La baguette de Drago sonna à sa droite, le sortant brusquement de son lourd sommeil. Il venait de faire un rêve plus que dérangeant et d'après le poids qu'il sentait contre son ventre, son corps y réagissait lui aussi. Il grogna de frustration et tourna la tête pour la blottir contre son oreiller.

Pour la première fois de sa vie, il venait de rêver d'Hermione.

Pourtant, leur soirée de la veille s'était terminée plutôt normalement. Après être allé consoler sa fille, Drago était revenu dans le séjour, toutes traces de son envie de l'embrasser disparues. Il lui avait proposé une tisane et tous deux avaient longuement discuté. Elle avait commencé à lui raconter ses trois années de voyage, les personnes qu'elle avait rencontrées et même les quelques hommes et femmes qui avaient partagé sa couche.

Elle s'était révélée bien plus confiante qu'auparavant. D'après ses dires, faire la rencontre d'autant de sorciers et découvrir toutes ces cultures lui avait ouvert les yeux sur beaucoup de choses, et notamment sur elle-même. Elle ne lui avait pas donné plus de détails, mais rien qu'avec le fait qu'elle parle d'hommes et de femmes, Drago avait compris qu'elle s'était laissée aller sexuellement parlant.

Ce n'était pas un sujet qu'ils avaient souvent abordé avant qu'elle ne quitte l'Angleterre, mais aucun d'eux n'avait jamais été gêné de se confier à ce propos. Ils étaient tellement proches que, jamais, ils n'avaient ressenti une quelconque gêne à parler de leurs relations.

Drago lui-même avait pu ensuite lui parler de ses quelques aventures durant ces trois ans. Avant que sa fille n'arrive, il fallait dire que le blond avait beaucoup usé de son charme pour finir ses nuits en compagnie de quelques jeunes femmes, parfois même infirmières ou médicomages à Sainte-Mangouste. Jamais rien de sérieux, bien entendu, il ne voulait rien de tout cela.

Étant donné le nombre de fois où son père l'avait encouragé à se marier –même avec des sang-mêlés, tant qu'il redorait le nom des Malefoy– Drago avait rapidement été rebuté de la chose. En effet, chaque fois qu'une femme l'intéressait quelque peu, il finissait toujours par la repousser et répéter qu'il voulait uniquement s'amuser et passer du bon temps. Cela ne durait donc jamais plus qu'un ou deux soirs.

Hermione avait été désolée de l'apprendre. Ce n'était pas la première fois qu'elle lui répétait qu'il ne devait pas laisser les paroles de son père perturber son quotidien. C'est ainsi qu'il avait pu aborder le sujet de leur dernière dispute. Dire qu'elle avait été très surprise qu'il ait coupé complètement les ponts avec Lucius était un euphémisme. Depuis le temps qu'elle le lui conseillait…

Finalement, lorsque deux heures du matin avaient sonné à la petite horloge magique de son séjour, les deux amis étaient allés se coucher. Drago avait montré sa chambre à son amie, avant de lui garantir qu'elle pouvait faire comme chez elle.

Voilà donc comment il se retrouvait le lendemain. Une gaule matinale pesante, le corps couvert de sueur et des souvenirs de son rêve plein la tête. L'horloge de sa chambre n'affichait que six heures du matin et il se remercia intérieurement d'avoir mis son réveil aussi tôt.

Ainsi, il aurait le temps de se remettre de ses émotions avant que sa fille ne se réveille et qu'il ne croise Hermione. Le fait de la revoir avait fait ressurgir ses désirs passagers d'adolescents.

Ils avaient certes étaient passagers et n'avaient duré que quelques semaines, mais cela avait suffi à le marquer. S'il avait au départ dû compenser ses envies avec d'autres femmes, il avait tout de même fini par passer à autre chose. Cependant cette fois, il se voyait mal coucher avec qui que ce soit d'autre, surtout considérant le fait que sa fille lui prenait pratiquement tout son temps libre.

Génial.

Il sortit tant bien que mal de sous les couvertures de son lit et se dirigea vers la salle de bain de sa chambre. Il retira son pantalon de pyjama et son caleçon, avant d'allumer l'eau chaude de la douche et de se glisser en dessous. Un soupir de satisfaction s'échappa de ses lèvres et il appuya son front contre le carrelage de la douche.

Cette journée commençait mal. Très mal. Il se détestait pour ce qu'il allait faire, mais s'il voulait pouvoir sortir de cette foutue salle de bain sans que personne ne remarque quoi que ce soit, il n'avait pas vraiment le choix.

Il laissa glisser sa main le long de son ventre jusqu'à atteindre son membre érigé. Fermant les yeux, il laissa échapper un très léger gémissement de plaisir au contact de sa main chaude sur sa peau si tendue et commença à exercer de légers mouvements.

Il lutta pour s'empêcher de penser à Hermione en faisant cela, mais il échoua lamentablement. Le souvenir de la veille au soir, d'une Hermione le suppliant d'arrêter sa torture par le rire, allongée juste sous lui, les poignets relevés et la lèvre coincée entre ses dents revint au galop. Exquis.

Il soupira plusieurs fois de plaisir, avant de jouir dans sa main et contre le carrelage de la douche. Il se trouvait lamentable et surtout répugnant. Cela ne lui arrivait que rarement, mais chaque fois, il en était dégoûté.

Il resta quelques minutes la tête contre le carrelage pour se remettre de ses émotions et penser à autre chose. Sa respiration était encore rapide et son cœur battait la chamade. Il avait dû mal à se concentrer pour penser à autre chose qu'au fait qu'il venait de se masturber en pensant à sa meilleure amie.

Une fois calmé, il termina sa douche – s'appliquant particulièrement à frotter son membre et ses mains – avant de sortir et de se sécher avec une grande serviette blanche, puis d'enfiler un caleçon propre.

Alors qu'il terminait de se laver les dents, il entendit les pleurs de sa fille résonner dans la pièce adjacente.

- Doux Merlin, marmonna-t-il en se rinçant la bouche, avant de filer dans la chambre d'Alhena.

Contrairement à d'habitude, elle ne cessa pas de pleurer lorsqu'il la prit dans ses bras. Elle semblait particulièrement dérangée par quelque chose et cela inquiéta aussitôt Drago. Il jeta plusieurs sorts de diagnostic, mais aucun d'eux ne révéla quoi que ce soit.

Il tenta de la bercer dans un fauteuil du salon pendant plusieurs minutes, mais cela ne fonctionna pas non plus. Pas plus que de lui tendre un biberon ou un muffin anglais - ses préférés. Il opta donc pour la dernière de ses options : ses dents devaient être douloureuses. Il lui lança donc quelques sorts de sa connaissance pour apaiser sa douleur et ses pleurs se calmèrent petit à petit.

Les larmes dans ses yeux lui brisèrent le cœur mais il s'évertua à garder la face et continua de la bercer doucement en lui murmurant quelques mots doux.

Alors qu'il faisait léviter jusqu'à lui un anneau de dentition pour bébé, Hermione surgit dans le séjour, déjà entièrement habillée et prête à partir au travail. Il remarqua tout de suite le regard qu'elle laissa traîner sur son torse et ses jambes nues, mais ne réagit pas, rendu trop anxieux par les douleurs de sa fille.

Elle sembla étonnée de voir que son bras gauche était entièrement tatoué mais ne fit aucune remarque à ce propos. Il faisait toujours particulièrement attention à porter des manches longues, même en présence de ses amis. Les seules exceptions étaient sa mère et sa fille et s'il n'avait pas dû calmer sa fille ainsi, Hermione n'aurait pas eu l'occasion d'apercevoir son bras.

- Que se passe-t-il ? s'inquiéta-t-elle en déposant son sac sur l'un des fauteuils. J'étais sous la douche, je ne pouvais pas aller voir…

- Mademoiselle fait ses dents, soupira-t-il alors que sa fille se collait silencieusement à lui, l'anneau dans la bouche. Et visiblement, ça commence à être de plus en plus douloureux.

- Mince, tu lui as lancé les sorts d'usage ?

- Évidemment, Granger, grogna-t-il en caressant doucement les cheveux d'Alhena.

- Monsieur est de mauvaise humeur, s'amusa-t-elle en se rendant dans la cuisine. Tu veux un café ? demanda-t-elle sans prendre en compte les marmonnements de Drago.

Il ne put cependant s'empêcher de sourire en la voyant déjà si à l'aise chez lui. Elle avait repris ses petites habitudes du temps où ils étaient encore étudiants et rien ne pouvait le rendre plus heureux.

- Volontiers, répondit-il en caressant légèrement le dos de sa fille. Est-ce que tu pourrais aussi ramener un petit pot de compote et le biberon que j'ai posé sur l'îlot, s'il te plaît ?

Elle hocha la tête et il la remercia d'un simple sourire. Si son inquiétude s'était amoindrie, cela n'empêchait pas à Drago d'avoir de la peine pour sa fille. Il voyait dans ses yeux pleins de larmes qu'elle souffrait malgré les sorts qu'il avait lancé et il aurait voulu l'aider plus que ça.

Alors qu'Hermione revenait dans le séjour, un petit plateau entre les mains, les flammes de la cheminée se teintèrent de vert et Narcissa Malefoy en sortit. Aussitôt, tous trois tournèrent la tête vers elle.

- Nana, fit la petite voix d'Alhena, bien moins enthousiaste qu'habituellement.

- Bonjour, bonjour, les salua-t-elle joyeusement, en retirant le grand chapeau qu'elle portait. Hermione ! J'ignorais si vous seriez déjà arrivée.

- Bonjour, Madame Malefoy, sourit la jeune femme en prennant place dans un fauteuil, face à Drago. Je suis arrivée hier soir.

- Appelez-moi Narcissa, enfin ! C'était le cas il y a trois ans, je ne vois pas pourquoi cela aurait changé.

Hermione sourit poliment et Drago en profita pour intervenir.

- Je pensais pourtant t'avoir dit qu'elle arriverait hier, Maman.

- Je n'en ai pas le souvenir, fit-elle en se tournant vers lui.

Elle haussa les sourcils et le dévisagea de haut en bas.

- Drago, aurais-tu la décence d'aller enfiler une tenue convenable ? le gronda-t-elle sévèrement.

Il baissa les yeux sur son torse et ses jambes nues et grogna légèrement. Il n'avait pas eu le temps de s'habiller. Il entendit Hermione rigoler dans son coin et leva la tête pour la fusiller du regard.

- Je reviens, marmonna-t-il en tendant Alhena à sa mère, qui s'installa confortablement pour lui donner son petit-déjeuner.

Cela ne suffit pas à calmer le rire d'Hermione.

oOo

Drago transplana et atterrit face à la porte de l'appartement de son meilleur ami. Il se passa une main dans les cheveux, se remettant petit à petit du voyage, puis frappa quelques coups à la porte.

Pas de réponse.

Il attendit quelques minutes, mais toujours rien. Il toqua une nouvelle fois, mais n'obtint pas plus de résultats. Il leva donc les yeux au ciel et déverrouilla la porte de l'appartement avec un sort, pour entrer par lui-même. Son ami lui avait donné la permission de passer ses barrières magiques.

- Théo ?! lança-t-il en entrant.

Il faisait sombre dans l'appartement. Les volets n'étaient pas ouverts, aucune lumière n'était allumée et une odeur d'alcool flottait dans l'air. Drago soupira.

- Théodore Thomas Oswald Nott ! cria-t-il, sa voix résonnant dans chaque pièce de l'appartement.

- Va te faire foutre, Malefoy, entendit-il grogner au loin.

Il sourit narquoisement et se dirigea vers la chambre de son ami. Alors qu'il s'y dirigeait, il entendit une porte s'ouvrir et croisa une jeune blonde d'à peine vingt ans, à moitié habillée, le rouge aux joues.

- Salut, murmura-t-elle au passage, avant de s'enfermer dans la salle de bains.

Il resta figé le temps d'une seconde, avant de lever les yeux au ciel et de se rendre dans la chambre de Théodore. La jeune femme qu'il venait de croiser était plus jeune qu'habituellement et son ami n'aimait pas les blondes. Il avait dû avoir une soirée bien arrosée la veille.

Il le trouva allongé sur le ventre en travers de son lit, entièrement nu, les yeux fermés et la tête enfouie dans son oreiller. Il s'appuya contre le chambranle de la porte et attendit patiemment.

- Va te faire voir, grogna Théo dans son oreiller.

- Quel âge avait-elle ? Dix-huit ? Dix-neuf ?

- Vingt, marmonna-t-il. Je suis un gentleman, j'ai un minimum de dignité.

- Un gentleman n'oublie pas ses rendez-vous, Nott, lui fit-il remarquer narquoisement.

Il le vit ouvrir brusquement les yeux et il tourna la tête vers lui.

- C'est déjà vendredi ? demanda-t-il d'un air abasourdi.

- Oui et nous avions rendez-vous il y a une heure, répondit simplement Drago.

Théo poussa un grognement de désespoir et plaqua son visage contre son oreiller. Au même moment, Drago entendit un claquement de porte et supposa qu'il s'agissait de la jeune femme qu'il avait croisée.

- Je te donne dix minutes pour te préparer, fit-il simplement avant de quitter la chambre en fermant derrière lui.

Il en profita pour débarrasser le séjour des quelques bouteilles qui traînaient, ouvrit les volets et aéra grandement la pièce. Il était habitué à cela et ne faisait que rendre à Théodore la pareille, ayant lui-même vécu une vie comme celle-ci pendant quelques mois avant d'être embauché à Sainte-Mangouste. Comme quoi le départ d'Hermione l'avait réellement impacté.

Lorsque son ami revint, Drago était installé dans un fauteuil, les pieds sur la table basse et une Bierraubeurre à la main. Théodore avait revêtu un simple pantalon noir et une chemise blanche, dont il avait retroussé les manches jusqu'aux coudes.

- On y va ? demanda-t-il sarcastiquement en haussant un sourcil.

Drago le fusilla du regard, avant de se lever et d'attraper son bras pour les faire transplaner devant leur restaurant favori. C'était leur routine hebdomadaire. Tous les vendredis, depuis trois ans, les deux amis déjeunaient ensemble au Phénix des Saveurs, un restaurant que Théodore avait découvert.

Il fallait dire qu'il ne s'agissait pas là de n'importe quel établissement. Non, Théodore Nott n'aurait pas choisi le premier boui-boui du coin. Ce restaurant était probablement le plus coûteux et le plus prestigieux de tout le Londres sorcier. Depuis le temps qu'ils s'y rendaient, les deux amis avaient fait connaissance avec les gérants et étaient même devenus assez proches d'eux. Désormais, chaque vendredi, ils y avaient leur propre table réservée, sur la terrasse supérieure de l'établissement. Un vrai luxe quand on savait les semaines d'attente qu'il fallait pour une réservation.

- Monsieur Nott, Monsieur Malefoy ! s'exclama l'hôtesse d'accueil en les voyant arriver. Votre table vous attend en haut, ajouta-t-elle en souriant.

- Merci, Helen, sourit Drago avec un hochement de tête.

Ils entendirent quelques clients qui attendaient pour leur table, rouspéter et marmonner quelques jurons, mais ne réagirent pas. Ils avaient l'habitude.

- Alors, comment s'est passée ta semaine ? Tu as commencé le programme ? demanda Théo en s'allumant une cigarette.

Drago refusa lorsqu'il lui en tendit une. Il avait arrêté de fumer six mois plus tôt et chaque vendredi depuis, il se retenait d'en prendre une. S'il y avait bien un de ses amis qui ne le soutenait pas dans sa démarche, c'était Théo.

- Lundi, acquiesça-t-il en hochant la tête et en se servant un verre d'une bouteille de Beaujolais français qu'un serveur venait d'amener. D'ailleurs, tu seras ravi d'apprendre qu'Hermione est rentrée et qu'elle est ma nouvelle coéquipière, ajouta-t-il avec un sourire en coin.

Il vit son ami hausser les sourcils et adopter l'exact même rictus. La même réaction que Pansy. Cela eut le don d'agacer Drago. Si le rêve qu'il avait fait le premier soir où Hermione avait emménagé n'était pas réapparu, son désir grandissant pour la jeune femme était toujours bien là.

Chaque matin depuis qu'elle était arrivée chez lui, Drago se réveillait dans une position… inconfortable. Il avait pensé que cela ne durerait qu'une journée, que ce n'était que l'effet des retrouvailles, mais visiblement, la voir en petite tenue chaque soir après leur dîner n'avait aidé en rien.

De plus, il avait découvert grâce à son absence de vêtements qu'elle s'était faite tatouer lors de ses voyages. En effet, tout le long de sa cuisse gauche, remontant probablement jusqu'à sa hanche, la jeune femme arborait un magnifique tatouage noir en forme de dragon japonais, qu'elle avait d'ailleurs fait dans le Tokyo sorcier. La première fois qu'il l'avait vu, le blond avait été complètement hypnotisé. En plus d'être magnifique et parfaitement piqué, le tatouage était magique, ce qui permettait donc au dragon de se mouvoir légèrement sur la cuisse d'Hermione. Splendide.

Il s'était imaginé tant de fois passer ses lèvres sur le dragon après cela.

Elle n'avait jamais été pudique en sa présence –ce qu'il ne pouvait pas lui reprocher– et continuait de se balader dans l'appartement sans gêne, dans ses plus beaux sous-vêtements ou pyjamas. Il fallait dire qu'ils avaient déjà eu cette habitude lors de leurs études, mais c'était à se demander si elle ne faisait pas parfois exprès de traverser le séjour en t-shirt et culotte pour le provoquer.

Elle aurait sa mort, il en était désormais certain.

- Weaslette me l'a dit, oui, répondit-il en soufflant une longue fumée blanche. Et alors, comment les choses se passent entre vous ? Tu lui as parlé d'Alhena ?

Il ne fit aucun commentaire sur le fait que Ginny Weasley lui ait raconté cela, aussi étrange cela puisse être. Cela ne le regardait pas.

- Très bien, dit-il en sirotant son verre de vin. Elle a emménagé chez moi en attendant de trouver un appartement. Je ne sais pas si Weaslette te l'a expliqué, mais son père est malade et elle ne supportait plus de vivre chez ses parents en attendant de déménager, alors je lui ai proposé de venir, continua-t-il après que Théo ait hoché gravement la tête. Elle a donc évidemment rencontré Alhena et je dois dire que les deux s'entendent plutôt bien.

- Comme si ma filleule s'entendait mal avec qui que ce soit.

- C'est vrai, rit Drago en secouant la tête. En tout cas, les choses se passent très bien. Elle a même commencé à utiliser mon laboratoire personnel pour ses recherches, donc pour le moment tout va parfaitement.

- Pour le moment, répliqua Théodore avec un sourire entendu.

Alors que Drago allait répondre, probablement avec une parfaite politesse, une serveuse vint prendre leur commande. Une fois cela fait, le blond décida qu'il valait mieux changer de sujet. Il n'avait nullement l'envie de s'étaler sur cela, sachant parfaitement ce qu'en dirait Théo.

- Et toi alors ? Qu'en est-il de ton rendez-vous avec les Suisses ?

Théodore tenait depuis cinq ans une entreprise renommée de montres et bijoux de luxe. Si au départ son nom avait fait reculer quelques investisseurs, il s'était désormais fait une grande place sur le marché national sorcier et commençait doucement à grandir internationalement.

- Plutôt bien. Je pense être sur une bonne voie, du moins c'est ce que pensent les membres de mon conseil qui ont assisté à la réunion. D'après eux, le contrat devrait être signé à la fin du mois.

- Ce qui est plutôt positif. Qu'en dit Astoria ?

- Elle est plutôt optimiste aussi, répondit-il en se servant du vin à son tour. Elle pense qu'ils ne tiendront pas longtemps avant d'accepter de nous revendre leur société, même si j'ai encore des doutes.

- Tu sais bien qu'elle vise toujours juste, fit remarquer Drago.

- Je sais, mais je ne peux pas m'empêcher de penser qu'ils ne se rangeront pas si facilement.

- Fait lui confiance, lui conseilla-t-il.

- C'est le cas, je ne l'aurai pas épousé sinon, Malefoy.

Drago leva les yeux au ciel pour seule réponse, puisqu'une serveuse venait de déposer leurs plats face à eux.

Théodore avait épousé Astoria six ans plus tôt. Un mariage d'amour, à ne pas en douter.

Celui-ci avait pourtant quelques particularités. En effet, leur couple était libre. Parfaitement libre. Astoria avait fini par comprendre au fil des années qu'elle était asexuelle. Les deux époux avaient un arrangement : Théodore était libre de faire ce qu'il voulait de son corps, mais il y avait quelques conditions.

Astoria était et resterait la seule femme qu'il aimait, sa meilleure amie, sa confidente, la sorcière de sa vie. Elle serait au courant de toutes les personnes, peu importe leur genre, qu'il fréquenterait, que cela soit régulier ou non. Il ne passerait jamais la nuit avec quelqu'un d'autre dans leur maison commune, raison pour laquelle il avait sa propre garçonnière. Et enfin, toute personne avec qui il coucherait devait être informée de son mariage libre.

Ils respectaient ces conditions depuis des années. Leur amour n'en avait pas pâti une seule fois, au contraire. Il était plus fort de jour en jour.

- Tu as vu Blaise ces derniers jours ? lui demanda Théo alors qu'ils entamaient leurs plats.

- Je devais le voir hier soir, mais Alhena a pleuré toute la nuit à cause de ses dents, alors j'ai préféré annuler. Pourquoi ?

- Sa mère va se remarier, lui annonça-t-il, se retenant visiblement de rire.

- Tu n'es pas sérieux ?! s'étonna-t-il en figeant sa fourchette en l'air. Encore ? demanda Drago après que son ami eut hoché la tête.

- D'après ses dires, elle l'aurait rencontré pendant l'été, lors de ses vacances en Sardaigne. Un turc extrêmement riche, pour changer.

- Un vieux ou un malade, cette fois ?

- Un vieux, d'après ce que j'ai compris. Il détient une grosse entreprise en Turquie et règne sur l'économie du Moyen-Orient sorcier. Une vraie pépite.

- Blaise doit être ravi.

- Tu aurais vu sa tête, pouffa Théo en secouant la tête. Je crois qu'il ne tiendra pas longtemps avant de piquer une crise à sa mère. La dernière fois, Lovegood a dû l'endormir avec ses plantes douteuses, pour qu'il arrête de crier sur son beau-père.

- Je me souviens, ricana Drago. Je n'y ai pas cru la première fois qu'elle nous l'a raconté. Elle est bien la seule qui arrive à le canaliser lorsqu'il s'y met.

- Elle est surtout la seule à cultiver des plantes qui t'endorme dès que tu les sens, fit-il remarquer.

- Pas faux, grimaça le blond. Je suis certain que Londubat ferait une syncope s'il l'apprenait.

- Je ne sais même pas comment les autres font pour le lui cacher. Depuis qu'il enseigne à Poudlard, il est devenu aussi droit dans ses bottes que l'était McGonagall. C'est à se demander comment Pansy fait pour le supporter à longueur de journée.

- Ne soit pas médisant, je suis sûr qu'il a des arguments… de taille, répliqua Drago avec un regard entendu.

- Je doute que Pans' me laisse vérifier, même si je dois avouer que je n'aurai clairement pas dit non à un si beau spécimen, pouffa Théodore.

- Ne répète jamais ça devant elle, elle risquerait de faire de toi son nouveau mannequin de vitrine. J'ai entendu dire qu'ils étaient empaillés.

- Salazar, je viens d'avoir l'une des pires images qu'il m'ait été donné de penser, grimaça son ami.

Drago ne put s'empêcher d'exploser de rire. Oui, il imaginait parfaitement Pansy faire la peau à Théodore en apprenant les pensées qu'il avait envers son fiancé.

oOo

Drago frappa quelques coups à la porte du laboratoire de son appartement et attendit qu'un léger marmonnement positif lui réponde. Il venait de quitter la chambre de sa fille, qui s'était enfin endormie, et avait prévu de passer voir son amie. Il entra et tomba directement sur Hermione, penchée sur une projection d'analyse sanguine.

- Besoin d'aide ? demanda-t-il en la voyant se redresser et soupirer.

- Aucune des analyses cliniques habituelles ne montrent quoi que ce soit. Ni la prise de sang, ni l'analyse d'urine, ou encore l'électrocardiogramme.

- Tu as fait un-

- J'ai fait un scanner magique de son cerveau, oui, le coupa-t-elle en hochant la tête. Mais il n'y a aucune donnée qui m'avance plus sur le sujet. Tout se joue dans sa tête, pourtant, aucune solution ne me semble envisageable. Il faudrait stabiliser les α-synucléines, mais je n'ai aucune idée de comment le faire.

- Pour l'instant, fit-il remarquer en s'approchant du scanner magique qu'elle venait de faire apparaître. Là est tout l'objectif de tes recherches, Granger.

- Je sais, marmonna-t-elle, en faisant tourner l'image avec sa baguette. Mais j'ai l'impression que c'est déjà trop long. Je suis passée chez lui tout à l'heure pour tous les prélèvements. Je n'ai jamais vu mon père aussi ralenti ! Il n'a pratiquement pas parlé, alors qu'il est l'homme le plus bavard que je connaisse, et pourtant, je suis amie avec Ronald Weasley ! soupira-t-elle, exaspérée.

Il se tourna vers elle, chagriné. Elle semblait tellement anxieuse et en colère. Elle avait les larmes aux yeux, fixant le scanner du cerveau de son père comme s'il s'agissait de son pire cauchemar. Peut-être était-ce le cas.

- Hermione, laisse-toi le temps, ne te met pas une telle pression, même si je sais à quel point c'est facile à dire. Plus tu voudras faire les choses vite et moins tu t'en sortiras.

- Mais personne ne le fera à ma place, Drago ! s'exclama-t-elle, au bord de la crise de nerf.

- Cela ne veut pas dire que tu dois affronter ça toute seule, répondit-il calmement.

Il savait qu'elle n'était pas en colère contre lui, mais contre cette situation. Elle avait simplement besoin de décharger toute sa colère et il le comprenait parfaitement.

- Granger, reprit-il en posant ses mains sur ses épaules pour qu'elle le regarde dans les yeux. Je t'ai dit que je t'aiderais et je ne compte pas revenir sur mes paroles.

Elle le regardait avec une telle tristesse dans le regard qu'il eut envie de la serrer dans ses bras pour que ses larmes disparaissent une par une de ses yeux chocolats. Cependant, il n'eut même pas besoin de le faire que la jeune femme posait son front contre son torse et laissait ses sanglots s'échapper de ses lèvres.

Aussitôt, Drago entoura ses épaules avec ses bras et la serra contre lui, posant son menton sur le haut de son crâne. Il sentait bien qu'en pleurant ainsi, elle relâchait toute la pression d'un coup. Il le comprenait mieux que personne.

- Nous trouverons, Hermione, je te le promets, lui chuchota-t-il.