Hello ! Petit message pour vous prévenir qu'il n'y aura pas de chapitre la semaine prochaine ! On se retrouvera donc dans deux semaines ;)
Bonne lecture !
Drago était installé derrière son bureau, occupé à rédiger le compte-rendu de sa dernière opération. Hermione et lui avaient passé l'après-midi au bloc sur un cas bien particulier : une malformation respiratoire d'un nourrisson. L'opération avait été très délicate puisque la magie d'un enfant de cet âge est toujours très instable.
De plus, et bien qu'il ait gardé un masque professionnel tout le long, Drago avait été particulièrement touché par ce cas. Il n'avait pas pu s'empêcher de faire le rapprochement avec sa fille, uniquement parce que le bébé qu'ils avaient opéré était blond aussi. Il avait fait de son mieux pour garder la face, mais cela lui avait tout de même mis un coup au moral.
Ainsi, ils avaient passé plus de quatre heures enfermés au bloc pour dégager correctement les voies respiratoires du bambin. Les parents leur avaient pratiquement sauté dessus à la sortie.
Après cela, ils n'avaient plus été appelés sur aucun cas. Doissec avait probablement décidé qu'ils méritaient un peu d'accalmie. Drago en avait donc profité pour rédiger quelques notes sur le contenu de l'opération, afin que d'autres médicomages puissent s'en servir s'ils se retrouvaient face à un tel cas.
Sa journée de travail touchait à sa fin lorsque la porte du bureau s'ouvrit brusquement. Il releva les yeux de son parchemin et haussa un sourcil en voyant Hermione entrer d'un air particulièrement agacé.
- J'en conclus donc qu'il a refusé, lança-t-il en se reconcentrant sur son rapport.
- Doissec n'a même pas appuyé ma demande, ragea-t-elle en se laissant choir dans son fauteuil. Mais je ne compte pas abandonner, j'irai dans le bureau du directeur tous les jours s'il le faut ! Je tiens à cette place au laboratoire.
- Je n'en doute pas un seul instant, sourit-il narquoisement en mettant un point final à ses notes. Est-ce que tu lui as dit que tu prendrais la mienne en attendant ?
- Il était bien parti pour refuser, mais je lui ai fait comprendre que ma place dans cet hôpital ne dépendrait que du laboratoire et je crois qu'il a ravalé sa remarque.
- Une vraie Serpentard, Granger, répliqua-t-il d'un ton moqueur.
Elle leva les yeux au ciel et laissa retomber sa tête sur le dossier du fauteuil en riant.
Drago ne put alors s'empêcher de laisser son regard vagabonder le long de son visage. Elle paraissait déjà épuisée alors même qu'elle n'avait commencé son nouveau travail que la veille. Il savait qu'elle passait ses nuits à faire des recherches sur la maladie de son père, comme elle le lui avait dit lors du déjeuner, mais n'avait pas remarqué à quel point elle était fatiguée.
Elle lui paraissait tellement changée. Son regard était plus profond, plus réfléchi qu'avant. Son teint était bien plus hâlé, démontrant les mois qu'elle avait passé au soleil. Elle faisait plus attention à son apparence que durant leurs études, ayant épilé ses sourcils avec précision et mis une touche de rouge à lèvres.
Si Drago avait passé du temps à l'observer la veille, il n'avait pas remarqué ces quelques petits détails. Maintenant qu'elle était assise et immobile face à lui, sa contemplation se faisait bien plus aisée. Il ne put d'ailleurs pas s'empêcher de regarder sa main gauche, vérifiant qu'elle n'était pas occupée par l'ombre d'une bague. Par réflexe.
Bien qu'ils aient pu discuter lors du déjeuner, cela n'avait pas suffi à ce qu'elle puisse lui raconter ses années de voyage autour du monde. Ses lettres, lors de ces trois ans, s'étaient toujours faites très courtes et peu détaillées, ne lui permettant donc pas d'en savoir énormément sur sa vie là-bas.
Ainsi, et bien que cela ne soit fait avec aucune arrière-pensée, il ne put s'empêcher de laisser un soupir de soulagement s'échapper de ses lèvres en voyant que sa main était vierge de toute alliance ou bague de fiançailles. Il aurait probablement eu du mal à accepter une telle information, surtout sans qu'elle ne lui en ai jamais parlé. Du moins, c'était ce dont il essayait de se convaincre. Après tout, il avait l'habitude de regarder les mains des femmes pour obtenir ce genre d'informations.
Cette pensée fit écho aux paroles de Pansy la veille. Il n'avait pas cessé d'y penser lorsque ses amis étaient partis. En réalité, il s'agissait de la toute première fois que Pansy exprimait une telle chose. Pendant leurs études, aucun de leurs amis n'avait un jour fait mention d'une alchimie entre Hermione et lui, ou du moins, il ne l'avait jamais remarqué.
À ses yeux, elle et lui n'avaient toujours été que de très bons amis. Une amitié bien différente de celle qu'il avait avec Pansy –et qu'il comparait plutôt à une relation fraternelle– mais jamais rien de plus. Il quitta la jeune femme des yeux et secoua la tête. Ce n'était ni l'endroit ni le moment de réfléchir à cela. Il ne pensait plus à Hermione de cette façon et ce n'était pas les paroles de sa meilleure amie qui changeraient cela.
Il soupira et se leva de son fauteuil, en commençant à ranger ses affaires.
- Il est bientôt l'heure que je retrouve ma fille. Tu as besoin de repasser chez tes parents ? demanda-t-il à Hermione.
Celle-ci rouvrit les yeux et expira longuement à son tour avant de se lever. Drago ne put s'empêcher de penser qu'ils paraissaient tous les deux déjà bien fatigués par leur quotidien. Il avait encore en tête tout ce qu'il allait devoir faire pour trouver un moyen de garder sa fille la journée, sans oublier sa confrontation avec Lucius, et son amie ne devait pas cesser une seule seconde de penser à son propre père. Ils étaient bien partis.
- Oui, j'ai quelques petites choses à récupérer, mais je transplanerai chez toi directement après. Enfin, si ça te va toujours ? s'inquiéta-t-elle.
- Évidemment, Granger, je te l'aurais dit dans le cas contraire, rit-il en levant les yeux au ciel.
Elle hocha la tête et se mordit la lèvre d'un air soudainement plus timide. Il fronça les sourcils.
- Je crois que j'appréhende de rencontrer ta fille, avoua-t-elle en passant son sac sur son épaule. Et si elle ne m'aimait pas ? Ou bien qu'elle se mettait à pleurer en me voyant ? enchaîna-t-elle sans le laisser répliquer.
- Hermione…
- Je crois que je stresse un peu, le coupa-t-elle à nouveau en tirant sur ses manches.
- Je ne l'avais pas remarqué, s'amusa-t-il gentiment en attrapant sa mallette à son tour.
Elle lui répondit d'une grimace assez puérile, qui le fit ricaner. Il s'approcha d'elle. Drago comprenait ses craintes, mais ne pouvait s'empêcher de les trouver irrationnelles en cet instant. Sa fille avait toujours bien réagi en présence de ses amis et sa famille, il ne voyait donc clairement pas pourquoi les choses seraient différentes avec Hermione.
Il posa ses mains sur ses épaules et elle leva la tête pour le regarder dans les yeux.
- Granger, ne te fais pas de souci pour ça, Alhena est une vraie crème avec les inconnus, lui dit-il avec un léger rictus. La seule personne qui l'a un jour faite pleurer, c'est mon père. Il était censé s'occuper d'elle, mais à la place, il a jugé plus intelligent de la laisser seule pendant deux heures, dans sa chambre au manoir.
- Il a fait ça ?! s'étrangla-t-elle en ouvrant grand la bouche.
- Ne m'en parle pas, je suis de trop bonne humeur, grogna-t-il en reniflant d'un air méprisant. Enfin, tout ça pour dire que tu n'as pas à t'en faire. Alhena va t'adorer, je n'en ai aucun doute ! Et puis, elle va avoir le temps de s'habituer à toi, si tu restes quelque temps à la maison, ajouta-t-il en lui offrant un clin d'œil.
- Tu crois ? demanda-t-elle avec une moue mitigée.
- J'en suis certain, répondit-il en levant les yeux au ciel. Allez, arrête de froncer les sourcils et file récupérer tes affaires. J'ai commandé une tarte aux framboises chez le pâtissier de ma rue pour le dessert, rien que pour toi.
Son visage s'égaya aussitôt et elle se mit sur la pointe des pieds pour lui embrasser rapidement la joue, avant de filer vers la porte du bureau. Cela le surprit plus qu'il ne voulait l'admettre, ce genre de contacts avec elle n'étant plus dans ses habitudes. Cela lui avait manqué plus qu'il ne l'aurait pensé.
- On se voit dans une vingtaine de minutes, Malefoy ! s'exclama-t-elle gaiement en quittant la pièce.
Il eut un rire amusé et secoua la tête. Visiblement, son dessert préféré suffisait à changer drastiquement son humeur.
oOo
Drago apparut dans son séjour et se débarrassa de sa blouse de médicomage qu'il laissa tomber sur un fauteuil. Il se dirigea ensuite vers la cuisine, étonné de trouver le salon vide. Il avait pensé que sa mère et sa fille l'occuperaient.
- Maman ? lança-t-il en s'approchant de la cuisine.
- Chut, ne parle pas trop fort, Alhena dort, répondit-elle vivement en passant sa tête par la porte.
- Encore ? s'étonna-t-il en chuchotant. Mais il est bientôt dix-huit heures !
- Elle n'a pas fait sa sieste habituelle et est tombée de sommeil il y a une heure, alors je n'ai pas eu d'autre choix que de la coucher. J'en ai profité pour te faire ma recette de caramels, tu sais ceux-
- Ceux que tu m'envoyais toujours à Poudlard ? s'émerveilla-t-il en la suivant dans la cuisine.
- Exactement, s'amusa-t-elle en soulevant un torchon propre, sous lequel les petits caramels mous reposaient.
- Merci, Maman, sourit-il avant de se pencher pour lui embrasser la joue. Tout s'est bien passé ?
- Parfaitement, acquiesça-t-elle en retirant le tablier qu'elle avait enfilé précédemment. Et toi ? Tu me sembles fatigué, longue journée ? demanda-t-elle ensuite en posant une main sur sa joue, qu'elle caressa avec son pouce.
- Nous avons eu une opération difficile cet après-midi, soupira-t-il en s'installant au bord du plan de travail. Une gamine d'à peine dix jours, j'ai bien cru qu'elle allait nous claquer entre les mains.
Il se passa une main dans les cheveux, alors que sa mère lui souriait tristement, et songea qu'ils étaient bien trop longs. Il fallait qu'il les coupe, il ne voulait clairement pas ressembler à son père. Cette simple idée le fit grimacer intérieurement.
- Vous lui avez sauvé la vie, c'est ce qui compte, n'est-ce pas ?
- Oui, oui, évidemment. Et puis, c'est le risque du métier, je l'ai su dès que j'ai commencé, mais je ne peux m'empêcher de voir Alhena sur la table d'opération chaque fois qu'un petit blond passe sous nos baguettes.
- Je comprends, mon grand, mais n'est-ce pas une raison de plus pour donner ton maximum pour les soigner ?
Il leva les yeux vers elle et ne put s'empêcher d'hocher la tête en voyant le sourire rassurant qu'elle lui offrait. Elle lui caressa doucement la joue et il ferma les yeux à ce contact, reposant sa tête contre sa main.
Bien que cela ne calme pas les frayeurs qu'il aurait chaque fois qu'il soignerait des nourrissons –ou même n'importe quel enfant à vrai dire– les paroles de sa mère eurent le don de le détendre et de l'apaiser pour la soirée. Il réussit à se persuader qu'il ferait toujours de son mieux et que ce jour-là, il avait le mérite d'avoir réussi.
- As-tu trouvé un moyen de faire garder Alhena ? demanda-t-elle, le sortant de ses pensées.
- Pas encore non, soupira-t-il en se passant une main sur le visage. J'ai envisagé la solution que Père avait proposé mais…
- Hors de question, la coupa-t-elle en secouant la tête. Je préfère venir ici la garder tous les jours, mais je refuse que tu demandes à un elfe de venir s'en occuper.
- Maman, je ne peux pas te demander une telle chose. Je trouverai une solution, je te le promets.
- Tu sais bien que cela ne me dérangerait pas, mon grand.
- Là n'est pas la question, nous en avons déjà parlé ce matin. Je trouverai, ne t'en fais pas, répéta-t-il d'un ton assuré.
- Bien, abdiqua sa mère en hochant la tête et en lissant les plis de sa robe. Je la garderai au moins jusqu'à ce que tu trouves, d'accord ?
- Merci, Maman. Merci pour tout.
Elle lui sourit doucement et l'embrassa sur le front avec tendresse.
- Tout pour toi et Alhena, mon chéri, souffla-t-elle.
Elle jeta ensuite un œil à sa montre et haussa les sourcils.
- Morgane, je suis en retard ! Ton père risque de m'en vouloir si je ne suis pas à l'heure pour notre promenade habituelle, tu m'excuseras.
- Aucun problème, Maman, répondit-il avec un sourire amusé. Rentre bien.
Elle fit venir son sac à main à elle d'un coup de baguette et lui offrit un petit geste de la main, avant de transplaner au loin.
Bien qu'il voue une haine grandissante à son père, Drago savait que sa mère l'aimait plus que tout. Il n'avait jamais vraiment compris pourquoi, ni comment une telle chose était possible après tout ce temps, mais avait pris la décision quelques années plus tôt de ne jamais s'interposer entre eux.
Son père était peut-être un connard aux idées arriérées, mais il n'en était pas un homme méchant pour autant. Malgré tout ce qu'il pouvait lui reprocher, Drago était persuadé qu'il aimait profondément sa mère.
Il avait donc décidé de ne pas se mêler de leur couple, au risque de blesser Narcissa qui choisirait toujours son fils et sa petite-fille au détriment de son mari. Il le savait. Mais elle en aurait été malheureuse. Et s'il y avait bien une chose que Drago ne voulait pas, c'était bien cela.
Il laissa échapper un long soupir. Il fallait qu'il trouve une solution, et vite.
Après quelques minutes de silence pesant, durant lesquelles il tenta de faire le vide dans son esprit, Drago abandonna. Il ne parviendrait pas aussi facilement à penser à autre chose. Il se leva donc, résigné, et se dirigea vers la chambre de sa fille, pour vérifier qu'elle dormait toujours.
Il entra à pas de loup, un léger Lumos au bout de sa baguette et s'approcha de son lit. Un sourire tendre étira ses lèvres en la voyant habillée de son ensemble en forme d'éléphant. C'était son préféré. Il l'avait lui-même choisi et avait eu un véritable coup de cœur.
Alhena avait serré ses petits poings près de son visage, juste à côté de la tétine verte enfermée entre ses lèvres. Il la trouva tout simplement adorable et ne put s'empêcher de se pencher vers elle pour lui souffler quelques paroles.
- Dors bien, mon petit ange.
De retour dans son salon, Drago s'installa dans un fauteuil après s'être servi un verre de Whisky Pur-Feu. Après la journée qu'il venait d'avoir, il ne rêvait que de se détendre et de penser à autre chose.
Jetant un œil à l'horloge placée au-dessus de sa cheminée, il se fit la réflexion qu'Hermione prenait légèrement plus de temps que prévu. Et comme si celle-ci avait entendu ses pensées, quelques coups furent frappés à sa porte.
Il remercia Merlin qu'elle n'ait pas choisi d'appuyer sur sa sonnette moldue –ce qui aurait pu réveiller Alhena– et s'empressa d'aller lui ouvrir.
Elle lui sembla particulièrement triste et fatiguée. Sa baguette dans une main et son petit sac en perles dans l'autre, elle lui offrit un sourire des plus faux, probablement pour essayer de faire bonne figure. Cela inquiéta Drago plus qu'autre chose. Est-ce qu'il lui était arrivé quelque chose ? Ou bien à son père ?
- Est-ce que tout va bien ? lui demanda-t-il donc en se décalant pour la laisser entrer.
- Je suis désolée du retard, mon père a fait une crise de totale rigidité quand je suis arrivée et j'ai dû aider ma mère à le déplacer dans son lit pour qu'il ne risque rien, soupira-t-elle en passant la porte.
- Merlin, ces crises durent longtemps ?
- Parfois pendant une heure ou deux, oui, répondit-elle d'un air accablé en retirant son manteau, que Drago récupéra aussitôt.
- Ta mère est seule pour s'occuper de lui ?
- Elle l'était oui, elle a arrêté de travailler exprès, mais à partir de demain, deux aides-soignants viendront tous les jours pour l'assister, étant donné que je ne serais plus là. Ils se relaieront le jour et la nuit, pour que ma mère puisse reprendre le travail au moins à mi-temps, expliqua-t-elle alors qu'il l'accompagnait dans le séjour.
- C'est une bonne chose, tu ne crois pas ? Je ne pense pas que ta mère soit la mieux placée pour s'occuper de lui constamment, surtout s'il devient de plus en plus handicapé par ses crises.
- Je sais bien, mais… Tout ça m'épuise et m'attriste plus que ce j'imaginais. Je n'ai qu'à peine commencé mes recherches et mon père passe déjà la plupart de ses journées entre des crises d'immobilisation et des phases de tremblements intenses.
- Aurais-tu besoin d'un verre ? proposa-t-il alors qu'ils s'installaient dans les fauteuils du séjour.
Elle leva les yeux vers lui et hocha la tête avec hésitation. Il savait parfaitement qu'elle ne buvait que rarement, mais voyant son état, il n'avait pas de meilleure idée qu'un petit remontant. Il n'était pas vraiment doué pour remonter le moral des autres.
- Nous allons trouver quelque chose pour le soigner, Hermione, lui dit-il en se dirigeant vers le bar. Tu peux commencer dès que tu le souhaites dans mon laboratoire, il est dans une pièce à part de l'appartement, pour ne pas qu'Alhena entre en contact avec.
Le visage d'Hermione changea drastiquement à la mention de la petite. Il lui tendit son verre de whisky et s'installa face à elle.
- D'ailleurs, où est-elle ?
- Elle dort, ma mère m'a dit qu'elle n'avait pas réussi à la coucher en début d'après-midi, mais qu'elle était tombée de sommeil il y a une heure.
- Tu n'as pas peur qu'elle dorme mal cette nuit ? s'étonna-t-elle, prenant ton presque professionnel qui amusa Drago.
- Ma fille est une vraie marmotte, Granger, elle faisait déjà ses nuits quand je l'ai récupérée. J'ai de la chance, elle s'endort facilement et elle dort beaucoup.
- Tu sais que certains parents tueraient pour être à ta place ? plaisanta-t-elle en secouant la tête.
- C'est une Malefoy, que veux-tu ! Elle se devait d'être exceptionnelle, se vanta-t-il avant de boire une gorgée de son verre.
Elle leva les yeux au ciel en riant et Drago ne put s'empêcher de sourire. Il avait réussi à faire disparaître la tristesse de son regard et à ses yeux, cela valait tous les gallions du monde.
- Et comment fais-tu lorsque tu travailles ? s'enquit-elle ensuite, en goûtant à son whisky. Il existe des crèches sorcières ?
Il fronça les sourcils.
- Des crèches ? répéta-t-il, confus.
- Ce sont des lieux de garde moldus pour les enfants de moins de trois ans, expliqua-t-elle en haussant un sourcil. Je suis étonnée que cela n'existe pas chez les sorciers. Est-ce que les parents sont censés s'occuper des enfants jusqu'à ce qu'ils puissent aller à l'Ecole pour Petits Sorciers ? ajouta-t-elle d'un air vraiment surpris.
- La plupart du temps oui. Les sorciers sont encore très… sexistes, disons. Généralement, les mères arrêtent de travailler jusqu'à ce que leur enfant soit en âge d'aller à l'école. Pour ma part, ma mère garde Alhena la journée, mais il faut justement que je trouve un autre moyen de la faire garder, puisque-
- Et pourquoi pas une crèche moldue ? le coupa-t-elle avec un sourire enthousiaste. Ta fille serait entourée d'autres enfants et gardée par des personnes formées pour ça !
Il haussa un sourcil, perplexe.
Il s'était apprêté à lui raconter son entrevue avec son père de la veille, et à quel point cela avait été virulent, mais elle l'avait coupé juste avant. Tant pis, se dit-il, cela pourrait attendre.
Sa proposition le fit réfléchir, cependant. Il n'avait jamais entendu parler d'une telle chose, malgré tout ce qu'Hermione lui avait appris sur les moldus. Un lieu de garde pour les enfants de moins de trois ans ? Cela lui paraissait tellement absurde. Chez les sorciers, les enfants de cet âge ne sortaient que très peu de chez eux et vivaient la plupart du temps avec leur mère. Il n'était pas question de les confier à qui que ce soit d'autre.
Ainsi, imaginer le fait de laisser sa fille à des inconnus lui semblait inimaginable. Même lorsqu'il s'agissait de sa mère, Drago était nerveux à l'idée de partir travailler. Alors des inconnus ? Hors de question. Il ne pouvait pas se permettre une telle chose, il n'y arriverait jamais.
Le simple fait d'avoir perdu près d'un an de la vie de sa fille l'empêchait de la laisser trop longtemps. Il ressentait le besoin constant de savoir comment elle allait, ce qu'elle faisait et où elle était. Il ne pouvait s'imaginer rater un autre moment important.
- Jamais de la vie, répondit-il donc fermement après une minute de réflexion. Je préfère arrêter de travailler plutôt que laisser ma fille entre les mains d'inconnus.
- Ce ne sont pas des inconnus, Drago, ces personnes sont formées et tu as la possibilité de les rencontrer, voire même d'y passer quelques jours pour t'adapter et que ta fille s'adapte elle aussi, fit Hermione avec douceur.
Il renifla, sceptique. Il imaginait mal le fait que qui que ce soit puisse être aussi bien qualifié que lui pour s'occuper de sa fille. Peut-être était-il présomptueux, mais à ses yeux, personne au monde ne pourrait le remplacer à sa place de père.
- C'est hors de question, dit-il en secouant la tête.
- De quoi as-tu peur ? demanda-t-elle en posant son verre sur le guéridon près de son fauteuil.
- Je n'ai peur de rien, répondit-il par automatisme.
Elle leva les yeux au ciel.
- Qu'est-ce qui t'inquiète ? Qu'ils s'occupent mal de ta fille ? Qu'elle n'y soit pas heureuse ? Qu'elle s'attache trop à eux ? Qu'elle soit loin de toi ? Qu'est-ce qui t'inquiète, Drago ? répéta-t-elle sans le lâcher des yeux.
Il grogna et détourna le regard, en vidant la fin de son verre.
Comment faisait-elle pour le comprendre si facilement, même après tout ce temps ?
Alors qu'il allait lui répondre, les pleurs stridents de sa fille retentirent dans tout l'appartement. Sauvé par le gong.
Aussitôt, Drago tourna la tête vers leur origine, par réflexe. Il se leva et commença à marcher vers sa chambre, avant de s'arrêter brusquement en se rappelant qu'Hermione était là elle aussi. Lorsqu'il s'agissait de sa fille, Drago avait découvert que le monde autour pouvait disparaître en un clin d'œil.
- Tu veux venir ? lui proposa-t-il en lui tendant une main.
Elle la regarda avec hésitation, se mordillant la lèvre avec nervosité. Quelques secondes passèrent, sans que les pleurs de sa fille ne s'arrêtent et, alors qu'il s'apprêtait à tourner les talons pour la rejoindre, Hermione se leva finalement et attrapa sa main tendue.
Il lui offrit un petit clin d'œil et les emmena jusqu'à la chambre d'Alhena. Hermione avait serré sa main dans la sienne, lui prouvant à quel point elle angoissait à l'idée de rencontrer la petite. Il ne pouvait s'empêcher d'en être amusé, trouvant attendrissant le fait qu'elle prenne tant au sérieux cette rencontre.
En ouvrant la porte, il lâcha sa main et se dirigea vers Alhena, qui se tenait déjà debout, les mains posées sur les barreaux en bois de son lit. Des larmes dans les yeux et habillée de son ensemble en forme d'éléphant, elle poussa un cri de joie en voyant son père et tendit les bras vers lui.
- Paba !
Un sourire étira ses lèvres sans même qu'il le puisse le contrôler et il se précipita vers elle, avant de l'attraper sous les bras pour la porter et la serrer contre lui. Il l'embrassa sur le front avec tendresse.
- Bien dormi, petit ange ? demanda-t-il en l'amenant jusqu'à la table à langer. Ta grand-mère m'a dit que tu n'avais pas réussi à faire la sieste tout à l'heure, continua-t-il en ouvrant son pyjama.
- Nana ! Nana ! s'exclama-t-elle à la mention de Narcissa.
Il continua à interagir avec elle tendrement, oubliant totalement la présence de son amie, appuyée contre la porte de la chambre. Une fois que son regard était capté par celui de sa fille, nul doute qu'il ne voyait qu'elle. Il lui murmurait des paroles, tout en la changeant et en chatouillant ses pieds nus et ses mollets.
Quoi de mieux que le rire de sa fille ?
Finalement, il prit Alhena dans ses bras, une fois changée et se tourna vers la porte de la chambre. Il tomba alors sur le regard attendri et ému de Hermione, qui n'avait pas bougé d'un poil. Il se figea, se rendant compte de ce à quoi elle venait d'assister.
Pas qu'il n'assumait pas d'être aussi proche de sa fille, mais Drago ne s'était jamais comporté ainsi devant elle. Il rougit très légèrement et se racla la gorge pour tenter de faire bonne figure.
- Regarde qui est là, mon petit ange, fit-il alors, d'une voix légèrement plus sérieuse.
Alhena pencha la tête sur le côté et croisa le regard doux d'Hermione, qui osa enfin s'approcher d'elle. Aussitôt, la petite se colla à son père en regardant la jeune femme, intimidée.
- Bonjour, Alhena, fit-elle en arrivant près d'eux. Je suis Hermione, une amie de ton papa, se présenta-t-elle avec un léger sourire.
- Paba !
- Oui, de ton papa, s'amusa-t-elle en croisant le regard rieur de Drago.
- Tu veux bien la prendre ? Il est bientôt l'heure qu'elle dîne, il faut que je prépare tout ça, fit celui-ci en lui tendant Alhena.
Il savait que ce serait aussi l'occasion que les deux se découvrent.
- Avec plaisir, je suis sûre que nous allons avoir plein de choses à nous raconter, sourit-elle en calant la petite sur sa hanche.
Celle-ci commença directement à jouer avec les cheveux frisés d'Hermione, qui ne put s'empêcher de rire doucement en la voyant faire. Alhena commença à rire elle aussi, babillant des syllabes qu'aucun d'eux ne comprit.
Drago sourit. Il ne pouvait imaginer meilleure rencontre que celle qu'il venait de vivre. Sa fille, sa petite merveille, s'entendait déjà parfaitement avec son amie la plus proche. Sa meilleure amie, à vrai dire.
Il se força à les quitter des yeux, alors qu'elles communiquaient joyeusement, et se dirigea vers la cuisine. En commençant à préparer leur dîner, Drago se rendit compte à quel point il était détendu contrairement à la veille.
Il observait sa fille et Hermione installées dans le séjour, près de la cheminée, à jouer tranquillement, tandis qu'il faisait chauffer le repas d'Alhena. Cette simple vision l'apaisait plus que jamais. Les tracas avec son père et ceux concernant la garde de sa fille étaient bien loin dans son esprit.
Comme si la présence d'Hermione avait suffi à calmer cela.
Il voyait pourtant bien qu'elle n'était toujours pas au meilleur de sa forme. Elle gardait cet éclat de tristesse au fond du regard, qui lui donnait envie de lui offrir le monde. Il détestait la voir ainsi et même si sa fille semblait parvenir à lui changer les idées, il ne manqua pas les quelques instants d'évasion de son amie.
Alors qu'Alhena dînait, repeignant au passage son bavoir et sa chaise haute, Drago remarqua plusieurs fois qu'Hermione se perdait dans ses pensées. Il aurait donné beaucoup pour savoir ce qui la tracassait, bien qu'il se doute que c'était en lien avec son père.
Il n'osa pas en parler de toute la soirée, même après avoir couché Alhena. Il ne voulait pas risquer de la rendre plus triste qu'elle ne l'était. Ainsi, alors qu'ils entamaient leur dessert, Drago aborda le sujet de leur groupe d'amis, pensant qu'il serait important de savoir ce qu'elle comptait faire –ou avait fait– à ce propos.
- J'ai rendu visite à Harry et Ginny hier soir, expliqua-t-elle en commençant à dévorer sa part de tarte. Je dois l'avouer, c'était assez étrange de les voir mariés, alors que quand je suis partie, ils venaient tout juste de se remettre ensemble.
- Est-ce que tu regrettes de ne pas être revenue pour leur mariage ? s'enquit Drago.
- Je ne regrette rien de ces trois ans. J'ai réalisé l'un de mes rêves en traversant tous ces pays et en découvrant toutes ces cultures. Je ne changerai cela pour rien au monde, tout comme je ne peux reprocher à aucun d'entre vous d'avoir continué sa vie sans moi. Ce serait injuste, répondit-elle en haussant légèrement les épaules.
- Cela ne veut pas dire que tu ne peux pas être attristée de ne pas avoir été présente.
- Je sais bien, mais je ne veux pas donner l'impression de ne penser qu'à moi, Drago. Nous avons tous et toutes fait du chemin en trois ans, ça serait égoïste de ma part de-
- Hermione, la coupa-t-il en se reculant dans son siège. Personne parmi nous ne pensera jamais que tu ne penses qu'à toi. C'est bien le dernier qualificatif que nous pourrions utiliser te concernant. Si tu me disais être triste d'avoir manqué l'arrivée d'Alhena en même temps que tout le monde, ou bien le jour de mon déménagement ici, je ne trouverais pas ça égoïste du tout. Nous avons vécu ces moments tous ensemble et bien que tu aies fait ce choix par et pour toi-même. Tu as le droit d'être triste.
Elle soupira, avant de porter un autre morceau de tarte à ses lèvres.
Lèvres qu'il ne put s'empêcher de détailler. Elle avait appliqué un rouge à lèvres mat d'un rouge particulièrement foncé, que Drago trouvait absolument magnifique. Il mettait sa bouche en valeur et faisait particulièrement bien ressortir les légères rougeurs de ses joues.
A force de côtoyer Pansy, il avait fini par s'y connaître en maquillage et même à s'y intéresser. S'il avait toujours pris grand soin de sa peau, il n'avait jamais été attiré par les produits de beauté. Cependant, le jour où son amie avait proposé à Neville et lui de leur appliquer du vernis, il avait eu –malgré son refus au premier abord– un véritable coup de cœur.
Désormais, il lui arrivait de se faire peindre les ongles par Pansy, et même parfois de tailler ses sourcils, qui d'après la jeune femme, étaient un appel à la luxure. Il n'avait jamais vraiment compris comment qui que ce soit pouvait être attiré par des sourcils, mais avait tout de même accepté le compliment.
Hermione aussi avait de beaux sourcils. De beaux cils aussi. Particulièrement longs et-
- Drago ? Drago ? Malefoy !
Il sursauta et fut soudainement sorti de ses pensées peu appropriées. Hermione le fixait, un sourcil haussé.
- Tu disais ?
- Je te demandais comment ta soirée avec Neville et Pansy s'était passée hier, pouffa Hermione.
Il s'était égaré loin dans son esprit.
- Bien, très bien, se reprit-il en se raclant la gorge. D'ailleurs, est-ce que tu es au courant qu'il a fait sa demande ?
- Oui ! sourit-elle joyeusement. Harry me l'a dit hier, je suis ravie pour eux. D'après ce que j'ai compris, il l'a amenée dans le sud de l'Italie pour le faire, c'est bien ça ?
- Précisément, répondit-il narquoisement. Je ne te dis pas l'état d'excitation de Pansy lorsqu'elle est rentrée. Si on m'avait dit il y a quelques années qu'elle accepterait de se marier avec qui que ce soit, je n'y aurais pas cru !
- Il est vrai qu'elle a toujours répété qu'aucun homme ne serait jamais fait pour elle, s'amusa Hermione en secouant la tête. Mais aucun doute que Neville l'est.
- Je n'aurais jamais cru dire ça un jour, mais oui.
Un sourire malicieux étira lentement les lèvres d'Hermione.
- Ne t'avise pas de répéter aux autres que j'ai dit ça, Granger ! s'exclama-t-il aussitôt en comprenant la signification de ce sourire.
- Sinon quoi, Malefoy ? répliqua-t-elle avec un ton moqueur.
- Crois-moi, tu ne veux pas savoir, Granger, fit-il d'un ton terrifiant.
Soudainement, il se leva de sa chaise et contourna la table de la cuisine. Aussitôt, Hermione suivit le mouvement et s'échappa, juste à temps pour qu'il ne l'attrape pas. Elle quitta ensuite la cuisine en riant et Drago la suivit.
- Tu joues à un jeu dangereux, Granger, lança-t-il en la voyant de l'autre côté du canapé.
- Tu crois ça, Malefoy ? répondit-elle avec un sourire en coin.
Le regard de Drago se fit plus dangereux et il s'approcha du sofa pas à pas, sans la quitter des yeux. Elle n'avait pas arrêté de sourire et le défiait du regard avec amusement. Sa lèvre inférieure coincée entre ses dents, elle contourna le canapé en même temps que lui, les faisant tourner en rond.
Finalement, lorsqu'elle se retrouva face au grand fauteuil, il sauta par-dessus celui-ci et l'attrapa vivement par la taille. Elle poussa un cri de surprise, alors qu'il la plaquait sur le sofa.
- Drago ! cria-t-elle en riant.
- Alors, on fait moins la maligne maintenant, n'est-ce pas ?
Elle était allongée juste sous lui et se débattait en rigolant pour tenter de s'échapper de sa prise sur ses poignets, qu'il tenait d'une main au-dessus de sa tête.
- Lâche-moi, Drago, le supplia-t-elle sans arrêter de rire.
- Promets moi de ne raconter ça à personne !
- Jamais ! pouffa-t-elle.
Aussitôt, Drago prit d'assaut le ventre de la jeune femme avec sa main libre et la chatouilla de tous les côtés, la faisant hurler de rire. Celui-ci résonna à ses oreilles telle une mélodie trop longtemps oubliée. Bizarrement, cela suffit à ce qu'il arrête ses chatouilles, sans lâcher ses poignets pour autant. Il croisa son regard rieur et un sourire doux étira ses lèvres.
Elle se tut à son tour et se mordit la lèvre pour se retenir de rire. Yeux dans les yeux, ils se turent pendant quelques instants.
Drago prit alors conscience d'à quel point sa complicité avec Hermione lui avait manqué. Depuis qu'ils étaient amis, ils avaient toujours eu une relation fusionnelle, tactile et inséparable qui en avait fait jalouser plus d'un.
Au départ, ç'avait été l'ex-petit ami de la jeune femme qui en avait pâti, reprochant à Hermione de passer trop de temps avec Drago et d'être trop proche de lui. Cela avait vite agacé la jeune femme et leur relation s'était faite plus tendue. Finalement, elle avait découvert qu'il la trompait et avait rompu avec lui.
Plus tard, ç'avait été l'une des aventures "à long terme" de Drago qui avait piqué sa crise. Si au départ, le blond avait bien convenu avec elle qu'ils ne se verraient que pour s'amuser de temps à autres, la jeune femme avait pensé intelligent de lui reprocher sa relation avec Hermione. Autant dire que cela n'avait pas fait long feu.
Ainsi, la revoir après tout ce temps à correspondre uniquement par lettre, ravissait Drago plus que tout. Il n'avait jamais été du genre tactile avec qui que ce soit, mais Hermione en était l'exception. Ils n'avaient jamais été dérangés par cela, passant leur temps collés l'un à l'autre, sans pudeur ni gêne.
Et alors que ses yeux dérivaient vers ses lèvres écarlates, ses mains toujours posées sur ses hanches, les pleurs de sa fille retentirent soudainement dans l'appartement. Il cligna plusieurs fois des yeux et se racla la gorge, avant de s'excuser auprès d'Hermione et de filer voir Alhena.
Il déglutit sur le chemin en se rendant compte des pensées qu'il venait d'avoir.
