Drago papillona des yeux et mit quelques secondes à s'adapter à la lumière de la pièce. Il venait de faire plusieurs rêves, tous reliés à ses souvenirs avec Hermione. C'était étrange, cela ne lui arrivait jamais. Il avait tellement pris de potion de sommeil sans rêves étant jeune qu'il était désormais très rare qu'il fasse ne serait-ce qu'un rêve par nuit.
Il eut du mal à émerger. Il était complètement dans le gaz et ses membres étaient engourdis. Il sentit quelque chose sur le bas de son front et leva la main pour le palper. Il y avait un bandage qui descendait jusqu'à son sourcil.
Les souvenirs de son duel avec son père lui revinrent alors à l'esprit. Il lui avait lancé un maléfice et la dernière chose dont il se rappelait était le regard de Granger. Il avait dû s'évanouir en arrivant à son appartement.
Il se redressa dans son lit et soupira un grand coup. Il était dans sa chambre et il faisait jour. Il espérait simplement ne pas avoir dormi trop longtemps et risquer de perdre du temps avec sa fille. Il avisa l'horloge accrochée au mur face à lui et vit qu'il était onze heures du matin. Mais de quel jour ?
Alors qu'il allait sortir du lit, la porte de la chambre s'ouvrit sur Hermione, qui tenait un plateau entre les mains.
- Enfin réveillé ! s'exclama-t-elle en le voyant, un sourire aux lèvres. Reste allongé, tu dois te reposer encore quelque temps avant de te lever, ajouta-t-elle en s'avançant jusqu'à lui.
Elle posa le plateau sur sa table de nuit et s'assit au bord du matelas.
- Où est Alhena ? demanda-t-il directement, alors qu'elle posait une main sur son front.
- Avec Pansy dans le salon, répondit-elle en lui lançant un sortilège de diagnostic. Tu n'as plus de fièvre et la magie noire a complètement disparu de ton organisme, murmura-t-elle pour elle-même.
- Quel jour sommes-nous ?
- Lundi. Tu as simplement dormi toute la nuit, ne t'en fais pas.
Il soupira de soulagement et se laissa retomber contre les oreillers.
- Le sort que tu as reçu n'a pas eu le temps d'atteindre ton œil, heureusement, mais il s'est déplacé jusqu'à ton front et le haut de ta tête. Je ne garantis pas que j'aurais réussi à sauver ton œil sinon. J'ai pu contenir la magie et la réduire petit à petit, mais je pense que…
Elle se coupa et se racla la gorge en détournant le regard.
- Je pense que ton attrait à la magie noire, ou du moins le fait que ton corps y ait déjà été exposé, a grandement aidé à ton rétablissement, fit-elle, gênée.
Il comprenait qu'elle le soit. Si elle l'avait pardonné des années plus tôt, il était tout de même rare qu'ils parlent de la guerre, en particulier du fait qu'il ait fait partie des Mangemorts.
- Des séquelles à prévoir ? demanda-t-il tout de même.
- Mis à part une légère cicatrice, non, aucune. Il faudra simplement réaliser quelques-
- Sorts de canalisation, oui, je me doute, la coupa-t-il en hochant la tête.
Elle lui sourit légèrement et acquiesça. Ils restèrent silencieux après cela. Hermione lui sembla mal à l'aise, comme si elle n'osait pas lui parler. C'était étrange.
- Un problème ? s'enquit-il au bout d'un certain temps.
Sa voix la fit sursauter et elle se racla la gorge en rougissant.
- Non, non, s'empressa-t-elle de répondre en faisant mine d'arranger le plateau sur la table de nuit. Je… Je me demandais simplement ce qui avait bien pu se passer pour que tu arrives dans un tel état, avoua-t-elle finalement en se mordant la lèvre.
Il s'était évidemment attendu à cette question. Il était même surpris qu'elle ne l'ait pas posée plus tôt.
- Je suis allé voir ma mère, mais je n'ai pas pu entrer au manoir. L'accès m'était complètement fermé et l'un des elfes m'a dit que mon père avait séparé mon sang de la magie qui protège le domaine, expliqua-t-il alors qu'elle ouvrait la bouche, sous le choc. J'ai donc directement transplané au club dans lequel il se rend chaque dimanche et je me suis vite rendu compte que les choses avaient bien changé là-bas. Il s'agissait plutôt d'un bordel que d'un club, si tu veux mon avis.
Elle plaqua une main sur sa bouche, sans le couper pour autant.
- Lorsque je l'ai trouvé avec une fille d'à peine vingt ans dans une des chambres, les choses ont dégénéré. Il m'a menacé plusieurs fois avant de me jeter ce sort et j'ai transplané juste après que les alarmes du bordel se soient déclenchées. Les choses ne sont pas terminées et il a l'air bien parti pour s'en prendre à moi, comme à ma mère ou ma fille.
Il était tourmenté. Il avait envie d'agir directement, de confronter son père et de le mettre six pieds sous terre pour tout ce qu'il avait fait à sa mère et sa famille, mais il savait que ce serait bien trop dangereux. Il n'était pas en état et connaissait assez son père pour savoir qu'il avait déjà tout prévu et qu'il risquerait de mettre en danger ses proches en faisant cela.
Il soupira, ne prêtant déjà plus attention à Hermione qui semblait sous le choc.
- Il faut prévenir Harry, murmura-t-elle après un long silence, le regard baissé sur ses genoux.
- Hors de question, répliqua-t-il directement en secouant la tête.
- Pourquoi ? s'étonna-t-elle, les sourcils haussés.
- Tu ne connais pas mon père. Il a probablement des oreilles partout et au vu des menaces qu'il m'a faites, à la seconde où je contacterai les aurors, il s'en prendra à moi d'une quelconque façon. Il faut être bien plus malin que ça.
- Mais tu ne peux pas gérer ça tout seul !
- Qui a dit que je le ferai seul, Granger ? répliqua-t-il en haussant son sourcil valide. Mes amis m'aideront.
- Vous êtes des civils ! Ce n'est pas votre place ! Laisse faire les professionnels, Drago, c'est bien trop dangereux, tu l'as dit toi-même ! s'emporta-t-elle, d'un air inquiet.
- Parce que Potter était auror quand il a combattu le Seigneur des Ténèbres ?! Tu crois que j'ai attendu d'être sorti de Poudlard pour jeter mes premiers Impardonnables ? Ne sois pas utopiste, Granger ! La vie de ma mère et de ma fille sont en danger, tout le monde sera de mon côté !
- Et vos vies à vous ?! s'écria-t-elle en se levant, les larmes au bord des yeux. Lucius est seul, les aurors s'en chargeront rapidement !
- Seul ? ricana-t-il sarcastiquement en secouant la tête. Il est loin d'être seul, il a des contacts, des collaborateurs dans toute la Grande-Bretagne. Il sait très bien ce qu'il fait et doit le préparer depuis un moment dans mon dos.
- Mais il sort à peine d'Azkaban ! répondit Hermione en essuyant une larme traîtresse.
Drago fit de son mieux pour ne pas réagir à cela. Il était prêt à tout pour la convaincre de ne pas aller voir les aurors. C'était bien trop dangereux.
Son père était sorti d'Azkaban deux mois avant qu'elle ne parte en voyage. Elle ne savait rien de ce qu'il était devenu.
- Tout allait bien avec lui, non ? continua-t-elle, d'une voix plus fébrile.
Il n'eut qu'un rire sarcastique pour réponse.
- Tu dois aller voir les aurors, D-
- Tu n'as pas été là pendant trois ans, tu ne sais pas tout ce qu'il s'est passé entre lui et moi, la coupa-t-il d'un ton grave et bien plus calme. Nous nous sommes encore plus éloignés qu'avant. Il n'a pas cessé de critiquer mes choix, de tenter de me marier à la première venue et de me pervertir ! Tu ne sais rien, Granger ! Tu n'étais pas là !
Elle recula d'un pas à ses mots, le regard peiné. Il regretta immédiatement ses dernières paroles, d'autant plus en voyant que d'autres larmes s'écoulaient de ses yeux. Il déglutit, changeant drastiquement d'expression. Son regard se fit inquiet et il tendit la main vers elle.
- Je suis dé-
- Je sais, le coupa-t-elle à son tour en détournant les yeux. Tu n'as pas voulu dire ça. Mais tu le penses quand même. Je sais que je suis partie longtemps, peut-être même trop longtemps, visiblement.
- Non, tu as fait ce que tu vou-
- Ce n'est pas la question, Drago, renchérit-elle avant qu'il ne puisse terminer sa phrase. Je suis bien consciente d'avoir raté beaucoup de choses et crois-moi, je fais de mon mieux pour tout rattraper depuis mon retour. J'essaie de voir Harry, Ginny, Neville et Ron aussi souvent que possible, je passe du temps avec toi et j'ai même repris contact avec Pansy, Théodore, Blaise et Astoria. Pourtant, je me rends bien compte que ce n'est pas suffisant et que cela ne suffira jamais à rattraper tout ce que j'ai manqué.
- Tu l'as fait parce que c'était ton rêve, intervint-il en se redressant, prêt à se lever pour s'approcher d'elle.
- Reste allongé, fit-elle immédiatement en tournant les yeux vers lui. Tu n'as pas le droit de te lever avant midi pour que les potions fassent effet.
- Ne change pas de sujet, Hermione, soupira-t-il en se rallongeant. Je n'aurais jamais dû dire ce que j'ai dit et je ne pense pas une seule seconde que tu aurais du rester.
Il mentait. Bien entendu. Il aurait largement préféré qu'elle reste à ses côtés, par pur égoïsme. Il avait tant eu besoin d'elle durant ces trois années, c'en était devenu vital. Pourtant, il se garda de le lui dire, même s'il se doutait qu'elle le savait déjà. Il voulait tout de même lui faire comprendre qu'il était heureux qu'elle ait accompli son rêve, quoi qu'il en pense.
- Tu as fait ce que tu voulais et tu as passé trois merveilleuses années, tu me l'as dit toi-même. Je suis désolé, je n'aurais pas dû dire ça, répéta-t-il en lui tendant une main, une moue suppliante sur les lèvres.
Elle ne put s'empêcher de rire en le voyant faire et secoua la tête en essuyant ses dernières larmes. Elle retourna près de lui en attrapant sa main, mais n'eut pas le temps de s'asseoir qu'il la tirait déjà à ses côtés. Il la serra dans ses bras et ferma les yeux en soupirant.
- Je suis désolé de m'être énervé. Je ne veux pas aller voir les aurors, du moins, pas maintenant. Il faut que j'en parle avec les autres avant et si vraiment je ne trouve aucune solution sécurisée, j'irai voir Potter, lui chuchota-t-il en cachant son visage dans ses boucles brunes, comme il aimait tant le faire lors de leurs études.
- Promets-le moi, lui demanda-t-elle à voix basse, en le serrant dans ses bras en retour.
- C'est promis.
Il la sentit soupirer et hocher la tête, avant qu'elle ne se détende contre lui.
Ils restèrent ainsi de longues minutes, si bien que Drago fut à deux doigts de se rendormir. Cependant, la porte de la chambre s'ouvrit soudainement sur Pansy, qui portait Alhena sur sa hanche.
- Papa !
À l'entente de la douce voix de sa fille, Drago sursauta et Hermione se redressa vivement de ses bras. Alors qu'il souriait tendrement à Alhena, il entraperçut le regard tout sauf innocent de sa meilleure amie.
Parfait. Elle allait s'imaginer encore plus de choses qu'avant.
Et elle aurait probablement raison, puisque dès l'instant où Hermione s'éloigna de lui, pour prendre Alhena dans ses bras et la tendre à son père, Drago sentit une érection tout sauf discrète collée contre sa cuisse.
Il fit de son mieux pour la dissimuler sous les couvertures, le tout sous le regard amusé de Pansy.
- Papa ! Papa !
- Bonjour, mon petit ange, souffla-t-il en la récupérant sur son torse. Je suis désolé d'avoir loupé ton réveil ce matin, s'excusa-t-il ensuite.
Il ne pouvait s'empêcher de le faire. Chaque moment qu'il manquait avec elle était une torture. Il avait l'impression de l'abandonner, de lui faire du mal. Pourtant, dès qu'il la retrouvait, tout le monde autour disparaissait.
- Papa abababa ! fit-elle gaiement en posant sa main sur sa bouche, à quatre pattes sur son torse.
- Elle s'est réveillée vers sept heures et demi, lança Pansy, appuyée contre la porte de la chambre. Je lui ai donné son petit-déjeuner habituel et elle a pris son bain. Je ne savais pas quand tu te réveillerais, alors je me suis permise de le faire, ajouta-t-elle avec une légère hésitation.
Drago quitta Alhena des yeux pour regarder son amie. Elle lui sembla redouter quelque chose. S'attendait-elle à ce qu'il s'énerve parce qu'elle avait donné le bain à sa fille ? Il fronça les sourcils.
Il se savait particulièrement possessif avec Alhena, mais pas au point que ses amis pensent qu'ils ne pouvaient pas s'occuper d'elle. Le moment du bain était toujours important pour les parents, mais cela ne voulait pas dire à ses yeux que Pansy ou d'autres de ses amis ne pouvaient pas s'en charger.
- Tu as bien fait, sourit-il alors pour la rassurer. Elle n'a pas été trop agitée ? demanda-t-il ensuite, voyant que son amie s'était tout de suite détendue.
- Pas du tout, un vrai ange.
- Merci pour tout, soupira-t-il avec un sourire, en caressant la joue de sa fille. Je ne sais pas comment j'aurais fait sans vous.
- Tu sais que nous serons toujours là, Drago, répondit Pansy, un sourire dans la voix.
Il fut surpris de ne recevoir aucune réponse de la part d'Hermione. Le silence prit place, seulement perturbé par les onomatopées incohérentes d'Alhena.
Il tourna donc la tête vers son amie et la vit détourner le regard, gênée.
- Quoi ? fit-il, confus.
Elle se mordillait la lèvre, tripotant le bout de ses manches. Pansy fronça les sourcils. Visiblement, elle ne comprenait pas non plus.
- Maintenant que ta mère ne peut plus garder Alhena, comment vas-tu faire ? demanda-t-elle finalement.
La question jeta un froid. Même les gazouillements de sa fille ne les perturbèrent pas. Drago avait braqué son regard dans celui d'Hermione et les quelques secondes qui passèrent semblèrent durer une éternité.
Il se retrouvait coincé. Elle avait raison.
- Je peux la garder, se proposa Pansy, d'une voix hésitante.
Il secoua la tête, passant un bras autour d'Alhena pour la garder contre son cœur. Son amie travaillait aussi, il ne voulait pas qu'elle sacrifie son temps pour ça.
Si sa mère ne pouvait quitter le manoir, il n'aurait pas d'autre solution.
- Scotch ! lança-t-il alors, en se redressant légèrement dans ses oreillers, sa fille toujours sur sa poitrine.
Le craquement d'un transplanage retentit dans la chambre et un elfe de maison apparut entre les deux sorcières et Drago. Il se prosterna immédiatement en voyant son maître.
- Maître Drago, fit-il d'un ton parfaitement calme.
- Tu n'y penses pas ! intervint Hermione.
Il ne fut pas étonné qu'elle ait compris si rapidement.
- Drago, tu ne peux décemment pas faire ça ! Je t'ai déjà parlé d'un moyen qui serait parfait !
- Les céchres moldues ? C'est hors de question, Granger, je te l'ai dit. Je ne confierai pas ma fille à qui que ce soit de moldu et d'incompétent.
- Ils ne sont pas incompétents, par Merlin ! C'est leur travail, Drago. Si ç'avait été des sorciers, tu aurais accepté.
Son ton était plein de reproches et il vit à son expression qu'elle était vraiment agacée par sa précédente remarque. Il se reprit.
- Non. J'aurais refusé aussi, parce que je ne veux pas confier ma fille à qui que ce soit en qui je n'ai pas une entière confiance avant qu'elle rentre à l'École pour Petits Sorciers. Ce n'est pas discutable.
Hermione soupira fortement, mais n'insista pas davantage. Pansy se faisait discrète et Drago se douta qu'elle savait déjà que débattre avec lui à ce sujet serait une cause perdue. Elle s'était dirigée vers la fenêtre de la chambre et s'était adossée à elle pour les écouter.
Hermione, quant à elle, croisa les bras sous sa poitrine, les lèvres pincées par l'agacement.
Décidant de remettre à plus tard la discussion qu'il aurait avec elle pour lui expliquer ses raisons, il se tourna à nouveau vers son elfe.
- Scotch, tu te rappelles de ma fille, bien sûr ? lui demanda-t-il en caressant la tête chevelue de celle-ci, qui commençait à s'assoupir contre lui.
- Oui, Maître.
- Bien. À partir d'aujourd'hui, j'attendrais de toi que tu t'occupes d'elle chaque fois que je devrais m'absenter pour le travail ou pour n'importe quelle raison, c'est compris ?
- Scotch le fera avec plaisir, Maître. Scotch a l'habitude de s'occuper des enfants, Maître.
En effet, il était l'elfe s'étant occupé le plus de Drago lorsqu'il était enfant. Ainsi, le blond avait entièrement confiance en lui concernant sa fille. Il était habitué aux bambins et les elfes étaient, à ses yeux, les mieux placés pour s'occuper d'enfants.
- Parfait. Tu peux y aller, je t'appellerai lorsque j'aurai besoin de toi.
- À vos ordres, Maître, acquiesça-t-il avant de faire une révérence et de disparaître dans un second craquement.
Le silence reprit après cela. Hermione n'avait pas l'air d'avoir décoléré et Pansy ne semblait pas vouloir intervenir. Il soupira.
- Écoute, c'est une solution provisoire dans tous les cas. Je ne compte pas laisser ma mère dans le manoir de mon père indéfiniment. Je vais la faire sortir et à ce moment-là, elle pourra de nouveau s'occuper d'Alhena.
- Tu étais censé trouver une solution avant qu'elle ne s'y fasse enfermer, objecta son amie avec raideur.
- Effectivement et je comptais déjà la confier à mon elfe.
- Est-ce qu'il est libre, au moins ? demanda-t-elle froidement.
Il soupira. Il n'aimait vraiment pas se disputer avec elle et son comportement démontrait clairement sa colère. Il se doutait bien qu'elle n'avait toujours pas changé de vision des choses vis-à-vis des elfes de maison - malgré toutes ses tentatives lors de leurs études - mais avait eu l'espoir qu'elle ouvre enfin les yeux sur la réalité de ce qu'ils vivaient la majorité du temps.
- Non, il ne l'est pas, répondit-il donc en baissant les yeux sur Alhena, qui semblait s'être endormie sur son torse. Et il ne le sera pas, je pense que nous en avons déjà assez parlé. Ce n'est pas faute d'avoir essayé de le faire et tu le sais. Mes elfes ne veulent pas être libérés, ils prennent cela pour la plus grande des punitions qui pourrait leur être infligée. Je pense que certains finiraient par mourir si je le faisais. Ils sont liés à moi magiquement, et à personne d'autre, jamais je ne leur ferai de mal. Jamais, Granger.
Mais elle ne décoléra pas, il n'avait pas besoin qu'elle parle pour le savoir.
- Il a raison, Granger, intervint Pansy. Nos elfes sont tous bien traités, crois-moi que nous ne pourrions de toute façon pas faire autrement si nous en avions envie, puisque tu y veilles au grain.
- Je ne trouve pas ça drôle, grogna Hermione. Je vous signale que des tas de familles maltraitent les elfes.
- Nous en sommes conscients, Hermione, tout ce que nous essayons de te faire comprendre c'est que ce n'est absolument pas notre cas et que cela ne le sera jamais. Si je confie ma fille à mon elfe, c'est que je sais que je peux avoir une confiance aveugle en lui parce qu'il m'est lié magiquement et qu'il n'y a rien de plus important à ses yeux.
Hermione détourna les yeux et serra la mâchoire. Un combat semblait se dérouler dans sa tête et Drago espérait vraiment que celui-ci déboucherait sur quelque chose qui irait dans son sens. Il avait tout sauf envie de débattre de cela avec son amie et que cela soit un sujet de discorde entre eux.
Finalement, ses épaules se relâchèrent et elle soupira.
- Si vous le dîtes, renifla-t-elle. Je vais aller préparer le déjeuner, ajouta-t-elle ensuite. J'ai besoin de me changer les idées.
Et il pouvait le comprendre. Elle avait passé la nuit à s'occuper de lui et paraissait épuisée, en plus du fait qu'elle avait dû être particulièrement stressée par la situation.
Il tourna la tête vers Pansy une fois qu'elle eut quitté la chambre.
- Tu veux que j'aille la coucher ? demanda-t-elle en faisant un mouvement du menton vers Alhena.
- S'il te plaît, accepta-t-il lentement.
Lorsqu'elle la récupéra, il attrapa son poignet pour qu'elle le regarde dans les yeux.
- Merci d'être venue, Pans'. Pour Alhena et moi, mais aussi pour Granger. Je sais qu'elle aurait probablement pensé qu'elle était capable de se charger de tout toute seule.
Elle haussa les épaules et porta délicatement Alhena contre sa poitrine.
- C'est normal. Je suppose. Tu es mon meilleur ami, Alhena ma filleule et Granger mon amie. Je ne vous aurais jamais laissé comme ça.
Il hocha la tête et lui sourit légèrement, avant qu'elle ne s'éloigne vers la porte de la chambre.
- Pans', l'appela-t-il une dernière fois.
Elle se retourna vers lui.
- Nous allons devoir nous battre pour sauver ma mère. Je vais contacter tout le monde pour que nous nous réunissions ce soir. Je vous expliquerai tout à ce moment-là.
Elle resta figée un instant en entendant cela, mais finit par hocher la tête, sans ajouter quoi que ce soit.
- Repose-toi, Drago, fit-elle simplement en fermant la porte derrière elle.
oOo
- Chut ! Fais moins de bruit !
- Je fais ce que je peux, je te signale ! Ce n'est pas ma faute si les marches grincent, chuchota Hermione avec verve.
Drago leva les yeux au ciel en réponse et continua d'avancer à pas de loup, comme si chaque fois qu'il mettait un pied devant l'autre, tout l'immeuble risquait de s'écrouler.
- Est-ce que tu es sûre qu'il n'est pas là, au moins ?
- Certaine, Drago. Par Merlin, détends-toi, tu es plus stressé que moi pendant mes examens de dernière année !
- Ah non ! Ça, Granger, c'est impossible, se moqua-t-il en arrivant au troisième étage.
Il tourna la tête vers elle, un sourire narquois aux lèvres, juste à temps pour la voir lui tirer la langue. Il lui donna un léger coup de coude en réponse, avant de se précipiter vers l'une des portes de l'étage pour éviter la tape qu'elle allait lui donner sur l'épaule.
Il se retint d'éclater de rire en voyant son air mutin. Ils ne devaient pas faire de bruit, mais il ne put s'empêcher de rigoler en la voyant ainsi.
- Tais-toi ! gronda-t-elle en le suivant sur l'un des paliers du couloir. Tu vas nous faire prendre.
Il leva les yeux au ciel, mais se tourna tout de même vers la porte devant laquelle elle s'était arrêtée. Le numéro vingt-trois. Il sourit narquoisement, tout en sortant sa baguette.
- Alors, dis-moi, Granger, chuchota-t-il avec malice, combien de temps a-t-il mis avant de jouir ?
Elle rougit soudainement en l'entendant dire ça et le fusilla du regard pendant un dixième de seconde. Il ne fit qu'hausser un sourcil, attendant sa réponse.
- Deux minutes, grogna-t-elle à voix basse en détournant le regard.
Il leva les yeux au ciel, se jurant qu'il trouverait un jour un moyen de couper les bijoux de famille de cet homme pour qu'il ne touche plus jamais aucune femme, et pointa sa baguette vers la poignet de la porte.
- Facipusula, prononça-t-il distinctement.
La poignée s'illumina fortement avant de redevenir normale.
- Qu'est-ce que tu viens de faire ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
- J'ai enchanté la poignée pour que chaque fois qu'il pose sa main dessus, son visage soit recouvert de pustules pendant deux jours. Un pour chaque minute.
Elle ne put s'empêcher de rire et plaqua sa main sur sa bouche pour le dissimuler. Elle n'assumait visiblement pas de rire à cette idée.
- Maintenant, dis-moi, est-ce qu'il a une seule fois utilisé ses doigts ou sa langue ? demanda-t-il rapidement pour ne pas lui laisser le temps de le gronder.
- Ça ne te regarde pas ! s'indigna-t-elle alors en rougissant furieusement.
Il leva les yeux au ciel.
- Ne fais pas ta prude, Granger.
- Ce n'est pas la question ! Je n'ai pas envie de te raconter en détail mes…mes aventures sexuelles !
- Comme si c'était la première fois, répliqua-t-il avec un sourire en coin.
- Drago ! fit-elle en rougissant davantage.
- Allez, dis-moi, je ne le répéterai à personne, c'est uniquement pour choisir ma prochaine sentence.
Elle soupira fortement et croisa les bras, agacée.
- Non, marmonna-t-elle à voix si basse qu'il crut l'avoir imaginé.
- Mais quel idiot, râla-t-il en riant. Intactum penis !
La poignée s'illumina une nouvelle fois.
- Et ça ? C'était quoi ? demanda-t-elle sans décolérer.
- Il ne pourra plus toucher son pénis pendant une semaine, sourit-il malicieusement.
- Je ne veux même pas savoir où tu as appris ces sorts, soupira-t-elle en tournant les talons, prête à redescendre et quitter l'immeuble.
- Effectivement, je pense que tu n'en serais pas ravie, Granger, pouffa-t-il en lançant discrètement un dernier sort sur la porte, avant de la suivre.
Juste histoire que cet idiot de Moore ne vienne pas travailler pendant quelques jours…
oOo
Alhena était couchée depuis une heure, Drago y avait veillé. Après l'avoir récupérée auprès de Scotch, qui l'avait gardé une heure le temps qu'Hermione et lui puissent se rendre chez Moore, il l'avait faite dîner et l'avait couchée aux alentours de dix-neuf heures.
Ils s'y étaient rendus en fin de journée, après qu'Hermione lui ait fait passer tout un tas d'examens pour vérifier qu'il était en parfaite santé et que la magie noire avait complètement disparu de son corps. Seule une cicatrice légèrement rosée s'étendait du haut de sa paupière jusqu'à la limite de ses cheveux blonds.
Il avait ensuite discuté avec elle un long moment, pour lui expliquer les tenants et aboutissants de sa relation avec son père depuis son départ, mais aussi la raison pour laquelle il ne changerait pas d'avis par rapport à la garde de sa fille. Elle avait fini par le comprendre et Drago avait le sentiment que cette discussion était close pour un bon moment.
Après cela, il s'était occupé d'envoyer des lettres à ses amis pour leur demander expressément de le rejoindre chez lui à vingt-et-une heures. Il n'avait pas donné plus de détails, sachant qu'ils lui étaient tous assez fidèles pour venir sans plus de précision.
Ainsi se retrouvait-il installé dans un fauteuil de son séjour, un verre de whisky à la main, à attendre patiemment que ses amis arrivent. Hermione était partie chez ses parents lorsqu'ils étaient rentrés, pour dîner avec eux, mais lui avait promis d'être là à l'heure.
Ce fut Blaise qui transplana le premier dans l'appartement. Il lui sembla particulièrement fatigué et croisa son regard intrigué lorsqu'il vit sa cicatrice au sourcil, mais il ne dit rien. S'il ne se trompait pas, il avait demandé à son beau-père de se voir autour d'un café ce jour-là, ce qui expliquait sûrement son humeur. Il s'y pencherait plus tard.
La deuxième fut Pansy, vite suivie par Astoria, qui arriva seule. Hermione arriva par cheminée avec dix minutes de retard et s'excusa plusieurs fois, terriblement désolée, ce qui fit bien rire les autres qui ne s'en souciaient aucunement. Surtout en sachant à quel point elle était à cheval sur les horaires.
Ils se doutaient surtout que son retard devait être lié à son père.
Finalement, ce fut Théodore qui se pointa en dernier, avec près de trente minutes de retard. Tous les autres étaient en train de discuter calmement autour de quelques verres de whisky et quelques Bièraubeurres, mais cela ne sembla nullement le gêner et fit comme si de rien n'était.
- Merlin, Drago, tu as une de ces balafres !
Il se fit cependant fusiller du regard par sa femme, dès qu'il s'approcha d'elle.
- Théodore Nott, tu as trente minutes de retard ! s'exclama-t-elle, furieuse.
Tous les autres se regardèrent avec amusement, sachant très bien qu'Astoria était la seule personne capable de remonter les bretelles à leur ami.
- Ria, c'est la moindre des choses, ne connaîs-tu donc pas les trentes minutes de politesse exigées chez les Nott ? demanda-t-il narquoisement en arrivant près d'elle, avant de se pencher pour lui embrasser la joue.
Elle l'évita délibérément, sans cesser de le fusiller du regard.
- Tu savais parfaitement que c'était une urgence, Théo. Ce n'est pas drôle, gronda-t-elle sérieusement.
- J'ai fait au plus vite, je-
- Ne mens pas, le coupa-t-elle. C'est vraiment impoli et particulièrement irrespectueux pour Drago, qui a expressément demandé que nous soyons là à vingt-et-une heures. Excuse-toi, ordonna-t-elle, plus en colère que tout.
Il soupira, l'air plus désolé qu'auparavant. Visiblement, les remontrances de sa femme le laissaient pantois. Les autres n'osaient pas intervenir.
- Je suis désolé, finit-il par dire en détournant le regard.
- Où étais-tu ? demanda-t-elle sans perdre son ton réprobateur.
Il rosit légèrement. Drago savait à quel point il était rare qu'il le fasse.
- Avec…
Il se racla la gorge, mal à l'aise sous le regard de son épouse.
- J'étais avec Millicent Bulstrode, avoua-t-il en jouant avec son alliance.
Drago vit Astoria lever les yeux au ciel, avant qu'il n'éclate de rire en même temps que Pansy et Blaise. Hermione resta plus silencieuse, mais ne put empêcher un sourire amusé d'étirer ses lèvres. Il savait qu'elle était moins à l'aise et habituée qu'eux à la relation libre du couple Nott.
- Salazar, tu es incorrigible, marmonna Astoria en soupirant.
- Mais c'est pour ça que tu m'aimes, amour, lui susurra-t-il en se penchant vers elle.
Cette fois-ci, il réussit à lui voler un baiser et put enfin s'installer dans le fauteuil, avant qu'elle ne prenne place sur ses genoux. Il arborait un sourire fier, toute gêne aussitôt disparue.
Drago ne put s'empêcher de sourire, amusé, avant de prendre une gorgée de whisky. Maintenant que tout le monde était là, les choses sérieuses pouvaient commencer. D'ailleurs, les autres durent le comprendre eux aussi, puisque tous se tournèrent vers lui. Il prit une grande inspiration avant de parler.
- Mon père a séquestré ma mère au manoir et a juré de me détruire, annonça-t-il.
