Surprise ! Ce chapitre n'était pas du tout prévu dans mon planning de publications, mais j'avais envie de vous partager un peu plus de choses ;)

Merci à BBTea, Damelith, Azilys, Kat et Genny pour leurs relectures 3

Bonne lecture !


Drago dormait à poings fermés lorsque les cris stridents de sa fille résonnèrent dans l'appartement. Il poussa un gémissement de désespoir et cacha son visage contre son oreiller. Il avait à peine dormi.

Il faisait encore nuit lorsqu'il leva la tête. Il ne devait pas être plus de six heures du matin.

Les pleurs de sa fille ne cessant pas, Drago se décida finalement à se lever et rejoignit sa chambre, encore à moitié endormi. Il se demandait comment ses yeux pouvaient rester ouverts.

Alhena se tenait debout aux barreaux de son lit lorsqu'il arriva. Ses yeux étaient pleins de larmes et le voir arriver ne suffit pas à la calmer.

- Tout va bien, mon petit ange, Papa est là, chuchota-t-il en se ruant vers elle pour la prendre dans ses bras. Tu as fait un cauchemar ? Tu as faim ?

Elle n'arrêtait pas de pleurer, quoi qu'il lui dise ou qu'il fasse. Il changea sa couche, la berça lentement, lui chanta même une berceuse, mais rien ne fit. Elle pleurait toujours. Il décida donc de la porter jusqu'au séjour, dans lequel il s'installa, sa fille sur son torse.

- Scotch, appela-t-il en continuant de la bercer.

L'elfe apparut dans un craquement et baissa la tête pour le saluer.

- Maître ?

- Va préparer un biberon et ramène-moi un anneau de dentition, lui ordonna-t-il en caressant la tête blonde d'Alhena.

Il ne se rendit compte de son impolitesse qu'après le départ de son elfe. Le manque de sommeil ne lui réussissait pas, mais il était tout de même content de ne plus être seul, surtout pour ce genre de réveil.

Après tout, sa soirée s'était éternisée jusqu'à plus de trois heures du matin la veille.

Il avait d'abord pris le temps d'expliquer en large et en travers ce qu'il s'était passé avec son père, sous les regards choqués de ses amis.

Théodore avait été révolté, prêt à aller se battre contre Lucius s'il le fallait pour libérer Narcissa et remettre les choses en ordre. Astoria l'avait calmé, mais Drago avait tout de même été très touché de voir une telle loyauté dans le regard de son ami. Les autres, bien que ne l'ayant pas montré aussi énergiquement, n'en pensaient pas moins.

La première chose qui avait été décidée était le fait que Drago devait essayer de contacter sa mère, par tous les moyens, et ce sans que Lucius ne soit au courant. Il fallait absolument la préserver et éviter que son mari ne s'en prenne à elle d'une quelconque manière.

Drago ne connaissant pas l'emploi du temps exact de son père, mis à part ses sorties chaque dimanche, il avait été convenu qu'il la contacterait le week-end suivant par cheminée – le tout en espérant bien sûr que la communication avec le manoir lui soit toujours possible.

Malgré le désaccord formel d'Hermione à ce propos, le choix avait été fait de ne pas contacter ou prévenir les aurors pour le moment. Face à cinq Serpentard, elle n'avait pas eu d'autre choix que de s'y plier. Drago était de toute manière conscient qu'elle ne s'investirait pas autant que les autres dans ce combat, étant donné le temps qu'elle consacrait à son travail et à ses recherches. Il la comprenait totalement.

La seule personne du groupe ayant des relations à peu près convenables avec Lucius était Astoria. Étonnamment, elle l'avait fréquenté plusieurs fois lors de soirées mondaines auxquelles elle avait été conviée avec ses parents. N'étant pas une Serpentard pour rien, et bien qu'elle n'ait eu personnellement aucune raison de se rapprocher de lui, elle avait saisi l'occasion – quelques années plus tôt – pour en apprendre un peu plus sur le patriarche Malefoy.

Astoria se révélait être une source d'informations intarissable. Si un de ses proches cherchait à savoir quelque chose qu'elle ignorait, elle savait forcément à qui s'adresser pour combler cette lacune. Elle traînait aux soirées mondaines, payait des sorciers pour qu'ils lui racontent les commérages du jour et embauchait même certains d'entre eux pour se présenter aux soirées auxquelles elle ne pouvait pas aller. Elle savait tout.

Parfois, elle s'en servait dans son intérêt, parfois dans celui de ses amis, mais la plupart du temps, elle récoltait ces informations simplement pour le plaisir. Elle aimait cela. Elle aimait se retrouver au centre des ragots sorciers. Elle aurait été le joyau des tabloïdes.

Ainsi, le petit groupe d'amis avait estimé qu'il n'y avait pas plus compétent qu'elle pour tirer les vers du nez à Lucius Malefoy. Elle se ferait passer pour quelqu'un d'autre, ou bien jouerait la carte du mensonge, rien n'était encore sûr. Ils ne pourraient de toute manière rien faire tant qu'ils n'auraient pas plus d'informations.

Blaise avait été chargé de déterminer les limites légales de ce qu'ils pouvaient faire dans le dos des aurors. Bien que Drago était prêt à enfreindre toutes les lois sorcières pour secourir sa mère et mettre un terme aux petites entreprises de son père, Hermione avait été claire à ce propos : il en était hors de question. Les autres n'avaient rien osé dire mais n'en pensaient probablement pas moins.

Théodore aiderait sa femme à trouver les collaborateurs de Lucius, notamment grâce à sa place importante dans le marché sorcier. Personne n'avait précisé à Hermione qu'il profiterait de ses échanges sur le marché noir pour écouter les conversations de ses collaborateurs. Elle n'aurait pas été ravie d'apprendre qu'il trempait dans ce genre de commerces.

Enfin, Pansy s'occuperait de tous les détails qui concerneraient Narcissa. Vérifier qu'elle allait bien, qu'elle avait accès à tout ce dont elle avait besoin – le lui fournir dans le cas contraire – lui trouver une habitation sécurisée pour la loger s'ils parvenaient à la faire s'échapper, trouver un moyen de défaire la magie ancestrale qui la liait à Lucius… Elle aurait tout un tas de choses à faire, avec l'aide de Drago et d'Hermione. Ces derniers ayant un emploi prenant, elle serait la plus à même de s'en occuper.

Tout était donc en place, il ne restait plus qu'à trouver des solutions. Ils s'étaient mis d'accord pour n'en parler à aucun Gryffondor. Ni Ron, ni Harry, ni Ginny, ni Neville. Ce serait plus sûr.

Drago fut sorti de ses pensées par le retour de son elfe, qui lui tendit un biberon plein et un anneau de dentition tout droit sorti de son placard réfrigéré. Cette fois-ci, il ne manqua pas de le remercier, sans cesser de bercer Alhena, à qui il tendit son biberon.

Elle se calma petit à petit et Drago se chargea d'essuyer les larmes restées sur ses petites joues potelées.

- Tu avais juste faim, n'est-ce pas, petit ange ? lui murmura-t-il en souriant avec tendresse.

Elle ne le quittait pas des yeux par-dessus son biberon, buvant goulûment son lait en battant des pieds. Il en aurait presque ri, si elle ne l'avait pas réveillé après seulement trois heures de sommeil. Cette petite était déjà aussi capricieuse que lui, bien qu'il ne formulerait jamais cette pensée à voix haute, et encore moins devant témoin.

Il laissa retomber sa tête sur le dossier de son fauteuil et ferma les yeux en soupirant. Il était exténué et se demandait comment il arriverait à tenir toute la journée à l'hôpital. S'il n'aimait pas autant son travail, il aurait probablement envoyé un patronus à sa cheffe de service pour la prévenir qu'il était encore alité.

Alors qu'il était en train de s'assoupir, sa fille commença à s'agiter dans ses bras, signe qu'elle avait terminé de manger. Il sursauta et redressa la tête pour s'occuper d'elle.

- Merlin, comment vais-je tenir debout, marmonna-t-il en la portant jusqu'à la cuisine.

Il l'aida à s'installer correctement dans sa chaise haute, avant de lui préparer des morceaux de fruits en quelques coups de baguette. Il se fit ensuite couler un café et s'installa aux côtés d'Alhena pour l'aider de temps en temps à manger, en profitant ainsi pour ne pas s'endormir sur le plan de travail.

Quelques minutes plus tard, la porte de la cuisine s'ouvrit sur Hermione qui entra l'air bien plus réveillée qu'il ne l'était.

- Bonjour, bonjour ! s'exclama-t-elle en se penchant vers Alhena pour l'embrasser sur la joue.

- Mimi, Mimi ! répliqua la petite en agitant les mains.

Hermione rit en la voyant si enthousiaste.

- Merlin, tu as une tête à faire peur, Drago, pouffa-t-elle en se penchant pour lui embrasser le front, juste à côté de sa cicatrice.

Heureusement pour lui, elle se tourna immédiatement vers le placard réfrigéré. Elle ne put donc pas voir la rougeur qui s'était installée sur ses joues.

oOo

Drago apparut devant les portes du Manoir Nott et y frappa quelques coups. Il revenait tout juste de la garçonnière vide de Théodore, après avoir attendu plus de vingt minutes devant leur restaurant. Visiblement, son ami avait encore oublié leur rendez-vous, ce qui l'agaçait prodigieusement.

Quelques jours étaient passés depuis la réunion avec ses amis et le blond les avait passés à contenir au maximum son anxiété. Nul besoin de préciser que cela avait été vain. Il ne pouvait s'empêcher de penser aux risques encourus par sa mère et à quel point il voulait réduire son père en cendres. Hermione lui avait plusieurs fois suggéré d'aller voir Harry, mais il n'avait pas cédé. Ils s'en chargeraient en famille.

Aucun de ses amis n'avait encore donné d'informations à propos de son père. Seule Pansy l'avait prévenu qu'elle commençait ses recherches de résidence sécurisée pour Narcissa. Autrement, ils n'avaient nullement avancé. Il lui faudrait attendre le dimanche soir pour enfin pouvoir contacter sa mère.

Il essayait d'écarter de son esprit la possibilité que son père reste exceptionnellement au manoir après le fiasco qu'avait été sa sortie le week-end précédent. Il voulait se convaincre qu'il pourrait enfin parler à sa mère.

Après quelques minutes d'attente, des bruits précipités de talons se firent entendre, avant que la porte ne s'ouvre sur Astoria Nott, encore en robe de chambre, l'air dépassée.

- Merde ! s'exclama-t-elle en le reconnaissant. J'ai oublié de te prévenir que Théo était malade.

- Malade ? répliqua-t-il en fronçant les sourcils, tout en entrant lorsqu'elle le laissa passer.

- Oui, il a fait une intoxication de potion, soupira-t-elle en se dirigeant vers les escaliers qui menaient aux chambres. Je suis sincèrement désolée de ne pas t'avoir prévenu, Drago. J'ai passé la matinée à m'occuper de lui…

- Aucun problème, répondit-il vaguement, réfléchissant déjà aux symptômes de son meilleur ami. Tu lui as donné une potion nutritive ? demanda-t-il en la suivant à l'étage.

- Pas encore, il vomit trop pour ça, il risquerait de l'évacuer trop rapidement…

- Non, normalement tu devrais pouvoir lui administrer. Ce genre de potions reste justement dans l'organisme quoi qu'il arrive. Tu en as en stock ?

- Je dois en avoir dans l'armoire de la salle de bains, je reviens, fit-elle en se ruant dans celle-ci, alors qu'ils atteignaient l'étage.

Drago se dirigea vers la chambre conjugale, bien décidé à aider son amie à s'occuper de son mari. Il savait à quel point les intoxications de potions pouvaient être violentes, sans pour autant qu'il soit nécessaire d'appeler un médicomage. Drago voulait tout même s'assurer qu'il s'agissait bien de cela.

La première chose qu'il remarqua en entrant fut la pâleur effrayante de Théodore. Il était blotti sous les couvertures de son lit, tremblant et frêle. De larges cernes s'étendaient sous ses yeux et un seau était posé à côté du lit.

- Eh bien, tu n'es pas beau à voir, pouffa le blond en refermant la porte derrière lui.

- La ferme, Malefoy, grogna Théo en avisant de la présence de son ami. Qu'est-ce que tu fous là ? Ria t'a appelé ? Je lui ai pourtant dit qu'il n'était pas nécessaire d'appeler de médicomage…

- Nous sommes vendredi, Nott, tu m'as posé un autre niffleur, donc j'ai décidé de me pointer ici pour comprendre ce qui t'avait retenu cette fois.

- Crois-moi, j'aurais préféré que ça soit une jolie blonde, marmonna-t-il alors que Drago s'approchait et lui lançait un sort de diagnostic.

- Effectivement, il s'agit bien d'une intoxication, murmura-t-il dans sa barbe, avant que ses yeux ne s'écarquillent et qu'il éclate de rire. Une potion viagra ? Tu n'es pas sérieux ?!

Théodore ne fit que rougir en réponse et s'apprêtait à répliquer, lorsque sa femme entra dans la pièce.

- J'ai trouvé ! s'exclama-t-elle en venant s'asseoir au bord du lit. Tiens, bois ça, mon cœur.

Il fusilla une dernière fois Drago du regard, avant d'attraper la fiole tendue par Astoria. Il la vida cul sec, avant d'être pris d'une violente quinte de toux.

- Tu as encore de la fièvre, remarqua Drago en reprenant son sérieux. Si tu prends bien la potion toutes les deux heures, tu devrais être remis d'ici trois jours.

- Toutes les deux heures ?! s'indigna Théo d'un air dépité.

- Au minimum. Il faut que ton sang évacue complètement la potion et pour ça, il faut le renouveler totalement. À moins que tu ne veuilles passer à Sainte-Mangouste pour que les médicomages te lancent les sorts nécessaires à ce que ton sang se régénère en moins d'une heure, tu n'as pas d'autre choix.

Théodore gémit de désespoir et laissa sa tête retomber dans les oreillers. Astoria sourit d'un air compatissant et caressa la joue pâle de son mari.

Elle et Drago savaient parfaitement à quel point Théo détestait Sainte-Mangouste. Il ne supportait pas de s'y rendre, étant mystérieusement terrifié par les hôpitaux. Raison pour laquelle Drago n'avait pas directement suggéré qu'il s'y rende.

- Tiens, pendant que tu es là, Drago, fit Astoria en attrapant la main de Théo. J'ai appris hier soir que le prochain gala de charité de la haute société aurait lieu dans deux semaines. Aucun doute que ton père s'y rendra seul. Ce serait peut-être l'occasion de se rendre au manoir pour extraire Narcissa.

Apprendre cela retira soudainement un poids des épaules du blond. Il y avait de l'espoir, même minime. Ils allaient pouvoir faire quelque chose.

- Merci, Astoria, soupira-t-il en se passant une main dans les cheveux. Nous aurons plus d'informations sur l'état de ma mère dimanche. Est-ce que c'est toujours bon pour notre réunion de mardi ? demanda-t-il en rangeant sa baguette dans sa cape, signe qu'il était sur le point de repartir.

- Si Théo va mieux, nous serons là, bien entendu, sourit-elle en hochant la tête.

Le brun était en train de s'endormir, sous les caresses prodiguées par sa femme.

- Je te raccompagne ? lui proposa-t-elle alors en chuchotant.

Drago hocha la tête et les deux amis quittèrent silencieusement la chambre. Les rouages du cerveau du blond s'agitaient déjà à toute vitesse. Si Astoria pouvait avoir accès à son père, il faudrait réfléchir minutieusement à ce qu'elle pou…

- Drago ? fit-elle soudainement, alors qu'ils atteignaient le bas des escaliers.

Il tourna la tête vers elle et haussa un sourcil, attendant la suite.

- Il n'était pas assez en forme pour ça, mais… Je pense que tu devrais discuter avec Théo. Rapidement.

Drago fronça les sourcils. Qu'insinuait-elle ? Son regard était sérieux et sûr. Il savait qu'elle n'en dirait pas plus cependant. Il la connaissait trop bien.

- Rien de grave ? demanda-t-il tout de même.

- Ce n'est pas à moi d'en juger, répondit-elle simplement en lui ouvrant la porte du manoir.

Il hocha gravement la tête et lui sourit. Quelques secondes plus tard, il transplanait pour retourner à l'hôpital.

oOo

Le dimanche était enfin arrivé, mais Drago avait à peine dormi. Il s'était répété inlassablement les explications qu'il allait donner à sa mère. Il avait tellement peur de la blesser, qu'elle soit détruite par ses révélations, en plus du fait de se sentir extrêmement seule.

La journée passa beaucoup trop lentement à son goût. Il ne réussit pas à se concentrer lorsqu'il essaya d'aider Hermione dans ses recherches, il se trompa plusieurs fois de sens en enfilant une couche à sa fille et manqua même de faire déborder l'eau du bain qu'il avait préparé pour Alhena. Il était totalement ailleurs.

Finalement, Hermione l'avait congédié dans sa chambre, promettant de s'occuper d'Alhena avec Scotch, pour qu'il se repose. Il avait réussi à dormir une petite heure, avant d'être réveillé par les pleurs de sa fille dans l'appartement.

Il avait donc fini par les rejoindre dans le séjour pour calmer sa fille, puis la faire dîner tôt. Elle s'endormait déjà lorsqu'elle termina de manger. Drago se rendit alors compte d'à quel point ses propres comportements et émotions se répercutaient sur Alhena. Elle semblait avoir passé une journée tout aussi difficile que lui.

- Comment tu te sens ? lui demanda Hermione lorsqu'il revint dans le séjour, après avoir couché sa fille.

- Anxieux, répondit-il en allant se servir un verre. Je ne sais pas ce qu'elle sait, je ne sais pas si mon père est sorti, et je risque de la mettre plus en danger qu'autre chose en la contactant…

- Mais c'est le seul moyen que tu as de pouvoir la prévenir qu'elle n'est pas seule, continua Hermione en s'approchant de lui. Tu fais ce qu'il faut Drago, nous sommes tous là pour t'aider et le temps fera les choses, je te le promets.

Elle posa une main sur son épaule, alors qu'il buvait cul sec son verre de whisky. Il savait qu'elle avait raison – comme toujours – mais ne pouvait pas empêcher ses angoisses de refaire surface chaque fois qu'il pensait aux risques auxquels ils s'exposaient en contactant Narcissa.

Théodore étant toujours malade, il n'avait pas recueilli une seule information à propos de Lucius et Astoria non plus, mis à part la date de la soirée caritative. Blaise avait commencé ses recherches, mais son emploi était très prenant et il n'avait pas beaucoup de temps pour s'y consacrer.

Pour ce qui était de Pansy, elle n'avait pas pu faire grand-chose d'autre que chercher des résidences sécurisées pour Narcissa. Elle attendait d'avoir plus d'informations sur sa condition au manoir, pour savoir quoi faire pour l'aider.

Ils n'avaient donc pas vraiment avancé en une semaine et cela avait le don d'angoisser Drago davantage.

- Est-ce que tu veux que je reste avec toi ? proposa Hermione en se plaçant face à lui pour qu'il la regarde enfin.

Il braqua son regard dans le sien et y vit une inquiétude mordante. Elle semblait tout aussi stressée que lui, à la différence qu'elle ne pouvait s'empêcher de le materner et s'occuper de lui malgré tout. Il lui en était tellement reconnaissant.

Il sourit doucement et secoua la tête.

- Tu as des recherches à faire, je t'ai empêché d'avancer toute la journée. Tu devrais t'y remettre.

Elle sembla scanner son regard.

- Tu es sûr ? Je pourrai continuer plus tard, ce n'est pas un…

- J'en suis certain, Hermione.

Il la vit hésiter quelques secondes, avant de finalement hocher la tête. Elle attrapa sa main et la serra dans la sienne.

- Tout ira bien, Drago, lui chuchota-t-elle, avant de l'embrasser sur la joue.

Il resta immobile au centre de son séjour pendant quelques minutes après cela. Son cœur battait la chamade, mais il n'arrivait pas à savoir si le baiser qu'elle lui avait donné en était la raison, ou s'il s'agissait de sa mère. Pour la première fois de la journée, il parvenait à penser à autre chose.

Lorsque l'horloge du salon sonna vingt-et-une heures, Drago s'activa enfin. Il prit une grande inspiration, dégaina sa baguette et s'approcha de sa cheminée. Il s'agenouilla devant et attrapa une petite poignée de poudre de cheminette, qu'il lança dans les flammes de l'âtre. Elles prirent une couleur verte émeraude.

- Manoir Malefoy, tonna-t-il distinctement.

Il plongea sa tête dans les flammes et le séjour du manoir apparut devant ses yeux. Il était complètement vide, mais cela ne le découragea pas.

- Maman ? appela-t-il fortement, espérant de tout cœur qu'elle l'entendrait malgré la taille conséquente du manoir.

Il n'eut aucune réponse et répéta plusieurs fois son appel. Finalement, alors qu'il s'apprêtait à abandonner, des pas se firent entendre et sa mère apparut enfin dans son champ de vision. Il fut particulièrement soulagé de comprendre qu'elle pouvait se déplacer dans le manoir comme elle le souhaitait.

L'espace d'un instant, il avait eu peur que son père l'ait enfermée quelque part.

- Drago ? s'exclama-t-elle en se précipitant vers lui. Par Salazar, que fais-tu là, mon chéri ? Et qu'est-ce que tu as au front ?

- Tu es seule, Maman ? demanda-t-il simplement, bien qu'un tas d'autres questions lui venaient en tête.

- Oui, ton père est sorti il y a une heure, répondit-elle, semblant confuse. Comment as-tu fait pour…

- Je ne peux pas entrer, mais la magie des cheminées marche différemment, la coupa-t-il en comprenant son questionnement. Maman, est-ce que tu vas bien ? Est-ce qu'il t'a fait du mal ? s'inquiéta-t-il ensuite.

- Non, tout va bien, mon chéri, le rassura-t-elle immédiatement, en s'agenouillant face à lui. Il ne se préoccupe qu'à peine de moi, il passe ses journées dehors ces derniers jours. Il ne m'a pas adressé un mot depuis deux jours.

- Est-ce qu'il t'a expliqué quelque chose ? Est-ce qu'il m'a mentionné, ou qui que ce soit d'autre ?

- Il ne m'a rien dit à part que je ne pourrai plus sortir du manoir à partir de maintenant, et qu'il t'avait retiré l'accès au domaine, expliqua-t-elle, les sourcils froncés d'inquiétude. J'ai tout fait pour qu'il n'en fasse pas plus, mais je ne suis certaine de rien. Les elfes ne m'écoutent pas non plus. Je ne reçois plus la Gazette et je n'ai pas réussi à contacter qui que ce soit, puisqu'il m'a retiré ma baguette.

- Il a fait quoi ? s'exclama-t-il, sentant sa colère augmenter de manière exponentielle.

- Drago, calme-toi, répondit-elle aussitôt en voyant qu'il commençait à perdre ses moyens. Tu ne peux rien faire contre ça, il a tout fait pour. Ne t'en mêle pas, s'il te plaît, je suis nourrie, j'ai accès à tout ce dont…

- C'est hors de question, la coupa-t-il fermement en comprenant où elle voulait en venir. Si tu crois que je vais t'abandonner dans ce trou de magie noire, tu te mets le doigt dans l'œil, Maman. Lucius est un monstre, tu ne sais pas tout ce qu'il a fait !

Le visage de sa mère se fit plus sévère, plus confiant.

- Je ne le sais pas ? Tu crois vraiment que je suis au courant de rien, Drago ? Je ne m'attendais peut-être pas à ce qu'il aille si loin dans sa vengeance contre toi, mon fils, mais je ne suis pas aveugle. Je sais parfaitement où il passe ses dimanches soirs, tout comme j'ai toujours su ce qu'il trafiquait dans mon dos. Je n'ai jamais voulu m'en mêler car je sais pertinemment qu'il se retournerait contre toi, contre moi, ou pire contre Alhena. Si je dois me sacrifier pour que vous soyez en sécurité, je le ferai sans hésiter !

Ces révélations lui firent un choc, mais Drago ne se laissa pas faire pour autant.

- Parce que tu crois vraiment qu'il va s'arrêter là, Maman ? Tu crois vraiment que maintenant qu'il t'a enfermée et qu'il m'a banni du manoir, il est satisfait ? Il a promis de me maudire, il s'est lancé dans son propre pèlerinage de mage noir, Maman, je l'ai vu dans ses yeux ! Il ne s'arrêtera pas là, et même si c'était le cas, il est hors de question que je t'abandonne ici sous prétexte que cela me protégerait !

Il la vit perdre de ses couleurs. Elle semblait désormais terrifiée et avait porté une main à ses lèvres. Visiblement, elle ne savait pas tout. Loin de là.

- Maman, je te jure sur ma vie et sur celles de toutes les personnes que j'aime que je te sortirai d'ici. Je le vaincrai et je ferai tout pour que tu n'aies plus à vivre sous son joug.

- Drago, je…

- Narcissa ? Je suis rentré plus tôt ! cria soudainement la voix de Lucius au loin.

- Merde, siffla Drago, en braquant une dernière fois son regard dans le sien. Je te rappellerai dimanche prochain, essaie de récupérer le plus d'informations possible sur lui, Maman. Je t'aime.

Il referma le contact avec la cheminée du manoir et recula, retombant sur ses fesses. Il était essoufflé, sans trop comprendre pourquoi. Peut-être à cause de la dose de stress qu'il venait de subir.

Elle allait bien. Elle était en bonne santé. Et il allait la secourir.

oOo

Lorsque Drago ouvrit les yeux le matin suivant, sa fille n'était pas encore réveillée. Visiblement, la journée de la veille l'avait considérablement épuisée. Et il pouvait le comprendre, ayant lui-même du mal à sortir du lit.

Hermione était déjà attablée autour de l'îlot central lorsqu'il arriva dans la cuisine. Elle buvait son café d'une main, lisant son courrier de l'autre. Elle releva la tête vers lui en l'entendant arriver et sourit.

- Bien dormi ?

- Mieux qu'hier, c'est certain, répondit-il encore groggy, en allant se faire un café. Et toi ? Tu ne t'es pas couchée trop tard ?

- Une ou deux heures après toi. Je tombais de sommeil sur mes fioles.

S'il ne s'était pas couché tard, ce n'était visiblement pas le cas de la jeune femme. Après son appel avec sa mère, Drago s'était rendu dans son laboratoire pour tout raconter à Hermione. Elle avait été tout aussi déçue que lui que Lucius soit arrivé si soudainement et qu'ils aient dû couper la communication, mais avait tout de même été rassurée d'apprendre que Narcissa était en parfaite santé.

Ils avaient ensuite passé une bonne demi-heure à discuter de tout cela et Drago en avait profité pour se confier encore une fois à elle concernant sa mère. Elle avait su trouver les mots pour le rassurer et le convaincre qu'ils trouveraient une solution pour régler tout cela. Car malgré le fait qu'elle ait, au départ, été strictement contre le fait qu'ils gèrent cela sans les aurors, elle avait fini par abdiquer, comprenant leurs raisons.

Les aurors risqueraient de foncer dans le tas, sans chercher à défaire chaque branche du réseau de Lucius, ce qui engendrerait des tas d'autres problématiques. Il fallait la jouer finement.

Drago n'avait pas tardé à aller se coucher après cela, épuisé par la journée mouvementée qu'il avait eue la veille.

- Et tu as avancé ? s'enquit-il en s'installant à ses côtés et en récupérant le courrier qui lui était adressé, posé sur l'îlot.

- Pas vraiment, je bloque toujours sur les mêmes molécules. Il faut que je trouve un moyen de détourner leur…

- Leur synthèse, la coupa-t-il en hochant la tête. Je pense que le laboratoire de l'hôpital est plus complet, pour cela.

- Je sais, soupira-t-elle après avoir bu une gorgée de son café au lait, avec deux cuillères de sucre et une pincée de cannelle.

Oui, il connaissait sa préférence en café sur le bout des doigts.

- Mais je n'ai pas vraiment eu le temps de négocier avec le directeur la semaine dernière, continua-t-elle. Et je n'aurai pas non plus le temps cette semaine.

- Pourquoi ça ? demanda-t-il en fronçant les sourcils. Nous n'avons pas d'opération particulière pourtant, si ?

Il la vit alors se mordre la lèvre et détourner les yeux. Il fronça les sourcils.

- Que se passe-t-il ? s'inquiéta-t-il en posant une main sur la sienne.

Elle posa la lettre qu'elle tenait sur l'îlot et braqua son regard dans le sien.

- J'ai trouvé un appartement et j'ai la possibilité d'emménager demain.