Bonjour tout le monde o/ Je vous présente un petit BokuAka dans un UA Tokyo Ghoul, parce que pourquoi pas ? Je me suis beaucoup amusé à le faire et j'en ferais peut-être d'autre dans la même veine, je sais pas encore. Mais en tout cas, sachez que je pars du principe que vous connaissez Tokyo Ghoul donc rien ne sera expliqué sur les ghouls ou le CCG ou le reste de l'univers
Sur ce, bonne lecture o/
La lune se voile de nuages sombres tandis que les rues se vident. Bientôt, les Colombes partiront en chasse, vers les ombres grandissantes et les ruisseaux pourpres.
Sur le toit d'une entreprise quelconque, Akaashi regarde le ciel. Il aurait dû rejoindre le reste des Chouettes mais non, pas ce soir. Ils n'auront normalement pas besoin de lui et Akaashi a vraiment besoin d'une pause. Des années qu'il vit comme second des Chouettes, et, pour la première fois, il ne peut pas assumer son rôle.
Il se sent faible, misérable, mais il sait que c'est nécessaire.
La nuit est belle pourtant et Akaashi ne peut s'empêcher de se rappeler des nuits à la belle étoile de son enfance : lui et Bokuto sur le toit de chez sa grand-mère, dans une ville tellement isolée qu'ils leur arrivaient de voir la voie lactée, quand le ciel était assez dégagé. Loin des Colombes, bien avant de rejoindre Tokyo, quand tout était plus simple.
Quelques fois, Akaashi regrette ce temps. Quelques fois, il regarde Bokuto, dans la chaleur de leur lit, et se dit que leur vie aurait pu être meilleure dans ce genre d'endroit. Mais jamais ils ne quitteront Tokyo.
Ils y ont leur vie tout entière, bâtie sur des non dits et des mensonges, tracée dans le sang et les cris, façonnée par les corps et les larmes.
Leur vie, leur monde, tout ce qui fait d'eux ce qu'ils sont est limité à cette ville, grand théâtre où chaque soir se jouent les pires représentations. Ils en font partis, de leurs masques de chouettes qui dissimulent leur identité à la faveur de la nuit, à leurs longs manteaux blancs barrés d'une bande jaune et de deux bandes noires, jusqu'à leur kagune vibrant dans la fureur des combats.
Et, d'une certaine façon, c'est devenu trop.
C'est sa vie et Akaashi y tient, réellement et profondément.
Mais alors pourquoi se réveille-t-il chaque matin presque sans le désirer ? Pourquoi la nourriture n'a-t-elle plus qu'un arrière goût de ce qu'elle était ? Pourquoi l'adrénaline des combats devient-elle un poids plutôt qu'un moteur ? Pourquoi respirer semble être une tâche consciente et lassante ? Pourquoi l'amour que lui portent les autres n'a-t-il plus la même importance ?
Akaashi n'en sait rien et voudrait juste se sortir ces pensées de la tête et revenir à ce qu'il était avant que les Chouettes ne deviennent des cibles systématiques des Colombes, avant que Bokuto ne soit trop occupé par sa position de chef, avant que les différents groupes de ghouls ne se livrent des guerres de territoires, avant qu'Aogiri n'enrôle des gosses inconscients du danger dans leur croisade, avant que tout ne devienne si compliqué.
Il voudrait juste que tout soit plus simple.
Il voudrait pouvoir dire qu'il aime Bokuto sans craindre de ce qui lui arrivera ensuite si quelqu'un l'entend. Il voudrait pouvoir fermer les yeux et ne revivre que les bons moments et non les morts qui ne font que s'accumuler. Il voudrait pouvoir pleurer pour évacuer l'émotion qui lui serre le cœur et s'installe dans sa poitrine. Il voudrait être né humain, que les ghouls n'aient jamais existé.
Il sait qu'il est ridicule. Il sait qu'il est déraisonnable. Il sait que ce qu'il souhaite revient à espérer que le soleil virera au rose un beau matin.
Il soupire.
Il s'épuise à trop penser.
Il baisse les yeux vers le sol en songeant que s'il était humain, une telle chute pour le tuer. Mais en l'occurrence, il ne craint rien de plus que quelques os cassés qui guériront bien assez vite.
Le vent se lève et fait tomber sa capuche sur son dos, libérant ses cheveux noirs d'encre. Le vent porte également l'odeur de quelqu'un qui vient dans sa direction.
Akaashi n'a aucun mal à le reconnaître.
C'est Tsukishima, l'un des Corbeaux du nord. Il porte un masque de corbeau et une veste noir transpercé dans le dos d'une bande orange criard.
Tsukishima s'assoit à côté de lui sur le toit, les jambes dans le vide. Il commence.
"Kuroo m'a dit que t'étais pas là au rassemblement de ce soir."
Un battement. Tsukishima le regarde.
"Bokuto a tout annulé pour aller te chercher. Il a dû essayer de t'appeler."
Akaashi hoche la tête. C'est ce que Bokuto a fait mais il l'a ignoré. Il voulait être seul et c'est une chose difficile à faire à deux. Et pour tout l'amour qu'il lui porte, Akaashi sait reconnaître que Bokuto est bruyant et il avait besoin de calme. En a toujours besoin d'ailleurs, mais Tsukishima n'est pas un grand parleur alors ça ne devrait pas être compliqué de le supporter.
"Tu devrais l'appeler.
-Je sais."
Akaashi ne bouge pas. Il n'est pas en état pour une conversation avec Bokuto. Plus tard. Peut-être d'ici une heure ou deux. Il sait que Bokuto ne fera que s'inquiéter davantage mais l'appeler dans son état ne le rassurerait pas et un Bokuto paniqué est toujours compliqué à gérer sans être face à lui. Non, il vaut mieux attendre un peu.
Comme Akaashi ne réagit pas, Tsukishima ajoute.
"Si tu ne le fais pas, c'est moi qui l'appelle."
Akaashi secoue la tête.
"Non, c'est bon. Je vais vraiment le faire, j'ai juste besoin d'un peu de temps. J'ai l'impression de manquer de repos et tu sais comment est Bokuto."
Tsukishima hoche la tête mais Akaashi sait qu'il n'est pas convaincu. D'ordinaire, c'est vers Akaashi que tous se tourne pour calmer Bokuto alors Tsukishima ne comprend probablement pas pourquoi le brun le laisse seul. Ce n'est certainement pas par méchanceté.
"C'est justement parce que je sais comment il est que je veux que tu l'appelles. Si tu lui dis d'arrêter de te chercher, il arrêtera."
Akaashi baisse à nouveau les yeux vers le sol.
"Je sais."
Silence. Le vent souffle dans leurs cheveux. Au loin, les phares des véhicules et les lampadaires illuminent la nuit. Surprenant de voir le nombre de personnes qui sont encore dehors à cette heure-ci, malgré le danger que représentent les ghouls.
"Je l'appelle."
Tsukishima glisse une main dans la poche de sa veste et en sort son téléphone. Il compose le numéro de Bokuto mais avant de lancer l'appel, il se tourne vers Akaashi. Un léger sourire prend place sur les lèvres du brun, peu importe à quel point Tsukishima peut jouer les gros durs, il demeure réellement et profondément prévenant pour son entourage. Il n'appellera pas si Akaashi le lui interdit. Akaashi le sait et ne dit rien.
Tsukishima hésite encore un instant mais finit par appeler. Bokuto décroche aussitôt.
"Tsukki ? C'est toi ? Akaashi est pas là et je sais pas quoi faire. Il est pas venue au rassemblement et j'arrête pas de le chercher partout mais je le trouve pas ! Je le trouve nul part !"
Le téléphone n'est pas en haut parleur mais Akaashi n'a aucun mal à entendre la voix paniquée de Bokuto et le bruit du vent dans le micro. Son cœur se serre en l'entendant et soudain il veut arracher le téléphone de Tsukishima pour immédiatement rassurer Bokuto, lui dire qu'il va bien, qu'il est juste là, qu'il rentre chez eux. Mais il ne peut pas. La boule dans son cœur est simplement trop grande, trop présente et malgré lui les larmes viennent poindre au coin de ses yeux.
"Bokuto, respire. Il est là, il est avec moi. Il va bien."
La voix de Tsukishima est calme et c'est exactement ce qu'il faut à Bokuto en ce moment. Du calme, un point d'ancrage, un roc dans la tempête qu'est devenu son esprit. Akaashi est censé être ce roc, être celui sur lequel Bokuto peut se reposer et non pas la cause de ses tourments.
Il n'est qu'une horrible personne.
"Il est là ? Où ça ? Dis moi ! Je serais là le plus vite possible. Tu peux me le passer ?"
La voix de Bokuto est pleine d'espoir mais Akaashi ne peut pas lui parler, il ne peut pas. Les larmes troublent sa vue et l'air bloque sa gorge et la vue du sol est tellement tentante et Bokuto est si loin. Pourquoi s'est-il éloigné ?
Tsukishima tourne la tête vers Akaashi mais, s'il comptait lui passer son téléphone, il se ravise bien vite. Il secoue la tête et répond.
"Non, désolé, il est pas en état de parler - mais il va bien ! Il va bien ! Arrête de crier et écoute moi ! Hé !"
Tsukishima abaisse son téléphone pour protéger son oreille des cris de Bokuto. Il n'obtiendra plus rien de lui. Il raccroche et lui envoie leur adresse par message. Il ne peut rien faire de plus. Il tourne la tête vers Akaashi et serre les poings.
Il n'a jamais été bon pour réconforter les autres. Il ne sait pas comment il peut l'aider, ne sait même pas si Akaashi acceptera son aide. Alors il reste là, à feindre de ne pas l'entendre pleurer.
Akaashi sait que Bokuto arrivera bientôt, où qu'il soit dans la ville et peu importe si des Colombes se mettent sur son chemin. Alors il se redresse, essuie ses larmes, sans parvenir à les arrêter, et prend une profonde inspiration.
Il doit sûrement avoir l'air misérable.
Il n'est plus à la hauteur de quoi que ce soit.
Il relève la tête, droit vers le ciel. Les nuages relâcheront bientôt toute la pluie qu'ils contiennent, la déversant en un flot ininterrompu pendant des heures. Les pluies durent toujours des heures à cette saison.
Les premières gouttes s'échappent du ciel pour venir s'écraser contre le bitume. Elles sont bien vite rejointes par des centaines, des milliers d'autres et d'autres encore. Le ciel sombre devient insondable et l'eau vient tremper et imbibé les vêtements.
Akaashi s'en moque. Il laisse l'eau ruisseler le long de son masque et jusque dans son cou. Il souhaiterait que jamais la pluie ne s'arrête. Qu'elle emporte tout ; ce qui fut et sera, les tourments comme les jouissances, les cicatrices trop profondes et les plaies qui ne guériront jamais, les rires à couper le souffle et les baisers au réveil. Que tout disparaisse de la plus parfaite des manières, happé par l'infini et l'éternel.
Mais arrive le moment de rouvrir les yeux.
La pluie étouffe les odeurs pourtant Akaashi sent distinctement que Bokuto est plus proche que jamais.
Encore une minute où la pluie s'abat sur le béton et soudain, deux bras s'enroulent autour de son corps et manquent de le projeter contre le sol du toit.
Bokuto est enfin là. Il ne porte pas son masque, le gel a délaissé ses cheveux et de grosses larmes coulent sur ses joues. Il est dans un sale état. Presque aussi déplorable qu'Akaashi.
"Akaaaaashi !"
Sa voix est brisée, trop aigüe et pourtant Akaashi est certain que c'est la plus belle chose qu'il ait jamais entendu. Il l'enlace en retour, le serre le plus fort possible, quitte à lui briser une ou deux côtes. Il sait que Bokuto ne lui en voudra pas.
Ils ne se lâchent pas, ne le peuvent pas, et Bokuto assaille Akaashi de questions.
"Pourquoi t'es pas venu ? J'ai cru que les Colombes t'avaient attrapé et qu'elles t'avaient tué ! J'ai cru que j'allais faire une crise cardiaque ! Et pourquoi tu répondais pas ? Tu sais que j'aime pas quand tu réponds pas mais là c'était encore pire que d'habitude ! Me refais plus jamais ça !"
Akaashi hoche la tête, soudainement bien heureux que son masque lui couvre le visage. Il ne veut pas que Bokuto le voit dans cet état. Il s'accroche à lui, se laisse bercer par les battements de son cœur. Il laisse son corps se couler contre sa poitrine.
"Désolé."
Sa voix est basse et la prise de Bokuto se resserre. Akaashi voudrait en rester là et revenir à son quotidien mais il sait que s'il ne s'explique pas maintenant, il n'arrivera pas à le faire plus tard et que cette situation se reproduira. Il lève une main et la pose sur celle de Bokuto.
"J'avais besoin d'être un peu seul."
Bokuto le relâche et lui fait face. Akaashi réalise alors que Tsukishima n'est plus là, mais il n'y fait pas vraiment attention. Bokuto est le seul qui compte. Bokuto qui a le regard désespéré.
"C'est moi ? J'ai fait quelque chose de mal ?"
Akaashi réagit immédiatement.
"Non ! Non, non, bien sûr que non. C'est moi, c'est ma faute. Je…"
Akaashi ne sait pas comment le dire. Bokuto est pendu à ses lèvres, leurs mains jointes face à eux. Il doit le dire. Il ne peut pas se taire et foutre tout ça sous le tapis en espérant que ça ne causera pas de problème. Parce qu'il y en aura s'il le fait. Il le sait, il se connaît et il connaît Bokuto. Il doit le dire.
"Je ne sais pas. J'ai l'impression de… de ne plus arriver à rien. C'est comme si tous mes efforts ne servaient à rien. Les jeunes recrues se font toujours attraper par les Colombes ou enrôler par Aogiri. Quoi que je fasse c'est jamais assez."
Il s'arrête. S'il continue sa voix tremblera et Bokuto saura qu'il pleure. Il ne doit pas. Il n'est pas censé pleurer. Il est le second des Chouettes. Il doit se montrer à la hauteur et non s'effondrer sous la pression. Il l'a fait pendant des années alors pourquoi ça semble soudain trop dur ?
Bokuto serre un peu plus ses doigts. Il lui laisse le temps qu'il faut.
"Je… Je sais plus quoi pour que ça aille mieux."
Sa voix s'est brisée, mille éclats de douleur et de peur s'échappant trop vite pour pouvoir être rassemblé. Bokuto a les yeux vitreux lui aussi. Il lève une main vers le masque d'Akaashi mais s'arrête quand ses doigts en agrippent le bord.
"Je peux ?"
Akaashi hoche la tête et Bokuto lui enlève son masque. Il glisse sa paume contre la joue humide du brun, son pouce caressant doucement sa peau.
"Tu sais que c'est pas de ta faute ?"
Akaashi se mord la lèvre. Si, justement, c'est de sa faute.
"Tu sais que je t'aime ?"
Akaashi hoche la tête.
"Moi je sais que tu as fait tout ce que tu pouvais. Si des gosses se tournent toujours vers Aogiri, on y peut rien. Ils ont le droit de faire leur choix, même si on sait tous les deux quels risques ils prennent."
Bokuto marque une pause. Il glisse son autre main dans le dos d'Akaashi pour le rapprocher de lui, jusqu'à ce qu'il soit quasiment assis sur ses jambes.
"Et y aura toujours des Colombes, et comme elles seront là, on perdra des gens. On peut entraîner les nouveaux, protéger les plus faibles mais on pourra jamais tous les sauver. Je sais que c'est pas ce que tu veux entendre mais on n'y peut rien. C'est pas parce que je supporte pas de perdre quelqu'un que je crois que je réussirais à prendre soin de tout le monde. J'essaie de me dire que ça arrive, comme les cancers. T'imagines si j'avais un cancer et tu te prenais pour le responsable ?"
Bokuto dit ça avec le sourire et malgré lui, les lèvres d'Akaashi se courbe tant l'idée est ridicule. Mais il secoue la tête.
"Les Colombes sont pas comme des cancers.
- Non, je sais. Mais c'est le seul truc auquel j'ai pensé."
Ils se sourient puis Bokuto se penche pour poser son front contre le sien.
"Mais c'est vraiment pas ta faute."
Akaashi hoche la tête sans y croire, les yeux baissés sur ses mains. Chaque fois qu'une jeune recrue meurt aux mains de Colombes, Akaashi a l'impression qu'elle aurait pu être sauvée s'il avait consacré juste un peu plus de temps à l'entraîner et à la préparer. Et c'est encore pire quand les Colombes s'en prennent à des civils sans défense.
Akaashi laisse sa tête tomber sur l'épaule de Bokuto et passe ses bras autour de ses épaules. Bokuto l'enlace en retour. Ils restent là, sans bouger, statues de chair noyées sous les eaux.
Peut-être qu'un jour, Akaashi arrivera à ne plus se tenir responsable de chaque chose qui tourne mal. Peut-être qu'un jour, les mots de Bokuto suffiront à le réconforter. Peut-être qu'un jour, la douleur dans son cœur s'apaisera.
Peut-être, sûrement même.
Et en attendant ce jour, Akaashi s'accrochera à Bokuto et tout ce qu'il représente. Il tirera de lui la force de continuer à avancer. Il s'enfoncera dans son étreinte pour se protéger du monde et de toute sa douleur. Il oubliera tout de ses tourments dans ses baisers. Et il fermera les yeux, loin d'être sûr de lui, mais prêt à y croire, pour Bokuto.
