Drago referma la porte derrière lui, les sourcils toujours haussés par la surprise. Il s'était attendu à tout, sauf à ça.
- Bonjour, Drago, lui répondit Hermione, le plus poliment possible, assise confortablement dans un siège.
Ils ne se quittaient pas des yeux, abasourdis de se revoir. Aucun d'eux ne s'était attendu à ce que l'autre soit son binôme, c'était clair. Il la détailla du regard pendant quelques secondes, remarquant qu'elle avait grandement changé depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Elle avait bronzé, ses cheveux étaient plus longs et elle paraissait bien plus épanouie, plus heureuse.
Il n'eut pas le temps d'ajouter quoi que ce soit.
- Malefoy, venez donc vous asseoir. Vous discuterez plus tard, nous avons déjà du retard, les coupa Doissec.
Le regard toujours braqué dans celui d'Hermione, il s'exécuta et s'assit face à sa supérieure, sans y croire. Il s'était attendu à tout, sauf à ça.
Il détourna le regard vers la cheffe de service et secoua légèrement la tête pour se reconcentrer. Revoir Hermione l'avait complètement déstabilisé, mais il s'empressa de remettre en place son masque d'indifférence. Bien qu'il n'apprécie pas sa supérieure, il ne pouvait se permettre d'être irrespectueux et d'être déconcentré pour ce rendez-vous des plus importants.
- Pardonnez mon retard, j'ai eu quelques soucis d'ordre personnel ce matin, mentit-il en s'installant correctement dans son siège.
Il n'avait pas particulièrement envie de lui dire qu'il avait passé près d'une demi-heure dans sa douche, car sa fille de onze mois ne lui en laissait que rarement l'occasion.
Doissec hocha simplement la tête et commença à leur expliquer comment se dérouleraient les choses, d'un air sérieux et sévère. Il ne l'avait jamais appréciée, la trouvant trop peu empathique pour un tel métier. Elle avait toujours le don de ramener sa citrouille pour casser ceux qui pouvaient paraître trop émotionnels. Il détestait cela.
Drago n'osa plus tourner les yeux vers Hermione, gardant à tout prix son regard dans celui de sa supérieure. Il écouta pourtant celle-ci d'une oreille distraite, ne parvenant pas à croire qu'elle se trouvait là, à sa droite, après toutes ces années.
Bien qu'il ne la voyait pas entièrement, Hermione lui semblait bien plus concentrée que lui. Elle hochait la tête à intervalles réguliers, prononçait même parfois quelques mots et paraissait bien plus détendue que lui. N'était-elle pas perturbée qu'ils se revoient après tant de temps ?
- Votre bureau se trouve juste en face de l'ascenseur du personnel, vos effets y ont été transportés, Malefoy, entendit-il, le ramenant à la réalité. Des questions ?
Drago secoua la tête. Il en avait en réalité des tas, mais n'ayant pas écouté un mot de ce que Doissec avait dit, il ne voulait pas paraître ridicule. Cependant, ce ne fut pas le cas d'Hermione.
- Aurais-je accès aux laboratoires de recherche de l'hôpital, comme nous en avions discuté ? demanda-t-elle, matoise.
Drago tourna enfin la tête vers elle et la vit hausser un sourcil, détaillant leur supérieure du regard. Elle n'était clairement pas impressionnée par Doissec, le blond le voyait et eut un petit sourire en coin. Elle avait toujours eu cette confiance et cette hardiesse, qu'il trouvait impressionnantes.
Il vit leur supérieure se redresser sur sa chaise, n'appréciant visiblement pas le ton qu'avait employé Hermione. Elle sembla pourtant ne pas oser la réprimander à ce propos. Sûrement un privilège de médicomage de renommée, ou bien d'une ancienne membre de l'Ordre du Phénix. Drago n'en était pas sûr.
- Je n'ai pas encore reçu l'autorisation du directeur de l'hôpital. Je crains que cela ne doive attendre, Miss Granger, répondit-elle de son ton le plus sérieux.
- Doctoresse Granger, la rectifia-t-elle, agacée. Il me semblait pourtant avoir été claire concernant mes conditions de mutation. Vous m'aviez promis une place au laboratoire.
- Ce n'est pas moi qui contrôle cela, Doctoresse Granger, je vous ai promis de faire de mon mieux pour vous en obtenir une.
Drago regardait tout cela les sourcils froncés. Une place en laboratoire ? Pour le service pédiatrique ?
Hermione avait forcément une autre raison de la vouloir, il le savait. Les places dans le laboratoire de l'hôpital étaient fortement demandées par les médicomages des différents services. Tous voulaient pouvoir monter leurs propres recherches et projets.
- Je rendrai visite au Directeur Smethwick dans ce cas. Peut-être comprendra-t-il que ma place dans l'hôpital ne tient qu'à cet accès aux laboratoires ? Je pensais que nous nous étions comprises quand nous nous sommes rencontrées il y a quelques semaines.
Drago ne perdait pas son sourire narquois. Il était de plus en plus amusé par la tournure de cette discussion et ne quittait pas Hermione des yeux. Les siens lançaient des éclairs et elle avait adopté une position sûre et plutôt offensive. Elle n'était pas prête de baisser les bras.
- Je crains qu'il n'ait de meilleure réponse à vous donner que moi, répondit Doissec. Les places en laboratoire sont vraiment très demandées et je doute que l'une d'entre elles se libère de si tôt…
- Croyez-moi, je…
- Je peux toujours te passer la mienne, Granger, intervint Drago de sa voix traînante, voyant que la discussion ne mènerait nulle part.
De plus, il connaissait assez bien le directeur de l'hôpital pour savoir qu'il ne céderait pas une place facilement. Il avait lui-même dû attendre deux ans avant d'en obtenir une.
Les visages surpris des deux sorcières se tournèrent directement vers lui. Son rictus ne fit que s'agrandir.
- Je n'ai pas l'intention de l'utiliser pour le moment, je suppose donc que je pourrai te la laisser, Granger.
- Tu ferais ça ? s'étonna-t-elle, les sourcils haussés.
- Je ne suis pas certaine que vous en ayez le droit, Docteur Malefoy, les interrompit Doissec. Le Directeur distribue ces places avec minutie, je doute que…
- Insinuez-vous que la Doctoresse Granger n'a pas les capacités pour avoir une place au laboratoire ? la coupa-t-il en haussant un sourcil.
- Bien sûr que non ! Je dis simplement que…
- Bien, l'interrompit-il à nouveau avec un sourire satisfait. Dans ce cas, vous pouvez prévenir le directeur que je cède ma place à Granger, le temps qu'il lui en trouve une à part entière. Sur ce, à moins que ma nouvelle collègue n'ait quelque chose à rajouter, je pense que nous allons vous laisser pour aller nous installer, puis commencer nos visites, continua-t-il en se tournant vers Hermione, qui souriait discrètement.
Elle secoua la tête et se tourna vers Doissec, qui était sans voix. Drago en profita pour se lever.
- Merci de votre temps et de nous accorder le privilège de commencer ce programme de binômes, Madame. Nous vous ferons nos retours à ce propos au plus vite, afin que d'autres duos puissent être formés à l'avenir.
Il eut un sourire des plus faux à l'encontre de sa supérieure, qui avait considérablement blanchi. Visiblement, elle était intimidée par le regard et la posture de Drago, et il n'allait pas s'en plaindre. Ils avaient, à ses yeux, perdu assez de temps et il voulait retrouver Granger… correctement.
Doissec hocha la tête et se leva à son tour, vite suivie par Hermione.
- Au moindre souci, n'hésitez pas à venir dans mon bureau, je suis à votre disposition pour ce programme, répondit-elle comme si de rien n'était.
- Merci, Madame Doissec, fit Hermione avec un sourire aussi faux que son nouveau coéquipier.
Drago ouvrit galamment la porte du bureau à Hermione, qui lui sourit en passant. Il referma derrière eux et suivit la jeune femme, qui marchait déjà silencieusement vers leur bureau. Ils avaient tous les deux un sourire mutin aux lèvres, attendant de se retrouver seuls pour laisser échapper leurs rires.
Il la détailla de dos. Elle portait sa blouse de médicomage, par-dessus une jupe et un chemisier. Elle avait enfilé une paire d'escarpins noirs simples, mais qui mettait grandement ses jambes en valeur –Drago ne mentirait pas à ce sujet– ainsi que des bas noirs moulant parfaitement ses mollets et ses cuisses. Son sourire en coin ne fit que s'agrandir. Elle avait beaucoup changé en trois ans.
Arrivée devant leur bureau, Hermione déverrouilla la porte d'un coup de baguette et entra, vite suivie par le blond. Ils laissèrent un léger rire s'échapper de leurs bouches, avant que le silence de la pièce ne reprenne doucement place. Le sourire de Drago ne quitta cependant pas ses lèvres.
Il put alors observer la pièce qui leur servirait de quartier général. Elle était plutôt grande et lumineuse, du moins bien plus que son ancien bureau. Deux bureaux se faisaient face et une grande bibliothèque remplissait les murs qui encadraient la porte. Ce serait parfait.
Il referma la porte derrière lui et s'appuya dessus, sans lâcher Hermione du regard, qui, elle, observait toujours la pièce. Il croisa les bras sur son torse et la détailla de haut en bas à nouveau. Elle avait laissé ses cheveux dégringoler le long de son dos et il remarqua qu'ils s'étaient légèrement éclaircis, en plus d'avoir beaucoup poussé.
- Quel bureau veux-tu ? lui demanda-t-elle soudainement en se tournant vers lui, le sortant de ses pensées.
Il ne répondit pas immédiatement. Son regard croisa le sien et son sourire se fit plus narquois.
- Tu comptais attendre combien de temps avant de me dire que tu étais rentrée, Granger ? préféra-t-il lui demander en haussant un sourcil.
Elle rougit et se mordilla la lèvre, d'un air mi-amusé, mi-honteux.
- Je voulais te faire la surprise, tenta-t-elle en réprimant un sourire.
- Pour être surpris, je le suis, Granger, répondit-il sans bouger de la porte. Partir trois ans autour du monde, en ne donnant des nouvelles que pour les fêtes et les anniversaires, puis revenir comme un cheveu sur la soupe, c'est ce qu'on appelle une surprise, oui. Une surprise de taille.
Elle ne rougit que davantage et baissa la tête, jouant nerveusement avec les bagues qu'elle portait. Drago leva les yeux au ciel, plus amusé qu'autre chose.
Effectivement, ils ne s'étaient pas vus depuis trois ans. Hermione avait pris la décision, juste après leurs études de médicomagie, de partir autour du monde pour découvrir les différentes médecines magiques. Elle n'avait que très peu donné de nouvelles pendant ce laps de temps, leur expliquant qu'elle rencontrait énormément de sorciers et qu'elle n'avait que rarement accès à des hiboux ou oiseaux capables de parcourir de trop grandes distances.
Certains de ses amis avaient proposé de lui rendre visite pour les vacances, ou bien de faire des communications par cheminée, mais encore une fois, cela n'avait pas été possible. Elle ne répondait jamais à temps pour qu'ils puissent caler une date de visite et n'avait jamais eu accès à des cheminées reliées aux réseaux de communications magiques. Ainsi, seules quelques lettres avaient été échangées et peu de ses amis avaient reçu de réelles nouvelles.
Pour autant qu'il le sache, elle n'avait prévenu personne de son retour. Drago n'avait aucune idée de pourquoi et cela l'intriguait plus qu'il ne voulait l'admettre.
Drago avait été très attristé de son départ. Hermione et lui étaient plus proches que jamais avant qu'elle ne quitte le pays. Ils avaient fait leurs études de médicomagie ensemble et, bien que les premiers mois aient été hauts en couleur, une amitié les avait rapidement liés.
Ils s'étaient beaucoup soutenus pendant leurs études et Hermione avait participé à la reconstruction de Drago après la guerre. Étrangement, ils étaient devenus extrêmement proches, passant leurs journées et leurs nuits ensemble.
Leur amitié en avait créé d'autres. Leurs amis s'étaient rencontrés grâce à eux et un groupe régulier s'était rapidement créé. Drago et Hermione passaient tout leur temps ensemble, et si au départ cela avait été très étonnant pour leurs amis respectifs, c'était rapidement devenu une habitude.
Il ne s'était cependant jamais rien passé entre eux. Drago avait toujours ressenti une certaine attirance pour la jeune femme, mais n'avait jamais osé tenter quoi que ce soit, sachant parfaitement que cela risquerait de mettre en péril leur grande amitié.
De plus, à cette époque, Hermione ne cessait de répéter ne vouloir aucune relation, préférant se concentrer sur ses études. Elle avait eu une rupture assez compliquée avec son ex-petit ami, Alexandre Grant, un étudiant de deux ans son aîné, et avait répété haut et fort qu'elle se concentrerait désormais uniquement sur ses projets et études.
Drago avait totalement respecté cela et les prémices d'une attirance pour elle s'étaient vite éteintes. Cela n'avait duré que quelques semaines. Comprenant qu'il ne servirait à rien d'essayer quoi que ce soit, il s'était lui aussi concentré sur ses études, gardant son amitié avec la jeune femme, et traînant à droite à gauche pour partager son lit.
Hermione lui avait parlé de très nombreuses fois de son envie de faire le tour du monde. Il s'était plus ou moins préparé à son départ. Pourtant, cela avait brisé quelque chose. Il lui en avait voulu pendant quelques mois, interprétant la chose comme un véritable abandon. Car bien qu'elle ne soit pas sa seule amie, Drago ne s'était jamais senti aussi bien qu'à ses côtés. Il s'était excusé auprès d'elle de très nombreuses fois pour ses erreurs passées, elle l'avait éduqué sur beaucoup de sujets et elle avait été là pour lui aux moments où d'autres ne l'avaient pas été.
Ainsi, son départ avait changé les choses. L'absence de communication entre eux avait, en plus de cela, amoindri les chances qu'ils restent si proches. Au départ, Drago n'avait pas voulu prendre de ses nouvelles, trop têtu qu'il était. Cependant, après plusieurs mois sans savoir ce qu'elle vivait et devenait, il s'était senti bien trop mal. Il l'avait lui-même contacté par hibou et la réponse –bien que tardive– lui avait fait énormément de bien.
Cela lui avait permis de construire son propre chemin, loin d'elle. Car même si elle n'avait pas entièrement reconstruit la vie de Drago, elle y avait participé en grande partie et il avait dû apprendre à se débrouiller en son absence.
Le fait de la revoir, aussi soudainement, et après tant de mois, lui fit donc un réel choc. Elle avait été une vraie bouée de sauvetage pour lui après la guerre. Il s'était reposé sur elle de nombreuses fois et pourtant, il avait grandi et fait son chemin depuis son départ. Le contraste était perturbant.
- Je suis content de te voir, dit-il alors.
Elle releva la tête vers lui et un petit sourire étira ses lèvres.
- J'aurais fini par rentrer, tu sais, avoua-t-elle en replaçant une mèche de cheveux rebelle derrière son oreille.
- Oh, je sais bien que tu n'aurais pas pu tenir plus longtemps sans moi, Granger, répliqua-t-il avec un sourire en coin.
Elle leva les yeux au ciel. Il n'avait pas pu s'empêcher de répondre avec sarcasme. C'était sa seule défense, sa seule façon de cacher à quel point elle lui avait réellement manqué.
- Prétentieux !
- Toujours, Granger, toujours, dit-il avec un petit clin d'œil.
- Finalement, tu ne m'as peut-être pas manqué tant que ça, plaisanta-t-elle en riant.
- Menteuse, je vois dans tes yeux que ma présence a manqué à ton quotidien.
Elle ne put retenir un éclat de rire, qui fit sourire Drago à son tour. Il secoua la tête et se dirigea vers le bureau de droite, derrière lequel il s'installa. Il déposa sa mallette sur le côté et croisa ses pieds sur le meuble en bois sombre. Hermione l'avait suivi du regard lorsqu'il reprit la parole.
- Comment se fait-il que tu sois déjà rentrée ? lui demanda-t-il plus sérieusement, alors qu'elle déposait ses propres affaires sur l'autre bureau. Dans ta dernière lettre, tu as dit vouloir rester en Mongolie une année de plus.
Il remarqua directement que le visage de la jeune femme se fit aussi plus sérieux, presque triste. Cela l'inquiéta aussitôt.
- Mon père est malade, annonça-t-elle en s'installant dans son siège, face à lui. Parkinson.
Un poids tomba dans l'estomac de Drago en l'apprenant. Toute trace d'humour disparut de son visage et il ne loupa pas l'humidité dans les yeux d'Hermione. Il serra les dents.
Il avait étudié cette maladie moldue lors de ses études de médicomagie. Bien que ces dernières se centraient principalement sur les maladies et symptômes magiques, ils avaient eu plusieurs cours sur les maladies moldues qui pouvaient –dans des cas très rares– toucher les sorciers. Parkinson en faisait partie et il avait d'ailleurs dû faire des recherches à son propos et écrire un très long devoir sur celle-ci, lors de sa dernière année.
Les liens se firent immédiatement dans son esprit.
- C'est pour cette raison que tu as demandé l'accès au laboratoire. Tu veux trouver un moyen de guérir ton père, affirma-t-il d'un ton convaincu.
Elle hocha lentement la tête et détourna les yeux. Drago vit une larme s'échapper de son œil et couler le long de sa joue. Il se retint de se lever et d'aller l'essuyer, il ne voulait pas la brusquer.
- Je t'aiderai, fit-il cependant.
Elle secoua la tête.
- C'est mon combat, Drago, tu as probablement déjà des…
- Granger, je ne l'aurais pas proposé si je n'en avais pas envie, la coupa-t-il, sachant déjà ce qu'elle allait dire. Je ne travaille sur aucun projet en ce moment et je serai ravi de t'accompagner sur celui-ci, d'autant plus si la vie de ton père est en jeu.
Elle resta silencieuse quelques secondes, probablement le temps d'y réfléchir. La connaissant, il savait qu'accepter de l'aide était une chose difficile, mais ce ne serait pas la première fois qu'ils travailleraient ensemble, alors peut-être obtempérerait-elle.
- Merci, Drago, murmura-t-elle après quelques instants de silence.
La réponse du blond ne fut qu'un léger sourire.
oOo
- Appliquez du baume de Grapcorne sur la cicatrice chaque soir et tout devrait disparaître d'ici quinze jours, sourit Hermione.
Pendant ce temps-là, Drago referma le bandage sur le pied du petit garçon dont ils venaient de s'occuper. La journée touchait à sa fin et après en avoir passé une grande partie à ausculter et soigner les enfants du service, Hermione et Drago allaient enfin pouvoir rentrer.
Ils n'avaient pas vraiment eu le temps de discuter, du moins pas en détail. Quelques dizaines de minutes seulement après avoir investi leur nouveau bureau, leurs badges –magiquement reliés au service– s'étaient mis à briller, signalant qu'une urgence devait être gérée. Leur conversation s'était donc vite achevée et ils ne s'étaient pas arrêtés une seule seconde depuis. Ils avaient mangé sur le pouce et avaient enchaîné les consultations sans arrêt.
- Merci beaucoup, Doctoresse, répondit la mère du petit garçon.
- Avec plaisir, Madame Wilson. Les infirmiers vont s'occuper de vous donner les prescriptions pour l'apothicaire et vous n'aurez plus qu'à signer les papiers de sortie, expliqua Hermione en envoyant une note volante au bureau des infirmiers.
- Et voilà, bonhomme, fit ensuite Drago en ajustant les derniers détails du bandage. Essaye d'utiliser ta jambe le moins possible et tu pourras marcher correctement en fin de semaine.
Le petit hocha la tête et le nouveau binôme du service pédiatrique les salua avant de quitter la chambre.
- Je rêve de mon lit, soupira Hermione en entrant dans leur bureau.
- Tu as trouvé un appartement ? demanda Drago en récupérant sa mallette.
- Non, je suis encore chez mes parents, grimaça-t-elle. J'en cherche un depuis des jours, mais aucune annonce ne me semble intéressante. J'aimerais bien partir de chez eux. Bien que mon père soit la raison de mon retour en Grande-Bretagne, je ne supporte plus de le voir ainsi. C'est trop dur.
Drago comprenait plus que jamais. Il ne sut pourtant pas quoi répondre. Ils n'avaient presque pas pu discuter et la seule chose qu'il savait d'elle, était qu'elle avait appris pour la maladie de son père un mois plus tôt. Ainsi, le temps d'organiser son retour, elle avait fait au plus vite.
Il ne comprenait pas non plus pourquoi elle n'avait prévenu personne de son retour.
De son côté, il n'avait rien pu lui raconter. Ou pas osé. Il avait essayé plusieurs fois de parler de sa fille –la seule chose dont il avait eu envie de lui parler à vrai dire– mais chaque fois, les visites les interrompaient, ou bien Drago se dégonflait. C'était un événement si marquant et important dans sa vie qu'il ne se voyait pas le lui dire au milieu d'une dragoncelle ou d'une jambe fracturée.
Une idée lui vint cependant à l'esprit.
- Tu peux venir à la maison le temps de trouver un appartement, si tu veux, proposa-t-il avec nonchalance.
Elle redressa la tête des dossiers qu'elle était en train de relire.
- Je ne veux pas déranger…
Il s'était attendu à cette réaction.
- Tu sais bien que non, Hermione. Tu ne déranges jamais et je serai vraiment heureux de t'accueillir.
- C'est adorable, Drago, ce serait vraiment idéal.
- Avec plaisir, cependant…
Il se coupa. Le moment qu'il avait appréhendé toute la journée était enfin là. Il allait devoir lui parler d'Alhena. De sa fille. De sa merveille.
- Oui ?
- Je ne vis pas seul, fit-il en détournant les yeux et en se raclant la gorge.
- Oh ! s'exclama-t-elle en haussant les sourcils et en rougissant. Ce n'est pas un souci, je me ferai discrète, ta petite-amie ne me remarquera même pas et elle n'aura aucun souci à…
- Ce n'est pas ça, la coupa-t-il en secouant la tête.
Elle fronça les sourcils. Il plongea sa main dans la poche de sa blouse de médicomage et en ressortit un petit porte-cartes moldu. Il s'approcha d'Hermione et déposa sur son bureau une petite photo glacée.
Il s'agissait d'un cliché de sa fille Alhena, pris trois semaines plus tôt au manoir de ses parents. La petite était installée dans l'herbe et marchait à quatre pattes vers lui en riant.
- Voici Alhena. Ma fille.
