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(Pas de lecteur, pas de Bêta, pardon pour les nombreuses fautes restantes...)
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Moi, quand je n'ai plus rien à faire ici, je me retire... Et puis, un jour, la corneille raconte qu'elle a entendu au loin quelqu'un qui recommence à pleurer... Arthur ! Arthur ! Alors là, j'ouvre un œil, je rampe et mes ennemis tressaillent... Car de me voir bouger, ils comprennent que je suis de retour...
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An 484 – Île de Bretagne – Royaume de Logres :
J'ai l'impression que c'était hier. Et pourtant, non, c'était il y a plus de 12 ans de ça. J'étais enfermé dans les geôles sombres du Seigneur Lancelot, au château de Kaamelott. Pendant des années, j'ai côtoyé l'humidité, la maladie, la folie, la famine et le froid, rêvant à ma musique Celtique.
Rêvant aux Druides d'antan, à ma Magie et à Excalibur, toujours dans son rocher.
Oh, toutes mes excuses, qui suis-je ?
Eh bien, je me nomme Avala. Oui, je viens de la terre légendaire d'Avalon.
J'aurais dû porter le Roi Arthur sur cette île, à sa mort. Seulement, voilà, il n'est pas mort. Mais il a disparu.
Nous y sommes... Depuis 12 ans, le Royaume de Logres est sans couronne. Sans Roi véritable. Juste un tyrannique ancien Chevalier, chassant la Résistance et les hommes encore fidèles à leur regretté Souverain.
Puis, un jour, une Corneille à trois yeux est venue voler contre les barreaux de fer de ma cellule. Portant à sa patte, une fiole et un message.
Le flacon de verre contenait une magnifique mixture bleue étoilée. Des millions de galaxies bougeaient au rythme du liquide de la potion. Une vue si spectaculaire que je ne pus m'empêcher de penser au Seigneur Perceval, qui rêvait de voyager dans l'espace.
Le morceau de vieux parchemin usé et réutilisé contenait une formule et un sceau de cire rouge. Un sceau qui formait un magnifique dragon ailé. Je sus, à cet instant-là, ce que cela signifiait :
Le fils Pendragon était de retour.
J'ai enlevé le bouchon scellé à la cire de la fiole et j'ai bu son contenu d'une traite.
Mes yeux ont commencé à briller d'or et je me suis dirigée vers la porte de la cellule, pour murmurer dans ma langue maternelle la formule du palimpseste :
'Ic bebeode þisne sweord þæt hé forcierfe þá bende þæra dracan. Un clýse !'
Le fer a disparu.
Puis, je me suis échappée.
Enfin.
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Je savais, depuis toutes ces années, que la Résistance se déroulait en dessous.
Mais ce n'est pas là que mes pas me portèrent.
Dans ma vieille cape sombre, déchirée et humide, pieds nus, je me suis dirigée vers la mer.
Vers... Le Phare.
En chemin, je pus enfin jeter mon sort d'Appel :
'Nun de ge dei s'eikein kai emois epe'essin hepesthai ! Weas !'
Le vent du Nord porta mon message à son destinataire.
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Je faillis ne pas le reconnaître. Certes, 12 ans venaient de passer, et ses cheveux étaient si longs ! Presque aussi long que les miens, que j'avais noués en une grossière tresse dans mon dos. Tout aussi noir de jais, d'ailleurs. Il portait cependant une barbe touffue et des vieux habits. Cela dit, une chose ne changeait jamais, même 30 ans plus tard : Son collier. Le symbole d'Ogma, le Dieu Irlandais, celui qui terrasse ses ennemis par l'éloquence. Cet ancien médaillon pendait toujours au cou du Roi Arthur.
Le pauvre homme semblait complètement perdu, devant la jetée qui menait au Phare. Lorsque je me suis retrouvée à quelques centimètres de lui, il se mit à m'analyser de la tête aux pieds. Dans un élan étrange, je lui demandai :
- Vous vous souvenez de moi, ou pas ?
Contrairement à lui, je n'avais pas pris une ride. Il sembla chercher dans sa mémoire endormie, avant de me répondre :
- Peut-être... Vous êtes morte, vous aussi ?
Je souris :
- Nous le sommes tous les deux, Sire.
Il leva les yeux au ciel, en maugréant :
- Ne m'appelez pas 'Sire', je ne suis plus Roi.
- Vous n'avez jamais cessé de l'être...
Il souffla un coup et râla derechef :
- Je m'en fiche ! Je ne sais même pas comment je suis arrivé devant ce maudit Phare ! Une seconde plus tôt, je prenais le goûter avec le Duc d'Aquitaine dans son Royaume et maintenant... Bim ! En Bretagne ! Le seul endroit où je refuse de crapahuter ! Vous avez jeté un sort, pas vrai ?!
Malgré son énervement évident, je souris une nouvelle fois :
- Oui. Nous sommes restés mort beaucoup trop longtemps. Il est temps de revenir à la vie.
Arthur se calma pour réfléchir à mes propos. Intrigué, il demanda, doucement :
- Quand vous dite que nous sommes mort... ?
Je jetai ma cape en arrière, dans mon dos, pour relever mes longues manches et lui montrer les énormes bandages de cuir qui entouraient mes poignets. Il comprit. Il avait les mêmes.
Je souris une dernière fois, en jetant un nouveau sort :
'Dragorn. Non didlkai. Kari miss, epsipass imalla krat. Katostar abore ceriss. Katicur. Me ta sentende divoless. Kar, Krisass.'
Les étoiles de Perceval nous emportèrent au milieu de l'île.
Au rocher.
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Les flocons de neige tombaient lentement sur le rocher, sur l'Épée et sur les Gardes de Lancelot qui protégeaient avidement l'arme magique. Les Soldats coururent vers Arthur, qui n'avait aucun moyen de se défendre. Alors, par un vieux réflexe, j'ai levé les bras en l'air, en hurlant :
'Awendaþ eft wansæliga neat !'
Les Gardes sont tous tombés raides endormis sur le sol froid et gelé. Arthur, choqué, lorgna tantôt les corps étendus, tantôt moi dans mes vieilles guenilles.
- Vous pouviez pas faire ça plutôt, genre chez Lancelot, par exemple ?
Encore une fois, je souris :
- Non. J'avais besoin de la potion de Merlin.
Je me dirigeai lentement vers le rocher. Arthur sembla dubitatif. Il me suivit, en lâchant :
- Merlin qui réussit une potion ? C'est une première !
- Votre Enchanteur est bien plus capable que ce que vous ne pensez...
Une fois devant le rocher, devant le pommeau de l'Épée toujours dans la pierre, je regardai Arthur en attendant patiemment. Mais ce dernier ne voulait toujours pas reprendre le pouvoir.
- Il fait trop froid... râla l'homme, en essayant de réchauffer ses mains.
- Nous sommes en hiver, c'est normal.
- Ouais, bah il ne faisait pas si froid là où j'étais, avant !
- En Aquitaine ?
Arthur leva les yeux au ciel :
- Non, là où j'étais encore avant.
Je soufflai un coup.
La mission s'annonçait compliquée.
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Arthur tentait encore de réchauffer ses pauvres doigts engourdis. Le vent commençait à souffler de plus en plus fort, en cette fin de journée du mois de Janvier. Le ciel s'obscurcissait aussi, créant un tourbillon au-dessus du Roi. Même lui pouvait voir et comprendre ce présage. Pourtant, il essaya encore de gagner du temps, de négocier :
- C'est pas la Dame du Lac qui est censé être ici, à votre place ?
- Si, mais elle a été bannie. De plus, elle est une Déesse. Ce que je ne suis pas, je suis une Sorcière. Ou une Enchanteresse, si vous préférez. Maintenant, Sire, il est temps de retirer l'Épée !
Mais Arthur se mit à bouder en croisant les bras sur sa poitrine.
- Non ! J'ai pas envie !
Je comprenais.
Comme je comprenais tellement sa décision.
Pourtant, j'avais une mission à accomplir. Je me suis rapprochée de lui, lentement, en posant une main amicale sur son épaule. Les iris de mes yeux prirent une teinte dorée, lorsque j'ai avoué :
- Arthur... Nous avons besoin de vous, maintenant... Lancelot n'est malheureusement pas le seul et unique Mal que nous devons affronter. Votre plus grande et plus importante quête se passera dans 1538 ans...
Il recula et me regarda comme si j'étais devenue folle.
Peut-être était-ce le cas ?
- 1538 ans !? hurla-t-il. Je serais sûrement mort, d'ici là !
- Nous sommes déjà morts. Votre corps ne survivra pas, certes, mais votre âme et votre pouvoir, si. Je dois vous garder à Avalon. Maintenant, Sire, retirez cette Épée... Cela fait 12 ans déjà que nous sommes censés revenir à la vie...
Il souffla un coup et se positionna sous l'Épée des Rois.
Sous le pommeau.
Il tendit ses doigts tremblants de froid vers Excalibur.
Arthur resta quelques secondes, les mains dans le vide. Cherchant un courage qui ne l'avait jamais quitté. Il ferma les yeux, posa ses mains sur le pommeau et retira l'arme d'un seul coup. Le rocher s'ouvrit en deux par la magie des Dieux.
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Le tonnerre gronda, le ciel devint noir et l'Épée ne brilla plus de cette réconfortante lumière dorée.
Non, elle irradiait comme les éclairs des Dieux, d'un bleu azur, mélangeant beauté et férocité. La lame d'argent attendait de reprendre son pouvoir, des mains de son Roi, de son fidèle Souverain.
L'orage porta le message vers le château de Kaamelott, jusqu'aux oreilles de Lancelot. Le tyran sut, en cet instant, que son ennemi juré était de retour.
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An 2022 – Île d'Irlande – Continent Européen :
Ici aussi, 12 ans viennent de passer. Toutes les prédictions se sont réalisées.
Le chaos. Le début de la Fin. Un voile noir s'est abattu sur Kaamelott et le Monde.
La magie se dissipe. Bientôt, plus personne ne se souviendra des vieilles Légendes. Les Humains détruiront tout. Le Royaume de Logres n'existe plus, seule la forêt de Brocéliande résiste encore, comme le dernier vestige de l'ancien temps, en souvenir des années mystiques.
Aucune personne ne peut retrouver les ruines de Kaamelott. Pas même le rocher et son épée.
L'Épée des Rois se cache dans l'ombre, attendant patiemment qu'un autre élu puisse la retirer et rétablir la lumière et la paix sur Terre.
Moi ? Je ne suis qu'une simple Conteuse. Je suis ici pour retranscrire la Légende, avec le médaillon d'Ogma pour seule compagnie.
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Viendra le vent d'hiver, souffler comme autrefois,
Comme aux temps où Arthur était encore Roi,
Avant que la Lumière, finalement, ne renonce,
Et descende du Ciel, à l'insulte, la Réponse.
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22.01.2022
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