Il était plus de sept heures lorsque les pleurs d'Alhena réveillèrent Drago. Il grogna avec accablement, sentant la fatigue couler dans ses veines à cause du peu d'heures de sommeil qu'il avait eues. S'il avait fini par s'endormir, il s'était aussi réveillé une bonne demi-douzaine de fois, perturbé par ses cauchemars plus absurdes les uns que les autres, tournant autour de son père, Hermione ou encore Alhena.
Il se souvenait avoir rêvé de sa mère, en pleurs, avachie près des grilles du Manoir Malefoy, sur lesquelles Alhena, Hermione et Neville avaient été crucifiés par Lucius. Tout cela n'avait aucun sens, mais le hanterait pendant des semaines, voire des mois.
Il se traîna hors du lit et entra dans la chambre de sa fille, qui l'attendait debout dans son lit, les mains sur les barreaux en bois. Il était tout de même content qu'elle ne se soit pas réveillée plus tôt et qu'il puisse profiter légèrement de sa journée de congé.
- Eh bien, tu m'as l'air bien réveillée ce matin, mon ange, s'amusa-t-il alors que sa fille s'agitait sur la table à langer.
- Papa, papa, papa ! s'exclama-t-elle en riant.
- Que penses-tu d'un petit déjeuner dans le lit de Papa, hein ? proposa-t-il espérant ainsi pouvoir gagner quelques minutes de sommeil supplémentaires.
L'idée sembla plaire à sa fille puisque ses battements de pieds et de mains ne firent que redoubler. Il se dirigea donc vers la cuisine et lui prépara un biberon.
Il profita de passer par le salon pour retirer les sorts de protection qui verrouillaient complètement son appartement et retourna dans sa chambre. En faisant cela, les souvenirs de sa soirée de la veille lui revinrent à l'esprit. Visiblement, son réveil avec sa fille, probablement cumulé à sa légère gueule de bois, avaient suffi à lui faire oublier l'horreur qu'avait été sa journée.
Il s'allongea dans son lit, sa fille assise contre les oreillers et l'observa boire son biberon, l'aidant parfois lorsqu'il voyait qu'elle peinait à maintenir ses bras ainsi, le tout avec une immense tendresse.
Il repensa alors à sa dispute avec Hermione. Elle était partie avec colère. Elle lui en voulait, sans aucun doute. Il ne savait pas si elle comptait rentrer. Il l'espérait, de tout cœur. Il n'avait pas voulu passer pour quelqu'un de possessif. Il n'appréciait pas Moore, voilà tout. Et désormais, elle se retrouvait dans ses bras, probablement dans son lit et il détestait cette idée.
Moore était un manipulateur et bien qu'il ne doute nullement de l'intelligence de son amie, il ne pouvait s'empêcher de le trouver dangereux. Il avait eu plusieurs fois des échos de filles de son service qui s'étaient plaintes de sa possessivité, de son côté malsain et même de son égocentrisme.
Drago savait qu'il n'était pas un homme parfait, surtout en ce qui concernait l'égocentrisme, mais il frôlait toujours la limite du raisonnable sans la dépasser. Il gardait une certaine humilité, surtout dans son métier où –il le savait– c'était une chose très importante, et veillait toujours à faire passer les autres avant lui. Du moins, il faisait de son mieux pour cela.
Lorsque sa fille eut terminé de manger, il posa son biberon sur la table de nuit et l'aida à s'allonger face à lui. Ils restèrent ainsi, les yeux dans les yeux, durant de longues minutes. Parfois, Alhena gazouillait ou prononçait quelques syllabes incompréhensibles, faisant sourire son père. Il la trouvait si merveilleuse ainsi, si parfaite.
Le silence reprit place. Alhena le regardait de ses yeux gris si clairs. Un regard presque identique au sien. Magnifique.
Une vingtaine de minutes étaient passées lorsque le craquement d'un transplanage résonna dans le séjour de l'appartement. Les deux Malefoy sursautèrent, sortant de leur contemplation, et Alhena recommença à gazouiller en gigotant.
Les battements du cœur de Drago s'accélérèrent. Cela ne pouvait être personne d'autre qu'Hermione. Considérant leur soirée de la veille, ses amis n'avaient aucune raison de venir et sa mère ne lui rendait pas visite le dimanche.
Décidant de reculer au maximum le moment où il la confronterait, Drago resta allongé avec sa fille. Il tenta de se distraire en la faisant jouer avec son doudou, mais cela ne réussit pas à calmer l'emballement de son cœur. Il avait peur qu'elle lui annonce partir de chez lui.
Ce serait si rapide…
Il entendit le claquement des talons d'Hermione passer devant sa porte, puis s'arrêter. Il posa un doigt sur ses lèvres, pour signifier à sa fille de ne pas faire de bruit, ce qu'elle sembla comprendre. Elle se contenta de poser sa main sur celle de son père.
Le claquement des talons continua son chemin jusqu'à la salle de bain et il soupira de soulagement. Il entendit une porte se fermer et une minute plus tard, le bruit de la douche résonna dans le couloir. Il lui faudrait mieux isoler les murs de cet appartement.
- Reste avec moi, petit ange, murmura-t-il à sa fille, lâchement.
- Papa ! s'exclama-t-elle gaiement en réponse.
Il sourit tendrement et caressa sa joue. Il était conscient de se cacher et d'agir comme un lâche, mais il était trop terrifié à l'idée qu'Hermione lui annonce une mauvaise nouvelle. Il eut presque envie de rire de l'ironie de la chose. Il avait peur qu'elle le quitte.
Une dizaine de minutes passèrent ainsi. Il ne bougea pas de son lit, toujours enfoui sous les couvertures, en face à face avec sa fille. Cependant, lorsque les pas d'Hermione s'approchèrent à nouveau de sa chambre et qu'elle frappa quelques coups à sa porte, Alhena ne resta pas silencieuse.
- Papa, abababa ! s'écria-t-elle en se rapprochant de lui pour grimper sur son torse.
Il se passa désespérément une main sur le visage, en fusillant faussement sa fille du regard. Elle ne fit que rire et posa sa main sur ses sourcils froncés.
- Entre, marmonna-t-il sans bouger de sous les couvertures pour autant.
Lâche ? Très certainement. S'il avait pu se cacher quelque part en cet instant, nul doute qu'il l'aurait fait.
La porte s'ouvrit et Hermione passa timidement sa tête à l'intérieur. Il croisa son regard, derrière l'épaule de sa fille, et les deux amis se fixèrent pendant de longues secondes.
- Mimi !
La voix d'Alhena les sortit tous deux de leur contemplation. Depuis deux jours, la petite avait commencé à surnommer Hermione ainsi, après que les deux amis aient lutté pour la faire prononcer son prénom. Bien entendu, ils n'avaient pas espéré qu'elle prononce celui-ci en entier –quoi de pire pour un enfant de cet âge ?– mais voir qu'elle interpellait déjà la jeune femme lorsqu'elle la voyait leur avait réchauffé le cœur.
D'ailleurs, Alhena se retira de la prise de son père et marcha à quatre pattes sur le lit pour se rapprocher d'Hermione. Arrivée au bout du matelas, elle s'assit et tendit les bras vers elle en riant.
Drago avait été heureux de voir à quel point sa fille s'était attachée à son amie en seulement une semaine. Il n'avait pas appréhendé le contraire, sachant à quel point Alhena était facile avec les nouvelles connaissances, mais il n'aurait pas pu espérer mieux. Hermione passait volontiers ses soirées avec la petite, lorsqu'elle n'était pas dans le laboratoire et Alhena commençait même à réclamer sa présence.
Ainsi, il ne put s'empêcher de sourire en voyant Hermione prendre la petite dans ses bras. Il n'oubliait pas le froid imposé entre eux, mais il savait qu'Hermione ne le ferait jamais subir à Alhena.
- Bien dormi, Mademoiselle ? lui demanda-t-elle avec tendresse en la calant sur sa hanche et en caressant sa joue.
- Mimi, Mimi !
Hermione sourit tendrement et tourna la tête, croisant ainsi le regard de Drago. Celui-ci se redressa dans son lit, mal à l'aise, et détourna les yeux à la recherche d'un t-shirt et d'un jogging.
Il sentit son regard sur lui lorsqu'il quitta son lit pour rapidement s'habiller et rougit très légèrement. Si elle n'était pas pudique avec lui, ce n'était pas son cas. Depuis qu'elle vivait chez lui et que pratiquement chaque matin, Drago se réveillait avec la gaule, il ne se permettait plus autant de libertés. Les choses étaient différentes, d'autant qu'il était bien plus intimidé par son regard sur son corps qu'avant.
- Nous pourrions aller nous promener au parc, proposa timidement Hermione, alors qu'Alhena jouait avec ses cheveux bouclés.
Il enfila son t-shirt et releva la tête vers elle. Elle semblait mal à l'aise aussi, presque désolée.
- Laisse-moi prendre une douche et boire un café avant ça, accepta-t-il en hochant la tête.
Elle acquiesça en se mordillant la lèvre, avant de quitter la chambre, Alhena dans les bras. Drago soupira en se passant une main sur le visage. Il s'était attendu à pire, mais n'aimait pas pour autant l'ambiance lourde qui flottait entre eux.
Sa douche fut rapide, le plus long étant de tailler sa barbe, ce qu'il n'avait pas fait depuis quelques jours. Il revêtit son costume noir habituel et coiffa rapidement ses cheveux, histoire de ne pas ressembler à Potter.
Lorsqu'il entra dans la cuisine pour se faire un café, il vit qu'Hermione et Alhena étaient installées dans un fauteuil près de la cheminée. Sa fille était assise sur ses genoux, alors qu'Hermione lui lisait une histoire. D'après ce qu'il arrivait à apercevoir, il s'agissait des contes de Beedle le Barde. Il savait à quel point son amie aimait cet ouvrage.
Une fois sa boisson coulée, il s'appuya sur le bar sans les quitter des yeux. Sa fille était complètement subjuguée par l'édition illustrée qu'Hermione lui lisait. Elle ne pipait mot et écoutait la jeune femme avec une grande attention, comme s'il s'agissait de la chose la plus intéressante du monde. Drago pouvait la comprendre, ayant lui-même toujours trouvé la voix de son amie captivante et particulièrement douce.
Il se sentit sourire. La scène à laquelle il assistait était merveilleuse. Il aimait tellement voir ses amis s'extasier devant sa fille, seule enfant du groupe, qu'il faisait tout pour multiplier les occasions et ne jamais les perturber. Il découvrait ainsi toujours une part d'eux toute nouvelle.
De plus, il avait rapidement constaté la douceur infinie d'Hermione avec les enfants. Bien sûr, il n'en avait jamais douté, surtout qu'elle avait souvent répété être attirée par la médicomagie pédiatrique, mais la voir en action était tout autre chose. Que cela soit avec ses patients ou avec Alhena, Hermione avait toujours le don de se faire apprécier et de calmer les enfants.
Hermione dut sentir son regard sur elles, puisqu'elle s'arrêta dans sa lecture et leva les yeux vers lui. Elle rougit légèrement.
- Elle avait l'air de souffrir encore de ses dents, alors je me suis dit que…
- C'est parfait, Hermione, la coupa-t-il en comprenant qu'elle allait se justifier et s'excuser.
Il avait tant de fois prouvé à ses proches sa possessivité envers sa fille qu'ils avaient fini par craindre de faire quoi que ce soit avec elle. Il s'en voulut légèrement et se promit de remédier à cela.
Elle lui offrit un petit sourire, alors qu'Alhena se tournait vers elle, ne comprenant pas pourquoi elle s'était arrêtée dans sa lecture.
- Regarde, Papa a fini sa douche, nous allons pouvoir aller au parc, lui dit-elle en caressant sa joue.
- Papa !
Drago sourit et termina son café d'une traite, avant de les rejoindre. Quelques minutes plus tard, ils fermaient l'appartement à clé.
oOo
La journée était belle et ensoleillée. Les étendues d'herbes d'Hyde Park étaient plutôt bien remplies, mais Drago et Hermione s'étaient trouvé un coin près de quelques canards, qui permettait à Alhena de se promener comme elle le souhaitait, sans qu'elle ne se mette en danger pour autant.
Le jeune homme aimait beaucoup ce parc qui, en plus d'être à seulement quelques rues de son appartement, était magnifique à toutes périodes de l'année. Alhena se baladait à quatre pattes et faisait parfois quelques pas sur ses jambes, partant à la chasse aux canards.
Il la regardait d'un œil attendri, sans même penser qu'ils n'étaient pas seuls tous les deux. Il oubliait tout le monde autour lorsqu'il regardait sa fille.
Hermione et lui n'avaient pas parlé de tout le voyage. Ils s'étaient murés dans un silence des plus gênants, qui, en plus de rendre anxieux Drago, avait été des plus longs. Alors qu'il observait sa fille poursuivre tout sauf discrètement un canard, il prit une grande inspiration et se lança.
- Je suis désolé, dit-il sans regarder Hermione.
Il la vit tourner la tête vers lui du coin de l'œil, mais ne bougea pas d'un poil. Il attendit une réponse, mais poursuivit lorsqu'elle ne vint pas.
- Je n'aurais pas dû m'emporter contre toi comme je l'ai fait. J'étais stressé à cause de l'opération et l'arrivée de Moore m'a vraiment mis sur les nerfs, mais je n'avais pas à remettre ma colère sur toi.
Il posa ses avant-bras sur ses genoux et commença à jouer avec ses bagues, alors que le silence reprenait place entre eux. Il faisait cela lorsqu'il était anxieux. Il en portait plusieurs, toutes ayant une signification bien précise.
La première était une chevalière marquée par les armoiries des Black. Un cadeau de sa mère pour ses dix-sept ans. Il ne l'avait jamais quittée depuis et la portait à son majeur gauche. Contrairement à celle des Malefoy – qu'il avait arrêté de porter directement après la guerre – il chérissait celle-ci, qui était à ses yeux le symbole d'une famille puissante et respectable, majoritairement pour sa diversité, quoi que l'on en dise.
La seconde était un simple anneau noir, à l'intérieur duquel les initiales de ses trois meilleurs amis étaient inscrites : Pansy, Blaise et Théodore. Ils s'étaient tous achetés la même lors d'un voyage en France qu'ils avaient fait pour les vingt-deux ans de Pansy. Elles étaient toutes reliées par une promesse de sang qui, malgré sa puissance et sa dangerosité, les lierait pour la vie et les empêcherait d'un jour se tourner le dos.
Certains de leurs proches s'étaient moqués d'eux après qu'ils aient fait ce serment, jugeant cela enfantin, ou les comparant aux colliers d'amitiés que les marchands ambulants vendaient sur le Chemin de Traverse. Pourtant, aux yeux du groupe, cela avait une signification bien plus importante. Ils avaient traversé tant de choses ensemble, qu'ils souhaitaient que cela reste à jamais.
La troisième lui avait été offerte par Hermione le jour de ses vingt ans. Il s'agissait d'une petite chevalière en argent sur laquelle les armoiries de Serpentard étaient gravées, serti d'une émeraude. Il n'avait jamais pu s'en séparer depuis.
La dernière de ses bagues était la plus récente. Il se l'était achetée lui-même seulement un mois plus tôt, à l'arrivée de sa fille. Il s'agissait d'un anneau d'argent sur lequel était gravée la constellation du Gémeaux, de laquelle le prénom Alhena était tiré. L'étoile Gamma était marquée par une pierre de Lune, taillée en un orbe parfait. Il l'avait faite faire sur mesure.
Il revint à la réalité en entendant les cris joyeux de sa fille, qui poursuivait encore les canards. Hermione n'avait toujours pas ouvert la bouche et il avait du mal à déterminer ses intentions. Elle ne lui avait rien laissé entendre ou comprendre depuis qu'elle était rentrée et cela inquiétait quelque peu le blond.
- Je suis désolée aussi, Drago, dit-elle finalement d'une voix calme, presque timide. J'ai directement mal pris tes remarques et je n'ai pas essayé de comprendre ton point de vue. J'aurais dû t'écouter, il est vraiment…
Il fronça les sourcils et tourna la tête vers elle.
- Les choses se sont mal passées ? s'inquiéta-t-il sans même la laisser finir.
Il la vit se mordre la lèvre, comme si elle venait de dire quelque chose qu'il ne fallait pas. Il jeta un rapide coup d'œil à sa fille pour être certain que tout allait bien, avant de replonger son regard dans celui de son amie. Il haussa un sourcil, attendant la suite de sa révélation.
- En plus d'être un vrai goujat au lit, j'ai découvert qu'il m'avait menti sur plusieurs choses pour essayer de me plaire, avoua-t-elle en détournant les yeux vers Alhena.
Le fait qu'elle affirme avoir couché avec lui l'agaça plus qu'il ne voulait l'admettre. Il fit de son mieux pour le cacher cependant, et reprit la parole.
- Est-ce qu'il t'a fait du mal ? demanda-t-il tout de même, les sourcils froncés.
- Non, souffla-t-elle en secouant la tête. Il a simplement agi… comme un homme. Égoïstement et comme si le monde tournait autour de lui.
Il ne put s'empêcher de rire à cette phrase. Il l'avait entendue avoir ce genre de propos tant de fois…
- Je suis étonné que tu sois rentrée si tard alors, pouffa-t-il en observant Alhena, qui venait de trouver une marguerite.
- Il s'est endormi directement après, alors je suis allée prendre une douche et sur mon chemin, j'ai vu quelques photos accrochées sur les murs, expliqua-t-elle en pliant ses jambes pour poser son menton sur ses genoux. Avec les noms qui étaient affichés et les diplômes encadrés, j'ai fini par faire les liens. J'ai compris qu'il m'avait menti et qu'il n'était pas du tout Né-Moldu, pas plus qu'il ne s'était engagé dans l'hôpital pour le service pédiatrique. Enfin en somme, un bon gros tas de mensonges. Lorsque je suis repartie, il était environ quatre heures. Je suis passée chez mes parents avant de rentrer chez toi.
- Je ne vais pas dire que je t'avais prévenu, tu risquerais de t'attaquer à mes bijoux de famille, se moqua-t-il narquoisement en lui offrant un clin d'œil.
Alors qu'elle allait répondre, la voix perçante d'Alhena détourna leur attention.
- Papa ! Papa ! s'exclama-t-elle en marchant vers eux à quatre pattes, une marguerite serrée dans son poing.
- Qu'est-ce que tu m'amènes là, mon ange ? demanda-t-il avec tendresse en la portant sur ses genoux.
- Babababa, répondit-elle seulement en lui tendant la petite fleur, à moitié broyée dans sa paume.
- C'est une marguerite, intervint Hermione d'une voix douce. Regarde, Alhena, je peux en faire apparaître une autre, si tu veux.
Les deux Malefoy baissèrent les yeux sur la main de la jeune femme. Elle ouvrit sa main et une magnifique marguerite poussa en son centre. Elle la récupéra et la tendit à la petite fille.
- Tiens, celle-ci est toute neuve, s'amusa-t-elle, voyant Alhena s'extasier devant la fleur.
Elle l'attrapa sous le regard attendri de son père, qui leva les yeux vers Hermione en souriant. Elle le lui rendit et ils restèrent ainsi pendant de longues minutes, avant qu'Alhena ne se décide à repartir à l'aventure.
Ils restèrent silencieux au départ. Drago avait encore du mal à intégrer le fait que Moore ait pu toucher Hermione. Il le haïssait tellement. Cependant, une idée lui vint à l'esprit. Ou du moins un souvenir.
- Tu te souviens lorsque nous avions recouvert la voiture de Grant avec de la farine et des œufs ? fit-il narquoisement.
Elle tourna rapidement la tête vers lui et un sourire étira ses lèvres à son tour.
oOo
Drago transplana face aux grilles du Manoir Malefoy et resserra sa cape autour de ses épaules, le vent soufflant fortement dans les environs. La nuit était déjà tombée depuis plus d'une heure, comme Drago l'avait prévu. Il savait que son père passait ses dimanches soirs dans un club sorcier avec des amis. Du moins, d'anciens Mangemorts repentis.
Il profitait donc de l'occasion pour rendre visite à sa mère, n'ayant nullement oublié les mots de Pansy. Il avait laissé une Alhena endormie à Ginny et Hermione, la rouquine étant passée voir son amie pour la soirée. Bizarrement, le fait qu'Hermione vive avec eux et passe autant de temps avec sa fille l'avait mis en confiance.
Il espérait simplement que sa mère serait ouverte à la discussion et qu'elle lui expliquerait ce qui la tourmentait tant. Bien sûr, il n'avait aucun doute sur le fait que cela puisse avoir un rapport avec son père, la question était lequel.
Il marcha à travers l'allée de graviers et sortit sa baguette pour la poser sur le portail. Les fenêtres du manoir ne laissaient passer aucune lumière, ce qui lui fit froncer les sourcils. Il était rare que sa mère soit couchée aussi tôt, d'autant qu'il savait qu'elle aimait lire au coin du feu lorsque son mari n'était pas là.
Cependant, pour la première fois de sa vie, sa baguette n'eut aucun effet sur le portail. Les grilles tremblèrent mais ne s'ouvrirent pas. À la place, un elfe transplana derrière et s'inclina devant lui.
- Maître Drago, c'est un plaisir de vous-
- Qu'est-ce que c'est que ce bordel, Smaug ? gronda-t-il entre ses dents, les sourcils froncés.
L'elfe recula d'un pas, surpris et impressionné par le ton du blond. Drago s'en serait presque voulu s'il n'était pas autant en colère.
- Maître Lucius a décidé de défaire votre magie du manoir, Maître, avoua-t-il d'une voix tremblante.
Drago ne put s'empêcher de donner un coup dans les grilles, avec un cri de rage. Il sentit parfaitement son poing s'ouvrir et du sang s'en écouler, mais ne fit rien pour l'arrêter. Il s'était attendu à ce que son père riposte après qu'il l'ait écarté de sa vie et de celle de sa fille, mais n'avait pensé qu'il irait aussi loin.
- Où est ma mère ? demanda-t-il avec colère.
- Elle dort, Maître, fit Smaug d'un ton effrayé.
Drago soupira avec rage. Sa journée ne pouvait pas se terminer plus mal.
- Est-ce que mon père a changé autre chose ?
- Maîtresse Narcissa a fait en sorte que non, Maître, mais il lui a interdit de vous revoir.
- Il a fait quoi ?! brailla-t-il, le regard noir.
- Je suis désolé, Maître, s'excusa-t-il en commençant à pleurer.
- Pas autant que moi, gronda-t-il froidement, avant de transplaner soudainement.
oOo
Le Vif Club était un endroit des plus réputés dans le Londres Sorcier. Drago y avait accompagné son père une seule fois, l'année de ses vingt ans. Il n'y était pas retourné depuis, n'ayant pas particulièrement apprécié l'ambiance… machiste du lieu. Il ne savait pas comment cela avait évolué, mais d'après les rumeurs qu'il avait entendues, le club n'était plus qu'un simple bar-restaurant.
Et les rumeurs disaient vrai.
À peine entré, l'air de jazz joué dans la salle principale atteignit ses oreilles. Il fit apparaître un masque blanc autour de ses yeux, comme demandé par le club, et s'avança dans la salle. Seulement une seconde plus tard, une jeune femme s'approcha de lui, habillée d'une simple guêpière et de bas noirs. Elle le dévisageait en battant des cils, un sourire sur ses lèvres carmins.
- Puis-je vous aider, Monsieur ? minauda-t-elle, un plateau dans une main.
- Je cherche quelqu'un, répondit-il froidement. Grand, blond, cheveux longs, yeux bleus et en costume.
- Je ne peux vous donner d'indications sur mes clients, je-
Il s'y était attendu. Merlin le châtierait pour ce qu'il allait faire, mais c'était pour la bonne cause. Il dégaina son portefeuille et montra une fausse carte d'auror, qu'il avait copiée sur celle de Potter. Si celui-ci l'apprenait, il était un homme mort.
- Auror en service, précisa-t-il avec dureté.
La jeune femme se figea, comme paniquée, et hocha vivement la tête en regardant les vigiles de l'entrée par-dessus l'épaule de Drago.
- Aurait-il une canne par hasard ? demanda-t-elle, fébrile.
- Oui, exactement.
- Au premier étage, première à droite, chambre cinq, lui indiqua-t-elle alors en détournant les yeux.
- Merci, Mademoiselle, fit-il avant de s'y précipiter.
Il ne loupa pas le regard séducteur qu'elle lui porta, mais ne s'en formalisa pas. Il n'était pas là pour cela et trouvait même déplacé qu'elle ose faire cela alors qu'elle le pensait en service. Il tenta ensuite de faire abstraction de tous les hommes installés autour des tables, des femmes sur leurs genoux, ou à genoux devant eux. Il grimpa rapidement les marches qui menaient à l'étage et tourna à droite comme la serveuse le lui avait indiqué. Il se figea.
Comment avait-il pu être si naïf ? Drago n'en avait aucune idée. Il avait pensé pendant des années que s'il y avait bien une seule unique personne que son père aimait, c'était bien sa mère. Il avait eu l'impression qu'il lui était dévoué de très nombreuses fois, qu'il aurait tué pour elle, qu'il lui aurait offert le monde sur un plateau si elle le lui demandait.
Il s'était trompé. Lourdement trompé.
C'était tout le contraire. Tout n'avait été qu'une illusion. Une illusion saveur Sang-Pur.
Son père était installé sur une banquette, un cigare entre les lèvres, plusieurs bouteilles posées sur sa table, et une jeune femme qui ne devait pas dépasser la vingtaine installée sur ses cuisses. L'une de ses mains était posée les siennes et l'autre sur son fessier. Il embrassait son cou, alors que la fille passait très clairement une main entre ses jambes.
Drago eut presque envie de vomir.
Une colère noire grimpa en lui. Une rage sans nom. Dévastatrice. Il dégaina sa baguette sans même s'en rendre compte.
- Si on m'avait dit que mon père était si lâche, je ne l'aurai probablement pas cru, tonna-t-il soudainement en pointant sa baguette sur Lucius.
Celui-ci tourna brusquement la tête vers son fils et croisa son regard, dans lequel un orage de colère grondait. Il devint pâle. La fille qui était assise sur ses genoux sembla comprendre qu'il ne valait mieux pas rester ici, puisqu'elle remit rapidement les bretelles de son soutien-gorge en place et s'enfuit de la chambre improvisée.
- Drago… ?
- Tu es pitoyable, cracha-t-il en réponse, le dévisageant avec dégoût. Lorsque Maman apprendra ce que tu-
- Il est hors de question que tu lui en parles ! s'exclama-t-il en se redressant.
Drago ferma les rideaux de la chambre et les isola d'un coup de baguette, puis il s'avança, sans quitter son père des yeux. Il avait l'ascendant. Il avait le pouvoir sur son père pour la première fois de sa vie. C'était presque une victoire, quelque chose à savourer.
- Parce que tu crois avoir ton mot à dire ? Lorsqu'elle saura comment tu passes tes dimanches soirs, crois-moi qu'elle te quittera sur le champ. Moi qui croyais que tu l'aimais ! beugla-t-il, tremblant de colère.
Sa baguette faisait des étincelles.
Lucius n'eut qu'un rire ironique en réponse. Dire que cela ne l'agaça que davantage était un euphémisme.
- Tu es bien naïf, mon fils. Comment peux-tu espérer qu'un mariage comme le nôtre puisse fonctionner ? Ta mère n'est qu'une-
- Ne finis pas cette phrase ! gronda froidement Drago en avançant une nouvelle fois. Comment oses-tu ? Comment oses-tu tromper ta femme ? Comment oses-tu faire une telle chose à quelqu'un qui t'aime ?! Tu frôles la limite de l'enfermement depuis la fin de la guerre, mais tu es toujours libre grâce à Maman. Crois-moi, les choses vont changer.
Lucius se fit encore plus pâle.
- Tu n'oserais pas-
- Tu crois ça ? Après que tu m'aies banni de mon PROPRE manoir ?! Que tu aies interdit à MA mère de me voir ?! Tu as perdu, Père. Crois-moi, tout ce que tu fais depuis des années se paiera. Je trouverais quelque chose pour te mettre à terre, je t'en fais la pr-
Avant qu'il ne puisse terminer sa phrase, un sort s'échappa de la baguette de Lucius, qu'il venait de dégainer. Il l'arrêta juste à temps, mais fut contraint de reculer d'un pas.
- Ne fais pas des promesses que tu ne sauras pas tenir, Fils, ce ne serait pas digne d'un Malefoy, se moqua-t-il, le regard fou.
- Tu en es certain ? Que dirons les aurors en découvrant ce que tu caches dans ton foutu manoir ? Tu sais, celui dans lequel Voldemort a vécu et a caché des tas de livres et d'objets emplis de magie noire ? Hein ?
- Ils ne les trouveront ja-
- Je sais où ils se trouvent. Si je n'ai jamais vendu la mèche, c'était dans l'intérêt de Maman, parce que je savais qu'elle serait détruite de te savoir à Azkaban, et tu le sais très bien !
- Elle est faible, tout comme toi, ricana Lucius.
Ils commencèrent à se tourner autour, uniquement séparés par la table remplie de bouteilles vides. Drago avait l'impression que son sang bouillonnait dans ses veines.
- Quant à tes petites rencontres avec d'autres anciens mangemorts, que crois-tu que le Ministère en pensera ? fit-il sans quitter son père des yeux.
- Tu veux jouer à ça, Fils ? Tu veux jouer au plus malin ? répliqua son père, baguette pointée vers lui. Eh bien jouons, mais attends toi à perdre. Je te maudirais.
Il envoya un autre sort que Drago para. S'en suivit un échange de sorts en tous genres, alors qu'ils se criaient l'un et l'autre dessus et que la colère de Drago ne faisait qu'augmenter. Celle-ci réussit à le déstabiliser assez pour que l'un des maléfices de son père ne l'atteigne pile dans l'œil. Il sentit sa paupière se fendre jusqu'au haut de son front et le sang couler le long de sa joue puis de son cou. Il cria de douleur.
Au même moment, les alarmes de l'établissement retentirent et les deux Malefoy se figèrent.
- Tu me le paieras, promit Drago entre ses dents serrées, avant de transplaner dans un craquement.
oOo
À peine eut-il mis un pied à terre qu'il s'effondra dans le séjour de son appartement. Il entendit des cris de panique, mais ceux-ci étaient assourdis par sa perte de connaissance. Il sentait la magie noire se répandre petit à petit sur son visage et sa tête cogna contre le sol lorsqu'il tomba.
La dernière chose qu'il vit avant de tomber inconscient fut le regard alarmé d'Hermione. Ses deux iris couleur whisky, pleins de larmes.
