- Il nous faudrait quelqu'un de plus, son coeur risque de s'emballer et il faut le garder stabilisé, fit Drago en jouant de sa baguette sur la jambe d'un enfant de cinq ans.

Aussitôt, Hermione hocha la tête et conjura son patronus, qui s'échappa par la porte de la salle d'opération. Ils s'y trouvaient depuis déjà deux heures. Ils avaient été appelés en urgence cinq minutes avant la fin de leur journée et n'avaient clairement pas pu refuser de s'occuper de ce cas. Drago avait envoyé un message à sa mère pour dire qu'il ne pourrait pas rentrer tout de suite pour s'occuper d'Alhena. Foutus horaires.

Le petit garçon qu'ils opéraient avait laissé ses pouvoirs s'emporter sous la colère et avait été pris dans une explosion magique de sa propre création. Ainsi, ses blessures étaient entourées d'une magie très sensible qui risquait encore d'exploser à tout moment. L'opération était risquée et Drago était plus anxieux que jamais.

La porte de la salle d'opération s'ouvrit soudainement et l'un de leurs collègues entra, vêtu d'une tenue stérile de médicomage, baguette en main et masque sur le nez et la bouche.

- Où en êtes-vous ? demanda-t-il directement en se plaçant derrière la tête endormie du petit garçon.

- Bonjour à toi aussi, Moore, marmonna Drago sans quitter la jambe du blessé des yeux.

- La jambe droite et le bras droit ont été reconstruits complètement, mais ce n'était pas les plus touchés, répondit Hermione, ignorant la remarque de son ami. Il faut absolument reconstruire l'abdomen, si l'on veut que son cœur tienne. Il vient de s'ouvrir et la magie se concentre autour.

- Bien, je vais m'en charger. Au fait, je suis le Docteur Nicholas Moore, se présenta-t-il à la jeune femme avec un sourire, ignorant lui aussi complètement Drago.

- Docteure Hermione Granger, le salua-t-elle en retour, en appliquant un sortilège de protection autour de l'épaule gauche du patient.

C'est après cela que Drago cessa de les écouter. Dire qu'il détestait Moore était un euphémisme. Il lui avait volé plusieurs opportunités depuis son arrivée à l'hôpital et ne cessait de le prendre de haut, simplement parce qu'il avait plus d'expérience que lui dans le métier.

De la pure jalousie diraient certaines personnes, mais Drago voyait les choses autrement. À ses yeux, Moore n'était qu'un escroc, venu directement des États-Unis après que son père, le Directeur de l'hôpital sorcier le plus réputé d'Amérique, l'ait conseillé auprès de Ste-Mangouste. Il était Médicomage Généraliste, tout comme l'avait été Drago, et lui avait volé plusieurs opérations, uniquement car le personnel de l'hôpital déifiait Moore.

Ainsi, voir Hermione succomber au charme de cet idiot le mettait plus en rogne que jamais. D'après lui, Moore était le typique playboy narcissique qui ne respectait ni les femmes, ni qui que ce soit, si ce n'était lui-même. Il passait son temps à draguer les infirmières avec ses yeux verts et son sourire tout droit sorti d'une publicité pour dentifrice de la Gazette du Sorcier, en plus de coiffer ses cheveux bruns en brosse, comme une rockstar moldue des années soixante-dix.

Drago le haïssait.

Il entendait Hermione parler avec lui et s'intéresser à sa vie, comme s'il n'y avait rien de plus intéressant au monde. Il faisait de son mieux pour ne pas écouter, tentant de se concentrer sur la jambe de son patient, cependant, entendre sa meilleure amie rire aux blagues idiotes de son idiot de collègue, au sourire idiot et aux yeux verts qui lui donnaient l'air d'un idiot, l'en empêcha.

Il serra les dents pour se retenir de lui lancer une remarque cinglante.

- C'est exactement ce dont je parlais à Drago mardi soir ! s'exclama-t-elle, un sourire dans la voix, caché derrière son masque. Pas vrai, Drago ?

- Hum ? grogna-t-il sans relever les yeux de sa baguette.

- Nicholas est lui aussi Né-Moldu et il est tout à fait d'accord avec moi sur le fait qu'une crèche serait parfaite pour ta fille.

Il buta sur le fait qu'elle l'appelle par son prénom, sans même porter grande attention au reste. Combien de temps s'était-il écoulé pour qu'ils en soient déjà là ?! Il se mordit la langue pour s'empêcher de dire quoi que ce soit de désagréable.

- Je t'ai déjà dit ce que j'en pensais, Hermione, marmonna-t-il donc, sans se déconcentrer de sa tâche.

- Tu devrais l'écouter, Malefoy, je t'assure que les crèches moldues sont-

- Je te remercie de t'en inquiéter, mais je suis capable de prendre les décisions qui conviennent pour ma propre fille, Moore, le coupa-t-il d'un ton froid, en levant les yeux vers lui.

Il croisa le regard confus d'Hermione, mais n'ajouta rien de plus. Moore se tut lui aussi et l'opération se poursuivit dans un silence particulièrement gênant. Les deux autres tentèrent plusieurs fois de relancer la conversation entre eux, mais chaque fois, Drago trouvait un moyen de les interrompre innocemment en demandant un ustensile ou de l'aide sur une partie du corps du patient.

Lorsque finalement, deux heures plus tard, chacun des noyaux magiques fut canalisé et que toutes les blessures furent guéries, Drago retira ses gants et s'empressa de quitter la salle d'opération, clairement agacé.

- Je vais parler aux parents, annonça-t-il simplement.

Après avoir récupéré de quoi manger, il se dirigea vers la salle d'attente, où les parents de leur patient se trouvaient. Il avait pris le temps de se calmer avant d'aller les voir, sachant qu'il ne pourrait s'empêcher d'être froid et désagréable dans le cas contraire. La présence de Moore l'avait tellement mis sur les nerfs qu'il n'avait qu'une hâte : rentrer chez lui, passer du temps avec sa fille et dormir.

Il passa près d'un quart d'heure avec les parents. Ils lui posèrent tout un tas de questions et il se chargea d'y répondre pour les rassurer au maximum. Il ne pouvait que se mettre à leur place et fit de son mieux pour qu'ils retrouvent leur fils sans aucune peur pour la suite.

Lorsqu'il rejoignit son bureau après cela, il tomba sur Hermione et Moore, occupés à discuter devant la porte. Il ferma les yeux un quart de seconde pour mettre en place ses barrières d'occlumancie et les rejoignit. Il savait que cette fois, en dehors de la salle d'opération et loin d'un quelconque blessé, il parviendrait difficilement à contenir sa colère. Ainsi, préféra-t-il la dissimuler derrière ses murs mentaux, qui se chargèrent parfaitement de le faire passer pour indifférent.

- Pardon, fit-il froidement à Hermione en arrivant devant la porte, pour qu'elle le laisse passer.

Elle le regarda étrangement, mais s'exécuta et il entra dans le bureau en retirant sa blouse. Cette fois-ci, il décida de changer ses vêtements, qui étaient tachés de sang à certains endroits. Il ne voulait pas arriver chez lui dans un tel état et se montrer ainsi devant sa fille. Il utilisa les vêtements de rechange qu'il conservait dans son bureau, avant de mettre ses affaires en ordre pour pouvoir partir.

Cependant, alors qu'il était enfin prêt à transplaner, la porte du bureau s'ouvrit et Hermione entra en refermant derrière elle. Il croisa directement son regard perçant et la vit hausser un sourcil en le voyant prêt à partir.

- Tu t'en vas sans moi ? demanda-t-elle, d'un ton neutre.

- Tu m'avais l'air plutôt occupée avec Moore, je ne voulais pas vous déranger, répliqua-t-il sarcastiquement.

- Je peux savoir quel est ton problème ? fit-elle d'un ton agacé, en croisant les bras sur son torse.

- Je n'aime pas ce type.

- C'est ce que j'ai cru comprendre, oui. Maintenant, j'aimerais comprendre pourquoi tu te comportes ainsi avec moi, alors que je ne t'ai rien fait.

Il soupira fortement, exaspéré par la tournure de la conversation. Il n'avait pas envie de parler de ça avec elle, il voulait simplement rentrer et retrouver sa fille.

- C'est un con, tu ne devrais pas traîner avec lui, répondit-il donc simplement en fermant sa mallette.

- C'est ton seul argument ? répondit-elle en haussant un sourcil. Tu as raison, je vais t'écouter, toi Drago, l'homme de la situation, et puis je vais faire ma gentille femelle qui écoute son ami, l'homme qui a toujours raison.

- Ce n'est pas ce que j'ai dit, gronda-t-il en relevant la tête vers elle. Ne prends pas les choses comme ça.

- Comment veux-tu que je les prenne autrement ? demanda-t-elle en le fusillant du regard. Tu ne m'as pas donné un seul argument, Malefoy. Tu donnes simplement l'impression de ne pas vouloir que je côtoie d'autres hommes, tel un grand frère malsain qui veut protéger sa vierge de petite sœur.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ?! s'emporta-t-il. Je ne veux pas que tu fréquentes ce type parce que-

- "Tu ne veux pas" ? le coupa-t-elle en haussant les sourcils. Eh bien tout s'arrange, tu as raison, je ne devrais pas le fréquenter si tu n'es pas d'accord !

- Granger, gronda-t-il entre ses dents serrées. Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. Ce mec est un connard ! Tu mérites mieux ! Il n'est pas fait pour toi !

- Je mérite mieux ? Mais qui a parlé d'une quelconque relation, Malefoy ?

- Ne me prend pas pour un con, j'ai vu comme vous vous regardiez.

Elle éclata d'un rire sans joie.

- Alors là, c'est la meilleure. On pourrait presque croire que tu es jaloux. Pourtant, ce n'est pas ton genre. Je ne sais pas pour qui tu te prends à vouloir me protéger ainsi, comme si je n'étais qu'un nourrisson faible et imbécile, mais je t'assure que je sais parfaitement me débrouiller toute seule et faire mes propres choix. Trois ans sont passés, Malefoy, nous avons changé tous les deux, lança-t-elle en ouvrant la porte.

- Où vas-tu ? demanda-t-il brusquement, comme seule réponse.

- Boire le verre que Nicholas m'a proposé, répondit-elle avant de quitter la pièce en claquant la porte.

Cela fit vibrer le bureau de Drago et la bouteille de Bierraubeurre vide qu'il avait dégustée au déjeuner tomba au sol. Il donna un coup pied dedans sous la colère et elle s'écrasa contre un mur, se fracassant en mille morceaux.

Il grogna rageusement et empoigna sa mallette avant de transplaner jusqu'à chez lui.

À cause de sa colère, son transplanage fut légèrement perturbé et il sentit le goût du sang sur ses lèvres. Il passa un doigt dessus et le retrouva tâché de sang. Il avait manqué de se désartibuler. Il soupira fortement et arrangea sa petite blessure avec sa baguette.

Il avait atterri dans sa chambre, comme prévu, et s'empressa de retirer sa veste et déposer sa mallette, avant de filer dans le salon où il espérait trouver sa fille et sa mère. Il était vingt heures passées, d'après l'horloge de sa chambre, Alhena ne devait donc pas tarder à aller se coucher, ce qui l'agaçait prodigieusement. Il ne l'avait presque pas vue de la journée.

Cependant, en sortant de la pièce, il entendit des rires provenant du salon. C'est alors qu'il réalisa que le dîner mensuel avec ses amis était censé avoir lieu ce soir-là, et se dérouler chez lui. Il s'agissait d'un rendez-vous qu'ils avaient depuis quelques années maintenant, lors duquel ils se retrouvaient uniquement entre Serpentard, sans leurs compagnes et compagnons respectifs. Il jura dans sa barbe.

- Drago ! Tu nous fais l'honneur de ta présence ! fit sarcastiquement Théodore en le voyant entrer.

- Papa ! Papa !

La voix de sa fille le retint de répondre vulgairement à son ami et il se contenta de le fusiller du regard, avant de se précipiter vers Pansy, qui tenait Alhena dans ses bras.

La prendre contre lui sembla faire disparaître tous ses soucis. L'opération, sa dispute avec Hermione, sa coupure, sa soirée entre amis, tout était oublié. Il ferma les yeux en la serrant dans ses bras et inspira longuement sa douce odeur. Par Merlin, une seule journée avait suffi à ce qu'elle lui manque terriblement.

- Ta mère est rentrée il y a une heure, lui confia Pansy, d'une voix basse et douce. Elle avait prévu de rester jusqu'à ce que tu arrives, mais nous avons réussi à la convaincre d'aller se reposer. Elle semblait particulièrement stressée.

Drago fronça les sourcils. La voix douce employée par son amie, cumulée à l'anxiété de sa mère : ce n'était pas normal.

- Est-ce qu'elle a dit autre chose ? s'inquiéta-t-il en caressant doucement le dos de sa fille.

- Non, elle semblait juste fatiguée. Probablement à cause de la journée qu'elle a passée à garder Alhena.

Elle sembla hésiter à continuer sa phrase.

- Je pense qu'il faut vraiment que tu trouves une solution pour faire garder ta fille, Drago. Ce n'est pas le rôle de ta mère.

Il grimaça. Il le savait parfaitement. Il voyait bien que sa mère lui cachait que cela la fatiguait et probablement qu'elle aimerait passer ses journées à faire autre chose, mais il n'avait toujours rien trouvé. Il repensa à la solution moldue qu'Hermione lui avait proposée, mais l'éloigna rapidement, sentant les souvenirs de sa fin de journée revenir au galop.

- Je sais, répondit-il donc à Pansy. Je vais m'en charger dans les prochains jours, c'est promis.

- Ce n'est pas à moi que tu dois le promettre, Drago. C'est pour elle que tu le fais, pas pour moi, lui rappela-t-elle avec sérieux, en posant une main sur son bras.

Il soupira et hocha la tête. Elle lui offrit un faible sourire, avant de rejoindre le reste de leur groupe d'amis, tous installés dans le séjour. Ils avaient commandé des pizzas moldues et buvaient tranquillement du whisky et des Bièraubeurres.

Sentant que sa fille ne bougeait plus autant et qu'elle avait posé sa tête sur son épaule, il réalisa qu'elle s'endormait, prévint ses amis du bout des lèvres et se rendit dans sa chambre pour la coucher.

- Je suis désolé de ne pas avoir beaucoup été là aujourd'hui, mon petit ange, lui chuchota-t-il en changeant sa couche. J'ai eu beaucoup de travail à l'hôpital et j'ai dû m'occuper d'un petit garçon qui s'était brûlé de partout. Mais demain, je suis en congé, donc je serai là pour toi toute la journée, c'est promis, ajouta-t-il en lui enfilant son pyjama d'ourson.

- Papa, fit-elle d'une petite voix fatiguée.

Il sourit tendrement en la reprenant dans ses bras. Il avait parfaitement remarqué les progrès de langue qu'elle avait faits et savait qu'il pouvait remercier sa mère pour cela. Elle lui avait confié beaucoup parler avec sa petite fille pour lui apprendre de mieux en mieux à prononcer certaines syllabes. Après tout, c'était ce qu'elle avait fait avec lui.

- Demain, je serai tout à toi, petit ange, murmura-t-il en l'embrassant tendrement sur le front. Bonne nuit, Alhena, fais de beaux rêves, ajouta-t-il en caressant doucement ses cheveux blonds.

Sa tétine verte émeraude serrée entre ses lèvres, elle se contenta d'attraper doucement le doigt de son père, avant de le lâcher et de serrer son doudou contre son visage. Il resta jusqu'à ce qu'elle ferme les yeux et qu'il soit certain qu'elle se soit endormie.

Il aimait tant la voir dormir. Elle ressemblait à un ange. Son petit ange, comme il aimait l'appeler.

En quittant la chambre, il jeta un sort d'isolement sonore et d'alarme au cas où elle se réveillerait, puis ferma la porte. Il ne voulait pas risquer que les conversations de ses amis ne la réveillent.

Il passa devant la porte de la chambre d'Hermione et eut un léger pincement au cœur. Elle n'était pas rentrée et il n'avait pas besoin d'être un génie pour comprendre ce que cela signifiait.

Il se questionna sur sa propre réaction. Était-il jaloux ? Il se le demanda. Est-ce qu'il aurait préféré être celui qui passerait la soirée avec Hermione ? Probablement. Après tout, s'il avait pensé que son béguin d'étudiant disparaîtrait au bout de quelques jours de cohabitation, cela n'avait pas été le cas. Il fantasmait toujours autant sur son amie.

Cependant, il se posa réellement la question de la jalousie. Il ne pensait pas être de nature jalouse, mais plutôt que le fait qu'il s'agisse de Moore était ce qui le dérangeait vraiment. Hermione faisait bien ce qu'elle voulait de son corps, bien qu'il espère un jour pouvoir y avoir accès lui aussi. Il ne l'avouerait pas, même sous la tourture, cependant.

mais le simple fait que Moore pose les yeux sur elle… Il ne pouvait l'encaisser.

Il soupira. Il se détestait d'avoir cette réaction. Peut-être avait-elle eu raison de le reprendre ainsi. Il réagissait comme un homme jaloux et possessif, alors même qu'elle était son amie.

Il s'installa silencieusement avec ses amis, attrapant une bouteille de whisky presque vide au passage, et se plongea dans ses pensées. Il croisa plusieurs fois le regard inquiet de certains d'entre eux, mais ne réagit pas. Il n'était pas d'humeur à discuter avec qui que ce soit. Chose que Théodore ne sembla pas vouloir comprendre.

- Granger n'est pas là, Drago ? lança-t-il soudainement.

Il était installé dans un grand fauteuil, sa femme sur ses genoux, un verre de whisky à la main et une cigarette dans l'autre. Drago n'avait rien dit à ce propos, n'ayant pas l'énergie de débattre avec son ami pour qu'il l'éteigne. Il vit Astoria fusiller son mari du regard en l'entendant poser cette question, mais ne rebondit pas dessus. Il n'en avait clairement pas la force.

- Non, elle est sortie, répondit-il platement, avant de boire une gorgée de whisky directement au goulot de sa bouteille.

- Dis-moi, Blaise, est-ce que Luna s'est décidée pour son voyage en Inde ? enchaîna Astoria, pressentant que son mari allait renchérir avec une autre maladresse.

Drago l'en remercia intérieurement. Il croisa le regard interrogateur de Pansy, mais détourna les yeux.

- Elle l'a reporté à l'année prochaine, finalement. Avec le mariage de ma mère qui approche et le fait que son père veuille lui donner les rennes du Chicaneur, elle préfère le faire plus tard.

- Xeno abandonne le Chicaneur ? s'étonna Pansy. Moi qui pensais qu'il le tiendrait jusqu'à sa mort !

- Il veut partir à la recherche du Ronflak Cornu, expliqua Blaise en levant les yeux au ciel. Même Luna a fini par comprendre qu'il serait inutile de le faire, mais visiblement, il est déterminé.

- Mais est-ce qu'elle a vraiment envie de reprendre le journal ? demanda Astoria, sa tête reposant désormais sur l'épaule de Théodore.

- C'est ce qui m'inquiète, avoua son ami. Elle me répète que oui, mais je la connais assez pour savoir qu'elle aurait aimé profiter quelques années de plus et voyager là où elle le souhaite.

- Tu devrais en parler à son père, intervint bassement Drago, sans même regarder son ami.

Toutes les têtes se tournèrent vers lui. Ils ne s'attendaient visiblement pas à ce qu'il prenne la parole.

- Et lui dire quoi ? Que sa fille veut voyager aussi et qu'il devrait donc rester à la tête de son journal pendant encore quelques années ? Je le connais à peine, soupira Blaise alors que Drago tournait les yeux vers lui.

- Essaye, tu n'as rien à perdre, répondit le blond en haussant les épaules.

- Il n'a pas tort, Blaise, renchérit Astoria. Il est peut-être ton beau-père, mais pense à Luna, qui n'a clairement pas envie de reprendre le journal tout de suite. Nous tous ici n'avons pas besoin que tu nous le dises pour le savoir, nous avions bien vu les étoiles qu'elle avait dans les yeux en parlant de son voyage en Inde.

- J'irai lui parler dans ce cas, marmonna-t-il, peu convaincu.

Astoria lui répondit d'un sourire compatissant, avant de piquer sa cigarette à Théodore pour en prendre une bouffée. Drago les observa quelques secondes se chuchoter quelques mots, avant de détourner les yeux vers la fenêtre de son appartement.

La nuit était déjà tombée. L'été touchait à sa fin et Drago commençait enfin à le ressentir. Il n'aimait pas le mois de septembre, toujours annonciateur de nouveaux départs, qu'il exécrait. Si pour certains, ce mois était synonyme de changement, de quelque chose de positif, il voyait les choses autrement. Il aimait bien trop son petit confort pour les gros changements, bien qu'il ne le montre jamais et qu'il finisse par s'y habituer.

Le seul point positif qu'il trouvait à ce mois de rentrée était que l'automne pointait le bout de son nez. Drago détestait l'été. Il détestait avoir chaud et préférait largement les temps pluvieux à ceux ensoleillés. Tout le contraire de ses amis en somme. Il était bien le seul à vouloir partir en vacances dans des pays froids que sur les îles paradisiaques sur lesquelles ses amis bavaient.

Il ferma les yeux quelques secondes, avant de les baisser vers sa bouteille, qu'il trouva déjà vide. Il soupira et se leva pour aller en chercher une autre dans la cuisine. Il ne faisait plus attention aux conversations de ses amis depuis un moment. Il remarqua qu'il était déjà plus de dix heures en passant devant l'horloge du séjour.

- Je ne voulais pas t'inquiéter en parlant de ta mère, fit soudainement la voix de Pansy dans son dos, alors qu'il ouvrait ses placards à la recherche d'une bouteille.

Il se tourna vers elle et la vit appuyée contre la porte fermée de la cuisine, l'air embêté. Elle portait une jupe crayon et un chemisier blanc, le tout sertit de quelques bijoux en argent. Il remarqua aussi qu'elle avait raccourci légèrement son carré et appliqué un rouge à lèvres légèrement plus foncé qu'habituellement.

- Ce n'est pas le cas, répondit-il simplement en reprenant sa tâche.

- Tu as à peine parlé de toute la soirée, répliqua-t-elle, d'un ton presque réprobateur.

- Je suis fatigué, mentit-il en attrapant une bouteille de vin rouge.

- Il s'est passé quelque chose à l'hôpital ? renchérit-elle.

Il soupira. Elle n'allait pas abandonner, il la connaissait trop bien. Il se servit négligemment un verre de vin, sans lui répondre.

- Tu as perdu un gamin ? demanda-t-elle en s'approchant de quelques pas, posant une main sur le plan de travail, juste à côté de lui.

- Non, Parkinson, répondit-il, agacé. Tout va bien, je suis simplement crevé.

Ce fut son tour de soupirer. Elle ne le quitta pas des yeux alors qu'il ouvrait son placard réfrigéré et en sortait les restes de son repas de la veille. Il commençait à avoir faim mais n'avait aucune envie de manger de la pizza.

- Tu sais que je ne vais pas abandonner ?

- Malheureusement, grogna-t-il, en s'attablant à l'îlot central de sa cuisine.

Il tenta d'ignorer le regard pesant qu'elle posait sur lui et commença à manger silencieusement. Cependant, au bout de seulement quelques minutes, elle s'installa juste en face de lui et le fixa, sans arrêt.

- Par Salazar, ce que tu es agaçante.

- Merci, on me le dit souvent, répliqua-t-elle avec un sourire en coin. Donc ?

- Mauvaise journée.

- Il va falloir être plus précis, Malefoy.

- Nous avons été placé sur une opération de dernière minute particulièrement risquée et Moore s'est ramené pour nous aider, expliqua-t-il à contre-coeur.

- Moore, le collègue aux chevilles plus grosses qu'un Quintaped ?

- Lui-même, acquiesça-t-il en buvant une gorgée de vin. Il n'a pas arrêté de parler à Hermione pendant toute l'opération, c'était insupportable.

- Oooh, je vois.

Il leva les yeux de son assiette et croisa son regard rieur.

- Tu es jaloux, affirma-t-elle.

- Non, répliqua-t-il aussitôt avec fermeté.

- Menteur. Tu es jaloux qu'il se soit rapproché d'elle, surtout que tu n'aimes pas ce type.

- Je ne suis pas jaloux, rétorqua-t-il fermement. Comme tu l'as dit, je n'aime pas ce type et je ne veux que personne de mon entourage le fréquente, parce qu'il a toujours le don de venir foutre la merde.

Sa colère refaisait surface. Sa haine pour Moore n'avait fait que s'agrandir et en parler à nouveau n'arrangeait clairement pas les choses.

- Si tu le dis, fit Pansy en haussant les épaules. Sache en tout cas que si jamais tu as envie de me parler de cette jalousie, je serai la première à t'écouter, ajouta-t-elle avec un léger rictus, avant de se lever et de s'éloigner vers la porte.

Il marmonna dans sa barbe, agacé qu'elle s'imagine de telles choses.

- Et pour ta mère, je te conseille de discuter avec elle, elle m'a paru vraiment… différente.

Il leva la tête et croisa le regard sérieux de sa meilleure amie. Il déglutit. Elle était rarement aussi grave dans ses paroles. Il hocha la tête et elle quitta la pièce pour rejoindre le reste du groupe dans le séjour.

Drago resta seul dans la cuisine pendant de longues minutes. Même après que son dîner soit englouti. Il avait besoin d'être seul et de réfléchir.

Si sa mère n'allait pas bien, ou du moins paraissait particulièrement fatiguée, il n'envisageait qu'une seule raison : son père. Il soupçonna directement celui-ci de mettre la pression à sa femme par rapport à lui. Il en était même certain. Le connaissant, il avait sûrement dû essayer de débarquer dans son appartement ou bien de négocier avec sa mère pour qu'elle organise une rencontre entre Lucius et Drago. Cela ne faisait que le conforter dans le choix qu'il avait bien fait d'éloigner son père de sa vie.

Lorsqu'il retourna dans le séjour, les conversations s'étaient faites plus calmes et Astoria s'était endormie contre son mari. Il se réinstalla avec eux, silencieusement. Il commençait lui aussi à fatiguer et - heureusement - n'eut à attendre que quelques dizaines de minutes avant que ses amis ne rentrent dans leurs maisons respectives.

Il n'attendit pas plus longtemps pour se coucher, sans oublier de mettre les protections de son appartement en place. Hermione ne rentrerait pas et bien que cela lui mette un coup au moral, il empêcha toute entrée par cheminée. Ses premières années d'études et ses quelques mois de persécution lui avaient appris à se protéger constamment.

Vigilance constante, lui avait dit Hermione un jour.

Sur le chemin de sa chambre, il passa par celle de sa fille pour vérifier que tout allait bien. Voyant qu'elle dormait à poings fermés, son petit doudou serré contre son cœur, il put aller se coucher en paix.

Le sommeil tarda à venir cependant. Il n'arrivait pas à penser à autre chose qu'aux différents événements de sa journée. Il ruminait sa conversation houleuse avec Hermione, puis s'imaginait comment elle avait bien pu finir sa journée.

Ce fut finalement l'épuisement qui l'emporta, après plus d'une heure à se tourner et se retourner dans son lit.