ÉPILOGUE
Trois mois plus tard. Peu avant Noël.
La baronne de Pontmercy – à monsieur Fauchelevent. Londres, hôtel « Couronne » – Paris, rue de l'Homme-Armé, 7.
« Mon cher papa,
Marius et moi, nous espérons que tu viendras pour célébrer Noël avec nous. Je sais, papa, que tu l'as toujours voulu : voyager, voir des pays et des villes différents. Nous n'avons jamais supposé qu'un jour nous serions riches et pourrions nous le permettre. Mais puisque c'est ainsi, l'heure est venue de réaliser ton rêve.
Londres est très belle, à Covent Garden on donne avec un grand succès « Les brigands » de Schiller et Marius a trouvé une rare édition de Mannheim pour t'offrir. Il y a beaucoup de neige ici, plus qu'à Paris. Viens ! Tu me manques tant.
Mes amitiés à monsieur Javert, j'espère qu'il te fait manger. Il se débrouillera certainement sans toi, et ce n'est pas pour longtemps, quinze jours, pas plus.
Avec amour,
Ta Cosette. »
Monsieur Fauchelevent – à la baronne de Pontmercy. Paris – Londres.
« Ma fille bien-aimée,
Tout d'abord, je t'envoie ma bénédiction paternelle et je souhaite à toi et à Marius un joyeux Noël.
Chère Cosette, j'aurais bien voulu venir, mais les affaires de l'école me retiennent à Paris. Les rêves et leur réalisation sont le privilège de la jeunesse, tandis que l'honneur et la dignité de l'âge mûr consistent à se dédier au service du prochain.
Les affaires ne marchent pas mal – pas aussi mal qu'on aurait pu attendre, – mais nul de nous deux ne pourra en venir à bout sans l'autre. Je gâterais trop les pupilles, tandis que monsieur Javert les ferais s'enfuir. Malheureusement, mon enfant, je ne peux pas quitter une entreprise à peine commencée.
Monsieur Javert vous salue tous les deux. Nos opinions sur l'éducation des enfants diffèrent un peu ; pour être plus précis, il trouve mes méthodes beaucoup trop libérales. Quant à moi, je suis sûr que la menace du cachot ou des verges, même si elle retient l'enfant d'un faux pas à un moment donné, ne l'aidera pas à devenir un homme de bien dans le futur. Monsieur Javert y objecte que, si on lui avait fait tant d'égards dans son enfance, il serait devenu le roi des bas-fonds parisiens. Je n'ai pas encore réussi à ébranler cette conviction, mais au moins, il a cessé de distribuer des taloches.
Avec amour,
Ton père U. F. »
