

"Ouais. Granger était livide."

Ses propres paroles étaient comme de l'acide dans sa bouche. Pendant qu'il lui racontait ça, l'image d'Hermione qui s'endormait dans ses bras ne cessait de revenir dans son esprit.

Il épargna le fait qu'il était intervenu et avait failli casser la gueule de Graham pour la seconde fois. Pansy finit sa cigarette et l'écrasa contre la corbeille en métal à côté du lit.

"C'est mérité. Elle avait l'air tellement perdue, on aurait dit une première année. C'était ridicule. Mais bon, au moins on a bien rigolé."

Drago acquiesça, contre son gré. Il se souvint de la manière dont Hermione l'avait regardé, quand il était assis à côté de Charlène la première fois qui lui avait susurré des messes basses à l'oreille. Il aurait été incapable de se souvenir des paroles qu'elle lui avait dit, parce que toute son attention avait été focalisée sur le regard brûlant d'Hermione. Assise de la sorte, les yeux pleins d'éclairs et de provocation… Ça lui avait coupé le souffle. Toute la salle autour de lui s'était vidée, il n'avait plus rien entendu, il s'était rendu compte à quel point elle était belle. Il n'était pas d'accord du tout avec les propos de Pansy, parce que pour la première fois de sa vie, il l'avait trouvée courageuse et forte. Il n'aurait jamais eu le cran de s'incruster à ce genre de soirée pour impressionner quelqu'un, et il savait que Pansy non plus. Elle devait probablement être jalouse d'Hermione, en son fort intérieur, et il comprenait pourquoi. A côté de Pansy, Hermione était éclatante, captivante, elle était belle sans même s'en rendre compte, alors que la Serpentard faisait tout pour paraître aussi jolie sans y arriver. Le fait qu'Hermione soit si intelligente et courageuse lui donnait un charme qu'il n'avait jamais vu chez quelqu'un, et savoir qu'elle pouvait s'intéresser à lui le comblait, il se sentait privilégié. Quand elle avait embrassé Graham devant lui, et s'était rapprochée de Blaise, ça l'avait plus touché dans son égo que n'importe quoi dans sa vie. Il voulait qu'elle le regarde lui, qu'il détienne toute son attention, qu'il comprenne toutes ses pensées.

Il savait que ses propres sentiments étaient atterrants, mais au moins, ils n'occupaient que son esprit à lui.

Il reporta son attention sur Pansy qui le regardait avec suspicion. Peut-être qu'elle se doutait de ce qu'il ressentait pour elle, mais elle fut assez intelligente pour ne pas lui demander. Elle savait comme ses sautes d'humeur pouvaient prendre des directions inquiétantes.

Elle finit par lâcher l'affaire et s'allongea de nouveau dans le lit en regardant le blond. Ses yeux sombres devenaient soudain plus éclatants, et elle se lécha les lèvres dans un geste automatique :

"Tu veux…?"

Elle ne finit pas sa phrase, mais elle s'approchait de plus en plus de lui en rampant presque dans le lit. Il comprit ce dont elle faisait allusion. Elle faisait souvent ça, l'utilisait pour oublier ce qui la tracassait. Il la connaissait par cœur, il savait pertinemment qu'elle avait besoin de lui pour chasser ses problèmes. Il le savait, parce qu'il l'utilisait pour la même raison. Ils n'avaient jamais cessé de coucher ensemble, c'était comme un accord tacite entre eux pour s'éloigner de la réalité. Il savait qu'elle faisait des cauchemars depuis qu'elle était enfant, et qu'elle noyait son chagrin dans l'alcool et le sexe.

Il se leva rapidement du lit.

"Non, désolé, je dois aller à la Bibliothèque." dit-il brutalement.

"Ah bon ?"

Il venait de décider ça, en fait. C'était probablement là où était Hermione, et il avait désespérément envie de la voir, pour lui demander si elle regrettait. Il hocha la tête et montra le livre qu'il avait posé quelques minutes plus tôt :

"Oui, je dois absolument réviser."

Pansy ne le croyait pas, mais elle hocha la tête tout de même, et reposa sa tête sur sa main dans un signe de défaite. Il ajouta sur un ton plus sec :

"En plus, tu sais très bien qu'on ne baise jamais dans mon lit."

Elle hocha de nouveau la tête en levant les yeux au ciel. Elle n'avait jamais compris cette règle, qu'elle trouvait stupide, mais c'était l'une des seules conditions de Drago. Il regarda son lit et se souvint d'Hermione qui avait crié son nom en jouissant hier au même endroit, et faillit rire de l'ironie. C'était la seule qui avait enfreint sa propre règle sans même le savoir.

"On se voit ce soir, à la fête ?" demanda Pansy avec espoir.

Il acquiesça brièvement la tête.

"Peut-être."

.

.

.

Une fois qu'il eut vérifié plusieurs fois que Pansy était retournée dans son dortoir et ne fouillait pas dans sa chambre, il sortit rapidement de la Salle Commune et se dirigea vers la Bibliothèque. Il ne croisa presque personne en chemin, tout le monde se reposait ou préférait jouer dehors dans la neige.

Il arriva et traversa directement les rayons des livres. Il savait qu'elle était là, c'était l'une des seules personnes de Poudlard à réviser ici un samedi après-midi.

Il s'arrêta au bout du rayon de Botanique et regarda la table d'Hermione. Elle était là, en train de griffonner à toute vitesse sur des bouts de parchemin étalés sur la table. Il la regarda quelques instants : elle avait des tâches d'encre sur les doigts, et des cernes entouraient ses yeux. Elle ne l'avait pas vu, elle était beaucoup trop focalisée sur ce qu'elle écrivait pour lever la tête.

Il s'approcha d'elle et elle sursauta un peu en le sentant arriver. Quand elle vit que ce fut lui, elle regarda autour d'eux pour vérifier que personne ne les voyait.

"Drago ?"

Elle était encore surprise de le trouver ici. Il fallait dire qu'il ne serait jamais venu un samedi après-midi pour réviser, même s'il la voyait souvent le reste de la semaine, toujours à la même table.

Il se rendit compte qu'il n'avait aucune idée de quoi lui dire. Il s'attendait à une réaction, quelque chose qui pourrait lui indiquer ce qu'elle ressentait, si elle regrettait d'avoir passé la nuit avec lui, si elle était énervée de l'avoir vu aussi bourré, ou si elle était heureuse de le voir. Elle ne laissait rien voir de ce qu'elle pensait, ses grands yeux chocolat étaient simplement posés sur lui dans l'attente d'une réponse. Il était incapable de lui en donner une, il ne savait pas par quoi commencer. Il tira la chaise à côté d'elle pour s'asseoir mais elle détourna le regard.

"Hermione…"

Elle regardait derrière lui, il se retourna et vit une table occupée par des premières années qui les regardaient avec surprise. Il fallait dire que ça devait être inhabituel de voir deux ennemis se parler aussi cordialement. Hermione avait l'air un peu stressée de savoir qu'on pouvait les entendre, alors Drago haussa le ton dans leur direction :

"Vous, dégagez."

Les trois filles ouvrirent grand les yeux et se levèrent précipitamment pour sortir de la Bibliothèque en chuchotant. Quand il se retourna de nouveau vers Hermione, elle était horrifiée :

"Pourquoi tu leur a parlé comme ça ? Elles n'ont rien fait !"

Il haussa vaguement les épaules.

"Je sais pas, je voulais te parler et je ne voulais pas qu'on puisse nous entendre."

"Mais ce n'est pas gentil ! Tu leur a parlé super mal !"

Elle le grondait presque, ce qui le fit rire. Elle était toujours scandalisée pour des trucs sans intérêt.

"Je m'en fous." répondit-il doucement.

Elle le jaugea d'un œil mauvais. Si elle était énervée pour ça, il n'osait même pas imaginer sa réaction si elle l'entendait à longueur de journée. Il passait son temps à mal parler aux gens et ne pas se préoccuper de leurs sentiments. La seule personne pour qui il avait de l'attention, c'était elle.

"Comment tu te sens ?" demanda-t-elle après quelques secondes.

Il tenta de déchiffrer son expression. Avait-elle l'air déçue ? Furieuse ? Amusée ? Il était incapable de le dire, ses yeux étaient voilés.

"Comment je vais ?"

"Je veux dire… la gueule de bois."

Le coin de ses lèvres s'étira dans un mouvement presque imperceptible. Drago était complètement perdu.

"Euh, ça va… juste un mal de tête. Toi, comment te sens-tu ?"

Elle posa sa plume sur son parchemin et reporta son attention sur lui.

"Un peu fatiguée."

Il voulait lui poser plein de questions, toutes celles qui tournaient dans son esprit depuis ce matin, mais il n'arrivait à en formuler aucune quand il se trouvait devant elle. Il était littéralement à court de mots, ce qui lui arrivait très rarement.

"Tu as beaucoup bu hier." dit-elle simplement. "Je ne t'avais jamais vu comme ça."

Cette fois, Drago pouvait aisément percevoir le reproche dans le ton de sa voix. Il baissa la tête et regarda ses mains qu'il triturait sur ses cuisses :

"Je sais, je n'avais pas bu comme ça depuis très longtemps."

"C'est vrai ?"

"Oui, je te jure. Je ne sais pas ce qui m'a pris."

"Est ce que tu te souviens de tout, au moins ?"

Drago laissa échapper un soupir :

"Non, c'est flou, surtout le début, la soirée… Je ne m'en souviens presque plus. Je ne me rappelle pas comment j'ai réussi à monter les escaliers jusqu'à la porte des Gryffondors non plus."

"Et après ?"

Il releva la tête et la regarda. Ses joues avaient pris deux teintes supplémentaires de rouge et elle se mordait un peu la lèvre. Elle était tellement belle, il fut aspiré un instant par cette vision avant de lui répondre :

"Après, je me souviens de tout."

Elle arqua un sourcil, méfiante. Il s'empressa de se justifier :

"Je te jure ! Je n'étais pas moi-même, j'ai dû dire des choses horribles mais je te promets que je me souviens de tout."

"Tu as dit que j'étais qu'une Miss-Je-Sais-Tout insolente qui s'énervait pour un rien."

Il leva presque les yeux au ciel. Hermione avait cette manie insupportable de se souvenir de chaque détail précisément.

"Et toi, tu as dit que j'étais agréable quand j'étais de bonne humeur."

Elle sourit.

"Et toi, tu as dit que tu étais monté devant la Salle Commune juste pour me voir."

"C'était vrai."

Elle écarquilla un peu les yeux, elle devait penser qu'il avait dit ça à cause de l'alcool alors qu'il avait pensé chaque mot en les disant. Il continua, la fixant droit dans les yeux :

"Je suis monté uniquement pour te voir, tu étais la seule personne que je voulais voir à ce moment-là."

"Alors pourquoi tu m'as ignorée toute la semaine ?"

"Je ne sais pas, je ne voulais pas que tu…"

"Tu regrettais ?" le coupa-t-elle.

"Non… J'avais peur, c'est tout."

Elle hocha la tête. Il osa poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis qu'il était réveillé :

"Et toi, tu regrettes ?"

Il s'attendait à ce qu'elle s'effondre, qu'elle pleure, qu'elle le gifle, mais à la place, elle éclata de rire. Son rire retentit et s'infiltra en Drago, qui relâcha toute la pression qu'il avait sur les épaules, et sa respiration qui était comprimée dans ses poumons dans l'attente de sa réponse. Ce son était le meilleur son qu'il avait pu entendre dans toute sa vie, il éclata en lui. Elle avait la tête légèrement penchée en arrière, ses boucles entouraient son visage et ses dents blanches. Il n'arrivait pas à détourner le regard de son visage. Quelques minutes plus tôt il était agité, stressé, et maintenant, il souriait comme un connard. Elle avait le don pour faire valser ses émotions et le mettre dans tous ses états, et surtout, elle arrivait à le calmer si vite comme personne ne l'avait jamais fait.

"De quoi tu parles ?" demanda-t-elle, toujours rieuse.

"De ce qu'on a fait hier… J'avais peur que tu regrettes."

"Pourquoi ça devrait être moi qui regrette ? Tu étais complètement bourré, si quelqu'un a abusé de l'autre c'est bien moi. J'avais peur que tu te sentes mal en réalisant ce qu'on avait fait."

Il ne put s'empêcher d'afficher un air ébahi. Il n'aurait jamais pensé ça. Mais il se souvint qu'il ne dévoilait que très rarement ses sentiments, et qu'il n'avait pas dû assez lui dire pour qu'elle comprenne.

"Tu plaisantes ? J'avais l'impression de te forcer, alors que la dernière chose que je voudrais ça serait d'abuser de toi."

"Et si on arrêtait de se dire qu'on a abusé de l'autre alors que ce n'est visiblement pas le cas ?"

Elle souriait, parfaitement à l'aise, alors qu'il se balançait sur sa chaise nerveusement. Il lui demanda :

"Tu es sûre ?"

"Oui, Drago, j'étais parfaitement consentante. Pourquoi es-tu persuadé que ce n'est pas le cas ?"

"J'avais peur que tu me vois comme Graham." avoua-t-il, penaud.

Hermione lui prit la main et elle se logea contre sa paume. Sa main était chaude dans la sienne qui était glaciale. Ce geste réussit à enlever les derniers doutes qu'il avait en lui.

"Je ne te vois absolument pas comme Graham, Drago. Et même quand j'étais ivre j'ai réussi à lui dire plusieurs fois non, si je n'avais pas envie, je te l'aurais dit hier. Je te le promets. J'ai du mal à comprendre où on en est, et j'ai l'impression de découvrir une autre personne depuis la ronde du week-end dernier, mais je t'assure que je ne regrette pas ce qu'il s'est passé."

Il soupira, rassuré.

"Alors pourquoi es-tu partie ce matin ?"

"Je voulais rentrer avant de prendre le petit-déjeuner, c'est tout. Je ne suis pas partie parce que je me sentais mal, je suis désolée que tu aies pu penser ça… J'aurais dû laisser une note."

"Oui, tu aurais dû."

En réalité, il était tellement soulagé. Il s'était fait un film basé sur le fait qu'elle soit partie, et le fait qu'elle lui dise ça le rassurait plus qu'elle ne pouvait le penser.

"Par contre, Harry et Ron commencent réellement à se douter de quelque chose."

Elle retira sa main de la sienne pour ranger les pages devant elle.

"Comment ça ?"

"Ils n'arrêtent pas de me poser des questions et de s'inquiéter pour moi. Je leur mens et je déteste ça."

"Tu penses qu'ils se doutent de… nous ?"

Il désigna l'espace entre eux deux avec son doigt. Hermione hocha négativement la tête.

"Non, bien sûr que non."

Ils s'étaient tellement rapprochés en si peu de temps qu'il avait du mal à voir comment ses proches ne pouvaient pas le remarquer.

"Et Graham, ce matin ? Ils ne t'ont pas demandé ?"

"Non, pas vraiment. Ils ont compris que je ne voulais pas en parler. Mais je ne pourrai pas leur cacher plus longtemps, toute la maison Serpentard m'a vue à ces soirées, il y en a forcément un qui va faire éclater la vérité au grand jour."

Elle baissa la tête. Drago se sentait mal pour elle, il voyait bien que ça la stressait de garder ça secret, même s'il ne comprenait pas comment on pouvait autant se préoccuper de ce que pensaient Potter et Weasley.

"Je ferai en sorte que personne ne dise rien, et surtout, que Graham arrête de te parler."

Hermione releva brusquement la tête, affolée :

"Non, tu ne vas rien lui dire du tout. Tu lui as déjà cassé la gueule une fois, je ne veux pas que ça recommence. Je vais lui parler."

Elle se levait presque et Drago dû réunir tout son self-contrôle pour ne pas la forcer à se rasseoir. Il lui attrapa le bras, geste qu'il faisait souvent. Il fallait dire qu'elle avait le don de s'échapper quand ils parlaient.

"Non, tu ne vas absolument pas lui parler."

"Je fais ce que je veux, Drago."

Elle avait un air de provocation dans les yeux. Il commençait à la connaître maintenant, il savait à quel point elle pouvait être têtue quand elle le voulait, et qu'elle mettait un point d'honneur à ne pas se plier à ce qu'on lui demandait.

"Pour la millième fois, ce mec est dangereux. Tu as vu ce qu'il a fait dans la Grande Salle ce matin ! Il est prêt à tout, il pourrait facilement te détruire et je refuse que tu te jettes comme ça dans la gueule du loup."

"Alors, ne vas pas lui parler non plus." dit-elle.

"Je ne peux pas te promettre ça."

"Et bien, moi non plus."

Il soupira, vaincu. Elle était tellement bornée.

"Ok, aucun de nous deux ne parle à Graham. C'est d'accord ?" céda-t-il.

Contre toute attente, elle lui tendit la main, comme pour marquer un accord. Il leva les yeux au ciel et lui serra la main, ce qui la fit sourire.

"Tu viens à la soirée des Serpentards, ce soir ?" demanda-t-il de but en blanc.

Il savait qu'elle dirait non, mais il lui posa la question juste pour regarder sa réaction de surprise, presque d'ébahissement juste en entendant ça, comme si c'était la chose la plus ahurissante qu'elle ait pu entendre de toute sa vie.

"Non !" s'écria-t-elle. "Et de toute façon, j'ai le dîner du club de Slughorn ce soir."

Drago ne put s'empêcher d'arquer un sourcil en entendant ce nom, et réprima un rire.

"Quoi ?" demanda-t-il.

"C'est juste des dîners organisés par le professeur Slughorn pour réunir plusieurs de ses favoris."

"Potter y va ?"

"Oui, il m'accompagne."

Évidemment. C'était l'Élu après tout, évidemment qu'il se rendait au club des parfaits petits élèves de Slughorn pour fêter le fait d'être célèbre et génial. Drago leva les yeux au ciel.

"Et Weaslaid ?"

Hermione fronça les sourcils en entendant ce surnom.

"Non, il n'est pas invité."

Il n'essaya même pas de cacher sa joie en entendant ça. Alors comme ça, Weasley n'avait pas assez de mérite pour rejoindre le club ? Il eut un flot d'insultes et de moqueries dans son esprit qu'il pourrait lui balancer la prochaine fois, mais le regard froid d'Hermione l'avisa silencieusement de ne pas le faire.

Soudain, les yeux d'Hermione dévièrent et elle posa son regard sur quelque chose derrière Drago. Elle se figea un instant, puis se retourna et s'empressa d'empiler ses parchemins et ses livres précipitamment. Drago ne comprit pas tout de suite ce changement si brusque d'attitude, et se retourna pour voir ce qu'elle avait vu. Blaise Zabini était entré dans la Bibliothèque, et s'approchait d'eux d'un pas décidé.

"Drago, je te cherchais partout." dit-il en arrivant à leur hauteur.

Il regarda successivement Drago et Hermione, à tour de rôle, et un pli marqua son front.

Hermione finit par se relever en tenant à bout de bras tous ses livres et ses notes en évitant soigneusement le regard de Blaise.

"Merci, Malefoy, pour ces informations. À plus tard." énonça-t-elle d'un ton neutre.

Elle partit rapidement, et Drago pesta intérieurement. Il voulait continuer de discuter avec elle ! En plus, il n'avait même pas eu le temps de lui rendre sa baguette, qu'il avait glissé dans la poche de son pantalon mais qu'il ne pouvait pas sortir sans éveiller les soupçons. Pourquoi fallait-il que tout soit si compliqué ?

Il transmit sa frustration à Blaise :

"Quoi, qu'est ce que tu veux ?"

"Calme-toi, je venais simplement te demander si tu voulais t'entraîner avec moi sur le terrain."

Drago grogna. Ce n'était pas une si mauvaise idée, ça faisait longtemps qu'il n'était pas monté sur son balai, et ça lui viderait sûrement la tête quelque temps. Il haussa les épaules vaguement.

"D'accord."

"Tu étais en train de parler avec Granger ?" demanda Blaise, soudain très intéressé.

"Non ! Fin, si, je lui parlais d'un truc… du cours de Métamorphose… sur un livre qu'elle avait…" il se rendit compte à quel point ses explications étaient décousues et abandonna en s'énervant. "Mais qu'est ce que ça peut te faire ! Qu'est ce que vous avez tous à me parler de Granger, avec toi qui t'y mets après Pansy !"

"Hé, relax Drago. Je te posais juste la question, pas la peine de te mettre dans tous tes états."

Drago se détendit un peu, mais Blaise paraissait vraiment surpris par sa réaction. Fatigué de devoir tout expliquer tout le temps à tout le monde, il soupira et accompagna Blaise au terrain de Quidditch sans dire un mot de plus.

.

.

.

Il sentit l'air frais lui fouetter le visage à peine avant même de monter sur son balai. Le temps était glacial, le terrain de Quidditch était couvert de neige. Drago ne portait que son pull de Serpentard, il était chaud mais pas assez pour le temps bien trop hivernal. Il s'éleva dans les airs et Blaise lui jeta le Souaffle, et aussitôt, ils commencèrent à jouer.

Blaise n'était pas dans l'équipe des Serpentards, mais s'il le voulait, il aurait aisément une place en tant que poursuiveur. Il était bien meilleur que ceux qu'il y avait actuellement, il réussissait même à prendre le rôle de plusieurs joueurs à la fois. Il ne laissa aucun répit à Drago qui dû accélérer ses mouvements pour s'entraîner avec lui. Drago ne saurait dire pourquoi il aimait tant cette sensation, mais l'air glacial qui le fouettait était une de celles qu'il préférait le plus. Le Quidditch l'évadait, comme l'alcool, mais en beaucoup plus sain. Il ne parlait pas, ne réfléchissait pas, c'était le seul moment où il était en paix.

Il repensa à Hermione qui était enfouie dans ses bras contre son torse hier, et il se corrigea lui-même. Le second moment.

A la fin de l'entraînement, Blaise et lui descendirent sur la terre ferme. Ils se tapèrent le dos pour se féliciter, et Drago espérait que Blaise comprenait qu'à travers ce geste, il exprimait aussi sa gratitude de lui avoir proposé une séance quand il en avait besoin.

"Je vais aux vestiaires." dit Drago.

"D'accord, on se retrouve ce soir."

Blaise partit de son côté au château et Drago marcha vers les vestiaires pour reposer son balai. D'autres élèves venaient s'entraîner et se changeaient dans le vestiaire des Serpentards. Il arriva devant son casier et posa son balai dedans, quand il entendit quelqu'un entrer.

"Malefoy, tu tombes bien."

Le concerné se retourna, et lança à Graham un regard provocateur.

"Je voulais te parler de… l'incident de ce matin." continua Graham.

"Je n'ai rien à te dire."

Drago essaya de le contourner pour sortir mais Graham lui prit soudainement l'épaule et le retourna avec force.

"T'es malade ou quoi ?" scanda Drago en lui arrachant la main de son épaule.

"J'ai dit que je voulais te parler."

Drago se posta à quelques centimètres de son visage pour lui répondre :

"Vas te faire foutre, Graham."

Il fut surpris de sentir de nouveau les mains de Graham lui prendre les épaules pour le bousculer, mais il eut tout de même le temps de se soustraire de sa poigne et le poussa à son tour.

"Quoi, tu veux te battre ?" demanda Drago. "La première fois t'as pas suffi ?"

"Je n'aime pas trop quand on me provoque comme ça. Et surtout, j'en ai un peu marre que tu fouilles dans mes affaires, récemment."

Le regard de Graham était froid et malveillant, l'opposé de celui qu'il avait donné à Hermione lors de la première soirée où elle était venue chez les Serpentards. Drago se souvint de l'air mielleux qu'il avait pris pour lui parler et il sentit la colère déferler dans ses veines en un instant. La jalousie le figea sur place, il contracta sa mâchoire et serra les poings. Maintenant qu'il s'en souvenait, il voulait le tabasser pour faire disparaître ce sentiment.

"J'en ai rien à foutre de tes affaires." dit Drago froidement.

"Ah ouais ? Pourtant, tu as l'air bien déterminé à ce que je laisse Granger tranquille."

"Tu l'as embrassée de force, elle est revenue complètement terrifiée de ton dortoir, évidemment que je suis intervenu."

"Qu'est ce que ça peut te foutre ? Tu ne t'es jamais préoccupé de ça avant !"

"Parce que ça me concerne." dit-il entre ses dents.

"Tu veux savoir ce que je pense ? Je pense que tu voulais en profiter aussi." Graham se rapprocha de lui, les yeux lubriques. "Je pense que tu voulais faire boire Granger et l'avoir pour toi tout seul, et quand tu as vu que j'ai réussi à la mettre dans mon lit, tu t'es vengé."

"Ta gueule Graham."

Ils n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, assez près pour que Drago voit le sourire mauvais étirer les lèvres du garçon.

"Ce n'est pas la vérité, Drago ? Tu n'avais pas envie de la baiser pour la laisser tomber après ? Ça te ressemble bien. Cette salope de Sang-de-Bourbe n'aurait eu que ce qu'elle mérite."

En une seconde, Drago se jeta sur lui et Graham tomba par terre, sa tête heurta violemment le casier derrière lui, puis le sol. Drago peinait à le voir tant sa vision était devenue rouge. Il se souvint vaguement de la promesse qu'il avait donné à Hermione quelques heures plus tôt, mais elle fut balayée en un instant. Graham avait réussi à faire tomber ses murs un par un avec ses mots, maintenant il ne ressentait que de la fureur et devait absolument se défouler sur lui pour oublier ce qu'il venait à peine de prononcer.

Drago s'accroupit au-dessus de lui, et lui cogna le visage de son poing, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois… La cinquième fois, du sang gicla sur sa main, et la sixième fois, il entendit un craquement sinistre retentir dans le vestiaire. Il venait probablement de lui casser le nez. Il sortit de sa transe et regarda Graham : son arcade sourcilière était éclatée et du sang coulait le long de sa joue et de ses lèvres. Ce dernier lâcha un gémissement pathétique entre ses lèvres écorchées.

Au moment où Drago baissa sa garde, Graham lui donna un coup de poing à son tour, mais Drago lui immobilisa le bras à l'instant où il essaya de lui en remettre une. Il arma de nouveau son poing et visa son œil, et il lâcha un hurlement de douleur. L'adrénaline que ressentait Drago parcourait son corps comme des ondes, redoublant sa colère. Il aurait réellement pu le tuer à cet instant. Il tenta de se contenir en prenant de grandes respirations et faire revenir son rythme cardiaque à la normale. Ses bras tremblaient, le démangeait de lui remettre une droite jusqu'à ce qu'il s'évanouisse.

Drago se pencha sur lui, et dit presque en chuchotant :

"Si je t'entends dire un seul mot sur Granger ou moi, je te jure que je t'éclate le crâne contre un mur, c'est clair ?"

Graham, défiguré, le fixa quelques secondes avant de se relever péniblement. Drago se leva et lui attrapa le col de sa chemise, le forçant à le regarder de nouveau pour lui répondre. Graham cracha du sang dans sa main et hocha la tête.

Drago continua sur le même ton :

"Et si tu dis à quelqu'un que c'est moi qui t'aies fait ça, tu vas sentir le mur encore plus vite que prévu."

"T'es un taré." parvint-il à dire, la bouche remplie de sang.

"Je t'avais prévenu qu'il ne fallait pas m'emmerder aujourd'hui."

Et il le laissa là, balbutiant des mots incompréhensibles tandis que son nez cassé coulait et formait une petite flaque de sang sur le sol.

Drago fonça vers le château. Il ne voyait rien, sa vision était floue et il peinait à respirer correctement. Le froid glacial ne lui faisait plus aucun effet désormais, son corps entier était comme enflammé à cause de la haine. Il s'essuya le nez et sentit un hématome se former à l'endroit où Graham avait réussi à le toucher. Il grogna et enfonça ses mains dans ses poches, ignorant la sensation de ses doigts engourdis par les coups, et regagna le château.

Pourquoi était-il autant à cran ? Il ne s'était jamais énervé si vite de la sorte pour quelqu'un d'autre. Il savait qu'il avait des problèmes de colère, il le savait depuis qu'il était enfant. Il surréagissait toujours quand quelqu'un lui faisait le moindre mal, ça lui avait valu beaucoup de problèmes d'ailleurs. Il s'était toujours battu, parfois pour des raisons nulles mais la dose d'adrénaline qu'il ressentait à ce moment-là était tellement addictive qu'il recommençait toujours, peu importe le principe. Mais il n'avait pas ressenti ce besoin depuis très longtemps, et jamais aussi rapidement. A peine quelques phrases prononcées pour le provoquer et il s'était jeté sur Graham… Hermione s'était réellement incrustée dans sa peau sans le savoir. C'était à cause d'elle qu'il avait réagi comme ça, elle le mettait dans tous ses états depuis une semaine. Il avait essayé de s'en dérober en l'ignorant, espérant que tout redevienne comme avant, mais à peine l'avait-elle regardé en cours de potions qu'il s'était senti obligé de lui parler de nouveau. S'il était honnête avec lui-même, c'était pour ça qu'il avait autant bu, il avait besoin de sa dose de courage et d'un prétexte pour la voir.

Cette fille le rendait fou, et elle ne le faisait même pas exprès. Il se sentait obligé de la protéger, il ne supportait pas l'idée que quelqu'un d'autre puisse ressentir la même chose que lui pour elle, cette idée-même lui était désormais impensable. Comment ces sentiments ont-il pu naître aussi vite, lui qui l'avait toujours détestée ?

Drago s'arrêta devant la porte de la Salle Commune, et chuchota le mot de passe de sa voix éraillée. Il traversa la pièce principale sans lever la tête, et heureusement, personne ne l'arrêta. Ses amis savaient qu'il était impossible de lui parler quand il était dans cet état. Il descendit les marches des dortoirs à toute vitesse et claqua la porte de sa chambre derrière lui, avant de s'écrouler dans son lit. Il se passa une main dans les cheveux en regardant le plafond, et réalisa à quel point il était dans la merde.

.

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Il faisait les cent pas dans sa chambre depuis de longues minutes, peut-être même une heure ou deux. Il se prit la tête entre les mains et s'assit dans son lit, frustré de ne pas comprendre ses propres pensées et ne pouvant pas y échapper. Il entendit de la musique lui parvenir depuis la Salle Commune et il ouvrit la porte de son dortoir à toute vitesse. Il devait s'éloigner de son mal-être, et pour ça, la meilleure solution demeurait l'alcool. Il voulait boire pour noyer ses sentiments et laisser place au vide, à la tranquillité.

Drago ne prit même pas la peine de voir qui était venu ce soir. Cela faisait des mois qu'il ne le faisait plus, il s'en foutait de savoir qui était autour de lui, il voulait juste faire le vide au milieu d'une foule d'élèves ivres, peu importe qui. Sauf quand c'était Hermione. Il grogna entre ses dents en pensant ça et se servit un verre de whisky Pur-Feu qu'il avala d'une traite. Quand il se resservit instantanément, Pansy s'approcha de la table où étaient posées toutes les bouteilles d'alcool et regarda Drago sans dire un mot.

"Qu'est ce que tu veux ?" aboya-t-il, pas d'humeur à entendre des reproches.

Pansy leva les deux mains dans un geste d'innocence et le laissa boire de nouveau. Finalement, après ce deuxième shot, il décida de prendre le troisième plus doucement et se resservit avant d'aller s'asseoir.

Pansy le suivit et se mit à côté de lui dans le canapé. Elle regarda d'un œil désapprobateur le verre qu'il tenait à bout de doigts et Drago savait pertinemment qu'elle n'allait pas pouvoir s'empêcher de dire quelque chose. Elle le fit en à peine une minute :

"Je ne t'ai pas vu au dîner… ni au déjeuner, d'ailleurs."

"Je n'avais pas faim."

Il sirota son verre en évitant soigneusement de regarder Pansy.

"Tu vas boire comme hier ?" demanda-t-elle.

"Peut-être, je n'ai pas encore décidé." répondit-il sèchement.

C'était la deuxième fois que quelqu'un l'empêchait de boire, ça l'énervait et ça lui donnait encore plus envie de finir ivre pour ne pas écouter leurs voix.

"Tu ne devrais pas, si tu as des problèmes il vaut mieux s'y confronter plutôt que de boire pour oublier Drago." dit Pansy d'une voix douce.

"C'est toi qui dis ça ? Tu bois encore plus que moi, t'as la gueule de bois tous les week-ends et ça ne t'empêche pas de pleurer tous les soirs."

Son ton était froid, perçant. Pansy eut soudainement les joues rouges et ses yeux lui lancèrent des éclairs.

"Vas te faire foutre Drago, je voulais juste t'aider."

Et elle partit dans un autre coin de la salle, assez loin pour qu'il la perde de vue. Il haussa les épaules lâchement. Il n'avait pas besoin d'aide, il savait exactement ce dont il avait besoin. Il pencha la tête en arrière et sentit la brûlure du whisky le long de sa gorge.

Au bout d'un moment, son cerveau fut assez anesthésié par l'alcool et il se laissa prendre par l'ambiance de la salle. Il y avait beaucoup de monde ce soir, tout le monde dansait autour de lui tandis qu'il restait sur le canapé, avec son… sixième ? septième ? verre à la main. Il avait perdu le compte, il avait juste atteint la limite parfaite entre la sobriété et la désinhibition, l'état qu'il préférait. La musique qui était tellement forte étouffait le brouhaha autour de lui, les conversations étaient étouffées, et ne formaient plus qu'un seul bruit ambiant qui l'empêchait de penser. Il était bien. Il sourit dans son verre quand il le porta à ses lèvres. Pourquoi avait-il pensé à Hermione toute la journée ? Il n'en ressentait plus du tout le besoin désormais, il pouvait vivre uniquement de ça, cette sensation de paix et d'ivresse qui lui donnait l'impression de voler. Hermione était une fille comme les autres, elle l'avait juste déstabilisé en se révélant être un peu plus intéressante qu'il ne l'aurait cru, c'était tout. Il haussa les épaules pour lui-même, juste pour se donner raison. Et pour appuyer cette pensée, il se leva et reposa son verre sur la table basse en face de lui, et commença à danser. Envahi par la musique et inconscient des gens autour de lui, il s'approcha d'une fille. Il ne voyait pas bien son visage à cause de ses longs cheveux devant, et le fait qu'elle était dos à lui, et dansa contre son dos doucement. La fille se retourna et lui fit un grand sourire, avant de passer ses bras autour de son cou et de danser contre lui. Elle roulait des hanches contre son bas-ventre, il continua sa danse en la rapprochant de lui, et ils dansèrent sous la musique et les néons, sans se dire un mot. Elle avait des longs cheveux noirs et bouclés et sa peau était bronzée, il l'avait déjà vue plusieurs fois aux soirées des Serpentards mais il ne savait plus de quelle Maison elle était.

Quand la musique changea de rythme, ils se détachèrent l'un de l'autre doucement et elle se pencha vers lui. Il ne savait pas si elle voulait lui parler ou l'embrasser, alors il se dégagea rapidement de son étreinte pour se rasseoir dans le canapé.

Il but de nouveau une gorgée de whisky. C'était ça, sa vie, danser avec des filles, peut-être les emmener dans son dortoir en fin de soirée et boire pour oublier. Pas s'engueuler dans des salles de classe au milieu de la nuit avec une Gryffondor insupportable.

Quelqu'un proposa un jeu d'alcool et il leva la main pour jouer aussi. Il chercha Pansy du regard, normalement c'était toujours elle qui démarrait ce genre de jeu, mais il ne la trouva pas. Tant pis, il s'en foutait pas mal de l'avoir blessée avec ses mots, elle allait certainement oublier dès demain, comme d'habitude.

Il ne comprenait pas les règles du jeu et se contentait de répondre à des défis et de boire quand on le lui demandait. Il écoutait vaguement les réponses des autres, et ne disait que quelques mots quand c'était son tour. Les heures passèrent, les gens partaient, d'autres revenaient, les jeux changeaient et Drago continuait de boire. Il contempla le liquide ambré au fond de son verre et se rendit compte qu'il ne savait même pas s'il était en train de boire du whisky Pur-Feu ou du xérès. Il avala tout de même le reste d'alcool d'une traite. Il n'était pas bourré mais il avait tout de même la tête qui tournait. Il tenait bien l'alcool, trop même : il devait prendre beaucoup de verres pour se retrouver dans le même état qu'hier.

Une fois, Pansy l'avait traité d'alcoolique. Il l'avait ignorée, il ne voulait pas lui donner ce plaisir de le voir se décomposer et s'énerver, mais pourtant, il repensait souvent à cette réflexion. Était-il alcoolique ? Si alcoolique voulait dire se réfugier dans la boisson pour oublier ses problèmes, il l'était depuis longtemps. En troisième année, il arrivait déjà à boire une bouteille entière sans tomber dans le coma, il s'en était vanté toute l'année. Aujourd'hui, il y arrivait avec trois bouteilles, mais il ne s'en vantait pas du tout. Il se sentait toujours aussi pathétique le lendemain, quand l'effet de l'alcool s'était estompé et qu'il ne ressemblait plus à rien, mais ça ne l'empêchait pas de recommencer dès qu'il en ressentait le besoin.

La porte de la Salle Commune grinça et Drago se tourna pour voir qui venait de rentrer, et aperçut Blaise qui regardait autour de lui. Drago le héla en agitant sa main pour qu'il le voit dans la foule de danseurs :

"Blaise ! Viens là !"

Le concerné se rapprocha de Drago en se faufilant parmi les gens. Le blond agita son verre devant lui et scanda dès qu'il fut assez proche pour qu'il puisse entendre :

"Te voilà ! T'étais où ? Ça fait des heures qu'on a commencé !"

Blaise arqua un sourcil en entendant la voix traînante et chargée d'alcool de Drago, mais ne fit pas de commentaire. Il s'assit dans le fauteuil juste à côté du canapé où était assis Drago et posa ses mains sur les deux accoudoirs.

"J'étais à la soirée de Slughorn, mais je suis parti avant le dessert."

Quoi ? Depuis quand Blaise faisait partie de ce "club" ? Drago fronça les sourcils.

"Hein ? Tu vas dans ce club ?"

Blaise haussa vaguement les épaules en regardant Drago. Il était calme, mais un pli soucieux était marqué sur son front.

Drago décida de ne pas se focaliser là dessus et lança joyeusement :

"Bon, prends un verre ! Rejoins-nous, on joue à… En fait, j'ai aucune idée du nom du jeu, mais il faut boire et c'est le principal."

Drago servit un verre de whisky à Blaise mais ce dernier le refusa. Avant qu'il ne puisse parler, Drago lui coupa la parole, bien décidé à lui faire partager son euphorie :

"Allez ! Bois avec moi, ce n'est pas toi qui va refuser une cuite !"

Il lui tendit de nouveau le verre et Blaise le prit dans ses mains, mais ne but pas. Il avait le regard fixé sur Drago qui avait affiché un grand sourire sur son visage pour convaincre son ami de s'amuser, comme lui. Au bout de plusieurs minutes, Blaise soupira bruyamment et se rapprocha de Drago. Il voulait visiblement garder cette conversation privée, il était assez proche de lui pour éviter de se faire entendre à travers la musique :

"Drago, il faut que tu saches…"

Le concerné posa son regard sur son meilleur ami et réalisa à quel point son visage était sérieux et grave, comme s'il avait une mauvaise nouvelle à annoncer. Soudain plus inquiet à son tour, Drago se pencha pour écouter plus attentivement. Blaise continua avec un ton hésitant :

"Ecoute, je ne sais pas ce que tu as avec Granger en ce moment, mais…"

Drago se balança en arrière, et Blaise stoppa maladroitement sa phrase en voyant sa réaction. Le blond s'exclama :

"Mais vous allez arrêter de me faire chier aujourd'hui ! Je t'ai déjà dit d'arrêter de me parler de Granger, j'en ai rien à foutre d'elle !"

C'était si évident que ça ? Le fait que ses sentiments puissent autant se voir l'énervait au plus haut point. Il avait du mal à comprendre lui-même ce qu'il ressentait, comment Blaise pouvait l'avoir compris avant lui ? Il prit une gorgée de whisky et s'essuya rageusement la bouche. Il ne voulait pas parler d'Hermione, encore moins avec Blaise, il buvait justement pour ça ! Son meilleur ami lui jeta un regard froid et continua malgré tout :

"Ok, alors je suppose que tu n'en auras rien à foutre de ce que j'allais te dire, alors ?"

Soudain, le cœur de Drago rata un battement : quoi ? quelque chose lui était arrivé ? Il se pencha de nouveau vers Blaise pour l'entendre, cette musique était définitivement bien trop forte, ou alors, il avait juste très envie d'entendre ce qu'il allait dire.

"Comment ça ?"

Blaise regarda autour de lui pour vérifier que personne n'écoutait leur conversation et Drago sentit son corps devenir lourd, l'alcool cessa miraculeusement de lui embrouiller le cerveau pour se concentrer sur ce que disait Blaise. Ce dernier soupira de nouveau et poursuivit :

"Je sais que tu t'en fous de Granger mais je pense que tu aimerais être au courant que McLaggen vient de la mater pendant tout le dîner de Slughorn. Il l'a même draguée pendant le repas devant tout le monde…"

La vision de Drago devint soudain un peu plus floue, il sentit son cœur cogner contre ses tympans, et ce n'était ni à cause du whisky, ni à cause de la musique : c'était la colère. Elle remontait en lui et il serra sa main contre son verre sans s'en rendre compte.

Est ce que tous les mecs de Poudlard venaient de réaliser à quel point Hermione était sexy au même moment que lui, ou est ce que ça avait toujours été comme ça sans qu'il le remarque ? Pourquoi tous les mecs qu'il croisait semblaient la trouver attirante tout à coup ?

Blaise s'éloigna de lui et finit par boire une gorgée de whisky, mais Drago n'avait plus la tête à s'amuser désormais. Il pensait à ce connard de McLaggen qui regardait Hermione, il s'imaginait son regard baladeur sur son corps, le même corps sur lequel il avait posé ses yeux la veille…

Non. Il ne devait pas penser à ça. Il s'était promis d'arrêter de penser à elle, qu'elle était une fille comme les autres. Il se relâcha légèrement et s'appuya contre le dossier du fauteuil. Il décida que cette nouvelle ne lui faisait ni chaud ni froid, si McLaggen voulait baiser avec Hermione, tant mieux pour lui, il coucherait probablement avec une autre fille aussi ce soir. Il regarda autour de lui dans la foule et essaya de trouver une fille qu'il pourrait mater, mais il n'arrivait pas à choisir quelqu'un. Son regard était sans cesse reporté sur la porte de la Salle Commune sans qu'il ne le veuille. Il sentait la rage l'agiter, il essaya de boire une gorgée pour faire taire ce sentiment mais même la brûlure de l'alcool ne lui faisait plus aucun effet.

Il jeta un coup d'œil à Blaise qui analysait attentivement sa réaction. Drago ne fit rien, il garda simplement la mâchoire serrée et ne prononça pas un mot. Il pouvait ignorer la jalousie. Ce n'était pas si compliqué.

Il repensa à McLaggen, du moins, le peu qu'il savait sur lui. Il l'avait déjà vu plusieurs fois aux séances d'entraînement de Quidditch, de mémoire il était grand et très costaud. Est-ce qu'il voulait coucher avec Hermione ?

Sa gorge se serra quand une autre idée surgit dans sa tête. Et si c'était elle ? Si c'était elle qui lui avait envoyé des signaux et qui voulait coucher avec lui ? Maintenant qu'elle avait un peu plus d'expérience grâce à lui, elle voulait peut-être en profiter pour l'appliquer avec McLaggen ?

Il reposa son verre et se leva. Il devait en avoir le cœur net, il devait voir ce qu'il se passait dans ce maudit club de Slughorn. Peut-être que c'était dangereux et que ce connard allait tenter quelque chose avec Hermione comme Graham, et il ne serait pas là pour l'aider...

Il se fraya un chemin rapidement sans se soucier de pousser les gens autour de lui pour passer. Drago ouvrit la porte de la Salle Commune, et au moment où il passa par l'entrebâillement, il aurait pu jurer voir un petit sourire sur le visage de Blaise avant que la porte ne se referme.