Note de l'auteur :

Recueil de prompts sur Echoes tournant autour de la famille impériale de Rigel. Écrit uniquement par et pour le plaisir. Cela en présence de mon personnage préféré du titre, Berkut. J'ai adoré son développement et suivre sa déchéance. Echoes est d'ailleurs, le seul média que je préfère avec les voix anglaises, notamment pour Berkut, dont je trouve le doublage anglais parfait.

Je puise dans tous les supports canon d'Echoes, dont l'artbook, riche en informations, et le CD Drama. CD Drama qui comporte un personnage exclusif qui très certainement la mère d'Alm, du moins comme je le comprends.

Avertissement :

Fire Emblem Echoes est la propriété de Nintendo. Seul le scénario m'appartient.


Rinea grelotte sous son épaisse robe et son étole de fourrure blanche. Ses dents claquent légèrement, tandis que le froid s'installe de plus en plus dans son corps. Elle frissonne, la mâchoire tremblante. Son souffle devient une volute blanchâtre qui se disperse dans l'air nocturne. La jeune noble commence à agiter ses doigts. Doucement et sûrement, elle les sent s'engourdir. Rinea est pourtant habituée aux températures froides de Rigel imposées par Duma. Mais assise sur un tronc d'arbre, près d'un faible petit feu de camp, elle ne parvient pas à se réchauffer.

Rinea aimerait être à l'abri derrière des murailles de pierres, bien au chaud près d'une cheminée. Elle s'imagine assise près de l'âtre, tendre ses mains froides, et sentir une vague de réconfort la traverser. Ou encore être confortablement blottie sous les couvertures de son lit. Être ailleurs et loin de cette neige qui recouvre la région. Le vent du nord est particulièrement glacial ce soir.

La noble jette un regard au reste du campement, à la recherche de son fiancé. Elle s'aperçoit seulement quelques soldats, dont certains qui ne lui inspirent pas confiance. Mais elle sait que personne n'osera toucher la promise du futur empereur. La demoiselle refoule le sentiment de méfiance et de crainte qui picote son cœur.

Rinea refuse de rejoindre sa tente et préfère attendre Berkut. Le prince présomptif est en pleine réunion stratégique avec ses hommes plus loin dans le campement. Elle veut pouvoir l'accueillir à son retour et s'assurer qu'il va bien. Son fiancé a des faiblesses que seul son cœur connaît.

La jeune noble n'est pas une guerrière. Elle n'est pas habitué à ce mode de vie. Son rang l'a toujours protégée. Ce sont les premiers jours qu'elle passe ainsi, loin du confort d'un foyer. Mais Rinea songe à son Berkut. Lui devra encaisser la douleur sur les champs de batailles. Elle peut supporter le froid glaçant de Rigel. Ce n'est pas grand chose en comparaison.

Ses dents claquent un coup sec involontairement. Rinea rapproche davantage ses jambes l'une contre l'autre, essayant de se réchauffer. Elle enfouit plus profondément ses mains sous son étole. Elle a si froid, et le prochain fort est encore si loin.

– Rinea.

La jeune femme entend alors cette voix grave et forte qu'elle aime tant provenir de derrière elle. Elle se retourne légèrement et sourit à Berkut, heureuse de le retrouver.

– Berkut !

Le jeune général l'observe quelques instants, lui rendant son sourire. Celui‑ci disparaît néanmoins rapidement de son visage.

– Rinea, ma mie, tu trembles.

– Ce n'est rien seigneur Berkut.

Berkut porte les mains à l'attache de sa cape. Il décroche la sangle la retenant par‑dessus son armure noire. Rinea ne peut s'empêcher de remarquer à quel point il est splendide, avec sa couleur jais, au milieu de la neige blanche. Un contraste magnifique sous la lumière argentée de la lune, qui se reflète légèrement sur son équipement métallique. Une distraction qui ne lui permet pas de réaliser immédiatement l'action de son aimé.

Berkut dépose sa cape de couleur bleue et au tissu épais sur Rinea. Il prend garde à ce qu'elle la recouvre le plus possible. La jeune noble commence aussitôt à se sentir mieux. Elle retrouve un peu de chaleur dans un agréable frisson.

– Mais seigneur Berkut, vous risquez vous aussi de...

– Ne crains rien. Le corps des hommes résiste plus au froid que celui des femmes.

La cape de son aimé la protège efficacement du vent froid du nord. Savoir qu'il s'agit de celle de Berkut la réchauffe même davantage. Pourtant, Rinea remarque rapidement que son fiancé claque légèrement des dents à son tour. Il est cependant bien trop fier pour l'avouer.


La sainte‑mère regarde la porte de la chapelle être refermée par le chef de la Délivrance accompagné par l'un de ses guerriers. Le claquement résonne dans tout l'édifice avec le battement de son cœur, à la fois apaisé et brisé. Le meneur aux cheveux et aux iris verts n'a que dix‑sept ans. Il est encore très jeune et pourtant avec son armée, il vient de sauver tous ses protégés.

Les larmes commencent à couler sur ses joues marquées par le temps. La femme est parvenue à retenir sa tristesse jusqu'à ce que les deux jeunes hommes partent. Elle avait du mal à croire Yuri lorsqu'il lui avait décrit et révélé le nom du meneur. Mais à présent il n'y a plus aucun doute possible.

Le chef de la Délivrance est son fils, Alm.

L'ancienne impératrice de Rigel se dirige d'un pas tremblant vers l'un des nombreux bancs de la chapelle. Sa lèvre tressaille, sous l'émotion. Lentement, elle s'assoit, se sentant faible. À présent seule, elle retire le voile qui lui permet de dissimuler ses traits nobles et sa chevelure verte grisonnante.

Dix‑sept ans qu'elle le croyait mort, abandonné par son propre géniteur dans la forêt. Dix‑sept ans qu'elle pense chaque jour à son fils qu'elle n'a pu serrer dans ses bras qu'une unique fois. Dix‑sept ans, qu'elle en veut à cet homme qui était son mari et qu'elle a brulement quitté. Il était hors de question qu'elle reste avec lui après l'acte qu'il a commis.

Il n'y pas de mot pour décrire ce qu'elle a enduré des années durant. Aucun terme pour la perte d'un enfant. Il y a encore peu, ses nuits étaient encore hantées par ce petit corps abandonné dans la forêt, à la merci du froid, de la faim et des bêtes sauvages. Un nouveau‑né n'aurait jamais pu survivre seul ne serait‑ce qu'une journée. Et, le monstre ayant osé lui arracher, refusait de lui dire où il s'était débarrassé de lui. Depuis qu'elle l'a quitté, la sainte‑mère recueille les enfants abandonnés à cause de cette tradition qu'elle hait tant. Les sauver de parents cruels, comme son ancien mari qui ne pense qu'à guerroyer. Dire qu'il a osé désigner le fils de son frère comme héritier sous prétexte qu'il n'en avait pas.

Jamais elle n'aurait pensé qu'Alm aurait survécu. Le revoir ainsi, si proche de l'âge adulte, être devenu un jeune homme en parfaite santé, c'est un souhait qu'elle n'a jamais osé émettre. Il avait l'air heureux, et avoir vécu loin de la misère. Son visage et sa voix resteront gravés dans sa mémoire. Elle ne pourra jamais oublié ce moment, comme lorsqu'elle l'a vu pour la première fois. Ces souvenirs sont des trésors dans son cœur.

La sainte‑mère joint les mains et adresse une prière. Elle prie et remercie, remercie de toutes ses forces celui ou celle qui a sauvé et recueilli son fils. Qu'importe si du sang zofien coule dans ses veines, qu'importe son identité, cette personne à sa reconnaissance éternelle.

Mais, son cœur, à peine apaisé de tant d'années de tourmentes, est à présent déchiré par une nouvelle souffrance. Elle n'a rien dit à Alm. Son fils ne pouvait pas savoir qui elle était et il vaut mieux qu'il ignore la vérité. En un instant, elle détruirait la seconde vie qu'il a eu la chance de recevoir. Apprendre qu'il est rigélien et le fils renié de l'empereur le dévasteraient. Et en tant que chef de la Résistance, espoir de Zofia et sans doute de Rigel, si son identité venait à être révéler... cela provoquerait une suite de malheurs sans nom pour son enfant. Il vaut mieux qu'il n'en sache rien, pour sa sécurité et son bonheur.

Et tout comme son fils, elle aussi a des devoirs. Des orphelins à protéger et qui dépendent d'elle. Ils ne peuvent pas être abandonnés une seconde fois.

La mère pose ses bras contre elle, comme si elle tenait un enfant contre sa poitrine, ignorant les larmes qui coulent de ses yeux verts. Elle commence à chantonner doucement. Un air doux résonne entre les parois et les vitraux de la chapelle. La mélodie avec laquelle elle avait bercé son fils.

Jamais elle ne pourra oublier la petite chaleur de son corps contre le sien, jamais.


Rinea ignore les bruits qui l'entourent. Les cris, les ordres, la panique, les servantes affolées et les soldats pressés. La Délivrance est aux portes du château impérial, le cœur de Rigel, prête à l'envahir. Elle doit retrouver son fiancé, maintenant. Il n'est pas dans ses quartiers, ni dans les siens d'ailleurs. Berkut doit être en train de se préparer pour la bataille, peut‑être finale, et de revêtir son armure. Il voudra se battre, Rinea le sait au plus profond d'elle. Mais, l'ennemi s'avère bien plus fort que prévu. Cette armée, que le prince qualifiait sans cesse de troupe de paysans, s'apprête à déclarer l'assaut sur la forteresse d'un instant à l'autre.

Ses talons claquent sur le sol de pierre. Rinea est obligée de tenir les pans de sa longue robe pour pouvoir courir. Sa tenue n'est pas du tout adaptée à la course. Et encore moins aux combats qui sont sur le point de débuter. Elle ignore où se trouve son cher fiancé et chaque pas serre davantage son cœur. Elle doit le revoir. Il le faut. Elle ne supporterait pas de le perdre. Rinea ne compte néanmoins pas l'empêcher de combattre, ce serait aller contre la nature de Berkut. Elle désire seulement le revoir une dernière fois avant le début des hostilités. Lui apporter son soutien et lui dire combien elle l'aime.

Au détour d'un couloir, Rinea s'arrête net. En face d'elle s'avance un groupe de guerriers mené par l'empereur Rudolf lui‑même. Près de lui se trouve le capitaine de sa garde, Massena, facilement reconnaissable avec son crâne chauve et la cicatrice qui barre une partie de son visage. Rudolf porte son armure à la couleur rouge sang, celle dont il s'équipe pour mener ses guerres et ses conquêtes. Il est déterminé, pressé d'en découdre et semble prêt à affronter la mort elle‑même. Pourtant, au fond de son regard, lorsque ses yeux se posent sur elle en la découvrant sur son chemin, Rinea semble percevoir autre chose. Une sorte de tristesse. Un sentiment que la jeune noble ne comprend pas.

Intimidée, Rinea se hâte d'effectuer une révérence très courtoise. Malgré qu'elle soit la promise de son héritier, la demoiselle n'a que très peu de fois eu l'occasion de se retrouver seule, sans Berkut, avec Rudolf. Le souverain ne s'est jamais opposé à leur souhait d'union, malgré que sa famille ait perdu presque toute sa splendeur. Mais, être en sa présence est toujours impressionnant, surtout en ayant conscience qu'il s'agit de la personne que son aimé admire le plus.

– Empereur Rudolf...

– Rinea, l'heure n'est plus aux formalités.

Massenna et ses hommes restent silencieux derrière leur monarque. Rinea n'ose plus parler, l'espace d'un instant. L'avenir de Berkut et de Rigel dépendent de Rudolf. Rinea espère de tout son cœur que l'empire ressortira victorieux, pour que Berkut puisse vivre. Ils doivent s'en sortir ensemble.

Rassemblant son courage, la jeune noble ose interroger Rudolf. Elle est consciente que cela représente quelques secondes précieuses, autant qu'à lui pour se préparer, autant qu'à elle pour retrouver son fiancé et le revoir une dernière fois.

– Votre Altesse. Veuillez me pardonner. Pourriez‑vous me dire où se trouve le seigneur Berkut ?

– Je lui ai défendu de combattre Rinea.

La jeune femme est surprise. Bien sûr, elle savait que l'oncle de Berkut lui avait interdit de retourner au front suite à sa deuxième défaite contre la Délivrance. Cette armée dont le chef rend fou de rage le prince. Mais, devant ce cas de force majeure, elle était convaincue que Rudolf le mobiliserait pour défendre le château lors de l'assaut final, coûte que coûte.

Elle ne peut s'empêcher de pousser une exclamation de surprise.

– Votre Altesse ?

– Il survivra Rinea. Il vivra contrairement à moi.

La noble ne comprend pas pourquoi Rudolf parle ainsi de sa propre mort. Il devrait plutôt parler de parvenir à tuer le chef ennemi, ou simplement affirmer prendre des précautions envers son adversaire, parce qu'il redoute que son neveu perdre cette fois la vie contre lui.

Rinea chasse rapidement cette réflexion. Ce n'est pas le plus important pour le moment. Ce qu'il l'est, c'est que Berkut sera en sécurité, avec elle dès qu'elle l'aura rejoint. Il n'aura pas à verser son sang. Une pensée égoïste, car elle sait au fond d'elle que cet ordre rongera Berkut. Mais elle le connaît, il obéira à son oncle. Et elle sera là pour le soutenir.

L'empereur reprend la parole, d'une voix plus douce qu'à son habituel.

– Rinea, j'ai quelque chose à te demander.

– Oui votre Altesse ?

Rinea est surprise par cette demande soudaine. Mais il s'agit de son empereur et de l'oncle de Berkut, elle ne peut que répondre positivement.

– Je sais que tu aimes sincèrement et profondément mon neveu. Il éprouve également la même chose pour toi. Protège‑le, soutiens‑le, quelles que soient les épreuves à venir.

– Je vous le promets votre Altesse, vous n'avez pas besoin de me le demander. J'aime de tout mon cœur Berkut et je serais toujours là pour lui.

La réponse semble convenir à Rudolf. Un léger et bref sourire apparaît sur ses lèvres, bien que cette étrange lueur de tristesse soit toujours lisible dans son regard. Quelque chose, qui semble se transformer de plus en plus en culpabilité et en regrets.

– Soyez heureux. Vous avez ma bénédiction.

Sur ses derniers mots, l'empereur se remet en marche, accompagné par ses hommes, en direction de ce qui sera peut‑être leur ultime bataille. Rinea le suit quelques instants du regard, jusqu'à ne plus apercevoir sa lourde cape ornée de l'emblème rigélien. Rinea se remet alors aussitôt à la recherche de son fiancé, le cœur beaucoup moins lourd, bien que toujours martelé par l'angoisse de la guerre.

L'empereur Rudolf n'avait pas besoin de le lui demander. Elle sera toujours là pour Berkut. Pour veiller sur lui, et lui apporter la chaleur humaine dont il a besoin.